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19 mai 2017 5 19 /05 /mai /2017 09:25

Comme je l’ai récemment signalé dans ce blog, un livre passionnant sur André Hodeir préfacé par Martial Solal vient de paraître aux Éditions Symétrie. Son auteur Pierre Fargeton a eu accès aux archives du compositeur et s’est livré à des entretiens avec lui. Bien que les nombreuses pages techniques de cet ouvrage avoisinant les 800 pages soit d’un accès difficile pour un amateur de jazz dont les connaissances harmoniques ne dépassent pas la moyenne, “André Hodeir le jazz et son double” est indispensable pour qui veut comprendre la musique d’un immense compositeur, l’un des rares musiciens français à laisser une œuvre profondément originale et qui est aujourd’hui trop peu joué et par trop oublié.       

Violoniste de formation classique, André Hodeir (1921-2011) commença à écrire dans le Bulletin du Hot Club de France, puis à Jazz Hot dont il sera le rédacteur en chef de novembre 1947 à octobre 1951. La revue Disques, les hebdomadaires Paris-Comœdia et Arts dont il fut l’un des collaborateurs lui permirent également d’exprimer ses idées et ses goûts. Membre de l’Académie Charles-Cros de 1948 à 1955, président de l’Académie du Jazz dès sa création en 1954, il s’impliqua aussi à la radio. Outre le Club d’essai, atelier de création créé en 1946, il anima avec André Francis Le Club du Jazz que diffusait Paris Inter, et, entre 1952 et 1953, posséda avec Jeune Musique sa propre émission radiophonique. Panassiéiste à ses débuts, il se brouillera avec son mentor pour adopter une approche plus analytique du jazz, faisant preuve d’une assurance et d’un sens critique sans complaisance. Si “Hommes et problèmes du jazz” (1954), un des livres phares de la critique de jazz, suscita des controverses, André Hodeir déconcerta ses lecteurs avec “Les Mondes du jazz” (1970) son maître-livre, une œuvre littéraire centrée sur lui-même « dont le discours n’est plus sur le jazz mais un discours de jazz » 1*, un ouvrage dans lequel il se penche sur sa propre musique.

Auteur de trois romans et de nombreuses nouvelles, André Hodeir fut d’abord un compositeur dont le travail s’organisa et se développa autour de la forme, pour lui essentielle dans la valeur d’une œuvre. Ses premiers enregistrements avec le Jazz Groupe de Paris qu’il fonda en 1954, ses “Essais”, relèvent d’une écriture contrapuntique souvent virtuose. Hodeir s’approprie les thèmes qu’il emprunte et les renouvèle comme s’il les avait composés, le compositeur prenant le pas sur l’arrangeur avec l’album “Kenny Clarke’s Sextet Plays André Hodeir” enregistré en 1956 avec certains musiciens du Jazz Groupe et Martial Solal qui joue presque toute les parties de piano et des chorus encore improvisés. Hodeir a découvert Thelonious Monk qui donnera « les plus beaux fruits du langage hodeirien » 2*. « Il faut agrandir le jazz pour ne pas avoir à en sortir. » écrit-il dans “Hommes et problèmes du jazz”. Ainsi, dans certaines pièces, il abandonne le contrepoint pour un mouvement de figures sonores qui se promènent dans l’espace musical, se transforment, glissent pour passer d’un état à un autre.

 

Ses nombreuses musiques de film, dont certaines signées avec Henri Crolla témoignent de l’évolution de sa musique “Autour d’un récif” en 1949 ; “Saint-Tropez, devoir de vacances” en 1952 inspiré par les sessions de “Birth of the Cool” de Miles Davis et son allégeance au bop de Charlie Parker ; “Une Parisienne” en 1957, première partition d’Hodeir traitant la voix, celle de Christiane Legrand, comme un instrument ; “Le Palais Idéal” en 1958, une pièce majoritairement atonale ; “Chutes de pierres danger de mort” en 1958, court métrage pour lequel il invente un langage onomatopéique qu’il confie à Christiane Legrand et dont la musique remaniée deviendra en 1960 la Jazz Cantata ; “Les Tripes au soleil” (1959), pour grand orchestre, voix de soprano et groupe vocal, œuvre novatrice sur le plan formel ; “Saint-Tropez Blues” (1960), sa dernière collaboration avec Crolla qui décéda en 1960 ; toutes ces musiques jalonnent un parcours musical exemplaire.

Explorant des domaines non encore défrichés, André Hodeir sera le premier à intégrer le vocabulaire sériel à une partition de jazz, Paradoxe I enregistré par Bobby Jaspar en 1954. Créé en 1952 avec Bernard Peiffer au piano et relevant partiellement de la musique concrète, Jazz et Jazz est le premier morceau de jazz pour bande magnétique préenregistrée, piano et section rythmique. Hodeir la fera revivre en 1960 avec Martial Solal dans son disque “Jazz et Jazz”. Enregistré en partie avec son Jazz Groupe, ce troisième recueil contient flautando, une pièce unique dans l’histoire du jazz qui se distingue par ses cinq parties de flûte enregistrées en re-recording. Monk se fait également entendre dans ses Osymetrios I et II. Par un jeu subtil d’équivalences métriques, Hodeir produit de l’asymétrie dans des structures symétriques, organise l’irrationnel pour renouveler de l’intérieur l’espace musical, lui donner une forme nouvelle. Découverte grâce à Monk et introduite dans sa musique, la discontinuité y bouscule la continuité ordinaire du jazz, une musique ancrée dans le blues qui conserve une pulsation rythmique régulière. Sa tonalité jazzistique s’y exprime dans une logique tonale « dont la dissonance contrôlée assure la cohérence ».

Pendant plusieurs années, André Hodeir rechercha un texte pour l’œuvre vocale de grande ampleur qu’il souhaitait composer. Il le trouva dans le “Finnegans Wake” de James Joyce, séduit par le glissement « d’un état du mot à un autre, d’un état du langage à un autre » que pratique l’auteur, ce même glissement de sonorités que la musique de Monk lui a révélée. Il donna à sa cantate le nom de l’héroïne du livre, Anna Livia Plurabelle, figure mythique, incarnation de toutes les voix féminines, de la Liffey qui traverse Dublin et de toutes les rivières. Conçu au départ pour la radio et diffusé le 20 mars 1968, “Anna Livia Plurabelle”, reste la grande œuvre d’André Hodeir. Confiée à deux voix de femmes (contralto et soprano) celles de Nicole Croisille et de Monique Aldebert dans l’enregistrement de 1966 3*, et à vingt-trois musiciens qui ne jouent jamais tous ensemble, son écriture nécessite un changement constant d’instrumentation. Hodeir y systématise son procédé d’improvisation simulée, terme qu’il utilisa la première fois en avril 1969 à l’occasion d’un de ses concerts. L’œuvre composée, « le créateur l’écrit avec sa main, mais c’est avec le souffle du trompettiste, les doigts du pianiste et les pieds du batteur qu’il la pense et l‘éprouve » écrit-il dans “Les Mondes du jazz”. Œuvre unique tant par sa durée (environ 53 minutes) que par le soin apporté à sa forme, “Anna Livia Plurabelle” ne sera jouée en concert qu’en 1992 sous la direction de Patrice Caratini et à cette occasion réenregistrée.

 

Dédiée à John Lewis et créée le 31 juillet 1972 au festival d’Avignon, dernière œuvre d’importance qu’André Hodeir écrivit avant de choisir de ne plus rien composer pour s’épargner tout « bégaiement créateur », “Bitter Ending” fut enregistré à la Maison de la Radio les 11 et 12 septembre 1972. A l’inverse d’“Anna Livia”, dont le livret est emprunté au même livre de Joyce, les huit chanteurs du groupe vocal, les Swingle Singers au sein duquel brille Christiane Legrand, prennent le pas sur le quintette instrumental dont la fonction reste toutefois très importante. De même que dans “Anna Livia”, Hodeir utilise la technique d’improvisation simulée, le compositeur écrivant les improvisations des musiciens comme si c’était lui-même qui les jouait, les musiciens les interprétant comme des acteurs devant les dialogues qui leur sont proposés. “Bitter Ending” innove surtout par sa texture. Sans négliger le swing et le blues, la musique très mobile se déplace constamment dans le temps et l’espace, matière sonore qui change sans cesse de volume, de rythme, de hauteur, d’intensité, et rend compte de la richesse de la pensée musicale de son auteur. Diffusé le 15 février 1973 dans l’émission Jazz Vivant d’André Francis, “Bitter Ending” sortira en album deux ans plus tard grâce à Henri Renaud, alors responsable du jazz chez CBS France. Cette œuvre d’une durée de 30 minutes, l’une des plus importantes d’André Hodeir, n’a jamais été rééditée. 4 *

Aujourd’hui, sa musique n’est presque jamais interprétée. Le dernier concert donné autour de ses œuvres par le Patrice Caratini Jazz Ensemble date du 3 décembre 2011. De nombreuses séances de répétitions sont nécessaires pour bien la jouer comme si le compositeur avait souhaité préserver son œuvre secrète, ne pas la mettre entre toutes les mains. A-t-elle d’ailleurs sa place dans les festivals aujourd’hui colonisés par le commerce, au sein de programmations dont le jazz n’est souvent qu’un prête-nom ? Une œuvre que le compositeur n’a jamais destiné à devenir un produit de consommation ou de divertissement et qu’il a eu toutes les peines du monde à faire jouer de son vivant. Comme le souligne Pierre Fargeton, il lui aurait fallu des moyens financiers que les institutions publiques lui refusèrent, un orchestre subventionné et à géométrie variable du type ONJ, destiné à servir sa musique et celles de quelques autres. Puisse ce livre passionnant contribuer à la faire redécouvrir.      

 

1* Lorsque l’auteur n’est pas mentionné, les textes entre guillemets sont de Pierre Fargeton.

2* André Hodeir lui a consacré quinze heures d’émissions sur France Musique en 1982.

3* Le disque sortira sur Philips en Amérique en 1969, puis en France, sur le label Epic, deux ans plus tard.    

4 * Si une partie de l’œuvre musicale d’André Hodeir existe aujourd’hui en CD (essentiellement dans la collection Jazz in Paris), “Anna Livia Plurabelle (1ère version) et “Bitter Ending n’ont malheureusement  jamais été réédités.

 

Crédits Photos : André Hodeir en 1960 © Jacques Hartz – André Hodeir & le Jazz Groupe de Paris © Boris Lipnitzki – Martial Solal & André Hodeir en 2008 © Pierre de Chocqueuse – Patrice Caratini & André Hodeir © Christian Rose.

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12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 17:37

Après “Either Way”, un disque à l’instrumentation modeste mais qui fait appel à des cordes dans quatre morceaux, Anne Ducros, seule chanteuse française avec Cécile McLorin Salvant qui parvint à obtenir le Prix du Jazz Vocal de l’Académie du Jazz (en 2001 avec “Purple Songs”), renoue avec le faste orchestral d’“Ella…My Dear”, un album de 2010 arrangé par Ivan Jullien au sein duquel un orchestre d’harmonie (quarante-cinq musiciens) l’accompagne. Combinant cordes et cuivres tout en laissant de la place à quelques solistes, “Brother Brother !”, son nouvel album dédié à son frère récemment disparu et enregistré avec un orchestre symphonique, apparaît comme l’une des grandes réussites de sa déjà longue carrière.

Enregistré en Italie (Milan et Catane) et à Paris, “Brother Brother !” bénéficie des arrangements soignés et convaincants de Giuseppe Emmanuele avec lequel Anne a déjà travaillé. Souvent au piano, ce dernier a également écrit Petals, le seul thème original de l’album. Assumant un projet commercial (dans le bon sens du terme), la chanteuse y reprend des tubes éprouvés, des chansons célèbres associés à Marvin Gaye, Sting, Joe Cocker, Stevie Wonder, Juliette Gréco, Yves Montand et quelques autres. Un disque produit « à l’américaine » dans lequel les bonnes idées ne manquent pas. L’introduction de What’s Going On à la guitare acoustique, l’orchestre rentrant progressivement pour mieux irradier sa mélodie de couleurs, reste une trouvaille. Le vibraphone qui se mêle subtilement aux cordes dans La Bicyclette en est une autre. Quant aux réussites, elles sont également nombreuses dans cet opus flamboyant. You are so Beautiful et l’espiègle Désabillez Moi sont magnifiquement arrangés et chantés. Samba Saravah hérite peu avant sa coda d’un court passage en scat dont les onomatopées chantantes et soyeuses collent parfaitement à la musique.

 

Car utilisant sa voix comme un véritable instrument, Anne Ducros impressionne toujours autant. Son articulation, son phrasé, sa justesse suscitent l’admiration. Ses scats souvent vertigineux traduisent son grand métier. Elle sait comment faire vibrer l’air qui sort de ses poumons, tenir longtemps une note, faire danser les onomatopées qu’elle invente. Qu’elle s’exprime en français ou en anglais, sa prononciation parfaite permet de comprendre tout ce qu’elle chante ce qui devient rare chez les chanteurs et chanteuses qui se produisent aujourd’hui. Même chargé de notes chromatiques, l’espace sonore laisse toujours de la place à la voix et aux solistes, à l’harmonica d’Olivier Ker Ourio dans What’s Going On, au saxophone ténor de Lionel Belmondo dans At Last. Moins célèbres, les musiciens italiens également invités se révèlent tout aussi talentueux, que ce soit Giulio Visibelli au saxophone soprano dans Fragile ou Mimmo Gaglio à la clarinette dans Petals, un très beau morceau. Il faut également saluer la belle guitare d’Olivier Louvel et la section rythmique habituelle d’Anne, Gilles Nicolas (contrebasse et basse électrique) et Bruno Castellucci à la batterie, Vincent Bruynincks, un élève de la grande Nathalie Loriers, remplaçant Benoît de Mesmay au piano.

 

-Concert de sortie (avec l’orchestre symphonique) le jeudi 18 mai dans le grand amphithéâtre de l’Université Panthéon-Assas (92 rue d’Assas 75006 Paris) concert donné dans le cadre du festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés.

 

Photo d'Anne Ducros avec Giuseppe Emmanuele © Roberto Cifarelli.

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4 mai 2017 4 04 /05 /mai /2017 09:10
Émois de mai

Joli mois de mai dit la comptine, mais cette année un mois de tous les dangers pour une France mise à mal depuis des années par ses Politiques, grands privilégiés de notre République. On tremble à juste titre devant le péril dans lequel peut conduire ces élections présidentielles. Le pire peut encore arriver. J’en ai un avant-goût ce 1er mai avec la centaine d’enragés qui cassent, pillent, vocifèrent et tempêtent devant mes fenêtres (j’habite tout près de la Bastille), qui cherchent à en découdre avec la police, bouclier d’une société depuis longtemps désemparée, comme si le tout gratuit et les belles promesses d’un État-providence étaient encore possibles. Cocktails Molotov, mais aussi pierres, pavés, cailloux, boulons, tout ce qui peut tomber sous la main des agités pleut sur des CRS caparaçonnés comme des troupes au combat. Pessimiste de nature, ce tumulte me trouble moins que les jours à venir. En attendant, entre deux pétarades assourdissantes de bombes lacrymogènes, j’écoute de la musique, du jazz dont le bleu n’est pas du tout marine, “Bitter Ending”, “Jazz et Jazz”, “Anna Livia Plurabelle” qui, 50 ans après son premier enregistrement (1966), reste d’une modernité stupéfiante. Ces disques d’André Hodeir me donnent du baume au cœur, m’isolent du bruit et de la fureur de ces jours incertains.

 

Ces réécoutes attentives, je les dois à Pierre Fargeton, à la pertinence de ses commentaires et de ses analyses. Maître de conférences à l’université Jean Monnet de Saint-Étienne, titulaire d’un doctorat de musicologie consacré à la musique d’André Hodeir, il vient de faire paraître “André Hodeir le jazz et son double” aux Éditions Symétrie (préface de Martial Solal) un bouquin, lourd et épais, pas loin de 800 pages, une somme très complète et détaillée enrichie d’une abondante iconographie. Fargeton s’est livré à plusieurs entretiens avec Hodeir et a eu accès à ses archives ce qui rend son livre passionnant. J’y suis plongé depuis deux semaines, redécouvrant un des rares compositeurs français qui laisse une œuvre importante au regard de l’histoire du jazz.

 

Compositeur, homme de radio, fondateur du Jazz Groupe de Paris, auteur de nombreux articles (notamment dans Jazz Hot dont il fut dès après guerre un des plus éminents collaborateurs) et de plusieurs livres, les plus célèbres étant “Hommes et problèmes du jazz” et “Les Mondes du jazz”, ouvrages fondamentaux pour ceux qui veulent réfléchir sur le jazz, André Hodeir (1921-2011) est malheureusement trop oublié et trop peu joué. Le dernier concert donné autour de ses œuvres date du 3  décembre 2011. On le doit au Patrice Caratini Jazz Ensemble qui ce jour-là, dans le studio 105 Charles Trenet de Radio-France, interpréta quelques-unes de ses compositions (et arrangements) dont sa célèbre et admirable Jazz Cantata. Je ne vais pas vous détailler ici le livre de Pierre Fargeton qui malgré son prix (70€) et la difficulté de compréhension que pose une partie de l’ouvrage (sa deuxième et troisième partie, analyses des techniques du langage musical du compositeur), me semble incontournable. Je consacrerai prochainement un article à André Hodeir dans les pages de ce blog. Il vous faudra attendre un peu. La patience n’est-elle pas mère de toutes les vertus ?

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

 

-Concert de sortie au Triton le 4 mai de “Spirit Dance, nouveau disque d’Yves Rousseau (contrebasse) et de Christophe Marguet (batterie). Après 15 ans de complicité et de concerts partagés, ils ont réuni un nouvel orchestre pour jouer leurs musiques, de beaux thèmes brillamment orchestrés. Fabrice Martinez (trompette et bugle), David Chevallier (guitare électrique) et Bruno Ruder (piano & Fender Rhodes) créent avec eux une texture sonore plus ou moins électrique selon les plages. Certaines sont fondées sur la pulsion et l’énergie, d’autres privilégient la mélodie et le lyrisme. L’imagination fertile canalise les influences au profit d’une parfaite lisibilité du discours musical. Une formation à suivre assurément.

-Du 9 au 11 mai, Catherine Russell occupera la scène du Duc des Lombards. Mark Shane (piano), Matt Munisteri (guitare), Nicki Parrott (contrebasse) et Mark McLean l’accompagnent depuis longtemps et constituent un véritable groupe. Fille de Luis Russell qui fut l’un des pianistes et directeur musical de Louis Armstrong, la chanteuse travailla longtemps comme choriste avant de posséder sa formation. Sa voix chaude et sensuelle fait revivre d’anciennes mélodies de l’histoire du jazz, des joyaux de l’ère du swing et des blues éternels. Son album “Strictly Romancin a reçu en 2012 le Prix du Jazz Vocal de l’Académie du Jazz.

-Le 10, le pianiste Bruno Angelini présentera au Sunside Open Land, un quartette comprenant Régis Huby aux violons, Claude Tchamitchian à la contrebasse et Sylvain Darrifourq (remplaçant ce soir là Edward Perraud) à la batterie. La musique fait suite à celle de l’album “Instant Sharings” enregistré en 2014 avec les mêmes musiciens. Récompensé par un Choc dans le numéro de Jazz Magazine de juin 2015, ce disque inclassable réunit jazz moderne et musique contemporaine. Les compositions de Bruno voisinent avec des thèmes de Paul Motian, Wayne Shorter et Steve Swallow, la musique évoluant librement sous l’action collective des musiciens. Au Sunside, le groupe jouera également de nouvelles compositions, prélude à l’enregistrement d’un nouvel album en juin prochain à La Buissonne.

-Ne manquez pas le 12 au Duc des Lombards le concert de sortie de “Princess”, album réunissant le pianiste Stephan Oliva, la chanteuse suisse Susanne Abbuehl et le percussionniste norvégien Øyvind Hegg-Lunde. Largement consacré à la musique de Jimmy Giuffre peu interprétée par les jazzmen, son répertoire comprend aussi Great Bird, un thème que Keith Jarrett enregistra pour Impulse, une version inattendue de What a Wonderful World et des musiques de Stephan qui écrit pour Susanne des mélodies douces et tendres, enveloppe sa voix de notes soyeuses et met en valeur son timbre aérien. Cette dernière y ajoute ses propres paroles ou met en musique des poèmes qu’elle affectionne, allongeant ou contractant leurs syllabes pour leur donner du rythme.

-Le 13 à 20h30, dans le cadre de la cinquième édition de son Tempo Jazz, l’Espace Sorano de Vincennes invite la pianiste Geri Allen et le trompettiste Enrico Rava, deux musiciens exceptionnels qui ne se sont jamais rencontrés, à constituer un duo inédit. Outre ses propres albums, en solo ou avec Ron Carter et Tony Williams, Charlie Haden et Paul Motian, cette grande dame du piano fit partie du groupe de Charles Lloyd et accompagna Ornette Coleman. Apôtre du free jazz dans les années 70, Enrico Rava préfère aujourd’hui souffler de la douceur et privilégier le lyrisme, sa trompette servant le cantabile avec une grande variété d’inflexions. Il s’est toujours entouré de bons pianistes – Franco d’Andrea, Stefano Bollani, Giovanni Guidi – jouant des mélodies très simples et très belles dont son association avec Geri Allen devrait bénéficier.

-Steve Kuhn au Sunside le 13 (19h00 et 21h30) et le 14 mai (20h00) avec David Wong à la contrebasse et Billy Drummond à la batterie. Le pianiste a une longue carrière et une impressionnante discographie derrière lui. Il a enregistré avec Scott LaFaro, accompagné Kenny Dorham, Stan Getz et Art Farmer et, de janvier à mars 1960, a même été le pianiste de John Coltrane auquel il a consacré un magnifique album en 2008. Ancrant son piano dans la tradition du bop, Steve Kuhn est aussi un musicien lyrique, un disciple de Bill Evans qui aime diversifier son jeu. Ses propres compositions révèlent le styliste aux harmonies élégantes qui excelle en solo. “Ecstasy”, un disque ECM de 1974, en témoigne.

-Le 17 mai à 20h00, le Mona Bismarck American Center (34 avenue de New York, 75116 Paris) accueille Jacky Terrasson en solo dans un programme entièrement consacré à des standards de l’histoire du jazz. Le pianiste excelle dans cet exercice qui le voit prendre des risques, greffer de nouvelles notes, de nouvelles harmonies sur de vieux thèmes indémodables. Il joue pourtant trop rarement en solo. Ne manquez pas cette rare occasion d’écouter ce face à face avec lui-même, son jeu physique ancré dans le blues, dans le rythme, la scène apportant une autre dimension à sa musique.

-Guitariste italien installé à Paris depuis plusieurs années, Federico Casagrande fêtera le 18 au Sunside (21h30) la sortie sur le label CAM Jazz de “Fast Forward”, un album en trio enregistré avec le bassiste américain Joe Sanders (remplacé par Simon Tailleu pour ce concert) et le batteur israélien Ziv Ravitz, compagnon de route de Yaron Herman. Né à Trévise, Federico Casagrande étudia la guitare au Berklee College of Music de Boston. Séduit par ses timbres et ses couleurs, Enrico Pieranunzi a enregistré en duo avec lui “Double Circle” en 2014. À la guitare acoustique Federico y révèle la finesse de son jeu, ses harmonies sophistiquées. On les retrouve intactes dans les deux plages acoustiques de son nouveau disque, un opus électrique tout aussi audacieux.

JAZZ à SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS - 17ème ÉDITION

-Le 18 également, le grand amphithéâtre de l’Université Panthéon-Assas (92 rue d’Assas) accueillera Anne Ducros. Accompagnée par ses musiciens – Benoit De Mesmay (piano), Olivier Louvel (guitare), Gilles Nicolas (contrebasse et basse électrique), Bruno Castellucci (batterie) – et un orchestre symphonique, elle interprétera le répertoire de “Brother Brother !” (Adlib), son nouvel album, un florilège de chansons célèbres – You Are So Beautiful, La Bicyclette, Samba Saravah, Déshabillez moi – merveilleusement chantées et bénéficiant d’arrangements très soignées.

-Ce concert est donné dans le cadre de la 17ème édition du festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés qui se déroulera cette année du 11 au 22 mai dans diverses salles et lieux des 5ème et 6ème arrondissements de Paris – Les églises de St. Germain et de Saint-Sulpice, la salle des fêtes de la mairie du 6ème, le Lucernaire, l’Amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne, la Maison des Océans – mais aussi au Sunside qui abritera les 13 et 14 mai le Tremplin Jeunes Talents.

 

-Un festival soutenu par la Fondation BNP Paribas et que créèrent Donatienne Hantin (co-fondatrice et co-directrice en charge de la production du festival) et Frédéric Charbaut (son co-fondateur, directeur en charge de l’artistique) avec le regretté Joël Leroy. Autour d’eux se bouge une équipe formidable. Je pense à Géraldine Santin la responsable de la communication qui est à droite sur la photo avec à son côté le pianiste Joran Cariou, vainqueur du Tremplin Jeunes Talents 2016 (Frédéric et Donatienne sont à gauche sur cette même photo), à Sophie Louvet l’attachée de presse, et à Véronique Tronchot dont le papa reste cher à mon cœur.

 

-Le programme est à découvrir sur le site internet du festival. Il y en a pour tous les goûts avec des concerts du pianiste Shahin Novrasli, du Stefano Di Battista / Flavio Boltro Quintet (qui invite la chanteuse Robin McKelle) de Baptiste Trotignon, du saxophoniste David Sauzay (en solo au Musée de Cluny le 20 mai à 21h00) et de la chanteuse Linda Lee Hopkins.

-L’un des points forts du festival sera le concert de sortie du nouvel album ECM du trompettiste Avishai Cohen, “Cross My Palm With Silver”, le 19 mai à 21h30 à la Maison des Océans, 195 rue Saint-Jacques. Déjà présents dans “Into The Silence” son disque précédent (Grand Prix 2016 de l’Académie du Jazz), le pianiste Yonathan Avishai et le batteur américain Nasheet Waits sont à nouveau de l’aventure, le bassiste Barak Mori indisponible se voyant remplacer par Yoni Zelnik. Les cinq compositions de ce nouvel opus laissent beaucoup de place à l’improvisation, la musique souvent modale restant largement confiée à la discrétion des musiciens qui y déposent leurs idées et concourent à la création de pièces ouvertes et subtilement interactives.

 

JAZZÀSAINTGERMAINDESPRÉS-JAZZÀSAINTGERMAINDESPRÉS-JAZZÀSAINTGERMAINDESPRÉS-JA

-L’association « Partage dans le monde » que soutient activement le pianiste Nicola Sergio nous donne rendez-vous le dimanche 21 mai (18h00) au New Morning pour la 4ème édition de « Jazz pour le Népal », un concert de soutien en faveur des sinistrés des séismes de 2015 au Népal. Au programme le Nicola Sergio Quartet (avec Francesco Baerzatti au saxophone), Antoine Hervé en trio avec François et Louis Moutin et l’Orchestre Pee Bee. Les bénéfices de ce concert financeront des missions médicales et éducatives.

-Pat Metheny est attendu à l’Olympia le 23 à 20h00, avec un nouveau groupe comprenant Gwilym Simcock aux claviers, Linda Oh à la basse et Antonio Sanchez à la batterie, seul rescapé de sa formation précédente. Le prix des places : entre 117€ et 62€, cher pour un guitariste qui ces dernières années n’a pas toujours été au meilleur de sa forme. Mais sur scène Metheny se lâche, improvise tout feu tout flamme avec un lyrisme dont manque un peu ses derniers albums studio. Sans Chris Potter, saxophoniste parfois envahissant, et renouant avec la formule du quartette qui a fait son succès (ses grands disques avec Lyle Mays), Metheny devrait donner le meilleur de lui-même.

-Fred Hersch au Sunside le 23 (21h00) et le 24 (19h30 et 21h30) avec son trio habituel, John Hébert (contrebasse) et Eric McPherson (batterie). Musicien inspiré, Hersch joue une musique si fluide que l’on ne perçoit pas l’immense technique qu’elle nécessite. Les standards qu’il reprend et actualise avec un grand souci de la forme révèlent la profonde intimité qu’il partage avec son piano. Rythmiquement, il fascine par son sens du tempo, sa conception très souple du rythme qui lui permet de passer du stride au boogie ou de jouer une bossa avec un brio sans pareil. Interprète coutumier de Thelonious Monk, les accords anguleux et abstraits, ne lui font pas peur. La contrebasse d’Hébert instaure avec lui une conversation quasi permanente. Quant à son batteur il adapte son jeu à toutes les situations. Des concerts incontournables.

-Au Sunset le 25, le trio AérophoneYoann Loustalot (trompette et bugle), Blaise Chevallier (contrebasse) et Frédéric Pasqua (batterie) – fêtera la sortie d’“Atrabile” (Bruit Chic / L’Autre Distribution), son troisième album, un opus au sein duquel le trio devient quartette avec l’arrivée de Glenn Ferris, tromboniste invité. Une musique plus riche sur le plan sonore, mais aussi sur celui des échanges en résulte. Assurant d’habiles contre-chants, les cuivres organisent une véritable polyphonie de timbres autour des compositions structurées de Loustalot, un répertoire souvent mélancolique dans lequel Ferris, qui sera présent au Sunset, se révèle l’interlocuteur idéal du trompettiste.

-Avec Stéphane Kerecki et Daniel Humair, Antonio Faraò était en février au Duc des Lombards. Il retrouvera le Sunside le 26 (à 21h00) et le 27 (à 21h30) avec un autre trio pour l’accompagner. Thomas Bramerie (contrebasse) et Jean-Pierre Arnaud (batterie) poseront leurs tempos sur son phrasé fluide, ses harmonies élégantes. Il peut aussi se montrer énergique, donner swing et intensité à ses notes et peindre des paysages plus durs et plus abstraits. Il reste toutefois attaché à la ligne mélodique des thèmes qu’il aborde et qu’il ré-harmonise. Avec lui, point de notes inutiles mais un jazz raffiné qui se laisse constamment fêter.

-Dans le cadre du festival Villette Sonique 2017, Annette Peacock se produira en solo le 27 (chant, piano & claviers) dans la salle des concerts de la Cité de la Musique. Figure lunaire du jazz et des musiques expérimentales, elle épousa le contrebassiste Gary Peacock puis devint la femme de Paul Bley avec lequel elle enregistra quelques albums de jazz électronique, elle-même utilisant un prototype de Mood Synthétiser. Elle a signé des thèmes inoubliables – Open To Love, Blood, Albert’s Love Theme, Touching – que la pianiste Marilyn Crispell a réuni en 1996 dans “Nothing Ever Was, Anyway”, un album ECM en trio. Son dernier disque, “An Acrobat’s Heart” (ECM) date de 2000. Un concert événement. 

-Le Triton : www.letriton.com

-Le Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Sunset - Sunside : www.sunset-sunside.com

-Festival Jazz à Saint-Germain-Des-Prés : www.festivaljazzsaintgermainparis.com

-Espace Sorano : www.espacesorano.com

-Mona Bismarck American Center : www.monabismarck.org

-New Morning : www.newmorning.com

-Olympia : www.olympiahall.com

-La Philharmonie de Paris : www.philharmoniedeparis.fr

 

Crédits photos : Yves Rousseau / Christophe Marguet 5tet © Jérôme Prébois – Catherine Russell © Sandrine Lee – Bruno Angelini, Steve Kuhn, Fred Hersch, Antonio Faraò © Philippe Marchin – Stephan Oliva / Susanne Abbuehl / Øyvind Hegg-Lunde © Maxim François – "Un Premier mai très parisien", Geri Allen, Fredéric Charbaut / Donatienne Hantin / Joran Cariou /Géraldine Santin © Pierre de Chocqueuse – Jacky Terrasson © Jean-Baptiste Millot – Federico Casagrande © Boris Wilensky – Anne Ducros © Robert Pasquier / Ropas – Pat Metheny © J. Peden – Avishai Cohen, Aérophone, Annette Peacock © Photos X/D.R.

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Edito tout beau
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25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 09:09
LE PIANO PLURIEL d’ENRICO PIERANUNZI (à propos de quelques enregistrements récemment publiés du pianiste)

Trois disques d’Enrico Pieranunzi sont parus ces derniers mois, trois albums très différents, le pianiste romain aimant diversifier ses projets. Le plus européen des trois est certainement “Ménage à trois” (Bonsaï Music / Harmonia Mundi), un enregistrement de novembre 2015 (mis en vente en octobre 2016) dans lequel, accompagné par Diego Imbert à la contrebasse et André Ceccarelli à la batterie, Pieranunzi s’amuse à plonger dans le jazz des pièces du répertoire classique. « J’ai côtoyé deux femmes splendides, les deux muses-musicales de ma vie : la musique classique et le jazz » écrit Enrico dans le livret du CD, cohabitation réussie des deux genres.

 

Cohabitation et non syncrétisme, car le jazz et le classique font rarement bon ménage. Ici des mélodies de Jean-Sébastien Bach, Robert Schumann, Franz Liszt, Gabriel Fauré et d’autres compositeurs admirés donnent naissance à de véritables morceaux de jazz *. Tout en restant un soliste qui improvise, le pianiste traite ces thèmes empruntés comme s’il les avait composés. Des rythmes syncopés, un découpage différent de la phrase musicale, des notes bleues, entraînent donc ces pages classiques dans un monde différent de celui qui est le leur, celui du jazz bien que leur grande sophistication harmonique soit celle d’un jazz revisité sous le prisme d’une sensibilité, d’une culture et d'un piano européen. La 1ère Gymnopédie d’Erik Satie abordée sur un tempo médium très inhabituel, La plus que lente de Claude Debussy, l’Hommage à Edith Piaf de Francis Poulenc (improvisation n° 15 écrite en 1959) et bien d’autres pièces de ce disque témoignent ainsi de leur profonde transformation, de leur passage d’un état à un autre. En outre, Enrico Pieranunzi s’est également diverti à composer des nouveaux morceaux à partir de ceux qu’il a sélectionnés. Ses variations autour de la Romance de Darius Milhaud ou La moins que lente, fantaisie au swing irrésistible imaginée par le pianiste sur le même canevas harmonique de La plus que lente, soulèvent également l’enthousiasme.

 

* Mis à part quelques introductions au piano du maestro, sa carrière de concertiste classique et son impressionnant bagage technique lui permettant tout aussi bien de jouer du classique que du jazz comme en témoigne son disque de 2007 consacré aux sonates de Domenico Scarlatti.

Également paru en octobre 2016, “Americas” (CAM Jazz / Harmonia Mundi) réunit Enrico Pieranunzi et un autre pianiste italien, Bruno Canino, une légende dont la réputation internationale n’est plus à faire. Né en 1935, ardent défenseur de la musique contemporaine, il fut naguère l’accompagnateur attitré de la cantatrice Cathy Berberian, l’épouse du compositeur Luciano Berio. On lui doit également la première intégrale en CD des œuvres pour piano de Claude Debussy. Enrico qui rêvait de faire un disque avec lui m’a confié être particulièrement fier de cet album enregistré en décembre 2015, album dont le répertoire est entièrement consacré à des compositeurs des deux Amériques : George Gershwin, Aaron Copland et William Bolcom pour celle du Nord ; Carlos Guastavino (qui écrivit beaucoup pour la voix et le piano) et Astor Piazolla, tous les deux argentins, pour celle du Sud.

 

La musique comprend aussi bien des tangos (La Muerte Del Ángel et Milonga Del Ángel de Piazzola, cette dernière dans une version aussi lumineuse que poétique) que du ragtime (Old Adam). Interprété dans sa version originale pour deux pianos, le Danzón Cubano de Copland est comme son nom l’indique un danzón, une danse cubaine. Enfin les variations sur I Got Rhythm proposées ici relèvent davantage du classique que du jazz, Bruno Canino les approchant à travers sa culture de pianiste classique.

 

C’est donc surtout à Enrico Pieranunzi, pianiste aussi à l’aise avec le jazz qu’avec la musique savante de tradition européenne, de rythmer différemment ces pièces dont les cadences appartiennent à des genres bien spécifiques (la musique afro-cubaine, le tango), cadences qui ne sont pas celles du jazz. Ses lignes mélodiques et rythmiques entrecroisent sans problème celles de son partenaire. Ce dernier a beaucoup joué avec le pianiste Antonio Ballista et est très à l’aise dans l’exercice du duo. Il sait écouter, adapter son jeu à ce que lui propose Enrico qui ne cherche jamais à le déstabiliser, à le faire entrer dans une autre sphère musicale que la sienne. Un disque de compromis certes, mais une réussite incontestable, la réunion de deux sensibilités et cultures différentes (classique et jazz) qui, cheminant ensemble sur les routes musicales des deux Amériques, parviennent à s’entendre et surtout à créer.

Publié en Amérique et au Japon en automne dernier, “New Spring” (CAM Jazz / Harmonia Mundi) est disponible en France depuis le 31 mars. Enregistré en avril 2015 au Village Vanguard de New York, il fait entendre Enrico Pieranunzi avec des musiciens américains. Scott Colley qui tient la contrebasse dans “Permutation” (2009) et “Stories” (2011), deux albums que le pianiste a gravés en trio avec Antonio Sanchez, est de l’aventure, mais avec un autre batteur. La frappe lourde et percussive de Clarence Penn muscle presque autant que lui la musique, un jazz afro-américain d’une grande vitalité rythmique. La contrebasse pneumatique et mélodique de Colley, un des grands de l’instrument, y contribue, ce dernier s’exprimant souvent en soliste, notamment dans Out of the Void (une de ses compositions) et Loveward, pièces dans lesquelles se révèle la subtilité de son langage.

 

Loveward met également en lumière le lyrisme de Donny McCaslin, le quatrième homme du groupe, un musicien avec lequel le pianiste a enregistré en 2013 l’album “Proximity” en quartette. Saxophoniste ténor à la sonorité rugueuse, McCaslin peut tout aussi bien torturer ses longues phrases fiévreuses et tourmentées qu’adopter un jeu sensible dans les ballades. Avec eux, Enrico Pieranunzi joue un piano puissant visité par le bop, délivre un accompagnement harmonique étonnamment libre. Dans New Spring et Out of the Void, il ne cache pas son admiration pour McCoy Tyner, ici son principal inspirateur. Bill Evans, l’autre pianiste qu’il admire, n'est jamais très loin dans Loveward et The Waver, une ballade aux métriques incertaines, un va-et-vient de couleurs et de notes qui, libérées des rigueurs de la mesure, infléchissent la musique vers des contrées inattendues. Amsterdam Avenue et New Spring exceptés, la plupart des thèmes de cet album nous sont connus. I Hear a Rhapsody est bien sûr un standard que Bill Evans a plusieurs fois interprété. Enrico le réinvente, le revitalise, trempant son piano imbibé d'harmonie européenne dans le jazz de la grande Amérique.

 

 Photos : Enrico Pieranunzi © Ettore Festa – Enrico Pieranunzi & Bruno Canino © Luca d'Agostino

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18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 08:33

J’avoue avoir tardé à vous parler de ce disque, non qu’il soit mauvais, – il est même excellent –, mais après “Again” et “HIP”, deux grandes réussites en trio, le piano de Vincent Bourgeyx y occupe moins l’espace sonore, se fait ici moins présent. Normal, car sept des treize plages de “Short Trip” accueillent David Prez au saxophone ténor – et au soprano dans Choral, ce que la pochette n’indique pas. En outre, Vincent Bourgeyx accompagne avec beaucoup d’à propos et de finesse la chanteuse Sarah Lazarus dans deux des cinq standards de cet album, ce qui réduit encore la place de son instrument. C’est en le réécoutant que la nécessité d’en faire une chronique m’a paru évidente car les disques de jazz qui relèvent vraiment du jazz comme celui-ci se font rares. Loin des effets de mode, des métissages peu seyants qui sont aujourd’hui monnaie courante, ce cinquième opus du pianiste s’enracine et renouvèle de l'intérieur une tradition musicale que nombre de jazzmen, biberonnés depuis l’enfance par d’autres musiques, ignorent et délaissent aujourd’hui.

 

Le jazz qu’il apprit à aimer à Bordeaux, sa ville natale, après des années de piano classique, Vincent Bourgeyx l’étudia en Amérique, au Berklee College of Music de Boston dont il sortit diplômé en 1997. Il le côtoya également de très près dans les clubs new yorkais au sein du quartette du tromboniste Al Grey et de celui de la saxophoniste Jane Ira Bloom. Participant à de nombreux concerts, il se forgea une amitié durable avec le batteur Bobby Durham (décédé en 2008) et le bassiste Matt Penman avec lequel il enregistra “Introduction” son premier disque et “Again” en 2008, Ari Hoenig à la batterie complétant une section rythmique 100% américaine.

Deux musiciens américains l’accompagnent à nouveau dans “Short Trip”. Jazzman très demandé – il est membre du quartette James Farm et du SF Jazz Collective –, Matt Penmann tient une fois encore la contrebasse – écoutez le jeu mélodique qu’il adopte dans Choral – et Obed Calvaire, que les afficionados du pianiste Monty Alexander connaissent bien, la batterie. Sa frappe puissante apporte poids et épaisseur à un jazz moderne imbibé de swing, mais qui sait aussi se faire miel. Short Trip, une composition malicieuse qui introduit l’album et lui donne son nom, contient un long et fiévreux chorus de ténor de David Prez dont les phrases sinueuses restent toujours bien construites. Élève de Dave Liebman et de Michael Brecker, proche d’un Mark Turner par une sonorité qu’il va souvent chercher dans le registre aigu de l’instrument, le saxophoniste possède un réel talent, l’aspect énergique de son jeu allant de pair avec un lyrisme qu’il manifeste bien volontiers dans les ballades.

Quant à Vincent Bourgeyx, il est tout feu tout flamme dans In a Hurry, une plage en trio aux notes abondantes qui témoigne de sa culture, de son admiration pour Oscar Peterson dont l’écoute attentive de ses disques détermina naguère sa vocation de pianiste de jazz. Très à l’aise avec le blues qui semble couler naturellement de ses doigts dans Elephant’s March, mais aussi avec le bop dans un This Is New énergique, il pose des harmonies chatoyantes sur la mélodie d’Abbey et sur la voix sensible et très juste de Sarah Lazarus, une voix que seule la contrebasse accompagne dans les premières mesures de I Got Lost in His Arms. Chantée avec profondeur et émotion, sa version solaire de I’ve Grown Accustomed to His Face est également très convaincante. “Short Trip” s’achève sur un autre standard. Composé en 1934, For All We Know connut d’innombrables interprétations. Celle que nous offre Vincent Bourgeyx, seul avec son instrument, émeut et fait battre le cœur. On attend avec impatience un album en solo.

 

Photo de Groupe © Loïc Séron - Vincent Bourgeyx © Christian Ducasse

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10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 09:09
Glenn ZALESKI : “Fellowship” (Sunnyside / Socadisc)

Pianiste originaire de Boylston (Massachusetts), Glenn Zaleski, né en 1987 et demi-finaliste de la Thelonious Monk International Jazz Piano Competition en 2011, reste quasiment inconnu des amateurs de jazz de l’hexagone. Distribué en petite quantité, mais envoyé à la presse spécialisée, “My Ideal”, son premier enregistrement pour Sunnyside, m’avait interpellé. Presque exclusivement constitué de standards, il révélait un musicien influencé par Bill Evans (celui de “Everybody Digs Bill Evans” et de “Portrait in Jazz” notamment) qui outre son attachement à la grammaire et au vocabulaire du jazz, semblait en connaître l’histoire. En trio, Glenn Zaleski nous confiait des versions convaincantes de Nobody Else But Me et de Body and Soul, reprenait des compositions de Jule Styne, Freddie Hubbard et Jerome Kern, un thème de ce dernier, My Old Fashioned, bénéficiant du saxophone ténor de Ravi Coltrane avec lequel il joue parfois dans les clubs de New York. Certaines hésitations dans ses chorus, une version osée mais trop précipitée de Cheryl, des notes que l’on devine un peu trop avant qu’elles n’arrivent, m’avaient retenu de lui consacrer une chronique. C’était en 2015 et je lui préférai Nick Sanders, pianiste qui venait de sortir sur Sunnyside, “You Are A Creature”, un second disque aussi enthousiasmant que l’était son premier. Musicien prometteur mais encore un peu vert, Glenn Zaleski patienterait.

La récente parution de “Fellowship” ne me fait plus hésiter à vous le faire découvrir. On y entend un pianiste infiniment plus sûr de lui qui sait arranger ses thèmes et les mettre en valeur. Glenn Zaleski s’entoure des mêmes musiciens. Ayant l’habitude de jouer ensemble, ils se montrent beaucoup plus à l’aise et inventifs avec ces compositions originales qu’ils semblent bien connaître. C’est par l’intermédiaire de Ravi Coltrane que Glenn rencontra Dezron Douglas, son bassiste. Quant au batteur Craig Weintrib, Glenn a souvent joué avec lui lorsqu’il étudiait à la New School de New York City. Ce sont eux qui introduisent l’album avec les rythmes très fouillés de Table Talk sur lesquels Zaleski n’a plus qu’à poser les doigts. Cela semble facile, mais ce morceau rapide nécessite une mise en place au cordeau, les trois hommes devant anticiper les changements de rythme qu’il impose, être parfaitement en phase les uns avec les autres, le piano dialoguant constamment avec une contrebasse et une batterie réactives qui nourrissent avec lui la musique. Westinghouse, une ballade dédiée à Billy Strayhorn met en évidence le langage harmonique d’un pianiste qui détache ses notes, leur donne légèreté et mouvement, ses longues phrases tranquilles et élégantes n’excluant nullement l’inattendu.

 

Composé pour un concert donné avec les étudiants du Brubeck Institute de Stockton (Californie), école dont il suivit naguère le cursus universitaire, Out Front, une pièce lente et contemplative malgré sa structure complexe, valorise les belles couleurs de ses voicings, la contrebasse attentive de Dezron Douglas y tenant une place importante. Ce dernier introduit Homestead, morceau au développement surprenant que Zalesky écrivit lors d’un voyage interminable qui lui inspira ses lignes de basse répétitives. Confiée à son piano, la petite mélodie insinuante de Is That So, un thème de Duke Pearson, n’a rien perdu de son charme et de son efficacité. Glenn Zalesky prend son temps pour en faire respirer les notes. Il fait chanter celles de Lifetime que porte des rythmes très souples, des instruments en osmose. Il faut l’être pour reprendre Central Park West de John Coltrane, une ballade qui change fréquemment de tonalité et dont les quatre premières mesures contiennent une série de douze notes. Les difficultés techniques que pose ce standard disparaissent sous la richesse et la fluidité du flux harmonique, le thème, d’une apparente simplicité, se suffisant bien sûr à lui-même.

 

Photo © Christopher Drukker

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3 avril 2017 1 03 /04 /avril /2017 09:13
Adieu Yoyo

Ma première rencontre avec Philippe Adler remonte à 1976. Journaliste à l’Express, il était venu interviewer Ringo Starr dans la suite qu’occupait ce dernier à l’hôtel George V. Alors attaché de presse, je ne me doutais pas que ma future passion pour le jazz et les hasards de la vie nous lieraient d’amitié. Je n’ai d’ailleurs aucun souvenir de ce que nous nous sommes dit ce 17 septembre. Peu de choses probablement. Philippe Adler cachait sa timidité sous une certaine froideur, un aspect bourru qu’il réservait à ceux qu’il rencontrait la première fois. Sous cette carapace se dissimulait une âme sensible et généreuse. Je le découvris beaucoup plus tard. Philippe gardait une certaine réserve. Très jeune, j’étais moi-même peu assuré.

 

Je me revois chez lui à Paris, dans le jardin qui jouxtait son appartement de la rue du Ranelagh en 1986, par une belle journée de début d’été. Jazz Hot se cherchait un nouveau rédacteur en chef et quelques membres de la rédaction du journal dont moi-même souhaitions le voir en endosser l’habit. Monsieur Jazz à RTL  – il en dirigea également les programmes au début des années 70 –, puis à l’Express, Philippe Adler avait fondé Rock & Folk vingt ans plus tôt avec quelques amis. Auteur des paroles de Papa Tango Charly pour Mort Shuman, de celles de Destinée pour Guy Marchand, chanson que le film de Jean-Marie Poiré “Le Père Noël est une ordure” avait rendu célèbre, il était alors plongé dans l’écriture sous le regard attentif et bienveillant d’André Balland chez qui il avait publié deux romans débordant de tendresse et d’humour. Acceptant le poste qu’on lui offrait à Jazz Hot, il en ressuscita le courrier des lecteurs, répondant aux nombreuses lettres qu’il recevait par des phrases aussi brèves que percutantes. Il apporta à la revue un ton différent, celui d’une plume impertinente, irrévérencieuse et drolatique. Ses Hot News, 4 pages désopilantes d’informations et de photos aux légendes saugrenues, ne manquèrent pas de faire du bruit.

 

Philippe resta dix-huit mois à Jazz Hot, rajeunissant le lectorat du « vieux tramway bringuebalant et rouillé qui venait de traverser une zone de fortes turbulences », gagnant par l’humour de nouveaux lecteurs ouverts comme lui à d’autres musiques. S’il aimait surtout le jazz de Duke Ellington, de Count Basie, de Dizzy Gillespie et de Shorty Rogers, il appréciait le jazz moderne, les jeunes musiciens qui en faisaient l’histoire. Comment oublier nos journées de rires ponctuées de déjeuners pantagruéliques chez Marcel, restaurant de la rue Saint-Nicolas et proche du passage de la Boule Blanche dans lequel le journal s’était installé ? Comment oublier nos deux virées à Besançon, au festival Jazz en Franche-Comté, avec Patrick Tandin, Julien Delli-Fiori et Ferdinand Lecomte ?

 

Le cœur sur la main et attentif aux autres, Philippe s'amusait mais travaillait aussi beaucoup. Avec Jazz Hot sur les bras, il trouva le temps d‘écrire deux autres romans “Les amies de ma femme”, son plus grand succès adapté pour le cinéma par Didier Van Cauwelaert et “Graine de tendresse” dans lequel la rédaction de son journal devient celle du Serpent Charmeur, « une jolie bande de toqués sympathiques » dont un certain Calqueuse est le chef de pub. En 1987, Jean Drucker, PDG de M6 qui souhaitait pérenniser une émission de jazz sur la chaîne, le chargea de l’animer. Diffusé tous les lundis à une heure tardive, Jazz 6 connut une longévité exceptionnelle, l'émission s’arrêtant définitivement en 2008. Ne pouvant mener de front trois activités, Philippe organisa son départ de Jazz Hot. Il m’avait beaucoup encouragé à écrire. J’étais prêt. Il m’en remit les clefs.

 

Les années passaient, mon fils Julien grandissait. Philippe lui téléphonait au moment des fêtes et, prenant une autre voix, il devenait Yoyo, le lutin préféré du Père Noël. Julien avait-il été sage ? Tout tremblant au bout du fil, il lui assurait toujours que oui. Philippe publia trois autres romans et, en 1994, nous rédigeâmes à quatre mains “Passeport pour le Jazz” qui reçut éloges et critiques positives lors de sa parution l’année suivante. Largement remaniée et complétée, une seconde édition parut deux ans plus tard. Quittant son « coron » de Boulogne-Billancourt, Philippe s’était installé à Plaisir. Nous déjeunions ensemble lorsqu’il se rendait à Paris. Il finit par délaisser complètement la capitale et je prenais le train pour aller le voir. Il avait coupé sa moustache et pour le magazine gastronomique 3 Étoiles, réalisait des interviews de grands chefs étoilés. Il était particulièrement fier du long entretien que lui accorda Paul Bocuse en 2013 et dont ce blog se fit bien sûr l'écho.

 

Malade depuis plusieurs mois, il n’acceptait aucun visiteur, exceptés les membres de sa proche famille, son fils Jean-Christophe et sa fille Emmanuelle. C’est elle qui me prévint de son décès. Le 12 mars, jour de la fête de Pourim, le carnaval juif – cela ne pouvait mieux tomber –, Philippe, né le 16 juin 1937, retrouvait là-haut ses parents et amis disparus, Philippe Koechlin qu’il aimait beaucoup, les musiciens qu’il admirait, ses chats (Ellington, Thelonious, Dizzy...) qui le consolaient. Je l’imagine faire la fête avec eux autour d’une table bien garnie, du jazz plein les oreilles, son éternel cigare au bec, heureux sous la protection du Bon Dieu. Ce dernier n’est-il pas lui aussi un fumeur de havanes ?

 

-Après les pianistes Maurice Vander et Horace Parlan partis en février, Jean-Christophe Averty, Pierre Bouteiller, Tommy LiPuma (qui venait de produire le nouveau disque de Diana Krall) et Gérard Terronès nous ont aussi quittés en mars, mois tristement endeuillé.

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

 

-Pour commencer, rendez-vous au Duc des Lombards. Benny Golson s’y produit les 3, 4 et 5 avril et il serait dommage de ne pas l’écouter. Né en 1929, créateur des standards inoubliables que sont Along Came Betty, I Remember Clifford ou de cette Blues March qui fut l’indicatif de “Pour ceux qui aiment le jazz”, le saxophoniste est une des dernières vraies légendes d’une musique à laquelle il contribua activement. Sa participation aux Jazz Messengers d’Art Blakey dont il assuma un temps la direction, le Jazztet qu’il codirigea avec Art Farmer furent quelques-uns de ses titres de gloire. On est surpris de l’entendre jouer aussi bien aujourd’hui. Sa sonorité reste moelleuse, chaude, généreuse, et son phrasé fluide. Depuis l’an dernier, il tourne en Europe avec Antonio Faraò au piano, Gilles Naturel à la contrebasse et Doug Sides (batterie). Ils seront avec lui au Duc pour servir sa musique.

-J’ai découvert Ben Rando en 2012 lorsqu’il officiait au piano au sein de Dress Code, un groupe qui nous laisse un album sur lequel plane fortement l’ombre du second quintette de Miles Davis. Benjamin Rando sort aujourd’hui un premier disque sous son nom. La musique en est très différente, du jazz teinté de folk, des chansons jazzifiés qui laissent beaucoup de place à l’improvisation des solistes, une jeune américaine, Sarah Elizabeth Charles, se chargeant de les chanter. On peut ne pas adhérer à son timbre de voix, mais les orchestrations très soignées de cet opus regorgent de belles couleurs et d’inventions mélodiques. Naguère membres de Dress Code, le saxophoniste Yacine Boularès et le batteur Cédric Bec sont de l’aventure, Sam Favreau à la contrebasse et l’excellent guitariste Federico Casagrande complétant la formation. Le 5 au New Morning, elle fêtera la sortie de “True Story” (Onde Music / InOuïe Distribution) sur lequel on prêtera attention.

-Le 7, le Gil Evans Paris Workshop au grand complet investit le New Morning à l’occasion de la parution de “Spoonful” (Jazz&People / PIAS) son premier disque, deux CD(s) renfermant une musique généreuse qui laisse également beaucoup de liberté aux solistes. À la tête d’une quinzaine de jeunes musiciens, Laurent Cugny reprend et modernise les arrangements de Gil Evans, propose ses propres compositions et des morceaux qu’il a lui-même arrangés, Lilia de Milton Nascimento, Manoir de mes rêves de Django Reinhardt, My Man’s Gone Now de George Gershwin bénéficiant des rythmes et des timbres élégants qu’offre l’instrumentation d’un grand orchestre. Citer les noms des musiciens qui entourent Laurent sur cette photo serait fastidieux pour le lecteur de ce blog. Vous les trouverez dans le livret de son album que vous allez sans tarder acquérir. Grâce à eux, le jazz rajeunit et continue d’exister.

-Avec Yoni Zelnik (contrebasse) et Donald Kontomanou (batterie), le pianiste Yonathan Avishai se produira en trio au Sunside le 14. Il enregistra avec eux “Modern Time”, premier de ses deux disques pour le label Jazz&People, la découverte d’un pianiste sensible qui joue peu de notes, mais les aère par une utilisation judicieuse du silence, sait bien les choisir et dont la musique, ancrée dans la tradition, relève bien du jazz. Avec César Poirier (clarinette et saxophone alto) qui le 15 s’ajoutera au trio du pianiste, la musique se teintera de couleurs néo-orléanaises. Avec Inor Sotolongo (percussions) indisponible ce soir là, César participa à l’enregistrement de “The Parade”, son deuxième album, réussite incontestable qui nous transporte dans les Caraïbes, et au sein duquel le boléro et l’habanera font bon ménage. Un de mes 13 Chocs 2016, un disque à écouter sans tarder.

-Fred Nardin au Duc des Lombards le 20. On l’y rencontre souvent, toujours prêt à tenir le piano du club. Prix Django Reinhardt 2016 de l’Académie du Jazz, Fred se prépare à enregistrer un disque en trio. C’est avec Or Bareket à la contrebasse et Leon Parker à la batterie que le Duc le programme. Pianiste de l’Amazing Keystone Big Band, il surprend par la modernité de son piano. Avec lui, l’instrument reste attaché au blues, à l’histoire du jazz, parle le swing et le bop. Enregistré en quartette en 2013 et publié en janvier 2016, “Watt’s ne reflète pas les progrès accomplis par le pianiste. On l’écoutera plutôt dans “Low Down”, un album plus récent du saxophoniste Jean-Philippe Scali et l’on attendra patiemment le sien dont la sortie nous est annoncée cette année.

-Monty Alexander à la Philharmonie de Paris, salle Pierre Boulez, le 23 à 18h00. Originaire de la Jamaïque, il se plaît à mêler le jazz de la grande Amérique au reggae de Kingston, sa ville natale. Vif, brillant, coloré et souvent percussif, son piano a souvent été comparé à celui d’Oscar Peterson. Les albums qu’il a enregistrés pour le label Motéma avec son Harlem-Kingston Express déménagent et contiennent d’étonnantes versions de The Harder They Come (Jimmy Cliff) et de No Woman No Cry (Bob Marley). Andy Bassford (guitare), Hassan Shakur (contrebasse) et Karl Wright (batterie) qui l’accompagnent à Paris jouent depuis longtemps avec lui. Wayne Escoffery au saxophone ténor et Andrae Murchison au trombone donneront d’autres couleurs à sa musique. Leon Duncan (contrebasse) et Jason Brown (batterie) doubleront la section rythmique ce qui promet une belle soirée.

-Houston Person en quartette au Duc des Lombards du 24 au 26 avril. Né en 1934, auteur d’une discographie riche d’une cinquantaine d’albums – il en enregistra une dizaine pour le label Prestige –, ce musicien originaire de la Caroline du Sud possède toujours une sonorité chaude et veloutée au saxophone ténor. Elle convient bien aux ballades qu’il reprend, à ses improvisations toujours mélodiques. J’ignore tout des musiciens qui l’accompagnent à Paris, la chanteuse et pianiste Dena DeRose, le bassiste Ignasi Gonzalez, le batteur Jo Krause, mais je recommande à vos oreilles attentives “Something Personnal”, un disque HighNote de 2015. L’énergie intacte, Houston Person tout feu tout flamme nous donne une leçon de lyrisme.

-Tony Palemaert au Studio de l’Ermitage le 25 (21h00). Il y fêtera la sortie de “Camera Obscura”, disque dont vous trouverez la chronique dans ce blog. Le pianiste apprécie toutes sortes de musiques et les fait siennes au sein d’un univers musical très riche qu’il orchestre avec beaucoup de cohérence. Relevant du jazz, ses improvisations reposent sur des mélodies attachantes qu’il harmonise avec beaucoup d’imagination, ses musiciens contribuant avec lui à la réussite d’une musique très soignée sur un plan sonore. Julien Pontvianne (saxophone ténor et clarinette), Nicolas Moreaux (contrebasse), Karl Jannuska (batterie) et deux des nombreux invités de l’album, Christophe Panzani (saxophone ténor) et Pierre Perchaud (guitare) seront sur scène pour l’interpréter, la recréer autrement. Le guitariste Federico Casagrande qui a enregistré un bel album avec le maestro Enrico Pieranunzi (“Double Circle” sur Cam Jazz) assurera la première partie du concert. Enregistré avec Joe Sanders (contrebasse) et Ziv Ravitz (batterie), “Fast Forward”, son nouveau disque, paraîtra le 19 mai.

-On retrouve Christophe Panzani, Pierre Perchaud et Karl Jannuska dans le sextet de Nicolas Moreaux attendu au Sunside le 26. Le bassiste m’était inconnu avant la parution de “Fall Somewhere”, grand prix du disque de l’Académie Charles Cros en 2013, un double CD atmosphérique et lyrique à la croisée du jazz et d’autres musiques populaires. Puis vint son “Belleville Project”, musique d’un film imaginaire co-signé avec le saxophoniste américain Jeremy Udden dans laquelle Pierre Perchaud assure les guitares et le banjo. Olivier Bogé au saxophone alto et Antoine Paganotti à la batterie complètent la formation d’un compositeur qui lui apporte de vraies mélodies, met en scène une musique inspirée évoquant des images, une musique sur laquelle il fait bon s’attarder.

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-New Morning : www.newmorning.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Philharmonie de Paris : www.philharmoniedeparis.fr

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com

 

Crédits Photos : Philippe Adler © Pierre de Chocqueuse – Benny Golson Quartet © Marie-Colette Becker – Ben Rando © Jean-Baptiste Millot – Gil Evans Paris Workshop © Noé Cugny – Yonathan Avishai Trio © Eric Garault – Fred Nardin, Nicolas Moreaux © Philippe Marchin – Tony Palemaert © Sylvain Gripoix – Monty Alexander, Houston Person © Photo X/D.R.

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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 09:33
Deux visions très fugitives

Associant Jean-Marc Foltz (clarinette et clarinette basse) et Stephan Oliva (piano), “Gershwin” devait paraître en mai dernier. Envoyé à la presse, il bénéficia de bonnes chroniques, obtint un Choc dans Jazz Magazine mais des problèmes de distribution empêchèrent sa sortie. Produit par Philippe Ghielmetti, œuvre collective également enregistré à La Buissonne, “Princess” rassemble autour de Stephan Oliva la chanteuse Susanne Abbueehl et le batteur / percussionniste norvégien Øyvind Hegg-Lunde. Deux disques magnifiques attendus le 31 mars et à écouter sans tarder.

Jean-Marc FOLTZ / Stephan OLIVA : “Gershwin(Vision Fugitive / L’Autre Distribution)

Les jazzmen n’ont jamais cessé de reprendre la musique de George Gershwin. La réinventer sans la trahir, l’aborder de façon personnelle, c’est ce que parviennent à faire Jean-Marc Foltz et Stephan Oliva qui, se rapprochant au plus près de ses mélodies, en jouent les notes essentielles. Une simplicité qui donne un autre éclairage à ces thèmes inoubliables, leur mise à nue les transfigurant, comme si leur essence même nous était dévoilée. Un piano et une clarinette, deux instruments mais surtout deux musiciens qui ont l’habitude de jouer ensemble, savent faire respirer la musique, installer le silence entre chacune de leurs notes.

 

Celles intimistes et émouvantes de Somehow, courte pièce que Stephan Oliva réserve à son piano, introduisent The Man I Love, mélodie que chante avec une grâce infinie la clarinette de Jean-Marc Foltz. Le son est pur, fluide. Le piano ajoute des couleurs délicates. D’emblée les deux instruments parviennent à une complicité miraculeuse, ce que confirme la plage suivante, réunion de deux morceaux aussi dissemblables que célèbres. Introduit par la clarinette basse, Fascinating Rhythm, chanson que Gershwin composa en 1924 pour la comédie musicale “Lady, Be Good !” (The Man I Love en est également issu) fait entendre sa mélodie en premier. Le piano flirte brièvement avec le stride dans Someone to Watch Over Me. Les deux thèmes vont alors se répondre, Oliva adoptant un tempo plus lent pour jouer Someone to Watch Over Me, morceau que Gershwin avait pensé rapide avant de le transformer en ballade.

 

Réduites à de simples clapotis de notes, les deux versions de S’Wonderful restent des épures. Évanescente et rêveuse, la clarinette basse se fait souffle, pneuma, pour en sculpter les sons. Elle fait de même dans le Prelude n°2, Blue Lullaby, la plus jazz des trois pièces pour piano que Gershwin composa, une andante con moto ramenée à presque rien, à une simple vibration de l’air, le piano égrenant les rares notes de cette berceuse teinte en bleue. Les deux reprises de la fameuse Rhapsody in Blue sont très différentes. La première met en valeur son thème admirable. Sous titrée Gershwin’s Dream, la seconde en est une relecture décalée et ancrée dans le blues. Trois pièces proviennent de l’opéra “Porgy and Bess”. Difficile de faire mieux que les versions qu’en donnèrent Miles Davis avec Gil Evans. Celles que nous proposent Jean-Marc Foltz et Stephan Oliva sont pourtant tout aussi belles. Leurs instruments rivalisent d’élégance dans un My Man’s Gone Know dépouillé et crépusculaire. Tout aussi sobre est la reprise de Summertime. La clarinette nimbe de tristesse le célèbre Summertime et dans I Love You Porgy qui referme l’album, les notes peu à peu s'estompent, deviennent murmures avant de disparaître, avalées par la brume.

Deux visions très fugitives

Stephan OLIVA / Susanne ABBUEHL /  Øyvind HEGG-LUNDE : “Princess (Vision Fugitive / L’Autre Distribution)

Chanteuse inclassable, Susanne Abbuehl fait peu de disques. Trois albums pour ECM depuis 2001, année de parution d’“April”, son premier. Reprenant des compositions de musiciens qui lui parlent, elle y ajoute ses propres paroles ou met en musique les poèmes qu’elle affectionne, révélant leur rythme intérieur, vibrations sonores d’un verbe imagé qui incite à rêver. Depuis une dizaine d’années, elle se produit sur scène avec Stephan Oliva dont le piano attentif et sensible apporte une douceur supplémentaire à son chant. S’ils ont enregistré quelques morceaux ensemble pour Philippe Ghielmetti Come Rain or Come Shine, My One and Only Love, Lonely Woman –, c’est la première fois qu’un album entier les réunit. Avec eux pour ce chant à trois voix, Øyvind Hegg-Lunde, un percussionniste norvégien choisi par Susanne. Une bonne partie du répertoire est consacré aux compositions de Jimmy Giuffre, auteur de quelques standards – The Train and the River –, mais dont les œuvres sont peu interprétées.

 

Stephan Oliva les apprécie depuis longtemps. Les disques qu'il enregistra avec Paul Bley et Steve Swallow sont même chers à son cœur. La musique de Giuffre, Susanne Abbuehl la découvrit plus tard, avec “Music for People, Birds, Butterflies & Mosquitoes” (1973) et “River Chant” (1975), deux albums que le saxophoniste / clarinettiste enregistra en trio pour Choice Records. Elle en reprend quelques morceaux, The Listening, River Chant, Tree People, Mosquito Dance, des thèmes sur lesquels elle a mis des paroles. Elle les chante depuis plusieurs années, allongeant ou contractant leurs syllabes pour donner du rythme à ses phrases. Elle ne « scatte » pas mais vocalise, un peu comme les chanteuses de l’Inde du Nord dont elle a étudié la musique après avoir travaillé le chant classique à La Haye et le jazz avec Jeanne Lee. Comme celle de cette dernière, sa voix est à part, une voix très douce et très pure. Sans en être un, son adaptation de Tree People de Giuffre relève du raga. Mosquito Dance, qu’elle partage avec les percussions d’ Øyvind, également.

 

Ces titres, elle les transforme et se les approprie comme si elle les avait composés. Elle fait de même avec les autres morceaux de l’album, avec Great Bird, un thème que Keith Jarrett enregistra pour Impulse, le piano de Stephan, souvent confiné dans les graves, tendant vers la lumière. Pour Susanne, il écrit des musiques douces et tendres, enveloppe sa voix de notes soyeuses, met constamment en valeur ses nuances, son timbre aérien. Elle la pose délicatement sur la mélodie de Winter Day que Stephan développe longuement au piano, attentif à son souffle dans On Your Skin, une pièce apaisante d’une grande subtilité harmonique. Jimmy, un court interlude contemplatif en solo, précède une version inattendue et minimaliste de What a Wonderful World. Juste une voix et un piano pour conclure en beauté un album qui ne sera pas oublié.

Ces deux disques Vision Fugitive possèdent chacun un livret conséquent. Illustré par Emmanuel Guibert, qui est également l’auteur des deux pochettes, celui de “Princess” reproduit les paroles des morceaux. Quant à celui de “Gershwin”, il bénéficie d’une riche iconographie – reproductions d’affiches et de photos d’époque.

 

Photo Oliva / Abbuehl / Hegg-Lunde © Maxim François

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 09:22
Tony PAELEMAN : “Camera Obscura” (Shed Music / Absilone)

Le jazz, Tony Paeleman ne l’a pas découvert tout de suite. L’écoute de la musique pop des années 60 et 70 et l’apprentissage de la musique classique précédèrent sa pratique. Des études musicales au Conservatoire de Nice puis au sein du département Jazz et Musiques Improvisées du Conservatoire National Supérieur de Paris ne sont pas parvenues à faire de lui un musicien académique. Sa vision du jazz ne l’est même pas du tout. Bon pianiste, il sait très bien arranger sa musique, des compositions originales marquées par de nombreuses influences dont il peaufine les détails avec le plus grand soin. Quatre ans après “Slow Motion”, son premier disque, univers musical encore en gestation attestant d’un imaginaire très riche, son nouvel album, “Camera Obscura” confirme l’originalité de sa musique, ancrée dans le jazz par ses parties improvisées, mais ouverte à d’autres genres musicaux qui enrichissent et renouvellent le genre.

Ce disque, Tony Paeleman en a bichonné l’enregistrement. Très fort dans ce domaine, il s’est chargé de la prise de son d’Étrangement calme, un des duos saxophone – piano que renferme “Les âmes perdues” de son ami Christophe Panzani, opus dont il a assuré le mixage et le mastering. Il fait de même avec “Camera Obscura”, ajoutant des effets judicieux à Broken Frame qu’arpège la guitare de Pierre Perchaud. Ce dernier contribue aussi à Kindred Spirits, morceau lent et aérien également confié au saxophone ténor de Julien Pontvianne dont la sonorité diaphane en renforce l’aspect onirique. On retrouve avec lui Nicolas Moreaux à la contrebasse et Karl Jannuska à la batterie qui officiaient dans l’album précédent. Les autres invités sont des saxophonistes. Emile Parisien (soprano), Antonin Tri-Hoang (alto) et Christophe Panzani (ténor et clarinette basse) mêlent les timbres de leurs instruments respectifs dans Movin’Heads, une pièce colorée, enrichie par des effets sonores et scandée par des rythmes bondissants relevant du hip-hop. Les anches s’entrecroisent et nous font également rêver dans Zadar, un lamento dont la mélodie répétitive hypnotise. Complexes et sophistiqués, les rythmes de The Hex et Morning Live ne sont pas non plus ceux du jazz. Utilisant pourtant son vocabulaire, le piano improvise sur des métriques changeantes. Au sein d’un même morceau, les rythmes bougent et avec eux la musique se transforme, images sonores qui, constamment mélangées, en génèrent de nouvelles. Introduit par le piano qui en décline progressivement les accords, Roxanne, une des plus célèbres compositions de Sting, baigne dans une torpeur rêveuse puis adopte un tempo aussi vif qu’inattendu. Our Spanish Love Song de Charlie Haden qui referme l’album hérite d’une version plus sage. Accompagné par une contrebasse et une batterie discrète, le piano en décline sobrement le thème, une mélodie, simple, lumineuse qui se suffit à elle-même.

 

-Sortie le 24 mars – Concert le 25 avril au Studio de l’Ermitage.

 

-Photos © Sylvain Gripoix

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13 mars 2017 1 13 /03 /mars /2017 10:11
Louis SCLAVIS / Dominique PIFARÉLY / Vincent COURTOIS :  “Asian Fields Variations” (ECM / Universal)

Le nom de Louis Sclavis, qui est à l’origine de ce trio, vient en premier sur la pochette. Le clarinettiste a toutefois choisi d’associer étroitement Dominique Pifarély et Vincent Courtois (violon et violoncelle) à ce projet. Ils ont souvent joué en binôme au sein de diverses formations, mais ce n’est qu’en 2000, à l’occasion de l’enregistrement de la musique d’un film muet de Charles Vanel publié sous le nom de Sclavis, “Dans la nuit”, qu’ils se sont tous les trois retrouvés. Douze ans plus tard, “Flying Soul”, un disque en quartette d’Aki Takase, pianiste japonaise résidant à Berlin, leur permirent d’affiner leurs communes affinités musicales. Enregistrer un album avec des compositions spécialement écrites pour leurs trois instruments s’imposait.

Les micros du studio La Buissonne les recueillirent en septembre 2015. Onze compositions originales – cinq de Sclavis, deux de Pifarély, trois de Courtois, Digression étant cosigné par tous les musiciens  – en constituent le programme. Clarinette ou clarinette basse, violon et violoncelle mêlent leurs sonorités pour jouer de la musique de chambre confiée à trois instruments qui vibrent bien ensemble. L’amateur de jazz qui privilégie le swing et s’accroche aux barres de mesure ne trouvera pas ici son bonheur. Pas de contrebasse, ni de batterie dans cette musique qui s’étale librement, musique contemporaine réfléchie mais pas trop car prenant le temps de nous faire rêver. On y relève certes quelques cadences, notamment dans Asian Fields. La courte phrase mélodique que répète le violon sert d’appui aux improvisations de la clarinette basse, cette dernière faisant de même un peu plus tard pour soutenir le chorus du violon. Sous les doigts de Dominique Pifarély, ce dernier s’envole dans Les nuits, les cordes pincées du violoncelle rythmant le morceau, et c’est à l’archet que Vincent Courtois accompagne le chant de la clarinette dans la première partie de Cèdre.

 

Si certaines pièces ne dépassent guère les deux minutes – Done and Done que le violoncelliste se réserve en solo, Pensée Fugitive confiée à la seule clarinette basse –, d’autres s’organisent bien autour de thèmes, de parties écrites qu’il est parfois difficile de distinguer des improvisations. Mont Myon, le plus long morceau de l’album, enchaîne trois mouvements. Le premier fait entendre une superbe mélodie orientale ; abstrait et improvisé, le second se déploie autour de la clarinette basse ; pendant de la première, le troisième en reprend le thème mais le structure autrement. Décliné successivement par les trois instruments, le court motif mélodique de Fifteen Weeks sert de fil conducteur à une brève symphonie de timbres digne de certains compositeurs viennois que le temps ne fait pas oublier. La carrière qui envoûte et conclut majestueusement le disque nous fait regretter qu’il se termine trop vite, la musique, nul ne l’ignore, ayant pouvoir de distendre le temps.

 

-Sortie le 17 mars.

-Tournée française en mars et en avril.

-En mars à Bessé sur Braye (le 17), à La Ferté-Bernard (le 22), à La Flèche (le 28), à Saint-Saturnin (le 29), à La Roche-sur-Yon (le 30), à Trelazé (le 31).

-En avril à Flers (le 1er), à Parigné-l'Evêque (le 4), au Mans (le 5), à Saint-Berthevin (le 6), à Strasbourg (le 7), à Saint-Florent-le-Vieil (le 9).

 

Photo : X/D.R.

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