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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 09:45
Vendanges académiques : le cru 2014

Rendez-vous médiatique autant que jazzistique, l’Académie du Jazz attire et rassemble. Comprenant des musiciens, des journalistes, des représentants du métier du disque et des sociétés civiles, la foule qui se pressait le lundi 19 janvier au théâtre du Châtelet à sa traditionnelle remise des prix ne me contredira pas. Chaque année, l’Académie décerne dix prix. Ils témoignent de la pluralité « d’une musique tolérante qui a prospéré dans des lieux de tolérance » précisa le Président François Lacharme dans son discours introductif, ajoutant que les tragiques évènements survenus au siège de Charlie Hebdo privaient l’Académie de la présence de Cabu.  « Il était assis avec nous et nous manque beaucoup ». Musique que personne ne s’accorde à définir de manière satisfaisante, le jazz parvient, année après année, à fédérer un aréopage de journalistes aux goûts variés, un corps électoral qui, en toute indépendance, établit un palmarès reflétant sa richesse.

Vendanges académiques : le cru 2014

Le Prix du livre de Jazz échut à Lau- rent Cugny pour le premier tome d’“Une histoire du jazz en France” aux Editions Outre-Mesure, passionnant ouvrage universitaire de plus de six cents pages (quatre tomes sont prévus), et à Jean-Luc Katchoura pour une non moins volumineuse biographie de Tal Farlow réalisée avec la collaboration de Michele Hyk-Farlow. Veuve du guitariste, elle confia ses archives à l’auteur, l’ouvrage, édité par les Editions Paris Jazz Corner (Arnaud Boubet) et mis en page par Philippe Ghielmetti, se voyant ainsi illustré par une très riche iconographie. Nos deux ex æquo furent quelque peu surpris lorsque François Lacharme tendit à chacun la moitié d’un trophée, une blague académique bien sûr, saluée par des rires et des applaudissements.

Vendanges académiques : le cru 2014

Ne pouvant participer à cette cérémonie, Robert Cray, Prix Blues pour “In My Soul”, son neuvième album, avait fait parvenir un petit film dans lequel il remercie du fond du cœur l’Académie et sa commission blues. Rédacteur en chef de la revue Soul Bag et membre de cette commission, Nicolas Teurnier décachetant les enveloppes révéla les finalistes, Robert Cray, mais aussi Mali Music (de son vrai nom Kortney Jamaal Pollard) pour le Prix Soul. Son disque, “Mali Is”, mêle naturellement de nombreuses influences, folk, blues, jazz, soul, gospel faisant bon ménage dans un opus très réussi.

Vendanges académiques : le cru 2014

Deux ex æquo également pour le Prix du Meilleur Inédit ou de la Meilleure Réédition privilégiant un travail éditorial. Attaché à la sauvegarde de notre patrimoine sonore, Patrick Frémeaux fut récompensé pour l’ensemble de ses rééditions jazz consacrées à la discographie des géants qui en ont bâti l’histoire ou à des anthologies, des coffrets aux livrets particulièrement soignés, les textes bilingues d’Alain Gerber, Daniel Nevers, Gilles Pétard, Alain Tercinet, ou du regretté Pierre Lafargue aidant à comprendre cette musique, à la rendre perméable aux non-initiés.

Vendanges académiques : le cru 2014

Également primé, Sidney Bechet “In Switzerland / En Suisse”. Tirée à 2000 exemplaires, cette édition (un coffret) comprend 4 CD audio et un livre bilingue (français / anglais) de 216 pages qui réunit 250 photos et 140 documents rares ou inédits. Les textes sont de Fabrice Zammarchi et de Roland Hippenmeyer, les biographes du saxophoniste; les préfaces de Daniel Sidney Bechet son fils, de Bob Wilber son élève et de Claude Wolff son manager. La musique réunit plus de 4h15 de concerts, de spectacles radiophoniques, d’interviews rares ou inédits provenant des archives de Radio-Genève, de Radio-Lausanne et de fonds privés. Le trophée fut remis à Fabrice Zammarchi (photo), David Hadzis portant le projet au nom de la United Music Foundation. Installée à Genève, créée depuis moins de deux ans, cette fondation a pour objectif la préservation du patrimoine musical enregistré et sa mise en valeur. Daniel Sidney Bechet (caisse claire et charleston), Olivier Franc (sur le soprano de Bechet) et Jean-Baptiste Franc (piano) assurèrent un intermède musical en interprétant Sweet Louisiana et I’ll Be Proud of You.

Vendanges académiques : le cru 2014

L’Académie rendit aussi hommage à Billie Holiday. Née en 1915, elle aurait eu cent ans en avril prochain ce qui explique que le carton d’invitation à la présente cérémonie, une photo de Jean-Pierre Leloir, porte son effigie. Pour en parler, François Lacharme convia au téléphone Michel Gaudry, l’un des derniers musiciens qui joua avec elle. Il tient la contrebasse dans le document prêté par l’INA (“Music Hall Parade, 1958”) qui fut projeté dans le foyer.

Vendanges académiques : le cru 2014

Auteur d’un roman (“My Name is Billie Holiday” chez Albin Michel) et d’un spectacle sur la chanteuse, Viktor Lazlo monta sur scène pour lui témoigner son admiration : « Sa voix véhiculait tant de sensations ! En vieillissant, mon parcours m’a progressivement rapproché d’elle. J’ai plongé dans un répertoire que, sans elle, je n’aurais probablement jamais connu, essayant dans mon spectacle de restituer le bonheur qu’elle m’avait apporté. »

Vendanges académiques : le cru 2014

Victor Lazlo remit à la chanteuse danoise Sinne Eeg le Prix du Jazz Vocal pour son album “Face the Music”, son septième, un disque enregistré sur trois jours à Copenhague, l’un des seuls à avoir été correctement distribué en France où elle reste par trop méconnue. Sinne avait fait le voyage de Los Angeles pour recevoir son prix. Elle chante des standards, ses propres morceaux, maîtrise parfaitement le scat et affectionne les morceaux de bravoure. Accompagné par Jacob Christoffersen, son pianiste, et par Stéphane Kerecki à la contrebasse, elle reprit un morceau du répertoire de Billie Holiday, You’ve Changed, et l’une de ses compositions, Crowded Heart, deuxième plage de l’album récompensé.

Vendanges académiques : le cru 2014

Le très convoité Prix Django Reinhardt fut attribué à Airelle Besson devant la chanteuse Cécile McLorin Salvant et le pianiste Paul Lay. Retenue en Algérie par un problème de visa, Airelle ne put venir chercher son prix, mais envoya une vidéo réalisée à New York quelques jours plus tôt dans laquelle, très émue, elle remercie vivement les membres de l’Académie du Jazz « J'aurais tant aimé être des vôtres pour partager ce moment unique. J'ai pensé à vous très fort et suis extrêmement triste et désappointée de n’avoir pas été présente » écrit-elle dans une lettre qui l’accompagne. En son absence, Patrick Schuster des disques Naïve et Petra Gehrmann de Métisse Music, son éditeur, saluèrent la trompettiste, « une artiste très fine, ouverte à de nombreux genres de musique, toujours d’accord pour travailler sur d’autres projets que les siens », mais aussi son partenaire, le guitariste Nelson Veras.

Vendanges académiques : le cru 2014

Pressé de remettre le Prix du disque Français à Stéphane Kerecki pour son album “Nouvelle Vague”, taquiné pour les chaussettes notoirement dépareillées qu’il portait lors de sa dernière visite à l’Académie (une photo faisant foi), Jean-Pierre Mocky, répondit avec humour aux questions de François Lacharme. Après un film avec Gérard Depardieu et Pierre Richard récemment terminé, le cinéaste doit en tourner un autre, toujours avec Depardieu, en Russie, du Tchekhov, « un type formidable qui a écrit 700 nouvelles que personne ne connaît », Mocky nous confiant aussi ses impressions sur les réalisateurs de la Nouvelle Vague.

Vendanges académiques : le cru 2014
Vendanges académiques : le cru 2014

Accompagné par John Taylor au piano, Stephane Kerecki interpréta Gary, un des morceaux de “Patience”, un disque de 2010, le premier que Stéphane et John enregistrèrent ensemble, et, composé par Paul Misraki, le thème principal d’“Alphaville” de Jean-Luc Godard, un extrait du disque primé que Stéphane décrit comme « une aventure, la rencontre de cinq personnes. John Taylor, Emile Parisien, Fabrice Moreau et Jeanne Added ont eu une énorme responsabilité dans l’élaboration de cette musique. Sans eux, ce disque n’aurait vraiment pas été le même ».

Vendanges académiques : le cru 2014

Le Grand Prix de l’Académie du Jazz fut attribué à Ambrose Akinmusire pour “The Imagined Savior Is Far Easier To Paint” devant un album Impulse ! de Ran Blake. Le précédent disque du trompettiste avait déjà été récompensé “When the Heart Emerges Glistening” obtenant le prix en 2011. Ne pouvant être présent, Ambrose fit parvenir à l’Académie un petit film dans lequel il improvise sur un piano droit. Des post-it sont fixés au cadre. Il s’en saisit pour caresser les touches de son clavier et les présenter à la caméra. On découvre alors, non sans surprise, que tous contiennent un nom, celui d’une victime des responsables de la tuerie de Charlie Hebdo. En son absence, Nicolas Pflug (Blue Note) et Mariah Wilkins (son manager, ici en photo), récupérèrent le trophée.

Vendanges académiques : le cru 2014

Cabu possédait de nombreux amis parmi les académiciens (Christian Bonnet, Claude Carrière) et aimait participer à cette remise de prix. « Il était là et il croquait tout le monde, de dos, de face, de profil, son crayon recréant le mouvement, le swing qu’il aimait tant. Cabu était un amoureux du jazz et des jazzmen ». Ce portrait du dessinateur est de Jean-François Pitet, un de ses proches. Pour lui rendre hommage, il nous offrit un montage de ses dessins, un petit film dont la projection fut saluée par une émouvante standing ovation. On y voit Cabu dessiner et danser sur « un morceau qu’il appréciait, un morceau de son idole Cab Calloway, Jumpin’ Jive dans une version de 1943, celle de “Stormy Weather”. Lorsque Cabu l’écoutait, il ne tenait pas en place ».

Après avoir remercié les sponsors de l’académie et leurs représentants, Jean-Luc Choplin directeur du Châtelet, Jean-Jacques Goron et Ann d’Aboville de la Fondation BNP Paribas, François Besson et Lilian Goldstein de la SACEM, Jean-Paul Bazin de la SPEDIDAM, le Goethe Institut dont les locaux de l’avenue d’Iena abrite depuis plusieurs années l’Assemblée Générale de l’Académie, et Franck Binard, Président du Conseil des vins de Saint-Émilion, François Lacharme appela sur scène Dominique Renard, le directeur du Festival de Jazz de Saint-Émilion (« un assemblage de vin et de musique ») afin de remettre le Prix du Jazz Européen.

Vendanges académiques : le cru 2014

Les pianistes Michael Wollny et John Taylor se le partagèrent. Interrogé sur sa carrière, Taylor, né en 1942, cita les noms de Ronnie Scott, Johnny Griffin, Joe Henderson, Lee Konitz et Kenny Wheeler, musiciens qu’il accompagna. On lui doit la création du groupe Azimuth (avec la chanteuse Norma Winstone qui fut son épouse) et il enregistra quatre albums en trio pour ECM sous le leadership du batteur Peter Erskine. Le label italien Cam Jazz abrite ses disques les plus récents. Taylor confia être particulièrement touché par ce prix, le premier qu’on lui remettait. Il salua également son collègue Michael Wollny qui fut un de ses élèves lorsqu’il enseignait en Allemagne. Le manager de ce dernier, Philippe Ochem, prit ensuite la parole : « Michael donne ce soir un concert à l’auditorium de la radio de Brême, au nord de l’Allemagne. Il m’a chargé de vous dire qu’il était très honoré de partager ce trophée avec John Taylor qui a été son professeur et mentor ».

Vendanges académiques : le cru 2014

Après un intermède pianistique confié à Taylor qui interpréta en solo une version mémorable d'Ambleside, composition qu’il a enregistrée plusieurs fois, François Lacharme appela sur scène Petula Clark, Sapho, Christian Morin et Fabienne Thibeault pour remettre le Prix du Jazz Classique. Un choix de dernière minute, des évènements imprévus rendant impossible la présence d'Abd Al Malik et de Juliette Greco, les remettants prévus. Cette dernière exprima ses regrets dans un texto qu’elle fit parvenir à l’Académie : « Je suis tellement triste de ne pas pouvoir partager avec vous le pain, le vin et les bonheurs fous que provoque la musique. Me reste votre invitation et vos mots, et cela est aussi du bonheur. » Le prix fut attribué à Tchavolo Schmitt pour son album “Mélancolies d’un soir”.

Vendanges académiques : le cru 2014

Lauréats et remettants furent appelés à se rassembler pour une photo et le public convié au traditionnel cocktail tant prisé pour ses grands crus de Saint-Émilion – Château Jucalis, Clos des Menuts et autres dives bouteilles débouchées par l’infatigable commissaire Mégret –, François Lacharme concluant cette remise de prix par la formule désormais célèbre « Après le bla-bla, le glou-glou », invitation oh combien irrésistible à déguster des vins divins. La remise des prix 2014 : un grand cru assurément !

Le site officiel de l’Académie du Jazz pour la connaître davantage : www.academiedujazz.com

Vendanges académiques : le cru 2014

LE PALMARÈS 2014

Prix Django Reinhardt :

Airelle Besson

Grand Prix de l’Académie du Jazz :

Ambrose Akinmusire « The Imagined Savior Is Far Easier To Paint » (Blue Note/Universal)

Prix du Disque Français :

Stéphane Kerecki « Nouvelle Vague » (Out Note/Harmonia Mundi)

Prix du Musicien Européen :

Ex-aequo : John Taylor, Michael Wollny

Prix de la Meilleure Réédition ou du Meilleur Inédit :

Ex-aequo :

Patrick Frémeaux pour l’ensemble de ses rééditions jazz

Sidney Bechet « In Switzerland / En Suisse »  (Coffret de 4CDs United Music Foundation)

Prix du Jazz Classique :

Tchavolo Schmitt « Mélancolies d’un soir » (Label Ouest)

Prix du Jazz Vocal :

Sinne Eeg « Face The Music » (Stunt/UnaVoltaMusic)

Prix Soul :

Mali Music « Mali Is… » (ByStorm-RCA/Sony),

Prix Blues :

The Robert Cray Band « In My Soul » (Provogue/Wagram)

Prix du livre de Jazz :

Ex-aequo :

Laurent Cugny « Une Histoire Du Jazz En France Tome 1 : Du Milieu Du XIXe Siècle à 1929 » (Outre Mesure)

Jean-Luc Katchoura With Michele Hyk-Farlow « Tal Farlow : Un Accord Parfait / A Life In Jazz Guitar » (Paris Jazz Corner)

Vendanges académiques : le cru 2014

CREDITS PHOTOS :

François Lacharme, Jean-Luc Katchoura & Laurent Cugny, Patrick Frémeaux, Fabrice Zammarchi, Viktor Lazlo, Sinne Eeg, Petra Gehrmann & Patrick Schuster, Jean-Pierre Mocky & François Lacharme, Stéphane Kerecki, Mariah Wilkins, Cabu, John Taylor, Petula Clark avec Sapho, Christian Morin, Tchavolo Schmitt et Fabienne Thibeault, Le commissaire Mégret, Lauréats 2014 et remettants  © Philippe Marchin

 

Billie Holiday sur écrans, Stéphane Kerecki & John Taylor © Pierre de Chocqueuse

 

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16 janvier 2015 5 16 /01 /janvier /2015 09:37
Rire pour résister

Janvier : pas facile de reprendre la plume après que trois fanatiques prétendument religieux aient tué au nom d’Allah dix-sept personnes et blessé grièvement plusieurs autres. On croit rêver. En s’y prenant à Charlie Hebdo, deux de ces ayatollahs par la kalachnikov ont cru pouvoir bâillonner la liberté d’expression, le non-conformisme et le rire, baume et remède insupportable à des assassins qui veulent nous faire vivre dans la peur. Me viennent à l’esprit les propos que tient le vénérable Jorge dans “Le nom de la rose”, un roman qu’Umberto Ecco, son auteur, situe en 1327 : « La loi s’impose à travers la peur dont le vrai nom est crainte de Dieu. Or le rire peut anéantir la peur ». Les fanatiques ont changé de camp, mais le rire continue bel et bien à faire peur.

 

Je n’étais point un lecteur de Charlie Hebdo, journal qui se gaussait des religions non sans blesser certains croyants respectables, mais j’ai souvent ri des femmes à poil de Wolinski, des aventures du Grand Duduche de Cabu, tous deux tombés sous des balles assassines. Comme bien d’autres de ma génération, j’ai découvert les dessins de Cabu dans Pilote. Grand amateur de jazz, il aimait Count Basie, Duke Ellington, Cab Calloway, la fille du proviseur qu’il rêvait en Julie London et les croqua souvent. Cabu appréciait les remises de prix de l’Académie du Jazz. Sa présence manquera à cette incontournable institution qui lui rendra bien sûr hommage. Deux de ses amis, Christian Bonnet, le trésorier de l’Académie, et Claude Carrière qui en fut le président, l’entourent sur cette photo. Travaillant avec eux, il prêta ses crayons à de nombreuses pochettes de disques, à celles de la collection Cabu Jazz Masters, mais aussi à une “Petite histoire du swing de Louis Armstrong à Miles Davis” et un “Cab Calloway d’anthologie aux éditions BDJAZZ.

 

Le rire n’a pourtant jamais fait florès dans les revues de jazz. Son “Débloc-Notes” censuré par la rédaction de Jazz Hot en septembre 1966, Siné tint, non sans critiques et pendant trois ans, le courrier des lecteurs de Jazz Magazine. À la tête de Jazz Hot, Philippe Adler fut éreinté pour ses Hot News, son « engin d’Hermeto » dérangeant les jazzeux puristes et pudibonds. Le rire, principale arme contre la peur, la tristesse, l’ego qui dupe et illusionne. Puisse-t-il panser nos plaies, se faire davantage entendre en ces jours pleins de larmes.

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

Ce blog ayant sommeillé jusqu’au 15 janvier, seule la seconde quinzaine de janvier est ici prise en compte. Depuis cinq ans, le Duc des Lombards présente la fine fleur du jazz made in France. Portant le nom de French Quarter, ce festival se déroule sur tout le mois. Vous n’avez pas eu besoin de moi pour applaudir Dominique Fillon, Pierre de Bethmann, Xavier Desandre Navarre, Jerry Coulondre et bien d’autres encore.

Rire pour résister

-Le 16, ne manquez pas le piano constamment inventif de Jean Michel Pilc au Duc des Lombards dans des concerts en solo (20h et 22h), concerts donnés à l’occasion de la sortie prochaine d’un nouvel album en solo sur Sunnyside Records. Son titre : “What is this Thing Called ?”. Toujours au Duc, Jérôme Regard (contrebasse) et Daniel Humair (batterie) seront ses complices au sein d’un trio interactif et excitant le 17.

-Les mêmes soirs (16 et 17 janvier), Eric Le Lann se produit au Sunside avec un quartette qui interpelle : Paul Lay (piano), Sylvain Romano (contrebasse) et Donald Kontomanou (batterie) pour accompagner une trompette sensible et chantante.

Rire pour résister

-Vrai talent à découvrir au Duc des Lombards le 21, le pianiste Florian Pellissier aime le bop et la scène qu’il partage avec les musiciens de son quintette, les laissant abondamment s’exprimer. Avec lui, Yoann Loustalot à la trompette, Christophe Panzani au saxophone et, pour assurer la rythmique, Yoni Zelnik à la contrebasse et David Georgelet à la batterie.

Rire pour résister

-Chanteuse à la technique vocale éprouvée – il faut l’entendre faire danser les onomatopées qu’elle invente –, Anne Ducros s’installe au Sunside le 23 et le 24 pour improviser sur des standards, reprendre un vaste répertoire, de celui de Marilyn Monroe à celui d’Ella Fitzgerald, “From Marilyn to Ella”, titre de son dernier album qui date déjà de 2013 et dans lequel on retrouve Benoit De Mesmay au piano, Gilles Nicolas à la contrebasse et Bruno Castellucci à la batterie. Christophe Laborde complétera la formation au saxophone.

Rire pour résister

-Installé à Paris depuis 2005, révélation 2011 du festival Jazz à Juan, Alex Stuart invite le trompettiste Nicolas Folmer au Sunset le 24. Avec eux pour jouer un jazz perméable à de nombreuses influences, Irving Acao au saxophone ténor, Chris Jennings à la contrebasse et Antoine Banville à la batterie. Dans “Place to Be”, l’album le plus récent du guitariste australien, jazz moderne, rythmes africains et latins, influences indiennes et balkaniques se mélangent sans frontières.

Rire pour résister

-Après un grand concert à l’Européen en mai, Do Montebello s’invite au Sunside le 25 pour chanter une musique très brésilienne qui empreinte aussi au jazz et aux musiques du monde. Grande voyageuse – Albi, l'Algérie, puis la France, les Caraïbes, les Etats-Unis, le Brésil –, Do passe facilement d’une langue à une autre, tient sous le charme de sa voix un public que séduit le message écologique de ses chansons. Dans “Adamah”, son premier disque publié l’an dernier, elle chante les arbres, le vent, la pluie, les océans, les déracinés d’une terre malmenée. Thierry Moncheny (guitare), Ricardo Feijão (baixolão), Christophe de Oliveira (batterie) et un poète du piano, Patrick Favre, l’entourent idéalement.

Rire pour résister

-Laurent de Wilde au Sunside le 31 avec Jérôme Regard à la contrebasse et Donald Kontomanou à la batterie, un concert à ne pas manquer. Le pianiste aime dialoguer avec des machines couvertes de boutons et de potentiomètres, une navette spatiale dont il sonorise la cabine avec des notes étranges venus d’ailleurs. Je le préfère toutefois dans un contexte acoustique, car au piano Laurent connaît les bons remèdes contre le stress, l’adversité, la déprime. Il peut vous conseiller le bon médicament. On attend impatiemment une suite à “Over the Clouds” enregistré en 2012. Mais il prend son temps, écrit un livre sur les inventeurs de claviers au XXème siècle (parution attendue chez Fayard en 2015) préfère peaufiner ses disques pour les rendre plus beaux.

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

Crédits photos : Cabu, Christian Bonnet et Claude Carrière © Philippe Marchin – Jean-Michel Pilc © Mathieu Zazzo – Anne Ducros © Sylvain Thirion – Do Montebello © Catherine Cabrol – Florian Pellissier Quintet, Alex Stuart, Laurent De Wilde © Photos X/D.R.

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1 janvier 2015 4 01 /01 /janvier /2015 00:11
Meilleurs vœux

Bonne et heureuse année 2015

Felice anno nuovo

Happy New Year

Feliz año nuevo

Frohes neues Jahr

Feliz ano novo

 

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24 décembre 2014 3 24 /12 /décembre /2014 10:45
Must Be Santa

Les fêtes, un temps de repos après une année bien remplie. Le blog de Choc va bientôt sommeiller jusqu'à la mi-janvier. Rendez-vous en 2015 avec l’édito du mois, les concerts qui interpellent, et le très attendu compte rendu de la traditionnelle remise des prix de l’Académie du Jazz. Le palmarès en sera dévoilé le 19 au Théâtre du Châtelet.

                          

                        Merry Christmas

             Joyeux Noël à tous et à toutes

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19 décembre 2014 5 19 /12 /décembre /2014 11:57
Disques : 13 Chocs pour les fêtes

2014 a-t-elle été une bonne année pour le jazz ? L’avenir le dira. Au sein d’une pléthore de nouveautés, de rééditions, quelques enregistrements sortent du lot. Mes goûts ne sont pas toujours ceux de mes collègues journalistes. Normal. Chacun réagit selon sa sensibilité, son expérience, sa culture. Depuis qu’existe ce blog, j’ai toujours privilégié les chroniques positives, évité de m’étendre sur des enregistrements que je ne n’apprécie pas. Si je préfère applaudir qu’éreinter, il m’est toutefois difficile de parler de tous les bons disques que je reçois. Il me vient quelques regrets au moment de décerner ces Chocs. Le manque de temps ne m’a pas encore permis de vous livrer certaines chroniques. Je pense à l’album “Autour de Nina” (Nina Simone), une réussite qui réunit dix chanteurs et chanteuses, à “Tiddy Boom” du saxophoniste Michael Blake. Il m’a fallu choisir et comme les années précédentes, quelques musiciens célèbres côtoient des inconnus qui sont tout aussi bons. Peu médiatisés, vous ne les verrez pas dans les grands festivals. Le blog de Choc se doit de les faire connaître à un public trop peu formé à la musique. Puissiez-vous avoir la curiosité de les écouter. Bonnes fêtes à tous et à toutes.

 

Onze nouveautés…

Disques : 13 Chocs pour les fêtes

-Ambrose AKINMUSIRE : “The Imagined Savior Is Far Easier to Paint” (Blue Note / Universal).

Chronique dans le blog de Choc le 28 avril.

Plus abouti que les deux disques précédents du trompettiste, “The Imagined Savior Is Far Easier to Paint” (78 minutes de musique) témoigne du renouveau du jazz afro-américain. Dans The Beauty of Dissolving Portraits qui fait appel à un quatuor à cordes, Ambrose Akinmusire souffle de longues notes tenues. Ces mêmes cordes habillent Our Basement, morceau que chante magnifiquement Becca Stevens sur un accompagnement de pizzicatos discrets. Dans Ceaseless Inexhaustible Child, la trompette offre un écrin velouté à la voix de Cold Speaks. Arrangé et chanté par Theo Bleckmann, Asiam (Joan) est aussi une réussite. Sans posséder le même pouvoir de séduction, les autres pièces, instrumentales, fascinent par leur complexité rythmique. Musicien exigeant, Akinmusire confirme ici de multiples talents.

Disques : 13 Chocs pour les fêtes

-Franck AMSALLEM : “Sings Vol.II” (Fram Music Productions).

Chronique dans le blog de Choc le 19 septembre.

Enregistré en trio avec Sylvain Romano à la contrebasse et Karl Jannuska à la batterie, “Sings Vol. II” est plus réussi que “Amsallem Sings”, disque dans lequel Franck Amsallem chante et s’accompagne au piano. Franck connaît bien ces mélodies, les admire, en conserve la mémoire. Il les porte en lui depuis longtemps et en donne des versions sincères dans lesquelles il met beaucoup de lui-même. Phrasant comme un instrumentiste, le chanteur - pianiste interprète avec naturel et émotion des standards célèbres et des mélodies un peu oubliées ajoutant Paris Remains in my Heart, une de ses compositions, à cet opus. Il s’ouvre sur une magnifique version de Never Will I Marry, une chanson de Frank Loesser, se referme sur Two For the Road, un thème d’Henry Mancini, et nous offre cinquante-sept minutes de bonheur.

Disques : 13 Chocs pour les fêtes

-Ran BLAKE : “Cocktails at Dusk” (Impulse ! / Universal).

Chronique dans le blog de Choc le 18 novembre.

Sous titré “A Noir Tribute to Chris Connor” et produit par Jean-Philippe Allard (Universal), “Cocktails at Dusk” rassemble quelques thèmes du répertoire de la chanteuse. Des morceaux de Cole Porter (I Get a Kick of You), Rodgers & Hart (Why Can’t I), Lerner & Loewe (Almost Like Being in Love) que Ran Blake harmonise avec des notes aussi parcimonieuses qu’inattendues, des dissonances, de sombres accords, le pianiste affectionnant les graves du clavier. Publié sur le prestigieux label Impulse! aujourd’hui réactivé, ce disque n’est qu’en partie enregistré en solo. Ricky Ford qui fut son élève dialogue avec lui à deux reprises au saxophone ténor. Présente dans quatre morceaux, Laika Fatien rend leurs mélodies surnaturelles. Elle n’a peut-être jamais été si convaincante. Blake qui excelle à accompagner des chanteuses la met en confiance, son noir piano accentuant la sensualité de sa voix.

Disques : 13 Chocs pour les fêtes

-Stefano BOLLANI : “Joy In Spite of Everything” (ECM / Universal).

Chronique dans le blog de Choc le 13 octobre.

Le titre qui donne son titre à l’album et Alobar e Kudra, pièce dans laquelle Stefano Bollani, plein de ressources, révèle une technique et une sensibilité impressionnante, sont enregistrés en trio avec Jesper Bodilsen (contrebasse) et Morten Lund (batterie), la meilleure rythmique danoise. L’instrumentation diffère dans les autres morceaux. Teddy est un duo piano / guitare. Confié à Bill Frisell, l’instrument est également présent dans Ismene, une plage en quartette. Las Hortensias, une ballade mélancolique, profite au saxophone de Mark Turner. Frisell et lui tiennent une place importante dans les trois longues plages en quintette de cette séance new-yorkaise : Easy Healing, un calypso d’une grande finesse mélodique ; Vale qui séduit par ses notes inquiétantes, sa lente progression harmonique, et No Pope No Party, un thème relevant du bop dans lequel, au ténor, Turner se montre très inspiré.

Disques : 13 Chocs pour les fêtes

-Kris BOWERS : “Heroes + Misfits” (Concord / Universal).

Chronique dans le blog de Choc le 17 mars.

Arrangé avec soin, cet album, le premier que Kris Bowers enregistre sous son nom, fourmille de bonnes idées, de mélodies attachantes. Avec une équipe réduite, le re-recording permettant de doubler les voix de Chris Turner, José James et Julia Easterlin, les saxophones de Casey Benjamin et Kenneth Whalum, le pianiste trempe sa musique dans la soul et le hip hop et parvient à créer une bande-son aux climats variés et inattendus. Portées par une section rythmique qu’assurent Burniss Earl Travis II à la basse électrique et Jamire Williams à la batterie, ses compositions à tiroirs superposent les mélodies, changent fréquemment de rythmes et d’orchestrations et provoquent la surprise. Piano acoustique, Fender Rhodes, synthétiseurs, la guitare électrique d’Adam Agati branchée sur des pédales d’effets offrent une large palette de couleurs à un disque que Bowers recommande d’écouter fort. Le choc en est d’autant plus grand.

Disques : 13 Chocs pour les fêtes

-André CECCARELLI / Jean-Michel PILC / Thomas BRAMERIE : “Twenty” (Bonsaï Music / Harmonia Mundi).

Chronique dans Jazz Magazine / Jazzman n°659 - mars (Choc)

“Twenty” scelle les 20 ans d’amitié de trois musiciens complices qui prennent un malin plaisir à désosser des standards pour les remettre à neuf. Jouant un piano ouvert au sein duquel clusters et dissonances tendent la main à des notes, à des accords qui font rêver, Jean-Michel Pilc assure le leadership d’un trio interactif. André Ceccarelli et Thomas Bramerie bousculent et façonnent avec lui un flux sonore mobile et changeant, apportent une tension bienvenue à la musique qui repose sur de vraies mélodies. Bénéficiant de leur exubérance rythmique, Pilc s’amuse, plaque des accords, porte la musique à ébullition. Il peut aussi se montrer lyrique et tendre. En témoignent sa version très lente de Ne me quitte pas, sa belle reprise de L’Auvergnat et ses propres compositions, des ballades sensibles jouées avec émotion.

Disques : 13 Chocs pour les fêtes

-Sinne EEG : “Face the Music” (Stunt / UnaVoltaMusic).

Chronique dans le blog de Choc le 19 septembre.

Célèbre au Danemark, Sinne Eeg maîtrise le scat, possède une voix très juste et compose d’excellentes chansons. Enregistré sur trois jours à Copenhague, “Face the Music”, son septième album, est aussi réussi que “Don’t Be So Blue” chroniqué dans ce blog. Accompagnée par Jacob Christoffersen (piano), Morten Ramsbøl (contrebasse) et Moorten Lund (batterie), musiciens que rejoignent quelques invités, elle chante des standards et ses propres morceaux. Son rythme est parfait dans I Draw a Circle qui réserve un chorus de bugle. Crowded Heart, une ballade, bénéficie de son scat, de même que What a Little Moonlight Can Do qui ouvre l’album, la batterie seule rythmant sa voix. La contrebasse de Thomas Fonnesback est parfois seule à accompagner la chanteuse qui affectionne les morceaux de bravoure et ne craint pas prendre des risques.

Disques : 13 Chocs pour les fêtes

-Rodney KENDRICK : “The Colors of Rhythm” (Impulse ! / Universal).

Chronique dans le blog de Choc le 13 décembre.

Après un long silence discographique – quatre albums pour Verve entre 1994 et 1997 et quelques rares opus sous son nom –, Rodney Kendrick se rappelle à nous avec ce nouvel enregistrement en trio pour Impulse! Constitué pour moitié de standards, il fait entendre un piano orchestral aux couleurs riches et séduisantes, aux lignes de basse puissantes, Randy Weston et Thelonious Monk étant les principales influences d’un pianiste affectionnant ruptures et dissonances. La pièce maitresse du recueil est une version de Round Midnight qui ne ressemble à aucune autre. Celles d’Honeysuckle Rose, Body & Soul et Caravan sont tout aussi neuves et enthousiasmantes. Marquées par le blues, portées par une section rythmique superlative – Curtis Lundy à la contrebasse et Cindy Blackman à la batterie –, les compositions aux mélodies évidentes du pianiste sont tout aussi passionnantes. Un grand disque inattendu !

Disques : 13 Chocs pour les fêtes

-Gilles NATUREL : “Contrapuntic Jazz Band “Act 2” (Space Time / Socadisc).

Chronique dans Jazz Magazine / Jazzman n°666 - octobre (Choc)

Second disque du Contrapuntic Jazz Band qu’anime Gilles Naturel, cet “Act 2” apparaît beaucoup plus fluide, varié et réussi que le premier, davantage inspiré par le jazz West Coast des années 50. Les morceaux qu’il contient offrent une plus large place aux solistes et aux improvisations collectives, le nouveau batteur, Donald Kontomanou, apportant une plus grande liberté rythmique à la musique. Hormis ce remplacement, la formation reste la même avec toutefois la présence du saxophoniste Lenny Popkins dans I Surender Dear. Excellent bassiste, Naturel séduit par l’intelligence de ses compositions et la finesse de ses arrangements. Entre le jazz et la musique contemporaine, Carême à Belleville enthousiasme par sa modernité. Quant aux standards, ils subissent un sérieux lifting, tant The Duke que The Very Thought of You, sans oublier une reprise de Jitterbug Waltz qui n’oublie pas de swinguer.

Disques : 13 Chocs pour les fêtes

-Greg REITAN : “Post no Bills” (Sunnyside / Naïve).

Chronique dans le blog de Choc le 21 novembre.

Quatrième album de Greg Reitan pour Sunnyside, “Post no Bills” est probablement son meilleur. Ne nous ayant encore jamais rendu visite, Reitan reste toutefois largement méconnu en France. Travaillant à Los Angeles pour le cinéma et la télévision, influencé par Bill Evans et Keith Jarrett (sa reprise de The Mourning of a Star), il est aussi un pianiste de jazz au toucher fin et délicat, un virtuose qui peut jouer beaucoup de notes, mais préfère les laisser respirer. Le même trio l’accompagne dans tous ses disques. Jack Daro à la contrebasse et Dean Koba à la batterie assurent la section rythmique qui convient à sa musique, du jazz moderne aux belles couleurs harmoniques qui témoigne d’une réelle esthétique. Quelques morceaux sont ici de sa plume mais il préfère reprendre des standards, en proposer des versions nouvelles et raffinées. Mélodiste, il aime faire chanter des notes exquises à son piano. Bien construites, ses improvisations sont des histoires que l’on suit avec beaucoup d’intérêt.

Disques : 13 Chocs pour les fêtes

-Marcin WASILEWSKI Trio w/Joakim MILDER : “Spark of Life” (ECM / Universal). Chronique dans Jazz Magazine / Jazzman n°668 – décembre / janvier (Choc)

Quatrième album ECM de Marcin Wasilewski qui invite Joakim Milder à rejoindre Slawomir Kurkiewicz à la contrebasse et Michal Miskiewicz à la batterie, musiciens qui l’entourent depuis 1993. Le nouveau venu, le pianiste l’a découvert sur “Litania”, un disque de Tomasz Stanko consacré à la musique de Krzysztof Komeda. Saxophoniste au son plein et large attaché à la ligne mélodique qu’il nuance, passant de la puissance à une sonorité douce et feutrée, il fait entendre son ténor dans cinq des onze plages de cet album, l’une d’entre-elles étant une nouvelle version de Sleep Safe and Warm, le thème du film “Rosemary’s Baby” composé par Komeda. Outre des originaux de Wasilewski, des mélodies très simples au service d’un jazz souvent modal et impressionniste, ce disque contient des reprises enivrantes de Message in the Bottle, le grand tube du groupe Police, et d’Actual Proof, composition d’Herbie Hancock que jouent les Head Hunters dans leur deuxième album.

… et deux inédits :

Disques : 13 Chocs pour les fêtes

-Paul BLEY : “Play Blue” (ECM / Universal).

Chronique dans le blog de Choc le 22 avril.

Paul Bley, 82 ans cette année, se rappelle à nous dans un piano solo enregistré en 2008 à Oslo. Jouer en solo stimule son imagination. Ses doigts parfois le trahissent mais les imperfections de sa musique en font ressortir la poésie. Il aime inventer, improviser, frappe ses notes comme des tambours, les bouscule et les rythme. Le morceau s’intitule Far North et de cette répétition martelée surgit une délicieuse mélodie. Il abandonne le thème, y revient, pose des notes rêveuses et tendres, d’autres plus noires et agressives. L’orage ne dure jamais longtemps. Way Down South Suite en témoigne. Après cinq minutes et vingt secondes de dissonances et d’accords tumultueux le piano chante le blues avec force lyrisme. Pent-Up House de Sonny Rollins conclut le concert : Paul Bley le déconstruit, le réinvente. On se laisse emporter dans un tourbillon de notes qui font perdre la tête.

Disques : 13 Chocs pour les fêtes

-Denny ZEITLIN : “Stairway to the Stars” (Sunnyside / Naïve).

Chronique dans le blog de Choc le 20 octobre.

La longue carrière de Denny Zeitlin est jalonnée de disques que tout amateur de jazz se doit de posséder. Enregistré en 2001 au Jazz Bakery, un club de Culver City, “Stairway to the Stars” s’ajoute à cette liste. Cette année-là, le pianiste, 63 ans, effectua une tournée sur la Côte Ouest des Etats-Unis avec Buster Williams à la contrebasse et Matt Wilson à la batterie. C’est donc en trio, que ce concert a été enregistré. Si Out of a Stroll, un blues en mineur, sa seule contribution au répertoire, balance diablement bien, Zeitlin préfère reprendre des standards, harmoniser à sa façon des vieux thèmes des années 30 (I’ll Take Romance, Spring Is Here) et 40 (You Don’t Know What Love Is, There Will Never Be Another You), se promener avec ses musiciens dans des thèmes qui les inspirent pour nous en livrer des versions élégantes et neuves qu’il sait rendre intemporelles.

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13 décembre 2014 6 13 /12 /décembre /2014 10:20
Rodney KENDRICK : “The Colors of Rhythm” (Impulse !/Universal)

Longtemps directeur musical et pianiste de la regrettée Abbey Lincoln, Rodney Kendrick enregistra quatre albums sous son nom entre 1994 et 1997, les saxophonistes Houston Person, Arthur Blythe et Dewey Redman lui donnant la réplique. Mais c’est surtout avec “We Don’t Die We Multiply”, enregistré en trio, que l’élève de Barry Harris dévoila pleinement la singularité de son piano influencé par Randy Weston et Thelonious Monk. Jean-Philippe Allard qui produisit le disque en 1997 pour Universal, fait aujourd’hui paraître “The Colors of Rhythm” sur le label Impulse! Également en trio, constitué pour moitié de standards, il fait entendre un piano orchestral aux couleurs riches et séduisantes, aux lignes de basse puissantes. La pièce maitresse de ce recueil est une version onirique et élégante de Round Midnight. Héritant d’un tempo lent, Caravan apparaît tout aussi neuf. Cultivant les dissonances, les décalages, Rodney Kendrick en masque longuement le thème. Ses reprises d’un Honeysuckle Rose joué à la Monk, d’un Body & Soul très blues et très bleu, fourmillent aussi de dissonances. Les lignes mélodiques et rythmiques que joue Curtis Lundy à la contrebasse conviennent idéalement au piano. A la batterie, Cindy Blackman rythme les morceaux avec souplesse et dynamique, grosse caisse, toms et cymbales leur donnant une réelle épaisseur, surtout dans Aminata écrit par Kendrick. Ancrées dans le blues – Remembering en est profondément marqué –, ses compositions enthousiasment par leurs mélodies évidentes, leurs métriques ternaires et régulières apportant une cohérence aux nombreuses ruptures qu’affectionne le pianiste.

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9 décembre 2014 2 09 /12 /décembre /2014 10:31
Téléthon Jazz

Créé par BNP Paribas, partenaire historique du Téléthon qui chaque année s’investit, mobilise ses salariés et ses compétences (plus de 3000 collaborateurs bénévoles), le 3ème Téléthon du Jazz vous convie à une grande soirée swing au cœur du quartier latin. Quatre heures de musique et de danse au profit de l'AFM-Téléthon qui bénéficiera de l'intégralité de la recette.

Téléthon Jazz

En première partie de soirée, un grand bal swing fera chavirer le cœur des parisiens. L'Esprit Jazz Big Band - treize musiciens, un chanteur (Marc Thomas) et un saxophoniste invité (Stéphane Guillaume) -, vous plongera au cœur des années swing, celles de l’âge d’or des plus fameux orchestres de jazz, ceux de Count Basie, Duke Ellington, Fletcher Henderson, Jimmie Lunceford et Glenn Miller.

Avec Jean-Pierre Solvès (direction, saxophone), Marc Thomas (chant) Joël Chausse, Yves Le Carboulec, Alexis Bourguignon (trompettes), Jean-Christophe Vilain, Jean-Louis Damant, Denis Leloup (trombones), Alain Hatot, François Chambert, Xavier Quérou (saxophones), Claude Terranova (piano), Marc-Michel Le Bévillon (contrebasse), Julie Saury (batterie) + Stéphane Guillaume (saxophones).

Cette grande formation accompagnera les danseurs dans un cadre exceptionnel : la salle des fêtes de la Mairie du 5ème, place du Panthéon.

Spécialiste du vinyle et créateur du collectif Jazz Attitudes, acteur incontournable des scènes jazz dancefloor, DJ Psycut prolongera aux platines la soirée avec son fameux mix "Jazz Dance".

De 20 heures à minuit et demi, Mairie du 5ème, 21 place du Panthéon Paris 5ème - RER B Luxembourg.

Tarifs : Prévente 8€ - Le soir même 10€.

Réservations : www.telethondujazz.com

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4 décembre 2014 4 04 /12 /décembre /2014 09:42
Le club de jazz : une bonne chaudière contre le froid

Grâce à Romulus dont le calendrier ne commençait qu’en mars, décembre porte un nom associé à decem (dix), comme si l’année ne possédait que dix mois. Un paradoxe qui n’empêche pas décembre d’être le mois du solstice d’hiver. Le soleil rentre dans le Capricorne le 22, saturne, austère et froid, apportant rigueur et détermination aux natifs du signe. Les anciens fêtaient les Saturnales, sept jours d’agapes et de combats de gladiateurs.

Si ces derniers ont disparu, les fêtes perdurent malgré des poches de plus en plus vides, l’État, gourmand et avide, multipliant impôts, taxes et surtaxes pour renflouer ses caisses. Même l’Évêché manque de fonds. Les dons des paroissiens en berne, l’ambassade de Russie a offert le sapin destiné au parvis de Notre-Dame, un arbre de 25 mètres de haut habitué aux nuits longues et froides.

Le club de jazz : une bonne chaudière contre le froid

Le froid : on s’en protège comme on peut. Chapka en fourrure ou bonnet d’ours, col coupe-vent, ample manteau de laine ou en cuir de bison, collants thermolactyl Damart ou chaussettes montantes en mohair, bottines fourrées en poil de Rossinante (qu’ils prétendent !), le citadin s’emmitoufle, disparaît sous les couches de vêtements qui le couvrent. Pour mieux pleurer les feux de cheminée qui bientôt, lutte anti-pollution oblige, appartiendront au passé. Apprendre que brûler du bois une demi-journée c’est émettre autant de particules fines qu'une voiture diesel parcourant 3.500 kilomètres jette un froid. Pour continuer à se chauffer au bois à Paris et en Ile-de-France à partir du 1er janvier, chaudière à bois, poêle ou insert, installations coûteuses, seront les seules autorisées.

Le club de jazz : une bonne chaudière contre le froid

Ceux qui ne disposent pas d’autres moyens de chauffage réchaufferont leurs membres engourdis dans les clubs de jazz. Sauter d’un pied sur l’autre, frapper dans ses mains chauffent également le sang, mais il est rare d’applaudir chez soi les disques que l’on écoute. Il faut sortir, fêter les musiciens sur scène. La soirée annuelle qu’organise TSF à l’Olympia le 15 décembre, You & The Night & The Music (douze orchestres), affiche complet. C’est loin d’être le cas des petits clubs qui donnent leur chance à des musiciens inconnus. Les bonnes surprises existent. Découvert avec Phil Costing au Sunside le 25 novembre dernier, Jérôme Beaulieu, jeune pianiste québécois propose un jazz lyrique et mélodique d’une rare fraîcheur. Je recommande “Chercher l’équilibre” (Effendi Records), le second disque du trio qu’il anime.

Le club de jazz : une bonne chaudière contre le froid

Vous suivez l’actualité du jazz, vous aurez donc constaté que Jazz Magazine fête ses soixante ans avec un copieux numéro double de 164 pages : interviews de Daniel Filipacchi, Jacques Réda, Jean-Louis Chautemps, mais aussi de Nonce Paolini (TF1) et Gérard Brémond (Pierre et Vacances, TSF Jazz, Duc des Lombards). Vous apprendrez pourquoi les collaborateurs du journal aiment le jazz. Vingt musiciens français racontent leur rencontre avec lui. Un numéro tellement dense qu’il faudra patienter jusqu’en février pour découvrir les Chocs de l’année que la revue décerne. Les miens, les 13 Chocs 2014 du blogueur de Choc (12 nouveautés et un inédit), vous seront communiqués autour du 20 décembre, juste avant la mise en sommeil de ce blog pour les fêtes. Patientez donc un peu. Dans les chaudières du jazz pour remédier au froid.

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

Le club de jazz : une bonne chaudière contre le froid

-À l’initiative du chanteur Thierry Peala et afin de venir en aide à Doreen Wheeler, épouse du trompettiste Kenny Wheeler disparu le 18 septembre, un hommage sera rendu à ce dernier le 8 au New Morning. Quelques compagnons de route, mais aussi de nombreux musiciens qui l’admiraient y participeront. Né à Toronto en 1930, installé en Angleterre en 1952, Wheeler s’y fera un nom dans le monde du jazz. Co-fondateur du groupe Nucleus, membre du Globe Unity Orchestra et du United Jazz and Rock Ensemble, il fut de toutes les aventures et enregistra 23 albums sous son nom et plus d’une centaine d’autres en tant que sideman. Outre Thierry Peala (chant), seront présents : Norma Winstone (chant), Geoffrey Tamisier, Yoann Loustalot, Airelle Besson, Thomas Mayade (trompette), Georgui Kornasov (trombone), Francesco Bearzatti, Sébastien Texier (saxophones), Bruno Angelini, Edouard Ferlet, Carine Bonnefoy (piano), Franck Tortiller (vibraphone), Federico Casagrande (guitare), Henri Texier, Riccardo Del Fra, Matyas Szandai, Michel Benita (contrebasse), Aldo Romano, Christophe Marguet, Louis Moutin et Steve Argüelles (batterie).

Le club de jazz : une bonne chaudière contre le froid

-Toujours le 8, le cinéma Le Balzac (1, rue Balzac, 75008 Paris) accueille à 20h30 le Caratini Jazz Ensemble – 16 musiciens parmi lesquels André Villéger et Matthieu Donarier (saxophones), Claude Egea (trompette), Denis Leloup (trombone), Alain Jean-Marie (piano), Thomas Grimmonprez (batterie) – pour un ciné-concert consacré à “Body & Soul”, film muet qu’Oscar Micheaux tourna en 1924 avec l’acteur Paul Robeson, l’histoire d’une jeune femme vertueuse victime d’un escroc cynique déguisé en homme d’église. Patrice Caratini (contrebasse) en propose une nouvelle partition. Enregistrée en public au Parc Floral de Paris en juillet 2013 dans le cadre du Paris Jazz Festival, elle fait l’objet d’un disque (Caramusic / L’autre distribution) depuis le 13 octobre.

Le club de jazz : une bonne chaudière contre le froid

-Une dernière chance d’écouter cette année le Gil Evans Paris Workshop vous est donnée le 10. Dirigé par Laurent Cugny qui en est aussi le pianiste, l’orchestre (16 musiciens) se produira dans son lieu de résidence habituel, le studio de l’Ermitage. J’ai déjà dit tout le bien que je pensais de cette formation de jeunes jazzmen prometteurs qui font revivre des arrangements de Gil (Time of the Barracudas), mais aussi de Laurent (In Tempo, sorte de petit concerto pour trompette, l’instrument se voyant confié à Malo Mazurié). Des compositions de Charles Mingus (Goodbye Pork Pie Hat), George Russell (Blues in Orbit) et Jelly Roll Morton (King Porter Stomp) sont également à l’honneur. Deux concerts évènements du Gil Evans Paris Workshop ont déjà eu lieu dans cette même salle. Ne manquez pas le troisième, dernier de la saison.

Le club de jazz : une bonne chaudière contre le froid

-Le pianiste Enrico Pieranunzi apprécie décidemment Simona Severini, une jeune chanteuse italienne originaire de Milan qui a étudié avec Tiziana Ghiglioni, donné ses premiers concerts avec le pianiste Giorgio Gaslini et publié deux disques sous son nom. Après avoir tous deux collaboré à un disque hommage au défunt Lucio Dalla publié en 2013 (“Dalla in Jazz” dans lequel ils reprennent Futura, une de ses compositions) et s’être produit avec elle au Sunside le 14 juin dernier, ils retrouvent pour deux soirs, les 12 et 13 décembre, ce même club de la rue des Lombards, Diego Imbert (contrebasse) et André Ceccarelli (batterie) complétant la formation.

Le club de jazz : une bonne chaudière contre le froid

-Poly-instrumentiste demandé, lauréat du prestigieux Prix Django Reinhardt en 2009, Stéphane Guillaume fêtera deux soirs de suite au Sunset (le 18 et le 19) la sortie de “Pewter Session” (Gemini Records), album marquant dix années de collaboration avec Frédéric Favarel (guitare), Marc Buronfosse (contrebasse) et Antoine Banville (batterie). Travail collectif (chaque musicien y propose ses compositions) que les nombreux instruments joués par Stéphane (saxophones alto, soprano et ténor, flûte et clarinette basse) ne rendent jamais monotone, ce nouveau disque reflète bien la complicité qui unit les membres du quartette, entente fructueuse que la scène révèle davantage encore.

Le club de jazz : une bonne chaudière contre le froid

-Les 26, 27 et 28 décembre, le trompettiste et Stéphane Belmondo présentera au Sunside de larges extrait de son prochain album enregistré en trio dans le Gard au Studio Recall. Un disque hommage à Chet Baker que Stéphane considère comme un de ses maîtres, et qui porte sur sa période SteepleChase, lorsque Chet jouait avec le guitariste Doug Raney et le contrebassiste Niels-Henning Ørsted Pedersen. Pour mener à bien ce travail comprenant également des compositions originales, Stéphane a fait appel à Thomas Bramerie qui lui aussi accompagna Chet, et à Jesse Van Ruller, guitariste hollandais qui remporta la Thelonious Monk Competition en 1995 devant un jury qui comprenait Pat Metheny, Jim Hall, Pat Martino et John Scofield.

Le club de jazz : une bonne chaudière contre le froid

-Pour terminer l’année (ou presque car nous serons le 30, veille de cette Saint Sylvestre qui promet tant de fêtes et de vœux), pourquoi ne pas se rendre au Sunside écouter des standards ? Sara Lazarus les chante merveilleusement. Les confiant à sa voix, elle sait mettre en valeur leurs mélodies inoubliables, les porter jusqu’à nous. Pour l’accompagner, Vincent Bourgeyx nous comblera de son magnifique piano, Gilles Naturel – dont le dernier opus, une merveille, a obtenu un Choc en octobre dans Jazz Magazine / Jazzman –, fera chanter sa contrebasse et Philippe Soirat, comme toujours, saura se montrer impérial à la batterie.

-New Morning : www.newmorning.com

-Le Balzac : www.cinemabalzac.com

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

 

Crédit photos : “Blade Runner” © Ridley Scott – Laurent Cugny © Pierre de Chocqueuse – Enrico Pieranunzi, Stéphane Guillaume, Stéphane Belmondo, Sara Lazarus © photos X/D.R.

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27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 09:19
Jerry LÉONIDE : “The Key” (ACT / Harmonia Mundi)

Je ne savais rien de Jerry Léonide avant qu’un attaché de presse avisé (merci Sébastien) me fasse parvenir cet album, le premier qu’il enregistre en dehors de Maurice, son île natale. Il y est né en 1984 et vit en France depuis 11ans. Enregistré au Studio de Meudon grâce au soutien financier de la Montreux Jazz Artists Foundation, “The Key”, l’une des belles découvertes de cette année qui s’achève, révèle un pianiste virtuose en pleine possession de ses moyens. Loin d’exhiber sa technique, Léonide assure la primauté du discours musical, impose des rythmes et mélodies qu’il porte en lui depuis sa jeunesse. Longue fut la gestation de cet album, voyage au sein de l’africanité de Maurice et qui réunit avec bonheur jazz et séga, la danse traditionnelle de l’île, mais aussi une musique jouée à toutes les fêtes. Musique des esclaves africains conduits à Maurice pour travailler dans les plantations, le séga subit au XIXe l’influence des quadrilles que dansaient les Français et leurs familles. Léonide nous la propose sous une forme moderne et jazzifiée. Confié au mauricien Jhonny Joseph qui apporte une grande variété de rythmes, la batterie remplace ainsi la ravane, tambour taillé dans du bois de goyave et recouvert de peau de chèvre. Un autre mauricien, Gino Chantoiseau, assure brillamment la contrebasse et Linley Marthe, lui aussi originaire de l’île, musicien qui fut l’un des premiers que le pianiste rencontra lorsqu’il arriva à Paris, tient la basse électrique dans Rue de Paris, le disque réunissant de nombreux invités. La formation de base, un quintette, comprend Sylvain Gontard au bugle et Vincent Lê Quang au saxophone soprano. Souvent joués à l’unisson, leurs instruments exposent les thèmes et s’offrent des improvisations qui s’inscrivent dans la tradition du jazz. Près d’eux, le piano ornemente, dialogue, improvise et parvient à placer d’élégants voicings, de chaudes couleurs harmoniques sur des vraies mélodies qui vous trottent dans la tête. Jerry Léonide les fait également chanter par des voix. Fannie Klein assure les chœurs dans Dodo Baba et Black River Road, morceau également confié à la voix chaude et colorée de Woz Kaly, chanteur sénégalais né à Dakar qui renforce l’africanité de la pièce. Ne manquez pas ce disque : un magnifique pianiste porte et révèle un florilège de compositions solaires et inspirées.

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21 novembre 2014 5 21 /11 /novembre /2014 09:00
Greg REITAN : “Post No Bills” (Sunnyside / Naïve)

Quatrième album sous son nom pour Greg Reitan, un compositeur travaillant à Los Angeles pour le cinéma et la télévision, mais aussi un pianiste de jazz au toucher fin et délicat, un virtuose qui peut jouer beaucoup de notes, mais préfère bien les choisir, leur donner saveur et beauté. “Post No Bills” est son quatrième album pour Sunnyside et depuis l’enregistrement de “Some Other Time“ en 2008, son premier, le même trio l’accompagne. Jack Daro à la contrebasse et Dean Koba à la batterie assurent la parfaite section rythmique qui convient à sa musique, du jazz moderne de facture classique qui sans réellement innover, affiche de belles couleurs harmoniques et témoigne d’une réelle esthétique. Elève du compositeur David Raskin, Greg pourrait très bien remplir ses disques de ses propres compositions. Il préfère jouer des standards, en proposer des versions nouvelles et raffinées. Outre l’incontournable Bill Evans dont il interprète Re : Person I Knew et Blue in Green dans ses disques précédents, une de ses autres influences est bien sûr Keith Jarrett dont il reprend avec bonheur The Mourning of a Star en ouverture de ce nouvel album, Greg affectionnant des mélodies qui lui permettent de raconter des histoires, et les rendre sensibles. Sa relecture de One Day I’ll Fly Away, un thème que Joe Sample et Will Jennings écrivirent pour la chanteuse Randy Crawford témoigne d’une grande invention mélodique. En osmose avec sa rythmique, Greg fait chanter des notes exquises à son piano. Il fait de même dans Lonely Woman (celui d’Horace Silver), After the War, une ballade que Denny Zeitlin enregistra en trio pour Columbia en 1965, et I Loves You, Porgy de Gershwin dont il nous offre une version lumineuse. Le mélodiste dont la main droite brode de jolies notes perlées maîtrise parfaitement le bop et son vocabulaire et s’offre quelques plages plus virtuoses. On y relève alors sa capacité à construire son discours, à le mener à terme avec invention et logique. Même à grande vitesse, notamment dans Windows (Chick Corea), Stella By Starlight et Post No Bills une de ses trois compositions, le pianiste laisse ses notes respirer. Puisse-t-il visiter Paris. Nous l’attendons impatiemment.

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