Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
19 décembre 2014 5 19 /12 /décembre /2014 11:57
Disques : 13 Chocs pour les fêtes

2014 a-t-elle été une bonne année pour le jazz ? L’avenir le dira. Au sein d’une pléthore de nouveautés, de rééditions, quelques enregistrements sortent du lot. Mes goûts ne sont pas toujours ceux de mes collègues journalistes. Normal. Chacun réagit selon sa sensibilité, son expérience, sa culture. Depuis qu’existe ce blog, j’ai toujours privilégié les chroniques positives, évité de m’étendre sur des enregistrements que je ne n’apprécie pas. Si je préfère applaudir qu’éreinter, il m’est toutefois difficile de parler de tous les bons disques que je reçois. Il me vient quelques regrets au moment de décerner ces Chocs. Le manque de temps ne m’a pas encore permis de vous livrer certaines chroniques. Je pense à l’album “Autour de Nina” (Nina Simone), une réussite qui réunit dix chanteurs et chanteuses, à “Tiddy Boom” du saxophoniste Michael Blake. Il m’a fallu choisir et comme les années précédentes, quelques musiciens célèbres côtoient des inconnus qui sont tout aussi bons. Peu médiatisés, vous ne les verrez pas dans les grands festivals. Le blog de Choc se doit de les faire connaître à un public trop peu formé à la musique. Puissiez-vous avoir la curiosité de les écouter. Bonnes fêtes à tous et à toutes.

 

Onze nouveautés…

Disques : 13 Chocs pour les fêtes

-Ambrose AKINMUSIRE : “The Imagined Savior Is Far Easier to Paint” (Blue Note / Universal).

Chronique dans le blog de Choc le 28 avril.

Plus abouti que les deux disques précédents du trompettiste, “The Imagined Savior Is Far Easier to Paint” (78 minutes de musique) témoigne du renouveau du jazz afro-américain. Dans The Beauty of Dissolving Portraits qui fait appel à un quatuor à cordes, Ambrose Akinmusire souffle de longues notes tenues. Ces mêmes cordes habillent Our Basement, morceau que chante magnifiquement Becca Stevens sur un accompagnement de pizzicatos discrets. Dans Ceaseless Inexhaustible Child, la trompette offre un écrin velouté à la voix de Cold Speaks. Arrangé et chanté par Theo Bleckmann, Asiam (Joan) est aussi une réussite. Sans posséder le même pouvoir de séduction, les autres pièces, instrumentales, fascinent par leur complexité rythmique. Musicien exigeant, Akinmusire confirme ici de multiples talents.

Disques : 13 Chocs pour les fêtes

-Franck AMSALLEM : “Sings Vol.II” (Fram Music Productions).

Chronique dans le blog de Choc le 19 septembre.

Enregistré en trio avec Sylvain Romano à la contrebasse et Karl Jannuska à la batterie, “Sings Vol. II” est plus réussi que “Amsallem Sings”, disque dans lequel Franck Amsallem chante et s’accompagne au piano. Franck connaît bien ces mélodies, les admire, en conserve la mémoire. Il les porte en lui depuis longtemps et en donne des versions sincères dans lesquelles il met beaucoup de lui-même. Phrasant comme un instrumentiste, le chanteur - pianiste interprète avec naturel et émotion des standards célèbres et des mélodies un peu oubliées ajoutant Paris Remains in my Heart, une de ses compositions, à cet opus. Il s’ouvre sur une magnifique version de Never Will I Marry, une chanson de Frank Loesser, se referme sur Two For the Road, un thème d’Henry Mancini, et nous offre cinquante-sept minutes de bonheur.

Disques : 13 Chocs pour les fêtes

-Ran BLAKE : “Cocktails at Dusk” (Impulse ! / Universal).

Chronique dans le blog de Choc le 18 novembre.

Sous titré “A Noir Tribute to Chris Connor” et produit par Jean-Philippe Allard (Universal), “Cocktails at Dusk” rassemble quelques thèmes du répertoire de la chanteuse. Des morceaux de Cole Porter (I Get a Kick of You), Rodgers & Hart (Why Can’t I), Lerner & Loewe (Almost Like Being in Love) que Ran Blake harmonise avec des notes aussi parcimonieuses qu’inattendues, des dissonances, de sombres accords, le pianiste affectionnant les graves du clavier. Publié sur le prestigieux label Impulse! aujourd’hui réactivé, ce disque n’est qu’en partie enregistré en solo. Ricky Ford qui fut son élève dialogue avec lui à deux reprises au saxophone ténor. Présente dans quatre morceaux, Laika Fatien rend leurs mélodies surnaturelles. Elle n’a peut-être jamais été si convaincante. Blake qui excelle à accompagner des chanteuses la met en confiance, son noir piano accentuant la sensualité de sa voix.

Disques : 13 Chocs pour les fêtes

-Stefano BOLLANI : “Joy In Spite of Everything” (ECM / Universal).

Chronique dans le blog de Choc le 13 octobre.

Le titre qui donne son titre à l’album et Alobar e Kudra, pièce dans laquelle Stefano Bollani, plein de ressources, révèle une technique et une sensibilité impressionnante, sont enregistrés en trio avec Jesper Bodilsen (contrebasse) et Morten Lund (batterie), la meilleure rythmique danoise. L’instrumentation diffère dans les autres morceaux. Teddy est un duo piano / guitare. Confié à Bill Frisell, l’instrument est également présent dans Ismene, une plage en quartette. Las Hortensias, une ballade mélancolique, profite au saxophone de Mark Turner. Frisell et lui tiennent une place importante dans les trois longues plages en quintette de cette séance new-yorkaise : Easy Healing, un calypso d’une grande finesse mélodique ; Vale qui séduit par ses notes inquiétantes, sa lente progression harmonique, et No Pope No Party, un thème relevant du bop dans lequel, au ténor, Turner se montre très inspiré.

Disques : 13 Chocs pour les fêtes

-Kris BOWERS : “Heroes + Misfits” (Concord / Universal).

Chronique dans le blog de Choc le 17 mars.

Arrangé avec soin, cet album, le premier que Kris Bowers enregistre sous son nom, fourmille de bonnes idées, de mélodies attachantes. Avec une équipe réduite, le re-recording permettant de doubler les voix de Chris Turner, José James et Julia Easterlin, les saxophones de Casey Benjamin et Kenneth Whalum, le pianiste trempe sa musique dans la soul et le hip hop et parvient à créer une bande-son aux climats variés et inattendus. Portées par une section rythmique qu’assurent Burniss Earl Travis II à la basse électrique et Jamire Williams à la batterie, ses compositions à tiroirs superposent les mélodies, changent fréquemment de rythmes et d’orchestrations et provoquent la surprise. Piano acoustique, Fender Rhodes, synthétiseurs, la guitare électrique d’Adam Agati branchée sur des pédales d’effets offrent une large palette de couleurs à un disque que Bowers recommande d’écouter fort. Le choc en est d’autant plus grand.

Disques : 13 Chocs pour les fêtes

-André CECCARELLI / Jean-Michel PILC / Thomas BRAMERIE : “Twenty” (Bonsaï Music / Harmonia Mundi).

Chronique dans Jazz Magazine / Jazzman n°659 - mars (Choc)

“Twenty” scelle les 20 ans d’amitié de trois musiciens complices qui prennent un malin plaisir à désosser des standards pour les remettre à neuf. Jouant un piano ouvert au sein duquel clusters et dissonances tendent la main à des notes, à des accords qui font rêver, Jean-Michel Pilc assure le leadership d’un trio interactif. André Ceccarelli et Thomas Bramerie bousculent et façonnent avec lui un flux sonore mobile et changeant, apportent une tension bienvenue à la musique qui repose sur de vraies mélodies. Bénéficiant de leur exubérance rythmique, Pilc s’amuse, plaque des accords, porte la musique à ébullition. Il peut aussi se montrer lyrique et tendre. En témoignent sa version très lente de Ne me quitte pas, sa belle reprise de L’Auvergnat et ses propres compositions, des ballades sensibles jouées avec émotion.

Disques : 13 Chocs pour les fêtes

-Sinne EEG : “Face the Music” (Stunt / UnaVoltaMusic).

Chronique dans le blog de Choc le 19 septembre.

Célèbre au Danemark, Sinne Eeg maîtrise le scat, possède une voix très juste et compose d’excellentes chansons. Enregistré sur trois jours à Copenhague, “Face the Music”, son septième album, est aussi réussi que “Don’t Be So Blue” chroniqué dans ce blog. Accompagnée par Jacob Christoffersen (piano), Morten Ramsbøl (contrebasse) et Moorten Lund (batterie), musiciens que rejoignent quelques invités, elle chante des standards et ses propres morceaux. Son rythme est parfait dans I Draw a Circle qui réserve un chorus de bugle. Crowded Heart, une ballade, bénéficie de son scat, de même que What a Little Moonlight Can Do qui ouvre l’album, la batterie seule rythmant sa voix. La contrebasse de Thomas Fonnesback est parfois seule à accompagner la chanteuse qui affectionne les morceaux de bravoure et ne craint pas prendre des risques.

Disques : 13 Chocs pour les fêtes

-Rodney KENDRICK : “The Colors of Rhythm” (Impulse ! / Universal).

Chronique dans le blog de Choc le 13 décembre.

Après un long silence discographique – quatre albums pour Verve entre 1994 et 1997 et quelques rares opus sous son nom –, Rodney Kendrick se rappelle à nous avec ce nouvel enregistrement en trio pour Impulse! Constitué pour moitié de standards, il fait entendre un piano orchestral aux couleurs riches et séduisantes, aux lignes de basse puissantes, Randy Weston et Thelonious Monk étant les principales influences d’un pianiste affectionnant ruptures et dissonances. La pièce maitresse du recueil est une version de Round Midnight qui ne ressemble à aucune autre. Celles d’Honeysuckle Rose, Body & Soul et Caravan sont tout aussi neuves et enthousiasmantes. Marquées par le blues, portées par une section rythmique superlative – Curtis Lundy à la contrebasse et Cindy Blackman à la batterie –, les compositions aux mélodies évidentes du pianiste sont tout aussi passionnantes. Un grand disque inattendu !

Disques : 13 Chocs pour les fêtes

-Gilles NATUREL : “Contrapuntic Jazz Band “Act 2” (Space Time / Socadisc).

Chronique dans Jazz Magazine / Jazzman n°666 - octobre (Choc)

Second disque du Contrapuntic Jazz Band qu’anime Gilles Naturel, cet “Act 2” apparaît beaucoup plus fluide, varié et réussi que le premier, davantage inspiré par le jazz West Coast des années 50. Les morceaux qu’il contient offrent une plus large place aux solistes et aux improvisations collectives, le nouveau batteur, Donald Kontomanou, apportant une plus grande liberté rythmique à la musique. Hormis ce remplacement, la formation reste la même avec toutefois la présence du saxophoniste Lenny Popkins dans I Surender Dear. Excellent bassiste, Naturel séduit par l’intelligence de ses compositions et la finesse de ses arrangements. Entre le jazz et la musique contemporaine, Carême à Belleville enthousiasme par sa modernité. Quant aux standards, ils subissent un sérieux lifting, tant The Duke que The Very Thought of You, sans oublier une reprise de Jitterbug Waltz qui n’oublie pas de swinguer.

Disques : 13 Chocs pour les fêtes

-Greg REITAN : “Post no Bills” (Sunnyside / Naïve).

Chronique dans le blog de Choc le 21 novembre.

Quatrième album de Greg Reitan pour Sunnyside, “Post no Bills” est probablement son meilleur. Ne nous ayant encore jamais rendu visite, Reitan reste toutefois largement méconnu en France. Travaillant à Los Angeles pour le cinéma et la télévision, influencé par Bill Evans et Keith Jarrett (sa reprise de The Mourning of a Star), il est aussi un pianiste de jazz au toucher fin et délicat, un virtuose qui peut jouer beaucoup de notes, mais préfère les laisser respirer. Le même trio l’accompagne dans tous ses disques. Jack Daro à la contrebasse et Dean Koba à la batterie assurent la section rythmique qui convient à sa musique, du jazz moderne aux belles couleurs harmoniques qui témoigne d’une réelle esthétique. Quelques morceaux sont ici de sa plume mais il préfère reprendre des standards, en proposer des versions nouvelles et raffinées. Mélodiste, il aime faire chanter des notes exquises à son piano. Bien construites, ses improvisations sont des histoires que l’on suit avec beaucoup d’intérêt.

Disques : 13 Chocs pour les fêtes

-Marcin WASILEWSKI Trio w/Joakim MILDER : “Spark of Life” (ECM / Universal). Chronique dans Jazz Magazine / Jazzman n°668 – décembre / janvier (Choc)

Quatrième album ECM de Marcin Wasilewski qui invite Joakim Milder à rejoindre Slawomir Kurkiewicz à la contrebasse et Michal Miskiewicz à la batterie, musiciens qui l’entourent depuis 1993. Le nouveau venu, le pianiste l’a découvert sur “Litania”, un disque de Tomasz Stanko consacré à la musique de Krzysztof Komeda. Saxophoniste au son plein et large attaché à la ligne mélodique qu’il nuance, passant de la puissance à une sonorité douce et feutrée, il fait entendre son ténor dans cinq des onze plages de cet album, l’une d’entre-elles étant une nouvelle version de Sleep Safe and Warm, le thème du film “Rosemary’s Baby” composé par Komeda. Outre des originaux de Wasilewski, des mélodies très simples au service d’un jazz souvent modal et impressionniste, ce disque contient des reprises enivrantes de Message in the Bottle, le grand tube du groupe Police, et d’Actual Proof, composition d’Herbie Hancock que jouent les Head Hunters dans leur deuxième album.

… et deux inédits :

Disques : 13 Chocs pour les fêtes

-Paul BLEY : “Play Blue” (ECM / Universal).

Chronique dans le blog de Choc le 22 avril.

Paul Bley, 82 ans cette année, se rappelle à nous dans un piano solo enregistré en 2008 à Oslo. Jouer en solo stimule son imagination. Ses doigts parfois le trahissent mais les imperfections de sa musique en font ressortir la poésie. Il aime inventer, improviser, frappe ses notes comme des tambours, les bouscule et les rythme. Le morceau s’intitule Far North et de cette répétition martelée surgit une délicieuse mélodie. Il abandonne le thème, y revient, pose des notes rêveuses et tendres, d’autres plus noires et agressives. L’orage ne dure jamais longtemps. Way Down South Suite en témoigne. Après cinq minutes et vingt secondes de dissonances et d’accords tumultueux le piano chante le blues avec force lyrisme. Pent-Up House de Sonny Rollins conclut le concert : Paul Bley le déconstruit, le réinvente. On se laisse emporter dans un tourbillon de notes qui font perdre la tête.

Disques : 13 Chocs pour les fêtes

-Denny ZEITLIN : “Stairway to the Stars” (Sunnyside / Naïve).

Chronique dans le blog de Choc le 20 octobre.

La longue carrière de Denny Zeitlin est jalonnée de disques que tout amateur de jazz se doit de posséder. Enregistré en 2001 au Jazz Bakery, un club de Culver City, “Stairway to the Stars” s’ajoute à cette liste. Cette année-là, le pianiste, 63 ans, effectua une tournée sur la Côte Ouest des Etats-Unis avec Buster Williams à la contrebasse et Matt Wilson à la batterie. C’est donc en trio, que ce concert a été enregistré. Si Out of a Stroll, un blues en mineur, sa seule contribution au répertoire, balance diablement bien, Zeitlin préfère reprendre des standards, harmoniser à sa façon des vieux thèmes des années 30 (I’ll Take Romance, Spring Is Here) et 40 (You Don’t Know What Love Is, There Will Never Be Another You), se promener avec ses musiciens dans des thèmes qui les inspirent pour nous en livrer des versions élégantes et neuves qu’il sait rendre intemporelles.

Partager cet article

Published by Pierre de Chocqueuse - dans Chroniques de disques
commenter cet article
13 décembre 2014 6 13 /12 /décembre /2014 10:20
Rodney KENDRICK : “The Colors of Rhythm” (Impulse !/Universal)

Longtemps directeur musical et pianiste de la regrettée Abbey Lincoln, Rodney Kendrick enregistra quatre albums sous son nom entre 1994 et 1997, les saxophonistes Houston Person, Arthur Blythe et Dewey Redman lui donnant la réplique. Mais c’est surtout avec “We Don’t Die We Multiply”, enregistré en trio, que l’élève de Barry Harris dévoila pleinement la singularité de son piano influencé par Randy Weston et Thelonious Monk. Jean-Philippe Allard qui produisit le disque en 1997 pour Universal, fait aujourd’hui paraître “The Colors of Rhythm” sur le label Impulse! Également en trio, constitué pour moitié de standards, il fait entendre un piano orchestral aux couleurs riches et séduisantes, aux lignes de basse puissantes. La pièce maitresse de ce recueil est une version onirique et élégante de Round Midnight. Héritant d’un tempo lent, Caravan apparaît tout aussi neuf. Cultivant les dissonances, les décalages, Rodney Kendrick en masque longuement le thème. Ses reprises d’un Honeysuckle Rose joué à la Monk, d’un Body & Soul très blues et très bleu, fourmillent aussi de dissonances. Les lignes mélodiques et rythmiques que joue Curtis Lundy à la contrebasse conviennent idéalement au piano. A la batterie, Cindy Blackman rythme les morceaux avec souplesse et dynamique, grosse caisse, toms et cymbales leur donnant une réelle épaisseur, surtout dans Aminata écrit par Kendrick. Ancrées dans le blues – Remembering en est profondément marqué –, ses compositions enthousiasment par leurs mélodies évidentes, leurs métriques ternaires et régulières apportant une cohérence aux nombreuses ruptures qu’affectionne le pianiste.

Partager cet article

Published by Pierre de Chocqueuse - dans Chroniques de disques
commenter cet article
9 décembre 2014 2 09 /12 /décembre /2014 10:31
Téléthon Jazz

Créé par BNP Paribas, partenaire historique du Téléthon qui chaque année s’investit, mobilise ses salariés et ses compétences (plus de 3000 collaborateurs bénévoles), le 3ème Téléthon du Jazz vous convie à une grande soirée swing au cœur du quartier latin. Quatre heures de musique et de danse au profit de l'AFM-Téléthon qui bénéficiera de l'intégralité de la recette.

Téléthon Jazz

En première partie de soirée, un grand bal swing fera chavirer le cœur des parisiens. L'Esprit Jazz Big Band - treize musiciens, un chanteur (Marc Thomas) et un saxophoniste invité (Stéphane Guillaume) -, vous plongera au cœur des années swing, celles de l’âge d’or des plus fameux orchestres de jazz, ceux de Count Basie, Duke Ellington, Fletcher Henderson, Jimmie Lunceford et Glenn Miller.

Avec Jean-Pierre Solvès (direction, saxophone), Marc Thomas (chant) Joël Chausse, Yves Le Carboulec, Alexis Bourguignon (trompettes), Jean-Christophe Vilain, Jean-Louis Damant, Denis Leloup (trombones), Alain Hatot, François Chambert, Xavier Quérou (saxophones), Claude Terranova (piano), Marc-Michel Le Bévillon (contrebasse), Julie Saury (batterie) + Stéphane Guillaume (saxophones).

Cette grande formation accompagnera les danseurs dans un cadre exceptionnel : la salle des fêtes de la Mairie du 5ème, place du Panthéon.

Spécialiste du vinyle et créateur du collectif Jazz Attitudes, acteur incontournable des scènes jazz dancefloor, DJ Psycut prolongera aux platines la soirée avec son fameux mix "Jazz Dance".

De 20 heures à minuit et demi, Mairie du 5ème, 21 place du Panthéon Paris 5ème - RER B Luxembourg.

Tarifs : Prévente 8€ - Le soir même 10€.

Réservations : www.telethondujazz.com

Partager cet article

Published by Pierre de Chocqueuse - dans Scoop!
commenter cet article
4 décembre 2014 4 04 /12 /décembre /2014 09:42
Le club de jazz : une bonne chaudière contre le froid

Grâce à Romulus dont le calendrier ne commençait qu’en mars, décembre porte un nom associé à decem (dix), comme si l’année ne possédait que dix mois. Un paradoxe qui n’empêche pas décembre d’être le mois du solstice d’hiver. Le soleil rentre dans le Capricorne le 22, saturne, austère et froid, apportant rigueur et détermination aux natifs du signe. Les anciens fêtaient les Saturnales, sept jours d’agapes et de combats de gladiateurs.

Si ces derniers ont disparu, les fêtes perdurent malgré des poches de plus en plus vides, l’État, gourmand et avide, multipliant impôts, taxes et surtaxes pour renflouer ses caisses. Même l’Évêché manque de fonds. Les dons des paroissiens en berne, l’ambassade de Russie a offert le sapin destiné au parvis de Notre-Dame, un arbre de 25 mètres de haut habitué aux nuits longues et froides.

Le club de jazz : une bonne chaudière contre le froid

Le froid : on s’en protège comme on peut. Chapka en fourrure ou bonnet d’ours, col coupe-vent, ample manteau de laine ou en cuir de bison, collants thermolactyl Damart ou chaussettes montantes en mohair, bottines fourrées en poil de Rossinante (qu’ils prétendent !), le citadin s’emmitoufle, disparaît sous les couches de vêtements qui le couvrent. Pour mieux pleurer les feux de cheminée qui bientôt, lutte anti-pollution oblige, appartiendront au passé. Apprendre que brûler du bois une demi-journée c’est émettre autant de particules fines qu'une voiture diesel parcourant 3.500 kilomètres jette un froid. Pour continuer à se chauffer au bois à Paris et en Ile-de-France à partir du 1er janvier, chaudière à bois, poêle ou insert, installations coûteuses, seront les seules autorisées.

Le club de jazz : une bonne chaudière contre le froid

Ceux qui ne disposent pas d’autres moyens de chauffage réchaufferont leurs membres engourdis dans les clubs de jazz. Sauter d’un pied sur l’autre, frapper dans ses mains chauffent également le sang, mais il est rare d’applaudir chez soi les disques que l’on écoute. Il faut sortir, fêter les musiciens sur scène. La soirée annuelle qu’organise TSF à l’Olympia le 15 décembre, You & The Night & The Music (douze orchestres), affiche complet. C’est loin d’être le cas des petits clubs qui donnent leur chance à des musiciens inconnus. Les bonnes surprises existent. Découvert avec Phil Costing au Sunside le 25 novembre dernier, Jérôme Beaulieu, jeune pianiste québécois propose un jazz lyrique et mélodique d’une rare fraîcheur. Je recommande “Chercher l’équilibre” (Effendi Records), le second disque du trio qu’il anime.

Le club de jazz : une bonne chaudière contre le froid

Vous suivez l’actualité du jazz, vous aurez donc constaté que Jazz Magazine fête ses soixante ans avec un copieux numéro double de 164 pages : interviews de Daniel Filipacchi, Jacques Réda, Jean-Louis Chautemps, mais aussi de Nonce Paolini (TF1) et Gérard Brémond (Pierre et Vacances, TSF Jazz, Duc des Lombards). Vous apprendrez pourquoi les collaborateurs du journal aiment le jazz. Vingt musiciens français racontent leur rencontre avec lui. Un numéro tellement dense qu’il faudra patienter jusqu’en février pour découvrir les Chocs de l’année que la revue décerne. Les miens, les 13 Chocs 2014 du blogueur de Choc (12 nouveautés et un inédit), vous seront communiqués autour du 20 décembre, juste avant la mise en sommeil de ce blog pour les fêtes. Patientez donc un peu. Dans les chaudières du jazz pour remédier au froid.

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

Le club de jazz : une bonne chaudière contre le froid

-À l’initiative du chanteur Thierry Peala et afin de venir en aide à Doreen Wheeler, épouse du trompettiste Kenny Wheeler disparu le 18 septembre, un hommage sera rendu à ce dernier le 8 au New Morning. Quelques compagnons de route, mais aussi de nombreux musiciens qui l’admiraient y participeront. Né à Toronto en 1930, installé en Angleterre en 1952, Wheeler s’y fera un nom dans le monde du jazz. Co-fondateur du groupe Nucleus, membre du Globe Unity Orchestra et du United Jazz and Rock Ensemble, il fut de toutes les aventures et enregistra 23 albums sous son nom et plus d’une centaine d’autres en tant que sideman. Outre Thierry Peala (chant), seront présents : Norma Winstone (chant), Geoffrey Tamisier, Yoann Loustalot, Airelle Besson, Thomas Mayade (trompette), Georgui Kornasov (trombone), Francesco Bearzatti, Sébastien Texier (saxophones), Bruno Angelini, Edouard Ferlet, Carine Bonnefoy (piano), Franck Tortiller (vibraphone), Federico Casagrande (guitare), Henri Texier, Riccardo Del Fra, Matyas Szandai, Michel Benita (contrebasse), Aldo Romano, Christophe Marguet, Louis Moutin et Steve Argüelles (batterie).

Le club de jazz : une bonne chaudière contre le froid

-Toujours le 8, le cinéma Le Balzac (1, rue Balzac, 75008 Paris) accueille à 20h30 le Caratini Jazz Ensemble – 16 musiciens parmi lesquels André Villéger et Matthieu Donarier (saxophones), Claude Egea (trompette), Denis Leloup (trombone), Alain Jean-Marie (piano), Thomas Grimmonprez (batterie) – pour un ciné-concert consacré à “Body & Soul”, film muet qu’Oscar Micheaux tourna en 1924 avec l’acteur Paul Robeson, l’histoire d’une jeune femme vertueuse victime d’un escroc cynique déguisé en homme d’église. Patrice Caratini (contrebasse) en propose une nouvelle partition. Enregistrée en public au Parc Floral de Paris en juillet 2013 dans le cadre du Paris Jazz Festival, elle fait l’objet d’un disque (Caramusic / L’autre distribution) depuis le 13 octobre.

Le club de jazz : une bonne chaudière contre le froid

-Une dernière chance d’écouter cette année le Gil Evans Paris Workshop vous est donnée le 10. Dirigé par Laurent Cugny qui en est aussi le pianiste, l’orchestre (16 musiciens) se produira dans son lieu de résidence habituel, le studio de l’Ermitage. J’ai déjà dit tout le bien que je pensais de cette formation de jeunes jazzmen prometteurs qui font revivre des arrangements de Gil (Time of the Barracudas), mais aussi de Laurent (In Tempo, sorte de petit concerto pour trompette, l’instrument se voyant confié à Malo Mazurié). Des compositions de Charles Mingus (Goodbye Pork Pie Hat), George Russell (Blues in Orbit) et Jelly Roll Morton (King Porter Stomp) sont également à l’honneur. Deux concerts évènements du Gil Evans Paris Workshop ont déjà eu lieu dans cette même salle. Ne manquez pas le troisième, dernier de la saison.

Le club de jazz : une bonne chaudière contre le froid

-Le pianiste Enrico Pieranunzi apprécie décidemment Simona Severini, une jeune chanteuse italienne originaire de Milan qui a étudié avec Tiziana Ghiglioni, donné ses premiers concerts avec le pianiste Giorgio Gaslini et publié deux disques sous son nom. Après avoir tous deux collaboré à un disque hommage au défunt Lucio Dalla publié en 2013 (“Dalla in Jazz” dans lequel ils reprennent Futura, une de ses compositions) et s’être produit avec elle au Sunside le 14 juin dernier, ils retrouvent pour deux soirs, les 12 et 13 décembre, ce même club de la rue des Lombards, Diego Imbert (contrebasse) et André Ceccarelli (batterie) complétant la formation.

Le club de jazz : une bonne chaudière contre le froid

-Poly-instrumentiste demandé, lauréat du prestigieux Prix Django Reinhardt en 2009, Stéphane Guillaume fêtera deux soirs de suite au Sunset (le 18 et le 19) la sortie de “Pewter Session” (Gemini Records), album marquant dix années de collaboration avec Frédéric Favarel (guitare), Marc Buronfosse (contrebasse) et Antoine Banville (batterie). Travail collectif (chaque musicien y propose ses compositions) que les nombreux instruments joués par Stéphane (saxophones alto, soprano et ténor, flûte et clarinette basse) ne rendent jamais monotone, ce nouveau disque reflète bien la complicité qui unit les membres du quartette, entente fructueuse que la scène révèle davantage encore.

Le club de jazz : une bonne chaudière contre le froid

-Les 26, 27 et 28 décembre, le trompettiste et Stéphane Belmondo présentera au Sunside de larges extrait de son prochain album enregistré en trio dans le Gard au Studio Recall. Un disque hommage à Chet Baker que Stéphane considère comme un de ses maîtres, et qui porte sur sa période SteepleChase, lorsque Chet jouait avec le guitariste Doug Raney et le contrebassiste Niels-Henning Ørsted Pedersen. Pour mener à bien ce travail comprenant également des compositions originales, Stéphane a fait appel à Thomas Bramerie qui lui aussi accompagna Chet, et à Jesse Van Ruller, guitariste hollandais qui remporta la Thelonious Monk Competition en 1995 devant un jury qui comprenait Pat Metheny, Jim Hall, Pat Martino et John Scofield.

Le club de jazz : une bonne chaudière contre le froid

-Pour terminer l’année (ou presque car nous serons le 30, veille de cette Saint Sylvestre qui promet tant de fêtes et de vœux), pourquoi ne pas se rendre au Sunside écouter des standards ? Sara Lazarus les chante merveilleusement. Les confiant à sa voix, elle sait mettre en valeur leurs mélodies inoubliables, les porter jusqu’à nous. Pour l’accompagner, Vincent Bourgeyx nous comblera de son magnifique piano, Gilles Naturel – dont le dernier opus, une merveille, a obtenu un Choc en octobre dans Jazz Magazine / Jazzman –, fera chanter sa contrebasse et Philippe Soirat, comme toujours, saura se montrer impérial à la batterie.

-New Morning : www.newmorning.com

-Le Balzac : www.cinemabalzac.com

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

 

Crédit photos : “Blade Runner” © Ridley Scott – Laurent Cugny © Pierre de Chocqueuse – Enrico Pieranunzi, Stéphane Guillaume, Stéphane Belmondo, Sara Lazarus © photos X/D.R.

Partager cet article

Published by Pierre de Chocqueuse - dans Edito tout beau
commenter cet article
27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 09:19
Jerry LÉONIDE : “The Key” (ACT / Harmonia Mundi)

Je ne savais rien de Jerry Léonide avant qu’un attaché de presse avisé (merci Sébastien) me fasse parvenir cet album, le premier qu’il enregistre en dehors de Maurice, son île natale. Il y est né en 1984 et vit en France depuis 11ans. Enregistré au Studio de Meudon grâce au soutien financier de la Montreux Jazz Artists Foundation, “The Key”, l’une des belles découvertes de cette année qui s’achève, révèle un pianiste virtuose en pleine possession de ses moyens. Loin d’exhiber sa technique, Léonide assure la primauté du discours musical, impose des rythmes et mélodies qu’il porte en lui depuis sa jeunesse. Longue fut la gestation de cet album, voyage au sein de l’africanité de Maurice et qui réunit avec bonheur jazz et séga, la danse traditionnelle de l’île, mais aussi une musique jouée à toutes les fêtes. Musique des esclaves africains conduits à Maurice pour travailler dans les plantations, le séga subit au XIXe l’influence des quadrilles que dansaient les Français et leurs familles. Léonide nous la propose sous une forme moderne et jazzifiée. Confié au mauricien Jhonny Joseph qui apporte une grande variété de rythmes, la batterie remplace ainsi la ravane, tambour taillé dans du bois de goyave et recouvert de peau de chèvre. Un autre mauricien, Gino Chantoiseau, assure brillamment la contrebasse et Linley Marthe, lui aussi originaire de l’île, musicien qui fut l’un des premiers que le pianiste rencontra lorsqu’il arriva à Paris, tient la basse électrique dans Rue de Paris, le disque réunissant de nombreux invités. La formation de base, un quintette, comprend Sylvain Gontard au bugle et Vincent Lê Quang au saxophone soprano. Souvent joués à l’unisson, leurs instruments exposent les thèmes et s’offrent des improvisations qui s’inscrivent dans la tradition du jazz. Près d’eux, le piano ornemente, dialogue, improvise et parvient à placer d’élégants voicings, de chaudes couleurs harmoniques sur des vraies mélodies qui vous trottent dans la tête. Jerry Léonide les fait également chanter par des voix. Fannie Klein assure les chœurs dans Dodo Baba et Black River Road, morceau également confié à la voix chaude et colorée de Woz Kaly, chanteur sénégalais né à Dakar qui renforce l’africanité de la pièce. Ne manquez pas ce disque : un magnifique pianiste porte et révèle un florilège de compositions solaires et inspirées.

Partager cet article

Published by Pierre de Chocqueuse - dans Chroniques de disques
commenter cet article
21 novembre 2014 5 21 /11 /novembre /2014 09:00
Greg REITAN : “Post No Bills” (Sunnyside / Naïve)

Quatrième album sous son nom pour Greg Reitan, un compositeur travaillant à Los Angeles pour le cinéma et la télévision, mais aussi un pianiste de jazz au toucher fin et délicat, un virtuose qui peut jouer beaucoup de notes, mais préfère bien les choisir, leur donner saveur et beauté. “Post No Bills” est son quatrième album pour Sunnyside et depuis l’enregistrement de “Some Other Time“ en 2008, son premier, le même trio l’accompagne. Jack Daro à la contrebasse et Dean Koba à la batterie assurent la parfaite section rythmique qui convient à sa musique, du jazz moderne de facture classique qui sans réellement innover, affiche de belles couleurs harmoniques et témoigne d’une réelle esthétique. Elève du compositeur David Raskin, Greg pourrait très bien remplir ses disques de ses propres compositions. Il préfère jouer des standards, en proposer des versions nouvelles et raffinées. Outre l’incontournable Bill Evans dont il interprète Re : Person I Knew et Blue in Green dans ses disques précédents, une de ses autres influences est bien sûr Keith Jarrett dont il reprend avec bonheur The Mourning of a Star en ouverture de ce nouvel album, Greg affectionnant des mélodies qui lui permettent de raconter des histoires, et les rendre sensibles. Sa relecture de One Day I’ll Fly Away, un thème que Joe Sample et Will Jennings écrivirent pour la chanteuse Randy Crawford témoigne d’une grande invention mélodique. En osmose avec sa rythmique, Greg fait chanter des notes exquises à son piano. Il fait de même dans Lonely Woman (celui d’Horace Silver), After the War, une ballade que Denny Zeitlin enregistra en trio pour Columbia en 1965, et I Loves You, Porgy de Gershwin dont il nous offre une version lumineuse. Le mélodiste dont la main droite brode de jolies notes perlées maîtrise parfaitement le bop et son vocabulaire et s’offre quelques plages plus virtuoses. On y relève alors sa capacité à construire son discours, à le mener à terme avec invention et logique. Même à grande vitesse, notamment dans Windows (Chick Corea), Stella By Starlight et Post No Bills une de ses trois compositions, le pianiste laisse ses notes respirer. Puisse-t-il visiter Paris. Nous l’attendons impatiemment.

Partager cet article

Published by Pierre de Chocqueuse - dans Chroniques de disques
commenter cet article
18 novembre 2014 2 18 /11 /novembre /2014 10:26
Ran BLAKE : “Cocktails at Dusk” (Impulse ! / Universal)

« J’ai toujours eu du mal à trouver les mots pour plaider la cause de Chris Connor qui n’est pas populaire. Il est difficile de défendre un artiste peu connu » déclarait il y a quelques mois Ran Blake à Thierry Quenum de Jazz Magazine / Jazzman. Le pianiste a pourtant trouvé le moyen de rendre hommage à la chanteuse par sa musique et les notes de livret de la pochette de son disque. Sous titré “A Noir Tribute to Chris Connor”, il vient de paraître sur le label Impulse ! réactivé grâce à Jean-Philippe Allard d’Universal qui a produit l’album et organisé la séance, invitant Ricky Ford à rejoindre son vieux professeur. Le saxophoniste fut son élève au New England Conservatory de Boston. Il dialogue avec lui à deux reprises, son ténor parvenant sans peine à s’immiscer dans l’univers si particulier de Blake. Ce dernier affectionne les graves du clavier, les dissonances, les films noirs, plaque de sombres accords et laisse le silence habiter sa musique. Il a consacré plusieurs opus à des relectures de musiques de films. Enregistré avec Jeanne Lee en 1961, “The Newest Sound Around” fait toujours sensation. Eleni Odoni, puis plus récemment Sara Serpa et Christine Correa ont travaillé avec le pianiste qui excelle à accompagner des chanteuses. Loin d’enfermer leurs voix, Blake avec peu de notes les met en confiance. Avec lui, elles se donnent, se révèlent. La noirceur du piano accentue leur aspect sensuel, donne du relief, du mystère à leur timbre. Chris Connor et Ran Blake enregistrèrent un titre en 1978, mais Blake joua après elle sa partie de piano, son accompagnement très libre dérangeant la chanteuse. Présente dans quatre morceaux de ce “Cocktails at Dusk”, Laika Fatien s’en est parfaitement accommodée et n’a peut-être jamais été si convaincante et émouvante qu’avec ce piano si singulier. Épousant les mélodies, elle les rend même surnaturelles. Vertigineux Mr. Vertigo, Blake y ajoute de judicieux accords adamantins, des notes aussi parcimonieuses qu’inattendues. Harmonisé à neuf et repensé en profondeur par un pianiste qui ne ressemble à aucun autre, le répertoire de Chris Connor – des standards signés Cole Porter (I Get a Kick of You), Rodgers & Hart (Why Can’t I), Lerner & Loewe (Almost Like Being in Love) –, en sort complètement rénové.

Partager cet article

Published by Pierre de Chocqueuse - dans Chroniques de disques
commenter cet article
7 novembre 2014 5 07 /11 /novembre /2014 09:39
Une pluie d'anniversaires

Novembre : Abondantes et têtues dans le Sud malgré des records de chaleur, les pluies passent et repassent, jouent du tambour sur les toits et les têtes, arrosent les souliers, oxydent les rêves et déplient les parapluies. Avec elles, les températures baissent, le froid arrive tout doucement. Difficile d’avoir l’œil vif, le teint frais, la peau ambrée, le luisant de la prune. Le brouillard noie les perspectives, les bajoues gonflent, les nez coulent, les yeux pleurent. Les optimistes espèrent une accalmie à la mi-novembre, un été de la Saint-Martin, quelques jours de soleil et de ciel bleu azur.

 

Quelque peu épargné par les larmes du ciel, Paris, future grande ville d’eau, n’oublie pas les anniversaires. Jean-Paul vient de fêter le sien. Cinquante ans le 26 octobre, à la Saint Dimitri, jour du passage à l’heure d’hiver. Ses amis lui ont offert des disques, des nouveautés qui interpellent. Parmi elles,  “Trilogy”, un triple CD de Chick Corea. Publié au Japon l’an dernier, il sort enfin chez nous à un prix raisonnable. Chick, soixante-treize ans, l’a enregistré live avec Christian McBride et Brian Blade. On y entend aussi un José Pardo enthousiasmant à la flûte dans My Foolish Heart et Spain. L’Académie du Jazz ne s'est pas trompée en lui décernant en 2012 son Prix du Jazz Européen.

 

Cette vieille Académie qui fêtera bientôt ses soixante ans perdure aujourd’hui grâce à la cotisation de ses membres, quelques institutions civiles (SACEM, SPEDIDAM) et, depuis 2011, à la générosité de la Fondation BNP Paribas qui célèbre cette année son 30e anniversaire. Dédiée à la culture, à la solidarité et à l’environnement, cette fondation finance projets culturels, programmes de recherche et initiatives sociales et éducatives. Depuis 1995, elle soutient le jazz et ses musiciens. Outre des partenariats avec le Concours International de Piano Jazz Martial Solal, le Téléthon du Jazz, les festivals de la Défense, de Saint-Germain-des-Prés, le North Sea Jazz Festival (Rotterdam) et le Saint-Louis Jazz Festival (Sénégal), elle accompagne musiciens et formations. Grâce à elle, une bonne soixantaine de CD(s) ont vu jour. Elle aide et a aidé Antoine Hervé, Baptiste Trotignon, Jacques Vidal, Manuel Rocheman, le Paris Jazz Big Band, Stéphane Guillaume et La Tectonique des Nuages, opéra jazz de Laurent Cugny, qui sans son financement n’aurait sans doute jamais existé.

 

À l’occasion du 75e anniversaire des disques Blue Note, une série de concerts est prévu du 18 au 23 novembre dans diverses salles et clubs de Paris. Les éditions Textuel publient un somptueux bouquin sur le label (relié, 416 pages, 450 photographies et fac-similés) et Jazz Magazine lui consacre un important dossier. Le journal aura soixante ans le mois prochain. Un numéro exceptionnel saluera l’événement. Le blogueur de Choc y participe. Vous y apprendrez pourquoi il aime le jazz. Des confidences à lire, surtout par temps de pluie.

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT  

Une pluie d'anniversaires

-Membre de Fly et du Billy Hart Quartet, le saxophoniste Mark Turner enregistre peu sous son nom. Il vient de le faire pour ECM, et présentera “Lathe of Heaven”, son nouveau disque, au Duc des Lombards les 7 et 8 novembre. Avec lui Avishai Cohen à la trompette, Joe Martin à la contrebasse et Marcus Gilmore à la batterie, un quartette sans piano dont le modèle reste celui que posséda Ornette Coleman. Audacieuse, la musique du groupe reste pourtant constamment mélodique et accessible. Sous une apparente froideur, Turner reste un musicien lyrique. Au ténor, il possède une sonorité qui lui est propre et en fait profiter ses compositions.

Une pluie d'anniversaires

-A la tête de son nouveau big band, le Gil Evans Paris Workshop, Laurent Cugny retrouve le 12 le Studio de l’Ermitage. Arrangements et compositions de Gil (Time of the Barracudas), thèmes de Miles Davis (Thisness), Charles Mingus (Goodbye Pork Pie Hat), George Russell (Blues in Orbit), Jelly Roll Morton (King Porter Stomp) arrangés par Evans et quelques morceaux écrits et arrangés par Laurent, cette formation de seize musiciens tire un feu d’artifice de couleurs, d’harmonies aussi raffinées qu’élégantes et fait preuve d'une étonnante maturité. Qu’attendez-vous pour l’applaudir ?

Une pluie d'anniversaires

-Le disque du Claire Michael Quartet m’est parvenu grâce à Jean-Jacques Pussiau. Je découvre une jolie voix de saxophone au phrasé délicat, mais qui peut aussi gronder de manière explicite. Claire Michael joue du ténor, de l’alto, du soprano, de la flûte et chante avec spontanéité et feeling, ce qui n’est pas banal. Etonnant de découvrir qu’elle a enregistré une dizaine d’albums et que “Trane Steps” (Rue Stendhal) soit le premier qui me parvienne. Comme son nom l’indique, ce nouveau disque est un hommage à John Coltrane, à “Giant Steps” dont elle reprend deux thèmes (Giant Steps et Naima), y ajoutant Lonnie’s Lament. Elle les jouera avec ses compositions au New Morning le 13. Avec elle : Jean-Michel Vallet (piano, Fender Rhodes), Patrick Chartol (contrebasse, basse électrique) et Thierry Le Gall (batterie).

Une pluie d'anniversaires

-Je ne connaissais pas non plus Jay Léonide qui se produit au Sunside le même soir (le 13) avec Sylvain Gontard à la trompette, Vincent Lê Quang au saxophone soprano, Gino Chantoiseau à la contrebasse et Christophe Chrétien à la batterie. Lauréat en 2013 du concours international de piano solo du festival de Jazz de Montreux, il sort un premier album très réussi dans lequel on découvre un pianiste en pleine possession de ses moyens. “The Key” (ACT / Harmonia Mundi) révèle aussi un compositeur habile dont la musique doit beaucoup aux rythmes et aux traditions de Maurice, son île natale.

Une pluie d'anniversaires

-Aaron Golberg au Sunside trois soirs de suite, les 14, 15 et 16 novembre. Très sollicité, le pianiste parvient à rester reste fidèle au trio qui l’accompagne depuis plus de quinze ans. Reuben Rogers (contrebasse) et Eric Harland (batterie) jouent notamment dans “Unfolding” et “Home” (2010), deux des meilleurs opus de Goldberg qui s’est fait remarqué en 2012 dans “Yes ! ”, enregistré avec Omer Avital et Ali Jackson. Car c’est bien en trio que l’ex-partenaire de Joshua Redman révèle pleinement son art pianistique, sa sensibilité harmonique, joue un jazz moderne inventif et exigeant. Valeur sûre de l’instrument, il aime aussi surprendre. Ses relectures des grands standards de l’histoire du jazz sont souvent passionnantes.

Une pluie d'anniversaires

-Sachal Vasandani s’offre également le Sunside le 17. Avec lui : Ben Stivers (claviers), Buster Hemphill (basse) et Jeremy Dutton (batterie). On peut entendre ses vocalises dans “Life Forum”, dernier disque à ce jour de Gerald Clayton, et écouter sa voix de ténor léger dans ses propres albums. “Hi-Fly” (Mack Avenue) bénéficie de la trompette d’Ambrose Akinmusire, et Sachal y invite Jon Hendricks qu’il admire. Son répertoire comprend ses compositions, des standards et des thèmes empruntés à la pop. “Slow Motion Miracles” (Sony), son prochain disque produit par Michael Leonhart (sortie le 9 mars 2015) qu’il interprétera au Sunside, révèle son savoir-faire dans ce domaine.

Une pluie d'anniversaires

-Kenny Barron et Dave Holland au New Morning le 18. Un piano ancré dans le swing et appréciant l'inattendu rencontre une contrebasse alliant précision rythmique et savoir harmonique. Barron et Holland se sont retrouvés en 2012 sur la scène du festival de la Villette. Récemment publié sur le label Impulse ! “The Art of Conversation”, leur premier disque en duo, reflète leur entente. Standards, compositions personnelles, les deux hommes dialoguent, s'écoutent et jouent un jazz d'une grande fraîcheur qui sait toujours être moderne.

Une pluie d'anniversaires

-Les pianistes Jason Moran (photo) et Robert Glasper, mais aussi Ambrose Akinmusire (trompette), Marcus Strickland (saxophone), Lionel Loueke (guitare), Derrick Hodge (basse) et Kendrick Scott (batterie), rien que des pointures au sein d’un All Stars, c’est ce que propose le 20 à la Gaîté Lyrique (20h) le Blue Note Xperia Lounge Festival. Créé en 1939, le label fête son 75e anniversaire à Paris, du 18 au 23 novembre. Gregory Porter à l’Olympia le 18, Robert Glasper et son groupe Experiment à la Gaîté Lyrique également le 19, Marcus Miller à l’Olympia le 23, on consultera attentivement le programme d’une manifestation riche en évènements.

Une pluie d'anniversaires

-Toujours dans le cadre du Blue Note Xperia Lounge Festival, ne manquez pas le saxophoniste JD Allen au Duc des Lombards le 22. En compagnie de René Urtreger au piano, d’Alex Claffey à la contrebasse et de Jonathan Barber à la batterie, il reprendra les cinq morceaux du célèbre “Our Man in Paris” de Dexter Gordon enregistré en mai 1963 avec Bud Powell (piano), Pierre Michelot (contrebasse) et Kenny Clarke (batterie), un album Blue Note contenant Scrapple from the Apple, Willow Weep for Me, Broadway, Stairway to the Stars et A Night in Tunisia.

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com

-New Morning : www.newmorning.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Blue Note Xperia Lounge Festival : www.bluenotefestival.fr

 

Crédits photos : Mark Turner Quartet © John Rogers / ECM Records – Laurent Cugny © Pierre de Chocqueuse – Jay Léonide © Sebastien Boisset – Aaron Goldberg © Melissa Mergner – Sachal Vasandani © Sony Records – Kenny Barron & Dave Holland © Sylvain Gripoix / Impulse ! Records – Jason Moran © Clay Patrick McBride – Claire Michael © photo X/D.R.

Partager cet article

Published by Pierre de Chocqueuse - dans Edito tout beau
commenter cet article
29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 09:15
Fred HERSCH Trio : “Floating” (Palmetto / Import U.S.A.)
Fred HERSCH Trio : “Floating” (Palmetto / Import U.S.A.)

Ce pianiste-là, on ne l’invite pas dans les festivals. Il doit se contenter des clubs de jazz, du Sunside, du Duc des Lombards, des lieux qu’il peine à remplir, mais qui conservent la mémoire de ses concerts. Je me revois encore en octobre 2010 au Sunside, ébloui et ému par la prestation en solo d’un musicien en état de grâce. Mon ami Jean-Louis Wiart qui m’accompagnait peut vous le confirmer. Car Fred Hersch est un immense pianiste singulièrement méconnu. Les disques qu’il a enregistrés pour Nonesuch ne sont plus disponibles et les petits labels qui abritent sa musique ne sont pas toujours distribués. Et pourtant, à l’écoute de son piano, les musiciens ne tarissent pas d’éloge. Brad Mehldau qui fut son élève lui doit beaucoup. Hersch lui apprit à faire vivre simultanément plusieurs lignes mélodiques. La main gauche, autonome, peut ainsi dialoguer avec la droite, exprimer d’autres idées. Soucieux de la forme, le pianiste organise et contrôle tous les détails de sa musique, parvient à la rendre si fluide qu’elle en oublie d’être complexe. La pensée toujours en mouvement, il contrôle le flux contrapuntique, déroule de longues tapisseries de notes et séduit aussi par la douceur de son toucher, ses choix harmoniques, les belles couleurs dont il éclaire ses morceaux. Enregistré avec John Hébert à la contrebasse et Eric McPherson à la batterie, musiciens qui travaillent avec lui depuis bientôt cinq ans, “Floating”, à importer via le net, est séquencé comme un set de concert du trio. À un standard (ici You & The Night & The Music dans une version afro-cubaine) succèdent des compositions originales souvent dédiées à des familiers ou à des artistes que le pianiste admire. Développant une « seconde ligne » néo-orléanaise, Home Fries est écrit pour son bassiste originaire de la Louisiane. Esperanza Spalding se voit offrir Arcata, pièce dans laquelle la contrebasse d’Hébert dialogue avec le piano, lui impose un contrepoint mélodique. Dédié à sa mère et à sa grand-mère, West Virginia Rose, en solo, traduit la délicatesse de ses sentiments. Les notes se font caresses, le piano nostalgique et rêveur, comme dans Far Away, hommage à la pianiste israélienne Shimrit Shoshan décédée à l’âge de 29 ans. Car dans ces ballades flottantes jouées rubato, Fred Hersch s’épanche, se lâche davantage sans toutefois s’abandonner au hasard. Comme tous les pénultièmes morceaux de ses concerts, If Ever I Would Leave You, un extrait de la comédie musicale “Camelot”, est une ballade. Frederick Loewe en a signé la musique, mais Hersch la transcende, en renouvelle les harmonies. Il fait de même dans Let’s Cool One, une composition de Thelonious Monk, dernière plage d’un magnum opus incontournable.

Photo : Fred Hersch Trio © Matthew Rodgers

Partager cet article

Published by Pierre de Chocqueuse - dans Chroniques de disques
commenter cet article
20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 09:43
Denny ZEITLIN : “Stairway to the Stars” (Sunnyside / Naïve)

Enregistré en concert en 2001, “Stairway to the Stars” est bien meilleur que le disque précédent de Denny Zeitlin, le décevant “Both / And” dans lequel il s’amuse avec des machines, des synthétiseurs. Un faux pas pour ce musicien qui, ces dernières années, nous a habitué à de bons albums en solo pour Sunnyside, “Wherever You Are” (2011), étant particulièrement réussi. En 2001, Zeitlin, alors âgé de 63 ans, entreprit une tournée sur la Côte Ouest des Etats-Unis. Comme bassiste, il pensa à Buster Williams avec lequel il avait travaillé en 1998. On lui conseilla également Matt Wilson, un jeune et talentueux batteur. Ainsi constitué, le trio se produisit une première fois sur la scène du San Francisco Jazz Festival, puis donna de nombreux concerts, tant en 2001 que dans les années qui suivirent. Publié en 2009, “In Concert” en réunit des extraits. Il contient The We of Us enregistré, comme les morceaux de ce nouveau disque, au Jazz Bakery, un club de Culver City. Bon compositeur – Quiet now était souvent joué par Bill Evans qui a influencé son piano – le pianiste inscrit ici un seul de ses morceaux à son répertoire, Out of a Stroll, un blues en mineur, qui porté par une contrebasse aérienne, balance diablement bien. Il préfère reprendre des standards, harmoniser à sa façon des vieux thèmes des années 40 (You Don’t Know What Love Is, There Will Never Be Another You). I’ll Take Romance date de 1937 et Spring Is Here, un des grands airs de Richard Rodgers, de 1938. Zeitlin et son gang se promènent avec bonheur dans des thèmes qui les inspirent, en donnent des versions élégantes et neuves. Les bonnes mélodies ne meurent jamais. Autour d’elles la musique se renouvèle en permanence. Friande de glissandos et de triolets, la contrebasse de Williams, dialogue subtilement avec le piano, chante et sonne magnifiquement. Ecoutez-la introduire Deluge, un thème de Wayne Shorter que Zeitlin reprendra en solo en 2008. Visiblement les musiciens prennent un immense plaisir à jouer. On partage avec eux leur bonheur.

Partager cet article

Published by Pierre de Chocqueuse - dans Chroniques de disques
commenter cet article