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1 janvier 2022 6 01 /01 /janvier /2022 11:44
Voeux 2022

Dans l’espoir de plonger dans une année heureuse

                 Joie et Santé en 2022

                      Happy New Year

            Et puisse le jazz vous mettre du baume au cœur

 

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27 décembre 2021 1 27 /12 /décembre /2021 10:57
13 Chocs très attendus

Ils existent depuis 2009 et si je consacre aujourd’hui moins de temps à ce blog, je n’allais pas faire patienter davantage ceux d’entre vous qui les attendent comme chaque année en décembre. Ce ne sont pas les Prix de l’Académie du Jazz issus des votes d’un collège de journalistes qui seront remis début février si le variant Omicron ne joue pas les trouble-fête, mais les miens, mes propres choix, mes propres Chocs. Les musiciens de cette sélection ne vous sont pas inconnus. Bill Carrothers et Vincent Courtois (pour la première fois ensemble dans un album), Vijay Iyer, Joe Lovano (avec Enrico Rava en 2019 et Steve Kuhn en 2009), Enrico Pieranunzi et bien sûr Marcin Wasilewski déjà récompensé l’an dernier ont déjà figuré dans ce palmarès.

 

Ce blog ayant toujours eu pour vocation de découvrir de nouveaux talents, les pianistes Baptiste Bailly et Grégory Ott que vous n’êtes pas encore nombreux à connaître accèdent donc cette année au sommet du podium. Si le saxophoniste Vincent Lê Quang est présent dans de nombreux disques, “Everlasting”, le premier qu’il enregistre sous son nom, est à marquer d’une pierre blanche. Des albums, Russ Lossing en a fait beaucoup et si j’ai regretté de ne pouvoir inclure “Changes” dans ma sélection de 2019, “Metamorphism” mérite ici sa place. Enfin, mieux vaut tard que jamais, Martial Solal, dont j’admire le piano depuis la découverte de ses disques au début des années 80, méritait un grand coup de chapeau à l’occasion de la parution des meilleurs moments de son concert à Gaveau de janvier 2019, un concert historique à propos duquel je ne suis pas peu fier de pouvoir dire : « j’y étais ».

 

Bonnes fêtes à tous et à toutes.

12 nouveautés…

 

Baptiste BAILLY : “Suds”

(Neuklang / Big Wax)

Chronique dans le blog de Choc le 30 juillet

Un jazz de chambre élégant à mi-chemin entre la musique impressionniste de Claude Debussy et celle de Manuel de Falla, un disque en solo, le premier que fait paraître Baptiste Bailly, dans lequel les cordes métalliques du piano sont parfois utilisées comme une guitare. Baptiste utilise aussi avec parcimonie un Moog, des effets électroniques apportant alors une dimension orchestrale à ses morceaux. L’Espagne et sa musique y occupent une place importante, mais aussi les paysages chers à son cœur du plateau des Hautes-Chaumes du Forez (Loire). La tendre et exquise mélodie d’Amari qu’il chantonne referme un disque envoûtant d’une grande puissance poétique.

Bill CARROTHERS / Vincent COURTOIS : “Firebirds”

(La Buissonne / Pias)

Chronique dans le blog de Choc le 12 novembre

Dans “Firebirds” le pianiste Bill Carrothers rencontre le violoncelliste Vincent Courtois, une initiative de Gérard de Haro qui connaît bien ces deux grands musiciens qui n’avaient jamais joué ensemble. L’album rassemble compositions originales et standards. Invité sur deux plages, le saxophoniste Éric Seva enrichit Isfahan de Duke Ellington d’un beau chorus de baryton. Autres moments forts de cet enregistrement, Game de Joni Mitchell introduit en pizzicato par Vincent Courtois, et 1852 mètres plus tard, précédemment enregistré par ce dernier dans “West” en 2014.

Andrew CYRILLE Quartet : “The News”

(ECM / Universal)

Chronique dans le blog de Choc le 4 octobre

Le batteur Andrew Cyrille, 83 ans, fait paraître “The News”, un album de jazz moderne à l’atmosphère toute aussi singulière que celle de “The Declaration of Musical Independence”, son disque précédent. Outre David Virelles qui remplace au piano Richard Teitelbaum, le quartette du batteur comprend Ben Street à la contrebasse et Bill Frisell à la guitare. Les couleurs, les sonorités souvent aériennes qu’il tire de son instrument apportent beaucoup à la magie de cette musique ouverte et intimiste que le drive foisonnant du batteur et le piano inattendu de Virelles enrichissent. Frisell signe trois compositions. Parmi elles, Go Happy Lucky, déjà enregistré en solo sur son disque “Music Is” en 2017.

Vijay IYER : “Uneasy”

(ECM / Universal)

Chronique dans le blog de Choc le 25 juin

Un nouveau trio pour le pianiste Vijay Iyer qui retrouve ici la bassiste Linda May Han Oh et le batteur Tyshawn Sorey avec lesquels il joue depuis 2019. L’album contient huit compositions originales du pianiste écrites sur une période de vingt ans. S’y ajoutent une reprise très originale de Night and Day de Cole Porter et Drummer’s Song de la regrettée Geri Allen. Loin de jouer ici une musique abstraite, Vijay Iyer renoue avec un jazz mélodique accessible à tous. Piano et contrebasse dialoguent souvent avec bonheur, le jeu souvent mélodique de cette dernière enrichissant sensiblement la musique. Touba est d’un grand lyrisme et, improvisé en solo, Augury séduit par son exquis raffinement harmonique.

Vincent LÊ QUANG : “Everlasting”

(La Buissonne / Pias)

Chronique dans le blog de Choc le 30 juillet

Vincent Lê Quang (saxophones ténor et soprano) fut découvert par Daniel Humair avec lequel il enregistra plusieurs disques dont le remarquable “Modern Art” en trio avec Stéphane Kerecki et plus récemment “Drum Thing” d’une qualité presque égale. Le quartette qui l’entoure dans “Everlasting” existe depuis une douzaine d’années. Le pianiste Bruno Ruder fut avec lui membre du trio Yes is a Pleasant Country. Le bassiste Guido Zorn joue avec Ruder dans “Gravitional Waves”, une autre réussite du label La Buissonne. Avec le batteur John Quitzke pour compléter la formation, nos quatre musiciens assument un discours tranquille et fluide, l’improvisation prenant souvent le pas sur l’écriture, simple colonne vertébrale d’une musique inventée collectivement.

Russ LOSSING : “Metamorphism”

(Sunnyside / Socadisc)

Chronique dans le blog de Choc le 25 juin

Mal distribués, la plupart des nombreux disques de Russ Lossing sont hélas passés inaperçus. Dans “Metamorphism”, le pianiste retrouve des musiciens avec lesquels il a souvent joué et enregistré. On doit à l’excellent saxophoniste Loren Stillman plusieurs albums mémorables parmi lesquels “How Sweet It Is” et “Canto”, tous deux enregistrés avec Lossing. John Hébert, le bassiste de Fred Hersch, et le batteur Michael Sarin constituent une section rythmique élastique capable de se plier aux nombreuses variations que les solistes imposent à la musique, un jazz moderne d’une grande richesse mélodique ouvert aux dissonances et à tous les possibles.

Joe LOVANO / Trio TAPESTRY : “Garden of Expression”

(ECM / Universal)

Chronique dans le blog de Choc le 25 juin

Autour du saxophoniste Joe Lovano (ténor et soprano), le Trio Tapestry réunit la pianiste Marilyn Crispell et le batteur Carmen Castaldi. “Garden of Expression”, leur second disque, invite toujours à méditer mais est d’une plus grande portée spirituelle que le premier, un disque de 2019 déjà envoûtant. Un flux sonore distendu de notes apaisées et mélancoliques que colore le batteur enveloppe constamment l’auditeur. Celles raffinées du piano se mêlent au chant des saxophones. Composée par Lovano, mais transcendée par le jeu interactif du trio, la musique étale ses couleurs, ses harmonies sereines, dessine des paysages oniriques qu’il fait bon écouter.

Grégory OTT : “Parabole”

(Jazzdor / L’autre distribution)

Chronique dans le blog de Choc le 25 juin

J’ignorais tout de ce pianiste strasbourgeois avant de recevoir ce disque en solo, une relecture aussi décalée qu’inventive de la bande-son du film de Wim Wenders “Les ailes du désir” (“Der Himmel über Berlin”). Ne cherchez pas à comparer sa musique avec celle de Jürgen Knieper que l’on entend dans le film. Grégory Ott pose sur ses images ses propres mélodies, ses visions musicales traduisant parfaitement la poésie du scénario de Peter Handke : un ange tombe amoureux d’une trapéziste et choisit de devenir mortel. Superbement enregistré par Philippe Gaillot, “Parabole” baigne dans le blues et bénéficiant d’harmonies délicates, sa musique nous invite à rêver.

Enrico PIERANUNZI Jazz Ensemble : “Time’s Passage”

(abeat / UVM)

Chronique dans le blog de Choc le 25 juin

Enrico Pieranunzi enregistre beaucoup mais ne fait jamais de mauvais disque. Dans “Time’s Passage”, une formation largement italienne joue ses compositions et quelques standards, deux versions de In the Wee Small Hours of the Morning nous étant proposées. André Ceccarelli retrouve ici la chanteuse Simona Severini qu’il accompagne dans “Monsieur Claude”, un autre grand disque du Maestro. Chanté en français et bénéficiant de sa voix troublante, Valse pour Apollinaire est l’un des grands moments d’un album au sein duquel le piano enchanteur d’Enrico dialogue avec bonheur avec le vibraphone d’Andrea Dulbecco, révélation d’un opus flamboyant.

Martial SOLAL : “Coming Yesterday”

(Challenge / DistrArt Musique)

Chronique dans le blog de Choc le 25 juin

La Salle Gaveau est archi pleine, ce 23 janvier 2019. Pour rien au monde un amateur de piano n’aurait manqué ce concert de Martial Solal, son dernier. Enregistré par les micros de Radio France, “Coming Yesterday” fait entendre un piano espiègle mélangeant allègrement rythmes et tonalités sur des standards inusables bousculés avec humour. Jonglant constamment avec ses notes, s’autorisant bien des digressions, Martial reprend en début de concert I Can’t Get Started « pour s’en débarrasser », et s’amuse avec Frère Jacques rebaptisé Sir Jack. Sa mémoire vagabondant sans jamais se perdre, il nous offre un feu d’artifices de citations, mélodies qu’il transforme et harmonise au gré de son intarissable fantaisie.

UMLAUT BIG BAND : “Mary’s Ideas”

(Umlaut Records / L’autre distribution)

Chronique dans le blog de Choc le 4 octobre

Orchestre de quatorze musiciens, le Umlaut Big Band remonte le temps. Après un album consacré à Don Redman (1900-1964), la formation consacre avec “Mary’s Ideas” un double CD à Mary Lou Williams (1910-1981). Pianiste et arrangeuse des Twelve Clouds of Joy, cette dernière écrivit pour de nombreuses formations dont celles de Benny Goodman et de Duke Ellington. Irriguée par le blues, son œuvre d’une étonnante modernité, parfois inspirée par Cecil TaylorZoning Fungus II qui explore les potentialités sonores du piano – nous est ici présentée de manière thématique, un passionnant livret accompagnant deux disques enthousiasmants enregistrés en janvier 2021 à la Philharmonie de Paris.

Marcin WASILEWSKY : “En attendant”

(ECM / Universal)

Chronique dans Jazz Magazine n°742

En août 2019, profitant de l’enregistrement d’“Arctic Riff” au studio La Buissonne, un disque en quartette avec le saxophoniste Joe Lovano le trio du pianiste polonais Marcin WasilewskiSlawomir Kurkiewicz (contrebasse) et Michal Miskiewicz (batterie) – enregistra d’autres versions de Glimmer of Hope et de Vashkar (Carla Bley), ainsi qu’une sélection de préludes et fugues empruntés aux Variations Goldberg de Bach et le Riders on the Storm des Doors. Trois improvisations collectives de l’album (In Motion Part I, II & III) s’y ajoutent et  témoignent de la parfaite interaction qui règne au sein de ce trio fondé en 1993 par un pianiste au jeu modal et inspiré, sensible aux moindres murmures de la contrebasse et de la batterie.

Et un inédit :

 

Frank KIMBROUGH : “Ancestors”

(Sunnyside / Socadisc)

Chronique dans Jazz Magazine n°743

Pianiste attitré du Maria Schneider Orchestra et auteur d’une vingtaine de disques sous son nom, Frank Kimbrough, décédé en décembre 2020, nous laisse cet album posthume de 2017 qui nous fait regretter sa disparition prématurée à l’âge de 64 ans. Pratiquant un jeu mélodique et conversant constamment avec lui, Masa Kamaguchi, le bassiste de “Play”, album dont trois des morceaux sont repris ici, enrichit avec bonheur ce jazz modal joué avec un art consommé de la nuance, des plages très lentes baignant dans une douce mélancolie. Le troisième homme, Kirk Knuffke, joue du cornet et souffle peu de notes pour mieux les chanter, Eyes étant largement consacré à son instrument.

 

Photo : “Les Paparazzi à l’arrivée d’Anita Ekberg” © 1960 La Dolce Vita – Riama Film – S.N. Pathé Cinéma – Gray Film.  

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4 décembre 2021 6 04 /12 /décembre /2021 17:43
Dernières nouvelles du front

Décembre. Le fond de l'air est froid, Noël brille au loin comme une banquise. L’ennemi c’est bien sûr ce coronavirus qui se promène et se transforme. Le variant delta fait déjà des dégâts. Encore plus inquiétant, le variant omicron risque de confiner à nouveau la planète si nous ne respectons pas les gestes barrières. Le lavage fréquent des mains et le port du masque ne nous dispense pas de nous faire vacciner. Évitant de m’exposer, j’avoue moins fréquenter les clubs et les salles de concert qui ont pourtant besoin de nous. Sortez, mais soyez prudents.

Le samedi 27 novembre, Arnaud Merlin accueillait au 104 dans le cadre de Jazz sur le Vif le Happy Hours Quartet de Christophe Marguet. Avec lui, le trompettiste et joueur de bugle Yoann Loustalot, le pianiste Julien Touéry et Hélène Labarrière à la contrebasse pour jouer les belles et allègres compositions du batteur qui toutes bénéficient d’arrangements soignés.

 

Une excellente première partie pour introduire après un court entracte le nouveau trio de Marc Copland, aujourd’hui l’un des plus grands pianistes de la planète jazz. Accompagné par le bassiste anglais Phil Donkin à la contrebasse (né en 1980) et le batteur allemand Jonas Burgwinkel (né en 1981), Marc, en totale osmose avec ses jeunes musiciens, se surpassa et joua son meilleur piano. Interprétant standards et compositions originales, il les habilla d’harmonies rêveuses et flottantes, de notes tintinnabulantes, son toucher d’une grande finesse et son jeu de pédales favorisant leur scintillement, une mélodie devenant ainsi prétexte à d’inépuisables variations de couleurs harmoniques.

Après une telle prestation, je ne pouvais que le féliciter et lui offrir mon livre, “De la musique plein la tête”, qui vient de paraître aux Éditions Les Soleils Bleus. J’y raconte ma découverte du jazz dans les années 70 après celle d’une pop musique qui, devenant adulte, fut la musique de ma jeunesse. Critique de rock pour le magazine Best, organisateur de concerts pour étudiants désargentés, batteur mondain, attaché de presse puis label manager chez Polydor – ce qui m’amena à m’occuper des Bee Gees, Ringo Starr, des Who, mais aussi de Philip Glass, Amanda Lear, Ella Fitzgerald et Chick Corea –, j’ai eu la chance de vivre à une époque qui vit naître une contre-culture militante, un bouillonnement de musiques tel que l’on en a jamais connu depuis, des années bénies où tout était généreux, permissif, et plus libre. Ce livre dans lequel, une fois n’est pas coutume, je raconte mon histoire, vous apprendra à mieux me connaître. On peut le commander en librairie, mais il est également en vente 15 euros hors frais de port sur le site de l’éditeur  www.lessoleilsbleus.com  qui vous en donne à lire les premières pages. 
 

J’apprends le décès de Stephen Sondheim, l’un des derniers (voire le dernier) des grands compositeurs de comédies musicales, à l’âge de 91 ans. Il fut également le parolier de Leonard Bernstein pour “West Side Story”. Ses belles pages de musique ont souvent fait le bonheur des jazzmen qui se sont emparés de ses mélodies pour en faire des standards. La chanteuse Cyrille Aimée qui lui a consacré sur Mack Avenue un album en 2019 (“Move On”) sera au Duc des Lombards les 14 et 15 décembre. Quelques jours plus tôt, le 10 et le 11, Melody Gardot et le pianiste Philippe Powell y donneront quatre concerts. Cyrille Aimée et Melody Gardot sont aussi à l’affiche de la 18ème édition de You & The Night & The Music le 13 décembre salle Pleyel, avec (entre autres) Jamie Cullum, Thomas de Pourquery & Supersonic, et Kyle Eastwood. L’orchestre de cérémonie est cette année l’Amazing Keystone Band et l’invité d’honneur Michel Portal.

Dernières nouvelles du front

D’autres concerts interpellent en décembre. Au Bal Blomet le 9, André Ceccarelli (batterie), Pierre-Alain Goualch (claviers) et Diego Imbert (contrebasse) nous offriront leur version en trio de “Porgy & Bess” – l’album vient de paraître sur Trebim Music. Attendu également au Bal Blomet le 15, Fabien Mary et le Vintage Orchestra. À l’Ecuje, nouvelle salle de concert dont je vous ai déjà parlé, Olivier Hutman (piano) et Stéphane Belmondo (trompette et bugle) rendent hommage à Chet Baker le 16. Au New Morning, deux excellents quartettes à ne pas manquer. Celui du saxophoniste Pierrick Pédron le 9 et celui du batteur Daniel Humair le 16. Toujours au New Morning, le pianiste Laurent Coulondre rendra hommage en sextet à Michel Petrucciani le 21.

 

À partir du 17 décembre et jusqu’au 8 février, le Sunset fête ses 40 ans avec une programmation exceptionnelle et une soirée anniversaire au Théâtre du Châtelet le 28 janvier. En attendant, ne manquez pas le Belmondo Quintet au Sunside du 18 au 20 et les Voice Messengers les 26 et 27, ces derniers également au programme de You & The Night & The Music le 16 à Pleyel. Enfin la Philharmonie célèbre Sonny Rollins les 8 et 9 décembre, avec la saxophoniste Géraldine Laurent, mais aussi David El Malek (saxophone ténor), Céline Bonacina (saxophones baryton et soprano), Laurent de Wilde (piano), Ira Coleman (contrebasse) et Billy Drummond (batterie). Sortez, mais soyez très prudents.

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Salle Pleyel : www.sallepleyel.com

-Bal Blomet : www.balblomet.fr

-Ecuje : www.ecuje.fr/jazz-ecuje-paris

-New Morning : www.newmorning.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Philharmonie de Paris : www.philharmoniedeparis.fr

 

Crédits Photos : Marc Copland Trio © Gilles Coquempot – Christophe Marguet Happy Hours Quartet © Jérôme Prébois – Marc Copland © Pierre de Chocqueuse – Cyrille Aimée © Colville Heskey

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12 novembre 2021 5 12 /11 /novembre /2021 10:19
Alexis Valet © Audrey Radas -

Alexis Valet © Audrey Radas -

Que de disques depuis septembre ! S’ils se bousculent dans mon lecteur de CD, certains accrochent davantage l’oreille, interpellent plus que d’autres. Intrigué, on  revient sur un album, on prend le temps d’une seconde, voire d’une troisième écoute pour pleinement l’apprécier. Il révèle alors ses couleurs, ses harmonies, la richesse de ses rythmes, la beauté de ses arrangements. Deux des sept disques dont vous trouverez ici les chroniques ont été enregistrés par des vibraphonistes. L’instrument s’impose aujourd’hui sous les mailloches d’une nouvelle génération de musiciens. Le batteur Jorge Rossy l’a adopté. Les américains Joel Ross et Peter Schlamb, le pratiquent, de même que les français Simon Moullier et Alexis Valet ici même en photo(s). Au sein de cette sélection d’albums récents, “Back to the Moon” de Thomas de Pourquery date de septembre mais j’ai tardivement découvert sa musique : du jazz, de la pop, un amalgame de genres et d’influences dans un réjouissant disque concept tel qu’il en sortait dans les années 60 et 70.

Producteur aux grandes oreilles, Jean-jacques Pussiau me fit écouter les premiers disques en solo du pianiste suisse René Bottlang rue Liancourt, “In Front” puis “At the Movies” qui sortirent sur Owl Records au début des années 80. En 2003, Jean-Paul Ricard de l’ajmi me fit parvenir “Solongo”, également en solo, enregistré après un séjour de deux ans en Mongolie au cours duquel René rencontra Solongo son épouse dont il nous conte aujourd’hui les rêves. Solongo Dreams est en effet la plage d’ouverture de “Buenos Aires”, qui paraît aujourd’hui sur Meta Records, un album solo enregistré en 2015 à Buenos Aires lors d’un périple d’un mois en Argentine. Car bien qu’habitant depuis 1978 dans le sud de la France, René Bottlang continue de voyager, d’y ramener des souvenirs, de courtes histoires musicales dont on suit pas à pas le libre et passionnant cheminement harmonique. Le pianiste nous décrit des visages, des paysages, des sensations. Il le fait en poète, avec délicatesse et pudeur. Une bonne moitié des morceaux sont des impromptus. Impossible de se rendre compte de ce qui est improvisé de ce qui ne l’est pas, mais la musique, douce et belle, à la croisée du classique et du jazz, ne se réfère nullement au folklore argentin. Blowing in the Wind de Bob Dylan et Nostalgia in Times Square de Charles Mingus complètent ce disque très attachant.

Bill Carrothers joue certes du piano dans les disques de Peg, son épouse et dans “La musique d’Alan” (Vision Fugitive), bande-son de 2019 dessinée par Emmanuel Guibert, mais ses propres disques se font rares. Bill quitte rarement la petite ville du Michigan qu’il habite et que la neige recouvre les mois d’hiver. La sortie de “Firebirds” (La Buissonne) est donc inattendue. Le pianiste y rencontre Vincent Courtois dont le violoncelle fait merveille au sein du trio qu’il partage avec les saxophonistes Daniel Erdmann et Robin Fincker. Leur ingénieur du son, Gérard de Haro, connaît tout aussi bien Bill Carrothers et a eu la bonne idée de réunir ces deux grands musiciens qui n’avaient jamais joué ensemble. “Firebirds” rassemble compositions originales et standards. Deux versions fort différentes d’Aqua y Vinho, un thème d’Egberto Gismonti, l’ouvrent et le referment. Dans la première, le pied enfoncé sur la pédale centrale de son piano, Bill étouffe volontairement ses accords alors que le violoncelle strie l’espace, semble l’ouvrir à grands coups d’archets. Invité sur deux plages, le saxophoniste Éric Seva enrichit Isfahan de Duke Ellington d’un beau chorus de baryton. Introduit en pizzicato par Vincent, Circle Game de Joni Mitchell est un autre moment fort de l’album. De même que 1852 mètres plus tard, précédemment enregistré par Vincent Courtois dans “West” (2014), un autre disque du label La Buissonne. Sa mélodie est magnifique et sa nouvelle version inoubliable.

Hermon Mehari & Alessandro Lanzoni © James O'Mara

Hermon Mehari & Alessandro Lanzoni © James O'Mara

À la trompette, Hermon Mehari, musicien américain né à Dallas en 1987. Demi-finaliste de la Thelonious Monk Competition en 2014, il s’est installé à Paris deux ans plus tard et vient de se faire remarquer auprès de la chanteuse Estelle Perrault. Le pianiste italien qui l’accompagne est Alessandro Lanzoni, né à Florence en 1992 et auteur en 2019 d’un remarquable enregistrement en trio pour Cam Jazz, (“Unplanned Ways”). “Arc Fiction”, un album du label et collectif MIRR, nous donne l’occasion de découvrir leur musique faite d’échanges, de moments improvisés ressentis comme écriture musicale, leurs compositions ressemblant souvent à des improvisations. Un piano ferme et mobile assoit la  tonalité et accompagne avec bonheur une flamboyante trompette dont les acrobaties techniques nourrissent un Donna Lee spectaculaire. Chantante dans Savannah, fiévreuse dans Bostom Kreme, abstraite dans Reprise in Cathartic, poétique dans Penombre et End of the Conqueror, la musique de ce disque reste surtout très séduisante.

Thomas de Pourquery / Supersonic © Floriane de Lassée & Nicolas Henry

Thomas de Pourquery / Supersonic © Floriane de Lassée & Nicolas Henry

Back to the Moon” (Lying Lions Productions) se distingue nettement des autres disques de jazz publiés cette année. Par ses chorus, par la place qu’y occupent les instruments à vent – saxophones, trompette, bugle –, il relève du jazz au sein d’une instrumentation foisonnante comprenant claviers, synthétiseurs et effets électroniques. L’importance accordée aux voix ancre tout autant l’album dans la musique pop, celle de Space Oddity de David Bowie, de l’album “Dark Side of the Moon” du Pink Floyd, la batterie confiée au volcanique Edward Perraud, le Keith Moon du Jazz, lui apportant une grande variété de rythmes. Des chansons (le magnifique Yes Yes Yes Yes), des pièces chorales hautes en couleur (I Gotta Dream), constituent une large partie du répertoire. Thomas de Pourquery n’en est pas le seul chanteur. Les musiciens de son groupe, Supersonic, contribuent aux vocaux, Berlea Bilem assurant le lied de O Estrangeiro composé par Caetano Veloso. Car c’est à un véritable voyage musical que nous invite cet album soigneusement travaillé en studio, un opus jubilatoire d’un grand lyrisme. Thomas de Pourquery, foulera-t-il bientôt le sol lunaire avec l'astronaute Thomas Pesquet ? On l’ignore, mais son disque inclassable, aussi brillant qu’une étoile, est déjà sur orbite.

À Genève où il s’installa au début des années 80, le batteur Alvin Queen accompagna souvent les musiciens américains de passage, mais c’est Copenhague qu’il célèbre dans “Night Train to Copenhagen” (Stunt Records), un disque en trio produit par le pianiste Niels Lan Doky. On découvre deux musiciens prometteurs, le pianiste suédois Calle Brickman et le contrebassiste danois Tobias Dall, des musiciens du nord de l’Europe qui jouent un jazz bien trempé dans le blues et le swing, un jazz de facture classique qui s’écoute toujours avec bonheur. S’il accompagna les plus grands, Alvin Queen fut aussi le dernier batteur d’Oscar Peterson. Cet album est donc aussi un hommage au pianiste, “Night Train to Copenhagen” réunissant une partie du répertoire de “Night Train” et de “We Get Requests”, deux des plus célèbres disques de Peterson. Calle Brickman ne possède certes pas l’immense virtuosité de ce dernier. Il produit toutefois un swing sans faille dans les morceaux rapides et révèle un sensible et délicat toucher dans les ballades. Influencé par Elvin Jones qui lui permit un soir de 1962 de jouer avec Coltrane, Alvin Queen n’en possède pas moins un jeu personnel. Il sait mettre en en valeur les timbres de son instrument. Sa frappe est ferme mais sans lourdeur. Son soutien précis et diversifié donne des ailes à son jeune pianiste.

Jorge Rossy Trio © Daniel Dettwiler / ECM Records

Jorge Rossy Trio © Daniel Dettwiler / ECM Records

Après avoir été le batteur du premier trio de Brad Mehldau, Jorge Rossy se consacre aujourd’hui au vibraphone et au marimba sans délaisser toutefois la batterie puisqu’il en joue dans “Uma Elmo”, un enregistrement récent du guitariste Jakob Bro. Dans “Puerta” qui vient de paraître sur ECM, il utilise ces deux nouveaux instruments avec une grande économie de moyens. Les deux musiciens qui l’accompagnent, Robert Landfermann à la contrebasse et Jeff Ballard à la batterie, interviennent toujours à bon escient dans cette musique tranquille qui prend le temps de respirer. Jorge Rossy en a composé tous les morceaux sauf Cargols, écrit par Chris Cheek, saxophoniste avec lequel il a souvent travaillé. Maybe Tuesday est construit sur les accords de The Man I Love de Gershwin et Puerta qui donne son nom à l’album a été écrit dans un hôtel londonien, juste avant que Rossy ne quitte le trio de Mehldau pour ouvrir un nouveau chapitre d’une carrière décidément fructueuse.   

Alexis Valet / Antoine Paganotti / Luca Fattorini © Audrey Radas

Alexis Valet / Antoine Paganotti / Luca Fattorini © Audrey Radas

Instrument mélodique mais aussi percussif, le vibraphone semble aujourd’hui renaître sous les mailloches de jeunes musiciens. Alexis Valet est l’un d’entre eux. Il a découvert le jazz à l’écoute de Miles Davis, Charles Mingus et Dave Brubeck. Un enracinement qui n’affecte en rien la modernité de sa musique. “Explorers” son nouvel album pour Jazz&People, le second de sa discographie, en témoigne. Compositions originales et standards – Dr. Jackle de Jackie McLean relevant du bop, Fall de Wayne Shorter, Dixie’s Dilemna de Warne Marsh – en constituent le répertoire, chaque thème donnant lieu à une improvisation crée dans l’incertitude de l’instant. Quatre morceaux sont interprétés en trio avec Luca Fattorini à la contrebasse et Antoine Paganotti à la batterie. Le pianiste Bojan Z et le saxophoniste néerlandais Ben Van Gelder au timbre si singulier à l’alto s’invitent dans les autres, trois plages les réunissant tous. Hats and Cards contient de savoureux dialogues vibraphone / saxophone alto et What’s Next envoûte par la répétition de sa ligne mélodique, son habile balancement rythmique. Ici, la modernité des métriques n’étouffe pas le swing mais le renforce et plonge cette belle musique dans le rythme.

 

Photos : Alexis Valet © Audrey Radas - Hermon Mehari & Alessandro Lanzoni © James 0'Mara - Thomas de Pourquery / Supersonic © Floriane de Lassée & Nicolas Henry - Jorge Rossy Trio © Daniel Dettwiler / ECM Records - Alexis Valet / Antoine Paganotti / Luca Fattorini © Audrey Radas

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4 octobre 2021 1 04 /10 /octobre /2021 16:13
François Couturier et Anja Lechner © Makr Mushet / ECM Records

François Couturier et Anja Lechner © Makr Mushet / ECM Records

Après plusieurs semaines d’inactivité, ce blog reprend du service. Les concerts redémarrent et les disques sont nombreux à sortir. Ceux dont vous lirez les chroniques ont mes préférences. Un choix subjectif bien sûr, mais ceux d’entre vous, nombreux je l’espère, qui partagent mes goûts, ne seront probablement pas déçus. Vous trouverez la chronique du Marcin Wasilewski Trio, “En Attendant” (ECM) dans le numéro d’octobre de Jazz Magazine. J’ai beaucoup réduit la liste de concerts que je propose. Seuls les plus importants à mes yeux seront désormais annoncés. Ce blog ne reprendra pas son rythme habituel. Je me réserve toutefois l’opportunité de prendre ma plume à tout moment si l’actualité du jazz le nécessite. Bonne rentrée à tous et à toutes.

-Comme chaque année en octobre, à l’initiative de l’association Paris Jazz Club, les clubs de jazz de Paris et de la région parisienne font leur festival, vingt-cinq clubs accueillant cent quatre-vingt concerts et quatre cent cinquante musiciens entre le vendredi 8 et le samedi 23. Manifestation culturelle incontournable de l’automne, Jazz sur Seine qui en est à sa 10ème édition maintient inchangée sa politique tarifaire : deux concerts 40 euros et une offre découverte proposée aux étudiants, demandeurs d’emploi et élèves de conservatoires à 10 euros. Dix-huit showcases (entrée gratuite selon les places disponibles) se tiendront le mardi 19 octobre dans cinq clubs du quartier des Halles. On en consultera les programmes sur le site de Paris Jazz Club : www.parisjazzclub.net/fr/events/festival-jazz-sur-seine-2021

-Comme chaque année en octobre, le jazz afro-américain a rendez-vous à Clermont-Ferrand. La 34ème édition de Jazz en Tête, un festival différent car n’accueillant que du jazz qui ressemble à du jazz, se déroulera du mardi 19 au Samedi 23. Le bassiste Joe Sanders en quartette le 19, le Makaya McCraven Quartet avec le trompettiste Marquis Hill le 20, Kirk Lightsey en trio avec Famoudou Don Moye, batteur de l’Art Ensemble of Chicago le 21, le quintette du saxophoniste Kenny Garrett le 22 et le Jazz at Lincoln Center Orchestra sous la direction du trompettiste Wynton Marsalis en soirée de clôture le 23 en sont les moments forts. Mis à part ce dernier concert prévu à 20h30, tous sont à 20h00 et se déroulent dans la salle Jean Cocteau de la Maison de la Culture. On consultera le programme complet sur le site du festival : www.jazzentete.com

Emmett Cohen © John Abbott

Emmett Cohen © John Abbott

Mes concerts d’octobre

-Le pianiste Emmett Cohen en trio avec Yasushi Nakamura (contrebasse) et Kyle Poole (batterie) le 5 et le 6 (19h30 et 22h00) au Duc des Lombards. www.ducdeslombards.com

 

-Le Umlaut Big Band dirigé par Pierre-Antoine Badaroux célèbre la musique de Mary Lou Williams suivi après l’entracte du Jazz at Lincoln Center Orchestra sous la direction du trompettiste Wynton Marsalis le 9 à la Philharmonie de Paris (20h30). www.philharmoniedeparis.fr

 

-Le guitariste Nguyên Lê en trio avec Romain Labaye (basse) et Paul Berne (batterie) le 14 (à 20h30) à l’Espace Culturel et Universitaire Juif d’Europe, l’Ecuje – 119 rue Lafayette, 75010 Paris – qui s’ouvre à des concerts de jazz une fois par mois. Le pianiste Olivier Hutman est chargé de la programmation. www.ecuje.fr/jazz-ecuje-paris

 

-Estelle Perrault et les musiciens de “Dare That Dream”, son deuxième album, le 16 (20h30) au Studio de l’Ermitage. www.studio-ermitage.com

 

-Anja Lechner (violoncelle) et François Couturier (piano) le 17 à Champagne-sur-Oise (Église Notre-Dame-de-l'Assomption, 14 - 26 rue Notre Dame, 17h00) dans le cadre du festival Jazz au fil de l’Oise. Leurs concerts sont rares et “Lontano”, leur dernier opus, est l’un des plus beaux disques de l’an dernier. www.jazzaufildeloise.fr

 

-Le duo inédit qui réunit le pianiste Yonathan Avishai et le bassiste Omer Avital le 23 (à 21h30) et le 24 (à 19h00) au Sunside. www.sunset-sunside.com

 

-Thomas Curbillon le 28 (20h00) au Bal Blomet. Le chanteur guitariste fête la sortie de “Place Sainte Opportune” (Jazz&People), un album éminemment radiophonique arrangé par Pierre Bertrand et réalisé par Daniel Yvinec mariant swing et chansons françaises. Il contient de nombreuses compositions originales et des reprises de Et bailler, et dormir de Charles Aznavour et de Berceuse à Pépé de Claude Nougaro sur une mélodie de Maurice Vander. Eric Legnini (piano), Thomas Bramerie (contrebasse), Antoine Paganotti (batterie) et Stéphane Belmondo (trompette et bugle) invité sur certaines plages en sont les principaux musiciens. www.balblomet.fr

Andrew Cyrille, Bill Frisell, David Virelles, Ben Street © A.T. Cimarosti / ECM Records

Andrew Cyrille, Bill Frisell, David Virelles, Ben Street © A.T. Cimarosti / ECM Records

Quelques disques qui m’interpellent

Loin de ranger ses baguettes, Andrew Cyrille, 83 ans le 10 novembre prochain, semble débuter une seconde et tardive carrière chez ECM. Après “The Declaration of Musical Independence” publié en 2014, la firme munichoise fait paraître “The News”, un album de jazz moderne à l’atmosphère toute aussi singulière. Découvert au sein de la dernière formation du regretté Tomas Stanko, le pianiste David Virelles remplace Richard Teitelbaum au sein de la formation du batteur, un quartette comprenant Ben Street à la contrebasse et Bill Frisell à la guitare. Les couleurs, les sonorités souvent aériennes que ce dernier tire de son instrument apportent beaucoup à la magie de cette musique ouverte que le piano virtuose et inattendu de Virelles et le drive foisonnant du leader enrichissent. Frisell apporte trois compositions, dont Baby, une ballade d’un grand lyrisme, et Go Happy Lucky, déjà enregistré en solo sur son disque “Music Is” (OKeh) en 2017. Intimiste et inventif, “The News” est une grande réussite.

Né le 3 septembre 1951 à San Francisco, Todd Cochran débuta sa carrière de pianiste auprès de Bobby Hutcherson – il joue sur “Head On”, un disque Blue Note du vibraphoniste de 1971. L’année suivante, sous le nom de Bayeté / Todd Cochran, il enregistre son premier album pour Prestige (Worlds Around the Sun”) avant de passer aux claviers électriques sous l’influence d’Herbie Hancock, et se voir sollicité comme sideman par de nombreuses pop stars (Peter Gabriel, Jim Capaldi) et des artistes de soul et de rhythm’n’blues (Aretha Franklin, Booker T. Jones), tant à Londres qu’aux États-Unis. Compositeur, producteur, Todd Cochran est aussi un pianiste dont le jeu élégant marqué par le blues s’inscrit dans la tradition du jazz. En témoigne “Then And Again, Here And Now” (Sunnyside), un album dans lequel en trio avec John Leftwich (contrebasse) et Michael Carvin (batterie), il se souvient, reprend Bemsha Swing de Monk qui le fascine déjà à l’âge de dix ans, The Duke de Dave Brubeck qu’il découvre quatre ans plus tard , mais aussi A Foggy Day In London, pour lui associé aux brouillards de ses séjours londoniens, des mélodies qu’il enrichit d’harmonies et d’improvisations personnelles, un jazz intemporel que l’on aimerait écouter plus souvent.     

Aussi à l’aise dans les ballades que sur tempo rapide, Sinne Eeg excelle et nous surprend une fois encore dans “Staying in Touch” (Stunt) enregistré en duo avec le bassiste Thomas Fonnesbæk, bassiste aujourd’hui très demandé. Ce n’est pas la première fois que la chanteuse danoise se livre à l’exercice. En 2015, Stunt publiait “Eeg / Fonnesbæk” *, un autre duo avec ce dernier. Outre quelques compositions originales, ce nouvel opus renferme des morceaux d’Irving Berlin, Cole Porter et Paul Desmond (son incontournable Take Five permettant d’admirer le scat d’une voix très pure et très juste), mais aussi The Long and Winding Road (de Lennon/McCartney) et The Dry Cleaner from Des Moines que Charles Mingus et Joni Mitchell composèrent. Contrebasse et voix dialoguent, improvisent et créent une musique d’une grande fraîcheur. Sur trois plages, un quatuor à cordes en fait ressortir la beauté.   

*L’édition japonaise du disque contient deux bonus, des versions superbes de The Shadow of Your Smile et d’Autumn Leaves qui la rendent indispensable.   

Découverte auprès du pianiste Alain Jean-Marie qui la prend sous son aile, Estelle Perrault, née en 1989 à Enghien-les-Bains d’une mère taïwanaise et d’un père français, rêve d’Ella Fitzgerald et de Billie Holiday et admire Bud Powell et Bobby Timmons, nous apprend le dossier de presse qui accompagne “Dare That Dream”, son second disque pour Art District Music. Un album dont les morceaux, « exploration nostalgique du sentiment amoureux et de la tendresse familiale », chantés dans un anglais parfait, font entendre un timbre de voix singulier dont la douce mélancolie interpelle. Estelle Perrault écrit les textes de ses chansons et en compose aussi les musiques. Deux d’entre-elles, celles de Child Time et de Ran Away, sont toutefois signées par Carl Henri Morisset, son pianiste. Avec elle également Hermon Mehari dont la trompette illumine cinq des huit plages de l’album. Elie Martin Charrière, son batteur, en est aussi le directeur artistique, Clément Daldosso à la contrebasse complétant une formation qui reprend deux standards, Yesterdays et le You Must Believe in Spring de Michel Legrand qu’immortalisa Bill Evans.  

Orchestre de quatorze musiciens, le Umlaut Big Band remonte le temps, aux premières décennies du jazz. Après un album consacré à Don Redman (1900-1964), la formation consacre avec “Mary’s Ideas” (Umlaut Records) un double CD à Mary Lou Williams (1910-1981) dont les archives personnelles sont conservées à l’Institute of Jazz Studies de Newark. Le visitant en 2019, Pierre-Antoine Badaroux qui assure la direction de l’orchestre et Benjamin Dousteyssier (baryton, alto et saxophone basse) en ont ramené de nombreuses partitions numérisées dont celles de compositions écrites entre 1930 et 1981 jamais enregistrées auparavant. Pianiste et arrangeuse des Twelve Clouds of Joy que dirigea le saxophoniste Andy Kirk, Mary Lou Williams écrivit pour de nombreuses formations, celles de Benny Goodman et de Duke Ellington notamment. Fréquentant les boppers dès les années 40, elle leur livra des partitions, arrangea pour Dizzy Gillespie In the Land of Oo-Bla-Dee et composa sa Zodiac Suite qui, orchestrée pour un orchestre de chambre et une section rythmique, fut jouée au Town Hall de New York en décembre 1945. Irriguée par le blues, son œuvre d’une étonnante modernité, parfois inspirée par Cecil TaylorZoning Fungus II qui explore les potentialités sonores du piano – nous est ici présentée de manière thématique, un passionnant livret accompagnant deux disques enthousiasmants enregistrés en janvier 2021 à la Philharmonie de Paris.

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30 juillet 2021 5 30 /07 /juillet /2021 10:39
Baptiste Bailly © Sebastián Laverde / Jazztone Studio

Baptiste Bailly © Sebastián Laverde / Jazztone Studio

Quelques disques à écouter sans modération avec lesquels vous pouvez partir en vacances, ou que vous pouvez tranquillement écouter chez vous sans que le ciel ne vous tombe sur la tête. Parmi eux, une découverte, celle de “Suds” enregistré à Valence (Espagne) par Baptiste Bailly, jeune pianiste originaire de Montbrison (Loire). Où que vous soyez, faites-vous vacciner et passez tous un bel été.

Suds”, premier album solo de Baptiste Bailly que fait paraître ces jours-ci le label Neuklang, ne peut laisser indifférent. On y découvre un jazz de chambre élégant à mi-chemin entre la musique impressionniste de Claude Debussy et celle de Manuel de Falla. Dans Soie et L’Eau et le Vent, Baptiste utilise les cordes métalliques de son piano comme une guitare. Sa main gauche peut aussi en bloquer les cordes, ce qu’il fait dans la seconde partie de Suds, une danse flamenca. Il utilise aussi avec parcimonie un Moog, Neige se voyant ainsi traversé par des effets électroniques qui lui apportent une dimension orchestrale, des sonorités échantillonnées d’orgue d’église envahissant progressivement le morceau. Si l’Espagne et sa musique y occupent une place importante, Neige, L’eau et le vent et L’Arbre aux secrets décrivent les paysages chers à son cœur du plateau des Hautes-Chaumes du Forez (Loire). La tendre et exquise mélodie d’Amari qu’il chantonne referme un disque envoûtant d’une grande puissance poétique.

Sophia Domancich apprécie toutes sortes de musiques. Inclassables, aussi surprenants qu’inattendus, ses propres disques se suivent sans jamais se ressembler. “Snakes and Ladders” (Cristal) que j’aime beaucoup réunit John Greaves et Robert Wyatt. “Lilienmund” (Sans Bruit) pour piano et électro-acoustique convoque Robert Schumann et Alban Berg. Récemment publié “Le Grand jour” (PeeWee!) est le troisième album solo de cette pianiste pas comme les autres, dont l’instrument cohabite parfois avec les sonorités électriques d’un Fender Rhodes (Le Grand jour), ce dernier étant parfois privilégié (Fantômes). Souvent onirique, parfois abstraite, la musique, ensorcelant jeu d’ombre et de lumière, ruissèle de riches couleurs harmoniques. Qu’elle les percute avec énergie ou les caresse du bout des doigts, ses notes, oh combien précieuses et sensibles, nous font toujours rêver.

Grands disques et petites chroniques (2)

Ancien élève du CNSM de Paris où il enseigne aujourd’hui, Vincent Lê Quang (saxophones ténor et soprano) fut découvert par Daniel Humair avec lequel il enregistra plusieurs disques dont le remarquable “Modern Art” en trio avec Stéphane Kerecki et plus récemment “Drum Thing” également très réussi. “Everlasting” (La Buissonne), le premier album qu’il fait paraître sous son nom le fait entendre au sein d’un quartette qui existe depuis une douzaine d’années. Le pianiste Bruno Ruder fut avec lui membre du trio Yes is a Pleasant Country. Quant au bassiste Guido Zorn, il joue avec Ruder dans “Gravitional Waves”, autre réussite du catalogue La Buissonne. Ici, nos quatre musiciens – j’allais oublier le batteur John Quitzke – assument un discours tranquille et fluide, l’improvisation prenant souvent le pas sur l’écriture, simple colonne vertébrale d’une musique inventée collectivement.

Riddles”, leur premier album, date de 2016. Par la suite, Ray Lema et Laurent de Wilde ont souvent joué ensemble, peaufinant leur répertoire, travaillant de nouveaux morceaux lors de leurs concerts. Enregistré en novembre 2020, “Wheels” (Gazebo / One Drop) rassemble précision rythmique et inspiration mélodique. Deux Steinway et quatre mains pour un dosage subtil de jazz, de classique et de musiques africaines. Épicés et souvent hypnotiques, les rythmes martelés par nos deux pianistes proviennent du Congo, du Nigeria, d’Éthiopie, des Caraïbes (Poulet bicyclette, une biguine se transformant en charleston !) et d’Amérique. Saka Salsa recouvre de sauce congolaise une musique de tradition cubaine. “Wheels” permet bien des rencontres, des mixages de cultures. I Miss You Dad, une pièce tendre et belle que Laurent a écrit en souvenir de son père récemment disparu, en est l’un des sommets.

Ses élèves et le Brussels Jazz Orchestra dont elle est la pianiste, lui laissent heureusement le temps de faire des disques. Depuis 2013 et “Le Peuple des silencieux”, un concert donné lors du Gaume Jazz Festival, Nathalie Loriers les enregistre en trio avec la saxophoniste Tineke Postma lauréate du Prix du Musicien Européen décerné par l’Académie du Jazz l’an passé, un prix que Nathalie obtint en 2000. Troisième opus de leur formation, “Le Temps retrouvé”, sort sur le label Igloo qui abrita les premières œuvres de Nathalie. Le bassiste en est Nic Thys, déjà présent dans “We Will Really Meet Again”, son disque précédent. Plusieurs morceaux portent le nom de vents : Zéphirs, Alizés. Le soprano accentue la mélancolie des thèmes, surtout dans les ballades. Dédié à Rik Bevernage récemment disparu, Shanti (paix en sanscrit) est également interprété en solo. Nathalie Loriers joue un magnifique piano. Les notes délicates de sa riche palette harmonique peignent des paysages qu’il fait bon écouter.

Grands disques et petites chroniques (2)

Enrico Pieranunzi est un habitué du festival de jazz de Copenhague. En 2017, l’occasion lui fut donné de jouer avec le bassiste danois Thomas Fonnesbæk. “Blue Waltz” (Stunt) contient les meilleurs moments de leur rencontre, deux concerts donnés les 14 et 15 juillet au Bistro Gustav. Enregistré en studio “The Real You” (Stunt), leur nouveau disque, un hommage à Bill Evans – Only Child et Interplay y sont interprétés –, témoigne une nouvelle fois de leur complicité. Enrico joue un piano vif, nerveux et lyrique. Ses lignes mélodiques croisent celles de la contrebasse chantante de Thomas, ce dernier parvenant à s’immiscer dans le discours du pianiste, à dialoguer constamment avec lui. Digne héritier du grand Niels-Henning Ørsted Pedersen, Thomas Fonnesbæk qui sort le 24 septembre un nouvel album en duo avec la chanteuse Sinne Eeg – “Staying in Touch” (Stunt)  –, est LE bassiste européen à suivre de près.

 

Crédits photos : Baptiste Bailly © Sebastián Laverde / Jazztone Studio – Vincent Lê Quang Quartet © Gérard de Haro – Enrico Pieranunzi & Thomas Fonnesbæk © Annett Ahrends.

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25 juin 2021 5 25 /06 /juin /2021 11:26
Grégory Ott © HK Visuals

Grégory Ott © HK Visuals

Comme je vous l’ai récemment confié, peu de disques de jazz m’ont enthousiasmé ce semestre. Les vacances d’été approchant, je vous livre ici de brèves chroniques de ceux qui m’ont le plus séduits. Mieux vaut tard que jamais avec une première série d’albums que je vous invite à écouter. Puissiez-vous les apprécier et leur réserver une place dans votre discothèque.

Autour de Joe Lovano (ténor et soprano), le Trio Tapestry réunit la pianiste Marilyn Crispell et le batteur Carmen Castaldi. Publié en 2019, leur envoûtant premier album invitait à méditer. Paru en début d’année, “Garden of Expression” (ECM) est aussi d’une grande portée spirituelle. Un flux sonore distendu de notes apaisées et mélancoliques que colore le batteur enveloppe l’auditeur. Celles raffinées du piano se mêlent au chant des saxophones. Composée par Lovano mais transcendée par le jeu interactif du trio, la musique étale ses couleurs, ses harmonies sereines, dessine des paysages oniriques qu’il fait bon écouter.

Enrico Pieranunzi enregistre beaucoup mais ne fait jamais de mauvais disque. Également sorti en début d'année, “Time’s Passage” (abeat) est même excellent. Une formation largement italienne joue ses compositions et quelques standards, deux versions de In the Wee Small Hours of the Morning nous étant proposées. Le batteur de cette séance, André Ceccarelli, retrouve ici la chanteuse Simona Severini qu’il accompagne dans “Monsieur Claude”, un autre disque du Maestro. Chanté en français et bénéficiant de sa voix troublante, Valse pour Apollinaire est l’un des grands moments d’un album au sein duquel le piano enchanteur d’Enrico dialogue avec bonheur avec le vibraphone d’Andrea Dulbecco, révélation d’un opus flamboyant.

Russ Lossing fait lui aussi beaucoup de disques. Mal distribués, la plupart d’entre eux passent hélas inaperçus. Dans “Metamorphism” édité en mars sur Sunnyside, le pianiste retrouve des musiciens avec lesquels il a souvent joué et enregistré. Quelque peu perdu de vue, l’excellent saxophoniste Loren Stillman se rappelle ici à notre souvenir. John Hébert, le bassiste de Fred Hersch, et le batteur Michael Sarin constituent une section rythmique élastique capable de se plier aux nombreuses variations que les solistes imposent à la musique, un jazz moderne d’une grande richesse mélodique ouvert aux dissonances et à tous les possibles.

C’est sur Inner Circle Music, label du saxophoniste Greg Osby, qu’un autre saxophoniste, Michel El Malem, fait son retour après un silence discographique de dix ans. Avec lui dans “Dedications”, Romain Pilon à la guitare, Stéphane Kerecki à la contrebasse et Luc Isenmann à la batterie, ce dernier déjà présent sur “Reflets”, le précédent disque de Michel. Le pianiste, une fois encore, en est Marc Copland et la subtilité harmonique de ses interventions apporte beaucoup à cette création collective au sein de laquelle s’implique la formation toute entière. Bien que toutes composées par le leader, les longues plages fluides de l’album semblent en effet avoir été improvisées, les musiciens les jouant comme si, au meilleur de leur forme, ils donnaient un concert.

Joachim Kühn enregistre désormais à domicile, à Ibiza, île dans laquelle il s’est installé en 1994, habitant sa partie la plus reculée. S’attaquer à un disque solo consacré à des ballades, une idée de Siggi Loch son producteur, ne le tentait guère. Se prenant au jeu, le  pianiste a finalement accepté, “Touch of Light” (ACT) comprenant aussi bien des morceaux de Bob Marley (Redemption Song), Prince (Purple Rain), Milton Nascimento (Ponta de Areia) que de Mal Waldron (Warm Canto), Bill Evans (Peace Piece) et Ludwig van Beethoven (l’Allegretto de la Septième Symphonie). S’il conserve son toucher ferme et précis, son attaque puissante de la note, Joachim Kühn dans cet album improvise peu. Il préfère mettre en valeur les mélodies qu’il reprend, tempère son ardeur, et avec lyrisme va à l’essentiel.

Les bonnes surprises existent et “Parabole” (Jazzdor), un enregistrement en solo de Grégory Ott, en est une. J’ignorais tout de ce pianiste strasbourgeois avant de recevoir son disque, une relecture aussi décalée qu’inventive de la bande-son du film de Wim Wenders “Les ailes du désir” (“Der Himmel über Berlin”). Ne cherchez pas à comparer sa musique avec celle de Jürgen Knieper que l’on entend dans un film que Wenders a largement improvisé, le tournant au jour le jour sans trop savoir comment le terminer. Partant des images, Grégory Ott pose sur elles ses propres mélodies, ses visions musicales s’intégrant parfaitement à la poésie du scénario de Peter Handke : un ange tombe amoureux d’une trapéziste et choisit de devenir mortel. Superbement enregistré par Philippe Gaillot, “Parabole” baigne dans le blues. Angel Eyes, la seule reprise de l’album, en est même imprégné. Bénéficiant d’harmonies délicates, de nombreuses plages nous invitent à rêver et sont inoubliables.

Tyshawn Sorey / Vijay Iyer / Linda May Han Oh © Craig Marsden / ECM

Tyshawn Sorey / Vijay Iyer / Linda May Han Oh © Craig Marsden / ECM

Un nouveau trio pour Vijay Iyer. Après une longue et fructueuse association avec Stephen Crump et Marcus Gilmore, le pianiste retrouve le batteur Tyshawn Sorey, un vieux complice, et complète sa formation avec Linda May Han Oh à la contrebasse. Ils jouent ensemble depuis 2019 et “Uneasy” leur premier disque pour ECM reflète bien l’interaction qui règne au sein du groupe. Drivé par la frappe puissante du batteur, contrebasse et piano y dialoguent avec bonheur, le jeu souvent mélodique de Linda enrichissant sensiblement la musique. L’album contient huit compositions originales d’Iyer écrites sur une période de vingt ans. S’y ajoutent une reprise très originale de Night and Day de Cole Porter et Drummer’s Song de la regrettée Geri Allen. Loin de jouer ici une musique aventureuse et abstraite, Vijay Iyer renoue avec un jazz mélodique accessible à tous. Touba est d’un grand lyrisme et Augury, une improvisation en solo, d’un exquis raffinement harmonique.

Le récital en solo que le pianiste Masabumi Kikuchi donna au Bunka Kaikan Recital Hall de Tokyo le 26 octobre 2012 et que le label ECM édita quatre ans plus tard sous le nom de “Black Orpheus” fut le dernier de sa carrière. Le pianiste disparaissait le 6 juillet 2015 à l’âge de 75 ans. On ignorait l’existence d’un enregistrement studio new-yorkais inédit de décembre 2013 qui sort aujourd’hui sur Red Hook Records, petite maison de disques installée en Irlande. Moins abstraite que les pièces improvisées de son ultime concert, la musique de “Hanamichi” n’en est pas moins majestueuse. Car c’est en jouant peu de notes et en adoptant des tempos très lents que Poo, comme le surnommaient affectueusement ses amis, donne à sa musique sa pleine dimension onirique. Improvisant en solo sur des standards et reprenant Little Abi son thème fétiche, il les colore d’harmonies brumeuses et élargit leur espace sonore en les conviant à s’ouvrir au silence. 

Malgré son âge – il est né en 1927 –, personne ne joue comme Martial Solal. Sa technique phénoménale, sa culture du jazz lui autorisent bien des digressions. Les morceaux qu’il interprète prennent ainsi des chemins de traverse, des sentiers qui bifurquent, sa mémoire vagabondant sans jamais se perdre. La Salle Gaveau est archi pleine, ce 23 janvier 2019. Pour rien au monde un amateur de piano n’aurait manqué ce concert, son dernier annonce Martial dans le livret. Enregistré par les micros de Radio France, “Coming Yesterday” (Challenge) fait entendre un piano espiègle mélangeant allègrement rythmes et tonalités sur des standards inusables bousculés avec humour. Martial joue beaucoup de notes et jongle constamment avec elles. Il reprend en début de concert I Can’t Get Started « pour s’en débarrasser », s’amuse avec Frère Jacques rebaptisé Sir Jack, nous offre un feu d’artifices de citations, mélodies qu’il transforme et harmonise au gré de son intarissable fantaisie.

-Trio TAPESTRY : “Garden of Expression” (ECM / Universal)

-Enrico PIERANUNZI Jazz Ensemble : “Time’s Passage” (abeat Records / UVM)

-Russ LOSSING : “Metamorphism” (Sunnyside / Socadisc)

-Michel EL MALEM : “Dedications” (Inner Circle Music / L’autre distribution)

-Joachim KÜHN : “Touch the Light” (ACT / Pias)

-Grégory OTT : “Parabole” (Jazzdor Series / L’autre distribution)

-Vijay IYER Trio : “Uneasy” (ECM / Universal)

-Masabumi KIKUCHI : “Hanamichi : The Final Session Recording” (Red Hook Records)

-Martial SOLAL : “Coming Yesterday” (Challenge / DistrArt Musique)

 

Crédits photos : Grégory Ott © HK Visuals - Tyshawn Sorey, Vijay Iyer, Linda May Han Oh © Craig Marsden / ECM.

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7 juin 2021 1 07 /06 /juin /2021 17:13
Quelques nouvelles du blogdeChoc

Vous l’avez probablement constaté : ce blog est resté longtemps en sommeil. À cela, plusieurs raisons, la principale étant le peu d’envie que j’éprouve actuellement à écrire sur le jazz. La fermeture des clubs et des salles de concert depuis la fin du mois d’octobre a considérablement ralenti l’activité musicale d’une année 2021 assez pauvre en disques qui interpellent, la technique, l’indéniable savoir-faire des musiciens, ne compensant pas toujours le manque d’originalité de leur musique. Une certaine lassitude m’envahit à l’écoute des très nombreux CD(s) que je reçois. Toutefois, les bonnes surprises existent, preuves que le jazz, musique savante, n’a pas fini de produire des œuvres et de nous étonner, qu’actualisée et dynamisée par les jazzmen d’aujourd’hui, elle n’est pas prêt de disparaître.  

 

Si les nouveaux disques du Trio Tapestry et de Vijay Iyer pour ECM m’ont enthousiasmé et que la parution de “Coming Yesterday”, album rassemblant les meilleurs moments du concert que Martial Solal donna Salle Gaveau, le 23 janvier 2019, reste son incontournable « testament musical improvisé », “Parabole” (Jazzdor), un album solo de Grégory Ott, pianiste strasbourgeois que je ne connaissais pas, m’a également beaucoup séduit.

 

Dix ans après “Reflets”, disque récompensé en 2011 par le Prix du Disque Français de l’Académie du Jazz, le saxophoniste Michel El Malem en a enregistré un second, “Dedications” sur Inner Circle Music, le label de Greg Osby, qui est tout aussi bon que le premier. Baptiste Bailly, un jeune pianiste que vous n’êtes certainement pas nombreux à connaître, sort prochainement sur le label Neukland un opus en solo qui intègre de légères textures électroniques, des sons d’orgue et de synthétiser. Intitulé “Suds”, il mérite une écoute attentive. Enfin, François Zalacain m’a fait savoir que Nick Sanders, un autre jeune musicien sur lequel je ne taris pas d’éloges, a enregistré pour Sunnyside un album solo qui paraîtra en fin d’année. Ces disques et quelques autres, moins d’une dizaine, j’essayerai de vous en parler brièvement.

 

La dernière décennie fut riche en évènements, en découvertes. Ce blog qui existe depuis bientôt treize ans en a rendu compte, contribué à les faire connaître, ce qui m’a donné l’envie de rassembler dans un livre certaines de mes chroniques. Révéler de nouveaux talents ayant toujours été mon intention première, j’y privilégie des jazzmen peu médiatisés qui peinent à se faire entendre, aborde des sujets qui me tiennent à cœur, raconte le jazz et le questionne : Peut-il exister sans swing ni racines ? Est-il devenu la nouvelle musique contemporaine ? Était-il plus créatif auparavant ? Vous y trouverez des axolotls, des ermites, des drôles de drames, des considérations sur Duke Ellington, Stan Getz, Boris Vian, André Hodeir, Henri Dutilleux et sur la modernité des Heures persanes.  Intitulé “De Jazz et d’Autre”, l’ouvrage est prêt. Reste à trouver un éditeur, ce qui est loin d’être gagné.

 

Il survient parfois des miracles et c’est un autre de mes textes, longtemps remisé dans un tiroir, qui verra le jour à la rentrée. “De la Musique plein la tête” à paraître aux Éditions Les Soleils Bleus raconte ma jeunesse turbulente et mon parcours dans la musique, de mes années rock’n’roll à ma découverte du jazz dans la seconde moitié des années 70. Un parcours qui me mènera à intégrer la rédaction de Jazz Hot après quatre folles années au sein des disques Polydor.         

 

Je profite de la réouverture des clubs le 9 juin (avec jauge réduite et respect des protocoles sanitaires) pour vous inviter à sortir écouter du jazz, en prenant bien sûr toutes les précautions possibles. Le 22, la pianiste Nathalie Loriers se produira en trio avec la saxophoniste Tineke Postma (lauréate du Prix du Jazz Européen 2020 de L’Académie du Jazz) et Nic Thys à la contrebasse au Studio de l’Ermitage (20h00). Leur nouveau disque s’intitule “Le Temps retrouvé” et sort sur le label Igloo. Ne manquez pas non plus l’immense Fred Hersch au Bal Blomet les 25 (20h00) et 26 juin (19h00). On se laissera également tenter par les concerts au Sunside du duo Laurent de Wilde / Ray Lema les 15 et 16 juin (19h00 et 21h00). Nos deux complices y fêteront la sortie de “Wheels”, subtil dosage de jazz, de classique et de musique africaine enregistré sur deux Steinway. Apprenez aussi que le 24 juin, Alexandre Saada interprètera au Sunside (19h00 et 21h00), le répertoire de “Songs for the Flying Man”, un disque qui, l’an dernier, ensoleilla mon confinement. Quant au Duc des Lombards, il accueillera le trio du pianiste Franck Amsallem les 11 et 12 juin (trois sets par soir, 19h00, 20h15 et 21h30). Portez des masques et faites-vous vacciner. On n’est jamais assez prudent.

-Studio de l’Ermitage :  www.studio-ermitage.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Bal Blomet : www.balblomet.fr

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

 

Photo : Nic Thys, Tineke Postma & Nathalie Loriers © Jacky Lepage

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1 mars 2021 1 01 /03 /mars /2021 16:30
Claude Carrière : la mémoire du Duke

Mars. Après plus de deux mois n’inactivité, ce blog redémarre avec les mauvaises nouvelles que vous connaissez déjà. C’est d’abord la disparition de Chick Corea, emporté le 9 février à l’âge de 79 ans par une forme rare de cancer. Je l’avais revu à la Philharmonie il y a un an, le 2 mars 2020, après son concert donné avec Christian McBride et Brian Blade. Passant du temps avec lui dans sa loge, nous avions échangé des souvenirs sur “The Mad Hatter” et “My Spanish Heart”, un disque qui lui tenait particulièrement à cœur et dont j’avais assuré la promotion chez Polydor lors de sa sortie en 1976. Chick avec son humour pince sans rire, sa fantaisie de chapelier fou, avait l’humilité des grands.

 

Claude Carrière : son nom et son prénom commencent par la lettre C, la troisième de l’alphabet. Comme Chick Corea. Curieux hasard qui les voit disparaître le même mois de la même année, Claude le 20 février, onze jours seulement après un musicien dont il aimait beaucoup le piano. Né à Rodez le 14 mars 1939, Claude avait fait partie de l’équipe de Jazz Hot dirigée par Laurent Godet. Avec son complice Jean Delmas, il créa en 1982 le Jazz Club, une émission qu’il conserva jusqu’en 2008, année au cours de laquelle la direction de Radio France l’en écarta, ce dont il fut profondément affecté.

 

Maurice Cullaz me le présenta en 1985. Je venais de rentrer à l’Académie du Jazz et Claude, de treize ans mon aîné, y était déjà écouté, Maurice se reposant déjà sur lui pour la bonne marche d’une institution alors quelque peu poussiéreuse dans laquelle il imposait ses choix. Je pris vite l’habitude de le seconder dans cette tâche et lorsqu’il devint lui-même Président en 1993, j’ai bien sûr continué de travailler avec lui.

 

Une rencontre fortuite à Fontainebleau m’avait permis de mieux le connaître. Avec Philippe Bourdin, nous avions l’habitude de nous y rendre fréquemment en train afin de récupérer les nouveautés que distribuait DAM, société dont s’occupait le sympathique André Turban. Du jazz, mais aussi de la musique brésilienne, DAM en étant alors le principal importateur français. Claude faisait de même. Nous nous y retrouvâmes par hasard et il me ramena en voiture à Paris ce jour-là. J’eus droit à de la musique de Duke Ellington pendant tout le trajet, découvrant par là même sa passion pour un musicien sur lequel il était intarissable. Il m’avait alors demandé combien de ses disques je possédais. N’en ayant qu’une dizaine, il m’avait affirmé que ce n’était pas assez et qu’un amateur de jazz se devait d’en avoir dix fois plus. N’écoutant pas la radio à cette époque, j’ignorais qu’entre 1976 et 1984 il avait diffusé l’œuvre intégrale du Duke et consacré 400 émissions à son idole.

 

Lorsqu’en 1994 j’entrepris la rédaction de “Passeport pour le jazz”, livre coécrit avec Philippe Adler et édité l’année suivante, c’est à Claude et à Christian Bonnet que je demandai conseil. Ce dernier me donna des renseignements sur les grands enregistrements de la « swing era ». Outre ceux qu’il me livra sur Duke Ellington, Claude me fit connaître des disques importants de Fletcher Henderson et Jimmy Lunceford, musiciens que je connaissais mal, et me fit gagner un temps précieux.

 

Jusqu’en 2005, année au cours de laquelle François Lacharme devint à son tour Président de l’Académie du Jazz, je le retrouvais chaque année chez lui, rue de Charonne, afin de mettre sous pli les invitations de notre remise des prix. Nous terminions la soirée chez Melac, restaurant aveyronnais que Claude appréciait. Outre notre Assemblée Générale annuelle qui se tenait aux « Broches à l’Ancienne », nous nous donnions rendez-vous en décembre, rue Joubert, chez Mimi Perrin, pour voter le Prix du Jazz Vocal dont elle présidait la commission.

 

Les années passant, je le vis moins souvent. Toujours élégant, il présidait l’Association Grands Formats et avec Christian Bonnet avait fondé la Maison du Duke. Par sympathie, j’en devins adhérent, sans toutefois assister aux nombreuses conférences qu’il y donnait régulièrement. Avec l’excellent guitariste Frédéric Loiseau et la jeune chanteuse Rebecca Cavanaugh, il avait monté un petit orchestre dont il était le pianiste. Outre Duke Ellington, Claude admirait Fred Hersch dont il manquait rarement les concerts. Il me fit écouter plusieurs de ses disques, me fit comprendre l’importance du musicien et découvrir la richesse de son piano. Il continuait également à s’occuper de rééditions discographiques. Après la collection Masters of Jazz pour laquelle il avait réalisé une intégrale de Charlie Christian en neuf volumes et de nombreuses compilations pour Francis Dreyfus, il était responsable depuis 2007 de la collection Original Sound Deluxe chez Cristal Records. Un coffret consacré à Nat King Cole en 2019 fut son dernier travail.

 

En tant que Président d’Honneur de l’Académie du Jazz, Claude était de facto membre du Bureau qui se réunissait ces dernières années à mon domicile du Boulevard Beaumarchais. J’ai des photos de lui avec Christian Bonnet et ce n’est pas sans émotion que je les regarde. Ils sont probablement là-haut avec le Duke, assistant à un concert inoubliable de son orchestre, Claude au premier rang pour mieux respirer les parfums capiteux de sa “Perfume Suite”, s’extasier sur cette musique ellingtonienne que le ciel accorde d’écouter à ceux qui l’ont beaucoup aimé.

 

Photo © Pierre de Chocqueuse

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1 janvier 2021 5 01 /01 /janvier /2021 13:11
Meilleurs Voeux

             Dans l’espoir d’une année heureuse

                         Joie et Santé en 2021

                    Happy New Year

           Et puisse le jazz vous mettre du baume au cœur   

    

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