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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 09:08
Sébastien LOVATO : “Music Boox Vol.2” (ACEL / UMV)

Fils d’un professeur de philosophie et grand lecteur, le pianiste Sébastien Lovato signe avec “Music Boox Vol. 2” un nouvel album enchanteur. La lecture d’une description de Carthage dans “Salammbô” fut à l’origine d'un premier “Music Boox” en 2010. Le pianiste puise aussi son inspiration dans “Don Quichotte”, “Le Maître et Marguerite”, “L’Intrus”, “À Rebours”, “Dalva”, des chefs-d’œuvre dont le rythme des phrases, la musicalité des mots donnent naissance aux mélodies que Sébastien invente, arrange et met en forme. “Music Boox Vol.2” est également le fruit de ses lectures. Les auteurs aimés sont ici Franz Kafka, Marguerite Yourcenar, James Baldwin, Erri De Luca, Pierre Michon. Leurs livres inspirent un jazz fluide ancré dans la tradition du bop et du groove, une musique très structurée dont les belles couleurs se voient portées par une grande diversité de rythmes. Autour de Sébastien, au piano mais aussi au Fender Rhodes et à l’orgue Hammond, excellent à nouveau Marc Buronfosse à la contrebasse et Karl Jannuska à la batterie, déjà présents dans le premier “Music Boox”. Alexandra Grimal complétait le quartette aux saxophones. Elle cède sa place à Sébastien Texier qui, à l’alto ou à la clarinette, approche différemment la musique, lui donne du poids, de l’ampleur, tout en gardant intact son lyrisme. Le swing est au rendez-vous dès Montedidio, la première plage. Une rythmique très présente encadre une mélodie nostalgique. Sébastien Lovato réinvente Naples sous le soleil tiède de novembre. La clarinette de Sébastien Texier en traduit la douceur. Ragondins s’ancre davantage dans le bop. L’alto chante. Complice, le piano reprend le thème au vol, lui donne des ailes. Kafka oblige, Le Château est bien sûr un morceau plus grave. Marc Buronfosse l’introduit par un chorus de contrebasse avant de tenir un tempo immuable sur lequel se greffent d’autres improvisations. Au piano, Sébastien percute ses notes, introduit des accords sombres et dissonants, se révèle une fois encore un compositeur habile et inspiré. Écoutez Hadrian’s Dream, le dialogue piano clarinette qui l’introduit, le développement modal qui s’ensuit : la pureté d’un chant très simple ouvre la porte des rêves. “Music Boox” contenait une relecture inattendue de I Shot the Sheriff de Bob Marley. “Music Boox Vol. 2” renferme une version en trio de Little Wing (Jimi Hendrix) que Sébastien confie à son piano électrique, et un arrangement réjouissant d’Another Brick in the Wall, célèbre morceau de Roger Waters (Pink Floyd) qui, habilement jazzifié, conserve sa mélodie et garde intact son pouvoir attractif.

Parution le 30 mars. Accompagné par Sébastien Texier, Marc Buronfosse et Karl Januska, Sébastien Lovato fêtera la sortie de son album au Studio de l’Ermitage le jeudi 2 avril à 21h00.

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14 mars 2015 6 14 /03 /mars /2015 09:15
John SURMAN / BERGEN BIG BAND : “Another Sky” (Grappa)

Parfois seul maître d’œuvre de ses disques (six enregistrements en solo pour ECM entre 1979 et 2009), John Surman aime aussi élargir sa musique au grand orchestre. Le Bergen Big Band lui en donne une nouvelle fois l’occasion. Créé en 1991, cette formation norvégienne a souvent invité des jazzmen étrangers à la rejoindre. En 2005, le saxophoniste enregistra un album avec elle, la chanteuse Karin Krogg participant à la séance. Remarqué par la presse, nominé aux « Spellemannprisen », l’équivalent de nos Victoires de la Musique, “Seagull” compte parmi les grandes réussites du BBB.

John SURMAN / BERGEN BIG BAND : “Another Sky” (Grappa)

Joué pour la première fois à Parme en 2011, “Another Sky”, une autre œuvre de commande, fut donné lors de nombreux concerts et festivals. Outre Surman (saxophones baryton et soprano), il réunit les vingt musiciens expérimentés du Bergen Big Band autour de son leader, le saxophoniste / flûtiste Olav Dale, décédé le 10 octobre 2014, un an après l’enregistrement de ce disque. Surman et John Warren, un vieux complice, en ont signé les arrangements. Warren apporte celui de Ruby My Dear, une composition de Thelonious Monk que Surman interprète au baryton. On lui doit aussi certains passages de Spending My Time. Ivar Kolve assure le solo de vibraphone, la partition, toujours confiée au baryton, déployant de splendides couleurs orchestrales.

Vibraphone, guitare et contrebasse entremêlant leurs notes rêveuses, le grave des trombones annonçant l’entrée de l’orchestre au sein duquel se détache la trompette de Martin Winter, Another Sky sonne comme une partition de Gil Evans, de nombreux instruments et plus particulièrement la section d’anches étant mis à contribution. C’est dans un avion, en approche d'Oslo par le sud-ouest que Surman eut l’idée de South-Western Approaches, composition dévolue à plusieurs solistes. La guitare d’Ole Thomsen se distingue dans Carpet Ride, une pièce initialement écrite pour le quartette du trompettiste Henry Lowther. Surman s’empare de ses motifs hispaniques pour l’introduire, la développer au soprano.

De sa musique émerge de nombreuses réminiscences de thèmes folkloriques. Confié aux deux ténors du BBB, Scare’Em Up qui conclut l’album est une vieille chanson anglaise. Surman est originaire du Devon et la lecture des romans de Thomas Hardy, originaire du Dorset, situé comme le Devon au sud-ouest de l’Angleterre, lui a souvent inspiré des compositions. Green Wood est un peu le pendant de Hilltop Dancer, un des thèmes de “Brewster’s Rooster”, un des albums ECM du saxophoniste. Olav Dale à l’alto et Dag Arnesen au piano évoquent lointainement ces danses villageoises dont Hardy parle souvent dans ses livres, dans “Under the Greenwood Tree” (“Sous la verte feuillée”) écrit en 1872. Grâce au talent d’un big band norvégien, la verte campagne anglaise se couvre de notes bleues, se met à l’heure du jazz moderne. Qui pouvait imaginer chose pareille ?

-Sortie de l'album le 24 mars (Grappa Records, Outhere Distribution).

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6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 09:00
Mars attaque !

Mois capricieux associé aux giboulées et aux parapluies, mars fut longtemps le premier de l’année. Il doit son nom au dieu de la guerre. Sa couleur est le rouge, son métal le fer. La planète intéresse les scientifiques. Après les explorations concluantes du vaisseau Pathfinder, des robots Spirit et Opportunity, de Phoenix propulsée par la fusée Delta II, Bas Lansdorp, un ingénieur néerlandais souhaite la peupler dès 2024, pour ainsi dire demain. Commencé en 2013, la campagne de recrutement des volontaires a attiré plus de 200.000 candidats. Jean-Jacques Dugenoux a décliné. Grabataire, Monsieur Michu y sera expédié de force. Pour avoir fréquenté les martiens, Tim Burton est plus circonspect. Comme lui, les autres terriens observent une certaine prudence, gardent leur tête sur leurs épaules. Le soleil passe dans le Bélier le 21. Peu commodes, les natifs du signe utilisent beaucoup la leur. Combattifs, leurs coups de tête sont aussi des coups de foudre. En domicile dans le Bélier, signe de feu porté vers l'action, Mars leur donne l’énergie, mais aussi l’enthousiasme et l’ardeur.

Mars attaque !

La lecture de “Vivre cent jours en un” de Philippe Broussard, que publie le 11 mars les Éditions Stock, sort de l’oubli le Mars Club, une boîte des Champs-Elysées enserrée dans une impasse, la rue Robert-Estienne. Née sous le signe du Bélier, Billie Holiday s’y produisit en novembre 1958 après un court passage par Milan et un concert à l’Olympia. Rédacteur en chef du service « Enquêtes » de l’Express, l’auteur consulte les rares archives de l’époque, interroge des témoins, retrouve près de San Diego Barbara Butler qui, avec Barney son mari, gérait l’établissement, rend visite à Art Simmons le pianiste attitré du club retiré à Beckley, petite ville de dix-sept mille âmes de Virginie-Occidentale. Opiniâtre, il parvient à reconstituer au plus près l’itinéraire de Lady Day lors de son second séjour parisien. Le Mars Club en fut une étape importante.

Né en 1941, Aldo Romano était un peu jeune pour le fréquenter. La première fois qu’il touche à une batterie, celle de Maurice Martin, le batteur de Maxime Saury, c’est au Caveau de la Huchette. Un peu plus tard, Le Chat qui Pêche, le Club Saint-Germain lui donneront du travail. Plus tard encore, la route, les tournées, d’autres clubs, mais aussi des disques, une vie pleine de gens et de jazz, une vie sauvée par la musique. Sous-titrées « Fragments de jazz » “Ne joue pas fort, joue loin”, ses mémoires, viennent de paraître aux Éditions des Équateurs. J’en commence la lecture.

Les martiens, Shorty Rogers, natif lui aussi du Bélier, les aimait bien. Les titres de ses compositions, Martians Go Home, March of the Martians, Martians Come Back (qui donne son nom à un de ses disques), témoignent de cette admiration affectueuse. La musique reste toutefois parfaitement identifiable : du jazz. On ne peut en dire autant de tous les concerts que propose Banlieues Bleues dont la 32ème édition se déroulera du 20 mars au 17 avril, programmation qui a au moins le mérite de ne pas être celle des autres. Avec Charles Tolliver & The Strata-East All Stars ou le quartette de Cécile McLorin Salvant, le jazz y est certes présent. Le blues aussi. Le brouet sonore indéterminé que proposent d’autres formations semble toutefois provenir d’une autre planète. Martians Come Back ?

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

Mars attaque !

-Le 8 mars, un dimanche, les vingt musiciens de The Amazing Keystone Big Band, jeune et talentueuse formation lyonnaise placée sous la direction de David Enhco, Bastien Ballaz, Jonathan Boutellier et Frédéric Nardin donneront deux concerts au Théâtre des Champs-Elysées (11h00 du matin et 15h00). Au programme : leur version jazz de “Pierre le Loup”, un conte musical pour enfants qui reste l’œuvre la plus célèbre de son auteur, Serge Prokofiev. Édité sur le label Le Chant du Monde, le disque reçut en 2013 le prix du Disque Français de l’Académie du Jazz. L’œuvre est destinée à faire connaître l’histoire du jazz et ses instruments. Le thème du Canard est ainsi joué par un saxophone soprano ; celui du Chat par un saxophone ténor et celui du Loup par les trombones. Denis Podalydès et Leslie Menu en seront le récitant et la récitante.

Mars attaque !

-Le 9, on retrouvera avec bonheur au Sunside le Vintage Orchestra que dirige Dominique Mandin. Le club de la rue des Lombards l’accueille en résidence une fois par mois. Donné en février dernier, le premier concert de cette formation de seize musiciens qui se consacre au répertoire du Thad Jones / Mel Lewis Big Band connut un réel succès. Le groupe ressuscite après des années de silence et un unique album incontournable, “Thad” (Nocturne) que l’on peut encore trouver à prix doux sur Amazon. Absente le mois dernier, Sophie Alour devrait retrouver sa place dans la section de saxophones auprès de Dominique Mandin et d’Olivier Zanot. Le Vintage Orchestra compte également dans ses rangs Thomas Savy (clarinettes), Fabien Mary et Yoann Loustalot (trompettes) Daniel Zimmermann et Jerry Edwards (trombones), la rythmique étant confiée à Florent Gac (piano), Yoni Zelnik (contrebasse) et Andrea Michelutti (batterie).

Mars attaque !

-Il faudra vous rendre à Massy le 13 à 20h30 – Espace Paul B, 6 allée du Québec. RER B ou C – pour écouter le trio de Vijay Iyer qui ne donne pas de concert à Paris. Avec Stephen Crump (contrebasse) et Marcus Gilmore (batterie), le pianiste n’hésite pas à nous faire changer nos habitudes d‘écoute, à nous faire découvrir des paysages sonores inédits, de nouveaux rythmes qui enrichissent sa musique. J’ai récemment mis en ligne dans ce blog la chronique de “Break Stuff”, son dernier album. Une grande réussite. Jazz Magazine vient de lui attribuer un Choc. Vijay y convoque ses modèles, joue Thelonious Monk, John Coltrane, mais aussi ses propres œuvres, une musique pleine de risque, de fièvre, mais aussi d’un grand calme tranquille, les couleurs de l’arc en ciel succédant à l’orage.

Mars attaque !

-Jeff Ballard au Duc des Lombards les 15 et 16 mars avec les musiciens de Fairgrounds, son nouveau projet : Kevin Hays aux claviers, Reid Anderson à la contrebasse et effets électroniques et Lionel Loueke à la guitare. Ce dernier assurera aussi les parties vocales avec Hays, un des grands pianistes méconnus de la planète jazz (un disque en duo avec Brad Mehldau, trois albums pour Blue Note dont l’un avec Ron Carter et Jack DeJohnette, des enregistrements en solo pour ACT et Pirouet). Batteur du trio de Mehldau, mais aussi de Fly (avec Mark Turner et Larry Grenadier), Ballard, séjourne souvent en France. Il joue dans “Hit” de Baptiste Trotignon et “Woman’s Land” de Stefano di Battista. Compte tenu des musiciens qui l’entoure, son nouveau groupe peut créer la surprise.

Mars attaque !

-Le 19, le bassiste Nicolas Moreaux présentera au Sunset les morceaux de “Belleville Project”, son prochain CD pour Sunnyside co-signé avec le saxophoniste Jeremy Udden. Outre ces derniers, la formation réunie pour ce concert comprendra Nicolas Kummert au saxophone ténor, Pierre Perchaud à la guitare et au banjo et Antoine Paganotti à la batterie. La formation qui joue sur le disque est en effet quelque peu différente, Udden y faisant participer des musiciens de son propre groupe Plainville. Le projet des deux leaders est de composer la musique d'un film imaginaire dont l'action se situerait à Belleville, le Brooklyn français. Mêlant jazz, folk et country music américaine, orgue à pompe et banjo colorant sa musique, Jeremy Udden est l’auteur de plusieurs opus remarquables dont vous trouverez les chroniques dans ce blog. Quant à Nicolas Moreaux, il a signé avec “Fall Somewhere” (Fresh Sound New Talent) l’un des meilleurs (double) album de l’année 2012.

Mars attaque !

-Traversée musicale shakespearienne, “Shakespeare Songs” réunira le 20 au Triton, 11 bis rue du Coq Français 93260 Les Lilas, Andy Sheppard aux saxophones, Guillaume de Chassy au piano et Christophe Marguet à la batterie. Les pièces de William Shakespeare comprenaient des interludes instrumentaux et des chansons. Perpétuant à leur manière cette tradition, Marguet et Chassy proposent une galerie de portraits inspirés par les personnages que créa le dramaturge – Romeo, Juliette, Le Roi Lear, Hamlet, Macbeth –, avec comme compagnon de voyage un saxophoniste dont le lyrisme semble parfaitement adapté au projet. Un CD est prévu cet automne sur le label Abalone avec la participation de la comédienne Kristin Scott Thomas.

Mars attaque !

-Toujours le 20, Banlieues Bleues inaugure son festival avec un premier concert à Saint-Ouen (à 20h30, Espace 1789) avec Charles Tolliver & The Strata-East All Stars comprenant Stanley Cowell au piano, Cecil McBee à la contrebasse, Alvin Queen à la batterie, la chanteuse Jean Carn et Tolliver à la trompette. Ce dernier co-fonda Strata-East en 1971 avec Cowell, une maison de disques de jazz alternatif organisée en coopérative. Le label publia des disques de Billy Harper, John Hicks, son plus gros succès restant l’album “Winter in America” de Gil Scott-Heron. Pour ceux qui aiment, le Sun Ra Centennial Arkestra que dirige aujourd’hui le saxophoniste Marshall Allen, assurera la seconde partie du programme.

Mars attaque !

-Le 21, la synagogue de l’ULIF, 24 rue Copernic 75016 Paris, accueille une nuit du jazz avec au programme, trois sets de 75 minutes. Franck Amsallem (piano, chant) dont j’ai salué le dernier disque dans ce blog, et Sara Lazarus (chant) se partageront le premier à partir de 20h15, Franck accompagnant bien sûr Sara au piano. Le trio de Yonathan Avishai leur succédera à 21h30, Yoni Zelnik à la contrebasse et Donald Kontomanou à la batterie portant idéalement la musique épurée et chantante du pianiste. Vers 22h45, le saxophoniste ténor Eli Debrigi assurera le troisième set en quartette. Les jeunes musiciens qui l’entourent Gadi Lehavi, 19 ans au piano, Barak Mori à la contrebasse et Ofri Nehemya, 20 ans à la batterie sont extrêmement prometteurs.

Mars attaque !

-Après y avoir triomphé en 2013, Youn Sun Nah retrouve le théâtre du Châtelet le 23. Avec elle, Ulf Wakenius (guitare) et Vincent Peirani (accordéon) qui l’accompagnent dans “Lento”, et Simon Tailleu son bassiste depuis 2011. Au programme, un répertoire très éclectique, des mélodies qu’elle affectionne et qu’elle chante magnifiquement, des standards de jazz et des morceaux traditionnels coréens interprétés sobrement par des musiciens qui économisent leurs notes pour les rendre plus belles. Etonnée d’être applaudie, de déplacer tant de monde à ses concerts, elle envoûte par une voix de soprano à la tessiture exceptionnelle, s’oublie dans la musique pour la rendre plus vivante.

Mars attaque !

-Gerald Clayton au Duc des Lombards le 23 et le 24 mars avec Joe Sanders, le bassiste habituel de son trio, et Obed Calvaire qui tient aussi la batterie chez les Clayton Brothers. Bien entouré, Clayton défriche de nouveaux espaces rythmiques, fait danser des métriques impaires qui relèvent du funk et du hip-hop. Elles apportent un autre swing, un rebond dont profite son piano. Sans aller aussi loin dans ce domaine qu’un Vijay Iyer qui privilégie clusters et dissonances, il invente son propre espace rythmique qu’il habille de notes chantantes, d’harmonies élégantes, la modernité de son discours restant profondément ancrée dans l’histoire du jazz, dans les nombreux standards qu’il affectionne et reprend.

Mars attaque !

-Tom McClung au Sunside le 26 avec le trio qui l’accompagne dans “Burning Bright” (Archie Ball) un nouveau disque dont il fête la sortie. Avec lui deux musiciens avec lesquels il partage le même respect pour la musique afro-américaine, le bassiste hongrois Mátyás Szandai et Mourad Benhammou à la batterie. Le pianiste d’Archie Shepp n’oublie jamais le swing. Charlie Mingus, John Coltrane, Duke Ellington et Thelonious Monk qu’il admire nourrissent sa musique bien ancrée dans le blues. Truffé de notes bleues, son piano élégant et tonique aime prendre des risques. Partageons les avec lui.

Mars attaque !

-Le 31, dans le cadre du festival Banlieues Bleues, le Théâtre 9 de Blanc-Mesnil invite Cécile McLorin Salvant, elle-même conviant l’accordéoniste Vincent Peirani à rejoindre son groupe : Aaron Diehl au piano, Paul Sikivie à la contrebasse et Lawrence Leathers à la batterie. Cécile reste très attachée aux racines du jazz, à ses sources. Sa voix suave et chaude chante le blues, des thèmes anciens qui parlent à son cœur, mais aussi des chansons dont elle apprécie les mélodies. Oh my Love de John Lennon, Je te veux d'Eric Satie, Le front caché sur tes genoux, un poème haïtien des années 30 qu’elle reprend dans “Woman Child”, son disque précédent. Elle en prépare un autre. Vincent Peirani y sera associé. En première partie (20h30), se produira le Umlaut Big Band, formation de quatorze musiciens faisant revivre des arrangements parfois oubliés des grands orchestres swing.

Mars attaque !

-Le 31 encore, à la tête de son New York Quintet, constitué par de jeunes et talentueux musiciens new yorkais, Clovis Nicolas retrouve le Sunside qui abrita ses concerts parisiens en avril 2014. S’il conserve ses deux souffleurs, Riley Mulherkar (trompette) et Luca Stroll (saxophones), tous deux présents dans “Nine Stories”, neuf pièces réjouissantes de bop moderne publiées l’an dernier sur Sunnyside, une nouvelle section rythmique l’accompagne. Jeb Patton (piano) et Pete Van Nostrand (batterie) ont longtemps travaillé avec le chanteur Sachal Vasandani. Ils complètent la formation du bassiste qui, installé à New York depuis 2002, y fait une belle carrière.

Mars attaque !

-Le 31, mais aussi le 1er avril, accompagné par Yoni Zelnik à la contrebasse et Donald Kontomanou à la batterie, Yonathan Avishai se produira au Duc des Lombards. Le pianiste vient d’enregistrer avec eux “Modern Times”, disque dans lequel il revendique sa propre esthétique de piano : peu de notes, des rythmes et des mélodies simples souvent teintées de blues. Appréciant les standards d’un jazz dont il connaît l’histoire, il reprend I Got it Bad (and That Ain’t Good) de Duke Ellington et Cornet Chop Suey de Louis Armstrong, en donne des versions personnelles, minimalistes et tendres, sa section rythmique leur donnant rythme et tension.

-Théâtre des Champs-Elysées : www.theatrechampselysées.fr

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Espace Paul B (Massy) : www.paul-b.fr

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Le Triton : www.letriton.com

-Nuit du Jazz à Copernic : www.ulif.org

-Théâtre du Châtelet : www.chatelet-theatre.com

-Banlieues Bleues : www.banlieuesbleues.org

 

Crédits Photos : Amazing Keystone Band © Bruno Belleudy – Vijay Ayer © Jimmy Katz – Charles Tolliver © Janette Beckman – Youn Sun Nah © Chris Jung – Tom McClung © David Tavan – Cécile McLorin Salvant © John Abbott – Clovis Nicolas © Ingrid Hertfelder – “Mars Attacks !”, Dominique Mandin, Jeff Ballard, Guillaume de Chassy / Christophe Marguet / Andy Sheppard, Gerald Clayton, Yonathan Avishai Trio © Photos X/D.R.

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25 février 2015 3 25 /02 /février /2015 09:00
Vijay IYER Trio : “Break Stuff” (ECM / Universal)

Après un album déconcertant avec des cordes entremêlées d’électronique, Vijay Iyer retrouve le trio qui l’accompagne depuis plus de onze ans. Stephen Crump (contrebasse) et Marcus Gilmore (batterie) lui ont déjà permis d’explorer de nombreux territoires sonores, de défricher d’autres métriques. Les réussites n’ont pas manqué, le novateur “Historicity” (2009) gardant ma préférence. Plus accessible, “Break Stuff” reste tout aussi surprenant. On est d’emblée déconcerté par la simplicité de Starlings qui ouvre le disque, mais aussi par Wrens qui renferme l’album. De même que Geese, ces pièces proviennent d’“Open City”, une collaboration entre Iyer et le romancier nigérien Teju Cole, une suite musicale consacrée aux oiseaux de New York. Réduction d’un travail conçu pour grand ensemble, ces morceaux très aérés laissent beaucoup d’espace au soliste. La section rythmique n’en reste pas moins active. On perçoit mieux son travail dans ces pièces lentes que teintent de belles couleurs harmoniques. Sur tempo rapide, le piano enregistré (ou mixé) trop en avant masque un peu la contrebasse et le jeu du batteur. Ce dernier parvient à rythmer les morceaux les plus complexes. Hommage au producteur et DJ Robert Hood figure culte de la scène techno de Detroit, Hood décoiffe par ses métriques impossibles et qui pourtant fonctionnent. J’ose dire que Marcus Gilmore est un as, sans doute le plus grand batteur de sa génération. Il semble ignorer les difficultés que pose Mystery Woman et son rythme de mridangam (tambour à deux faces de forme oblongue), une pièce s’inscrivant dans la tradition de la musique carnatique de l’Inde du Sud et qui fait partie d’une autre suite que le trio créa au Museum of Modern Art de New York. S’il introduit un rythme de reggae inattendu dans Taking Flight, la grande influence de Gilmore reste toutefois Brice Wassy, un batteur camerounais qui joua beaucoup avec Manu Dibango et fut le directeur musical de l’orchestre de Salif Keita. Des rythmes de l’Afrique de l’Ouest enrichissent une relecture fiévreuse de Countdown, un classique de John Coltrane. Le pianiste s’offre de longs voicings aux notes dissonantes, organise et transforme le morceau en lui donnant un autre groove. Il respecte bien davantage la musique de Thelonious Monk dans sa reprise étonnamment fidèle de Work, un des thèmes le plus étrange du pianiste. Dans ses disques, Vijay Iyer convoque ses modèles, et renouvèle son attachement à la tradition du jazz en réinventant Bud Powell, Cecil Taylor, Andrew Hill, Herbie Nichols et Duke Ellington. Outre des compositions de Monk et de Coltrane, “Break Stuff” contient Blood Count de Billy Strayhorn qu’il interprète en solo. Le musicien rigoureux se laisse aller à l’émotion, aère son jeu, semble écouter ses notes, comme s’il cherchait son inspiration au cœur même du piano.

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20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 11:00

“Le Peuple des Silencieux” (DE WERF / dewerf.be)

Nathalie LORIERS / Tineke POSTMA / Philippe AERTS :

Dès qu’elle pose ses doigts sur le clavier, la magie opère. Question de toucher, de phrasé, d’imagination harmonique. De talent surtout, car faire naître une mélodie du silence n’est pas donné à tout le monde. Pianiste attitrée du Brussels Jazz Orchestra, l’un des meilleurs big band européen, Nathalie Loriers n’est pas seulement une pianiste expérimentée, la meilleure de Belgique, elle compose aussi des thèmes qui chantent, parlent au cœur et favorisent le swing. Son disque “Silent Spring” la fit découvrir au public français en 1999. Lauréate du Prix du Musicien Européen de l’Académie du Jazz l’année suivante, cette styliste élégante qui fait sonner puissamment des notes aux couleurs chatoyantes, ne donne que de rares concerts dans l’hexagone. Il ne faudrait pas pour autant ignorer cette artiste qui consacre beaucoup de temps à ses élèves et dont les albums peu nombreux nous sont infiniment précieux. Après “Les 3 petits singes” (2011), Nathalie cosigne avec ses musiciens son nouveau disque, l’enregistrement d’un concert de 2013 donné dans le cadre du Gaume Jazz Festival. Elle y rencontre la saxophoniste hollandaise Tineke Postma. Un rendez-vous heureux que Philippe Aerts, son fidèle bassiste, fait bien davantage qu’arbitrer. Il est la troisième voix mélodique d’un trio qui prend le temps d’improviser, exprime sa joie de jouer, d’inventer. Dédié à Charlie Haden, Le Peuple des silencieux contient un émouvant solo de contrebasse. Introduite par Tineke à l’alto, la pièce reste une des plus attachantes d’un disque au sein duquel les échanges, nombreux, débordent de naturel. Sa première plage, Canzoncina est ainsi bien différente de la version qu’en donne Nathalie dans son album précédent. Les mélodies portent des musiques nouvelles. Une imagination vive et fertile leur donne vie. Musicienne accomplie, Tineke fait chanter ses saxophones (alto et soprano), souffle de belles notes aériennes dialogue avec une pianiste qui écoute et fait respirer sa musique. Piano et saxophone entrecroisent leurs lignes mélodiques dans Lennie Knows, un hommage à Lennie Tristano. Nathalie l’a beaucoup écouté. En 1993, elle a enregistré avec Lee Konitz, son élève. L’album s’intitule “Discoveries”. Philippe y tient la contrebasse. Vingt ans plus tard, la sonorité ronde et boisée de son instrument accompagne deux musiciennes qui ont beaucoup à se dire et nous séduisent par leurs histoires.

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7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 14:55
Éloge de la vieillesse

Février : Un an seulement après Jim Hall (décédé le 13 décembre 2013), Buddy DeFranco nous a quittés le 24 décembre à l’âge de 90 ans. Des musiciens de cette génération, des témoins qui donnèrent au jazz ses lettres de noblesse et connurent son âge d’or, il n’en reste plus beaucoup. Les survivants n’ont pas tous la santé de Sonny Rollins ou d’Ahmad Jamal qui maîtrisent leurs instruments comme au mitan de leur carrière, comme si le temps les avait oubliés. Difficile pour certains d’entre eux d’éviter tremblements, fausses notes et approximations. Le feeling compense toutefois ces défaillances dues à l’âge. L’expérience aussi. On s’économise, on joue moins vite. Une respiration plus lente embellit la musique. Le poids des ans peut inclure la sagesse. Comment ne pas être ému devant le chant du cygne d’un Lee Konitz. Le son si mince de son alto peine à porter ses notes. La musique pourtant surgit encore, avec ses fêlures, ses fièvres, lumière pâle mais assurément visible et vivante. Entendre Hal Singer souffler ses 95 bougies dans son ténor en octobre fut aussi un grand moment d’émotion.

 

Si certains préfèrent arrêter, passer à autre chose c’est le cas de Robert Wyatt qui a récemment annoncé qu’il ne souhaitait plus faire de disques – d’autres n’ont plus grand-chose à dire et vivent sur leur réputation. Dans son nouveau disque, Bob Dylan, 75 ans l’an prochain, reprend des chansons enregistrées par Frank Sinatra. Sa voix défaillante ne leur rend pas justice. Entouré par un petit ensemble de vents, une pedal steel envahissante, le génial créateur de “Blonde on Blonde” n’est que l’ombre de lui même. En petite forme depuis plusieurs mois, Keith Jarrett donne le change en publiant de vieilles bandes. Enregistré avec Paul Motian et Charlie Haden qui nous ont récemment quittés, “Hamburg ’72”, opus peu inspiré du pianiste est pourtant fort applaudi. Un concert dans lequel les cris d’orfraie qu’il tire de son saxophone soprano insupportent. Au piano son immense technique ne compense pas toujours son manque d’idées, mais il nous a donné de si grands disques que l’on peut se montrer indulgent.

 

Jazz Magazine l’est tellement qu’il accorde un Choc à l’album. Le numéro de février inaugure une nouvelle formule, une mise en page plus aérée à laquelle il faudra s’habituer. Le nom de Jazzman a pourtant disparu de la couverture. Dommage pour cette revue qui eut son importance et que beaucoup regrettent. On se consolera en se rendant dans les rares clubs de jazz qui parsèment encore la capitale, ou encore dans le Val-de-Marne, à Créteil ou Villejuif pour “Sons d’hiver” et son plein de frissons. L’événement du mois reste toutefois le concert que donnera le Vintage Orchestra au Sunside le 9. Après Laurent Cugny qui a remonté un big band autour de Gil Evans, Dominique Mandin ressuscite le sien pour célébrer le répertoire du Thad Jones / Mel Lewis Orchestra. Le jazz vieillit bien. Mais qui a dit qu’il était mort ?

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

Éloge de la vieillesse

-Depuis le 5 février, René Urtreger fait entendre son beau piano au Duc des Lombards. Le 7, le saxophoniste Pierrick Pedron rejoindra Yves Torchinsky à la contrebasse et Eric Dervieu à la batterie, ses musiciens habituels, pour apporter d’autres couleurs à sa musique.

Éloge de la vieillesse

-Laurent de Wilde au piano, Bruno Rousselet à la contrebasse et Donald Kontomanou à la batterie, c’est toujours le 7 mais au Sunside. En trio, Laurent cisèle un jazz acoustique qui lui tient beaucoup à cœur. Constamment renouvelée, sa musique devient échange, dialogue, et ne manque jamais de se faire belle.

Éloge de la vieillesse

-Cela faisait un moment que l’on entendait plus parler du Vintage Orchestra, formation de seize musiciens que dirige Dominique Mandin. On y découvrit la jeune Sophie Alour au saxophone ténor. Après plusieurs années de silence (“Thad” leur disque précédent remonte à 2004) l’orchestre qui se consacre toujours au répertoire du Thad Jones/Mel Lewis Big Band, donnera un concert exceptionnel au Sunside le 9 février. Outre Dominique Mandin et Sophie Alour aux saxophones, il aligne dans ses rangs des musiciens qui nous sont familiers tels Olivier Zanot (saxophone), Thomas Savy (clarinettes), Fabien Mary et Yoann Loustalot (trompettes), Daniel Zimmermann et Jerry Edwards dans la section de trombones, Florent Gac, Yoni Zelnik et Andrea Michelutti assurant la rythmique.

Éloge de la vieillesse

-Un all-star réuni et dirigé par le trompettiste Jeremy Pelt occupera le Sunside le 10. Steve Nelson au vibraphone, Dany Grissett au piano Peter Washington à la contrebasse et Bill Stewart à la batterie, l’affiche est pour le moins alléchante. Ils joueront probablement un bop tonique et rafraichissant. Véloce, Pelt étonne par sa maîtrise technique et sa vélocité. Ses notes jaillissent impeccablement sculptées, portées par un souffle puissant. Nelson séduit par son jeu tant rythmique que mélodique et la section rythmique ne peut qu’impressionner.

Éloge de la vieillesse

-Le label Parallel Records fête les deux premières sorties de son catalogue le 11 au Sunside. Intitulé “Very Blue”, l’un des deux disques réunit le pianiste Emil Spanyi et le contrebassiste Jean Bardy. C’est la première fois qu’Emil Spanyi co-signe un disque sous son nom. On l’a entendu jouer un magnifique piano auprès de Nicolas Folmer et de Daniel Humair. Le duo interprète des standards – Come Sunday, I Love You Porgy, Along Came Betty et propose quelques compositions originales.

Éloge de la vieillesse

-Hank Mobley et Grant Green à l’honneur le 11 et le 12 au Duc des Lombards, le saxophoniste Eric Alexander consacrant plusieurs concerts à leurs musiques. Des rendez-vous en quintette avec une section rythmique confiée à Viktor Nyberg (contrebasse) et à Bernd Reiter (batterie). Le guitariste allemand Helmut Kagerer aura mission d’évoquer Green. Quant au piano, Eric Alexander fait le bon choix en s'entourant d'Olivier Hutman. Rompu au vocabulaire du bop, le blues dans les doigts, Olivier saura saupoudrer la musique d’harmonies fines et faire battre son cœur.

Éloge de la vieillesse

-Dans le cadre du festival Sons d’Hiver, le théâtre Romain Rolland de Villejuif accueille Theo Bleckmann en solo le 11 et le 12. Chanteur inclassable à la voix de haute-contre, on lui doit quelques perles sur le label Winter & Winter : un disque du Refuge Trio (Gary Versace et John Hollenbeck sont de l'aventure), “Twelve Songs” de Charles Ives avec Kneebody et “Hello Hearth !”, un hommage à Kate Bush dont il reprend les musiques.

Éloge de la vieillesse

-Le 13, Patrice Caratini présente au Sunset son Voyage Sextet. La formation comprend aussi Denis Leloup (trombone), François Bonhomme (cor), Clément Caratini (clarinette), Maryll Abbas (accordéon) et Leonardo Sanchez (guitare). Au programme : du jazz, des pièces brèves, mais aussi de la musique française de la première moitié du XXe siècle qui laisse de la place aux solistes.

Éloge de la vieillesse

-Le même soir à 20h30, toujours dans le cadre du Festival Sons d’Hiver, la Maison des Arts de Créteil propose un concert du trompettiste Ambrose Akinmusire. Son dernier disque, “The Imagined Savior Is Far Easier To Paint”, vient de recevoir le Grand Prix 2014 de l’Académie du Jazz, mais sur scène, Ambrose propose une musique différente et largement improvisée. Entouré de ses musiciens habituels – Walter Smith III au saxophone ténor, Sam Harris au piano, Harish Raghavan à la contrebasse et Justin Brown à la batterie – il retrouvera à Créteil le guitariste Charles Altura et le chanteur Theo Bleckmann qui ont participé à l’album.

Éloge de la vieillesse

-Au Duc des Lombards, le 18, le pianiste Pierre Christophe proposera un nouveau répertoire, celui de Dave Brubeck, mais aussi quelques compositions personnelles dont il a le secret. Olivier Zanot au saxophone alto tiendra le rôle de Paul Desmond. Enfin, on ne change pas une rythmique qui gagne. Raphaël Dever à la contrebasse et Mourad Benhammou à la batterie seront donc bien au rendez-vous.

Éloge de la vieillesse

-Aaron Goldberg au New Morning le 24, en trio avec Reuben Rogers à la contrebasse et Gregory Hutcherson, batteur avec lequel il aime jouer lorsqu’Eric Harland est indisponible. “The Now”, son nouvel album, contient des compositions personnelles, quelques standards du bop, des pièces empruntées au répertoire sud-américain et même un morceau traditionnel haïtien. On n’est jamais déçu par les concerts de ce pianiste qui propose des relectures raffinées de morceaux peu joués, leur donne rythme, couleurs et un supplément d'âme.

Éloge de la vieillesse

-Chris Potter retrouve le New Morning le 25 avec Adam Rogers (guitare), Fima Ephron (basse) et Nate Smith (batterie). Saxophoniste musclé, technicien doué et demandé, il apparaît dans de nombreux albums de Paul Motian (il intégra très jeune son Electric Bebop Band) et signe régulièrement des disques sous son nom. Les meilleurs sont ceux dans lesquels, à la tête de formations de taille moyenne, il donne libre cours à son talent d’arrangeur. “Song for Anyone” en 2007 ou “Imaginary Cities”, son plus récent disque pour ECM, sont ainsi des réussites.

Éloge de la vieillesse

-Antonio Faraò au Duc des Lombards en trio le 27 avec Sylvain Romano (contrebasse) et Jean-Pierre Arnaud (batterie) et en quartette le 28, Pierrick Pedron (saxophone alto) rejoignant la formation. Coloriste raffiné aimant les logues phrases fluides et chantantes mais capable de jouer un piano énergique, Faraò a signé plusieurs albums remarquables ces dernières années. Les plus recommandables : “Domi” en trio avec Darryl Hall et André Ceccarelli, et “Evan” disque dans lequel il a la bonne idée de réunir Joe Lovano, Ira Coleman et Jack DeJohnette.

Éloge de la vieillesse

-Larry Willis en duo avec Buster Williams le 27 et le 28 au Sunside. Plus âgé de deux ans que Williams qui est né en 1942, Willis appris le piano en autodidacte. Jackie McLean lui fournit un de ses premiers engagements. Il tient le piano dans “Right Now !” (1965), sa première apparition sur un disque. Plus de 300 suivront avant qu'il ne devienne, dans la seconde moitié des années quatre-vingt, le pianiste du sextette de Carla Bley dont le succès le fit connaître à un large public. La carrière de Buster Williams est tout aussi exceptionnelle. Membre des Jazz Crusaders et de la formation électrique d’Herbie Hancock (celle qui enregistre les sommets du genre que sont “Mwandishi”, “Crossings” et “Sextant”), il a également travaillé avec Woody Shaw, Ron Carter, Billy Hart et côtoyé les grands du jazz. Il se distingue à la contrebasse par sa maîtrise sonore, l’assise rythmique exceptionnelle qu’il apporte à la musique.

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Festival Sons d’Hiver : www.sonsdhiver.org

-New Morning : www.newmorning.com

 

Crédit Photos : René Urtreger © Philippe Marchin –  Laurent de Wilde © Sylvain Gripoix – Jeremy Pelt © Sally Pritchard – Emil Spanyi & Jean Bardy © Marc Ulrich – Eric Alexander © Gene Martin – Theo Bleckmann © Jörg Grosse Geldermann – Patrice Caratini © Nathalie Mazeas – Ambrose Akinmusire © R.R. Jones – Pierre Christophe © Sébastien Caverne – Chris Potter © Bart Babinsky / ECM – Antonio Faraò © Roberto Cifarelli – Vintage Orchestra, Aaron Goldberg, Larry Willis & Buster Williams © Photos X/D.R.

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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 09:45
Vendanges académiques : le cru 2014

Rendez-vous médiatique autant que jazzistique, l’Académie du Jazz attire et rassemble. Comprenant des musiciens, des journalistes, des représentants du métier du disque et des sociétés civiles, la foule qui se pressait le lundi 19 janvier au théâtre du Châtelet à sa traditionnelle remise des prix ne me contredira pas. Chaque année, l’Académie décerne dix prix. Ils témoignent de la pluralité « d’une musique tolérante qui a prospéré dans des lieux de tolérance » précisa le Président François Lacharme dans son discours introductif, ajoutant que les tragiques évènements survenus au siège de Charlie Hebdo privaient l’Académie de la présence de Cabu.  « Il était assis avec nous et nous manque beaucoup ». Musique que personne ne s’accorde à définir de manière satisfaisante, le jazz parvient, année après année, à fédérer un aréopage de journalistes aux goûts variés, un corps électoral qui, en toute indépendance, établit un palmarès reflétant sa richesse.

Vendanges académiques : le cru 2014

Le Prix du livre de Jazz échut à Lau- rent Cugny pour le premier tome d’“Une histoire du jazz en France” aux Editions Outre-Mesure, passionnant ouvrage universitaire de plus de six cents pages (quatre tomes sont prévus), et à Jean-Luc Katchoura pour une non moins volumineuse biographie de Tal Farlow réalisée avec la collaboration de Michele Hyk-Farlow. Veuve du guitariste, elle confia ses archives à l’auteur, l’ouvrage, édité par les Editions Paris Jazz Corner (Arnaud Boubet) et mis en page par Philippe Ghielmetti, se voyant ainsi illustré par une très riche iconographie. Nos deux ex æquo furent quelque peu surpris lorsque François Lacharme tendit à chacun la moitié d’un trophée, une blague académique bien sûr, saluée par des rires et des applaudissements.

Vendanges académiques : le cru 2014

Ne pouvant participer à cette cérémonie, Robert Cray, Prix Blues pour “In My Soul”, son neuvième album, avait fait parvenir un petit film dans lequel il remercie du fond du cœur l’Académie et sa commission blues. Rédacteur en chef de la revue Soul Bag et membre de cette commission, Nicolas Teurnier décachetant les enveloppes révéla les finalistes, Robert Cray, mais aussi Mali Music (de son vrai nom Kortney Jamaal Pollard) pour le Prix Soul. Son disque, “Mali Is”, mêle naturellement de nombreuses influences, folk, blues, jazz, soul, gospel faisant bon ménage dans un opus très réussi.

Vendanges académiques : le cru 2014

Deux ex æquo également pour le Prix du Meilleur Inédit ou de la Meilleure Réédition privilégiant un travail éditorial. Attaché à la sauvegarde de notre patrimoine sonore, Patrick Frémeaux fut récompensé pour l’ensemble de ses rééditions jazz consacrées à la discographie des géants qui en ont bâti l’histoire ou à des anthologies, des coffrets aux livrets particulièrement soignés, les textes bilingues d’Alain Gerber, Daniel Nevers, Gilles Pétard, Alain Tercinet, ou du regretté Pierre Lafargue aidant à comprendre cette musique, à la rendre perméable aux non-initiés.

Vendanges académiques : le cru 2014

Également primé, Sidney Bechet “In Switzerland / En Suisse”. Tirée à 2000 exemplaires, cette édition (un coffret) comprend 4 CD audio et un livre bilingue (français / anglais) de 216 pages qui réunit 250 photos et 140 documents rares ou inédits. Les textes sont de Fabrice Zammarchi et de Roland Hippenmeyer, les biographes du saxophoniste; les préfaces de Daniel Sidney Bechet son fils, de Bob Wilber son élève et de Claude Wolff son manager. La musique réunit plus de 4h15 de concerts, de spectacles radiophoniques, d’interviews rares ou inédits provenant des archives de Radio-Genève, de Radio-Lausanne et de fonds privés. Le trophée fut remis à Fabrice Zammarchi (photo), David Hadzis portant le projet au nom de la United Music Foundation. Installée à Genève, créée depuis moins de deux ans, cette fondation a pour objectif la préservation du patrimoine musical enregistré et sa mise en valeur. Daniel Sidney Bechet (caisse claire et charleston), Olivier Franc (sur le soprano de Bechet) et Jean-Baptiste Franc (piano) assurèrent un intermède musical en interprétant Sweet Louisiana et I’ll Be Proud of You.

Vendanges académiques : le cru 2014

L’Académie rendit aussi hommage à Billie Holiday. Née en 1915, elle aurait eu cent ans en avril prochain ce qui explique que le carton d’invitation à la présente cérémonie, une photo de Jean-Pierre Leloir, porte son effigie. Pour en parler, François Lacharme convia au téléphone Michel Gaudry, l’un des derniers musiciens qui joua avec elle. Il tient la contrebasse dans le document prêté par l’INA (“Music Hall Parade, 1958”) qui fut projeté dans le foyer.

Vendanges académiques : le cru 2014

Auteur d’un roman (“My Name is Billie Holiday” chez Albin Michel) et d’un spectacle sur la chanteuse, Viktor Lazlo monta sur scène pour lui témoigner son admiration : « Sa voix véhiculait tant de sensations ! En vieillissant, mon parcours m’a progressivement rapproché d’elle. J’ai plongé dans un répertoire que, sans elle, je n’aurais probablement jamais connu, essayant dans mon spectacle de restituer le bonheur qu’elle m’avait apporté. »

Vendanges académiques : le cru 2014

Victor Lazlo remit à la chanteuse danoise Sinne Eeg le Prix du Jazz Vocal pour son album “Face the Music”, son septième, un disque enregistré sur trois jours à Copenhague, l’un des seuls à avoir été correctement distribué en France où elle reste par trop méconnue. Sinne avait fait le voyage de Los Angeles pour recevoir son prix. Elle chante des standards, ses propres morceaux, maîtrise parfaitement le scat et affectionne les morceaux de bravoure. Accompagné par Jacob Christoffersen, son pianiste, et par Stéphane Kerecki à la contrebasse, elle reprit un morceau du répertoire de Billie Holiday, You’ve Changed, et l’une de ses compositions, Crowded Heart, deuxième plage de l’album récompensé.

Vendanges académiques : le cru 2014

Le très convoité Prix Django Reinhardt fut attribué à Airelle Besson devant la chanteuse Cécile McLorin Salvant et le pianiste Paul Lay. Retenue en Algérie par un problème de visa, Airelle ne put venir chercher son prix, mais envoya une vidéo réalisée à New York quelques jours plus tôt dans laquelle, très émue, elle remercie vivement les membres de l’Académie du Jazz « J'aurais tant aimé être des vôtres pour partager ce moment unique. J'ai pensé à vous très fort et suis extrêmement triste et désappointée de n’avoir pas été présente » écrit-elle dans une lettre qui l’accompagne. En son absence, Patrick Schuster des disques Naïve et Petra Gehrmann de Métisse Music, son éditeur, saluèrent la trompettiste, « une artiste très fine, ouverte à de nombreux genres de musique, toujours d’accord pour travailler sur d’autres projets que les siens », mais aussi son partenaire, le guitariste Nelson Veras.

Vendanges académiques : le cru 2014

Pressé de remettre le Prix du disque Français à Stéphane Kerecki pour son album “Nouvelle Vague”, taquiné pour les chaussettes notoirement dépareillées qu’il portait lors de sa dernière visite à l’Académie (une photo faisant foi), Jean-Pierre Mocky, répondit avec humour aux questions de François Lacharme. Après un film avec Gérard Depardieu et Pierre Richard récemment terminé, le cinéaste doit en tourner un autre, toujours avec Depardieu, en Russie, du Tchekhov, « un type formidable qui a écrit 700 nouvelles que personne ne connaît », Mocky nous confiant aussi ses impressions sur les réalisateurs de la Nouvelle Vague.

Vendanges académiques : le cru 2014
Vendanges académiques : le cru 2014

Accompagné par John Taylor au piano, Stephane Kerecki interpréta Gary, un des morceaux de “Patience”, un disque de 2010, le premier que Stéphane et John enregistrèrent ensemble, et, composé par Paul Misraki, le thème principal d’“Alphaville” de Jean-Luc Godard, un extrait du disque primé que Stéphane décrit comme « une aventure, la rencontre de cinq personnes. John Taylor, Emile Parisien, Fabrice Moreau et Jeanne Added ont eu une énorme responsabilité dans l’élaboration de cette musique. Sans eux, ce disque n’aurait vraiment pas été le même ».

Vendanges académiques : le cru 2014

Le Grand Prix de l’Académie du Jazz fut attribué à Ambrose Akinmusire pour “The Imagined Savior Is Far Easier To Paint” devant un album Impulse ! de Ran Blake. Le précédent disque du trompettiste avait déjà été récompensé “When the Heart Emerges Glistening” obtenant le prix en 2011. Ne pouvant être présent, Ambrose fit parvenir à l’Académie un petit film dans lequel il improvise sur un piano droit. Des post-it sont fixés au cadre. Il s’en saisit pour caresser les touches de son clavier et les présenter à la caméra. On découvre alors, non sans surprise, que tous contiennent un nom, celui d’une victime des responsables de la tuerie de Charlie Hebdo. En son absence, Nicolas Pflug (Blue Note) et Mariah Wilkins (son manager, ici en photo), récupérèrent le trophée.

Vendanges académiques : le cru 2014

Cabu possédait de nombreux amis parmi les académiciens (Christian Bonnet, Claude Carrière) et aimait participer à cette remise de prix. « Il était là et il croquait tout le monde, de dos, de face, de profil, son crayon recréant le mouvement, le swing qu’il aimait tant. Cabu était un amoureux du jazz et des jazzmen ». Ce portrait du dessinateur est de Jean-François Pitet, un de ses proches. Pour lui rendre hommage, il nous offrit un montage de ses dessins, un petit film dont la projection fut saluée par une émouvante standing ovation. On y voit Cabu dessiner et danser sur « un morceau qu’il appréciait, un morceau de son idole Cab Calloway, Jumpin’ Jive dans une version de 1943, celle de “Stormy Weather”. Lorsque Cabu l’écoutait, il ne tenait pas en place ».

Après avoir remercié les sponsors de l’académie et leurs représentants, Jean-Luc Choplin directeur du Châtelet, Jean-Jacques Goron et Ann d’Aboville de la Fondation BNP Paribas, François Besson et Lilian Goldstein de la SACEM, Jean-Paul Bazin de la SPEDIDAM, le Goethe Institut dont les locaux de l’avenue d’Iena abrite depuis plusieurs années l’Assemblée Générale de l’Académie, et Franck Binard, Président du Conseil des vins de Saint-Émilion, François Lacharme appela sur scène Dominique Renard, le directeur du Festival de Jazz de Saint-Émilion (« un assemblage de vin et de musique ») afin de remettre le Prix du Jazz Européen.

Vendanges académiques : le cru 2014

Les pianistes Michael Wollny et John Taylor se le partagèrent. Interrogé sur sa carrière, Taylor, né en 1942, cita les noms de Ronnie Scott, Johnny Griffin, Joe Henderson, Lee Konitz et Kenny Wheeler, musiciens qu’il accompagna. On lui doit la création du groupe Azimuth (avec la chanteuse Norma Winstone qui fut son épouse) et il enregistra quatre albums en trio pour ECM sous le leadership du batteur Peter Erskine. Le label italien Cam Jazz abrite ses disques les plus récents. Taylor confia être particulièrement touché par ce prix, le premier qu’on lui remettait. Il salua également son collègue Michael Wollny qui fut un de ses élèves lorsqu’il enseignait en Allemagne. Le manager de ce dernier, Philippe Ochem, prit ensuite la parole : « Michael donne ce soir un concert à l’auditorium de la radio de Brême, au nord de l’Allemagne. Il m’a chargé de vous dire qu’il était très honoré de partager ce trophée avec John Taylor qui a été son professeur et mentor ».

Vendanges académiques : le cru 2014

Après un intermède pianistique confié à Taylor qui interpréta en solo une version mémorable d'Ambleside, composition qu’il a enregistrée plusieurs fois, François Lacharme appela sur scène Petula Clark, Sapho, Christian Morin et Fabienne Thibeault pour remettre le Prix du Jazz Classique. Un choix de dernière minute, des évènements imprévus rendant impossible la présence d'Abd Al Malik et de Juliette Greco, les remettants prévus. Cette dernière exprima ses regrets dans un texto qu’elle fit parvenir à l’Académie : « Je suis tellement triste de ne pas pouvoir partager avec vous le pain, le vin et les bonheurs fous que provoque la musique. Me reste votre invitation et vos mots, et cela est aussi du bonheur. » Le prix fut attribué à Tchavolo Schmitt pour son album “Mélancolies d’un soir”.

Vendanges académiques : le cru 2014

Lauréats et remettants furent appelés à se rassembler pour une photo et le public convié au traditionnel cocktail tant prisé pour ses grands crus de Saint-Émilion – Château Jucalis, Clos des Menuts et autres dives bouteilles débouchées par l’infatigable commissaire Mégret –, François Lacharme concluant cette remise de prix par la formule désormais célèbre « Après le bla-bla, le glou-glou », invitation oh combien irrésistible à déguster des vins divins. La remise des prix 2014 : un grand cru assurément !

Le site officiel de l’Académie du Jazz pour la connaître davantage : www.academiedujazz.com

Vendanges académiques : le cru 2014

LE PALMARÈS 2014

Prix Django Reinhardt :

Airelle Besson

Grand Prix de l’Académie du Jazz :

Ambrose Akinmusire « The Imagined Savior Is Far Easier To Paint » (Blue Note/Universal)

Prix du Disque Français :

Stéphane Kerecki « Nouvelle Vague » (Out Note/Harmonia Mundi)

Prix du Musicien Européen :

Ex-aequo : John Taylor, Michael Wollny

Prix de la Meilleure Réédition ou du Meilleur Inédit :

Ex-aequo :

Patrick Frémeaux pour l’ensemble de ses rééditions jazz

Sidney Bechet « In Switzerland / En Suisse »  (Coffret de 4CDs United Music Foundation)

Prix du Jazz Classique :

Tchavolo Schmitt « Mélancolies d’un soir » (Label Ouest)

Prix du Jazz Vocal :

Sinne Eeg « Face The Music » (Stunt/UnaVoltaMusic)

Prix Soul :

Mali Music « Mali Is… » (ByStorm-RCA/Sony),

Prix Blues :

The Robert Cray Band « In My Soul » (Provogue/Wagram)

Prix du livre de Jazz :

Ex-aequo :

Laurent Cugny « Une Histoire Du Jazz En France Tome 1 : Du Milieu Du XIXe Siècle à 1929 » (Outre Mesure)

Jean-Luc Katchoura With Michele Hyk-Farlow « Tal Farlow : Un Accord Parfait / A Life In Jazz Guitar » (Paris Jazz Corner)

Vendanges académiques : le cru 2014

CREDITS PHOTOS :

François Lacharme, Jean-Luc Katchoura & Laurent Cugny, Patrick Frémeaux, Fabrice Zammarchi, Viktor Lazlo, Sinne Eeg, Petra Gehrmann & Patrick Schuster, Jean-Pierre Mocky & François Lacharme, Stéphane Kerecki, Mariah Wilkins, Cabu, John Taylor, Petula Clark avec Sapho, Christian Morin, Tchavolo Schmitt et Fabienne Thibeault, Le commissaire Mégret, Lauréats 2014 et remettants  © Philippe Marchin

 

Billie Holiday sur écrans, Stéphane Kerecki & John Taylor © Pierre de Chocqueuse

 

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16 janvier 2015 5 16 /01 /janvier /2015 09:37
Rire pour résister

Janvier : pas facile de reprendre la plume après que trois fanatiques prétendument religieux aient tué au nom d’Allah dix-sept personnes et blessé grièvement plusieurs autres. On croit rêver. En s’y prenant à Charlie Hebdo, deux de ces ayatollahs par la kalachnikov ont cru pouvoir bâillonner la liberté d’expression, le non-conformisme et le rire, baume et remède insupportable à des assassins qui veulent nous faire vivre dans la peur. Me viennent à l’esprit les propos que tient le vénérable Jorge dans “Le nom de la rose”, un roman qu’Umberto Ecco, son auteur, situe en 1327 : « La loi s’impose à travers la peur dont le vrai nom est crainte de Dieu. Or le rire peut anéantir la peur ». Les fanatiques ont changé de camp, mais le rire continue bel et bien à faire peur.

 

Je n’étais point un lecteur de Charlie Hebdo, journal qui se gaussait des religions non sans blesser certains croyants respectables, mais j’ai souvent ri des femmes à poil de Wolinski, des aventures du Grand Duduche de Cabu, tous deux tombés sous des balles assassines. Comme bien d’autres de ma génération, j’ai découvert les dessins de Cabu dans Pilote. Grand amateur de jazz, il aimait Count Basie, Duke Ellington, Cab Calloway, la fille du proviseur qu’il rêvait en Julie London et les croqua souvent. Cabu appréciait les remises de prix de l’Académie du Jazz. Sa présence manquera à cette incontournable institution qui lui rendra bien sûr hommage. Deux de ses amis, Christian Bonnet, le trésorier de l’Académie, et Claude Carrière qui en fut le président, l’entourent sur cette photo. Travaillant avec eux, il prêta ses crayons à de nombreuses pochettes de disques, à celles de la collection Cabu Jazz Masters, mais aussi à une “Petite histoire du swing de Louis Armstrong à Miles Davis” et un “Cab Calloway d’anthologie aux éditions BDJAZZ.

 

Le rire n’a pourtant jamais fait florès dans les revues de jazz. Son “Débloc-Notes” censuré par la rédaction de Jazz Hot en septembre 1966, Siné tint, non sans critiques et pendant trois ans, le courrier des lecteurs de Jazz Magazine. À la tête de Jazz Hot, Philippe Adler fut éreinté pour ses Hot News, son « engin d’Hermeto » dérangeant les jazzeux puristes et pudibonds. Le rire, principale arme contre la peur, la tristesse, l’ego qui dupe et illusionne. Puisse-t-il panser nos plaies, se faire davantage entendre en ces jours pleins de larmes.

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

Ce blog ayant sommeillé jusqu’au 15 janvier, seule la seconde quinzaine de janvier est ici prise en compte. Depuis cinq ans, le Duc des Lombards présente la fine fleur du jazz made in France. Portant le nom de French Quarter, ce festival se déroule sur tout le mois. Vous n’avez pas eu besoin de moi pour applaudir Dominique Fillon, Pierre de Bethmann, Xavier Desandre Navarre, Laurent Coulondre et bien d’autres encore.

Rire pour résister

-Le 16, ne manquez pas le piano constamment inventif de Jean Michel Pilc au Duc des Lombards dans des concerts en solo (20h et 22h), concerts donnés à l’occasion de la sortie prochaine d’un nouvel album en solo sur Sunnyside Records. Son titre : “What is this Thing Called ?”. Toujours au Duc, Jérôme Regard (contrebasse) et Daniel Humair (batterie) seront ses complices au sein d’un trio interactif et excitant le 17.

-Les mêmes soirs (16 et 17 janvier), Eric Le Lann se produit au Sunside avec un quartette qui interpelle : Paul Lay (piano), Sylvain Romano (contrebasse) et Donald Kontomanou (batterie) pour accompagner une trompette sensible et chantante.

Rire pour résister

-Vrai talent à découvrir au Duc des Lombards le 21, le pianiste Florian Pellissier aime le bop et la scène qu’il partage avec les musiciens de son quintette, les laissant abondamment s’exprimer. Avec lui, Yoann Loustalot à la trompette, Christophe Panzani au saxophone et, pour assurer la rythmique, Yoni Zelnik à la contrebasse et David Georgelet à la batterie.

Rire pour résister

-Chanteuse à la technique vocale éprouvée – il faut l’entendre faire danser les onomatopées qu’elle invente –, Anne Ducros s’installe au Sunside le 23 et le 24 pour improviser sur des standards, reprendre un vaste répertoire, de celui de Marilyn Monroe à celui d’Ella Fitzgerald, “From Marilyn to Ella”, titre de son dernier album qui date déjà de 2013 et dans lequel on retrouve Benoit De Mesmay au piano, Gilles Nicolas à la contrebasse et Bruno Castellucci à la batterie. Christophe Laborde complétera la formation au saxophone.

Rire pour résister

-Installé à Paris depuis 2005, révélation 2011 du festival Jazz à Juan, Alex Stuart invite le trompettiste Nicolas Folmer au Sunset le 24. Avec eux pour jouer un jazz perméable à de nombreuses influences, Irving Acao au saxophone ténor, Chris Jennings à la contrebasse et Antoine Banville à la batterie. Dans “Place to Be”, l’album le plus récent du guitariste australien, jazz moderne, rythmes africains et latins, influences indiennes et balkaniques se mélangent sans frontières.

Rire pour résister

-Après un grand concert à l’Européen en mai, Do Montebello s’invite au Sunside le 25 pour chanter une musique très brésilienne qui empreinte aussi au jazz et aux musiques du monde. Grande voyageuse – Albi, l'Algérie, puis la France, les Caraïbes, les Etats-Unis, le Brésil –, Do passe facilement d’une langue à une autre, tient sous le charme de sa voix un public que séduit le message écologique de ses chansons. Dans “Adamah”, son premier disque publié l’an dernier, elle chante les arbres, le vent, la pluie, les océans, les déracinés d’une terre malmenée. Thierry Moncheny (guitare), Ricardo Feijão (baixolão), Christophe de Oliveira (batterie) et un poète du piano, Patrick Favre, l’entourent idéalement.

Rire pour résister

-Laurent de Wilde au Sunside le 31 avec Jérôme Regard à la contrebasse et Donald Kontomanou à la batterie, un concert à ne pas manquer. Le pianiste aime dialoguer avec des machines couvertes de boutons et de potentiomètres, une navette spatiale dont il sonorise la cabine avec des notes étranges venus d’ailleurs. Je le préfère toutefois dans un contexte acoustique, car au piano Laurent connaît les bons remèdes contre le stress, l’adversité, la déprime. Il peut vous conseiller le bon médicament. On attend impatiemment une suite à “Over the Clouds” enregistré en 2012. Mais il prend son temps, écrit un livre sur les inventeurs de claviers au XXème siècle (parution attendue chez Fayard en 2015) préfère peaufiner ses disques pour les rendre plus beaux.

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

Crédits photos : Cabu, Christian Bonnet et Claude Carrière © Philippe Marchin – Jean-Michel Pilc © Mathieu Zazzo – Anne Ducros © Sylvain Thirion – Do Montebello © Catherine Cabrol – Florian Pellissier Quintet, Alex Stuart, Laurent De Wilde © Photos X/D.R.

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1 janvier 2015 4 01 /01 /janvier /2015 00:11
Meilleurs vœux

Bonne et heureuse année 2015

Felice anno nuovo

Happy New Year

Feliz año nuevo

Frohes neues Jahr

Feliz ano novo

 

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24 décembre 2014 3 24 /12 /décembre /2014 10:45
Must Be Santa

Les fêtes, un temps de repos après une année bien remplie. Le blog de Choc va bientôt sommeiller jusqu'à la mi-janvier. Rendez-vous en 2015 avec l’édito du mois, les concerts qui interpellent, et le très attendu compte rendu de la traditionnelle remise des prix de l’Académie du Jazz. Le palmarès en sera dévoilé le 19 au Théâtre du Châtelet.

                          

                        Merry Christmas

             Joyeux Noël à tous et à toutes

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