18 novembre 2014 2 18 /11 /novembre /2014 10:26
Ran BLAKE : “Cocktails at Dusk” (Impulse ! / Universal)

« J’ai toujours eu du mal à trouver les mots pour plaider la cause de Chris Connor qui n’est pas populaire. Il est difficile de défendre un artiste peu connu » déclarait il y a quelques mois Ran Blake à Thierry Quenum de Jazz Magazine / Jazzman. Le pianiste a pourtant trouvé le moyen de rendre hommage à la chanteuse par sa musique et les notes de livret de la pochette de son disque. Sous titré “A Noir Tribute to Chris Connor”, il vient de paraître sur le label Impulse ! réactivé grâce à Jean-Philippe Allard d’Universal qui a produit l’album et organisé la séance, invitant Ricky Ford à rejoindre son vieux professeur. Le saxophoniste fut son élève au New England Conservatory de Boston. Il dialogue avec lui à deux reprises, son ténor parvenant sans peine à s’immiscer dans l’univers si particulier de Blake. Ce dernier affectionne les graves du clavier, les dissonances, les films noirs, plaque de sombres accords et laisse le silence habiter sa musique. Il a consacré plusieurs opus à des relectures de musiques de films. Enregistré avec Jeanne Lee en 1961, “The Newest Sound Around” fait toujours sensation. Eleni Odoni, puis plus récemment Sara Serpa et Christine Correa ont travaillé avec le pianiste qui excelle à accompagner des chanteuses. Loin d’enfermer leurs voix, Blake avec peu de notes les met en confiance. Avec lui, elles se donnent, se révèlent. La noirceur du piano accentue leur aspect sensuel, donne du relief, du mystère à leur timbre. Chris Connor et Ran Blake enregistrèrent un titre en 1978, mais Blake joua après elle sa partie de piano, son accompagnement très libre dérangeant la chanteuse. Présente dans quatre morceaux de ce “Cocktails at Dusk”, Laika Fatien s’en est parfaitement accommodée et n’a peut-être jamais été si convaincante et émouvante qu’avec ce piano si singulier. Épousant les mélodies, elle les rend même surnaturelles. Vertigineux Mr. Vertigo, Blake y ajoute de judicieux accords adamantins, des notes aussi parcimonieuses qu’inattendues. Harmonisé à neuf et repensé en profondeur par un pianiste qui ne ressemble à aucun autre, le répertoire de Chris Connor – des standards signés Cole Porter (I Get a Kick of You), Rodgers & Hart (Why Can’t I), Lerner & Loewe (Almost Like Being in Love) –, en sort complètement rénové.

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7 novembre 2014 5 07 /11 /novembre /2014 09:39
Une pluie d'anniversaires

Novembre : Abondantes et têtues dans le Sud malgré des records de chaleur, les pluies passent et repassent, jouent du tambour sur les toits et les têtes, arrosent les souliers, oxydent les rêves et déplient les parapluies. Avec elles, les températures baissent, le froid arrive tout doucement. Difficile d’avoir l’œil vif, le teint frais, la peau ambrée, le luisant de la prune. Le brouillard noie les perspectives, les bajoues gonflent, les nez coulent, les yeux pleurent. Les optimistes espèrent une accalmie à la mi-novembre, un été de la Saint-Martin, quelques jours de soleil et de ciel bleu azur.

 

Quelque peu épargné par les larmes du ciel, Paris, future grande ville d’eau, n’oublie pas les anniversaires. Jean-Paul vient de fêter le sien. Cinquante ans le 26 octobre, à la Saint Dimitri, jour du passage à l’heure d’hiver. Ses amis lui ont offert des disques, des nouveautés qui interpellent. Parmi elles,  “Trilogy”, un triple CD de Chick Corea. Publié au Japon l’an dernier, il sort enfin chez nous à un prix raisonnable. Chick, soixante-treize ans, l’a enregistré live avec Christian McBride et Brian Blade. On y entend aussi un José Pardo enthousiasmant à la flûte dans My Foolish Heart et Spain. L’Académie du Jazz ne s'est pas trompée en lui décernant en 2012 son Prix du Jazz Européen.

 

Cette vieille Académie qui fêtera bientôt ses soixante ans perdure aujourd’hui grâce à la cotisation de ses membres, quelques institutions civiles (SACEM, SPEDIDAM) et, depuis 2011, à la générosité de la Fondation BNP Paribas qui célèbre cette année son 30e anniversaire. Dédiée à la culture, à la solidarité et à l’environnement, cette fondation finance projets culturels, programmes de recherche et initiatives sociales et éducatives. Depuis 1995, elle soutient le jazz et ses musiciens. Outre des partenariats avec le Concours International de Piano Jazz Martial Solal, le Téléthon du Jazz, les festivals de la Défense, de Saint-Germain-des-Prés, le North Sea Jazz Festival (Rotterdam) et le Saint-Louis Jazz Festival (Sénégal), elle accompagne musiciens et formations. Grâce à elle, une bonne soixantaine de CD(s) ont vu jour. Elle aide et a aidé Antoine Hervé, Baptiste Trotignon, Jacques Vidal, Manuel Rocheman, le Paris Jazz Big Band, Stéphane Guillaume et La Tectonique des Nuages, opéra jazz de Laurent Cugny, qui sans son financement n’aurait sans doute jamais existé.

 

À l’occasion du 75e anniversaire des disques Blue Note, une série de concerts est prévu du 18 au 23 novembre dans diverses salles et clubs de Paris. Les éditions Textuel publient un somptueux bouquin sur le label (relié, 416 pages, 450 photographies et fac-similés) et Jazz Magazine lui consacre un important dossier. Le journal aura soixante ans le mois prochain. Un numéro exceptionnel saluera l’événement. Le blogueur de Choc y participe. Vous y apprendrez pourquoi il aime le jazz. Des confidences à lire, surtout par temps de pluie.

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT  

Une pluie d'anniversaires

-Membre de Fly et du Billy Hart Quartet, le saxophoniste Mark Turner enregistre peu sous son nom. Il vient de le faire pour ECM, et présentera “Lathe of Heaven”, son nouveau disque, au Duc des Lombards les 7 et 8 novembre. Avec lui Avishai Cohen à la trompette, Joe Martin à la contrebasse et Marcus Gilmore à la batterie, un quartette sans piano dont le modèle reste celui que posséda Ornette Coleman. Audacieuse, la musique du groupe reste pourtant constamment mélodique et accessible. Sous une apparente froideur, Turner reste un musicien lyrique. Au ténor, il possède une sonorité qui lui est propre et en fait profiter ses compositions.

Une pluie d'anniversaires

-A la tête de son nouveau big band, le Gil Evans Paris Workshop, Laurent Cugny retrouve le 12 le Studio de l’Ermitage. Arrangements et compositions de Gil (Time of the Barracudas), thèmes de Miles Davis (Thisness), Charles Mingus (Goodbye Pork Pie Hat), George Russell (Blues in Orbit), Jelly Roll Morton (King Porter Stomp) arrangés par Evans et quelques morceaux écrits et arrangés par Laurent, cette formation de seize musiciens tire un feu d’artifice de couleurs, d’harmonies aussi raffinées qu’élégantes et fait preuve d'une étonnante maturité. Qu’attendez-vous pour l’applaudir ?

Une pluie d'anniversaires

-Le disque du Claire Michael Quartet m’est parvenu grâce à Jean-Jacques Pussiau. Je découvre une jolie voix de saxophone au phrasé délicat, mais qui peut aussi gronder de manière explicite. Claire Michael joue du ténor, de l’alto, du soprano, de la flûte et chante avec spontanéité et feeling, ce qui n’est pas banal. Etonnant de découvrir qu’elle a enregistré une dizaine d’albums et que “Trane Steps” (Rue Stendhal) soit le premier qui me parvienne. Comme son nom l’indique, ce nouveau disque est un hommage à John Coltrane, à “Giant Steps” dont elle reprend deux thèmes (Giant Steps et Naima), y ajoutant Lonnie’s Lament. Elle les jouera avec ses compositions au New Morning le 13. Avec elle : Jean-Michel Vallet (piano, Fender Rhodes), Patrick Chartol (contrebasse, basse électrique) et Thierry Le Gall (batterie).

Une pluie d'anniversaires

-Je ne connaissais pas non plus Jay Léonide qui se produit au Sunside le même soir (le 13) avec Sylvain Gontard à la trompette, Vincent Lê Quang au saxophone soprano, Gino Chantoiseau à la contrebasse et Christophe Chrétien à la batterie. Lauréat en 2013 du concours international de piano solo du festival de Jazz de Montreux, il sort un premier album très réussi dans lequel on découvre un pianiste en pleine possession de ses moyens. “The Key” (ACT / Harmonia Mundi) révèle aussi un compositeur habile dont la musique doit beaucoup aux rythmes et aux traditions de Maurice, son île natale.

Une pluie d'anniversaires

-Aaron Golberg au Sunside trois soirs de suite, les 14, 15 et 16 novembre. Très sollicité, le pianiste parvient à rester reste fidèle au trio qui l’accompagne depuis plus de quinze ans. Reuben Rogers (contrebasse) et Eric Harland (batterie) jouent notamment dans “Unfolding” et “Home” (2010), deux des meilleurs opus de Goldberg qui s’est fait remarqué en 2012 dans “Yes ! ”, enregistré avec Omer Avital et Ali Jackson. Car c’est bien en trio que l’ex-partenaire de Joshua Redman révèle pleinement son art pianistique, sa sensibilité harmonique, joue un jazz moderne inventif et exigeant. Valeur sûre de l’instrument, il aime aussi surprendre. Ses relectures des grands standards de l’histoire du jazz sont souvent passionnantes.

Une pluie d'anniversaires

-Sachal Vasandani s’offre également le Sunside le 17. Avec lui : Ben Stivers (claviers), Buster Hemphill (basse) et Jeremy Dutton (batterie). On peut entendre ses vocalises dans “Life Forum”, dernier disque à ce jour de Gerald Clayton, et écouter sa voix de ténor léger dans ses propres albums. “Hi-Fly” (Mack Avenue) bénéficie de la trompette d’Ambrose Akinmusire, et Sachal y invite Jon Hendricks qu’il admire. Son répertoire comprend ses compositions, des standards et des thèmes empruntés à la pop. “Slow Motion Miracles” (Sony), son prochain disque produit par Michael Leonhart (sortie le 9 mars 2015) qu’il interprétera au Sunside, révèle son savoir-faire dans ce domaine.

Une pluie d'anniversaires

-Kenny Barron et Dave Holland au New Morning le 18. Un piano ancré dans le swing et appréciant l'inattendu rencontre une contrebasse alliant précision rythmique et savoir harmonique. Barron et Holland se sont retrouvés en 2012 sur la scène du festival de la Villette. Récemment publié sur le label Impulse ! “The Art of Conversation”, leur premier disque en duo, reflète leur entente. Standards, compositions personnelles, les deux hommes dialoguent, s'écoutent et jouent un jazz d'une grande fraîcheur qui sait toujours être moderne.

Une pluie d'anniversaires

-Les pianistes Jason Moran (photo) et Robert Glasper, mais aussi Ambrose Akinmusire (trompette), Marcus Strickland (saxophone), Lionel Loueke (guitare), Derrick Hodge (basse) et Kendrick Scott (batterie), rien que des pointures au sein d’un All Stars, c’est ce que propose le 20 à la Gaîté Lyrique (20h) le Blue Note Xperia Lounge Festival. Créé en 1939, le label fête son 75e anniversaire à Paris, du 18 au 23 novembre. Gregory Porter à l’Olympia le 18, Robert Glasper et son groupe Experiment à la Gaîté Lyrique également le 19, Marcus Miller à l’Olympia le 23, on consultera attentivement le programme d’une manifestation riche en évènements.

Une pluie d'anniversaires

-Toujours dans le cadre du Blue Note Xperia Lounge Festival, ne manquez pas le saxophoniste JD Allen au Duc des Lombards le 22. En compagnie de René Urtreger au piano, d’Alex Claffey à la contrebasse et de Jonathan Barber à la batterie, il reprendra les cinq morceaux du célèbre “Our Man in Paris” de Dexter Gordon enregistré en mai 1963 avec Bud Powell (piano), Pierre Michelot (contrebasse) et Kenny Clarke (batterie), un album Blue Note contenant Scrapple from the Apple, Willow Weep for Me, Broadway, Stairway to the Stars et A Night in Tunisia.

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com

-New Morning : www.newmorning.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Blue Note Xperia Lounge Festival : www.bluenotefestival.fr

 

Crédits photos : Mark Turner Quartet © John Rogers / ECM Records – Laurent Cugny © Pierre de Chocqueuse – Jay Léonide © Sebastien Boisset – Aaron Goldberg © Melissa Mergner – Sachal Vasandani © Sony Records – Kenny Barron & Dave Holland © Sylvain Gripoix / Impulse ! Records – Jason Moran © Clay Patrick McBride – Claire Michael © photo X/D.R.

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Pierre de Chocqueuse - dans Edito tout beau
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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 09:15
Fred HERSCH Trio : “Floating” (Palmetto / Import U.S.A.)
Fred HERSCH Trio : “Floating” (Palmetto / Import U.S.A.)

Ce pianiste-là, on ne l’invite pas dans les festivals. Il doit se contenter des clubs de jazz, du Sunside, du Duc des Lombards, des lieux qu’il peine à remplir, mais qui conservent la mémoire de ses concerts. Je me revois encore en octobre 2010 au Sunside, ébloui et ému par la prestation en solo d’un musicien en état de grâce. Mon ami Jean-Louis Wiart qui m’accompagnait peut vous le confirmer. Car Fred Hersch est un immense pianiste singulièrement méconnu. Les disques qu’il a enregistrés pour Nonesuch ne sont plus disponibles et les petits labels qui abritent sa musique ne sont pas toujours distribués. Et pourtant, à l’écoute de son piano, les musiciens ne tarissent pas d’éloge. Brad Mehldau qui fut son élève lui doit beaucoup. Hersch lui apprit à faire vivre simultanément plusieurs lignes mélodiques. La main gauche, autonome, peut ainsi dialoguer avec la droite, exprimer d’autres idées. Soucieux de la forme, le pianiste organise et contrôle tous les détails de sa musique, parvient à la rendre si fluide qu’elle en oublie d’être complexe. La pensée toujours en mouvement, il contrôle le flux contrapuntique, déroule de longues tapisseries de notes et séduit aussi par la douceur de son toucher, ses choix harmoniques, les belles couleurs dont il éclaire ses morceaux. Enregistré avec John Hébert à la contrebasse et Eric McPherson à la batterie, musiciens qui travaillent avec lui depuis bientôt cinq ans, “Floating”, à importer via le net, est séquencé comme un set de concert du trio. À un standard (ici You & The Night & The Music dans une version afro-cubaine) succèdent des compositions originales souvent dédiées à des familiers ou à des artistes que le pianiste admire. Développant une « seconde ligne » néo-orléanaise, Home Fries est écrit pour son bassiste originaire de la Louisiane. Esperanza Spalding se voit offrir Arcata, pièce dans laquelle la contrebasse d’Hébert dialogue avec le piano, lui impose un contrepoint mélodique. Dédié à sa mère et à sa grand-mère, West Virginia Rose, en solo, traduit la délicatesse de ses sentiments. Les notes se font caresses, le piano nostalgique et rêveur, comme dans Far Away, hommage au pianiste israélien Shimrit Shoshan décédé à l’âge de 29 ans. Car dans ces ballades flottantes jouées rubato, Fred Hersch s’épanche, se lâche davantage sans toutefois s’abandonner au hasard. Comme tous les pénultièmes morceaux de ses concerts, If Ever I Would Leave You, un extrait de la comédie musicale “Camelot”, est une ballade. Frederick Loewe en a signé la musique, mais Hersch la transcende, en renouvelle les harmonies. Il fait de même dans Let’s Cool One, une composition de Thelonious Monk, dernière plage d’un magnum opus incontournable.

Photo : Fred Hersch Trio © Matthew Rodgers

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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 09:43
Denny ZEITLIN : “Stairway to the Stars” (Sunnyside / Naïve)

Enregistré en concert en 2001, “Stairway to the Stars” est bien meilleur que le disque précédent de Denny Zeitlin, le décevant “Both / And” dans lequel il s’amuse avec des machines, des synthétiseurs. Un faux pas pour ce musicien qui, ces dernières années, nous a habitué à de bons albums en solo pour Sunnyside, “Wherever You Are” (2011), étant particulièrement réussi. En 2001, Zeitlin, alors âgé de 63 ans, entreprit une tournée sur la Côte Ouest des Etats-Unis. Comme bassiste, il pensa à Buster Williams avec lequel il avait travaillé en 1998. On lui conseilla également Matt Wilson, un jeune et talentueux batteur. Ainsi constitué, le trio se produisit une première fois sur la scène du San Francisco Jazz Festival, puis donna de nombreux concerts, tant en 2001 que dans les années qui suivirent. Publié en 2009, “In Concert” en réunit des extraits. Il contient The We of Us enregistré, comme les morceaux de ce nouveau disque, au Jazz Bakery, un club de Culver City. Bon compositeur – Quiet now était souvent joué par Bill Evans qui a influencé son piano – le pianiste inscrit ici un seul de ses morceaux à son répertoire, Out of a Stroll, un blues en mineur, qui porté par une contrebasse aérienne, balance diablement bien. Il préfère reprendre des standards, harmoniser à sa façon des vieux thèmes des années 40 (You Don’t Know What Love Is, There Will Never Be Another You). I’ll Take Romance date de 1937 et Spring Is Here, un des grands airs de Richard Rodgers, de 1938. Zeitlin et son gang se promènent avec bonheur dans des thèmes qui les inspirent, en donnent des versions élégantes et neuves. Les bonnes mélodies ne meurent jamais. Autour d’elles la musique se renouvèle en permanence. Friande de glissandos et de triolets, la contrebasse de Williams, dialogue subtilement avec le piano, chante et sonne magnifiquement. Ecoutez-la introduire Deluge, un thème de Wayne Shorter que Zeitlin reprendra en solo en 2008. Visiblement les musiciens prennent un immense plaisir à jouer. On partage avec eux leur bonheur.

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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 08:56
Stefano BOLLANI : “Joy in Spite of Everything” (ECM / Universal)

Pianiste fougueux, Stefano Bollani canalise aujourd’hui son énergie, poétise sa musique et séduit par le lyrisme de ses compositions. Avec Jesper Bodilsen à la contrebasse et Morten Lund à la batterie, il possède une section rythmique superlative. Ses meilleurs albums ont été enregistrés avec eux, au Danemark (deux disques pour le label Sunt) et à New York (pour ECM), au studio Avatar qu’il retrouve ici. Mark Turner au saxophone ténor et Bill Frisell se joignent parfois à eux, le groupe fonctionnant au complet dans Easy Healing, un calypso d’une grande finesse mélodique et rythmique. Bollani et Frisell dialoguent avec bonheur avant de laisser la contrebasse s’exprimer, puis le ténor chanter. Egalement en quintette, Vale séduit par ses notes inquiétantes, sa lente progression harmonique en demi-teinte. La sonorité droite et austère de Turner convient bien à cette pièce dépouillée qui se développe sur la durée. Indubitablement, le saxophoniste possède un timbre, une sonorité bien à lui. Il anime No Pope No Party un thème bop que porte une rythmique efficace, et Las Hortensias, une ballade mélancolique en quartette. Dans Ismene, la guitare de Frisell se joint au trio et lui apporte une autre couleur. En parfaite osmose, piano et guitare entrelacent avec joie et fluidité leurs lignes mélodiques. Ils font de même dans Teddy, une amusante conversation entre deux complices qui ne manquent jamais d’imagination et prennent plaisir à jouer ensemble. Le pianiste virtuose en fait un peu trop dans le morceau qui donne son titre à l’album, une plage en trio saturée de notes, moins convaincante qu’Alobar e Kudra, un autre de ses thèmes (tous sont de sa plume) lui aussi en trio. Une parenthèse, car désormais il espace et laisse respirer sa musique. Ses compositions en profitent. Confiées à des musiciens inventifs, elles relèvent de l’évidence.

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7 octobre 2014 2 07 /10 /octobre /2014 09:18
La tête et les jambes

Octobre : Ragaillardi et sanctifié par l’écoute des musiques sacrées de Duke Ellington à la Madeleine, mignardise dont on se souviendra longtemps, je quitte cette auberge de la consolation terrestre habituée aux neuvaines des Frères de la Sainte Crèche pour me fondre dans la foule des parisiens. Insouciants, ces derniers musardent sous les chauds rayons d’un soleil printanier, mirent les jambes fines et gracieuses frictionnées au lait d’amande qui trottinent ou se reposent devant leurs yeux. Quatorze d’entre eux périrent dévorés par des loups en 1438, un 1er octobre, mais ils pensent à autre chose, à ces parisiennes qui enivrent et font perdre la tête.

 

Depuis 27 ans l’amateur de jazz, le vrai, se rend à Clermont-Ferrand, à Jazz en Tête. Quel autre festival programme Henry Butler, les Messenger Legacy, Julian Joseph, Zara McFarlane, Hermon Mehari, Cory Henry ? La plupart d’entre eux se contentent le plus souvent d’engager des têtes d’affiche médiatisées dont les musiques insipides et faciles plaisent à un public estival qu’il s’agit de distraire. Jazz en Tête ose sur cinq jours, du 14 au 18 octobre, un programme pas comme les autres, un festival plus intime, un tête à tête. Fréquentées par des clermontoises parfumées aux essences les plus nobles – rose, jasmin, iris, violette et tubéreuse – , les jam sessions de l’hôtel Océania favorisent ces rencontres. Avec Anna, Louise, Joséphine, Donatella, Venus et Serena, des noms qui font rêver. Leurs jambes, elles les enduisent de miel, d’eau de tilleul, d’huiles de grenade et d’argousier, de beurres de mangue et de cacao. A Clermont aussi on peut perdre la tête.

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

La tête et les jambes

-Paolo Fresu au New Morning le 7 octobre avec son Devil QuartetBebo Ferra (guitare), Paolino Dalla Porta (contrebasse), Stefano Bagnoli (batterie) –, formation que le trompettiste sarde possède depuis 2003. Le 8, c’est à la tête de son quintette qu’il y est attendu. Réunissant Roberto Cipelli au piano, Tino Tracanna aux saxophones ténor et soprano, Attilio Zanchi à la contrebasse et Ettore Fioravanti à la batterie, la formation fête cette année ses 30 ans d’existence. Avec un disque inoubliable, “¡30 !” (Tŭk / Bonsaï Music) chroniqué par mes soins dans le numéro de juin de Jazz Magazine / Jazzman. Privilégiant les ballades, les tempos souples et moelleux, Fresu, impose son phrasé, sa sonorité tendre et sensuelle et réaffirme son attachement à la mélodie, pierre d’achoppement de son travail.

La tête et les jambes

-Le 8 encore, au Studio de l’Ermitage, Laurent Cugny présentera son nouveau big band, le Gil Evans Paris Workshop, une formation de seize musiciens tous nés dans les années 80. Vous vous êtes montré généreux en finançant ses premiers pas – 7590€ collectés via KissKissBankBank et Laurent vous en remercie. Né en 1955, ce dernier joue de l’orchestre comme un instrument, privilégie les couleurs, les timbres, l’harmonie restant sa préoccupation première. Après la formidable réussite de sa “Tectonique des nuages” qui sera enfin monté avec décors dans sa version opératique l’an prochain, Laurent souhaite retrouver l’esprit de la musique de Gil Evans à travers des compositions et des arrangements inédits, mais aussi des arrangements de Gil. Il compte aussi reprendre certaines pièces qu’il confia naguère à son Big Band Lumière et à l’Orchestre National de Jazz lorsqu’il en assurait la direction. Les noms d’Antonin-Tri Hoang (as), Martin Guerpin et Adrien Sanchez (ts), Jean-Philippe Scali (bs), Olivier Laisney (tp), Joachim Govin (b), Gautier Garrigue (dm) vous sont peut-être familiers. Tous sont membres de cette nouvelle formation que vous pourrez retrouver sur la scène du Studio de l’Ermitage les 12 novembre et 10 décembre prochains.

La tête et les jambes

-Après un disque remarqué avec Daniel Humair dans lequel Dave Liebman et Michel Portal sont les souffleurs, Nicolas Folmer sort un nouvel album enregistré avec une autre formation. Influencé par le funk, la soul et le blues, réunissant Antoine Favennec (saxophone), Thomas Coeuriot (guitare), Laurent Coulondre (claviers), Julien Herné (basse) et Yoann Schmidt (batterie), “Horny Tonky” (Cristal Records) est pour le trompettiste un retour aux sources, un appel à la danse. Le titre de l’album que l’on dit très groovy (je ne l’ai pas encore reçu) fait référence aux cuivres (« horn » en anglais). Nicolas et ses musiciens en fêtent la sortie au Sunset le 10 octobre.

La tête et les jambes

-Paul Lay et son Mikado Quartet au Sunside le 12. Autour du pianiste : Antonin-Tri Hoang (saxophone alto et clarinette), (Clemens Van Der Feen (contrebasse) et Dré Pallemaerts (batterie). “Mikado” est le nom de son dernier album publié il y a quelques mois. Malgré quelques tempos inutilement compliqués, Paul Lay se révèle un compositeur habile. Attaché à la forme, il arrange avec pertinences ses morceaux. Dolphins et Chao Phraya gardent ma préférence. Il joue aussi un beau et généreux piano, pose de belles couleurs sur une musique sincère et séduisante.

La tête et les jambes

-Francesco Bearzatti au New Morning le 13 avec un programme consacré à “Monk’n’Roll”, disque décoiffant que le saxophoniste ténor a récemment consacré à Thelonious Monk, les compositions de ce dernier se voyant associées à des morceaux de Led Zeppelin, Pink Floyd, Sting, Lou Reed, et Michael Jackson. Confié à un quartette énergique, une musique humoristique et festive en résulte. Disposant d’une section rythmique musclée – Danilo Gall (basse acoustique et électrique) et Zeno De Rossi (batterie) – Bearzatti et le trompettiste Giovanni Falzone, son complice, s’amusent, osent des effets électroniques, font sonner leurs instruments comme des guitares, leurs relectures décalées restant sous contrôle, bien ordonnées par de savantes orchestrations.

La tête et les jambes

-Le All Stars The Messenger Legacy sera à Clermont-Ferrand le 15, mais aussi la veille, le 14, au Petit Journal Montparnasse. Choisi par Art Blakey pour être le deuxième batteur de ses Jazz Messengers, Ralph Peterson a réuni autour de lui des anciens de la formation. Bobby Watson (saxophone alto) en a été directeur musical. Donald Brown (piano) également. Billy Pierce (ténor et soprano) fut un pilier des Messengers. Quant à Brian Lynch (trompette) et Essiet Okon Essiet (contrebasse) ils furent membres de la dernière mouture de ce groupe légendaire de l’histoire du jazz.

La tête et les jambes

-Ralph Alessi au Sunside le 15 et le 16. Avec lui la section rythmique de “Baida”, son dernier album (et le premier pour ECM) : Drew Gress (contrebasse) et Nasheet Waits (batterie). Associés au pianiste Gary Versace, ils pratiquent une musique ouverte et audacieuse au sein de laquelle ils déposent leurs propres inventions. Le trompettiste bénéficie de leurs idées qui apportent à sa musique un surplus d'invention, tant mélodique que rythmique. Ils lui permettent de prendre des risques, de sauter dans le vide.

La tête et les jambes

-Ne manquez pas le concert que donnera en trio Michel Sardaby au Reid Hall (4 rue de Chevreuse 75006 Paris) le 18 à 20h00. L’association La Dive Note l’organise dans les locaux de la Columbia University. Les apparitions publiques du pianiste se font rares, Michel consacrant une partie de son temps à enseigner l’instrument. Il a eu de nombreux élèves (certains sont aujourd’hui célèbres) et essaye de leur faire entendre et comprendre ce qu’ils jouent, un exigeant travail de prise de conscience pour qu’ils se révèlent à eux-mêmes. Pour ce concert, Michel a choisi de s’entourer de Gilles Naturel (contrebasse) et de Philippe Soirat (batterie), musiciens dont il apprécie la justesse et la sensibilité.

La tête et les jambes

-On retrouve Gilles Naturel au Sunside le 23 avec son Contrapuntic Jazz Band qui réunit Fabien Mary (trompette), Guillaume Naturel (ténor et flûte), Jerry Edwards (trombone), Bastien Stil (tuba), et Donald Kontomanou (batterie), Gilles assurant bien sûr la contrebasse. Ensemble, ils fêtent la sortie d’un second opus sur Space Time Records, un “Act 2” encore plus réussi que le précédent, un disque que la formation a peaufiné sur scène avant de l’enregistrer, et qui laisse davantage de place aux solistes, aux improvisations collectives que décalent parfois de savants contrepoints.

La tête et les jambes

- René Marie retourne au Duc des Lombards pour trois soirs (les 27, 28 et 29). Elle y fit sensation en novembre dernier, mit dans sa poche le public par sa voix chaude et sensuelle, son sourire solaire, sa mobilité féline. On l’y attend avec sa propre section rythmique, Kevin Bales au piano, Elias Bailey à la contrebasse et Quentin Baxter à la batterie, musiciens qui l’accompagnent dans “I Wanna Be Evil (With Love to Eartha Kitt)”, publié l’an dernier sur Motéma, le dixième disque de sa carrière, un de mes 13 Chocs de 2013.

La tête et les jambes

-« Wonderful to be back in the New Morning again », ces mots, John Scofield les prononce souvent lors des concerts qu’il y donne. Le club de la rue des Petites Ecuries le programme le 29 avec Steve Swallow (basse) et Bill Stewart (batterie), des complices de longue date avec lesquels il se laisse aller à jouer les musiques qu’il affectionne, le jazz mais aussi le blues et le funk qu’il a souvent pratiqués. Au regard de sa longue carrière, le guitariste n’a plus rien à prouver. Il sait parfaitement doser ses effets de distorsion et de réverbération, choisir l’angle de ses attaques pour rendre plus intense un discours musical émaillé de glissandos, d’inflexions qui lui sont propres. Maître de son instrument, Scofield nous fait partager son bonheur d’être sur scène, de retrouver un public qui lui reste fidèle.

La tête et les jambes

-Le saxophoniste Ernie Watts au Duc des Lombards le 31 et le 1er novembre avec Christof Saenger (piano), Rudi Engel (contrebasse) et Tobias Schirmer (batterie). Musicien de studio, il se fit remarquer au sein du Quartet West, formation créée par Charlie Haden en 1986. Au ténor, il possède une sonorité qui le distingue de ses collègues. Les albums qu’il signe sous son nom sont moins probants mais les chorus toujours pertinents qu’il confie aux disques des autres relèvent souvent leur niveau.

La tête et les jambes

-Edouard Bineau au New Morning le 1er novembre avec les musiciens de “Bluezz”, nouvel album au sein duquel le blues et le jazz se donnent la main. Bercé par le jazz qu’appréciait son père, Edouard joua du blues dans sa jeunesse. Il apprit l’harmonica en écoutant des disques de Jean-Jacques Milteau qu’il rencontre alors qu’il travaille sur ce nouveau disque avec Sébastien Texier (saxophone alto et clarinette) et Daniel Erdmann (saxophones ténor et soprano), ses musiciens depuis deux ans. Un premier concert avec eux qui se passe bien, un second avec Michael Robinson dont la voix se greffe bien sur la musique, “Bluezz” prend forme, acquiert un supplément d’âme. Pour ce concert de sortie, Gildas Boclé (contrebasse) et Simon Bernier (batterie) compléteront ce casting.

La tête et les jambes

-Jazz en Tête : www.jazzentete.com

-New Morning : www.newmorning.com

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Petit Journal Montparnasse : www.petitjournalmontparnasse.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

 

Crédits photos : "Parisiennes en été" © Roger-Viollet  Paolo Fresu ©Jean-Louis Neveu – Laurent Cugny, Nicolas Folmer © Pierre de Chocqueuse – Paul Lay © Christophe Alary – Ralph Peterson © Blue Note Records – Ralph Alessi © Darlene Devita – Michel Sardaby © Charles Duprat – Gilles Naturel © Hervé Chaussade – René Marie © Janice Yim – Ernie Watts © Alexey Karpovich – Edouard Bineau & Jean-Jacques Milteau © Fabien Ferreri – Steve Swallow / John Scofield / Bill Stewart, Ernie Watts © Photos X/D.R.

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Pierre de Chocqueuse - dans Edito tout beau
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4 octobre 2014 6 04 /10 /octobre /2014 11:27
L'anniversaire qui interpelle

95 bougies pour Harold Singer né le 8 octobre 1919 et qui, dès le 5, un dimanche, fêtera son anniversaire en musique au théâtre des Ateliers du Chaudron, 31 passage de Ménilmontant 75011 Paris. Deux concerts, à 16 heures et à 19 heures en compagnie de Steve Potts (alto et soprano) et de quelques amis dont les noms ne sont pas inconnus à l’amateur de jazz. Alain Jean-Marie (piano), Darryl Hall (contrebasse) et Sangoma Everett (batterie) sauront se mettre au diapason d’un saxophoniste ténor qui a été membre des orchestres de Roy Eldridge, Don Byas, Lucky Millinder et Duke Ellington. Le saxophoniste qui a également beaucoup tourné avec sa propre formation vit en France depuis 1965. Il tient l'un des principaux rôles de “Taxi Blues”, film de Pavel Lounguine, Prix de la Mise en Scène au festival de Cannes en 1990. Bon anniversaire Hal ! Ta gentillesse nous va droit au cœur.

 

-Ateliers du Chaudron : www.ateliersduchaudron.net

 

Photo Hal Singer © Pierre de Chocqueuse

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Pierre de Chocqueuse - dans Scoop!
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25 septembre 2014 4 25 /09 /septembre /2014 09:11
L'évangile selon Saint Duke

Invité le 16 septembre 1965 à présenter un concert de musique sacrée en la cathédrale de la Grâce de San Francisco qui se dresse au sommet de Nob Hill, Duke Ellington inaugura un genre inédit de musique sacrée : le “Sacred Concert”, sorte d’oratorio au sein duquel cohabitent le jazz, le gospel, le blues et la magie ellingtonienne. Le Duke connaissait l’histoire d'un jongleur, qui, au Moyen Age avait exprimé sa gratitude à la Vierge en dansant devant sa statue. Outre deux chorales, il fit donc appel à un danseur de claquettes. « In the Beginning God », Au commencement Dieu…, trois mots sur lesquels s’ouvre la Bible du roi Jacques, fournirent le thème principal du concert, une composition qu’Harry Carney introduisait au saxophone baryton. Le programme comprenait bien sûr Come Sunday, un extrait de “Black, Brown and Beige”, et The Lord’s Prayer, gospel porté avec ferveur par l’orchestre au complet.

L'évangile selon Saint Duke
L'évangile selon Saint Duke

Un Second “Sacred Concert” vit le jour le 19 Janvier 1968 devant 6 000 personnes en la cathédrale Saint-Jean l’Evangéliste (St. John the Divine) de New York et fit l’objet d’un enregistrement studio chez United Artists trois jours plus tard. Presque toutes les compositions étaient nouvelles. Il débutait par Praise God confié là encore au saxophone baryton de Carney. Le très remarqué Supreme Being fut composé à cette occasion, de même que Something about Believing, The Shepherd, Heaven (chanté par la soprano Alice Babs), Meditation (duo qui réunissait Duke Ellington au piano et Jeff Castleman à la contrebasse), et It’s Freedom (contribution du Duke à la lutte de son peuple pour l’obtention de ses droits civiques). Introduit par Alice Babs (en photo avec Ellington), le final, Praise God and Dance, s’inspirait du psaume 150. Jimmy Hamilton, Paul Gonsalves et Cat Anderson étaient les principaux solistes de cet acte de foi.

Mal préparé avec un Duke Ellington déjà malade (il devait disparaître quelques mois plus tard), un troisième “Sacred Concert” fut créé à Londres, à Westminster Abbey le 24 octobre 1973.

L'évangile selon Saint Duke

Tous ces morceaux et d’autres encore, seront joués le mercredi 1er octobre, à Paris, en l’église de la Madeleine. Porté par cinquante deux colonnes corinthiennes lui donnant un air de temple grec, son architecture massive étonne toujours les visiteurs. Napoléon voulait en faire un temple maçonnique dédié à la raison. Le bâtiment faillit être transformé en gare ferroviaire en 1837 et, pour finir, devint une église en 1845. Éduqué par la Bible, mais aussi franc-maçon, Ellington dont l’indicatif des concerts de son orchestre était Take the ‘A’ Train aurait sûrement apprécié y faire jouer sa musique. De son vivant, il donna un concert de musique sacrée dans une autre église parisienne, à Saint Sulpice en décembre 1969. Plusieurs mois de préparation, des travaux coûteux, une estrade spéciale, une sonorisation pointue et une resquille record écartèrent tous bénéfices autres que spirituels raconte l’organisateur de la manifestation, le regretté Philippe Koechlin, dans ses “Mémoires de Rock et de Folk”.

L'évangile selon Saint Duke

Souhaitons que pareille mésaventure n’arrive pas à Laurent Mignard, grand responsable de cette résurrection ellingtonienne. Enthousiasmé par les “Sacred Concerts” qu’il donna ces dernières années, le Duke Ellington Center for the Arts de New York présidé par Mercedes Ellington, la petite fille de Duke Ellington, a commandé au Duke Orchestra, l’orchestre de Mignard, une tournée des Musiques Sacrées d’Ellington dans les cathédrales de France. Pour la lancer, Laurent a décidé de frapper fort. La foi ne soulève t-elle pas des montagnes ? Pas moins de 80 artistes sur scène à la Madeleine : le Duke Orchestra au complet (en citer les membres serait fastidieux), mais aussi l’ensemble Les Voix en Mouvement que dirige Michel Podolak, les chœurs Gospel Attitude et White Spirit, le chœur de La Celle Saint-Cloud et de prestigieux invités. Chorégraphe du “Sacred Concert” de 1968, Mercedes Ellington en sera la récitante, Emmanuel Pi Djob, Nicolle Rochelle et Sylvia Howard les vocalistes et Fabien Ruiz le danseur de claquettes.

Dans sa grande bonté, le pape François a promis un an d’indulgence à tout possesseur de billets. Toujours souffrant, Monsieur Michu a déjà pris le sien. Qu’attendez-vous ? Pour une fois que le ciel nous fait perdre la tête…

L'évangile selon Saint Duke

DUKE ELLINGTON SACRED CONCERT

Eglise de la Madeleine

Mercredi 1er octobre 2014 - 21h00

 

Billetterie :

www.laurentmignard.com

www.fnac.com

 

Infos :

Tel : 01 40 93 36 60

Photo de Laurent Mignard © Pierre de Chocqueuse – Autres © Photos X/D.R.

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19 septembre 2014 5 19 /09 /septembre /2014 09:09
Franck AMSALLEM : “Sings Vol. II” (Fram Music Productions)

Discret, n’aimant guère se mettre en avant, Franck Amsallem fait trop peu parler de lui. Né à Oran, il passa son adolescence à Nice et suivit des cours de piano classique et de saxophone avant de poursuivre ses études aux Etats-Unis, au Berklee College de Boston, puis à la Manhattan School of Music de New York. Il étudia la composition avec Bob Brookmeyer et fit ses classes dans les clubs new-yorkais, apprenant à mettre son piano au service des autres, à servir les mélodies du jazz et leurs interprètes. A 28 ans, il tenta une carrière sous son nom, enregistra avec Gary Peacock, Bill Stewart, Joe Chambers et, avec Riccardo Del Fra et Daniel Humair, réalisa “Years Gone By”, album naguère remarqué par Alain Gerber dans Diapason. Le 12 novembre dernier, au Duc des Lombards, la voix chaude et gourmande de la grande René Marie bénéficiait de la finesse de ses harmonies. Attaché à l’histoire du jazz, à ses standards, à son vocabulaire, le pianiste adore aussi le chant. En 2009, il osait “Amsallem Sings”, disque dans lequel il s’accompagne lui-même au piano. Enregistré en trio, “Sings Vol. II” est infiniment plus réussi. S’exprimant avec naturel, le chanteur ré-harmonise au piano la ligne mélodique des morceaux qu’il reprend. La voix est sobre, jamais maniérée. Comme Bill Carrothers (“Love and Longing” publié l’an dernier), Franck Amsallem phrase comme un instrumentiste. Il connaît et apprécie ces mélodies qu’il admire et réinvente au piano avec ses deux complices, Sylvain Romano dont la contrebasse chante de bien belle façon dans It Could Happen to You, et Karl Jannuska qui marque avec souplesse le tempo, rend toujours fluide la musique. Le disque s’ouvre sur Never Will I Marry, chanson de Frank Loesser extraite de la comédie musicale “Greenwillow” (1960). L’amateur de jazz se doit de connaître la version qu’en donnèrent l’année suivante Nancy Wilson et Cannonball Adderley. Comme les autres thèmes qu’il interprète, Franck Amsallem en a conservé la mémoire. Il les porte en lui depuis longtemps ce qui lui permet d’en donner des versions dans lesquelles il met beaucoup de lui même avec l’émotion qui convient. Au programme, des standards célèbres – Body and Soul, Just One of Those Things (Cole Porter), How Deep is the Ocean –, mais aussi des mélodies plus rares, The Second Time Around que reprit Frank Sinatra et qui est interprété en solo (piano et voix) et Two For the Road, un thème trop oublié d’Henry Mancini. A ce répertoire s’ajoute Paris Remains in my Heart, une composition de Franck qui est loin d’être ridicule au sein de ce florilège que l’on écoute sans se lasser.

Concert au Sunside le 20 septembre avec Sylvain Romano et Karl Jannuska.

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19 septembre 2014 5 19 /09 /septembre /2014 08:02
Sinne EEG : “Face the Music” (Stunt Records / UnaVoltaMusic)

Une chanteuse, une vraie. Elle enthousiasme a cappella, maîtrise parfaitement le scat, possède une voix très juste et compose d’excellentes chansons. Célèbre au Danemark, elle y a enregistré six albums, les deux derniers avec le même trio, Jacob Christoffersen au piano, Morten Ramsbøl à la contrebasse et Moorten Lund à la batterie, musiciens que rejoignent ici quelques invités. Enregistré sur trois jours à Copenhague, “Face the Music”, son septième, est aussi réussi que “Don’t Be So Blue”, son précédent, le premier disque d’elle que j’ai écouté. Des concerts en juin et octobre 2011 au Sunset et au Sunside me convainquirent de son talent. Outre ses propres morceaux, Sinne Eeg chante des standards et nous en offre ici de somptueuses versions, comme celle, en apesanteur, de What are You Doing the Rest of your Life de Michel Legrand. Alan & Marilyn Bergman en ont écrit les paroles. “Face the Music” s’ouvre avec What a Little Moonlight Can Do que la chanteuse introduit en scat, la batterie seule marquant le rythme. Il révèle la grande sensibilité de son pianiste qui séduit par ses choix harmoniques, les couleurs qu’il pose sur la musique. Arrangé par Jesper Riis, le morceau accueille sa trompette et un saxophone ténor, les deux instruments assurant les riffs à l’unisson. Dans Taking it Slow, une composition de Thomas Fonnesback, la contrebasse de ce dernier est seule à servir la chanteuse. On les retrouve toujours en duo dans une étonnante version de Caravan qui conclut l’album. Car les morceaux de bravoure ne manquent pas, la voix phrasant et sonnant comme un instrument. Aussi à l’aise dans les ballades que sur tempo rapide, Sinne Eeg y excelle. Avec puissance dans Somewhere, tendresse dans Crowded Heart qui bénéficie également de son scat, rythme dans I Draw a Circle dont l’arrangement réserve un chorus de bugle. Et puis il y a cette joie qu’elle parvient à transmettre, une joie que cet opus solaire diffuse de bout en bout.

Sortie de l'album le 22 septembre. Concert au Sunset le 27 avec Jacob Christoffersen (piano), Morten Ramsbøl  (contrebasse) et Morten Lund (batterie).  

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