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2 mai 2016 1 02 /05 /mai /2016 08:57
Un Bill tombé du ciel

Printemps 2013 : Zev Feldman de Resonance Records rencontre à Brême un des fils du producteur et ingénieur du son allemand Hans Georg Brunner-Schwer (1927-2004), fondateur des disques MPS. À la question : « possédez-vous des bandes inédites ? », le jeune Mr. Brunner-Schwer lui répond que sa famille détient un enregistrement studio d’une excellente qualité sonore, un inédit de Bill Evans en trio avec Eddie Gomez à la contrebasse et Jack DeJohnette à la batterie. Après de longues négociations, l’intégralité de cette séance du 20 juin 1968, voit aujourd’hui le jour non sans créer le buzz, mettre en émoi le monde du jazz. Bill Evans est un pianiste immense. Ses albums, sa participation et son influence sur “Kind of Blue, le chef-d’œuvre de Miles Davis en 1959, ont fait de lui une icône incontournable.

Un Bill tombé du ciel

Si la parution de “Some Other Time, the Lost Sessions from the Black Forest est bien sûr un événement, le disque ne possède toutefois pas la sérénité que le pianiste affiche dans “You Must Believe in Spring, un opus publié en 1981, un an après sa mort. Ici, Gomez bavarde et DeJohnette, à l’essai, ne joue pas son drumming habituel. C’est un bon disque de Bill (les mauvais n’existent pas) en quête de la formation la plus apte à jouer sa musique, un disque de transition qui envoie au tapis bien des pianistes d’aujourd’hui. De quoi donner du grain à moudre aux amateurs de jazz tournés vers le passé qui refusent les nouveautés et s’effraient de l’audace. Comme si l’histoire s’était close à la fin des années 60, jouer un autre jazz après l’âge d’or des décennies précédentes restant inconcevable. Les musiciens n’ont pourtant jamais été aussi nombreux. Surmédiatisés, plébiscités par un public peu averti, les plus remuants occupent l’espace musical, les scènes des grands festivals. Les meilleurs, les nouveaux grands du jazz, peinent à se produire dans de petits clubs, à trouver de petites salles. C’est là que nous aimons les entendre. Le bonheur d’écouter chez nous un inédit de Bill Evans, ne doit pas nous dispenser d’aller les applaudir.

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

Un Bill tombé du ciel

-Kenny Werner les 2 et 3 mai au Duc des Lombards en trio avec Johannes Weidenmueller à la contrebasse et Ari Hoenig à la batterie, des musiciens qui le suivent depuis plus de quinze ans. Les deux albums produits par Jean-Jacques Pussiau et enregistrés au Sunset en novembre 2000 en témoignent. C’est également avec eux que le pianiste a enregistré avec eux son disque le plus récent. Publié l’an dernier, “The Melody réunit d’anciennes compositions de Werner ainsi que des standards qui lui sont familiers. Improvisateur à l’imagination féconde, il accorde la plus grande importance à la visibilité de la ligne mélodique qui cimente ses morceaux. Rythmicien énergique et véloce, il n’exhibe jamais gratuitement sa technique, mais sert constamment la musique.

Un Bill tombé du ciel

-Le 6 à 19h30, Leïla Olivesi nous convie à assister dans l’auditorium du 13ème arrondissement, 16-18, rue Nicolas Fortin, à la création de sa “Suite Andamane, une œuvre réunissant pour la circonstance le Chœur Hector Berlioz, le Big Band et l’Orchestre Symphonique de ce même arrondissement. Réservation obligatoire au 01 42 38 33 77 ou par courriel (voir la liste des liens). La pianiste nous donne également rendez-vous le vendredi 27 mai au Sunside avec les musiciens d’“Utopia, son dernier disque, Manu Codjia (guitare) Yoni Zelnik (contrebasse) et Donald Kontomanou (batterie) invitant le saxophoniste Jean-Charles Richard à participer à la fête.

Un Bill tombé du ciel

-Billy Hart retrouve le Duc des Lombards les 12, 13 et 14 mai pour trois soirées et six concerts. Batteur à la frappe sèche, à la sonorité épaisse et aux ponctuations énergiques, il aime prendre des risques dans le cadre des compositions ouvertes qu’il signe avec son groupe. Avec lui, Mark Turner au saxophone ténor, Ethan Iverson au piano et Ben Street à la contrebasse. Le quartette a enregistré deux albums pour ECM : “All Our Reasons” et “One Is The Other”. Tempérées par le lyrisme, les improvisations souvent abstraites du ténor et les harmonies flottantes du pianiste offrent un vaste champ d’investigation, tant harmonique que rythmique, à cette formation pas comme les autres.

Un Bill tombé du ciel

-Le 14 au Sunside, Olivier Robin nous donnera à entendre le contenu de “Jungle Box”, un album distribué par Socadisc dont il a composé l’intégralité du répertoire, du hardbop intemporel et réjouissant modernisé par les musiciens talentueux qui l’entourent. Le disque réunit Julien Alour (trompette et bugle), David Prez (saxophone ténor), Vincent Bourgeyx (piano) et Damien Varaillon (contrebasse). Ils seront tous au Sunside, Olivier Robin assurant avec eux le swing et la batterie.

Un Bill tombé du ciel

-Jean-Marc Foltz (clarinettes) et Stephan Oliva (piano) au Sunside le 17, soit dix jours avant la sortie de leur nouvel album sur le label Vision Fugitive. Comme son nom l’indique, “Gershwin” est consacré au célèbre compositeur dont les œuvres, fréquemment reprises par les jazzmen, ont fait le tour du monde. Ce nouvel opus de nos deux complices n’est toutefois pas un hommage comme les autres. Les mélodies de George Gershwin se parent d’harmonies nouvelles, sont prétextes à des improvisations qui, tout en respectant le matériel thématique abordé, en diffractent la musique. Plongée dans un bain de silence, cette musique capiteuse et sensuelle prend son temps pour nous séduire, retient son souffle pour se faire désirer.

Un Bill tombé du ciel

FESTIVAL JAZZ à SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS

(16ème édition du 19 au 31 mai - Avec le soutien de la fondation BNP Paribas)

 

Un Bill tombé du ciel

-Sur la photo, Jacky Terrasson pose avec Donatienne Hantin, directrice générale du festival et Frédéric Charbaut son directeur artistique. Ce dernier nous a concocté une programmation conséquente et éclectique dont je vous livre l'essentiel. Chargé le 19 du concert d'ouverture, le pianiste a conçu un programme inédit consacré au compositeur Maurice Ravel. “Round About Ravel” réunit un quintette comprenant Stéphane Belmondo (trompette et bugle), Lionel Belmondo (saxophones et arrangements), Thomas Bramerie (contrebasse), Simon Goubert (batterie) et Jacky au piano. S’y ajoute un quatuor à cordes. Le lieu : le grand amphithéâtre de l’Université Panthéon-Assas, 92 rue d’Assas dans le 6e (à 21h00).

Un Bill tombé du ciel

Si vous avez un peu de temps et que vous êtes dans le quartier ce jour-là (le 19), commencez par vous rendre au Café les Éditeurs, 4 Carrefour de l’Odéon. Entre 17h30 et 18h30, dans le cadre des désormais célèbres « Jazz & Bavardages » que propose chaque année le festival, Laurent de Wilde y parlera de son livre “Les fous du son” et rencontrera, souhaitons le lui, un large public. Publié chez Grasset, son gros bouquin de 560 pages nous fait rencontrer des inventeurs au comportement excentrique, des drôles de machines sonores. Cette passionnante épopée du son se lit comme un roman.

Un Bill tombé du ciel

-Le concert que le pianiste suisse Nik Bärtsch donnera le 21 à la Maison des Océans (195 rue Saint-Jacques, Paris 5e à 21h00), sera assurément un des temps forts du festival. Avec lui, Mobile, une formation acoustique comprenant Sha à la clarinette basse, Kaspar Rast et Nicolas Stocker se partageant batteries et percussions. Rejoint par un quatuor à cordes, le groupe vient de faire paraître chez ECM, “Continuum”, un mélange subtil de jazz et de musique répétitive dont les grands moments sont à mon humble avis la première et les deux dernières plages (Modul 29_14, Modul 44 et Modul 8_11).

Un Bill tombé du ciel

-Ne manquez pas non plus le 24 au Musée de Cluny (6, place Paul-Painlevé, Paris 5e – deux concerts 19h00 et 21h00) le trio que Stéphane Belmondo a constitué avec Thomas Bramerie et le guitariste Jesse Van Ruller pour saluer la mémoire de Chet Baker, son mentor, le trio se penchant sur la période SteepleChase du trompettiste, lorsque Chet jouait avec le guitariste Doug Raney et le contrebassiste Niels-Henning Ørsted Pedersen. Publié en 2015 chez Naïve, le disque s’intitule “Love for Chet”. Comme titre, on ne pouvait trouver mieux.

Un Bill tombé du ciel

-Enfin le 27, à la Maison des Cultures du Monde (20h30, 101 boulevard Raspail, Paris 6e à 20h30), on peut se laisser tenter par un trio inédit réunissant Kevin Hays (un grand pianiste américain trop rarement programmé), le batteur Jeff Ballard et Michel Portal, invité spécial du festival à l'occasion de ses 80 ans. Si vous l’appréciez, ce dernier se produira au sein de diverses formations au cours du festival, avec notamment Yaron Herman (le 23), Émile Parisien et Vincent Peirani (le 31). On consultera le programme pour en connaître davantage.

Un Bill tombé du ciel
Un Bill tombé du ciel

-Hors festival, le 30 et le 31, Fred Hersch est attendu avec son trio au Duc des Lombards. C’est un des concerts du mois. Un géant du piano qui se produit dans une petite salle, le cas est malheureusement fréquent. Mal distribués, ses disques ne bénéficient d’aucune promotion mais n’échappent pas aux oreilles des critiques avisés. “Solo” son dernier disque, s’est vu ainsi récompensé par le Grand Prix de l’Académie du Jazz 2015. Mais c’est en trio, qu’il jouera au Duc des Lombards, avec John Hebert, son bassiste habituel, Nasheet Waits, batteur très demandé (il joue notamment sur les derniers albums des trompettistes Ralph Alessi et Avishai Cohen) remplaçant Eric McPherson à la batterie.

Un Bill tombé du ciel

tonnant fourre-tout musical au sein duquel toutes sortes de musiques se font entendre, le festival Villette Sonique a la bonne idée d’inviter le 1er juin le saxophoniste Kamasi Washington à y participer. Révélé l’an dernier par “The Epic”, un ahurissant coffret de 3 CD(s) paru sur un label d’électro et de hip-hop instrumental, le saxophoniste très engagé politiquement souffle des notes brûlantes et torturées, évoque John Coltrane et Pharoah Sanders, mais tient aussi un discours étonnamment lyrique. Jouée par des formations différentes et parfois gigantesques rassemblant chœurs et cordes, sa musique exubérante et colorée emprunte à tant de genres musicaux (gospel, soul, free, funk) qu’elle en devient inclassable et personnelle. Concert à la Cité de la Musique, Philharmonie 2 (20h30). Personnel non communiqué.

Un Bill tombé du ciel

-Ian Shaw à Paris le 2 juin (20h00), au Club de l’Étoile (81 boulevard Gouvion Saint-Cyr, Paris 17e) qui a été entièrement rénové. On attendait depuis longtemps qu’il remonte sur une scène parisienne. La sortie d’un album sur le label Jazz Village lui en offre l’opportunité. Shaw est un phénomène : humoriste, pianiste, il possède une voix souple et agile qui lui permet de chanter du jazz sans avoir besoin de forcer son talent. Très à l’aise sur tempo rapide, il met beaucoup de lui-même dans les ballades qu’il reprend. “The Theory of Joy” en contient d’inoubliables. Il y a Brother, une chanson écrite à la mémoire de son frère Gareth disparu deux ans avant sa naissance, mais aussi Where Are We Now, une chanson de David Bowie qu’il interprète magnifiquement. Ian Shaw fera le voyage jusqu’à nous avec les musiciens de son disque : Barry Green au piano, Mick Hutton à la contrebasse et Dave Ohm à la batterie.

-Réservation Leïla Olivesi “Suite Andamane” : andamane@leilaolivesi.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés : www.festivaljazzsaintgermainparis.com

-Festival Villette Sonique : www.villettesonique.com

-Club de l’Étoile : www.jazzclub-paris.com

 

Crédits Photos : Bill Evans © David Redfern  Leïla Olivesi © Solène Person – Billy Hart Quartet © John Rogers / ECM – Olivier Robin, Stéphane Belmondo Trio © Philippe Marchin – Stephan Oliva & Jean-Marc Foltz © Maxim François – Fred Charbaut / Donatienne Hantin & Jacky Terrasson, Laurent de Wilde © Pierre de Chocqueuse – Nik Bärtsch Mobile © Christian Senti – Fred Hersch © Vincent Soyez – Kamasi Washington © Mike Park – Ian Shaw © Tim Francis – Kenny Werner Trio, Kevin Hays © Photo X/D.R.

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25 avril 2016 1 25 /04 /avril /2016 09:31
Deux STUNT(s) sinon rien !

Depuis sa création en 1983, le label danois Stunt Records engendre rencontres et enregistrements de qualité. Après la récente “Suite of Time de Hank Ulrik célébrant le 75ème anniversaire de la Grundtvig Church à Copenhague (vous pouvez en lire la chronique dans ce blog), Stunt, distribué en France par Una Volta Music, met en circulation deux autres disques épatants qu’il me faut recommander.

Aaron PARKS - Thomas FONNESBÆK - Karsten BAGGE :

“Groovements (Stunt Records / Una Volta Music)

Deux STUNT(s) sinon rien !

Été 2014 : artiste en résidence au Danemark, le pianiste Aaron Parks rencontre le bassiste Thomas Fonnesbæk et le batteur Karsten Bagge. Le peu de temps qu’ils passent ensemble leur permet de se découvrir une même sensibilité artistique. Pour la partager, une séance d’enregistrement est organisée à Vanløsse, l’un des quartiers de Copenhague, une seule journée de studio qui fait naître les dix morceaux que contient cet album. Des compositions des trois musiciens, quelques standards, une version inattendue de I’m on Fire, un thème de Bruce Springsteen, et une improvisation collective très travaillée en constituent le répertoire. Né en 1983, Aaron Parks a fait ses classes auprès du trompettiste Terence Blanchard. Quatre albums confidentiels aujourd’hui recherchés, un enregistrement pour Blue Note, un autre en solo pour ECM constituent l’essentiel de sa discographie. Il est aussi le pianiste de James Farm, quartette au sein duquel le saxophoniste Joshua Redman officie (deux albums publiés à ce jour). Très demandé en studio, digne successeur de Niels-Henning Ørsted Pedersen (NHOP) et de Jesper Lundgaard, deux musiciens danois qui ont beaucoup servi l’instrument, Thomas Fonnesbæk force l’admiration dans le dernier disque de sa compatriote, la chanteuse Sinne Eeg, un duo voix / contrebasse qui compte parmi les grandes réussites du genre. Possédant une fermeté d’attaque impressionnante, une sonorité ample et puissante, Fonnesbæk apporte une seconde voix mélodique à la musique. Moins connu, mais rythmant à l’occasion les efforts d’un trio réunissant Kevin Hayes au piano et Scott Colley à la contrebasse, Karsten Bagge impose son jeu foisonnant, sa puissance de feu percussive. Arbitré par sa batterie, les chorus se succèdent, s’entremêlent, la contrebasse, très présente, enrichissant de commentaires pertinents le discours inspiré du piano. Le modèle est bien sûr Brad Mehldau qui fait suivre ses mélodies de variations inattendues, de plongées vertigineuses dans l’inconnu. Sans prendre les mêmes risques, Parks soigne la mise en couleurs de ses morceaux, développe de surprenantes lignes mélodiques, des voicings élégants. Nous sommes le 12 août 2014 à Copenhague, et Tit Er Jeg Glad, une page romantique de Carl August Nielsen, le plus célèbre compositeur danois, donne naissance à un des grands moments de l’album, sa plage la plus chantante. J’ajoute pour vous convaincre que le trio revisite avec talent Bolivia de Cedar Walton et que, cerise sur le gâteau, You and the Night and the Music, standard si fréquemment repris, se refait une jeunesse. Ce disque intelligent contient son poids de bonne musique. À vous maintenant d’en profiter.

Deux STUNT(s) sinon rien !

Scott HAMILTON - Karin KROG : “The Best Things in Life”

(Stunt Records / Una Volta Music)

Deux STUNT(s) sinon rien !

Invité l’an dernier à enregistrer un album pour fêter le centenaire de la naissance de Billie Holiday, le saxophoniste Scott Hamilton eut la bonne idée de demander à Karin Krog de joindre sa voix au projet. Une idée risquée au regard des derniers disques, peu convaincants, de la chanteuse norvégienne qui, dans un répertoire attractif adaptée à sa voix chaleureuse, déploie ici technique et métier. Karin Krog n’est pas seule à nous étonner. Pianiste surestimé, Jan Lundgren pratique ici un jeu sobre, élégant, qui sert constamment la musique, notamment dans l’instrumental We Will Be Together Again, une des ballades préférées de la chanteuse. Il est seul à l’accompagner dans How Am I To Know, une chanson de 1929 associée à Billie Holiday, mais aussi à Ava Gardner et Rosemary Clooney. Pris sur un tempo plutôt rapide, The Best Things in Life, une des rares pièces de l’American Songbook que Scott Hamilton n’avait jamais interprété, ouvre le disque. Une section rythmique irréprochable – Hans Backenroth à la contrebasse et Kristian Leth à la batterie – encadre la voix. Le saxophone ténor assure les obbligatos avant de souffler les notes en apesanteur de son chorus, de faire chanter son instrument. Sa sonorité ample et chaleureuse fait merveille dans les ballades de l’album, We Will Be Together Again déjà cité et I Must Have That Man que Billie Holiday popularisa. Karin Krog les chante avec assurance et justesse. Elle pratique l’art de la vocalese qui consiste à chanter des solos de musiciens sur lesquels ont été placées des paroles. Des improvisations de Stan Getz et de Lars Gullin dans Don’t Get Scared se prêtent ainsi au timbre de sa voix espiègle et séduisante. Elle fait de même dans Sometimes I’m Happy, reprenant avec des mots le chorus de contrebasse que s’offre Slam Stewart dans une ancienne version de ce morceau, un chorus à l’archet que Hans Backenroth, un fan de Stewart, joue fidèlement à ses côtés. De facture classique, la musique de ce disque n’est certes pas nouvelle, mais le bonheur qu’éprouvent ses interprètes à la jouer et le swing réjouissant qu’ils insufflent à leurs morceaux, la rendent très séduisante.

Crédits photos : Aaron Parks © Bill Douthart / ECM Records - Scott Hamilton / Karin Krog Band © Tore Sætre / Wikimedia.

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15 avril 2016 5 15 /04 /avril /2016 09:06
Masabumi KIKUCHI : “Black Orpheus” (ECM / Universal)

Donné au Bunka Kaikan Recital Hall de Tokyo en 2012, ce récital en solo de Masabumi Kikuchi reste le dernier concert de sa carrière. Le pianiste devait s’éteindre à New York le 6 juillet 2015. Son loft lui permettait d’accueillir de jeunes musiciens avec lesquels il aimait improviser. Parmi eux, Thomas Morgan assure la contrebasse dans “Sunrise, un album ECM que Masabumi enregistra en septembre 2009. Également décédé, Paul Motian en est le batteur. Publié en 2012, il permit à Kikuchi de rejouer au Japon, de nous faire cadeau de ce “Black Orpheus” après une longue carrière américaine qui le vit travailler avec Gil Evans, et plus longuement avec Motian et Gary Peacock, cofondateurs avec lui en 1990 de Tethered Moon, dont le trio, trop novateur pour l’époque, resta confidentiel. Quelques disques de Motian – je pense au remarquable “On Broadway Vol.5” (Winter & Winter), un des sommets de l’œuvre du batteur – jalonnent la discographie du pianiste qui pour le label Verve, grava plusieurs disques en solo, aussi envoûtants que méconnus. L’exercice lui était depuis longtemps familier. Il lui permettait d’inventer son propre univers musical, de larguer les amarres, de tendre vers l’inconnu.

Car, avec le temps, Masabumi Kikuchi, affectueusement surnommé Poo par ses amis, avait acquis une solide expérience. Il s’asseyait derrière son instrument sans trop savoir quoi jouer et laissait la musique jaillir, son piano fendant des flots comme la proue d’un navire, bravant ses propres tempêtes, vagues de notes donnant le mal de mer à des oreilles frileuses. À la croisée de plusieurs cultures, la modernité de sa musique doit beaucoup à l’écoute des grandes œuvres pianistiques du XXème siècle. Lui reprochant son manque de swing, son piano rubato, les puristes du jazz crient bien sûr au scandale.

Masabumi KIKUCHI : “Black Orpheus” (ECM / Universal)

Intitulés Tokyo et numérotés de I à IX, les neuf morceaux improvisés de “Black Orpheus possèdent tous leur propre logique. Une pièce sur deux est sombre, abstraite, voire atonale, comme si le brouillard qui envahit parfois la capitale nippone en brouillait la lecture. Les tempos ne sont jamais rapides et les rares mélodies disparaissent sous des accords tumultueux, des flots de notes martelées qu’accompagnent de nombreuses dissonances. Au sein d’une même improvisation, tension et détente cohabitent. Le tempo y est instable, les harmonies flottantes. Un morceau très lent peut se gonfler de notes ou une pièce agitée se transformer en véritable méditation sonore, la musique se faisant alors murmure (Tokyo Part VII) pour s’évaporer comme de l’eau au soleil. C’est toutefois dans les parties lentes que le pianiste se relâche. Il abandonne alors son toucher percussif pour faire sonner délicatement les harmonies de mélodies rêveuses, un peu comme si après le noir d’un long tunnel, il accédait à la lumière.

Masabumi KIKUCHI : “Black Orpheus” (ECM / Universal)

Placée au centre de l’album, sa tendre et pudique version de Manhã De Carnaval, thème du film de Marcel Camus “Orfeu Negro (“Black Orpheus) que l’on doit à Luiz Bonfá, apparaît ainsi comme un moment de grâce, une source inattendue à laquelle s’abreuver. Posant délicatement ses notes, ses longs silences lui donnant le temps de faire sonner leurs harmoniques, révéler leurs couleurs, Kikuchi aborde le thème avec une pudeur exquise. Il fait de même avec Little Abi, une ballade qu’il écrivit pour sa fille, probablement sa composition la plus célèbre et qu’il joue en rappel. Il l’enregistra une première fois en 1977 avec Elvin Jones dans “Hollow Out un disque Philips, puis la reprit avec Tethered Moon. “Triangle, un des premiers albums du trio, nous en offre une version développée. Celle de “Black Orpheus” reste toutefois la plus sensible. Tokyo part 9, une plage lente, mystérieuse, nous y prépare. Peu à peu le toucher du pianiste se fait miel. Des doigts de velours effleurent délicatement les touches, les marches et les feintes, exposent et font chanter un thème aux couleurs lumineuses. Carguant les voiles de son piano, Masabumi Kikuchi est arrivé au port.

Photos de Masabumi Kikuchi © Hiroyuki Ito / New York Times & John Rogers.

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8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 09:00
Pierre PERCHAUD - Nicolas MOREAUX - Jorge ROSSY : “FOX”  (Jazz & People / Harmonia Mundi)
Pierre PERCHAUD - Nicolas MOREAUX - Jorge ROSSY : “FOX”  (Jazz & People / Harmonia Mundi)

Comment résister à cette version lyrique et raffinée de And I Love Her, une mélodie inoubliable de Paul McCartney, une des plus belles chansons de “Hard Day’s Night” que les Beatles publièrent en 1964. À la guitare, Pierre Perchaud découvert au sein de l’ONJ de Daniel Yvinec et auteur de deux albums sur Gemini Records. À la contrebasse, Nicolas Moreaux. Il joue dans les disques de Perchaud qui est aussi le guitariste de sa formation (deux albums sur Fresh Sound New Talent). À la batterie, Jorge Rossy, le batteur de Brad Mehldau avant que le pianiste ne lui préfère Jeff Ballard pour d’autres aventures. Un trio au sein duquel la guitare reste bien sûr le principal instrument soliste. Nicolas Moreaux n’aime pas trop se mettre trop en avant. Il prend bien quelques chorus, mais préfère commenter, assurer une discrète seconde voix mélodique, maintenir avec la batterie un tempo régulier. Sa contribution à l’album réside aussi dans les trois morceaux qu’il apporte, Moon Palace qui permet à la guitare de faire sonner ses harmoniques, Whisperings au sein duquel il cite brièvement un thème d’Ennio Morricone et Paloma Soñando qui interpelle par ses accords nostalgiques, sa guitare intimiste. Subtilement dosés, les effets sonores qu’il ajoute à l’instrument évoquent Kurt Rosenwinkel et John Scofield, l’influence de Jim Hall étant perceptible dans la délicatesse de son discours mélodique. Pierre Perchaud se révèle également un compositeur habile. Construit sur un riff, Fox met en valeur une guitare mobile qui alterne jeu en accords et single notes au sein d’une même improvisation. Un autre morceau, Pour Henri, séduit par sa mélodie chantante, son tempo lent que Jorge Rossy laisse pleinement respirer. Introduit par des arpèges de guitare, Paloma ouvre magnifiquement l’album. La contrebasse pose les principales notes d’un thème onirique qui donne envie d’en écouter davantage. Du jazz raffiné, en apesanteur entre ciel et terre, pourquoi s'en priver ?

PHOTO : Pierre Perchaud, Jorge Rossy, Nicolas Moreaux © Eric Garault

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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 09:41
Les voi(es)x des ondes

Certains allument le feu, d’autres la lumière. Il suffit d'appuyer sur un interrupteur. C'est simple et surtout très pratique. On fait cela machinalement, sans jamais penser aux inventeurs qui ont canalisé l’électricité pour la livrer à domicile. L’électricité : une onde porteuse qui depuis la fin du XIXème siècle permet une relation nouvelle avec la musique, avec le son, des ondes elles aussi.

En 1877, Thomas Edison enregistre sur rouleau Mary Had a Little Lamb dans le pavillon de son invention, le phonographe, et pour la première fois grave et lit du son. Ce dernier voyage depuis l’invention du téléphone l’année précédente, depuis que la voix est devenue audible grâce au microphone à charbon. Mais il faut attendre Thaddeus Cahill (1867-1934) et son Telharmonium pour que la musique, le son et l’électricité s'associent. Jouée en temps réel sur un orgue électrique, la musique arrive par le téléphone moyennant un abonnement, et cela à tout moment. A l’autre bout du fil, une machine de deux cents tonnes et de vingt mètres de long dotée de bobines de dynamos et de roues phoniques dont certaines ont la taille d’un homme. Une machine énorme très gourmande en énergie que l’apparition de la radio rendra en quelques années obsolète.

Car la voie des airs va remplacer le câble pour propager le son à très grande vitesse et à très grande distance et le soir de Noël 1906 un inventeur canadien, Reginald Fessenden, diffuse la première émission de radio. Cette année là, l’anglais John Ambrose Fleming dépose le brevet de la diode (mot signifiant traitement des signaux électriques) qui ouvre l’ère de l’électronique. S’en suit l’invention de la triode (ou audion) qui permet d’amplifier un signal et d’obtenir un circuit résonant, un oscillateur qui permettra à Lev Termen de mettre au point son Theremin, instrument que les Beach Boys immortaliseront des années plus tard avec Good Vibrations.

Les inventions se succèdent, se chevauchent jusqu’à ce que Don Buchla (prononcer Boucla) commercialise en 1963 le premier synthétiseur modulaire. Citons les Ondes Martenot, le Trautonium, l'orgue Hammond (le célèbre B-3 popularisé par Jimmy Smith), le Chamberlin (première boîte à rythme et premier échantillonneur analogique), le Mellotron (l’intro inoubliable de Strawberry Fields Forever), l'Electronium, le Sacqueboute électronique (premier synthetiseur « moderne » avec clavier à résistance logarithmique), le Fender Rhodes tant prisé par les jazzmen, le Wurlitzer, des instruments que l’on doit à des inventeurs qui tous ont des manies, des comportements fréquemment excentriques. Leurs noms sont parfois associés à leurs drôles de machines : Maurice Martenot, Friedrich Trautwein, Laurens Hammond, Robert Arthur Moog (prononcer Mogue). Ce dernier perfectionna dans les années 60 une gamme de synthétiseurs performants qu'utiliseront les Byrds, les Beatles et même les Rolling Stones.

Les voi(es)x des ondes

Auteur d’un livre remarquable et remarqué sur Thelonious Monk en 1996, Laurent de Wilde vient de faire paraître chez Grasset un épais bouquin sur “Les fous du son”, un livre d'une lecture très facile malgré les difficultés techniques du sujet abordé, une source d’information indispensable à celui qui veut connaître l’histoire de ces instruments qui ne cessent d’évoluer, de se perfectionner, se miniaturiser. Il nous conduit jusqu'à la fin des années 80, jusqu'au basculement du son dans une ère numérique encore à explorer. Il est loin le temps où Raymond Scott (alias Harry Warnow) mettait au point son Electronium, sorte de « super bureau de directeur d’usine », un gros bloc aux faces verticales couvertes de lampes, d’interrupteurs, de boutons de toutes tailles, un gros machin produisant des sons stupéfiants. Pour reprendre les mots de Laurent à propos des grandes orgues de la cathédrale d’Albi : « Dark Vador en aurait rêvé ! ».

-Ne manquez pas de visiter le site de Laurent de Wilde www.laurentdewilde.com Une vaste documentation vous y attend : photos, vidéos, interviews, illustrations audio. On peut même y jouer du Theremin !

 

QUELQUES CONCERTS ET UNE VENTE AUX ENCHÈRES QUI INTERPELLENT

Les voi(es)x des ondes

-Lew Tabakin au Sunset les 1er et 2 avril. Avec Raphael Dever (contrebasse) et Mourad Benhammou (batterie) le premier soir. Le saxophoniste travaille souvent sans filet, prend des risques. Jouer avec une section rythmique et un pianiste reste toutefois plus gratifiant. Aussi invite-il le second soir Alain Jean-Marie à rejoindre son trio. Connu pour son association avec la pianiste japonaise Toshiko Akiyoshi, son épouse avec laquelle il codirigea un grand orchestre, Lew, 76 ans le 26 mai prochain, n’excelle pas seulement au ténor. C’est aussi un flûtiste hors pair, un des seuls jazzmen qui improvise réellement sur l’instrument.

Les voi(es)x des ondes

-Lou Tavano au Duc des Lombards aux mêmes dates (1er et 2 avril). La chanteuse sait capter l’attention du public, le séduire par un répertoire qui s’ouvre à d’autres musiques que le jazz. De jeunes musiciens talentueux l’entourent, mettent en valeur sa voix fraîche et joliment timbrée. Alexey Asantcheeff, son pianiste et compagnon, compose et signe les arrangements. Arno de Casanove (trompette) et Maxime Berton (saxophones) donnent des couleurs aux morceaux. Alexandre Perrot (contrebasse) et Ariel Tessier (batterie) leur apportent du rythme. Disponible sur ACT et distribué par Harmonia Mundi son album s’intitule “For You, une invitation à y prêter l’oreille.

Les voi(es)x des ondes

-Paul Lay au Sunside le 2 avec Clemens Van Der Feen à la contrebasse et Dré Pallemaerts à la batterie, musiciens qui l’accompagnent dans “Mikado, un disque de 2014, son dernier à ce jour. Il vient de recevoir le très convoité Prix Django Reinhardt que décerne chaque année l’Académie du Jazz et déborde d’activité. Pianiste de Géraldine Laurent sur scène et sur disque, il joue et enregistre aussi avec Eric Le Lann et s’est associé avec le vidéaste Olivier Garouste pour monter un spectacle autour du répertoire de Billie Holiday. Deux albums de lui attendent de sortir, l’un enregistré avec la section rythmique qui l’entourera au Sunside, l’autre avec la chanteuse Isabel Sörling et le bassiste Simon Tailleu.

Les voi(es)x des ondes

-Le Gil Evans Paris Workshop à l’Espace Sorano (Vincennes) le 2 à 20h30. C’est au Studio de l’Ermitage, le 8 octobre 2014 que la formation se produisit la première fois en public. A sa tête Laurent Cugny qui joue de l’orchestre comme un instrument, privilégie l’harmonie et ses couleurs. Laurent avait rencontré Gil Evans à Paris en 1986, lors de la rédaction du livre qu’il préparait sur lui (“Las Vegas Tango publié chez P.O.L.). L’année suivante, Gil enregistrait deux albums avec Laurent qui, depuis, n’a jamais cessé de lui rendre hommage, de perpétuer sa musique et ses arrangements. Il le fait aujourd’hui avec seize jeunes musiciens dont certains vous sont probablement familiers. Vous trouverez leurs noms sur le site de l’espace Sorano. Outre des compositions et des arrangements de Gil (Time of the Barracudas, Goodbye Pork Pie Hat), Laurent reprend quelques-unes de ses anciennes compositions et en apporte des nouvelles, les confiant à cet « orchestre atelier » grand faiseur de merveilles.

Les voi(es)x des ondes

-Le pianiste Florian Pellissier au New Morning le 5 avec Yoann Loustalot (trompette et bugle), Christophe Panzani (saxophone ténor), Yoni Zelnik (contrebasse) et David Georgelet (batterie). Son nouveau disque, “Cap de Bonne Espérance, relève davantage du hard bop de la fin des années 50 et des années 60 que des musiques du sud de l’Afrique. Les musiciens dialoguent, mêlent les timbres de leurs instruments, improvisent sur de bonnes mélodies, s’appuient sur des arrangements qui mettent le swing à l’honneur. Chaude, colorée, superbement chantée par les vents, ces compositions, des originaux pour la plupart, s’ancrent avec bonheur dans le jazz de toujours.

Les voi(es)x des ondes

-Une vente aux enchères pas comme les autres à l’Hôtel Drouot (9, rue Drouot, 75009 Paris) le mercredi 6 avril à 14h00, salle 4 : 143 photos de Jean-Pierre Leloir y seront dispersées par l’étude de Commissaires-Priseurs Kapandji Morhange. Une soixantaine d’entre elles sont consacrées à des musiciens de jazz et de blues. Elles proviennent toutes des archives du photographe disparu en 2010, archives que dirige aujourd’hui sa fille Marion. La plupart des tirages, des épreuves argentiques, ont été effectués du vivant de Jean-Pierre et portent son cachet et / ou sa signature. Certaines photos sont numérotées. Un certificat d’authenticité signé par Marion Leloir sera remis aux acquéreurs qui, en sus du montant de l’enchère, devront payer 26% de taxes et frais divers. Les prix sont estimés entre 4000 et 600 euros. Expositions publiques la veille de la vente, le mardi 5 de 11h00 à 18h00 et le jour même, de 11h00 à 12h00. Pour d’autres renseignements, consultez l’expert, Mr. Pierre Bourdy, au 06 08 18 21 34.

Les voi(es)x des ondes

-Francesco Bearzatti et son Tinissima 4Et le 6 à Tremblay-en-France (L’Odéon Théâtre, 20h30) dans le cadre du Festival Banlieues Bleues. Après “Monk’N’Roll relectures décalées et réussies de quelques œuvres de Thelonious Monk, le saxophoniste dont les improvisations musclées ne manquent pas de lyrisme s’attaque au répertoire de Woody Guthrie qui chanta les minorités opprimées et les luttes syndicales de la grande Amérique. Inventeur du Protest Song, Guthrie eut une grande influence sur Bob Dylan et les chanteurs engagés des années 60 et 70. “This Machine Kills Fascists (cette machine tue des fascistes), phrase écrite sur sa guitare, est le titre que Francesco Bearzatti a choisi de donner à son dernier disque. On y retrouve son complice Giovanni Falzone à la trompette, Danilo Gallo à la basse acoustique et électrique et Zeno De Rossi à la batterie qui font avec lui le voyage à Tremblay.

Les voi(es)x des ondes

-Thelonious Monk l’incontournable, le chouchou des jazzmen. Aujourd’hui comme hier, ils célèbrent son répertoire, une œuvre singulière et unique que de très nombreux pianistes interprètent. L’un d’entre eux, Laurent de Wilde, vient jouer les musiques de son pianiste favori au Sunside le 8 avec Bruno Rousselet à la contrebasse et Donald Kontomanou à la batterie. Histoire de poser ses doigts sur un autre clavier que celui d’un ordinateur, de faire naître de la musique après plusieurs mois consacrés à l’écriture d’un nouveau livre pour les éditions Grasset, “Les Fous du Son en librairie depuis le 23 mars, un million de signes, 550 pages pleines d'histoires, de découvertes et d'inventions qui se dévorent avec passion.

Les voi(es)x des ondes

-Toujours le 8, dans le cadre de Banlieues Bleues, Chucho Valdés est attendu au Nouveau Théâtre de Montreuil (20h30) pour un hommage à Irakere, formation qu’il mit sur pied en 1973 et avec laquelle il rénova la musique cubaine, lui donnant un aspect funk dans Bacalao Con Pan, des voix et des tambours batá dans Misa Negra, deux morceaux emblématiques d’Irakere (Jungle en Yoruba) aujourd’hui confiés aux musiciens de ses Afro-Cuban Messengers. Des compositions plus récentes et des reprises de quelques thèmes que le pianiste affectionne – Tabú de Margarita Lecuona sœur du pianiste et compositeur Ernesto Lecuona, Los Caminos de Pablo Mianés Arias, un des fondateurs de la Nueva Trova Cubana – s’ajoutent à ce répertoire que l’on peut découvrir dans le dernier disque de Chucho, “Tribute to Irakere (Jazz Village), enregistré live à Marciac en août 2015.

Les voi(es)x des ondes

-Prévu le 8 décembre dernier au New Morning, le concert de sortie de “The Whistleblowers”, réunissant David Linx (chant), Paolo Fresu (trompette et bugle) et Diederick Wissels (claviers) fut annulé en raison des sanglants évènements qui endeuillèrent Paris. On retrouvera la formation au Café de la Danse le 14 à 20h00 avec la section rythmique du disque, Christophe Wallemme à la contrebasse et Helge Andreas Norbakken à la batterie. La musique est si bonne que l’on on se passera des cordes présentes dans cinq plages de l’album pour se laisser porter par le chant inspiré d’un bugle rêveur, par la voix aérienne d’un chanteur au meilleur de sa forme.

Les voi(es)x des ondes

-Lauréat de la Thelonious Monk Jazz Piano Competition en 2011, Kris Bowers retrouve le Duc des Lombards le 18. Le club l’avait invité en juillet 2014 pour jouer les morceaux de l’album qu’il venait de sortir, “Heroes + Misfits” (Concord), un étonnant mélange de jazz, de soul et de hip hop bénéficiant d’une large palettes de couleurs et d’orchestrations inventives. Grâce à son moteur de recherche, vous en trouverez la chronique enthousiaste dans ce blog. Au Duc, le pianiste sera accompagné par des musiciens à découvrir : Nick Croes (guitare), Alex Bonfanti (contrebasse) et Jamie Peet (batterie).

Les voi(es)x des ondes

-Olivier Hutman au Sunside le 20 avec Marc Bertaux à la basse électrique et Tony Rabeson à la batterie. Des retrouvailles, car mis à part un concert en mars dernier à Villiers le Bel, ils n’avaient plus joué ensemble depuis vingt sept ans. Ils ont enregistré deux albums : “Six Songs” pour JMS en 1983, disque qui valut à Olivier le Prix Boris Vian de l’Académie du Jazz (meilleur disque de jazz français) et “The Man With the Broken Tooth” en 1987 pour Cerise Productions. Outre du piano, Olivier jouera du Fender Rhodes dans un contexte plus électrique que d’habitude. D’autres couleurs pour sa musique dans laquelle le blues tient une place importante et qui, confiée à trois complices, promet de bonnes surprises.

Les voi(es)x des ondes

-Le 22 et le 23, Enrico Pieranunzi retrouve le Sunside. Avec lui, Diego Imbert à la contrebasse et André Ceccarelli à la batterie deux musiciens avec lesquels il aime jouer lorsqu’il visite Paris. Garante du tempo, la contrebasse du premier entretient un dialogue actif avec ses partenaires, s’attache à rendre aussi lisible que possible la ligne mélodique des morceaux provenant d’un vaste répertoire. La batterie du second accompagne sans peine ce piano rubato qui aime changer de tempo, cultive avec humour la phrase inattendue. La main gauche du Maestro plaque de puissants accords, des notes élégantes qu’il assemble avec un grand sens de la forme. Ses doigts harmonisent et colorent les thèmes superbes qu’il invente, font chanter et respirer de grands standards qu’il fait bon écouter.

Les voi(es)x des ondes

-Michael Wollny au Goethe Institut le 28 (17, avenue d’Iéna à 20h00) Un concert événement, car le pianiste allemand se produit rarement à Paris. Récipiendaire en 2014 avec John Taylor du Prix du Jazz Européen décerné par l’Académie du Jazz, il ne put venir récupérer son trophée au théâtre du Châtelet en janvier 2015, année qui vit paraître sur ACT “Nachtfahrten” (“Trajets de nuits”), album très remarqué rassemblant des compositions originales teintées de romantisme, et des reprises inattendues, Bernard Herrmann et Angelo Badalamenti y côtoyant Guillaume de Machaut. Quatorze pièces brèves, des morceaux aux tempos lents, aux ambiances inquiétantes. Avec lui, le bassiste suisse Christian Weber et Eric Schaefer, son batteur habituel dont la puissante grosse caisse est souvent mise en avant dans ses disques, dans “Weltentraum” son précédent opus (2014) également très réussi. Un concert à ne pas manquer organisé avec la collaboration de l’Académie du Jazz. Réservation obligatoire compte tenu de la petitesse de la salle.

Les voi(es)x des ondes

-Ne manquez pas le 30 avril la 5ème édition de la Journée Internationale du Jazz, le Jazz Day 2016 proclamée par l’UNESCO pour promouvoir le jazz comme élément de dialogue universel et facteur de paix entre les peuples. Des concerts, des conférences et des master classes se tiendront dans de nombreux quartiers de Paris. Beaucoup de musiciens inconnus, de formations à découvrir sont ainsi proposés aux curieux. La présence du Ernie Watts Quartet au Duc des Lombards relève cette année le niveau de la manifestation. On consultera attentivement son programme.

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Espace Sorano : www.espacesorano.com

-New Morning : www.newmorning.com

-Banlieues Bleues : www.banlieuesbleues.org

-Café de la Danse : www.cafedeladanse.com

-Goethe Institut : www.goethe.de/paris

-Journée Internationale du Jazz (Jazz Day 2016) : www.jazzdayparis.com

 

Crédits Photos : Laurent de Wilde © Pierre de Chocqueuse – Lou Tavano © Alice Lemarin / ACT – Paul Lay © Philippe Marchin – Chucho Valdés © Francis Vernhet – David Linx, Paolo Fresu & Diederick Wissels © Roberto Cifarelli – Olivier Hutman, Marc Bertaux & Tony Rabeson © Viana Hutman – Lew Tabakin, Gil Evans Paris Workshop, Florian Pellissier Quintet, Francesco Bearzatti Tinissima 4Et, Kris Bowers, Enrico Pieranunzi / Diego Imbert / André Ceccarelli © Photos X/D.R.

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25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 09:44
Pâques : le blogueur Goes to Church

Peu d’amateurs de jazz français connaissent Hans Ulrik, saxophoniste danois né en 1965 très apprécié dans son pays. Son imposante discographie comprend des enregistrements avec John Scofield, Lars Danielsson et Peter Erskine (“Short Cuts” en 2000), Steve Swallow, Bobo Stenson et Ulf Wakenius (“Believe in Spring” en 2008). Gary Peacock, Adam Nussbaum et Eiving Aaset ont également travaillé avec Ulrik, musicien qui, pour Pâques, nous emmène à l’église. Avec lui, le blogueur de Choc “Goes to Church” (pour reprendre le titre d’un disque en big band de Carla Bley) et vous invite à le suivre.

Pâques : le blogueur Goes to Church

En 2015, Hans Ulrik fut invité à composer la musique d’un office religieux pour célébrer le 75ème anniversaire de l’église Grundtvig. Depuis 1940, date de son inauguration officielle, elle se dresse, majestueuse sur la colline du Bispebjerg au nord ouest de Copenhague. C’est son architecte, Peder Vilhelm Jensen Klint, qui eut l’idée de bâtir une église à la mémoire de Nikolai Frederik Severin Grundtvig (1783 - 1872), pasteur luthérien, écrivain, poète, historien et pédagogue (peint ici par Constantin Hansen) dont l’influence fut grande sur la culture danoise. À la première pierre posée en 1921, furent ajoutées six millions de briques de couleur ocre. Car l’édifice, plutôt imposant, peut accueillir 1.800 personnes. La hauteur de son campanile fait 49 mètres. Hautes de 22 mètres, ses trois nefs ont une longueur totale de 76 mètres et une largeur de 35 mètres. Si Klint s’est inspiré de l’église traditionnelle du village danois c’est pour lui donner la dimension harmonieuse d’une cathédrale gothique.

Hans ULRIK : “Suite of Time” (Stunt Records / Una Volta Music)

Pâques : le blogueur Goes to Church

Introduite par un prélude, complétée par un hymne, un sacrement et un postlude, la Suite of Time d’Hans Ulrik (saxophones ténor et soprano) comprend quatre mouvements, chacun d’eux associé à une date chapitrant un texte de l’historien Henrik Jensen que le livret de l’album reproduit. Examinant la période écoulée depuis la construction de l’église, Jensen met en avant les années 1945 (fin de l’occupation allemande le 5 mai), 1967 (le Summer of Love), 1989 (chute du mur de Berlin le 9 novembre) et 2001 (destruction des tours jumelles du World Trade Center le 11 septembre).

Pâques : le blogueur Goes to Church

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la musique de ce disque n’est en rien religieuse. Faites la écouter à un mélomane averti, il vous dira que c’est du jazz à cent pour cent. Même l’hymne Min Jesus, lad mit hjerte få (Mon Jésus, laisse mon cœur te recevoir) et le sacrement O du Guds lam (O, Agneau de Dieu) relèvent du jazz. Pour le jouer, cinq excellents musiciens inconnus à nos oreilles, la sixième, Marilyn Mazur qui brille aux percussions sur trois plages, nous étant familière. La section rythmique a beau se révéler excellente avec Kaspar Vadsholt à la contrebasse (ses basses rondes, profondes et pneumatiques font danser la musique) et Anders Mogensen à la batterie, la batteuse / percussionniste apporte un foisonnement rythmique appréciable à la musique, et ce dès le Præludium (prélude) qui ouvre le disque. Ulrik le joue au soprano et en est le seul soliste. Le lyrisme de son chorus, sa sonorité volumineuse ne laissent pas insensible et l’orchestration soignée du morceau donne une idée de la qualité de ce qui va suivre.

Pâques : le blogueur Goes to Church

À commencer par la longue pièce de résistance de l'album, cette Suite of Time en quatre parties introduite par Ulrik au ténor. Confiée à Peter Rosendal qui joue aussi du piano électrique Wurlitzer, une trompette basse (une octave plus basse que la trompette habituelle) double subtilement le thème puis toujours en compagnie du ténor, ajoute des riffs derrière le solo d‘Henrik Gunde, le très actif pianiste de la séance. Porté par une section rythmique qui a adopté un confortable tempo de croisière, le morceau swingue comme aux plus beaux jours du jazz. Le ténor a repris la main avant de laisser le batteur démarrer le mouvement suivant, un thème riff au tempo encore plus rapide sur lequel Ulrik improvise de courtes phrases mélodiques. Derrière lui, la basse ronronne, la batterie assure un bon vieux ternaire et les claviers chantent. La troisième partie de l’œuvre met en valeur la contrebasse de Kaspar Vadsholt. Trompette basse (flugabone) et saxophone exposent son thème magnifique. C’est au tour du piano d’introduire la partie suivante tout aussi lyrique et captivante, pleine de swing et de souffle. Après une dernière improvisation du ténor, c’est au tour des deux pianistes de dialoguer, de mêler leurs timbres, le batteur mettant un point final à cette suite inspirée.

Pâques : le blogueur Goes to Church

Trois autres plages lui succèdent. L’hymne Min Jesus, lad mit hjerte få, une ballade, fait entendre une mélodie superbe. Le saxophone la décline, le piano la trempe dans un bain harmonique qui lui donne de tendres couleurs. Marilyn Mazur enrichit à nouveau l’espace sonore de ses percussions. Elle fait de même dans The Sacrement / O du Guds Lam, un morceau plus tendu, plus sombre, son thème hypnotique se voyant répété ad libitum. Peter Rosendal s’offre enfin un chorus de trompette basse dont le timbre évoque beaucoup celui du trombone. La tension s’estompe, remplacée par le chant apaisé du soprano. C’est sur ce dernier instrument, en duo avec son pianiste, qu’Hans Ulrik, en état de grâce, achève sa “Suite of Time par un sobre Postludium (postlude) dans lequel il reprend le thème d’ouverture et conclut magnifiquement une œuvre impressionnante.

Pâques : le blogueur Goes to Church

Photos X/D.R.

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17 mars 2016 4 17 /03 /mars /2016 10:14
 Ian SHAW “The Theory of Joy” (Jazz Village / Harmonia Mundi)

Un nouveau disque de Ian Shaw sur le label Jazz Village, voilà une bonne nouvelle. Les jazzmen britanniques ne traversent pas souvent la Manche pour nous rendre visite. On les voit peu, on les connaît mal, bien que certains d’entre eux nous soient familiers. Jamie Cullum qui admire Ian Shaw le considère comme le meilleur chanteur de Grande-Bretagne. Moi aussi. Le Prix du Jazz Vocal de l’Académie du Jazz qui lui échappa de peu en 2006 ne l’empêcha pas de venir chanter au foyer du Châtelet lors de la remise des prix en décembre. Vainqueur cette année-là des BBC Jazz Awards, Shaw se produisit quelques mois plus tard au Sunside. Entièrement consacré au répertoire de Joni Mitchell, “Drawn to All Things” (Linn Records) était la principale cause de cet engouement médiatique. Outre A Case of You et River qu’affectionnent les jazzmen, Shaw reprend une douzaine d’autres chansons de la songwriter canadienne, les habille de couleurs inédites et en donne des versions personnelles. Cette réussite n’empêcha pas le chanteur, célébré dans de nombreux pays, de se faire oublier dans l'hexagone.

 Ian SHAW “The Theory of Joy” (Jazz Village / Harmonia Mundi)

Après plusieurs albums mal distribués, Ian Shaw fait à nouveau l’actualité avec “The Theory of Joy enregistré l’été dernier avec trois de ses compatriotes. Pianiste très demandé en studio, auteur de plusieurs disques en trio pour Moletone Records, Barry Green sert la voix de Shaw avec beaucoup d’à propos et de finesse. Brillant improvisateur, il se plait à préserver la ligne mélodique des morceaux qu’il interprète, sa parfaite connaissance du vocabulaire du jazz lui permettant aisément de swinguer. Avec lui, la contrebasse solide de Mick Hutton et le drumming précis de Dave Ohm assurent des tempos pneumatiques, un confort qui profite assurément à la musique. Bien entouré, Ian Shaw n’a pas à forcer son talent pour séduire dans un répertoire étonnamment éclectique. Car le chanteur enthousiasme constamment par sa justesse, le parfait placement rythmique de sa voix. You Fascinate Me So que chantait Blossom Dearie bénéficie de cette fluidité et dans Everything que Barbara Streisand popularisa en 1976, Shaw module longuement ses notes, trouve les intonations qui conviennent pour raconter l’histoire que contient la chanson. You’ve Got to Pick a pocket or Two, un des thèmes de la comédie musicale “Oliver ! adaptée à l’écran par Carol Reed, est tout aussi enlevé. De même que In France They Kiss on Main Street de Joni Mitchell, en partie transformé par le quartette. Une autre reprise, The Low Spark of High Heeled Boys du tandem Steve Winwood / Jim Capaldi, hérite aussi d’un nouvel arrangement. On peut toutefois lui préférer la longue version à l’instrumentation plus conséquente qu’en donna Traffic en 1971 dans l’album du même nom.

 Ian SHAW “The Theory of Joy” (Jazz Village / Harmonia Mundi)

Sobrement chanté dans les deux langues, Ne me quitte pas, en anglais If You Go Away, n’égale pas la version qu’en donna Nina Simone. La voix rauque et plaintive de cette dernière fait la différence bien que Shaw chante avec émotion, ce qu’il fait très bien dans les ballades. Il parvient mieux à convaincre dans Brother, une chanson écrite à la mémoire de son frère Gareth disparu deux ans avant sa naissance. Une autre ballade, une reprise de How Do You Keep the Music Playing composé en 1982 par Michel Legrand pour le film “Best Friends (un tube pour Patti Austin un an plus tard) illumine ce disque, véritable boîte à merveilles. Where Are We Now, un extrait de “The Next Day, album que David Bowie fit paraître en 2013, en reste l’indépassable sommet. Accompagnée par une contrebasse à la sonorité ronde et pleine, un piano lyrique et enveloppant, des tambours caressés, la voix souple et agile de Ian Shaw, une voix de baryton martin, la plus élevée des voix graves, traduit pleinement la nostalgie de cette évocation berlinoise et nous touche profondément.

“The Theory of Joy” est également disponible en double album vinyle comprenant trois titres supplémentaires : Last Man Alive, The Shadow et Born to Be Blue (Mel Tormé).

 

Photos © Tim Francis

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10 mars 2016 4 10 /03 /mars /2016 09:06
Avec tambour et trompettes

Deux disques de trompettistes sortent simultanément sur ECM. Hommage à son père récemment disparu, celui d’Avishai Cohen est plus émouvant et accessible que celui de Ralph Alessi au lyrisme plus abstrait, à l'approche plus difficile. Les deux albums ont toutefois en commun de réunir le même batteur, Nasheet Waits, et de proposer des paysages mélancoliques envoûtants, une musique modale que Yonathan Avishai et Gary Versace, les pianistes de ces deux séances, font intensément respirer.

 

Ralph Alessi Quartet : “Quiver” (ECM / Universal)

Avec tambour et trompettes

Trompettiste très demandé à New York, Ralph Alessi est un peu mieux connu ici depuis la sortie de “Baida, son premier disque pour ECM en 2013. Un album en duo avec Fred Hersch, un autre plus récemment avec Enrico Pieranunzi mettent enfin en lumière un musicien qui a d’excellents disques mal distribués à son actif. Également enregistré pour ECM, “Quiverreprend la même section rythmique de “Baida, le fidèle Drew Gress à la contrebasse et Nasheet Waits à la batterie. Jason Moran cède toutefois le piano à Gary Versace sans que la musique n’en soit réellement transformée. Moins audacieux, ce dernier donne de l’élégance à ces pièces austères et largement improvisées, des compositions ouvertes, mélancoliques (Window Goodbyes), presque toujours construites sur des tempos lents ou médiums, excepté Do Over, une ritournelle fermant l’album. Énergique dans Scratch, mais souvent utilisée comme un instrument mélodique, la batterie met en avant ses timbres et apporte des couleurs au tissu musical. Comme ses collègues, Nasheet Waits participe pleinement à cette création collective, des compositions signées par Alessi dans lesquelles tous s’expriment et déposent leurs idées. La trompette de ce dernier y tient bien sûr une place prépondérante. Dès Here Tomorrow qui ouvre le disque, elle impose sa sonorité élégante et ronde, cuivrée et travaillée, s’envole sur les accords arpégés du piano. Malgré sa discrétion, Versace reste son interlocuteur privilégié. Il assoit et structure les propositions mélodiques du leader, impose ses choix harmoniques. Il faut attendre Smooth Descent, la troisième plage, pour l’entendre prendre un vrai chorus, le découvrir dans un solo si fluide qu’on le croirait écrit. Pianiste du John Hollenbeck Large Ensemble et du Refuge Trio, mais aussi organiste et accordéoniste au sein du Maria Schneider Orchestra, il pratique un jeu subtil et économe, n’hésite pas dans Heist à détacher chacune de ses notes, à les rendre rêveuses dans Gone Today, Here Tomorrow, pièce abstraite de près de dix minutes qui se tend, se détend, se transforme, et dans laquelle les musiciens rivalisent d’invention.

Ralph Alessi et les musiciens de “Quiver seront au Duc des Lombards le 19 mars (deux concerts, 19h30 et 21h30).

Avec tambour et trompettes

Avishai COHEN : “Into The Silence (ECM / Universal)

Avec tambour et trompettes

Dans ce disque, le premier que le trompettiste Avishai Cohen enregistre sous son nom pour ECM, le musicien virtuose économise ses notes, joue de longues phrases tranquilles et aérées qui ne ressemblent pas à ce qu’il fait d’habitude. Life and Death qui ouvre l’album est une pièce particulièrement émouvante. Munie d’une sourdine, sa sonorité ample et profonde évoquant Miles Davis, la trompette entonne un lamento que le piano complice de Yonathan Avishai habille des tendres couleurs du blues. Inspiré par une écoute obsessionnelle des Préludes et des Etudes de Sergueï Rachmaninov, mais aussi par “Out to Lunch d’Eric Dolphy qu’Avishai avait alors constamment en tête, le répertoire de ce disque, des morceaux qu’Avishai Cohen écrivit dans les six mois qui suivirent la mort de son père en novembre 2014, n’a pas été joué avant son enregistrement au Studio La Buissonne en juillet 2015. La seule répétition que s’accorda le trompettiste fut une mise à plat préalable des thèmes avec Yonathan au piano. La contrebasse d’Eric Revis et la batterie de Nasheet Waits fournissent de pertinents commentaires rythmiques. Avec souplesse, ils ouvrent et distendent le temps, le suggèrent. Modale, mélancolique, la musique est spontanément embellie par des musiciens réactifs qui lui offrent beaucoup d’espace. Jamais tributaire des barres de mesure, elle accueille constamment le silence. Invité inattendu, Bill McHenry double au saxophone ténor le thème de Quiescence, une pièce lente au balancement délicat, une des belles mélodies de l’album. Dans Dream Like a Child son saxophone dialogue brièvement avec la trompette et Behind the Broken Glass lui donne l’occasion de prendre un chorus affirmant son lyrisme. Quant au piano, Yonathan Avishai en caresse délicatement ses notes, en joue peu, les choisit bien et les fait merveilleusement sonner. Que se soit avec la seule section rythmique (surtout dans Dream Like a Child, la trompette réveillant tardivement sa longue méditation poétique) ou en solo dans Life and Death - Epilogue, dernière pièce de l’album, il occupe une place essentielle dans le processus créatif.

Crédits Photos : Ralph Alessi © Lena – Avishai Cohen © Catarina di Perri / ECM Records.

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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 09:05
L'amie américaine

Son nom était Harriette Draper mais ses amis l’appelaient Heidi. Lorsque je fis sa connaissance au début des années 80, elle avait quitté l’Amérique et habitait Paris, sur une péniche. Elle aimait le jazz et je travaillais à Jazz Hot. Il m’était donc facile de la faire inviter à des concerts et nous prîmes l’habitude d’y aller ensemble. Née à Boston pendant la guerre, elle s’était familiarisée avec le jazz dans sa jeunesse et lorsque Chet Baker, Stan Getz, Dizzy Gillespie ou Art Blakey et ses Jazz Messengers venaient jouer à Paris, elle se faisait une joie d’aller les entendre. Sensible au jazz de Wynton Marsalis, au poids de la tradition culturelle que véhicule cette musique, elle était également ouverte à un jazz plus moderne, toujours partante pour écouter les musiciens que je lui conseillais.

L'amie américaine

Heidi me faisait confiance et je lui fis découvrir les jazzmen que j’admirais, parmi lesquels bien sûr de très nombreux pianistes. Je pense à Aaron Goldberg, Tord Gustavsen, Gerald Clayton que nous écoutâmes en concert. Celui que donna en solo Brad Mehldau le 10 septembre 2011 à la Cité de la Musique me vient également à l’esprit. Brad nous enchanta ce soir-là par une version inouïe de La Mémoire et la mer qui figure dans le coffret “10 Years Solo Live” édité l’an dernier. La prestation en solo de Marc Copland dans l’auditorium de cette même Cité de la Musique le 7 septembre 2012 fut un autre grand moment pianistique. Nous le retrouvâmes après le concert, Heidi, enthousiasmée par son piano, se faisant prendre en photo avec lui. Sur un autre cliché datant du 3 juillet de l’année précédente, elle est avec Enrico Pieranunzi qu’elle avait beaucoup apprécié en solo au Sunside.

L'amie américaine

Connaissant beaucoup de monde, Heidi organisait souvent des dîners et des fêtes. Elle invitait ses amis et les miens pour mes anniversaires, pour les 14 juillet. Sa péniche restant amarrée port de Suffren, au pied de la tour Eiffel, nous étions très bien placés pour assister aux feux d’artifice. J’ai rencontré chez elle de nombreux artistes, Roland Topor qu’elle appréciait et dont le rire énorme me reste toujours en mémoire, le peintre Michael Bastow qui fit des portraits d'elle, le créateur d’œuvres protéiformes Yujiro Otsuki, les cinéastes Jean Rouch et Richard Leacock qui fut son professeur, ses amies actrices Alexandra Stewart et Gabrielle Lazure. Le producteur Anatole Dauman (Argos Films) lui faisait une cour assidue. Elle le trouvait beaucoup trop vieux mais l‘amusait beaucoup. Diplômée en anthropologie et cinéaste militante, elle réalisa plusieurs films dont “Take It Backconsacré au candidat démocrate Howard Dean dont elle suivit en 2004, en Iowa, la campagne pour les primaires américaines, “Home Sweet Home coréalisé avec le cinéaste Michael Raeburn et consacré à l’histoire de leurs familles respectives, et “The Musical Steppes of Mongolia réalisé avec l’ethnomusicologue Alain Desjacques en 1995.

Heidi s’était installée au Mexique, à San Miguel de Allende, et ces dernières années, je la voyais l’été, entre deux déplacements. Nous poursuivions nos sorties dans les clubs de la capitale, profitant de ces soirées musicales pour dîner ensemble. Elle avait vendu sa péniche et rapatrié ses affaires au Mexique et projetait d’y organiser un festival de jazz. Les concerts du quartette de Bruno Angelini au Triton le 1er juillet, de Ronnie Lynn Patterson au Sunside le 7 juillet et du trio de René Urtreger le 28 août dans ce même club furent les derniers que nous vîmes ensemble. Elle n’avait jamais été malade et je la croyais en bonne santé lorsque le 24 janvier je reçus d’elle, de New York, la triste nouvelle de sa fin proche. Elle avait un cancer en phase terminale, me renouvelait son amitié et me remerciait pour tous ces merveilleux concerts partagés. Son fils Ahab m’annonçait son décès une semaine plus tard. Le jazz perd une amie, ma grande amie américaine.

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

L'amie américaine

-Réunissant Christian Gaubert (piano), Jannick Top (basse électrique) et André Ceccarelli (batterie) Ligne Sud est attendu au Duc des Lombards le 3. Avec eux Christophe Leloil (trompette) et Thomas Savy (saxophone soprano, clarinette basse) qui les accompagnent dans “Lendemains Prometteurs (Cristal Records), leur second album. Compositeur, arrangeur et chef d’orchestre né à Marseille le 29 juin 1944, Christian Gaubert revient ainsi au jazz après avoir consacré une bonne partie de sa carrière au cinéma. On lui doit notamment les arrangements d’“Un homme et une femme” et de “Vivre pour vivre”, des thèmes écrits par Francis Lai avec lequel il collabora étroitement. Pianiste et compositeur habile, il sait mettre en lumière ses propres œuvres, des pièces lyriques que ses complices trempent dans un swing irrésistible.

L'amie américaine

-Le saxophoniste Benny Golson au Petit Journal Montparnasse le 5. Né en 1929, ce n’est plus un tout jeune homme et son glorieux passé a fait de lui une légende. Compositeur, il a écrit des thèmes que bien d’autres ont repris, des standards dont il confia certains aux Jazz Messengers dont il fut un temps le directeur musical. Along Came Betty, Stablemates, Whisper Not, I Remember Clifford et Blues March en sont les plus célèbres. Ceux qui aiment le jazz se souviennent aussi du Jazztet, formation qu’il codirigea avec le trompettiste Art Farmer. Agé de 87 ans, le saxophoniste possède toujours une sonorité chaude et généreuse au ténor. Il se lance en quartette dans une tournée européenne qui le verra probablement s’économiser, prendre le temps de respirer. Antonio Faraò au piano, Gilles Naturel à la contrebasse et Doug Sides (batterie) seront là pour l’aider.

L'amie américaine

-Toujours le 5, une soirée 100% jazz au féminin à la Philharmonie de Paris (20h30) avec Ladies !, formation réunissant Cécile McLorin Salvant (chant), Ingrid Jensen (trompette), Anat Cohen (clarinette), Renée Rosnes (piano, en photo), Melissa Aldana (saxophone), Linda Oh (contrebasse) et Terri Lyne Carrington (batterie). Certaines d’entre-elles nous sont connus. Cécile vient récemment d’obtenir un Grammy Award pour son dernier album qui a également reçu le Prix du Jazz Vocal 2015 de l’Académie du Jazz, et Renée a tourné l’an dernier en Europe avec Ron Carter. Epouse de Bil Charlap avec lequel elle a enregistré un remarquable “Double Portrait pour Blue Note, c’est également une grande pianiste qui assumera la direction de cet orchestre pas comme les autres.

L'amie américaine

-Kenny Barron et son trio au New Morning le 10. Le pianiste joue avec Kiyoshi Kitagawa (contrebasse) et Johnathan Blake (batterie) depuis une bonne dizaine d’années. Avec eux, il reprend son vaste répertoire, revient sur d’anciennes compositions, en ajoute quelques nouvelles. Son nouveau disque “Book of Intuition” sort le 4 mars sur Impulse. Il en jouera probablement des extraits, des versions probablement meilleures que celles un peu plan-plan que contient l’album. Car le pianiste dont les harmonies raffinées trempent dans le bop est souvent meilleur devant un public qu’en studio. Les deux disques qu’il enregistra en avril 1996 au Bradley’s (avec Ray Drummond à la contrebasse et Ben Riley à la batterie) sont là pour le prouver.

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-Enregistrement de l’émission Jazz sur le Vif dans le studio 105 de Radio France le samedi 12 à 17h30. Au programme Alcazar Memories, un trio franco-suédois comprenant Paul Lay au piano, Isabel Sörling au chant et Simon Tailleu à la contrebasse. Chansons populaires françaises (surtout provençales) et suédoises et compositions originales constituent leur répertoire. Le Instant Sharings Quartet de Bruno Angelini (en photo), avec Régis Huby au violon, Claude Tchamitchian à la contrebasse et Edward Perraud à la batterie, assurera la seconde partie. Publié en juin 2015, l’album du même nom (“Instant Sharings”) privilégie couleurs et harmonies, la musique souvent onirique, fruit d’un travail collectif qui, sur scène, laisse beaucoup de place à l’improvisation, traduit l’univers poétique du pianiste.

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-Christian McBride au New Morning le 16 avec le batteur Christian Sands et le batteur Ulysses Owens, Jr. qui l’accompagnent régulièrement depuis trois ans. Digne héritier du grand Ray Brown, McBride, bassiste virtuose, a adopté la formule du trio en 2009 lorsque, obligé d’assurer un concert sans deux des membres de son quintette, il se rendit compte que le trio lui offrait un plus grand espace de liberté. Car avec lui, la contrebasse, instrument mélodique à part entière, s’autorise de véritables dialogues. Christian McBride la fait chanter, en sculpte les notes, en fait sonner les harmoniques. Il la caresse, la flatte et elle ronronne comme un gros chat heureux.

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-Ralph Alessi au Duc des Lombards le 19 avec Gary Versace (piano), Drew Gress (contrebasse) et Nasheet Waits (batterie), musiciens qui l’accompagnent dans “Quiver, le deuxième album que le trompettiste enregistre pour ECM. Le premier “Baida qui réunit à peu près la même équipe – Jason Moran en est le pianiste – a été l’un de mes 13 Chocs de l’année 2013. Le groupe donne à entendre une musique modale et onirique, bien plus lyrique et apaisée que celle que Ralph Alessi joue avec This Against That, formation dont Drew Gress était également le bassiste. On écoutera aussi le trompettiste avec Enrico Pieranunzi dans “Proximity disque récemment chroniqué dans ce blogdeChoc.

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-Chanteuse inclassable dont la voix escalade trois octaves, Marjolaine Reymond présentera le 20 au Sunside les morceaux de “Demeter No Access”, son prochain disque. Confié un temps à David Patrois, le vibraphone se voit finalement remplacé par le piano de Bruno Angelini et Julien Dubois (saxophone alto) succède à Julien Pontvianne (saxophone ténor), la section rythmique restant inchangée avec Xuan Lindenmeyer (contrebasse) et Stefano Lucchini (batterie). Consacré à la poétesse Emily Dickenson, “To Be an Aphrodite or not to Be”, son dernier album, date de 2013. Elle en reprendra probablement des extraits.

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-Le 21 au théâtre du Châtelet, Patrice Caratini tentera de résumer son demi-siècle d’aventures musicales en invitant quatre générations de musiciens à rejoindre son Jazz Ensemble, dans les rangs duquel officie quelque uns de nos meilleurs jazzmen français. Parmi les très nombreux invités du contrebassiste, compositeur, chef d’orchestre et arrangeur citons Martial Solal et Gustavo Beytelmann (piano), Marcel Azzola (accordéon) Sarah Lazarus (chant), Thierry Caens (trompette), l’Orchestre Régional de Normandie, mais aussi Maxime Le Forestier qui interprétera Le fantôme de Pierrot, une chanson de l’album “Hymne à sept temps” que Patrice avait orchestré en 1976.

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-Le pianiste italien Franco d’Andrea au Sunside le 25 avec Daniele d’Agaro (clarinettes) et Mauro Ottolini (trombone). En janvier 2011, il recevait des mains de Jean-Luc Ponty le Prix du Musicien Européen décerné par l’Académie du Jazz au théâtre du Châtelet. Membre de la formation d’Aldo Romano à la fin des années 80, auteur d’un album en trio pour Owl Records dont je ne me lasse pas d’écouter (“Volte” un enregistrement de 1989) et d’une vaste somme pianistique pour Philology, (huit disques en solo), Franco D’Andrea reste méconnu en France. Son dernier disque, un coffret de trois CD(s) enregistrés à Rome et en public, le fait entendre en solo et à la tête de deux formations différentes dont un sextet inventif (ses deux compatriotes qui l’accompagnent au Sunside en sont membres) se consacrant à la musique de Thelonious Monk.

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-René Urtreger au Sunside le 26 et le 27 avec Yves Torchinsky à la contrebasse et Eric Dervieu à la batterie, ses musiciens complices grâce auxquels son piano chante et danse avec plus de facilité que d’autres. Le 26, René invite Géraldine Laurent à souffler dans son saxophone alto, à rendre plus énergique encore sa musique, un jazz inventé par Bud Powell (son idole) et Thelonious Monk, ce be-bop qui grâce à lui et quelques autres reste vivant et toujours joué. Géraldine aime ce répertoire. Comme René, elle le reprend dans ses disques, joue Gallop’s Gallop et Nica’s Tempo (dans son album “Around Gigi” largement consacré à Gigi Gryce), Epistrophy dans “At Work”, récemment primé par l’Académie du Jazz. Géraldine et René se sont récemment retrouvés sur la scène du Théâtre du Châtelet pour fêter les 60 ans de l’Académie du Jazz et s’entendent à mettre leur technique au service d’une musique dont ils entretiennent la mémoire.

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-Les 29 et 30 mars au Duc des Lombards, Pierre Perchaud (guitare), Nicolas Moreaux (contrebasse) et Jorge Rossy, batteur des premiers disques de Brad Mehldau, joueront le répertoire de “Fox” disque qui a pu voir le jour grâce à un « crowdfunding » (financement participatif). Loin d’exhiber une virtuosité stérile, les trois hommes construisent ensemble une musique aux harmonies subtiles et délicates. Entre John Scofield, Kurt Rosenwinkel et Jim Hall, la guitare de Perchaux associe finesse d’expression à une sonorité travaillée. Auteur de trois des dix pièces que contient l’album, Nicolas Moreaux, est aussi un compositeur qui apporte de vraies mélodies au groupe. Les tempos lents et médiums favorisent le lyrisme que les musiciens prennent le temps d’exprimer, ciselant leurs notes comme des orfèvres leurs pierres précieuses. Leur version de And I Love Her en est une assurément. On l’écoute comme dans un rêve.

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-Le 30, Frédéric Borey retrouve le Sunside avec les musiciens de “Wink” son dernier album dont j’ai dit tout le bien dans ce blog. Michael Felberbaum (guitare), Leonardo Montana (piano), Yoni Zelnik (contrebasse) et Fred Pasqua (batterie) entourent le saxophoniste s’exprimant au ténor, un instrument dont il parvient à obtenir une sonorité originale. Avec eux, Frédéric Borey revisite des standards, les réinvente comme si ce matériel thématique venait de voir le jour. Des œuvres de George Gershwin (Bess, you is my Woman Now, My Man’s Gone Now), de Cole Porter (Get Out of Town), de Bill Evans (Blue in Green) sans oublier une version tonique de Boplicity sont confiés à un arrangeur qui les habille d’harmonies et de rythmes nouveaux, leur apporte des couleurs inédites. Ses relectures audacieuses méritent le déplacement.

L'amie américaine

-La 33ème édition de Banlieues Bleues se déroulera du 18 mars au 15 avril. Peu de concerts m’interpellent en mars, le festival abritant les couleurs de très nombreux genres musicaux. On pourra toutefois investir la Maison du Peuple de Pierrefitte-sur-Seine le 26 pour y écouter le guitariste Biréli Lagrène avec Franck Wolf (saxophones ténor et soprano), Mathieu Chatelain (guitare) et Diego Imbert (contrebasse). Rendez-vous en avril, avec le Tinissima 4Et du saxophoniste Francesco Bearzatti à Tremblay-en-France (le 6) et le pianiste Chucho Valdés à Montreuil (le 8) dans un hommage à Irakere.

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Petit Journal Montparnasse : www.petitjournalmontparnasse.com

-Cité de la Musique - Philharmonie de Paris : www.philharmoniedeparis.fr

-New Morning : www.newmorning.com

-Jazz sur le Vif : www.maisondelaradio.fr/concerts-jazz

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Théâtre du Châtelet : www.chatelet-theatre.com

-Banlieues Bleues : www.banlieuesbleues.org

 

Crédits Photos : Harriette Draper, Renée Rosnes, Bruno Angelini, Marjolaine Reymond © Pierre de Chocqueuse – Ligne Sud Trio, Benny Golson, Ralph Alessi, Patrice Caratini, René Urtreger & Géraldine Laurent, Frédéric Borey © Philippe Marchin – Kenny Barron Trio © Impulse ! Records – Christian McBride Trio © Chi Modu – Franco d’Andrea © Riccardo Musacchi – Pierre Perchaud / Nicolas Moreaux & Jorge Rossy © Photo X/D.R.

Published by Pierre de Chocqueuse - dans Edito tout beau
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23 février 2016 2 23 /02 /février /2016 09:12
Soir de fête

Présidée par François Lacharme, l’Académie du Jazz fêtait ses soixante ans au théâtre du Châtelet le 8 février et, pour la première fois de son histoire, accueillait le grand public lors d’une soirée de gala au cours de laquelle elle dévoila son palmarès 2015. La remise des prix fut toutefois écourtée au profit d’un programme musical varié et attractif, la musique restant la grande gagnante de cette soirée inoubliable.

Soir de fête

Un All Stars d’anciens lauréats du Prix Django Reinhardt en constituait la première partie. Récipiendaire du prix en 1961, René Urtreger eut l’honneur d’ouvrir les festivités. Il choisit une composition récente, Timid, dédiée à Agnès Desarthe qui termine d’écrire un livre sur le pianiste pour les Éditions Odile Jacob (parution prévue au printemps). Après cette belle prestation en solo, René fut rejoint sur scène par Airelle Besson et Eric Le Lann (trompettes), Géraldine Laurent, Pierrick Pedron et Stéphane Guillaume (saxophones), Henri Texier (contrebasse) et Simon Goubert (batterie). Summertime (dans une réduction du superbe arrangement de Gil Evans) et Milestones furent ainsi joués en octette.

Soir de fête
Soir de fête

Toujours avec René Urtreger au piano, Henri Texier à la contrebasse et Simon Goubert à la batterie, Airelle Besson et Stéphane Guillaume nous offrirent une belle version de Django, un thème de circonstance. Géraldine Laurent et Eric Le Lann firent de même dans The Man I Love et dans What’s New, Airelle s’associa au saxophone alto de Pierrick Pedron, les huit musiciens de l’orchestre constituant ainsi des quintettes au personnel interchangeable. Autre temps fort, une relecture acrobatique de The Bridge (Sonny Rollins), exploit réalisé sans piano par les trois saxophones, la contrebasse et la batterie. Les lauréats du Prix Django Reinhardt remplissaient aussi la salle. Antoine Hervé, Laurent Cugny, Pierre de Bethmann, Jean-Louis Chautemps, Laurent de Wilde, Sophia Domancich, Médéric Collignon, j’en oublie bien sûr, n'avaient pas voulu manquer l’événement. D’autres non plus. Le Châtelet, archi-comble, avait un air de fête.

Soir de fête

Après un court entracte, François Lacharme revint sur scène remercier les sociétés civiles (SACEM, SPEDIDAM, ADAMI) et les partenaires de l’Académie parmi lesquels la Fondation BNP Paribas dont l’Académie bénéficie depuis plusieurs années du généreux mécénat. La remise des prix fut courte. Peu de blabla, mais le micro laissé à des lauréats heureux qui prirent le temps de le dire. Le Prix du Disque Français fut remis à Géraldine Laurent pour “At Work(Gazebo / L'autre distribution), un disque en quartette produit par le pianiste Laurent de Wilde qui recueille bien des récompenses, l’Académie Charles Cros l'ayant également primé.

Soir de fête

Récompensé pour l’ensemble de son œuvre, John Surman qui vit à Oslo avait fait le voyage pour recevoir Le Prix du Jazz Européen et participer au concert. Pianiste du Duke Orchestra, Philippe Milanta obtenait le Prix du Jazz Classique pour “For Duke and Paul”, un album enregistré avec le saxophoniste André Villeger. Quant au très convoité Prix Django Reinhardt, la plus prestigieuse récompense que décerne chaque année l’Académie, il échut à Paul Lay, qui au piano nous offrit une version de Cheek to Cheek aussi moderne et audacieuse qu’inattendue.

Soir de fête

Le rideau se leva sur le Duke Orchestra* dirigé avec talent et savoir-faire par Laurent Mignard. On est soulevé par le swing, la puissance sonore des sections, conquis par la beauté et l’intelligence d’un répertoire intemporel. L’orchestre attaqua très fort avec Kinda Dukish couplé avec Rockin’in Rhythm, morceaux qui firent trembler les murs du théâtre, Philippe Milanta nous offrant un mirifique solo de piano. Carl Schlosser fit chanter Cop Out à son saxophone ténor. Didier Desbois brilla à l’alto dans Things Ain’t What They Used to Be et le saxophone baryton de Philippe Chagne donna expressivité et chaleur à l’immortel(le) Sophisticated Lady, les musiciens, tous excellents, se partageant des chorus mémorables. Un des autres sommets de la soirée nous fut donné avec la Harlem Suite que Duke Ellington enregistra en décembre 1951 pour Columbia. Une partition qui permet à Aurélie Tropez de mettre en valeur sa clarinette. Assurant les effets de growl, la trompette de Jérôme Etcheberry y tient une place importante. Cet orchestre irrésistible est porté par une section rythmique associant étroitement le piano de Philippe Milanta, la contrebasse de Bruno Rousselet et la batterie confiée à Julie Saury, celle de Sam Woodyard acquise récemment par la Maison du Duke*, mariage de trois gros instruments organisant le rythme, posant le temps sur lequel tous les musiciens doivent obéir et se régler.

*Dirigé par Laurent Mignard, le Duke Orchestra comprend : Benjamin Belloir, Gilles Relisieux, Jérôme Etcheberry, Richard Blanchet (trompettes), Nicolas Grymonprez, Michaël Ballue, Jerry Edwards (trombones), Didier Desbois, Aurélie Tropez (saxophones alto, clarinettes), Fred Couderc, Carl Schlosser (saxophones ténor), Philippe Chagne (saxophone baryton, clarinette basse), Philippe Milanta (piano), Bruno Rousselet (contrebasse) et Julie Saury (batterie).

 

* La Maison du Duke : www.maison-du-duke.com

Soir de fête
Soir de fête

Les invités du Duke Orchestra qu’annonçait le programme étaient bien sûr très attendus. Parmi eux, John Surman qui avait apporté son saxophone soprano joua un arrangement de Passion Flower de son ami John Warren, et séduisit le public par sa sonorité veloutée, la douceur de son timbre donnant un surplus de tendresse à ce classique ellingtonien.

Soir de fête

Récipiendaire du Prix Django Reinhardt en 1966, Jean-Luc Ponty avait fait parvenir à Laurent Mignard deux de ses compositions arrangées par Jim McNeely. To and Fro, la première, exige une cadence quelque peu alambiquée. Le violoniste parvint toutefois à s’intégrer facilement à la formation qui avait eu le temps de travailler ses morceaux. Nul autre que lui maîtrise à ce point l’instrument dans le jazz, le musicien virtuose séduisant par sa sonorité heureuse, la chaleur expressive de son timbre. Bénéficiant d’un arrangement plus chatoyant, The Struggle of the Turtle to the Sea, sa seconde pièce, une ballade, fut un des grands moments de cette sacrée soirée. Seul bémol, Sanseverino fut modérément apprécié dans It Don’t Mean a Thing malgré la parfaite tenue du Duke Orchestra pendant sa prestation. Bien chanter Ellington n’est pas à la portée de tous. La longue introduction de Take the “A Train confié au piano, les magnifiques couleurs peintes par les anches et les cuivres que le swing met si bien en mouvement, nous firent oublier le scat approximatif du musicien dont les efforts pour se rapprocher du jazz méritaient indulgence.

Soir de fête

Ce soir de fête s’acheva tard dans la nuit au Sunset. Le Conseil des Vins de Saint-Emilion régalait. Le bleu du jazz se teintait de rouge dans le noir de la nuit.

Photos © Philippe Marchin

Soir de fête

LE PALMARÈS 2015

 

Prix Django Reinhardt :

PAUL LAY

Grand Prix de l’Académie du Jazz :

FRED HERSCH « SOLO »

(Palmetto)

Prix du Disque Français :

GÉRALDINE LAURENT « AT WORK »

(Gazebo/L’Autre Distribution)

Prix du Musicien Européen :

JOHN SURMAN

Prix de la Meilleure Réédition ou du Meilleur Inédit :

ERROLL GARNER « THE COMPLETE CONCERT BY THE SEA »

(Columbia Legacy/Sony Music)

Prix du Jazz Classique :

ANDRÉ VILLÉGER / PHILIPPE MILANTA « FOR DUKE AND PAUL »

(Camille Productions/Socadisc)

Prix du Jazz Vocal :

CÉCILE McLORIN SALVANT « FOR ONE TO LOVE »

(Mack Avenue/Harmonia Mundi)

Prix Soul :

TAD ROBINSON « DAY INTO NIGHT »

(Severn/www.severnrecords.com)

Prix Blues :

HARRISON KENNEDY « THIS IS FROM HERE »

(Dixiefrog/Harmonia Mundi)

Prix du livre de Jazz :

JULIA BLACKBURN « LADY IN SATIN »

(Rivages Rouge/Payot)

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