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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 09:15
Tombe la neige

Décembre, mois du passage au solstice d’hiver, période au cours de laquelle nos nuits sont les plus longues de l’année. Nettoyée par le froid, l’atmosphère montre le ciel sous son plus bel aspect. Rigel, Aldébaran, Bételgeuse brillent d’un éclat plus lumineux. Contempler ces étoiles nous console un peu de l'année mouvementée qui s’achève. Comment ne pas penser aux massacres perpétués sur notre sol. Après les attentats de 2015, celui du 7 janvier qui nous priva d'une partie de la rédaction de Charlie Hebdo, de Cabu, un grand ami du jazz, et ceux du 13 novembre qui firent de nombreuses victimes, les assassins nous frappèrent durement à Nice le 14 juillet dernier. L’état d’urgence a été maintenu et la présence de militaires en armes patrouillant dans nos rues nous rappelle que le pire peut à nouveau arriver.

 

L’on ressent donc un certain malaise à l'approche de ces Fêtes de fin d’année, moments de paix, de trêve, de temps partagés en famille. Non, le cœur n’y est pas. Les gesticulations de nos hommes politiques, fiers de leurs bilans pitoyables, ne nous font pas rire. Mais déjà les élections présidentielles occupent leurs esprits. On s’agite, on prépare les coups bas, on étale les peaux de bananes pour faire trébucher l’adversaire. Ont-ils compris que les Français ne veulent plus d’eux, réclament d’autres visages ? Tous veulent être califes à la place du Calife et nous promettent monts et merveilles. Seuls les enfants croient encore au Père Noël. Triste époque qui voit Paris devenir une ville de plus en plus sale et malodorante. Seul un blanc manteau de saison pourrait en dissimuler les miasmes, la rendre plus pure, immaculée. Y-aura-t-il de la neige à Noël ?

 

On nous annonce un biopic sur Chet Baker pour le 11 janvier. Son titre : “Born to Be Blue”. Lionel Eskenazi en dit grand bien dans Jazz Magazine. Robert Budreau son réalisateur a placé la musique au centre d’un film qui « évite clichés et pièges mélodramatiques ». Ethan Hawke en est l’acteur principal.

 

Comme chaque année ce blog sera mis en sommeil autour du 20 décembre jusqu’à la mi-janvier. Auparavant, vous seront dévoilés mes « Chocs de l’année », 12 nouveautés et un inédit. Patience…

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT   

-A l’occasion de la publication de l’album “Jazz, 100 photos pour la liberté de la presse” en vente le 1er décembre  – photos de Guy Le Querrec, Dennis Stock, Leonard Freed, Burt Glinn, Robert Capa, Philippe Halsman, Wayne Miller et de la collection Frank Driggs ; textes de Pierre Assouline, Jacques Gamblin, Francis Marmande, Jean-Pierre Marielle, Michel Butor, Reporters sans frontières, la Fondation BNP Paribas et France Musique organisent un concert pour la liberté de la presse, le mardi 6 décembre 2016 au Studio 104 de la Maison de la Radio (19h45).

 

-Un All Stars de 22 musiciens confié au saxophoniste Pierre Bertrand (direction musicale) et soutenu par la Fondation BNP Paribas en assurera la première partie – avec Airelle Besson, Sylvain Beuf, Emanuel Bex, Julien Charlet, Ablaye Cissoko, Jean-Pierre Como, Laurent Cugny, Sophia Domancich, Thomas Enhco, Stéphane Guillaume, Stéphane Huchard, François Moutin, Louis Moutin, Murat Öztürk, Anne Paceo, Manuel Rocheman, Olivier Temime, Baptiste Trotignon, Jacques Vidal, Christophe Wallemme et Louis Winsberg. Le pianiste Shai Maestro et son trio compléteront ce programme.

 

-Une exposition de photographies de Guy Le Querrec et de Patrick Zachmann (Magnum Photos) consacrée au jazz sera également présentée dans la nef et le hall Seine de la Maison de la Radio du 5 au 23 décembre 2016.

-Patricia Barber au New Morning le 7. Aujourd’hui moins médiatisée, on l’a un peu perdue de vue. La chanteuse de Chicago qui est aussi une très bonne pianiste se fit remarquer par ses albums et ses textes dès le début dès années 90. “Distorsion of Love”, son disque premier date de 1992. On découvrit une voix grave et envoûtante, une vraie présence qu’elle manifeste également sur scène. La consécration survint lorsqu’elle devint une artiste Blue Note. “Live, A Fortnight in France” (2004) obtint le Prix du Jazz Vocal de l’Académie du Jazz. “Smash”, son dernier enregistrement officiel pour le label Concord, date de 2013. Elle nous rend visite en trio, Patrick Mulcahi (contrebasse) et Jon Deitemyer (batterie) complétant sa formation.

 

-Le 12, “You & The Night & The Music” (14ème édition), grand concert de jazz qu’organise chaque année en décembre la radio TSF verra l’Olympia accueillir 12 formations. Il y en aura pour tous les goûts, mais The Amazing Keystone Band, Mark Turner & Avishai Cohen, Bireli Lagrene, Marquis Hill (trompettiste vainqueur en 2014 de la Thelonious Monk Competition), Laurent de Wilde & Ray Lema (tous deux au piano), Jacky Terrasson & Stéphane Belmondo, le Laurent Courthaliac Octet, Fred Nardin & Jon Boutellier valent le déplacement.

-Un concert de Fred Hersch est toujours un événement. Le pianiste retrouve le Duc des Lombards les 15 et le 16 décembre (deux concerts par soir, à 19h30 et à 21h30) pour des concerts en solo, exercice sans filet dans lequel il excelle. Son disque “Solo” (Palmetto) obtint l’an dernier le Grand Prix de l’Académie du Jazz. Outre des reprises de quelques-uns de ses thèmes, le pianiste y reprend des mélodies d’Antonio Carlos Jobim, Thelonious Monk, Jerome Kern et Joni Mitchell, les rend sensibles et rêveuses, espiègles et fluides. Ses choix harmoniques, sa capacité à faire vivre simultanément plusieurs lignes mélodiques, ses longues tapisseries de notes contrapuntiques révèlent la profonde complicité qui l’unit à son piano.

-Géraldine Laurent retrouve le Sunside le 16 avec les musiciens de “At Work(Gazebo / L'autre distribution), album qui obtint également en 2015 le Prix du Disque Français de l’Académie du Jazz. Avec elle, Paul Lay au piano (Prix Django Reinhardt la même année), Yoni Zelnik à la contrebasse et Donald Kontomanou à la batterie. Brillante saxophoniste, Géraldine aime la scène, le contact direct avec le public. Le jazz moderne qu’elle propose s’inscrit dans la continuité des années 50 et 60. Charlie Parker, Johnny Hodges et Paul Desmond se font entendre dans son alto qui en conserve la mémoire.

-Après des concerts très remarqués avec le saxophoniste Dave Liebman, notre pianiste de jazz le plus célèbre, Martial Solal, revient les 17 et 18 décembre au Sunside nous faire tourner la tête en compagnie d’un pianiste qui lui ressemble quelque peu. Comme lui, Jean-Michel Pilc aime masquer les thèmes qu’il reprend, les truffer de citations. Tout standard est le point de départ d’une nouvelle aventure, d’un nouveau morceau. Audaces harmoniques, cascades d’arpèges et de notes perlées, netteté de l’attaque, phrasé fluide, les deux hommes se plaisent à surprendre, à jouer les prestidigitateurs avec humour et logique. Deux concerts par soirée : 19h30 et 21h30 le 17, 18h30 et 20h30 le 18.

-Le Fred Nardin / Jon Boutellier 4tet au Duc des Lombards le 17. Respectivement pianiste et saxophoniste au sein du Amazing Keystone Big Band, ils ont publié cette année  “Watt’s” (Gaya) avec Patrick Maradan (contrebasse), Romain Sarron (batterie) et quelques invités. Deux plages bénéficient ainsi de la voix chaude de Cécile McLorin Salvant. Bon musicien, Jon Boutellier est aussi un arrangeur talentueux. On s’en rendra compte le 19 au Duc lors d’une soirée consacrée à une relecture du “West Side Story de Leonard Bernstein par le Amazing Keystone Septet, David Enhco (trompette), Bastien Ballaz (trombone), Jean-Philippe Scali (saxophone baryton) et Florent Nisse (contrebasse) rejoignant Fred Nardin, Jon Boutellier et Romain Sarron.

-Jacky Terrasson et Stéphane Belmondo au Sunside du 27 au 30 décembre inclus (deux concerts par soir, à 19h30 et à 21h30). Publié en septembre, leur disque “Mother” rassemble quatorze morceaux dont de nombreux standards, des ballades essentiellement, morceaux mélancoliques qui traduisent son atmosphère feutrée. Stéphane joue du bugle mais aussi beaucoup de trompette. Le piano de Jacky se fait rêveur et tendre, puissant et énergique selon les plages, des compositions originales, mais aussi First Song de Charlie Haden, Que reste-t-il de nos amours que chantait Charles Trenet, You are The Sunshine of My Life de Stevie Wonder et La Chanson d'Hélène, extraite du film “Les Choses de la vie” que Jacky sait si bien enrichir d’harmonies délicates. Un must à découvrir sur scène.

-New Morning : www.newmorning.com

-Olympia : www.olympiahall.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

 

Photos : Miles Davis © Magnum Photos – Patricia Barber © Jimmy Katz – Fred Hersch © Vincent Soyez – Géraldine Laurent, Fred Nardin / David Enhco / Jon Boutellier, Stéphane Belmondo & Jacky Terrasson © Philippe Marchin – Paris sous la neige, Martial Solal & Jean-Michel Pilc © Photos X/D.R.

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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 09:00
Yonathan AVISHAI / MODERN TIMES : “The Parade” (Jazz & People / Pias)

C'est avec “Modern Time”, son premier disque pour Jazz & People publié l’an dernier, que j’ai entendu pour la première fois le piano et la musique de Yonathan Avishai. La chronique que j’en ai faite pour Jazz Magazine, rend compte de ma découverte d’un pianiste qui joue peu de notes, les choisit bien, et les fait merveilleusement sonner. Né en Israël, le pianiste franco-israélien (son père est israélien et sa mère française) s’est passionné pour le jazz jusqu’à en assimiler le blues, les musiques qui en ont façonné l’histoire.

Ces musiques, Yonathan Avishai les intègre à la sienne de manière très personnelle. Le swing y est présent dans des rythmes simples et efficaces. Les Caraïbes aussi. César Poirier (saxophone alto et clarinette) et Inor Sotolongo (percussions) rejoignent Yoni Zelnik (contrebasse) et Donald Kontomanou (batterie), tous les deux impressionnants, pour jouer un répertoire qui accueille et transcende le boléro et l’habanera, nous ramène à la Nouvelle-Orléans, à Congo Square où tout a commencé.  Des claves (au singulier, la clave est également un rythme que possèdent en commun les peuples de l’Afrique) introduisent (symboliquement ?) Le nouveau monde, première plage de l’album et terre sur laquelle a fusionné toutes ces cultures. Des claves qui rythment Django, la seule reprise de ce nouvel album, comme pour bien montrer l’importance de l’Afrique au sein du jazz des origines. Plus dense et épicée que dans son disque précédent, la musique de Yonathan Avishai n’en conserve pas moins son aspect minimaliste. Les notes parcimonieuses de Diminuendo en sont une parfaite illustration. Si les lignes mélodiques de ses compositions restent toujours parfaitement lisibles, aérées, certaines d’entre-elles sont des ritournelles que n’aurait pas désavoué Ornette Coleman, remercié par un bref poème sonore chanté par les instruments. Les notes toutes simples de L'Arbre et L'écureuil deviennent même entêtantes à force d’être répétées. Un toucher de piano fin et sensible les met en valeur. Sandrine's Garden, un morceau d’une rare élégance, repose aussi sur un ostinato.

Pas étonnant que Yonathan Avishai fasse merveille au sein du quartette du trompettiste Avishai Cohen. L’aspect méditatif de son jeu, l’importance qu’il accorde au silence et qui permet à la musique de respirer, se révèlent dans Death of the River, pièce dans laquelle la contrebasse ronde de Yoni Zelnik tient une place importante. La clarinette de César Poirier y entre tardivement. Elle sait nous faire rêver par sa fausse nonchalance, son timbre un peu magique. Zelda avec ses rythmes chaloupés en bénéficie. Elle entraîne souvent les autres instruments à danser. Simgik est irrésistible, de même que The Battle, une autre ritournelle qui laisse le champ libre aux percussions. Au saxophone alto dans Once Upon a Time, Poirier sait faire chanter la ligne mélodique sur laquelle il improvise et raconte une histoire. Réussite incontestable, “The Parade confirme également le talent de compositeur de Yonathan Avishai , un jazzman avec qui il faut déjà compter.

 

-Concert de sortie d’album au New Morning le lundi 28 novembre (20h30). En première partie : Madeleine & Salomon.

Photo © Chris Boyer  

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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 11:36
Bill MOBLEY : “Hittin’ Home” (Space Time Records / Socadisc)

Musicien discret, voire ombrageux, le trompettiste Bill Mobley s’est fait connaître à nous grâce à l’opiniâtreté de Xavier « Big Ears » Felgeyrolles, directeur artistique de Jazz En Tête, le seul festival de jazz de l’hexagone qui ne programme que du jazz, et producteur de cet album. Mobley fait partie de la « Memphis Connection », une ville célèbre pour ses pianistes. Le grand Phineas Newborn naquit non loin de là, à Whiteville précisément. Natifs du Mississippi, Mulgrew Miller et Donald Brown y travaillèrent avant de poursuivre leur carrière ailleurs. Auprès d’eux à Memphis, le jeune Bill découvrit la richesse d’un jazz ancré dans la tradition du Sud et du blues. Installé à New York en 1987, il acquit une solide expérience du grand orchestre dans les rangs du Mingus Dynasty, du Maria Schneider Orchestra et du big band de la pianiste Toshiko Akiyoshi avant de former le sien, l’éphémère Bill Mobley Jazz Orchestra. Le trompettiste s‘était produit à Jazz en Tête, à Clermont-Ferrand en 1989 au sein de l’orchestre de Donald Brown dont il était le trompettiste. Xavier Felgeyrolles qui produisait alors les disques de Donald, accepta de publier son premier album, un enregistrement de 1996 de son Jazz Orchestra effectué au Small, club new-yorkais aujourd’hui célèbre, qui réunit les pianistes de Memphis Harold Mabern et James Williams, mais aussi Donald Brown, Mulgrew Miller et le saxophoniste Billy Pierce que Bill connaissait depuis son adolescence.

Plusieurs disques plus tard, devenu un des musiciens incontournables de Space Time Records, le label de Xavier dont les « Ears » sont plus « Big » que jamais, Bill Mobley sort “Hittin’ Home”, un disque réunissant des musiciens au sein de petits ensembles à géométrie variable, des duos, trios, quartettes dans lesquels le trompettiste se révèle au sommet de son art. Point d’esbroufe, de notes inutiles, mais une rare précision dans le phrasé, dans les attaques, la musique bénéficiant de sa sonorité claire et timbrée. Deux morceaux réunissent Mobley et Kenny Barron. Dans The Very Thought of You, une des plus belles pages de cet album, un des nombreux standards dont Mobley défend la mémoire, les harmonies colorées du piano enveloppent avec finesse et douceur le chant de la trompette. Plus enlevé, My Romance génère un dialogue élégant qui capte l’attention. En duo avec Phil Palombi, l’un des deux bassistes de ce disque, Mobley nous donne une version en apesanteur de Old Milestones, première version de Milestones enregistré par Miles Davis en 1947. Portée par une contrebasse pneumatique, la trompette semble librement flotter dans un éther sonore.

Les trios restent toutefois les plus nombreux. Peace (Horace Silver) et Jewel (une composition moins célèbre de Bobby Watson), associent la trompette de Mobley à la guitare de Russell Malone. Ce dernier assure les accords, mais se fait aussi entendre en solo. À la contrebasse, Essiet Okon Essiet assure sobrement l’assise rythmique de ces morceaux lyriques et voluptueux. Très présent dans l’album, Steve Nelson y apporte son vibraphone cristallin et sa science harmonique. En trio, soutenu par la walking bass puissante d’Essiet, Walkin’ (de Miles Davis que Mobley apprécie beaucoup) lui permet (ainsi qu’à Bill) de faire sonner avec une précision d’orfèvre des notes acrobatiques. Deux autres morceaux se détachent de ce “Hittin’ Home” qui « fait mouche » comme son nom judicieusement choisi le suggère. Enregistré en quartette, composé par Heather Bennett, la femme de Bill qui tient elle-même le piano et en joue fort bien, Lil’Red délivre de tendres harmonies. Piano, trompette, contrebasse et piano sont rejoints dans la seconde partie du morceau par le vibraphone qui maille habilement ses notes à celles du piano. Apex, une composition de regretté Mulgrew Miller, présente une instrumentation quelque peu inhabituelle : trompette, marimba, contrebasse, ces deux derniers instruments mariant idéalement leurs timbres. Bien que dispersée, La « Memphis Connection » a encore de beaux jours devant elle.

 

Photo © Michel Vasset

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 10:18
Ray LEMA & Laurent de WILDE : “Riddles” (Gazebo / L’Autre Distribution)

Ils se connaissent depuis 25 ans, s’admirent, se respectent et ont toujours souhaité faire un disque ensemble. Né au Congo en 1946, installé en France depuis 1982, Ray Lema apprit très jeune le piano et l’orgue, joua un temps de la guitare, et initié par les anciens est aussi Maître Tambour. Ses recherches sur les musiques traditionnelles africaines l’ont amené à collecter des rythmes, à découvrir la magie des roues rythmiques traditionnelles des tribus d’un Congo rebaptisé Zaïre. A la recherche de maîtres musiciens, il l’a parcouru du Nord au Sud et d’Est en Ouest pour inventorier leur musique et préserver leur savoir. Pianiste émérite, auteur d’ouvrages remarqués et remarquables sur “Monk” (L'Arpenteur / Gallimard) et plus récemment sur “Les fous du son” (Grasset), producteur de “At Work”, album de Géraldine Laurent récompensé l’an dernier par l’Académie du Jazz, Laurent de Wilde est un familier des lecteurs de ce blog. Le jazz qu’il joue et le fit connaître conserve intact ses racines africaines. L’Afrique est d’ailleurs bien présente dans “Over the Clouds”, disque qu’il enregistra en trio en 2012. Les cordes de son piano enduites de Patafix, l’instrument sonne comme un balafon dans le morceau qui donne son nom à l’album.

Ce procédé, Laurent le reprend avec bonheur dans Fantani, une des plages de “Riddles”, disque qu’il partage avec Ray Lema et objet de la présente chronique. Une séance qu’ils ont soigneusement préparée. Réunir deux pianistes est un exercice périlleux. Un déluge de notes peut noyer la musique, la rendre irrespirable. Il faut donc faire simple, en jouer peu mais bien les choisir, éviter tout bavardage. Ray à gauche, Laurent à droite, les basses des instruments se rejoignant au centre du spectre sonore. Liane et Banian et sa mélodie richement harmonisée est de Laurent. Hommage à Jean-Sébastien Bach dont il étudia les sonates au petit séminaire des pères blancs, Matongué est une pièce de Ray. Les autres morceaux sont écrits par les deux hommes. Tous ont été longuement pensés et travaillés avant d’être enregistrés. A l’exception d’une intro onirique, la musique, toujours dansante, associe avec bonheur rythmes et mélodies colorées. Le blues rencontre une mélodie traditionnelle du Sahel, une comptine se superpose à un ragtime de la Nouvelle Orléans. Riddles, un tango dont on admire la cadence, les notes lyriques qui le font respirer et The Wizzard associé à un rythme de reggae jamaïcain sont aussi au rendez-vous dans cette invitation au voyage qui avec Too Many Keys nous mène au plus profond de la forêt congolaise, monde magique dans lequel voix et tambours chantent de concert. Les musiciens / danseurs sont bien trop habiles pour se marcher sur les pieds. Les notes heureuses qu’ils tricotent nous donnent du baume au cœur.

En concert le 14 novembre à la Fondation Cartier, 261 boulevard Raspail 75014 Paris (20h00).

Photo © Alex Jonas

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4 novembre 2016 5 04 /11 /novembre /2016 10:53
Jazz au Japon

Trois semaines au Japon, pays de forts contrastes au sein duquel tradition et modernité font bon ménage. A Tokyo, mégalopole la plus moderne de la planète, des immeubles gigantesques voisinent avec des parcs et des temples plusieurs fois centenaires. Dans les couloirs du métro de Kyoto, on croise des femmes en kimono, l’avance technologique du pays n’empêchant pas le vieux Japon d’y avoir toute sa place. Sa découverte ne m’a pas empêché de faire vivre ce blog. Des chroniques des nouveaux disques de Steps Ahead et de Laurent Courthaliac ont été mises en ligne pendant mon voyage. Visiter le pays, ses temples, ses musées, ses jardins, ne m’a pas coupé du jazz. Moins présent aujourd’hui que pendant les années d’après-guerre, il reste toutefois apprécié par de nombreux japonais.

Le soir même de mon arrivée à Kyoto, mes yeux se posèrent par hasard sur l’enseigne lumineuse du ZACBARAN, un club de jazz au sous-sol assez vaste pour contenir un orchestre, un bar, quelques tables. Au programme, une jam-session réunissant quelques-uns des bons musiciens de la ville, certains américains, des joueurs de claquettes rythmant la musique, du bop modernisé, des standards sur lesquels bâtir des improvisations. Si le Blue Note de Tokyo est hors de prix (Il faut compter 10.000 yens / 90,00 euros pour un concert d’une heure, consommations non comprises), je ne me suis pas privé d’arpenter les disquaires des grandes villes, ceux de Pontocho et du Nishiki Marquet à Kyoto, de Shibuya et de Shinjuku à Tokyo. Nombreux sont les musiciens américains qui ont enregistré des disques au Japon, disques que l’on peine à obtenir en Europe. Bien sûr, on trouve (presque) tout sur le net, mais où est le plaisir ? Un clic ne remplacera jamais la découverte d’un disque rare dans le bac d’un disquaire.

Les japonais classent les disques des jazzmen américains ou européens par instruments et par les prénoms des musiciens. Ne cherchez pas Enrico Pieranunzi à la lettre P, mais à E, à Enrico. Même chose pour Michel Sardaby, pianiste vénéré au Japon dont on trouve partout à la lettre M une section à son nom. Trouver des CD(s) de musiciens japonais est encore plus difficile. Le classement se fait par le nom de famille, pas par le prénom. Les albums du pianiste Masabumi Kikuchi sont ainsi rangés à la lettre K, mais tout est écrit en japonais. Les dénicher demande du temps, d’autant plus que les rééditions à petits prix sont parfois classées à part. J’ai toutefois trouvé quelques perles : un Super Audio CD de Paul Bley avec le batteur Masahiko Togashi de 1999 dont j’ignorai l’existence ; un enregistrement en trio de Richie Beirach avec Dave Holland et Jack DeJohnette réalisé pour le Japon en 1993, plusieurs opus de Renee Rosnes et de Junko Onishi qui me manquaient. C’est toutefois “Ginkai” (“Silver World”), un disque de Masabumi Kikuchi enregistré en quartette en 1970 avec Gary Peacock, le batteur Hiroshi Murakami et le flûtiste japonais Hozan Yamamoto (au shakuhachi) qui me semble le mieux refléter le Japon, un pays qui, après avoir assimilé certains éléments de la culture chinoise, a sût habilement mêler à sa propre culture ce que lui a apporté l’occident.  

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT   

-Vincent Peirani (accordéon) et Michael Wollny (piano) au New Morning le 6 pour fêter la sortie de “Tandem” (ACT), un disque enregistré trois ans après “Thrill Box”, un album en trio avec Michel Benita à la contrebasse. Leur nouvel opus traduit une grande variété d’inspiration. Des compositions personnelles mais aussi des reprises de Björk (Hunter), Tomas Gubitch (Travesuras), Samuel Barber (Adagio for Strings), Gary Peacock (Vignette) témoignent de cet éclectisme. Les deux hommes prennent des risques, improvisent, n’ont nul peur des dissonances, ni de séduire par leur lyrisme.

-Apprécié des amateurs exigeants de piano, Steve Kuhn revient jouer au Duc des Lombards les 7 et 8 novembre (deux concerts par soir, à 19h30 et à 21h30) avec David Wong à la contrebasse et Billy Drummond à la batterie. Il a enregistré beaucoup de disques dont certains comptent dans l’histoire du jazz moderne : “Ecstasy” (1974) en solo, “Mostly Ballads” (en solo et en duo avec Harvie Swartz à la contrebasse), “Remembering Tomorrow” (1996) et plus récemment “Mostly Coltrane” (2009) sont de grandes réussites.

-Le Gil Evans Paris Workshop de Laurent Cugny au Jazz Club Étoile le 10 novembre. Seize jeunes musiciens prometteurs qui privilégient harmonies et couleurs et font revivre des arrangements de Gil Evans (Time of the Barracudas) ou des compositions arrangées par ses soins (Goodbye Pork Pie Hat de Charles Mingus, Blues in Orbit de George Russell, King Porter Stomp de Jelly Roll Morton), Laurent glissant quelques-unes de ses propres compositions dans ce répertoire. Ce dernier rencontra Gil Evans à Paris en 1986, lors de la rédaction de “Las Vegas Tango”, livre publié chez P.O.L., et enregistra deux albums avec lui l’année suivante. Au sein de l’orchestre, Andy Sheppard occupait le pupitre du saxophone ténor. Laurent l’invite à se joindre à l’orchestre qui gagnera Londres le lendemain pour un second concert donné dans le cadre du London Jazz Festival.

-Né à Bali le 25 juin 2003, le jeune pianiste Joey Alexander, 13 ans, effectue une tournée mondiale à la tête de son trio et sera à Paris, le 12, au Café de la Danse (20h00). Précocement surdoué, le phénomène stupéfie par une technique prodigieuse. Plébiscité par de nombreux festivals, ce protégé de Wynton Marsalis faisait ses débuts sur la scène du Lincoln Center à l’âge de 9 ans. Après un premier disque quelque peu inégal l’an dernier, “Countdown”, son nouvel opus sur Motéma montre les progrès accomplis. On jugera sur place et en direct.

-Joshua Redman et Brad Mehldau en duo à la Philharmonie le 14 (20h30). “Nearness” (Nonesuch), l’album qu’ils ont récemment sorti sous leurs deux noms contient de beaux échanges mais n’est pas exempte de longueurs (les solos parfois interminables de Redman au saxophone soprano, alors qu’il maîtrise mieux le ténor). Quant à Brad, il joue un magnifique piano, notamment dans In Walked Bud de Monk, fait preuve d’un grand lyrisme et éblouit par un jeu inventif et inattendu. Laissez-vous donc tenter.

-Le 14 également, Laurent De Wilde et Ray Lema se produiront à la Fondation Cartier, 261 boulevard Raspail 75014 Paris (20h00) dans le cadre de ses Soirées Nomades (des artistes de la scène investissent le temps d’une soirée les espaces d’exposition et, si le temps le permet, le jardin de la Fondation). Un duo de piano pas comme les autres, le but recherché : éviter les bavardages pour se consacrer à la musique, faire simple pour en dégager la beauté. Au programme “Riddles” (One Drop / Gazebo), le premier disque qu’ils ont enregistré ensemble et qui vient de paraître. Des plages rythmées et lyriques dans lesquelles souffle l’esprit de la danse, et du bonheur plein les oreilles.

-La grande René Marie avec son groupe, Experiment of TruthJohn Chin (piano), Elias Bailey (contrebasse), Quentin Baxter (batterie) – au Duc des Lombards les 14 et 15 novembre (2 concerts par soir, 19h30 et 21h30). Elle s’y est produite deux fois, (novembre 2013 et octobre 2014) subjuguant le public du club par sa voix chaude, son jeu de scène félin et sensuel. Après “I Wanna Be Evil” disque consacré au répertoire d’Eartha Kitt qui manqua de peu le Prix du Jazz Vocal 2013 de l’Académie du Jazz, elle a récemment publié “Sound of Red” (Motéma), un opus largement autobiographique dont elle a écrit toutes les chansons, l’un des meilleurs albums de jazz vocal publié cette année.

-Ambrose Akinmusire et son quartette au Sunside le 15 (2 concerts : 19h30 et 21h30). Sur la souple trame rythmique que lui apportent  Harish Raghavan à la contrebasse et Justin Brown à la batterie, le trompettiste fascine par la justesse de ses longues notes détachées, ses tutti, ses phrases mélodiques parfaitement ciselées. Au piano, Sam Harris, le membre le plus récent d’un groupe avec lequel Akinmusire se produit depuis longtemps. Avec eux, il prend des risques, jongle avec d’improbables métriques, explore un jazz moderne imprégné de tradition. La scène est un laboratoire qui permet l’expérimentation, l’invention permanente en temps réel. Spontanée et changeante, la musique naît et grandit naturellement.

-Kandace Springs au Jazz Club Étoile le 16 dans le cadre du Blue Note Xperia Lounge Festival. Bonne pianiste habile capable d’écrire de bonnes chansons, cette protégée de Prince qui l’aida à sortir de l’anonymat revendique l'influence de Billie Holiday, Nina Simone, Roberta Flack ou Norah Jones. Très bien produit, bénéficiant dans quelques morceaux de la trompette de Terence Blanchard, “Soul Eyes”, son premier album pour Blue Note au sein duquel jazz, folk et soul font bon ménage, mêle habilement standards et compositions originales. Une chanteuse à suivre que l’on découvrira en trio, Jesse Bielenberg (contrebasse) et Dillon Treacy (batterie) constituant sa section rythmique.

-The Aziza Quartet de Dave Holland au New Morning le 17. Occasion de découvrir le nouvel All Stars d’un contrebassiste qui a marqué l’histoire du jazz. Avec lui son vieux complice Chris Potter au saxophone ténor, Lionel Loueke à la guitare et Eric Harland à la batterie, quatre virtuoses de leurs instruments respectifs, Loueke apportant une touche africaine à la musique d’un groupe qui vient de faire paraître sur Dare Records son tout premier album.

-Cyrus Chestnut au Sunside le 18 mais au sein d’un trio accompagnant l’excellente chanteuse italienne Chiara Pancaldi. Cette dernière, une élève de Sheila Jordan et de Rachel Gould avait enregistré un premier album lorsque le pianiste l’invita à se produire au Dizzy’s Club de New York en janvier 2013. Cyrus Chestnut joue aussi dans son second disque “I Walk a Little Faster” sorti en 2015 sur le label Challenge Records. Chiara Pancaldi s’est également produite au Sunside l’an dernier, avec Olivier Hutman au piano et Darryl Hall à la contrebasse qui une fois encore se verra confier l’instrument, le batteur autrichien Bernd Reiter complétant la formation.

-Le quartette de Charles Lloyd Salle Pleyel le 19 dans le cadre du Blue Note Xperia Lounge Festival. Le saxophoniste a toujours très bien choisi ses pianistes. C’est aujourd’hui Gerald Clayton qui occupe le poste. Si Reuben Rogers assure toujours à la contrebasse, Kendrick Scott est le nouveau batteur d’une formation perméable à des métriques inhabituelles. Un groupe capable de refaçonner le répertoire du saxophoniste, de développer un jeu collectif et interactif parfaitement cohérant. Lloyd aime donner des versions différentes des morceaux qu’il aborde, se promener sur des morceaux qu’il réinvente. Il peine un peu à souffler des notes justes, mais qu’importe. Singulièrement profonde et toujours ancrée dans la tradition, sa musique parle le langage de l’âme. En première partie, Mare NostrumRichard Galliano (accordéon), Paolo Fresu (trompette et bugle), Jan Lundgren (piano) –, voyages sonores imaginés dans une Europe multiculturelle et sans frontières.

-Al Jarreau à l’Olympia le 22, toujours dans le cadre du Blue Note Festival, dans un programme entièrement consacré à Duke Ellington. Une idée de Jörg Joachim Keller, le chef du NDR Big Band, l’orchestre de la radio et de la télévision de Hambourg qui aligne vingt musiciens. Hambourg : la ville où, 37 ans plus tôt, la carrière du chanteur décolla lorsqu’il interpréta à l’Onkel Pö’s Carnegie Hall sa version de Take Five qui, en quelques jours, le rendit célèbre en Allemagne. Ce n’est pas la première fois qu’Al Jarreau travaille avec cet orchestre. Pour le centenaire de George Gershwin en 1998, l’orchestre lui avait proposé un arrangement de “Porgy and Bess”, programme que les parisiens purent découvrir en 2007 au Palais des Congrès.

-Antonio Faraò au Sunside les 25 et 26 novembre avec Stéphane Kerecki (contrebasse) et Daniel Humair (batterie). Le pianiste séduit par la vivacité de sa musique, un jazz souvent modal au lyrisme convaincant. Avec lui, point de notes inutiles mais, un phrasé fluide, une technique toujours au service d’une ligne mélodique qu’il se plaît à raffiner. L’influence de Bill Evans mais aussi d’Herbie Hancock est perceptible dans son piano, dans ses choix harmoniques. Il peut aussi se montrer énergique, attaquer ses notes avec agressivité, leur donner du swing et du poids. Nul doute que l’excellente section rythmique qui va l’accompagner saura servir intelligemment sa musique.

-Harold López-Nussa au New Morning le 30 avec son jeune frère Adrián Ruy López-Nussa à la batterie et aux percussions et le sénégalais Alune Wade à la basse et au chant, ce dernier apportant une touche africaine bienvenue au jazz afro-cubain du pianiste. Il enrichit beaucoup “El Viaje”, le nouvel album d’Harold, son meilleur, celui dans lequel il parvient à nous faire voyager, à nous dépayser. Une musique rythmée et élégante, enracinée dans la tradition cubaine mais ouverte à d’autres cultures.

-New Morning : www.newmorning.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Jazz Club Étoile : www.jazzclub-paris.com/fr

-Café de la Danse : www.cafedeladanse.com

-Philharmonie : www.philharmoniedeparis.fr

-Fondation Cartier : www.fondation.cartier.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Salle Pleyel : www.sallepleyel.com

-Olympia : www.olympiahall.com

-Blue Note Xperia Lounge Festival : www.bluenotefestival.fr

 

Crédits Photos : Kyoto / Métro / Kimono, Zacbaran Kyoto, Tower Records Tokyo © Pierre de Chocqueuse –Michael Wollny & Vincent Peirani © Joerg Steinmetz / ACT – Joey Alexander © Motéma Records –  Joshua Redman & Brad Mehldau © Michael Wilson – Laurent De Wilde & Ray Lema © Olivier Hoffschirf – René Marie © John Abbott – Ambrose Akinmusire © Autumn De Wilde – Chiara Pancaldi © Mali Erotico – Cyrus Chestnut © HighNote Records – Al Jarreau © Marina Chavez – Antonio Faraò © Roberto Cifarelli – Harold López-Nussa © Eduardo Rawdriguez – Steve Kuhn, Laurent Cugny, Kandace Springs, The Aziza Quartet, Daniel Humair, Stéphane Kerecki © Photo X/D.R.

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24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 09:58
Laurent COURTHALIAC : “All My Life” (Jazz & People / PIAS)

Sous titré « A Musical Tribute to Woody Allen », ce disque du pianiste Laurent Courthaliac se veut bien sûr un hommage au cinéaste dont les films sont rythmés et magnifiés par les chansons inusables du « Great American Song Book » que Laurent affectionne. Ce sont également elles que Laurent célèbre dans cet album en octette qui réunit autour de lui des musiciens de jazz biberonnés aux standards, un jazz dont ils connaissent l’histoire, la syntaxe, le vocabulaire, ce qui n’est pas si fréquent aujourd’hui.

Laurent Courthaliac a pour moitié rassemblé et arrangé des thèmes de George Gershwin. Les autres sont de Sammy Fain (You Brought a New Kind of Love que les Marx Brothers interprètent dans “Monkey Business”), Sam Howard Stept (All My Life), Cole Porter (Looking at You), Jesse Greer (Just You, Just Me composé en 1929 pour le film “Marianne”). Woody Allen nous les fait entendre dans “Manhattan” (1979) et “Everyone Says I Love You” (1996), film dont le titre est emprunté à une chanson de 1932 écrite par Harry Ruby, un ami de Groucho Marx. Les Marx Brothers le reprennent dans “Plumes de Cheval” (“Horse Feathers”) et Laurent nous en offre une version dans laquelle Xavier Richardeau brille au saxophone baryton. La reprise de Laurent au piano est un des grands moments du disque. À la batterie, Pete Van Nostrand y assure un drive idéal.

Je n’ai pas encore présenté les musiciens, tous excellents. Fabien Mary le trompettiste intervient plus spécialement dans He Loves and She Loves (de Gershwin). Ballade à l’arrangement très soigné, All My Life met aussi son instrument en valeur. I’ve Got a Crush on You est pour le trombone de Bastien Ballaz et pour Clovis Nicolas dont la contrebasse marque toujours le bon tempo. Saxophoniste fougueux, Dmitry Baevsky excelle dans les morceaux rapides. Les versions enlevées de Strike Up The Band et de Just You, Just Me conviennent parfaitement à son alto. But Not for Me est pour le saxophone ténor de David Sauzay qui relaye un magnifique chorus de Laurent. Ce dernier intervient souvent et se réserve le morceau de Cole Porter qu’il aborde en solo avec juste ce qu’il faut d’émotion. On peut presque entendre les paroles derrière les notes de la mélodie. Finement ciselées, les orchestrations de l’album sont de Jon Boutellier qui connaît son affaire.

Tous ces thèmes nous sont familiers mais il est bon de les retrouver habillés par d’autres couleurs et commentés par des musiciens qui leur donnent une originalité appréciable. Écoutez le célèbre Embraceable You qui referme le disque. Le saxophone baryton s’appuie sur une masse orchestrale qui swingue avec élégance, sur des musiciens qui ne cherchent pas à faire autre chose que du jazz, osent et réussissent pleinement ce qu’ils entreprennent.

-Concerts de sortie au Sunside les 27 et 28 octobre avec une section rythmique de remplacement (Geraud Portal à la contrebasse et Romain Sarron à la batterie).

 

-Photo © Patrick Bourdet

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13 octobre 2016 4 13 /10 /octobre /2016 09:13
STEPS AHEAD : “Steppin’ Out” (Jazzline / Socadisc)

1980 : les grands groupes de jazz fusion semblent avoir jeté l‘éponge ou tournent en rond. Les meilleurs disques de Miles Davis, Weather Report, Return to Forever, Mahavishnu Orchestra sont derrière eux. Cette année-là apparaissent en import japon dans les bacs des (bons) disquaires trois albums de Steps, formation réunissant Mike Mainieri (vibraphone), Michael Brecker (saxophone ténor), Don Grolnick (piano), Eddie Gomez (contrebasse) et Steve Gadd (batterie) : “Smoking in the Pit (double album enregistré live au Pit Inn de Tokyo), “Step by Step”, (un disque studio) et “Paradox” (également en public).

Trois ans plus tard, sous le nom de Steps Ahead, le groupe sort un second album studio très remarqué sur Elektra Musician. Fondé par Bruce Lundvall, ce jeune label vient d’éditer les premiers disques de Sphere et les célèbres “Bill Evans Paris Concert” du pianiste Bill Evans. La formation joue encore du jazz acoustique bien que Mainieri utilise parfois un synthivibe (vibraphone synthétiseur). Steve Gadd a cédé sa place à Peter Erskine et Don Grolnick a été remplacé par Eliane Elias, une inconnue si se fera bientôt connaître. C’est avec “Modern Times”, en 1984, que Steps Ahead marqua durablement son époque. Warren Bernhardt remplace la belle Elaine au piano, mais surtout la formation a électrifié sa musique : Synthétiseurs, pianos électriques, les saxophones de Michel Brecker se promènent sur une mer de sons stupéfiants. Toujours sous la direction de Mike Mainieri, d’autres albums studio plus ou moins bons verront le jour avec d’autres musiciens, la formation n’ayant presque jamais disposé d’un personnel régulier. Des enregistrements inégaux – “Magnetic” et “Live in Tokyo” (1986), “N.Y.C.” (1989), “Yin-Yang” (1992), “Vibe” (1994), “Holding Together” (1999) – jalonnent une histoire que l’on pensait terminée.

STEPS AHEAD : “Steppin’ Out” (Jazzline / Socadisc)

Surprise, réunissant quelque uns des anciens membres de la formation sous la houlette du vibraphoniste, un nouveau disque inattendu de Steps Ahead tombe du ciel. Bill Evans (ne pas le confondre avec le pianiste) en avait été le saxophoniste au décès de Bob Berg en 2002. Le guitariste Chuck Loeb et le bassiste Tom Kennedy rejoignirent le groupe dans les années 80 et le batteur Steve Smith succéda à Peter Erskine après l’enregistrement de “Magnetic” en 1986. Avec eux, quatorze musiciens du WDR Big Band de Cologne dirigé par Michael Abene. Les amateurs de Steps Ahead ne pourront que se réjouir du répertoire constitué d’anciennes compositions de la formation et de morceaux naguère enregistrés par Mainieri pour ses propres albums. Nouvellement arrangées et ré-harmonisées par Abene, ils héritent de nouvelles introductions et interludes, de couleurs inédites. Loin de surcharger la musique, la masse orchestrale la sert admirablement.

Une excellente version de Pools, composition figurant sur “Steps Ahead”, premier disque que la formation enregistra sous ce nom, ouvre ce nouvel album. Encadrés par les riffs des cuivres, portés par une solide section rythmique (la basse électrique de Kennedy et les tambours de Smith), Tom Kennedy, Mike Mainieri, Chuck Loeb et Bill Evans se partagent les chorus. D’autres solistes se font entendre au fil des plages. Dave Smith prend un solo de batterie dans Beirut, une pièce quelque peu funky de “Magnetic”, solo qu’il enrichit d’onomatopées rythmiques relevant du konnakol, pratique couramment utilisé dans la musique carnatique du sud de l’Inde. Plusieurs musiciens du WDR sont également mis à contribution : le trompettiste Ruud Breuls dans Blue Montreux ; les trombonistes Shannon Barnett et Andy Hunter, le trombone de ce dernier dialoguant avec le ténor d’Evans dans le magnifique Sara’s Touch. Très en forme, Bill Evans échange aussi dans Oops des chorus brûlants avec Paul Heller, le sax ténor du WRD. Autre grande composition de “Modern Times”, Self Portrait, une ballade, conserve intact son grand lyrisme. Michael Abene dont il faut saluer le travail, en a particulièrement soigné l’arrangement.

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3 octobre 2016 1 03 /10 /octobre /2016 09:00
Voyage à Tokyo

En 1953, Yasujiro Ozu réalisait “Voyage à Tokyo”, son film le plus célèbre. Les belles images qu’il nous en montre n’ont plus grand chose à voir avec le Tokyo d’aujourd’hui, une mégalopole de plus de treize millions d’habitants auxquels il faut ajouter la population de sa vaste banlieue, soit quarante-deux autres millions de japonais, la capitale nippone étant ainsi l’aire urbaine la plus peuplée au monde. Le Japon a toujours fasciné le voyageur occidental. L’écrivain irlandais Lafcadio Hearn (1850-1904) prit même la nationalité japonaise sous le nom de Yakumo Koizumi. L’auteur de “Madame Chrysanthème”, Pierre Loti, y débarqua en 1885. Rudyard Kipling qui admirait le pays et son peuple, le visita en 1889. Plus proche de nous, le suisse Nicolas Bouvier lui consacra sa “Chronique japonaise”, Roland Barthes son “Empire des signes”, et Marguerite Yourcenar qui avait traduit en français plusieurs nôs de Yukio Mishima écrivit sur lui une longue monographie : “Mishima ou la vision du vide”.   

 

Les japonais, un peuple d’esthètes fabriquant laques, soies, porcelaines, estampes et œuvres d’art, inspirèrent bien des peintres, à commencer par les Nabis. Pierre Bonnard était même surnommé par ses confrères « le nabi très japonard ». Grâce à une bourse offerte par le généreux mécène Albert Kahn, le peintre breton Mathurin Méheut parcourut le Kansai entre avril et août 1914 et en ramena de magnifiques dessins et aquarelles. Enfin, Henri Rivière s’efforça de découvrir les secrets des imprimeurs japonais. Ses “Trente-six vues de la tour Eiffel” sont un hommage explicite aux “Trente-six vues du mont Fuji” de Katsushika Hokusai.

 

Avec l’occupation américaine, les japonais vont découvrir le jazz et beaucoup l’apprécier. Créé en 1947, Swing Journal devient la bible des magazines de jazz. Les disques de jazz américains les plus introuvables sont réédités avec leurs pochettes originales. Les grandes villes japonaises possèdent leurs bars, leurs clubs de jazz. Des séances de studio sont organisées à l’occasion des tournées qu’effectuent les jazzmen américains. Keith Jarrett, Brad Mehldau, Herbie Hancock et Richie Beirach y ont enregistré de très grands disques en solo. Les pianistes Toshiko Akiyoshi, Junko Onishi, Makoto Ozone, Masabumi Kikuchi, le trompettiste Terumasa Hino et le saxophoniste Sadao Watanabe nous sont désormais familiers.

 

Aujourd’hui, « l’honorable visiteur » ne débarque plus à Nagasaki. Moyen de transport plus rapide, son avion atterrit à Haneda ou à Narita s’il se rend à Tokyo. Je serai au Japon une grande partie du mois d’octobre. À Tokyo, mais aussi à Kyoto et à Kamakura, petite ville côtière à 1 heure de Tokyo qui fut la capitale du Japon de 1192 à 1338. Les cendres de Yasujiro Ozu que j’évoque en ouverture y reposent sous un bloc de granit. Malgré mon absence, ce blog restera en activité, mais il me sera impossible de vous faire parvenir mes habituels messages via internet. Qui veut voyager loin modère ses bagages et l’ordinateur n’en fera pas partie. Si vous souhaitez être prévenu de la mise en ligne d’un article, il vous faudra vous abonner à la newsletter du blogdeChoc. Votre e-mail, puis un simple clic. C’est fait ? Arigatô gozaimasu !    

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

Voyage à Tokyo

-Yoann Loustalot (trompette et bugle), François Chesnel (piano) et Antoine Paganotti au Sunside le 4. Ils se sont retrouvés en 2015 sur la scène du Petit Faucheux (Tours) pour enregistrer “Pièces en forme de flocons” (Bruit Chic), un disque distillant une mélancolie douce et floconneuse, une musique blanche de temps d'hiver. Ce jazz de chambre n’oublie jamais d’être mélodique et s’écoute oreilles grandes ouvertes afin d’en percevoir toutes les nuances. Il fait bon s’y pencher.

Voyage à Tokyo

-Du 7 au 22 octobre se tiendra la 5ème édition du festival Jazz sur Seine. 25 clubs et salles de Paris et de la région parisienne y sont associés. 450 musiciens et150 concerts parmi lesquels ceux de Ricky Ford, John Surman, Marquis Hill, Theo Bleckmann & Ben Monder et Enrico Pieranunzi dont vous trouverez ici les annonces détaillées sont au programme de cette manifestation organisée par l’association Paris Jazz Club qui célèbre ses dix ans d’existence. Ne manquez pas la soirée du 11 : en partenariat avec l’ADAMI, 18 showcases sont prévus dans les clubs de la rue des Lombards. Ils permettront de repérer les talents de demain.

Voyage à Tokyo

-Ricky Ford au Sunside le 7. Son vieux complice Kirk Lightsey indisponible, Ronnie Lynn Patterson tiendra le piano. Nul doute qu’il enrichira la musique du saxophoniste (ténor et soprano) avec ses harmonies aussi subtiles et colorées. Darryl Hall (contrebasse) et John Betsch (batterie) compléteront la section rythmique. Styliste unique et musicien sous estimé, Ricky Ford donne toujours sur scène le meilleur de lui-même. Le son dense, volumineux, de son saxophone ténor couvre une large tessiture. Ford déploie une énergie titanesque dans ses improvisations, des notes qu’il sculpte et étrangle et dans lesquels il insuffle tout l’air que contiennent ses poumons.

Voyage à Tokyo

-Invité à se joindre au Duke Orchestra lors de la soirée anniversaire de l’Académie du Jazz le 8 février dernier, John Surman séduisit le public du théâtre du Châtelet par son interprétation au saxophone soprano de Passion Flower de Duke Ellington. Il reçut à cette occasion le Prix du Jazz Européen pour l’ensemble de son œuvre et se promit de rejouer au plus vite à Paris. Le théâtre du Châtelet lui en offre à nouveau l’occasion le 8 octobre (20h00). Il invite pour la circonstance le batteur Jack DeJohnette, le bassiste Chris Laurence, la chanteuse norvégienne Karin Krog et une formation de cordes, le Trans4mation String Quartet, déjà présente dans deux de ses disques ECM : “Coruscating” et “The Spaces in Between”.

Voyage à Tokyo

-Marquis Hill au Duc des Lombards le 14 (19h30 et 21h30) et à Clermont-Ferrand (Jazz en Tête) le 18 à 20h00. Originaire de Chicago, âgé de 29 ans, vainqueur en 2014 de la Thelonious Monk Trumpet Competition, Hill est un trompettiste au jeu puissant qui sait se faire miel dans les ballades. Les musiciens avec lesquels il nous visite sont ceux qui l’accompagnent dans son nouvel album, le premier qu’il enregistre pour le label Concord. “The Way We Play” réunit Christopher McBride au saxophone alto, Justin Thomas au vibraphone, Joshua Ramos à la contrebasse et Makaya McCraven à la batterie. D’autres invités se joignent à eux dans un disque de hard bop moderne mêlant compositions originales et standards (Maiden Voyage, Straight No Chaser). L’amateur de jazz ne sera pas déçu.

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-Theo Bleckmann et Ben Monder en duo au Sunset le 16 dans le cadre du Festival Jazz sur Seine. Né en Allemagne et installé à New York depuis 1987, Theo Bleckmann a longtemps travaillé au sein du groupe vocal qui entoure Meredith Monk. Eclectique, il chante aussi bien de la musique contemporaine que du jazz. Membre du Refuge Trio, souvent associé à John Hollenbeck, il chante Charles Ives avec le groupe Kneebody, mais aussi Kate Bush, Hanns Eisler et Kurt Weill avec une belle voix de ténor léger. Né à New York, Ben Monder est un guitariste très demandé. Il tient l’instrument sur “Blackstar”, le dernier disque du regretté David Bowie et a enregistré plusieurs albums avec Bleckmann. Son dernier disque “Amorphae” est paru sur ECM en janvier 2016.

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Voyage à Tokyo

-Du mardi 18 au samedi 22 octobre se tiendra à Clermont-Ferrand (Maison de la Culture, salle Jean Cocteau) la 29ème édition de Jazz en Tête. Concocté par son directeur musical Xavier « Big Chief » Felgeyrolles, un connaisseur, le programme en est particulièrement réjouissant. Le trompettiste Marquis Hill en quintette (voir encadré) et le trio de Kenny Barron le 18 ; Jacky Terrasson & Stéphane Belmondo puis le Christian McBride Trio le 29 ; Keith Brown en quartette et Cécile McLorin Salvant accompagnée par le trio du pianiste Aaron Diehl le 20 ; Laurent de Wilde en duo avec Ray Lema puis John Scofield et son groupe (voir encadré) le 21 ; enfin le quartette de Julien Bertrand (un trompettiste qui teinte parfois son hard bop de reggae et de hip hop) puis Isaiah Sharkey (un guitariste lié à la scène néo soul que les fidèles de Jazz en Tête découvrirent il y a 5 ans au sein du groupe du batteur Chris Dave) le 22 y sont prochainement attendus.

Jazz en Tête a l’habitude de surprendre par la qualité et la richesse de sa programmation. Aujourd’hui célébrés, Roy Hargrove, Robert Glasper, Lionel Loueke, Ambrose Akinmusire, Gregory Porter et Cory Henry y ont donné leur premier concert en France. Sélectionné par l’Express dans le « Top 10 » des festivals de jazz les plus importants, Jazz en Tête est bien le seul festival de l’hexagone qui fait encore la distinction entre le jazz et la musique improvisée, privilégie le jazz qui ressemble à du jazz. Il fidélise de ce fait un public d’amateurs enthousiastes et fêtera l’an prochain ses 30 ans avec un programme à faire perdre la tête.

 

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Voyage à Tokyo

-John Scofield au New Morning le 20 et à Clermont-Ferrand (Jazz en Tête) le 21 avec Gerald Clayton (piano), Steve Swallow (basse électrique) et Bill Stewart (batterie). Swallow et Stewart jouent dans son nouvel album “Country for Old Men” (Impulse !) consacré à des reprises de Hank Williams, James Taylor, Merle Haggard et à des chansons traditionnelles américaines. Un hommage à la country music qui semble avoir particulièrement inspiré sa guitare.

Voyage à Tokyo

-Enrico Pieranunzi retrouve le Sunside pour trois soirs (20, 21 et 22 octobre). Avec lui une section rythmique qu’il apprécie. Diego Imbert (contrebasse) et André Ceccarelli (batterie) connaissent bien son piano flamboyant, son aptitude à faire chanter et respirer une simple phrase musicale, à l’enrichir de notes émouvantes. Le maestro se permet bien des audaces, change de route et de tempo, cultive l’humour, l’inattendu. Il joue ses compositions mais aussi de très nombreux standards qu’il rajeunit, trempe dans un grand bain de soleil. Ses doigts en or harmonisent et colorent des mélodies superbes, des ballades qu’il effleure d’un toucher sensible pour en poétiser les timbres et les mettre en lumière.

Voyage à Tokyo

-Ne manquez pas le pianiste Laurent Courthaliac au Sunside les 27 et 28 octobre. Deux concerts données à l’occasion de la sortie de “All My Life” (Jazz & People), son nouveau disque, double hommage à Woody Allen et au « Great American Song Book » dans lequel le cinéaste puise les musiques de ses films, des chansons de George Gershwin (essentiellement) que Laurent affectionne et qu’il reprend avec bonheur, leur offrant de nouveaux arrangements. Avec lui, les souffleurs de l’album, Fabien Mary (trompette), Bastien Ballaz (trombone), Dmitry Baevsky (saxophone alto), David Sauzay (saxophone ténor), Xavier Richardeau (saxophone baryton) et une section rythmique de remplacement comprenant Geraud Portal à la contrebasse et Romain Sarron à la batterie.

Voyage à Tokyo

-Après des concerts très remarqués en décembre dernier au Sunside, Martial Solal et Dave Liebman se produiront à nouveau le 29 au studio 104 de la Maison de Radio France (20h00) dans le cadre de l’émission Jazz sur le Vif animée par Arnaud Merlin. Pianiste espiègle et prestidigitateur plein d’humour, Martial Solal nous fait tourner la tête par des myriades de notes, fragmente et masque les thèmes qu’il reprend, invente de nouvelles mélodies et s’amuse à nous surprendre. Au ténor qu’il utilise aujourd’hui davantage ou au soprano dont il tire une sonorité qui lui est propre, Dave Liebman excelle. Son jeu peut être âpre, tranchant comme un rasoir. Musicien de la (dé)mesure, il sait aussi faire délicieusement chanter ses instruments, souffler de longues phrases lyriques et enveloppantes. Son duo avec Martial Solal est bien sûr très attendu.

-Festival Jazz sur Seine : www.jazzsurseine.fr

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Théâtre du Châtelet : www.chatelet-theatre.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Festival Jazz en Tête : www.jazzentete.com

-New Morning : www.newmorning.com

-Maison de Radio France : www.maisondelaradio.fr

 

Crédits Photos : Yoann Loustalot / François Chesnel / Antoine Paganotti © Rémi Angeli – Ricky Ford, John Surman, Enrico Pieranunzi / Diego Imbert / André Ceccarelli, Laurent Courthaliac © Philippe Marchin – Marquis Hill © Deneka Peniston – John Scofield © Nicolas Suttllow – Martial Solal & Dave Liebman © Jean-Baptiste Millot – Theo Bleckmann & Ben Monder © Photo X/D.R.

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23 septembre 2016 5 23 /09 /septembre /2016 09:27
Nels CLINE : “Lovers” (Blue Note / Universal)

Peu d’amateurs de jazz connaissent Nels Cline. Normal ! Né à Los Angeles en 1956, il est depuis douze ans le guitariste de Wilco, un célèbre groupe de rock alternatif, et s’il a participé à l’enregistrement de quelques deux cents albums, peu d’entre eux relèvent du jazz. Très lié au regretté Jim Hall, dédicataire du présent disque, Nels a toutefois joué avec des jazzmen, avec Charlie Haden, Bill Frisell, Tim Berne et Julius Hemphill pour ne citer qu’eux. Un de ses albums est entièrement consacré à la relecture de “Interstellar Space”, un opus de John Coltrane de 1967. On n’attendait toutefois pas un disque de Nels Cline sur Blue Note. Il rêvait de l’enregistrer depuis plus de vingt ans et avait toujours prévu de l’appeler “Lovers”.

Nels CLINE : “Lovers” (Blue Note / Universal)

Le guitariste souhaitait retrouver dans son disque un peu de la musique de ses arrangeurs préférés, celle de Gil Evans, Quincy Jones, Gary McFarland, Johnny Mandel et Henry Mancini. Certains d’entre eux donnèrent à la « musique d’ambiance » ses lettres de noblesse, gommant l’aspect péjoratif qui souvent la qualifiait. Nels Cline revendique cette idée par trop subjective de musique d’ambiance, « un lien aussi étrange que puissant entre son et chanson, désir et amour ». Sachant parfaitement comment devaient sonner des morceaux qu’il souhaitait depuis longtemps inclure dans son album (Beautiful Love et Secret Love notamment), il chargea Michael Leonhart (avec lequel il pose sur la photo ci-dessous) de donner des couleurs à ses rêves, de traduire en sonorités spécifiques ses propres compositions et un matériel thématique singulièrement éclectique. « Je ne voulais pas trop de saxophones, mais des clarinettes et des flûtes. » précise Cline dans ses notes de pochette. Michael a parfaitement compris ce que voulait le guitariste : un habillage sonore élégant, une musique d’ambiance sophistiquée et romantique relevant de la musique de film et du jazz.

Nels CLINE : “Lovers” (Blue Note / Universal)

Cinq jours de studio furent nécessaires à l’enregistrement de ce double CD produit par David Breskin. Un sixième fut consacré à la prise de son des cordes et de la harpe. Il réunit vingt-trois musiciens et contient dix-huit morceaux instrumentaux. Huit d’entre eux sont au départ des chansons dont les paroles figurent sur la pochette. La guitare de Cline se substitue aux vocalistes qui nous les firent connaître. Certaines viennent de comédies musicales : Why Was I Born ? de “Sweet Adeline”, Glad to Be Unhappy de “On Your Toes”, I Have Dreamed de “The King and I” (“Le Roi et moi”). D’autres ont été composées pour des films. Secret Love est ainsi extrait de “Calamity Jane” (“La Blonde du Far West”, 1953). Doris Day en est la vedette. Bande-son d’un film que Gottfried Reinhardt réalisa pour la MGM en 1952, Invitation est de Bronislaw Kaper, un compositeur cher à l’amateur de jazz pour avoir écrit On Green Dolphin Street. Popularisée en 1931 par le Wayne King Orchestra, Beautiful Love, une valse un peu désuète, cohabite avec les chansons plus contemporaines que sont It Only Has to Happen Once, coécrit par le guitariste Arto Lindsay une des grandes influences de Cline, et Snare Girl, chanson extraite de “A Thousand Leaves”, un album des Sonic Youth, groupe de rock américain que le guitariste apprécie.

Les autres pièces ont été initialement conçues comme des instrumentaux. Parmi elles, des musiques de film, “The Night Porter” (“Portier de Nuit”) couplée avec “Max mon Amour”, musique de Michel Portal. Composé par Henry Mancini pour “Breakfast at Tiffany’s” (“Diamants sur canapé”), The Search for Cat et ses violoncelles qui lui confère un aspect quelque peu dramatique, est selon Nels Cline le morceau qui reflète le mieux son album. Si son délicat jeu de guitare et son phrasé relèvent du jazz, Nels ne dédaigne pas les pédales d’effets, les sonorités étranges. Il s’agit aussi d’élargir la palette de ses timbres car il est presque le seul soliste de ces deux CD(s). Glad to Be Unhappy et Why Was I Born ? contiennent de courts solos de trompette (avec effets de growl) et You Noticed, une de ses propres compositions, renferme un bref chorus de saxophone ténor.

Nels CLINE : “Lovers” (Blue Note / Universal)

Quelques thèmes ont été écrits par des jazzmen. Lady Gábor du guitariste Gábor Szabó date de son séjour chez Chico Hamilton. Les flûtes y sont à la fête au sein d’une orchestration vaguement orientale. Celle de Cry, Want que Jimmy Giuffre enregistra à New York en 1961 avec Paul Bley et Steve Swallow est minimaliste. Une contrebasse, une batterie modulant des sons, un marimba, quelques rares tuttis dissonants de trompette dans le lointain accompagnent la guitare qui reprend la partie de clarinette de Giuffre, un thème obsédant répété ad libitum. Faisant écho aux longues nappes sonores de l’Introduction, un très long larsen sépare So Hard It Hurts de Touching, deux compositions d’Annette Peacock. Basson, flûtes et clarinettes en exposent le thème méditatif que reprend et développe la guitare. Une harpe double cette dernière dans les premières mesures de The Bond, une pièce de Nels Cline dédiée à sa femme Yuka, un morceau très simple et très doux qui referme les portes de cet album longtemps rêvé, aussi étonnant qu’inattendu.

Photos X/D.R.

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15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 10:51
Giovanni GUIDI - Gianluca PETRELLA - Louis SCLAVIS - Gerald CLEAVER : “Ida Lupino” (ECM / Universal)

Un premier album en 2006 sur le label Venus, quatre autres sur Cam Jazz et enfin deux disques sur ECM parmi lesquels le remarquable “This Is The Day” en trio, l’un des 12 Chocs 2015 de ce blogdeChoc, ont suffi à placer Giovanni Guidi dans le peloton de tête des meilleurs pianistes italiens. Ses disques se suivent mais ne se ressemblent pas. Contrairement à “This Is The Day” dont les mélodies lumineuses interpellent, “Ida Lupino” fait entendre une musique plus introspective, un matériel thématique très largement improvisé que les musiciens réunis ici, tous sur la même longueur d’onde, rendent singulièrement inventif.

Giovanni GUIDI - Gianluca PETRELLA - Louis SCLAVIS - Gerald CLEAVER : “Ida Lupino” (ECM / Universal)

Bien que l’étroite complicité unissant le piano de Giovanni Guidi au trombone de Gianluca Petrella soit ici au cœur du dispositif orchestral, la présence de Louis Sclavis aux clarinettes et de Gerald Cleaver à la batterie est loin d’être anodine. Cleaver joue d’ailleurs sur un des meilleurs opus de Guidi, “We Don’t Live Here Anymore”, un enregistrement new yorkais offrant une musique très libre, proche de celle que contient ce nouvel album. Ida Lupino et Per i morti di Reggio Emilia, un thème de l’auteur-compositeur-interprète turinois Fausto Amodei en sont les seules pièces écrites. Presque tout le reste a été improvisé en studio bien qu’ici ou là surgissent parfois des airs, des mélodies préalablement existantes. Les musiciens ont spontanément créé et structuré ces morceaux plus ou moins abstraits, plus ou moins lyriques. Improvisation collective sans thème préétabli, No More Calypso relève même du free jazz. Things We Never Planned (« Choses que nous n’avons jamais planifiées ») est un titre explicite.

Giovanni GUIDI - Gianluca PETRELLA - Louis SCLAVIS - Gerald CLEAVER : “Ida Lupino” (ECM / Universal)

Si la dynamique, la résonance, la durée de chaque note lui importent toujours, Giovanni Guidi s’efface, laisse de la place au trombone, aux clarinettes de Sclavis. Ce dernier marque de son empreinte Just Tell Me Who It Was, une mélopée orientale, une danse que rythme un piano discret et une batterie très présente. La clarinette introduit aussi La Terra et expose la superbe mélodie d’Ida Lupino, un des plus beaux thèmes de Carla Bley que Paul Bley immortalisa. Le piano y tient un rôle modeste et les parties improvisées sont réduites au minimum. Interlocuteur privilégié du piano, le trombone y assure les contrechants. C’est à lui que sont confiés les chorus de What We Talk About When We Talk About Love, une pièce à la pulsation rythmique régulière. Dans Per i morti di Reggio Emilia, l’instrument multiplie les effets de growl. Probable hommage au saxophoniste argentin Gato Barbieri qui nous a quitté le 2 avril, Gato incite au recueillement. Le piano martèle une note grave comme pour sonner le glas. Le trombone monologue, pleure, et nous émeut. Le piano conclut seul par une mélodie aussi délicate qu’inattendue. Autre lamento, The Gam Scorpions met en valeur le délicat toucher du pianiste qui affirme un ample jeu mélodique. La batterie commente, pose des couleurs ; trombone et piano chantent de concert, se hissent au-delà des cimes. On est alors dans les étoiles.

Photos © Caterina di Perri / ECM Records

Published by Pierre de Chocqueuse - dans Chroniques de disques
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