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29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 10:00
Bruno ANGELINI : “Instant Sharings” (La Buissonne / H. Mundi)
Bruno ANGELINI : “Instant Sharings” (La Buissonne / H. Mundi)

En quartette, avec Régis Huby aux violons, Claude Tchamitchian à la contrebasse et Edward Perraud à la batterie et aux percussions, Bruno Angelini fait aujourd’hui paraître un nouveau disque à marquer d’une pierre blanche, un Choc que Franck Bergerot n’a pas manqué d’attribuer dans le n° de juin de Jazz Magazine. Jazz ? Musique contemporaine ? On ne sait trop, mais qu’importe ! La musique y jaillit aussi fraîche et limpide qu’une source d’un rocher.

C’est en 2006, dans “Never Alone”, un piano solo pour Minium supervisé par Philippe Ghielmetti, que j’ai découvert Bruno Angelini. Reprenant le répertoire de “The Newest Sound Around”, disque oh combien célèbre co-signé par Jeanne Lee et Ran Blake, le pianiste en donne une réinterprétation lyrique et personnelle. D’autres enregistrements de Bruno ont depuis rejoint ma discothèque, des albums en trio disponibles sur Sans Bruit, des opus en duo avec le trompettiste Giovanni Falzone. Sans oublier “Colors” en quartette avec Gérard Lesne, un haute-contre, disque par moi défendu lors d’un « Pour / Contre » dans les pages de Jazzman. Héritage de l’enseignement de Sammy Abenaïm dont il suivit les cours et qui lui apprit à écouter, ce sont bien sûr les harmonies, la large palette de couleurs dont il dispose, qui me rendent ce pianiste si séduisant. Bruno Angelini enseigne à la Bill Evans Piano Academy (avec Philippe Le Baraillec, musicien cher à mon cœur) et lorsqu’on lui demande quels pianistes il admire, il cite Duke Ellington, Herbie Hancock, Ran Blake, Geri Allen, Richie Beirach, John Taylor, que j’apprécie autant que lui.

Les deux premières plages d’“Instant Sharings” sont des morceaux que Bruno affectionne. Composé par Paul Motian, Folk Song for Rosie apparaît la première fois dans “Voyage” un disque ECM de 1979. On le trouve aussi dans “Misterioso” (Soul Note), “At the Village Vanguard” (Winter & Winter) et “Phantasme” (BMG), un album publié sous le nom de Stephan Oliva avec Motian à la batterie. Violon et contrebasse se voient ici confier le thème. Le piano en égraine les notes tranquilles, ornemente délicatement. Le batteur ajoute des couleurs, fait vibrer peaux et cymbales. Meridianne – A Wood Sylph de Wayne Shorter, une pièce modale qui se développe et palpite, prolonge avec bonheur cette plongée dans le rêve. “1+1”, un disque Verve de 1997 réunissant Wayne Shorter et Herbie Hancock, renferme l'original.

Bruno ANGELINI : “Instant Sharings” (La Buissonne / H. Mundi)

Solange débute comme une sonate pour violon et piano. La section rythmique rejoint tardivement les deux instruments. Le batteur confie alors un beat solide aux nappes brumeuses du violon, aux notes transparentes du piano. Une cadence apparaît également dans Home by Another Way, une pièce modale qui prend le temps de respirer. La contrebasse se joint au piano pour la faire chanter, en effleurer les notes joyeuses. Sa coda abrupte nous projette dans l’univers mélodique de Steve Swallow. Enregistré par ce dernier en septembre 1979 à New York pour ECM, Some Echoes se développe à nouveau autour d'un ostinato tenu par le piano. Violon, batterie et contrebasse jouée à l’archet font lentement danser leurs timbres. L’exposition majestueuse du thème par Régis Huby est un des grands moments du disque que Be Vigilant, une pièce free et agressive, semble diviser en deux parties. Open Land et sa mélodie très lente et très belle dont s’empare un piano mélancolique refroidit cette lave en fusion. Romy et son délicieux balancement lui succède, le disque se terminant par une reprise alanguie de Folk Song for Rosie. Car ici les tempos sont presque toujours lents. Loin de se laisser enfermer par des barres de mesure, la musique évolue librement sous l’action du travail collectif des musiciens qui prennent le temps de développer leurs idées, tant mélodiques que rythmiques. Ces instants, ces moments qu’ils partagent (Instant Sharings) nous sont infiniment précieux.

Concert de sortie au Triton, 11 bis, rue du Coq Français, 93260 Les Lilas, le mercredi 1er juillet à 21h00. Billetterie / Renseignements : 01 49 72 83 13.

 

Photos : Bruno Angelini © Jean-Baptiste Millot – Bruno Angelini Quartet © Gérard de Haro.

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22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 09:39
Gary PEACOCK Trio : “Now This” (ECM / Universal)
Gary PEACOCK Trio : “Now This” (ECM / Universal)

Accaparé par le trio de Keith Jarrett qui semble aujourd’hui avoir cessé toute activité, Gary Peacock fut loin d’être inactif dans les années 2000 malgré une relative mise en sommeil de Tethered Moon réunissant le pianiste Masabumi Kikuchi et le batteur Paul Motian autour de sa contrebasse. Peacock a surtout beaucoup joué avec Marc Copland, qui tient le piano dans “Now This”. Joey Baron complète le trio à la batterie.

Marc Copland
Marc Copland

Marc Copland s’appelle encore Marc Cohen lorsqu’il enregistre en 1988 “My Foolish Heart”, son premier album. Gary Peacock en est le bassiste. Édité sur le label Jazz City, il inaugure une longue et fructueuse complicité entre les deux musiciens. Marc fait souvent appel à lui lorsqu’il se rend en studio. Outre plusieurs disques en trio, deux opus en duo naissent de leur collaboration. Produit par Philippe Ghielmetti pour Sketch, le plus ancien, “What It Says”, date de 2002. Il contient Vignette et Requiem, tous deux au répertoire de “Now This”. Peacock les a souvent enregistrés. Vignette reste sa composition la plus célèbre. Elle apparaît pour la première fois dans “Tales of Another”, un enregistrement de 1977 réunissant Gary Peacock, Keith Jarrett et Jack DeJohnette, les musiciens du futur « Standards Trio » du pianiste. Requiem figure également sur plusieurs albums du bassiste. Enregistré à Tokyo le 5 avril 1971 avec Masabumi Kikuchi, “Voices” (CBS / Sony) en offre la toute première version. “Now This” renferme deux autres thèmes que Gary affectionne. Gaia (parfois orthographié Gaya) apparaît dans “Triangle” un disque de Tethered Moon, et dans “Oracle”, une de ses deux rencontres avec Ralph Towner. Egalement enregistré par Tethered Moon, Moor est au répertoire de plusieurs disques ECM. Sa version la plus célèbre reste celle que l’on trouve dans “Paul Bley With Gary Peacock”, un des premiers albums que publia la firme munichoise.

Gary Peacock
Gary Peacock

On le constate ici, le bassiste revient souvent sur ses œuvres. Marc Copland fait de même. Tous deux remodèlent leurs créations, en livrent des esquisses qu'ils réinventent périodiquement. Ils n’aiment guère répéter, préfèrent improviser, se lancer. La qualité exceptionnelle de leur écoute permet de prendre des risques, de se mettre en danger. A la suite de Scott LaFaro trop tôt disparu, Gary Peacock, quatre-vingts ans cette année, fut l’un des premiers musiciens à utiliser la contrebasse comme instrument mélodique. Jouer avec Paul Bley lui offrit un grand espace de liberté. Derrière Albert Ayler dont il accompagna le souffle tumultueux, il put librement inventer, donner forme et cohérence à l’art brut et novateur, le céleste chaos du saxophoniste. Concepteur d’harmonies fines, Marc Copland n’a rien en commun avec le grand Albert mais le piano de Paul s’entend dans sa musique. Auteur d’une vingtaine d’albums dont plusieurs sont des incontournables, il est l’un des rares pianistes du jazz moderne qui possède un langage vraiment original. Marc hypnotise par ses voicings, son phrasé aux notes tintinnabulantes et liquides, diffractées comme si un miroir invisible en renvoyait l’écho. Son jeu de pédales leur apporte des couleurs délicates et brumeuses, donne une large palette de nuances à ses harmonies flottantes. Shadows, mais aussi This qu’introduit longuement la contrebasse, bénéficient de ses notes rêveuses.

Joey Baron
Joey Baron

Comme sous l’emprise d’un charme, la musique ondule, tangue comme un avion en plein ciel, un navire en mer. Confiée à trois solistes constamment à l’écoute les uns des autres, elle bouge, se transforme, recherche l’aventure. Véloce et expressive, la contrebasse improvise, converse librement avec le piano, prend souvent la parole. Vibrations métalliques des cymbales, peaux de tambours tantôt caressées, tantôt frappées, Joey Baron colore l’espace sonore, donne de la musicalité, du chant à ses rythmes aérés. Compositeur, il apporte Esprit de Muse, une pièce abstraite qu’il bruite aux balais. Construit sur la répétition d’un court motif mélodique, Noh Blues, l’un des deux thèmes de Copland, se métamorphose au gré des voix qui le traversent. En libérant la contrebasse de sa fonction rythmique, Scott LaFaro lui fit prendre le grand tournant de la modernité. Gary Peacock reprend Gloria’s Step, sa plus célèbre composition. Son instrument chante et le fait sacrément bien.

Photos © Eliott Peacock

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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 10:55
C. HADEN / G. RUBALCABA : “Tokyo Adagio” (Impulse !/Universal)
C. HADEN / G. RUBALCABA : “Tokyo Adagio” (Impulse !/Universal)

Décédé en juillet 2014, Charlie Haden a toujours apprécié les chants révolutionnaires espagnols et latino-américains. La musique cubaine l’a également fasciné. En 1986, invité au Jazz Plaza Festival de la Havane avec son Liberation Music Orchestra, il découvre enthousiasmé Gonzalo Rubalcaba qui s'y produit avec son groupe. Le pianiste cubain a déjà enregistré trois albums pour le label allemand Messidor et quelques autres dans son île natale. Trois ans plus tard, le 3 juillet 1989 il joue avec Haden et le batteur Paul Motian au Festival de Montréal. Enregistré par Radio Canada et publié en CD, le concert révèle un virtuose au toucher percussif et à la technique stupéfiante. Comme nombre de musiciens cubains, le pianiste emprunte ses harmonies raffinées à la musique classique européenne, à Chopin et à Liszt, à Ravel et à Debussy. Le trio triomphe l‘année suivante au Festival de Montreux. Toshiba-EMI / Blue Note offre au pianiste un contrat d’enregistrement et édite le concert. En 1991 paraît “The Blessing”. Enregistré en studio à Toronto avec Charlie Haden et le batteur Jack DeJohnette, il contient Sandino, depuis longtemps au répertoire du Liberation Music Orchestra. “Tokyo Adagio” en donne une version apaisée et lyrique. Le pianiste efface son aspect latin, l’habille d’harmonies élégantes. Il a canalisé sa fougue, détache chacune de ses notes, les fait chanter et respirer. Les combinaisons d’accords, de couleurs, le préoccupent bien davantage que le rythme. Nous sommes en 2005. Gonzalo Rubalcaba et Charlie Haden se produisent au Blue Note de Tokyo. Ils ont fait d'autres disques ensemble. En 2000, Profitant d'un séjour à Miami, ils gravent avec quelques musiciens amis parmi lesquels Joe Lovano, Pat Metheny et David Sanchez, une douzaine de boléros, des ballades cubaines et mexicaines particulièrement appréciées du bassiste.

C. HADEN / G. RUBALCABA : “Tokyo Adagio” (Impulse !/Universal)

L’album s’intitule “Nocturne” et sa première plage, En la Orilla del Mundo, un thème de Martín Rojas guitariste et bassiste né à La Havane en 1944, est aussi la première de “Tokyo Adagio”. Les deux hommes prennent leur temps pour en exposer la mélodie. Gonzalo l’introduit seul. Chaque note est une couleur. Haden sollicite le registre grave et médium de sa contrebasse, cale son tempo infaillible sur un piano sobre et lyrique qu’il laisse improviser. Il fait de même dans Transparence, un thème que Rubalcaba a enregistré plusieurs fois et dont “Nocturne” renferme une version. Le bassiste se réserve pour le morceau suivant, My Love and I écrit par David Raksin pour le film “The Apache”, une de ses mélodies préférées. “Today and Now”, un disque Impulse de Coleman Hawkins acheté au début des années 60 la lui révéla. Il aime cette mélodie et semble mettre toute son âme dans les notes que font naître et vibrer ses cordes. Le bassiste la reprend avec son Quartet West dans “Sophisticated Ladies” et invite Cassandra Wilson à la chanter.

C. HADEN / G. RUBALCABA : “Tokyo Adagio” (Impulse !/Universal)

Né en 1937 dans l’Iowa, Charlie Haden passe sa jeunesse à Springfield dans le Missouri. Installé à Los Angeles, il a vingt ans en 1957 lorsqu’il joue avec Art Pepper et Hampton Hawes. L’année suivante, il intègre le quintette de Paul Bley qui se produit au Hilcrest, un des clubs de la ville. Le saxophoniste du groupe, Ornette Coleman, s’apprête à faire bouger le jazz et Haden sera bientôt son bassiste. Le turbulent saxophoniste vient de publier son premier disque et “Something Else !!!!” révèle un compositeur profondément original. Nombre de ses thèmes deviendront des standards. Il contient When Will the Blues Leave que Haden et Rubalcaba interprètent dans “Tokyo Adagio”. Le pianiste en expose le thème malicieux et laisse la contrebasse le développer. Haden privilégie la concision. Sa sonorité pleine, son tempo métronomique font merveille dans ces lignes de blues que Rubalcaba reprend avec beaucoup de naturel. La prise de son met en valeur sa sonorité brillante, la découpe rythmique de son phrasé fluide.

C. HADEN / G. RUBALCABA : “Tokyo Adagio” (Impulse !/Universal)

En 2003, lors un concert donné à Austin, Charlie Haden rencontre la fille du compositeur mexicain José Sabre Marroquín (1909-1995). “Nocturne” comprend une de ses œuvres et pour le remercier, elle lui confie des partitions de son père. Enregistré en décembre 2003 à New York et publié l’année suivante, “Land of The Sun” contient huit de ses thèmes arrangés par Rubalcaba. C’est toutefois une chanson d’Agustín Lara, le célèbre Solamente Una Vez (Frank Sinatra et Elvis Presley l’ont chanté en anglais sous le titre de You Belong to My Heart) que Haden et Rubalcaba reprennent à Tokyo. Les deux hommes l’abordent sur un tempo encore plus lent. Le thème très émouvant est esquissé par un piano qui en détache toutes les notes. Tout aussi recueilli, le bassiste improvise longuement tout en ne perdant jamais de vue la ligne mélodique du morceau, comme s’il souhaitait la garder constamment en mémoire. Il existe probablement d’autres inédits de Charlie Haden, mais la musicalité de “Tokyo Adagio”, un grand disque, le rend inoubliable.

C. HADEN / G. RUBALCABA : “Tokyo Adagio” (Impulse !/Universal)

Photos : Gonzalo Rubalcaba & Charlie Haden © Philippe Etheldrède – Gonzalo Rubalcaba & Charlie Haden au Blue Note de Tokyo © Yasuhisa Yoneda 

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8 juin 2015 1 08 /06 /juin /2015 09:14
Edward PERRAUD SYNAESTHETIC TRIP 02 :           “Beyond the Predictable Touch” (Quark / l’autre distribution)

Je découvre le Synaesthetic Trip d’Edward Perraud avec cet album, le second d’une formation qui existe depuis 2011. Saupoudrant leur nouveau disque d’effets électroniques, Bart Maris (trompette, bugle), Benoît Delbecq (piano, claviers), Arnaud Cuisinier (contrebasse) et Edward Perraud (batterie, percussions) accueillent deux souffleurs amis – Daniel Erdmann (saxophone ténor) et Thomas de Pourquery (saxophone alto) – pour jouer une musique largement écrite. Étonnant pour un adepte de l’improvisation radicale dont les choix artistiques, par ailleurs respectables, sont loin d’être toujours partagés. Curieux, disposant d’un solide bagage technique, le batteur s’est essayé à toutes sortes d’aventures. Titulaire d’un DEA de musicologie, attiré par de nombreux genres, styles et écoles, cet admirateur de Mozart, de King Crimson, et bien sûr d’Hans Eisler (le trio Das Kapital dont il est membre lui a consacré un disque) tente de jeter des ponts entre les musiques, de décloisonner le jazz qu’il bouscule pour en élargir les règles. “Beyond the Predictable Touch” revisite son histoire. Fanfares et polyphonie néo-orléanaises, bop et free la cimentent mais d’autres influences musicales parcourent l’album, le tango dans Entrailles, le baroque dans Nun Komm, l’éclectisme de son répertoire rendant caduque toute notion de frontière. Le disque rassemble des ritournelles aux mélodies plaisantes que le batteur fit longtemps tourner dans sa tête. Edward Perraud aime brouiller les pistes avec des morceaux à tiroirs aux tempos point trop rigides, de longues introductions flottantes qui dévoilent tardivement leurs thèmes. Ses musiciens l’aident à solidifier le tissu musical de ses compositions ouvertes, à les rendre plus vivantes par les idées qu’ils y déposent. Reposant sur un ostinato, Suranné fait ainsi penser à une musique de film. Touch et son thème attachant semble sortir de “Porgy & Bess”. Proche de la soul, du gospel, Captain Universe met en valeur les cuivres et célèbre le rythme. Colorés par les claviers de Benoît Delbecq, Sad Time et Democrazy baignent dans le groove. Métissé, actualisé, le jazz qu’Edward Perraud invente avec ce groupe repose sur d’indéniables racines. Puisse-t-il fédérer un large public.

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1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 09:45
Enfant prodige

Juin : le temps des cerises. On les cueille et on les chante. Les oiseaux en raffolent. De bonheur, les moineaux pépient, les merles sifflent, les corneilles babillent. Les pigeons roucoulent, font leur nid où ils peuvent, affectionnent les bacs à fleurs et les plantes vertes des parisiens qu’ils saccagent. Les orangers sortent de leurs serres, Mélodie Gardot publie son meilleur album et le New Morning crée sa radio sur le Web. Au programme : des concerts ponctuellement retransmis et “Un Soir au Club”, magazine musical animé par Franck Médioni du lundi au vendredi de 19h00 à 20h00. Pour la fête des Pères le 21, premier jour de l’été, offrez lui une place pour l’un des concerts que le Sunset / Sunside organise à l’occasion de son Festival Jazz Vocal. Au programme : Philomène Irawaddy, Christophe Dunglas, Mélanie Dahan, Lou Tavano, les Voice Messengers et quelques autres. Du 7 juin au 26 juillet, les pelouses du Parc Floral de Vincennes accueillent le Paris Jazz Festival. 31 concerts proposés sur 8 week-ends au milieu des fleurs, des arbres et des oiseaux. La nature prospère, les jardins étalent leurs couleurs, le geai des chênes cajole, la pie jacasse, l’enfant prodige se manifeste.

Enfant prodige

Né en 2003 à Denpassar dans l’île de Bali, Joey Alexander débute le piano à l’âge de six ans. Il en a dix en 2013, s’invite dans les festivals, se produit à l’UNESCO devant Herbie Hancock impressionné. Pris en main par une agence artistique qui compte bien partout l’exhiber, il n’a eu aucun mal à trouver une compagnie de disques. “My Favorite Things” son premier album est en vente depuis quelques jours. Un recueil de standards inégal, mais le gamin nous assomme avec une version enthousiasmante de Giant Steps enregistré avec Larry Grenadier à la contrebasse et Sammy Miller à la batterie. Le jeunot improvise avec beaucoup d’aplomb, impose son rythme, ses idées, sa force de frappe à ses partenaires qui n’en reviennent toujours pas.

Pour être sûr de ce que l’on entend, on va regarder sur le net les vidéos que Motéma, sa maison de disques, met à disposition. On y découvre un étonnant Over The Rainbow en solo et un ‘Round Midnight à faire pâlir d’envie bien des pianistes. Le nôtre joue aussi Sonrisa d’Herbie Hancock et Armando’s Rhumba de Chick Corea, pianiste qui semble l’avoir beaucoup marqué. Bien qu‘ébloui, on éprouve en même temps un malaise devant ce garçonnet de 12 ans qui donne des concerts au lieu d’aller à l’école et de jouer à d’autres jeux avec ses camarades. Enfants, Liszt et Mozart firent de même. Herbie Hancock aussi. À l’âge de 11 ans, il interprétait le Concerto en ré majeur de Mozart avec le Chicago Symphony Orchestra. Mais Joey Alexander improvise, ce qui demande non seulement de la mémoire et de la technique mais aussi des idées. Rien ne dit qu’il sera en mesure de composer des œuvres personnelles, de devenir un grand du jazz. Laissons le donc grandir ! Pour l’heure, on se presse à ses concerts. Ce qui sort de l’ordinaire fascine. Immense pianiste, Michel Petrucciani n’aurait probablement jamais conquis un si large public sans son handicap. Au risque d’en payer plus tard le prix, Joey le phénomène attire déjà les foules par son jeune âge. Prions pour lui.

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

Enfant prodige

-Andy Sheppard au Duc des Lombards le 4 avec une version augmentée de son Trio Libero. Le guitariste Eivind Aarset rejoint ainsi le saxophoniste et ses deux complices, Michel Benita et Sebastian Rochford. Ses nappes de sons, les effets électroniques qu’il tire de sa guitare enrichissent la musique. Il apporte aussi un tissu harmonique qui permet à Sheppard de créer des paysages que parcourent de grands fleuves tranquilles, de faire naître une bande-son d’un grand lyrisme. “Surrounded by Sea”, son nouvel album, en bénéficie. Le saxophoniste y fait chanter ses notes, improvise des chorus mélodiques qu'il est bon d’écouter.

Enfant prodige

-Toujours le 4, le batteur Edward Perraud fête au Studio de l’Ermitage la sortie de “Beyond the Predictable Touch”, second album de son Synaesthetic Trip, une formation qu’il constitua en 2011 et qui comprend Bart Maris à la trompette et au bugle, Benoît Delbecq au piano et aux claviers et Arnaud Cuisinier à la contrebasse. Tous utilisent sans en abuser l’électronique pour modifier les timbres de leurs instruments, enrichir la palette sonore de leur groupe qui modernise le jazz et jette de nombreux ponts entre les musiques. Leur nouveau disque bénéficie aussi de la présence de deux autres souffleurs, Daniel Erdmann au saxophone ténor et Thomas de Pourquery au saxophone alto. Ils seront également sur scène pour en jouer le répertoire.

Enfant prodige

-Le 6, c’est au tour de Fabien Mary de fêter la sortie de son nouveau disque. Enregistré à New York qu’il a habité plusieurs années, “Three Horns, Two Rhythm” (Elabeth) réunit trois cuivres, une contrebasse et une batterie. Les musiciens américains de l’album ne pouvant être présents, le trompettiste fait appel à deux autres souffleurs – Michael Joussein (trombone) et David Sauzay (saxophone ténor) –, Gilles Naturel (contrebasse) et Andréa Michelutti (batterie) assurant la rythmique. Sans piano pour poser des harmonies, asseoir la tonalité, le nouveau répertoire qu’il a composé pour ce nouvel album met en valeur les cuivres, leurs associations de timbres. En vente depuis le 12 mai, il est tout à fait recommandable.

Enfant prodige

-Ouverture du Paris Jazz Festival au Parc Floral de Vincennes le 7 juin avec à 14h15 un concert de Stéphane Kerecki en quartette avec John Taylor (piano), Émile Parisien (saxophone soprano) et Fabrice Moreau (batterie). Un concert parrainé par l’ADAMI dont Stéphane est un des « Talents Jazz 2015 ». Au programme, de larges extraits de “Nouvelle Vague”, un album dans lequel le bassiste reprend des musiques de Michel Legrand, Georges Delerue, Antoine Duhamel et Martial Solal.

Enfant prodige

-Ne manquez pas le même jour à 19h00 le concert de soutien aux victimes du séisme du Népal au New Morning organisé par Partage dans le Monde, association à but humanitaire qui depuis 20 ans construit et fait fonctionner en Inde des dispensaires médicaux et développe des actions dans les villages isolés et défavorisés du Népal (construction d’écoles, projets d’accès à l’eau potable, etc.). Pour leur venir en aide et avec le soutien fédérateur du pianiste Nicola Sergio, l’association a mobilisé neuf jazzmen de renom. Deux sets sont prévus. Le premier fera entendre Nicola Sergio avec Matteo Pastorino (clarinette), Basile Mouton (contrebasse) et Luc Isenmann (batterie). Suivront le guitariste Federico Casagrande et le pianiste Guillaume de Chassy, tous les deux en solo. Roberto Cherillo (piano et chant) et les pianistes François Popineau et Benjamin Moussay tous les deux en trio avec Basile Mouton et Luc Isenmann animeront le second set.

Enfant prodige

-Jacky Terrasson & Friends à l’Olympia le 9 juin (20h30), pour un concert de soutien à Care France, réseau humanitaire apolitique et non confessionnel présent dans 87 pays qui s’attaque aux causes profondes de la pauvreté. C’est la première fois que le pianiste se produit dans cette salle, et de nombreux amis seront à ses côtés. On annonce les chanteuses Cécile McLorin Salvant, Anne Sila et Mathilde (toutes deux découvertes dans l’émission The Voice), le chanteur Sly Johnson, l’incontournable Stéphane Belmondo au bugle, et Marcio Faraco, guitariste et chanteur brésilien. Thomas Bramerie à la contrebasse, le batteur cubain Lukmil Perez et le percussionniste argentin Minino Garay assureront la section rythmique.

Enfant prodige

-Nouvelle signature du catalogue Impulse, la chanteuse et pianiste Sarah McKenzie se produira trois soirs de suite et pour six concerts, les 11, 12 et 13 juin, au Duc des Lombards. Âgée de 27 ans, cette jeune australienne depuis peu installée à Paris a étudié le jazz au Berklee College of Music de Boston et a participé à plusieurs festivals américains et européens. D’autres (Juan-les-Pins, Marciac) attendent sa venue cet été. Lauréate du prix du meilleur album de jazz australien (ARIA), la chanteuse n’est pas sans évoquer Diana Krall dans ses premiers albums. Elle partage avec cette dernière une admiration indéfectible pour les standards du jazz. Enregistré à New York, “We Could be Lover” dont la sortie française est programmée en octobre contient ainsi des thèmes de Cole Porter, George Gershwin, Henry Mancini, Duke Ellington et Jerome Kern. Pour ses concerts parisiens, elle sera accompagnée par Jo Caleb (guitare), Pierre Boussaguet (contrebasse) et Gregory Hutchinson (batterie).

Enfant prodige

-Retour au Parc Floral de Vincennes samedi 13 et dimanche 14 pour un week-end 100% italien proposé par le Paris Jazz Festival. Le 13 à 21h00 (Espace Delta), le maestro Enrico Pieranunzi se produira en trio avec Gabriele Mirabassi (clarinette) et Diego imbert (contrebasse). Le nom du groupe : Nuovi Racconti Mediterranei. Le 14 à 14h00, ne manquez pas Giovanni Guidi en solo (photo). L’ancien pianiste d’Enrico Rava a récemment fait paraître sur ECM un disque très séduisant. Le même jour à 15h30, c’est au tour d’Enrico Rava d’occuper l’Espace Delta avec une formation renouvelée. Stefano Di Battista (saxophone alto), Francesco Diodati (guitare) et Enrico Morello (batterie) entourent le trompettiste qui ne conserve que Gabriele Evangelista, son bassiste.

Enfant prodige

-Le 16, Yonathan Avishai et les musiciens de son trio – Yoni Zelnik (contrebasse) et Donald Kontomanou (batterie) – retrouvent le Duc des Lombards pour (re)fêter la sortie de “Modern Times” (Jazz & People), disque dans lequel le pianiste économise ses notes. Habilement modernisés, les standards qu’il reprend – I Got it Bad (and That Ain’t Good) de Duke Ellington, Cornet Chop Suey de Louis Armstrong – gagnent en lisibilité, se refont une jeunesse. Dotées de rythmes et de mélodies traversées par le blues, ses compositions bénéficient du même traitement minimaliste. Peu de notes mais un jazz qui respire et qui swingue, l’excellente section rythmique du pianiste leur donnant rythme et tension.

Enfant prodige

-Les compositions colorées de Romain Collin possèdent des qualités mélodiques indéniables. Outre “Slow Down (This Isn’t the Mainland)” (2014) enregistré avec le trio The North, disque qui m’a permis de le découvrir, le pianiste qui est né en France et habite en Amérique a publié trois albums sous son nom. Dans “Press Enter”, son disque le plus récent produit par Matt Pierson (Brad Mehldau, Joshua Redman), le trio qui l’accompagne – Luques Curtis (contrebasse) et Kendrick Scott (batterie) – est parfois rejoint par quelques invités. Brillant sur tempo rapide, il possède un jeu sensible qu’il met au service des mélodies qu’il invente. On l’écoutera le 18 sur la scène du Duc des Lombards avec Felipe Cabrera (contrebasse) et Diego Pinera (batterie).

Enfant prodige

-Après s’être produite sur la Péniche Le Marcounet, Marjolaine Reymond, chanteuse inclassable qui mêle jazz et bel canto, sprechgesang et effets électroniques, monte à bord de l’Improviste amarrée quai d’Austerlitz le 19 (21h00). Avec Julien Pontvianne (saxophone ténor et clarinette) David Patrois (vibraphone), Xuan Lindenmeyer (contrebasse) et Stefano Lucchini (batterie), Marjolaine nous dévoilera quelques morceaux de “Demeter No Access”, son prochain album. Elle interprétera également de larges extraits de “To Be an Aphrodite or not to Be”, un disque de 2013 consacré à la poétesse Emily Dickinson (1830-1886), un oratorio en trois parties, un petit théâtre hors du temps et aux images sonores inoubliables.

Enfant prodige

-Dans le cadre de son Festival Jazz Vocal, le Sunside consacre deux soirées et quatre concerts (18 et 19 juin) aux Voice Messengers, huit chanteurs et chanteuses qu’accompagne une section rythmique. Dans ce big band vocal le rôle des cuivres est tenu par les chanteurs qui prennent des chorus comme le font les instruments. Fondateur et directeur artistique de la formation, Thierry Lalo en est aussi le pianiste. Rose Kroner, Anne-Marie Jean, Chloé Cailleton, Solange Vergara, Manu Inacio, Larry Browne, Sylvain Belgarde et Pierre Bodson assurent les voix. Raphaël Dever tient la contrebasse et Frédéric Delestré la batterie. Leur album “Lumières d’Automne” (Black & Blue) a reçu le Prix du Jazz Vocal de l’Académie du Jazz en 2008.

Enfant prodige

-Melody Gardot s'offre trois jours de concerts à l’Olympia (du 26 au 28 juin) après un passage deux jours plus tôt (le 24) à l'Archéo Jazz Festival de Blainville-Crevon, un village cher à mon cœur pour des raisons que je ne vous raconterai point ici. Trois ans après “The Absence”, la chanteuse fait paraître début juin “Currency of Man”, son quatrième album, un enregistrement en studio pour lequel elle fait à nouveau appel au producteur Larry Klein. Un extrait mis en images (promotion oblige) nous en a été dévoilé, Same to You, un blues tirant vers la soul que rythme une basse puissante, des riffs de cuivres efficaces arrangés par Jerry Hey. Le disque (que j'ai depuis écouté en entier) a été enregistré à l’ancienne à Los Angeles. Amplis à lampes, bandes analogiques contribuent à lui donner une sonorité exceptionnellement chaude. On a hâte d’en découvrir le répertoire sur scène.

Enfant prodige

-Concert de sortie au Triton de “Instant Sharings” (Label La Buissonne), disque solaire de Bruno Angelini réunissant Régis Huby au violon, Claude Tchamitchian à la contrebasse et Edward Perraud à la batterie. C’est le 1er juillet à 21h00, mais je préfère l’annoncer dès maintenant. L’album dont vous lirez bientôt la chronique a été enregistré aux studios La Buissonne par Gérard de Haro. La prise de son, superbe, met en valeur la musique souvent onirique du pianiste, un jazz de chambre privilégiant la mélodie. Des musiciens inventifs y déclinent des paysages aux harmonies et aux couleurs délicates. On entre dans les images qu’ils suggèrent. Il fait bon s’y promener.

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-New Morning : www.newmorning.com

-New Morning Radio : www.newmorning.com/radio

-Olympia : www.olympiahall.com

-Paris Jazz Festival : www.parisjazzfestival.fr

-Péniche l’improviste : www.clubmusiqueimproviste.wordpress.com

-Le Triton : www.letriton.com

 

Crédits Photos : Joey Alexander © Motéma Records – Andy Sheppard Quartet © Sara Da Costa / ECM – Edward Perraud Synaesthetic Trip © Edward Perraud – Fabien Mary © Myriam Garnier – Stéphane Kerecki Quartet © Franck Bigotte – Sarah McKenzie © ABC Music – Giovanni Guidi © Riccardo Crimi – Yonathan Avishai © Eric Garault – Voice Messengers © Bruno Denis – Melody Gardot © Franco P. Tettamanti / Decca Records / Universal Music – Bruno Angelini Quartet © Gérard de Haro – Romain Collin © Photo X/D.R.  

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25 mai 2015 1 25 /05 /mai /2015 20:28
Keith JARRETT “Creation” (ECM / Universal)

Pour fêter ses 70 ans, Keith Jarrett a réuni les meilleurs moments de six concerts d’une tournée qu’il effectua en solo entre avril et juillet 2014. Des plages enregistrées à Tokyo, Toronto, Paris et Rome qui livrent le matériel thématique de cet album. Se fiant à son instinct, choisissant les morceaux qui reflètent précisément où il en est aujourd’hui dans sa musique et qui lui correspondent le mieux, le pianiste les a organisés et numérotés de I à IX, leur donnant la forme d’une suite.

Keith JARRETT “Creation” (ECM / Universal)

Reflétant l’humeur vagabonde du musicien mal aimé dont les caprices sont loin d’être toujours appréciés par ceux qui aiment son piano, sa Part I, une pièce sombre improvisée à Toronto le 25 juin, est la première qu’il a sélectionnée. La jouer lui a donné « la sensation d’atteindre des territoires inédits » (entretien accordé à Stéphane Olivier dans le numéro de mai de Jazz Magazine), et il construit son disque comme si les huit autres servaient à en étayer la logique. Constituée de variations autour d’un bref motif mélodique, la Part II relève du choral. Quant à la troisième, elle emprunte des harmonies à la musique romantique du XIXème et semble jaillir de la malle au trésor de sa mémoire. Bien que citant le Concerto d’Aranjuez dans la quatrième, Keith Jarrett se garde bien de tout plagiat. Plus sobre que d’habitude, il soigne l’architecture sonore de ses morceaux, fait sonner son piano comme le bourdon d’une cathédrale (Part VI et IX), insiste sur la dramaturgie de sa musique et parvient à donner une réelle unité à ces pièces lentes, introspectives, drapées d’austérité, malgré une acoustique et des pianos différents selon les concerts. Le 9 mai (Part V), il offre aux japonais de Tokyo une des grandes pages lyriques de cet album, la dote d’un thème émouvant et d’harmonies splendides. Également enregistré à Tokyo, la Part VI mêle des notes délicates à des accords puissants, son aspect onirique, ses couleurs évoquant Debussy. Comprenant des épisodes plus abstraits (les concerts donnés à Rome intriguent par leurs dédales labyrinthiques parfois dissonants), ce florilège tend progressivement vers la lumière. À la noirceur de la première plage fait pendant la blancheur lumineuse de la dernière, majestueux crescendo de notes chatoyantes qui progressent et s’organisent par paliers, comme si le pianiste, en plein effort, reprenait souffle pour hisser sa musique au sommet. Un des grands disques de l’année.

Photo : Henry Leutwyler / ECM Records

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19 mai 2015 2 19 /05 /mai /2015 08:18
Jeremy UDDEN / Nicolas MOREAUX : “Belleville Project” (Sunnyside / Naïve)

J’ai découvert Jeremy Udden en 2009 lors de la sortie de “Plainville” son deuxième disque, intrigué par l’instrumentation inhabituelle de sa formation, la sonorité diaphane de son saxophone alto et l’originalité de sa musique, un jazz blues teinté de folk et de country music, une musique évoquant la ruralité de la grande Amérique. Le bassiste Nicolas Moreaux m’était inconnu avant la parution de “Fall Somewhere”, grand prix du disque de l’Académie Charles Cros en 2013, un double disque atmosphérique à la croisée du jazz et d’autres musiques populaires qui possède de nombreuses similitudes avec l’univers d’Udden. Comparez le morceau Plainville (petite ville de la Nouvelle Angleterre entre Boston et Providence qui porte le nom de son groupe) avec Far ou la première partie de Oak, deux plages du disque de Moreaux, pour vous en convaincre. Mêmes harmonies délicates et feutrées, instrumentation similaire accordant une large place aux guitares.

Jeremy UDDEN / Nicolas MOREAUX : “Belleville Project” (Sunnyside / Naïve)

De passage à Paris, Udden rencontra Moreaux et sympathisa avec lui. Les hommes eurent alors l’idée de composer et d’enregistrer la musique d'un film imaginaire dont l'action se situerait à Belleville, le Brooklyn français, le studio Pigalle accueillant cette rencontre franco-américaine en mars 2012. Udden fit le voyage avec Peter Rende (claviers) et RJ Miller (batterie), tous deux membres de Plainville. Condisciple d’Udden au New England Conservatory (Boston) et auteur d’un album dont l’instrumentation est semblable à celle de ses disques (“Horses”), Robert Stillman, tient le saxophone ténor. Moreaux lui rend ouvertement hommage dans “Beatnick” son disque précédent. Pierre Perchaud qui joue dans les deux albums que ce dernier a enregistrés assure les guitares et le banjo. Associé à l’orgue à pompe et au beat volontairement rudimentaire que délivre la batterie, l’instrument occupe une place importante dans la musique d’Udden (et dans celle de Stillman), lui donne une couleur champêtre non négligeable.

Car, s’il possède une discrète « french touch », c’est bien l’Amérique et ses musiques que célèbre ce disque. Il est toutefois singulier de constater que son dernier morceau, Healing Process, un rock lourd et énergique très différent des autres plages de l’album, est une composition de Moreaux. Écrit par Udden, construit sur un mode diatonique et générant de vraies improvisations, Belleville en est la pièce la plus jazz. Les autres morceaux aux orchestrations soignées et climatiques évoquent souvent des images. MJH, dédié au bluesman Mississipi John Hurt et Nico, un portrait de Moreaux par Udden, enthousiasment par leurs couleurs et leur fort potentiel lyrique. Jeremy et sa belle mélodie répétée ad libitum et Albert’s Place, une courte et tendre ritournelle, deux thèmes que l’on doit à Moreaux, sont également très séduisants. L’album est très court, à peine quarante minutes, mais sa musique heureuse le rend très attachant.

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13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 09:23
Andy SHEPPARD Quartet : “Surrounded by Sea” (ECM / Universal)

De tous les saxophonistes britanniques que j’apprécie, Andy Sheppard est probablement le plus lyrique. Loin de questionner la note, de la tordre, de la crier témérairement, il la chante, la chuchote avec élégance. On le constate dans “Trios”, un disque de 2013 dans lequel il accompagne Steve Swallow et Carla Bley. Comme l’a récemment rappelé Michel Contat, on doit à son ténor la version émouvante de Utviklingssang, un des plus beaux thèmes de Carla, qu'il contient. Mais c’est avec son “Trio Libero” enregistré en 2011 avec Michel Benita à la contrebasse et Sebastian Rochford à la batterie, un disque de jazz atmosphérique né d’improvisations collectives peaufinées en studio, que le saxophoniste concilie pleinement son jeu sensible à sa musique. “Surrounded by Sea”, le nouvel album, voit la formation s’agrandir. Subtilement enrichie par des effets électroniques, la guitare d’Eivind Aarset apporte des nappes de sons et des harmonies rêveuses qui permettent au saxophoniste de construire et peaufiner un univers plus riche, des paysages liquides, une mer d’huile dont se perçoit à peine le clapotis des vagues. Avec la contrebasse et la batterie, le guitariste offre également un tissu rythmique aux mailles larges et aérées sur lequel se repose en confiance les improvisations mélodiques du saxophone. J’entends déjà les grincheux parler de musique d’ambiance, d’ameublement. Mais si le groupe fait naître une bande-son qui conviendrait à bien des films, il décline aussi les notes plus abstraites de Looking for Ornette, un hommage à Ornette Coleman écrit par Sheppard, et du tempétueux They Aren’t Perfect and Neither Am I composé par son batteur. Un thème lumineux d’Elvis Costello (I Want to Vanis) et un traditionnel gaélique (Aoidh, Na Dean Cadal Idir) découpé en trois parties complètent cet album aquatique dans lequel il fait bon se plonger.

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5 mai 2015 2 05 /05 /mai /2015 12:09
 Un anonyme en majuscule

Il s’appelait Jacques Myon, mais se faisait appeler Jacques des Lombards. On croisait souvent ce noctambule dans la rue dont il portait le nom, au Duc et au Sunside. Octobre le conduisait tous les ans à Clermont-Ferrand, à Jazz en Tête, au sein des bénévoles. Célibataire, il aimait lever le coude et appréciait les jolies femmes qu’il tarabustait parfois sans méchanceté lorsqu’un trop plein d’alcool lui chatouillait le sang. Nous nous rencontrions souvent au Sunside. Il aimait s’asseoir tout au fond de la salle, sur un des hauts tabourets qui voisinaient l’entrée. Jacques se passionnait pour les courses automobiles. Les lecteurs de ce blog le connaissaient sous le nom de Circuit 24, sobriquet dont je l’avais gentiment affublé. Le vrombissement des moteurs qu’il chérissait allait de pair avec le free jazz sans concession qu’il aimait. Nos goûts musicaux très différents n’empêchaient nullement de bien nous entendre. Jacques avait beaucoup fréquenté le Chat qui Pêche dans les années 60 avant de s’installer aux Amériques comme informaticien et vendeur de voitures. A son retour, il traversa des moments difficiles, mit ses compétences au service du Petit Opportun puis du Sunside qui un temps l’hébergèrent. S’étant trouvé un studio rue des Lombards, il devint Jacques des Lombards et y vécut 20 ans, jusqu’à ce que les services sociaux de la ville de Paris lui proposent l’an dernier une chambre dans un foyer quai des Célestins avec vue sur la Seine. Il en profita peu. La mort vint le prendre dans son sommeil le 15 avril. Il avait 72 ans.

 

Après s’être tenu une première fois à Paris en 2012, à Istanbul en 2013 et à Osaka en 2014, la Journée Internationale du Jazz était une nouvelle fois célébrée à Paris le 30 avril. Point d’orgue des nombreuses manifestations prévues ce jour-là, un concert en soirée à l’UNESCO retransmis en direct dans le monde entier. De grands artistes parmi lesquels Herbie Hancock, Wayne Shorter, Al Jarreau, Marcus Miller, Annie Lennox (qui n’est tout de même pas une chanteuse de jazz), Dianne Reeves, Dee Dee Bridgewater – je ne cite que les plus célèbres –, s’étaient déplacés pour représenter le jazz, symbole d’unité et de paix. La musique qu’ils nous offrirent ne refléta guère sa richesse, sa créativité. A la place, un jazz facile à la portée d’un public bon enfant, toujours prêt à applaudir, à se lever à la demande comme dans un show télévisé. Pour y accéder, plan vigie pirate oblige, je fus badgé, palpé, scanné comme si j’avais dû prendre l’avion, atterrissant dans une vaste salle à l’acoustique éprouvante.

 

Hélène Caroline et Damien n’ont chez eux qu’un piano droit, un Euterpe dotée d'une mécanique Bechstein, qui bien accordé et confié à des mains expertes donne beaucoup de bonheur. Une fois par mois, ils convient des amis aux concerts qu’ils organisent dans leur petit appartement parisien, font écouter du jazz, du bon, à d’autres néophytes. Nicolas Sergio en duo avec Jean-Charles Richard ou avec Stéphane Kerecki, Guillaume de Chassy, Benjamin Moussay et récemment Bruno Angelini interprétant Sergio Leone – le disque doit sortir cet automne – ont ainsi joué devant une cinquantaine de personnes attentives découvrant émerveillées une musique qu’ils n’auraient pas cru possible. Jacques des Lombards aurait sûrement beaucoup aimé.

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

 Un anonyme en majuscule

-Deux trompettistes attirent l’attention le 6 mai. Étoile montante de l’instrument, Ambrose Akinmusire est attendu au Sunside avec Walter Smith III (saxophone ténor), Sam Harris (piano), Harish Raghavan (contrebasse) et Justin Brown (batterie), musiciens qui l’entourent dans “The Imagined Savior is Far Easier to Paint” un disque Blue Note récompensé par l’Académie du Jazz (Prix du meilleur disque de l’année 2014). Tous se plaisent à brouiller les pistes, jonglent avec d’improbables métriques et offrent une musique imprévisible qui se développe avec le plus grand naturel.

 Un anonyme en majuscule

-Le même soir, Stéphane Belmondo s’offre le New Morning avec Jesse Van Ruler (guitare) et Thomas Bramerie (contrebasse) les complices de son nouvel album. Hommage à Chet Baker dont il reprend le répertoire, “Love for Chet” (Naïve) est un grand bain de tendresse offert à un ami, un père spirituel que Stéphane n’a jamais oublié. Il n’est encore qu’un jeune trompettiste prometteur dans les années 80 lorsque Chet qui a eu l’occasion de l’écouter l’invite à venir jouer à ses côtés sur la scène du New Morning : « Il m’a pris sous son aile et m’a toujours donné des conseils précieux. » Vingt-cinq ans plus tard, Stéphane lui témoigne sa reconnaissance en jouant magnifiquement sa musique.

 Un anonyme en majuscule

-Le 7, Ronnie Lynn Peterson se produit en trio au Sunside avec Felipe Cabrera à la contrebasse et Jeff Boudreaux à la batterie. Un événement car les prestations de cet excellent pianiste américain né en 1958 à Wichita (Kansas) et installé à Paris depuis le début des années 90 sont si rares que l’on pourrait croire qu’il ne se préoccupe pas d’en donner. À ma connaissance, un seul concert à Radio France depuis la parution de “Music” (Out Note), un disque produit en 2010 par Jean-Jacques Pussiau, son dernier. Car Ronnie Lynn enregistre aussi peu qu’il ne se montre en public. Jouer des morceaux de Keith Jarrett, l’un de ses pianistes préférés le décide enfin à retrouver la scène. Son piano fragile que nimbent de belles couleurs prend son temps pour séduire, révéler sa profondeur, entrouvrir pudiquement la porte de nos rêves.

 Un anonyme en majuscule

-Toujours le 7, soutenu par la Fondation BNP Paribas, Thomas Enhco sera sur la scène du théâtre du Châtelet pour un concert en solo qui le verra également accueillir le guitariste Kurt Rosenwinkel et le violoncelliste classique Henri Demarquette. Universal, sa compagnie de disques, fait un gros battage publicitaire autour de son nom. Le présenter comme le nouveau prodige du piano jazz n’est pas sans agacer. Lisez plutôt l’interview qu’il accorde à Jazz Magazine en avril et écoutez son dernier disque, son meilleur, chroniqué par mes soins un mois plus tôt dans ce même journal. On y découvre un pianiste sensible, sincère et prometteur. Laissons lui le temps de désapprendre, de se débarrasser d’un toujours trop plein de notes qui masque l’essentiel.

 Un anonyme en majuscule

-Leïla Olivesi au Duc des Lombards le 8 et le 9. Avec ses musiciens, Manu Codjia (guitare), Yoni Zelnik (contrebasse) et Donald Kontomanou (batterie), la pianiste y fête la sortie de son quatrième album. S’inspirant des voyages interplanétaires qu’imagina l’écrivain Cyrano de Bergerac (1619-1655), “Utopia” rassemble sept compositions originales dont Summer Wings qui reçut le prix Ellington Composers, et une relecture de Night and Day, célèbre thème de Cole Porter. Invité sur quatre morceaux, David Binney au saxophone alto muscle la musique et apporte un jazz plus moderne que celui auquel la pianiste nous a habitué. Le saxophoniste Alex Terrier le remplacera au Duc. Pianiste au toucher sensible, aux harmonies délicates, Leïla Olivesi nous offre un disque aux arrangements soignés et d’une grande fraicheur musicale.

 Un anonyme en majuscule

-Le Café de la Danse accueille Eliane Elias le 11 (20h00). Au programme : “Made in Brazil”, son nouveau disque, le premier qu’elle enregistre au Brésil son pays natal depuis son arrivée aux Etats-Unis en 1981. La pianiste mène une double carrière depuis quelques années. Les albums plus commerciaux de la chanteuse ne s’adressent pas forcément au public qui admire son piano. Ceux qui apprécient surtout la pianiste écouteront “Swept Away” (2012) publié sous le nom de Marc Johnson, son mari, ses enregistrements en duo avec Herbie Hancock et les instrumentaux très réussi que parsèment sa copieuse discographie. On ne sait trop quels musiciens seront à ses côtés au Café de la Danse. Ceux, brésiliens, qui jouent dans son album ?

 Un anonyme en majuscule

-Sinne Eeg au Petit Journal Montparnasse le 13. Lauréate du Prix du Jazz Vocal de l’Académie du Jazz l’an passé, la chanteuse danoise s’y produira avec Jacob Christofferson, son pianiste et Morten Lund son batteur. Kaspar Vadsholt, un musicien à découvrir, complète le quartette à la contrebasse. Elle aime joindre sa voix à cet instrument et vient d’enregistrer un disque en duo avec Thomas Fonnesbæk, un des deux bassistes de “Face the Music”, l'album récompensé. Aussi à l’aise dans les ballades que sur tempo rapide, Sinne Eeg impressionne par la justesse de sa voix, son scat original et attachant.

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-Ernie Watts au Duc des Lombards le 13 et le 14. Le club l’accueille chaque année. Le saxophoniste aime y jouer, s’y produire avec ses musiciens, ceux de “A Simple Truth” (Flying Dolphin), un disque de 2014, son dernier. Christof Saenger (piano) et Rudi Engel (contrebasse) étaient avec lui l’an dernier sur la scène du Duc. Le batteur Heinrich Koebberling complète son quartette. Musicien de studio très demandé, Watts se fit surtout connaître par sa participation au sein du Quartet West de Charlie Haden. Sa sonorité chantante au ténor, son vibrato aisément reconnaissable, servirent beaucoup le groupe aujourd’hui légendaire.

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-Le Richie Beirach’s Coming Together Trio au Duc des Lombards les 17 et 18 mai. Le pianiste de Quest vit à Leipzig depuis une quinzaine d’année et enseigne le piano au conservatoire de la ville. Sa plus brillante élève, Regina Litvinova, a consacré un album à ses compositions : “The Music of Richie Beirach”. Russe, elle a étudié le piano classique à Moscou, le jazz à Mannheim, s’est produite au festival de jazz de Montreux, et a participé à Paris en 2010 au Concours de piano jazz Martial Solal. Au sein du trio, elle officie aux claviers électriques. Richie Beirach tient le piano acoustique. Christian Scheuber qu’Irina a connu à Moscou et retrouvé à Mannheim complète le trio à la batterie.

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-Quinzième édition de l’incontournable Festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés que soutient activement la Fondation BNP Paribas. Du 21 mai au 1er juin, la rive gauche s’offre un grand bain de jazz avec des concerts répartis dans plusieurs salles et églises du 6ème arrondissement (celles de St. Germain et de St. Sulpice, le Conservatoire Jean-Philippe Rameau, le Réfectoire des Cordeliers, le Théâtre de l’Odéon, la Maison des Cultures du Monde), mais aussi du 5ème (la Maison des Océans, le Centre Culturel Irlandais qui abritera le 31 un grand bal swing avec l’Esprit Jazz Big Band) et du 1er, l’incontournable Tremplin Jeunes Talents se déroulant au Sunset - Sunside le 24 et le 25. On consultera le programme éclectique du festival qui invite cette année Aldo Romano, Airelle Besson & Nelson Veras, Lars Danielsson, Kyle Eastwood et le trio du pianiste Vijay Iyer qu’il ne faut surtout pas manquer.

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-Le 21 au New Morning, Diego Imbert fête la sortie de “Colors” (Such Prod / Harmonia Mundi) dont vous trouverez la chronique dans ce blog. Troisième enregistrement d’un quartette qui existe depuis 2007, ce nouveau disque réunit David El-Malek au saxophone ténor, Alex Tassel au bugle, Franck Agulhon à la batterie et bien sûr Diego Imbert à la contrebasse. Les improvisations du ténor et du bugle prolongent habilement les thèmes souvent exposés à l’unisson, des compositions ouvertes qui offrent de grands espaces de liberté aux solistes. Étroitement liée au drumming foisonnant et puissant de Franck Agulhon, la contrebasse, garante du tempo, arbitre les échanges.

 Un anonyme en majuscule

-Le 23, le festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés invite à la Maison des Océans, 195 rue Saint-Jacques (21h00), le trio de Vijay Iyer. Avec Stephen Crump (contrebasse) et Marcus Gilmore (batterie), le pianiste défriche depuis une douzaine d’années de nouveaux territoires sonores. S’il contient de nombreuses pièces lentes, aérées, “Break Stuff”, son dernier disque pour ECM, dévoile aussi des métriques inexplorées. Immense batteur, Marcus Gilmore rythme l’impossible. Quant à Vijay Iyer, il convoque ses modèles, Cecil Taylor, Andrew Hill, Herbie Nichols et renouvèle son attachement à la tradition du jazz en reprenant Countdown, de John Coltrane, Work de Thelonious Monk et Blood Count de Billy Strayhorn.

 Un anonyme en majuscule

-Enrico Pieranunzi et Eric Le Lann ensemble sur la scène du Sunside les 23 et 24 mai, l’événement est à ne pas manquer ne serait-ce qu’au regard de la section rythmique comprenant André Ceccarelli à la batterie, Diego Imbert (le 23) ou Sylvain Romano (le 24) à la contrebasse. Il est des plaisirs qui ne se refusent pas. Ecouter le pianiste met en joie. Cultivant avec humour l’inattendu, il parvient toujours à faire chanter la phrase musicale, à la faire respirer. Comme Eric Le Lann qui lui a consacré un album il y a deux ans, Enrico admire Chet Baker qu’il accompagna lorsque le trompettiste visitait les clubs de jazz des capitales européennes pour jouer sa musique, faire entendre sa sonorité fragile et tendre. Les deux hommes lui rendront un hommage mérité.

 Un anonyme en majuscule

-Le pianiste Kenny Werner et le saxophoniste Benjamin Koppel au Sunside le 26 et le 27, avec Chris Jennings à la contrebasse et Patrick Goraguer à la batterie. Werner et Koppel ont enregistré plusieurs albums pour le label Cowbell Music et joué ensemble dans les clubs de nombreux pays, notamment au Blue Note de New-York. Capable d’égrainer des chapelets de notes, croisant harmonies européennes et lignes de blues, Werner fait sonner son piano avec élégance et surprend par l’étendu de son vocabulaire. Le pianiste romantique tend ainsi la main au bopper, au jazzman qui possède traditions et racines.

 Un anonyme en majuscule

-Jazz à Roland Garros le 28 (Musée de la Fédération Française de Tennis, 21h00) avec Monty Alexander et son trio, Hassan Shakur à la contrebasse et Dennis Mackrel à la batterie. Originaire de la Jamaïque, le pianiste, 71 ans le 6 juin prochain, joue toujours avec la même aisance et le même bonheur. Trempé dans le reggae et le calypso, son piano espiègle, percutant et vif, possède des rythmes et des couleurs qui lui sont propres. S’il admire Art Tatum et Wynton Kelly, sa technique l‘a souvent fait comparer à Oscar Peterson dont il utilisa beaucoup les sections rythmiques. Il a enregistré de très nombreux disques en studio, mais c’est en concert qu’il donne le meilleur de lui-même, mêlant jazz et reggae, jouant avec entrain, virtuosité et vélocité, il enchaine les standards, s’amuse et enthousiasme.

-Sunset-Sunside + Jazz à Roland Garros : www.sunset-sunside.com

-New Morning : www.newmorning.com

-Théâtre du Châtelet : www.chatelet-theatre.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Café de la Danse : www.cafedeladanse.com

-Petit Journal Montparnasse : www.petitjournalmontparnasse.com

-Festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés : www.festivaljazzsaintgermainparis.com

 

Crédits Photos : Jacques des Lombards © Pierre de Chocqueuse – Ambrose Akinmusire © Autumn De Wilde / Blue Note – Thomas Bramerie / Stéphane Belmondo / Jesse Van Ruler © Philippe Marchin – Thomas Enhco © Jean-Baptiste Millot – Leïla Olivesi Utopia Band © Solène Person  Eliane Elias © Fernando Lousa – Sinne Eeg © Philippe Marchin – Ernie Watts © Berna Mutlu Aytekin – Diego Imbert © Pierre de Chocqueuse – Vijay Iyer Trio © Lynne Harty – Enrico Pieranunzi & Eric Le Lann © Philippe Marchin – Monty Alexander © Philippe Etheldrède – Ronnie Lynn Peterson, Richie Beirach’s Coming Together Trio, Benjamin Koppel & Kenny Werner © Photos X/D.R.

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29 avril 2015 3 29 /04 /avril /2015 08:50
Jean-Michel PILC : “What Is this Thing Called ?” (Sunnyside/Naïve)

Après un remarquable opus en trio avec André Ceccarelli et Thomas Bramerie – “Twenty”, un des treize Chocs 2014 de ce blogdeChoc –, Jean-Michel Pilc nous propose un disque en solo, une déclinaison de What Is this Thing Called Love dont il nous offre une trentaine de versions. Confiée à Dan Tepfer, la prise de son met en valeur l’instrument, un Yamaha CFX, traduit les nuances, les couleurs qu’il apporte à la musique. Ses idées, Pilc les transmet à ses mains, à ses doigts qui, posés sur le clavier, en font magnifiquement sonner les notes. Le choix de What Is this Thing Called Love ne fut nullement prémédité. Improvisant quelques morceaux, le pianiste se rendit compte que la mélodie de Cole Porter qu’il avait alors en tête en était le fil conducteur. Il opta donc pour des variations autour du thème qu’il expose brièvement après un tour de chauffe sur la gamme de do, (C Scale Warm Up), tonalité qu’il conserve tout au long du disque. Il y a mille et une manières de relire un standard. Jean-Michel Pilc aime en masquer le thème, le réinventer, le truffer de citations. Son jeu rubato autorise bien des surprises. Cole, une des plus longues plages de l’album, fait côtoyer dissonances et passages romantiques et la coda inattendue de Now You Know What Love Is, presque un psaume, relève du gospel. Chaque pièce est une aventure, une étude pour piano tant l’instrument y dévoile sa richesse : chatoiement des sons, audaces harmoniques, cascades d’arpèges et de notes perlées, netteté de l’attaque, phrasé fluide, Pilc excelle dans tous les registres et diversifie son jeu. Glide, More, Quick, Chimes, Dance, Elegy, Swing ne dépassent pas la minute. Leurs titres traduisent des cadences, évoquent des sensations, des visions fugitives. Toutes les plages s’enchainent et l’auditeur découvre stupéfait un fourmillement d’idées, de rythmes, de couleurs, des vagues de notes (Waves) qui s’accordent ou se télescopent avec logique. Dawn et son délicat balancement décline une nouvelle mélodie et Walk flirte avec le blues. What Is this Thing Called Love dont Pilc siffle la mélodie dans Duet, réapparaît transfiguré par d’autres harmonies dans Giant. Hommage à Martial Solal, Martial multiplie les clins d’œil, les citations. La comptine Une souris verte ne se cache t’elle pas sous les accords de Bells ? Avec Run le piano s’emballe, précipite l’allure. Dédié à Kenny Werner, Grace la calme majestueusement. L’émotion, palpable, ne peut que nous saisir.

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