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15 avril 2015 3 15 /04 /avril /2015 09:00
Diego IMBERT Quartet : “Colors” (Such Prod / Harmonia Mundi)

Troisième album de ce quartet qui existe depuis 2007 et au sein duquel existe une réelle interaction musicale, “Colors” a été composé au cours de l’année 2013, période au cours de laquelle David El-Malek (saxophone ténor), Alex Tassel (bugle), Diego Imbert (contrebasse) et Franck Agulhon (batterie) jouaient souvent ensemble, retrouvant leurs sensations, leurs marques, la complicité qu’apporte l’habitude. La musique ne souffre nullement de l’absence d’un piano, mais hérite de la sonorité si particulière des quatre instruments, des mêmes couleurs qui irisent “A l’ombre du saule pleureur” (2009) et “Next Move”, un des treize Choc 2011 du blogdeChoc qui n’a pas oublié d’en parler. Si les compositions ouvertes de Diego Imbert offrent de grands espaces de liberté aux solistes, ces derniers n’en abusent pas. Concis et structurés, les chorus se construisent sur la structure mélodique des thèmes que les deux souffleurs exposent souvent à l’unisson. Ici point de cris sauvages, de notes hurlées et brûlantes, mais des thèmes riffs malins, des comptines qu’irrigue constamment le groove. Les parties écrites se confondent aux improvisations qui les prolongent, comme dans Valse Payne, Aigue Marine ou Nankin, des pièces lentes, mélancoliques et de forme chorale. Saxophone ténor et bugle ont tour à tour mission d'improviser, apportent d’habiles contrechants mélodiques ou se rejoignent pour bavarder avec une remarquable fluidité. Car si la contrebasse s’attache à rendre aussi lisible que possible la ligne mélodique de chaque morceau, elle est aussi la garante du tempo. Étroitement liée à la batterie de Franck Agulhon, à son drumming foisonnant et puissant, elle reste la clé de voûte rythmique d’un groupe qui fait danser de très nombreux morceaux, les plongent dans un grand bain de funk (le très binaire Red Alert), de soul et de rythmes afro-cubains (Blugaloo). Si Interlude, met plus particulièrement en valeur l’excellence de la section rythmique, Diego Imbert se montre d’une grande discrétion. Se mêlant au dialogue du bugle et du ténor dans Aigue Marine, il réserve Ombre Chinoise, la dernière pièce de l’album, à son instrument, mais préfère arbitrer les conversations des solistes, participer à la création d’une musique généreuse que l’on prend grand plaisir à entendre.

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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 09:55

Nick Sanders ne joue décidemment pas du piano comme les autres. Il porte en lui une musique neuve qui ne cherche pas à plaire, mais s’impose d’elle-même aux oreilles averties. “You are a Creature”, son deuxième disque, apparaît encore plus fascinant et étrange que “Nameless Neighbors”, un des treize Chocs 2013 de ce BlogdeChoc. Il est bon de l’écouter attentivement, en assimiler le contenu constituant une singulière et passionnante aventure.

Nick SANDERS Trio : “You are a Creature” (Sunnyside / Naïve)

Nick Sanders a subi l’influence de Thelonious Monk et de Ran Blake dont il fut l’élève. Ses autres professeurs furent Jason Moran, Danilo Pérez et Fred Hersch qui a produit cet album, mais aussi le précédent. Comme lui, Sanders possède une culture harmonique très développée. S’il fait chanter des notes oniriques (celles de Room et de Carol’s Kid, un morceau en solo dont la modernité porte aussi le poids du passé), sa musique reste toutefois beaucoup plus abstraite et dissonante. Souvent des ritournelles (Round You Go), ses compositions évoquent celles d’Ornette Coleman dont il reprend ici The Blessing.

La quasi absence de mélodies « mélodieuses » (des thèmes que l’on peut aisément fredonner) n’empêche nullement des compositions structurées, soigneusement architecturées, les miniatures à tiroir du pianiste étant le fruit d’additions, de soustractions, de mises entre-parenthèses, de notes fantômes, la musique étant alors suggérée, contrebasse et batterie comblant les vides, remplissant les silences. Ce dernier instrument, Sanders l’a également pratiqué. Mais si son jeu de piano reste d’une grande précision rythmique, il prend de grandes libertés harmoniques, cultive les ruptures, les changements de tempos. Il ne débarque toutefois pas de Mars, planète que l’on souhaite aujourd’hui habiter. Originaire de la Nouvelle Orléans, il n’en dédaigne pas les traditions et possède une réelle culture du jazz. Il excelle d’ailleurs dans le stride et le démontre dans sa version de I Don’t Want to Set the World on Fire des Ink Spots que contient “Nameless Neighbors”.

En osmose avec son piano, Henry Fraser (contrebasse) et Connor Baker (batterie), ses condisciples au New England Conservatory of Music, ne se préoccupent pas des barres de mesure, mais adoptent une liberté métrique libérant son phrasé, sa main gauche souple et mobile (Keep on the Watch), la relation du soliste à sa rythmique, conversation intelligente entre trois musiciens, étant ici réellement fusionnelle. Utilisant beaucoup sa grosse caisse, le batteur phrase, module des sons souvent hors de tout battement régulier. Lorsqu’un rythme s’installe ce n’est jamais très longtemps. Celui de Let’s Start ralentit pour mieux repartir. Visité par l’ange du bizarre, You are the Creature bascule aussi dans le ternaire, le swing surgissant de façon inattendue au sein d’un discours musical aussi riche qu’imprévisible. Si comme moi, vous aimez être surpris par une musique qui sort des sentiers battus, échappe à une grille harmonique prévisible, à un encadrement rythmique régulier, un flux sonore qui se permet d’abandonner une tonalité définie pour innover avec cohérence et logique, ce disque est pour vous.

Nick SANDERS Trio : “You are a Creature” (Sunnyside / Naïve)

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2 avril 2015 4 02 /04 /avril /2015 09:15
La drôle de culture d'un ex-attaché à la culture ou défense d'Henri Dutilleux

Avril : la Philharmonie de Paris accueille Brad Mehldau et Fred Hersch, le jazz se met en scène et s‘applaudit en opéra à Nantes et à Angers, “La Tectonique des Nuages” – quatre représentations à Nantes les 7, 8, 9 et 10, deux à Angers les 28 et 29 –, étant bien sûr l’événement jazzistique du mois. Avril : le poisson se moque, le temps se cherche et le vent froid apporte le rhume. Gardez manteau et cache-col. « Avril doux est le pire de tout » dit le proverbe. On ne se découvre pas d’un fil mais on signe des pétitions. Circulant depuis le 16 mars sur les réseaux sociaux, l’une d’elle défend la mémoire d’Henri Dutilleux, odieusement suspecté d’avoir été un collaborateur du régime de Vichy. Christophe Girard, maire (PS) du 4e arrondissement de Paris a en effet déclaré inopportun d’apposer une plaque sur l'immeuble où vécut le compositeur décédé le 22 mai 2013 à l’âge de 97 ans. Motif de son refus : “Forces sur le stade”, film de propagande sur les vertus du sport dont Dutilleux composa en 1942 la musique. Consulté en juillet 2014, le Comité d'Histoire de la Ville de Paris avait toutefois conclu par un avis positif, suggérant même un texte pour la plaque envisagée : « Ici habita Henri Dutilleux, compositeur de musique contemporaine, Grand Prix de Rome en 1938. »

Grand-croix de la Légion d'honneur, Henri Dutilleux adhéra dès 1942 au Front National des Musiciens, un réseau de résistance clandestin comprenant Francis Poulenc, Georges Auric et Manuel Rosenthal qui soutenait et organisait des concerts de compositeurs juifs  persécutés par les nazis. Directeur du chœur de l’Opéra de Paris pendant la guerre, Dutilleux a toujours refusé de jouer pour la radio collaborationniste Radio Paris. En 1944, il mit en musique La Geôle, un sonnet du poète résistant Jean Cassou qui fut incarcéré de 1941 à 1943 à Toulouse, composa en 1997 “The Shadows of Times” qu’il dédia à Anne Frank, et son civisme et son intégrité n’ont jamais été suspectés.

Les très nombreux signataires de la pétition (plusieurs milliers de signatures recueillies à ce jour) soulignent la bêtise et l'inculture du maire et de son équipe, l’énormité des accusations portées à la mémoire d’un des plus grands compositeurs français du XXe siècle. Tout cela n’a pas empêché Christophe Girard d’en remettre une couche sur Twitter, un message vite supprimé dans lequel il compare maladroitement Dutilleux à Céline qui était violemment antisémite. L’ancien maire adjoint de Bertrand Delanoë à la culture affiche la sienne. S’il savait tout cela, Henri Dutilleux se retournerait probablement dans sa tombe. Aucun représentant officiel n’était d’ailleurs à ses obsèques. Les pouvoirs publics avaient préféré se mobiliser pour celles de Georges Moustaki décédé le même jour. Vous avez dit culture ?

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

La drôle de culture d'un ex-attaché à la culture ou défense d'Henri Dutilleux

-Le 2 avril, le batteur Sangoma Everett fêtera au Sunside la sortie de “Debi”, un disque qu’il a enregistré avec de jeunes musiciens. De nombreux thèmes sont co-écrits par Bastien Brison, pianiste talentueux qui sait bien doser ses notes, en adapter le flux aux rythmes très variés que Sangoma a collectés lors de ses nombreux voyages. Christophe Lincontang, le troisième homme, assure un jeu mélodique et rythmique et arbitre les échanges d’un trio interactif qui donne le meilleur de lui-même au contact d’un public.

La drôle de culture d'un ex-attaché à la culture ou défense d'Henri Dutilleux

-Le 2, le pianiste Sébastien Lovato fêtera lui aussi la sortie de son nouveau disque au Studio de l’Ermitage. Enregistré avec Sébastien Texier (clarinettes et saxophone alto), Marc Buronfosse (contrebasse) et Karl Jannuska (batterie) qui l'accompagneront sur scène, “Music Boox Vol. 2” célèbre la musique des livres qu’il aime et qui l’inspirent. “Le Château” de Franz Kafka, les “Mémoires d’Hadrien” de Marguerite Yourcenar, “Montedidio” d’Erri De Luca donnent naissance à des mélodies, à des rythmes empruntés au jazz. Quelques relectures inattendues, dont une version réjouissante d’Another Brick in the Wall complètent le programme de cet excellent album.

La drôle de culture d'un ex-attaché à la culture ou défense d'Henri Dutilleux

-Larry Goldings (orgue Hammond), Peter Bernstein (guitare) et Bill Stewart (batterie) retrouvent le Duc des Lombards pour trois soirées de concerts (6, 7 et 8 avril), presque un an après y avoir été accueilli. Amis de longue date, ils prennent un réel plaisir à jouer la musique raffinée et élégante qu’ils proposent, la combinaison orgue Hammond - guitare se révélant ici particulièrement délectable. L'écoute de “Ramshackle Serenade” (2014), leur dernier disque, est vivement conseillée.

La drôle de culture d'un ex-attaché à la culture ou défense d'Henri Dutilleux

-Enrico Pieranunzi et Federico Casagrande au Sunside le 7. Ils viennent de sortir un album sur CamJazz. Véritable travail d’orfèvre, conversation sereine entre un piano et une guitare, “Double Circle” renferme de remarquables compositions des deux hommes. Le pianiste romain est l’un de nos meilleurs jazzmen européens. Moins célèbre mais très talentueux, le guitariste a quitté sa province natale de Trévise pour se confronter il y a quelques années à la scène jazz parisienne. Ils se sont rencontrés à Udine et y ont enregistré leur disque, donnant naissance à un jazz apaisé et lumineux, au lyrisme très italien.

La drôle de culture d'un ex-attaché à la culture ou défense d'Henri Dutilleux

-Antoine Hervé présentera “Complètement Stones” son nouvel album, le 8 au Petit Journal Montparnasse (et le 10 et le 11 au Théâtre Jean Vilar de Suresnes). En super forme, Oncle Antoine installe une bonne dose de jazz dans le rock des Rolling Stones tout en préservant le blues et le rhythm’n’blues qui irriguent leurs compositions. Leurs meilleurs datent des années 60 et 70. Ce sont elles que le pianiste reprend dans son disque avec François Moutin à la contrebasse et Philippe « Pipon » Garcia à la batterie que Lionel Boccara remplacera pour ces concerts, Antoine invitant également la chanteuse Isabelle Poinloup à célébrer ce répertoire.

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-Appréciant l’intimité et l’ambiance du Sunside lorsqu’il visite Paris, l'excellent pianiste franco-américain Dan Tepfer s’y produira le 9 avec Joanna Wallfisch, une chanteuse britannique qui s’est installée à New York en 2012. Sur sa voix et ses chansons, Fred Hersch ne tarit pas d’éloges. Normal, “The Origin of Adjustable Things”, disque qu’elle vient d’enregistrer pour Sunnyside témoigne de la qualité de ses compositions, de l’écriture poétique de ses textes. Les arrangements minimalistes de Tepfer qui a également assuré la prise de son remarquable de l’album mettent en valeur ses morceaux oniriques qui relèvent du folk jazz. L’album contient aussi deux standards et deux reprises pop dont une remarquable version de Song to a Siren qu’écrivit Tim Buckley. Une belle artiste à découvrir.

La drôle de culture d'un ex-attaché à la culture ou défense d'Henri Dutilleux
La drôle de culture d'un ex-attaché à la culture ou défense d'Henri Dutilleux

-Nouveau temple de la musique, la Philharmonie de Paris, ouvre ses portes au jazz et accueille du 10 au 12 avril Brad Mehldau et quelques invités. On consultera le programme au sein duquel les deux concerts du samedi 11 sortent du lot. À 16h30, Fred Hersch se produira avec son trio – probablement avec John Hébert (contrebasse) et Eric McPherson (batterie), ses musiciens habituels – dans la Philharmonie 2 (la petite salle), Baptiste Trotignon assurant en solo la première partie du concert. À 20h30, accompagné de Larry Grenadier (contrebasse) et de Jeff Ballard (batterie), Brad Mehldau occupera la grande salle, l'immense succès qu’il rencontre, lui permettant de la remplir.

La drôle de culture d'un ex-attaché à la culture ou défense d'Henri Dutilleux

-Toujours en résidence au Sunside, le Vintage Orchestra que dirige Dominique Mandin y donnera son concert mensuel le 13. Comprenant seize musiciens, l’orchestre reprend des compositions du Thad Jones / Mel Lewis Big Band. The Second Race confié à la trompette de Fabien Mary, la merveilleuse ballade Kids are Pretty People que Daniel Zimmermann sublime au trombone sont des moments inoubliables. Olivier Zanot (saxophone alto), Thomas Savy (saxophone ténor), Ludovic Allainmat (piano) offrent également des chorus inspirés, la formation rythmée par Florent Gac (piano), Yoni Zelnik (contrebasse) et Andrea Michelutti (batterie).dispensant avec bonheur riffs de saxophones et éclats de trombones. Un must !

La drôle de culture d'un ex-attaché à la culture ou défense d'Henri Dutilleux

-Le pianiste Tony Tixier en trio le 23 au Sunside piano. Joachim Govin à la contrebasse et Fred Pasqua à la batterie se chargent de rythmer une musique forte, puissante, un piano qui refuse tout effet facile au bénéfice de la surprise. On a pu l'entendre dans le quartet du saxophoniste Logan Richardson ou plus récemment dans le nouveau groupe du trompettiste Christian Scott. Il a également composé la musique de la dernière exposition de Janet Cardiff pour la Fondation Louis Vuitton. On écoutera “Dream Pursuit” (Space Time Records), un disque de 2012 dans lequel le pianiste mêle des notes brûlantes à des harmonies chantantes.

La drôle de culture d'un ex-attaché à la culture ou défense d'Henri Dutilleux

-Les musiciens italiens sont les invités de l’International Jazz Day 2015 le 30. Francesco Bearzatti (saxophone, clarinette) et Nicola Sergio (piano) fêteront l’événement en duo au Sunside le même soir. Ils y ont joué en quartette l’an dernier et envisagent aujourd’hui de constituer un groupe avec Matteo Pastorino aux clarinettes, Mauro Gargano à la contrebasse, et Stefano Lucchini à la batterie. Pour l’heure, animés par un esprit d'aventure et un fort sens mélodique, ils préfèrent nous proposer une musique plus intime, des compositions lyriques qui n’oublient jamais d’être dénuées d’énergie.

 

-Angers Nantes Opéra : www.angers-nantes-opera.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Petit Journal Montparnasse : www.petitjournalmontparnasse.com

-Suresnes, Théâtre Jean Vilar : www.theatre-suresnes.fr

-Philharmonie de Paris : www.philharmoniedeparis.fr

 

Crédits Photos : Henri Dutilleux © Radio France - Maxppp - Sangoma Everett trio © Michel Brabant – Sébastien Lovato © Christian Berthier – Peter Bernstein, Larry Goldings et Bill Stewart © Till Bronner – Joanna Wallfisch & Dan Tepfer © Josh Goleman – Fred Hersch © Michael Jackson – Brad Mehldau © Michael Wilson – Tony Tixier © Sharley / Space Time Records – Nicola Sergio © Philippe Marchin – Enrico Pieranunzi & Federico Casagrande, Antoine Hervé, Vintage Orchestra © Photos X/D.R.

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31 mars 2015 2 31 /03 /mars /2015 09:15
Une tectonique renaissante

“La Tectonique des Nuages”, musique de Laurent Cugny, mise en scène de François Rancillac, sera officiellement créée dans sa version opératique au Théâtre Graslin de Nantes le 7 avril prochain (quatre représentations, les 7, 8, 9 et 10 avril) puis jouée à Angers dans le Grand Théâtre les 28 et 29 avril. La reprise de cet opéra jazz consacré par le disque en 2010 constitue un événement qu'il ne faut pas manquer.

Une tectonique renaissante

La Tectonique des nuages” dure deux heures, le temps d’un acte. Un prologue et un épilogue le complètent. Jouées sans musique, certaines scènes obligent les chanteurs et la chanteuse – David Linx, Yann-Gaël Poncet, Laïka Fatien – à s’investir, à tenir de vrais rôles. L’orchestre – dix musiciens* – donne des couleurs à l’action, commente la pluie que versent les nuages, la suspension du temps. « J’en ai résolue la problématique par un travail sur la polyrythmie. Vers la fin de l’opéra, le temps détruit par Celestina se recompose, reprend son cours normal. J’ai donc superposé six ou sept rythmes contradictoires qui se résorbent en un seul. Par la musique, le spectateur peut ainsi sentir ce dérèglement temporel que le texte sous-entend de manière allusive » confie Laurent Cugny. La montée en puissance des cuivres illustre l’atmosphère de fin de monde dans laquelle baigne l’histoire. La partition prévoit un trio, un quintette à vents sans section rythmique, des morceaux en sextette et en septette. Une des chansons est jouée par la seule guitare, d’autres font intervenir l’accordéon, ces deux instruments évoquant l’origine hispanique des personnages.

*Laurent Cugny (piano), Thomas Savy (clarinettes, saxophone ténor), Pierre-Olivier Govin (saxophones alto & baryton), Arno de Casanove (trompette, bugle), Denis Leloup (trombone), Eric Karcher (cor), Laurent Derache (accordéon), Frédéric Favarel (guitares), Joachim Govin (contrebasse), Frédéric Chapperon (batterie).

Une tectonique renaissante

Il a fallu attendre presque dix ans pour que “La Tectonique des Nuages” soit enfin montée sur une scène avec ses décors. C’est long, mais en même temps, cet opéra n’a jamais cessé d’être proche de nous depuis sa création à Jazz à Vienne en juin 2006. On pensait le projet enterré après son unique présentation à Paris au Théâtre de la Ville en 2007 sans ses décors, ses costumes, sa mise en scène, dans une indifférence médiatique quasi-générale malgré un vrai succès public. Cette “Tectonique des Nuages” qui ne voulait décidément pas mourir trainait une longue histoire derrière elle. Laurent Cugny n’avait pas de livret lorsque Jean-Paul Boutellier accepta l’idée d’un opéra jazz à Vienne en 2000. Ce n’est que plus tard qu’il se mit à en écrire la musique, lorsque François Rancillac, metteur eu scène de théâtre et mélomane, lui envoya “La Tectonique des nuages”, une pièce du portoricain José Rivera, une émouvante histoire relevant du fantastique. François Rancillac écrivit le livret à partir de sa traduction par Isabelle Famchon. L’auteur des paroles des chansons, Yann-Gaël Poncet fut aussi engagé comme chanteur. Il est Nelson, un militaire, un dur à cuire. David Linx est Aníbal de la Luna, son frère aîné, le personnage principal. Laïka Fatien prête sa voix à l’étrange Celestina del Sol qui a le pouvoir de modifier le temps, porte en elle l’éclat aveuglant du soleil, suscite le désir, l’amour, et change également les hommes.

Une tectonique renaissante
Une tectonique renaissante

En 2009, grâce à François Rancillac, Laurent parvint à faire jouer son opéra à la Comédie de Saint-Étienne, toujours dans sa version de concert. Le Grand T de Nantes que dirigeait alors Philippe Coutant le programma également. La même année, en novembre, la Fondation Beaumarchais proposa à Laurent une représentation de “La Tectonique des Nuages” en trio (piano, basse, batterie) au théâtre du Rond-Point. Un pari insensé qui démontra que sans scénographie et réduit à un trio pour accompagner les chanteurs, cet opéra fonctionnait parfaitement. Pour mieux le faire connaître, il fallait l’enregistrer. Responsable de production chez Signature, un label de Radio France distribué par Harmonia Mundi, Bruno Letort accepta et Radio France mit à la disposition de Laurent et de ses musiciens le studio 103 et ses ingénieurs du son. La Fondation BNP Paribas soutint le projet, ce qu'elle faisait depuis sa création et ce qu'elle fait encore aujourd'hui. Commencées en février 2009, les séances s’étalèrent sur plusieurs mois. Commercialisé en novembre 2010, “La Tectonique des nuages” obtint en décembre le Grand Prix de l’Académie du Jazz (Meilleur disque de l’année), un prix pour la première fois décerné à un disque français. Cinq ans plus tard, la confiant à Jean-Paul Davois, directeur général d’Angers Nantes Opéra, Laurent Cugny peut enfin présenter sa “Tectonique” dans la version opératique dont il a toujours rêvé. Une nouvelle carrière s’offre donc à cet opéra qui, tel le phénix, renaît de ses cendres et oublie de se faire oublier.

Réservations & renseignements : www.angers-nantes-opera.com

 

Photos plateau © Jef Rabillon – Photo Laurent Cugny © Pierre de Chocqueuse

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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 09:08
Sébastien LOVATO : “Music Boox Vol.2” (ACEL / UMV)

Fils d’un professeur de philosophie et grand lecteur, le pianiste Sébastien Lovato signe avec “Music Boox Vol. 2” un nouvel album enchanteur. La lecture d’une description de Carthage dans “Salammbô” fut à l’origine d'un premier “Music Boox” en 2010. Le pianiste puise aussi son inspiration dans “Don Quichotte”, “Le Maître et Marguerite”, “L’Intrus”, “À Rebours”, “Dalva”, des chefs-d’œuvre dont le rythme des phrases, la musicalité des mots donnent naissance aux mélodies que Sébastien invente, arrange et met en forme. “Music Boox Vol.2” est également le fruit de ses lectures. Les auteurs aimés sont ici Franz Kafka, Marguerite Yourcenar, James Baldwin, Erri De Luca, Pierre Michon. Leurs livres inspirent un jazz fluide ancré dans la tradition du bop et du groove, une musique très structurée dont les belles couleurs se voient portées par une grande diversité de rythmes. Autour de Sébastien, au piano mais aussi au Fender Rhodes et à l’orgue Hammond, excellent à nouveau Marc Buronfosse à la contrebasse et Karl Jannuska à la batterie, déjà présents dans le premier “Music Boox”. Alexandra Grimal complétait le quartette aux saxophones. Elle cède sa place à Sébastien Texier qui, à l’alto ou à la clarinette, approche différemment la musique, lui donne du poids, de l’ampleur, tout en gardant intact son lyrisme. Le swing est au rendez-vous dès Montedidio, la première plage. Une rythmique très présente encadre une mélodie nostalgique. Sébastien Lovato réinvente Naples sous le soleil tiède de novembre. La clarinette de Sébastien Texier en traduit la douceur. Ragondins s’ancre davantage dans le bop. L’alto chante. Complice, le piano reprend le thème au vol, lui donne des ailes. Kafka oblige, Le Château est bien sûr un morceau plus grave. Marc Buronfosse l’introduit par un chorus de contrebasse avant de tenir un tempo immuable sur lequel se greffent d’autres improvisations. Au piano, Sébastien percute ses notes, introduit des accords sombres et dissonants, se révèle une fois encore un compositeur habile et inspiré. Écoutez Hadrian’s Dream, le dialogue piano clarinette qui l’introduit, le développement modal qui s’ensuit : la pureté d’un chant très simple ouvre la porte des rêves. “Music Boox” contenait une relecture inattendue de I Shot the Sheriff de Bob Marley. “Music Boox Vol. 2” renferme une version en trio de Little Wing (Jimi Hendrix) que Sébastien confie à son piano électrique, et un arrangement réjouissant d’Another Brick in the Wall, célèbre morceau de Roger Waters (Pink Floyd) qui, habilement jazzifié, conserve sa mélodie et garde intact son pouvoir attractif.

Parution le 30 mars. Accompagné par Sébastien Texier, Marc Buronfosse et Karl Januska, Sébastien Lovato fêtera la sortie de son album au Studio de l’Ermitage le jeudi 2 avril à 21h00.

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14 mars 2015 6 14 /03 /mars /2015 09:15
John SURMAN / BERGEN BIG BAND : “Another Sky” (Grappa)

Parfois seul maître d’œuvre de ses disques (six enregistrements en solo pour ECM entre 1979 et 2009), John Surman aime aussi élargir sa musique au grand orchestre. Le Bergen Big Band lui en donne une nouvelle fois l’occasion. Créé en 1991, cette formation norvégienne a souvent invité des jazzmen étrangers à la rejoindre. En 2005, le saxophoniste enregistra un album avec elle, la chanteuse Karin Krogg participant à la séance. Remarqué par la presse, nominé aux « Spellemannprisen », l’équivalent de nos Victoires de la Musique, “Seagull” compte parmi les grandes réussites du BBB.

John SURMAN / BERGEN BIG BAND : “Another Sky” (Grappa)

Joué pour la première fois à Parme en 2011, “Another Sky”, une autre œuvre de commande, fut donné lors de nombreux concerts et festivals. Outre Surman (saxophones baryton et soprano), il réunit les vingt musiciens expérimentés du Bergen Big Band autour de son leader, le saxophoniste / flûtiste Olav Dale, décédé le 10 octobre 2014, un an après l’enregistrement de ce disque. Surman et John Warren, un vieux complice, en ont signé les arrangements. Warren apporte celui de Ruby My Dear, une composition de Thelonious Monk que Surman interprète au baryton. On lui doit aussi certains passages de Spending My Time. Ivar Kolve assure le solo de vibraphone, la partition, toujours confiée au baryton, déployant de splendides couleurs orchestrales.

Vibraphone, guitare et contrebasse entremêlant leurs notes rêveuses, le grave des trombones annonçant l’entrée de l’orchestre au sein duquel se détache la trompette de Martin Winter, Another Sky sonne comme une partition de Gil Evans, de nombreux instruments et plus particulièrement la section d’anches étant mis à contribution. C’est dans un avion, en approche d'Oslo par le sud-ouest que Surman eut l’idée de South-Western Approaches, composition dévolue à plusieurs solistes. La guitare d’Ole Thomsen se distingue dans Carpet Ride, une pièce initialement écrite pour le quartette du trompettiste Henry Lowther. Surman s’empare de ses motifs hispaniques pour l’introduire, la développer au soprano.

De sa musique émerge de nombreuses réminiscences de thèmes folkloriques. Confié aux deux ténors du BBB, Scare’Em Up qui conclut l’album est une vieille chanson anglaise. Surman est originaire du Devon et la lecture des romans de Thomas Hardy, originaire du Dorset, situé comme le Devon au sud-ouest de l’Angleterre, lui a souvent inspiré des compositions. Green Wood est un peu le pendant de Hilltop Dancer, un des thèmes de “Brewster’s Rooster”, un des albums ECM du saxophoniste. Olav Dale à l’alto et Dag Arnesen au piano évoquent lointainement ces danses villageoises dont Hardy parle souvent dans ses livres, dans “Under the Greenwood Tree” (“Sous la verte feuillée”) écrit en 1872. Grâce au talent d’un big band norvégien, la verte campagne anglaise se couvre de notes bleues, se met à l’heure du jazz moderne. Qui pouvait imaginer chose pareille ?

-Sortie de l'album le 24 mars (Grappa Records, Outhere Distribution).

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6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 09:00
Mars attaque !

Mois capricieux associé aux giboulées et aux parapluies, mars fut longtemps le premier de l’année. Il doit son nom au dieu de la guerre. Sa couleur est le rouge, son métal le fer. La planète intéresse les scientifiques. Après les explorations concluantes du vaisseau Pathfinder, des robots Spirit et Opportunity, de Phoenix propulsée par la fusée Delta II, Bas Lansdorp, un ingénieur néerlandais souhaite la peupler dès 2024, pour ainsi dire demain. Commencé en 2013, la campagne de recrutement des volontaires a attiré plus de 200.000 candidats. Jean-Jacques Dugenoux a décliné. Grabataire, Monsieur Michu y sera expédié de force. Pour avoir fréquenté les martiens, Tim Burton est plus circonspect. Comme lui, les autres terriens observent une certaine prudence, gardent leur tête sur leurs épaules. Le soleil passe dans le Bélier le 21. Peu commodes, les natifs du signe utilisent beaucoup la leur. Combattifs, leurs coups de tête sont aussi des coups de foudre. En domicile dans le Bélier, signe de feu porté vers l'action, Mars leur donne l’énergie, mais aussi l’enthousiasme et l’ardeur.

Mars attaque !

La lecture de “Vivre cent jours en un” de Philippe Broussard, que publie le 11 mars les Éditions Stock, sort de l’oubli le Mars Club, une boîte des Champs-Elysées enserrée dans une impasse, la rue Robert-Estienne. Née sous le signe du Bélier, Billie Holiday s’y produisit en novembre 1958 après un court passage par Milan et un concert à l’Olympia. Rédacteur en chef du service « Enquêtes » de l’Express, l’auteur consulte les rares archives de l’époque, interroge des témoins, retrouve près de San Diego Barbara Butler qui, avec Barney son mari, gérait l’établissement, rend visite à Art Simmons le pianiste attitré du club retiré à Beckley, petite ville de dix-sept mille âmes de Virginie-Occidentale. Opiniâtre, il parvient à reconstituer au plus près l’itinéraire de Lady Day lors de son second séjour parisien. Le Mars Club en fut une étape importante.

Né en 1941, Aldo Romano était un peu jeune pour le fréquenter. La première fois qu’il touche à une batterie, celle de Maurice Martin, le batteur de Maxime Saury, c’est au Caveau de la Huchette. Un peu plus tard, Le Chat qui Pêche, le Club Saint-Germain lui donneront du travail. Plus tard encore, la route, les tournées, d’autres clubs, mais aussi des disques, une vie pleine de gens et de jazz, une vie sauvée par la musique. Sous-titrées « Fragments de jazz » “Ne joue pas fort, joue loin”, ses mémoires, viennent de paraître aux Éditions des Équateurs. J’en commence la lecture.

Les martiens, Shorty Rogers, natif lui aussi du Bélier, les aimait bien. Les titres de ses compositions, Martians Go Home, March of the Martians, Martians Come Back (qui donne son nom à un de ses disques), témoignent de cette admiration affectueuse. La musique reste toutefois parfaitement identifiable : du jazz. On ne peut en dire autant de tous les concerts que propose Banlieues Bleues dont la 32ème édition se déroulera du 20 mars au 17 avril, programmation qui a au moins le mérite de ne pas être celle des autres. Avec Charles Tolliver & The Strata-East All Stars ou le quartette de Cécile McLorin Salvant, le jazz y est certes présent. Le blues aussi. Le brouet sonore indéterminé que proposent d’autres formations semble toutefois provenir d’une autre planète. Martians Come Back ?

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

Mars attaque !

-Le 8 mars, un dimanche, les vingt musiciens de The Amazing Keystone Big Band, jeune et talentueuse formation lyonnaise placée sous la direction de David Enhco, Bastien Ballaz, Jonathan Boutellier et Frédéric Nardin donneront deux concerts au Théâtre des Champs-Elysées (11h00 du matin et 15h00). Au programme : leur version jazz de “Pierre le Loup”, un conte musical pour enfants qui reste l’œuvre la plus célèbre de son auteur, Serge Prokofiev. Édité sur le label Le Chant du Monde, le disque reçut en 2013 le prix du Disque Français de l’Académie du Jazz. L’œuvre est destinée à faire connaître l’histoire du jazz et ses instruments. Le thème du Canard est ainsi joué par un saxophone soprano ; celui du Chat par un saxophone ténor et celui du Loup par les trombones. Denis Podalydès et Leslie Menu en seront le récitant et la récitante.

Mars attaque !

-Le 9, on retrouvera avec bonheur au Sunside le Vintage Orchestra que dirige Dominique Mandin. Le club de la rue des Lombards l’accueille en résidence une fois par mois. Donné en février dernier, le premier concert de cette formation de seize musiciens qui se consacre au répertoire du Thad Jones / Mel Lewis Big Band connut un réel succès. Le groupe ressuscite après des années de silence et un unique album incontournable, “Thad” (Nocturne) que l’on peut encore trouver à prix doux sur Amazon. Absente le mois dernier, Sophie Alour devrait retrouver sa place dans la section de saxophones auprès de Dominique Mandin et d’Olivier Zanot. Le Vintage Orchestra compte également dans ses rangs Thomas Savy (clarinettes), Fabien Mary et Yoann Loustalot (trompettes) Daniel Zimmermann et Jerry Edwards (trombones), la rythmique étant confiée à Florent Gac (piano), Yoni Zelnik (contrebasse) et Andrea Michelutti (batterie).

Mars attaque !

-Il faudra vous rendre à Massy le 13 à 20h30 – Espace Paul B, 6 allée du Québec. RER B ou C – pour écouter le trio de Vijay Iyer qui ne donne pas de concert à Paris. Avec Stephen Crump (contrebasse) et Marcus Gilmore (batterie), le pianiste n’hésite pas à nous faire changer nos habitudes d‘écoute, à nous faire découvrir des paysages sonores inédits, de nouveaux rythmes qui enrichissent sa musique. J’ai récemment mis en ligne dans ce blog la chronique de “Break Stuff”, son dernier album. Une grande réussite. Jazz Magazine vient de lui attribuer un Choc. Vijay y convoque ses modèles, joue Thelonious Monk, John Coltrane, mais aussi ses propres œuvres, une musique pleine de risque, de fièvre, mais aussi d’un grand calme tranquille, les couleurs de l’arc en ciel succédant à l’orage.

Mars attaque !

-Jeff Ballard au Duc des Lombards les 15 et 16 mars avec les musiciens de Fairgrounds, son nouveau projet : Kevin Hays aux claviers, Reid Anderson à la contrebasse et effets électroniques et Lionel Loueke à la guitare. Ce dernier assurera aussi les parties vocales avec Hays, un des grands pianistes méconnus de la planète jazz (un disque en duo avec Brad Mehldau, trois albums pour Blue Note dont l’un avec Ron Carter et Jack DeJohnette, des enregistrements en solo pour ACT et Pirouet). Batteur du trio de Mehldau, mais aussi de Fly (avec Mark Turner et Larry Grenadier), Ballard, séjourne souvent en France. Il joue dans “Hit” de Baptiste Trotignon et “Woman’s Land” de Stefano di Battista. Compte tenu des musiciens qui l’entoure, son nouveau groupe peut créer la surprise.

Mars attaque !

-Le 19, le bassiste Nicolas Moreaux présentera au Sunset les morceaux de “Belleville Project”, son prochain CD pour Sunnyside co-signé avec le saxophoniste Jeremy Udden. Outre ces derniers, la formation réunie pour ce concert comprendra Nicolas Kummert au saxophone ténor, Pierre Perchaud à la guitare et au banjo et Antoine Paganotti à la batterie. La formation qui joue sur le disque est en effet quelque peu différente, Udden y faisant participer des musiciens de son propre groupe Plainville. Le projet des deux leaders est de composer la musique d'un film imaginaire dont l'action se situerait à Belleville, le Brooklyn français. Mêlant jazz, folk et country music américaine, orgue à pompe et banjo colorant sa musique, Jeremy Udden est l’auteur de plusieurs opus remarquables dont vous trouverez les chroniques dans ce blog. Quant à Nicolas Moreaux, il a signé avec “Fall Somewhere” (Fresh Sound New Talent) l’un des meilleurs (double) album de l’année 2012.

Mars attaque !

-Traversée musicale shakespearienne, “Shakespeare Songs” réunira le 20 au Triton, 11 bis rue du Coq Français 93260 Les Lilas, Andy Sheppard aux saxophones, Guillaume de Chassy au piano et Christophe Marguet à la batterie. Les pièces de William Shakespeare comprenaient des interludes instrumentaux et des chansons. Perpétuant à leur manière cette tradition, Marguet et Chassy proposent une galerie de portraits inspirés par les personnages que créa le dramaturge – Romeo, Juliette, Le Roi Lear, Hamlet, Macbeth –, avec comme compagnon de voyage un saxophoniste dont le lyrisme semble parfaitement adapté au projet. Un CD est prévu cet automne sur le label Abalone avec la participation de la comédienne Kristin Scott Thomas.

Mars attaque !

-Toujours le 20, Banlieues Bleues inaugure son festival avec un premier concert à Saint-Ouen (à 20h30, Espace 1789) avec Charles Tolliver & The Strata-East All Stars comprenant Stanley Cowell au piano, Cecil McBee à la contrebasse, Alvin Queen à la batterie, la chanteuse Jean Carn et Tolliver à la trompette. Ce dernier co-fonda Strata-East en 1971 avec Cowell, une maison de disques de jazz alternatif organisée en coopérative. Le label publia des disques de Billy Harper, John Hicks, son plus gros succès restant l’album “Winter in America” de Gil Scott-Heron. Pour ceux qui aiment, le Sun Ra Centennial Arkestra que dirige aujourd’hui le saxophoniste Marshall Allen, assurera la seconde partie du programme.

Mars attaque !

-Le 21, la synagogue de l’ULIF, 24 rue Copernic 75016 Paris, accueille une nuit du jazz avec au programme, trois sets de 75 minutes. Franck Amsallem (piano, chant) dont j’ai salué le dernier disque dans ce blog, et Sara Lazarus (chant) se partageront le premier à partir de 20h15, Franck accompagnant bien sûr Sara au piano. Le trio de Yonathan Avishai leur succédera à 21h30, Yoni Zelnik à la contrebasse et Donald Kontomanou à la batterie portant idéalement la musique épurée et chantante du pianiste. Vers 22h45, le saxophoniste ténor Eli Debrigi assurera le troisième set en quartette. Les jeunes musiciens qui l’entourent Gadi Lehavi, 19 ans au piano, Barak Mori à la contrebasse et Ofri Nehemya, 20 ans à la batterie sont extrêmement prometteurs.

Mars attaque !

-Après y avoir triomphé en 2013, Youn Sun Nah retrouve le théâtre du Châtelet le 23. Avec elle, Ulf Wakenius (guitare) et Vincent Peirani (accordéon) qui l’accompagnent dans “Lento”, et Simon Tailleu son bassiste depuis 2011. Au programme, un répertoire très éclectique, des mélodies qu’elle affectionne et qu’elle chante magnifiquement, des standards de jazz et des morceaux traditionnels coréens interprétés sobrement par des musiciens qui économisent leurs notes pour les rendre plus belles. Etonnée d’être applaudie, de déplacer tant de monde à ses concerts, elle envoûte par une voix de soprano à la tessiture exceptionnelle, s’oublie dans la musique pour la rendre plus vivante.

Mars attaque !

-Gerald Clayton au Duc des Lombards le 23 et le 24 mars avec Joe Sanders, le bassiste habituel de son trio, et Obed Calvaire qui tient aussi la batterie chez les Clayton Brothers. Bien entouré, Clayton défriche de nouveaux espaces rythmiques, fait danser des métriques impaires qui relèvent du funk et du hip-hop. Elles apportent un autre swing, un rebond dont profite son piano. Sans aller aussi loin dans ce domaine qu’un Vijay Iyer qui privilégie clusters et dissonances, il invente son propre espace rythmique qu’il habille de notes chantantes, d’harmonies élégantes, la modernité de son discours restant profondément ancrée dans l’histoire du jazz, dans les nombreux standards qu’il affectionne et reprend.

Mars attaque !

-Tom McClung au Sunside le 26 avec le trio qui l’accompagne dans “Burning Bright” (Archie Ball) un nouveau disque dont il fête la sortie. Avec lui deux musiciens avec lesquels il partage le même respect pour la musique afro-américaine, le bassiste hongrois Mátyás Szandai et Mourad Benhammou à la batterie. Le pianiste d’Archie Shepp n’oublie jamais le swing. Charlie Mingus, John Coltrane, Duke Ellington et Thelonious Monk qu’il admire nourrissent sa musique bien ancrée dans le blues. Truffé de notes bleues, son piano élégant et tonique aime prendre des risques. Partageons les avec lui.

Mars attaque !

-Le 31, dans le cadre du festival Banlieues Bleues, le Théâtre 9 de Blanc-Mesnil invite Cécile McLorin Salvant, elle-même conviant l’accordéoniste Vincent Peirani à rejoindre son groupe : Aaron Diehl au piano, Paul Sikivie à la contrebasse et Lawrence Leathers à la batterie. Cécile reste très attachée aux racines du jazz, à ses sources. Sa voix suave et chaude chante le blues, des thèmes anciens qui parlent à son cœur, mais aussi des chansons dont elle apprécie les mélodies. Oh my Love de John Lennon, Je te veux d'Eric Satie, Le front caché sur tes genoux, un poème haïtien des années 30 qu’elle reprend dans “Woman Child”, son disque précédent. Elle en prépare un autre. Vincent Peirani y sera associé. En première partie (20h30), se produira le Umlaut Big Band, formation de quatorze musiciens faisant revivre des arrangements parfois oubliés des grands orchestres swing.

Mars attaque !

-Le 31 encore, à la tête de son New York Quintet, constitué par de jeunes et talentueux musiciens new yorkais, Clovis Nicolas retrouve le Sunside qui abrita ses concerts parisiens en avril 2014. S’il conserve ses deux souffleurs, Riley Mulherkar (trompette) et Luca Stroll (saxophones), tous deux présents dans “Nine Stories”, neuf pièces réjouissantes de bop moderne publiées l’an dernier sur Sunnyside, une nouvelle section rythmique l’accompagne. Jeb Patton (piano) et Pete Van Nostrand (batterie) ont longtemps travaillé avec le chanteur Sachal Vasandani. Ils complètent la formation du bassiste qui, installé à New York depuis 2002, y fait une belle carrière.

Mars attaque !

-Le 31, mais aussi le 1er avril, accompagné par Yoni Zelnik à la contrebasse et Donald Kontomanou à la batterie, Yonathan Avishai se produira au Duc des Lombards. Le pianiste vient d’enregistrer avec eux “Modern Times”, disque dans lequel il revendique sa propre esthétique de piano : peu de notes, des rythmes et des mélodies simples souvent teintées de blues. Appréciant les standards d’un jazz dont il connaît l’histoire, il reprend I Got it Bad (and That Ain’t Good) de Duke Ellington et Cornet Chop Suey de Louis Armstrong, en donne des versions personnelles, minimalistes et tendres, sa section rythmique leur donnant rythme et tension.

-Théâtre des Champs-Elysées : www.theatrechampselysées.fr

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Espace Paul B (Massy) : www.paul-b.fr

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Le Triton : www.letriton.com

-Nuit du Jazz à Copernic : www.ulif.org

-Théâtre du Châtelet : www.chatelet-theatre.com

-Banlieues Bleues : www.banlieuesbleues.org

 

Crédits Photos : Amazing Keystone Band © Bruno Belleudy – Vijay Ayer © Jimmy Katz – Charles Tolliver © Janette Beckman – Youn Sun Nah © Chris Jung – Tom McClung © David Tavan – Cécile McLorin Salvant © John Abbott – Clovis Nicolas © Ingrid Hertfelder – “Mars Attacks !”, Dominique Mandin, Jeff Ballard, Guillaume de Chassy / Christophe Marguet / Andy Sheppard, Gerald Clayton, Yonathan Avishai Trio © Photos X/D.R.

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25 février 2015 3 25 /02 /février /2015 09:00
Vijay IYER Trio : “Break Stuff” (ECM / Universal)

Après un album déconcertant avec des cordes entremêlées d’électronique, Vijay Iyer retrouve le trio qui l’accompagne depuis plus de onze ans. Stephen Crump (contrebasse) et Marcus Gilmore (batterie) lui ont déjà permis d’explorer de nombreux territoires sonores, de défricher d’autres métriques. Les réussites n’ont pas manqué, le novateur “Historicity” (2009) gardant ma préférence. Plus accessible, “Break Stuff” reste tout aussi surprenant. On est d’emblée déconcerté par la simplicité de Starlings qui ouvre le disque, mais aussi par Wrens qui renferme l’album. De même que Geese, ces pièces proviennent d’“Open City”, une collaboration entre Iyer et le romancier nigérien Teju Cole, une suite musicale consacrée aux oiseaux de New York. Réduction d’un travail conçu pour grand ensemble, ces morceaux très aérés laissent beaucoup d’espace au soliste. La section rythmique n’en reste pas moins active. On perçoit mieux son travail dans ces pièces lentes que teintent de belles couleurs harmoniques. Sur tempo rapide, le piano enregistré (ou mixé) trop en avant masque un peu la contrebasse et le jeu du batteur. Ce dernier parvient à rythmer les morceaux les plus complexes. Hommage au producteur et DJ Robert Hood figure culte de la scène techno de Detroit, Hood décoiffe par ses métriques impossibles et qui pourtant fonctionnent. J’ose dire que Marcus Gilmore est un as, sans doute le plus grand batteur de sa génération. Il semble ignorer les difficultés que pose Mystery Woman et son rythme de mridangam (tambour à deux faces de forme oblongue), une pièce s’inscrivant dans la tradition de la musique carnatique de l’Inde du Sud et qui fait partie d’une autre suite que le trio créa au Museum of Modern Art de New York. S’il introduit un rythme de reggae inattendu dans Taking Flight, la grande influence de Gilmore reste toutefois Brice Wassy, un batteur camerounais qui joua beaucoup avec Manu Dibango et fut le directeur musical de l’orchestre de Salif Keita. Des rythmes de l’Afrique de l’Ouest enrichissent une relecture fiévreuse de Countdown, un classique de John Coltrane. Le pianiste s’offre de longs voicings aux notes dissonantes, organise et transforme le morceau en lui donnant un autre groove. Il respecte bien davantage la musique de Thelonious Monk dans sa reprise étonnamment fidèle de Work, un des thèmes le plus étrange du pianiste. Dans ses disques, Vijay Iyer convoque ses modèles, et renouvèle son attachement à la tradition du jazz en réinventant Bud Powell, Cecil Taylor, Andrew Hill, Herbie Nichols et Duke Ellington. Outre des compositions de Monk et de Coltrane, “Break Stuff” contient Blood Count de Billy Strayhorn qu’il interprète en solo. Le musicien rigoureux se laisse aller à l’émotion, aère son jeu, semble écouter ses notes, comme s’il cherchait son inspiration au cœur même du piano.

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20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 11:00

“Le Peuple des Silencieux” (DE WERF / dewerf.be)

Nathalie LORIERS / Tineke POSTMA / Philippe AERTS :

Dès qu’elle pose ses doigts sur le clavier, la magie opère. Question de toucher, de phrasé, d’imagination harmonique. De talent surtout, car faire naître une mélodie du silence n’est pas donné à tout le monde. Pianiste attitrée du Brussels Jazz Orchestra, l’un des meilleurs big band européen, Nathalie Loriers n’est pas seulement une pianiste expérimentée, la meilleure de Belgique, elle compose aussi des thèmes qui chantent, parlent au cœur et favorisent le swing. Son disque “Silent Spring” la fit découvrir au public français en 1999. Lauréate du Prix du Musicien Européen de l’Académie du Jazz l’année suivante, cette styliste élégante qui fait sonner puissamment des notes aux couleurs chatoyantes, ne donne que de rares concerts dans l’hexagone. Il ne faudrait pas pour autant ignorer cette artiste qui consacre beaucoup de temps à ses élèves et dont les albums peu nombreux nous sont infiniment précieux. Après “Les 3 petits singes” (2011), Nathalie cosigne avec ses musiciens son nouveau disque, l’enregistrement d’un concert de 2013 donné dans le cadre du Gaume Jazz Festival. Elle y rencontre la saxophoniste hollandaise Tineke Postma. Un rendez-vous heureux que Philippe Aerts, son fidèle bassiste, fait bien davantage qu’arbitrer. Il est la troisième voix mélodique d’un trio qui prend le temps d’improviser, exprime sa joie de jouer, d’inventer. Dédié à Charlie Haden, Le Peuple des silencieux contient un émouvant solo de contrebasse. Introduite par Tineke à l’alto, la pièce reste une des plus attachantes d’un disque au sein duquel les échanges, nombreux, débordent de naturel. Sa première plage, Canzoncina est ainsi bien différente de la version qu’en donne Nathalie dans son album précédent. Les mélodies portent des musiques nouvelles. Une imagination vive et fertile leur donne vie. Musicienne accomplie, Tineke fait chanter ses saxophones (alto et soprano), souffle de belles notes aériennes dialogue avec une pianiste qui écoute et fait respirer sa musique. Piano et saxophone entrecroisent leurs lignes mélodiques dans Lennie Knows, un hommage à Lennie Tristano. Nathalie l’a beaucoup écouté. En 1993, elle a enregistré avec Lee Konitz, son élève. L’album s’intitule “Discoveries”. Philippe y tient la contrebasse. Vingt ans plus tard, la sonorité ronde et boisée de son instrument accompagne deux musiciennes qui ont beaucoup à se dire et nous séduisent par leurs histoires.

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7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 14:55
Éloge de la vieillesse

Février : Un an seulement après Jim Hall (décédé le 13 décembre 2013), Buddy DeFranco nous a quittés le 24 décembre à l’âge de 90 ans. Des musiciens de cette génération, des témoins qui donnèrent au jazz ses lettres de noblesse et connurent son âge d’or, il n’en reste plus beaucoup. Les survivants n’ont pas tous la santé de Sonny Rollins ou d’Ahmad Jamal qui maîtrisent leurs instruments comme au mitan de leur carrière, comme si le temps les avait oubliés. Difficile pour certains d’entre eux d’éviter tremblements, fausses notes et approximations. Le feeling compense toutefois ces défaillances dues à l’âge. L’expérience aussi. On s’économise, on joue moins vite. Une respiration plus lente embellit la musique. Le poids des ans peut inclure la sagesse. Comment ne pas être ému devant le chant du cygne d’un Lee Konitz. Le son si mince de son alto peine à porter ses notes. La musique pourtant surgit encore, avec ses fêlures, ses fièvres, lumière pâle mais assurément visible et vivante. Entendre Hal Singer souffler ses 95 bougies dans son ténor en octobre fut aussi un grand moment d’émotion.

 

Si certains préfèrent arrêter, passer à autre chose c’est le cas de Robert Wyatt qui a récemment annoncé qu’il ne souhaitait plus faire de disques – d’autres n’ont plus grand-chose à dire et vivent sur leur réputation. Dans son nouveau disque, Bob Dylan, 75 ans l’an prochain, reprend des chansons enregistrées par Frank Sinatra. Sa voix défaillante ne leur rend pas justice. Entouré par un petit ensemble de vents, une pedal steel envahissante, le génial créateur de “Blonde on Blonde” n’est que l’ombre de lui même. En petite forme depuis plusieurs mois, Keith Jarrett donne le change en publiant de vieilles bandes. Enregistré avec Paul Motian et Charlie Haden qui nous ont récemment quittés, “Hamburg ’72”, opus peu inspiré du pianiste est pourtant fort applaudi. Un concert dans lequel les cris d’orfraie qu’il tire de son saxophone soprano insupportent. Au piano son immense technique ne compense pas toujours son manque d’idées, mais il nous a donné de si grands disques que l’on peut se montrer indulgent.

 

Jazz Magazine l’est tellement qu’il accorde un Choc à l’album. Le numéro de février inaugure une nouvelle formule, une mise en page plus aérée à laquelle il faudra s’habituer. Le nom de Jazzman a pourtant disparu de la couverture. Dommage pour cette revue qui eut son importance et que beaucoup regrettent. On se consolera en se rendant dans les rares clubs de jazz qui parsèment encore la capitale, ou encore dans le Val-de-Marne, à Créteil ou Villejuif pour “Sons d’hiver” et son plein de frissons. L’événement du mois reste toutefois le concert que donnera le Vintage Orchestra au Sunside le 9. Après Laurent Cugny qui a remonté un big band autour de Gil Evans, Dominique Mandin ressuscite le sien pour célébrer le répertoire du Thad Jones / Mel Lewis Orchestra. Le jazz vieillit bien. Mais qui a dit qu’il était mort ?

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

Éloge de la vieillesse

-Depuis le 5 février, René Urtreger fait entendre son beau piano au Duc des Lombards. Le 7, le saxophoniste Pierrick Pedron rejoindra Yves Torchinsky à la contrebasse et Eric Dervieu à la batterie, ses musiciens habituels, pour apporter d’autres couleurs à sa musique.

Éloge de la vieillesse

-Laurent de Wilde au piano, Bruno Rousselet à la contrebasse et Donald Kontomanou à la batterie, c’est toujours le 7 mais au Sunside. En trio, Laurent cisèle un jazz acoustique qui lui tient beaucoup à cœur. Constamment renouvelée, sa musique devient échange, dialogue, et ne manque jamais de se faire belle.

Éloge de la vieillesse

-Cela faisait un moment que l’on entendait plus parler du Vintage Orchestra, formation de seize musiciens que dirige Dominique Mandin. On y découvrit la jeune Sophie Alour au saxophone ténor. Après plusieurs années de silence (“Thad” leur disque précédent remonte à 2004) l’orchestre qui se consacre toujours au répertoire du Thad Jones/Mel Lewis Big Band, donnera un concert exceptionnel au Sunside le 9 février. Outre Dominique Mandin et Sophie Alour aux saxophones, il aligne dans ses rangs des musiciens qui nous sont familiers tels Olivier Zanot (saxophone), Thomas Savy (clarinettes), Fabien Mary et Yoann Loustalot (trompettes), Daniel Zimmermann et Jerry Edwards dans la section de trombones, Florent Gac, Yoni Zelnik et Andrea Michelutti assurant la rythmique.

Éloge de la vieillesse

-Un all-star réuni et dirigé par le trompettiste Jeremy Pelt occupera le Sunside le 10. Steve Nelson au vibraphone, Dany Grissett au piano Peter Washington à la contrebasse et Bill Stewart à la batterie, l’affiche est pour le moins alléchante. Ils joueront probablement un bop tonique et rafraichissant. Véloce, Pelt étonne par sa maîtrise technique et sa vélocité. Ses notes jaillissent impeccablement sculptées, portées par un souffle puissant. Nelson séduit par son jeu tant rythmique que mélodique et la section rythmique ne peut qu’impressionner.

Éloge de la vieillesse

-Le label Parallel Records fête les deux premières sorties de son catalogue le 11 au Sunside. Intitulé “Very Blue”, l’un des deux disques réunit le pianiste Emil Spanyi et le contrebassiste Jean Bardy. C’est la première fois qu’Emil Spanyi co-signe un disque sous son nom. On l’a entendu jouer un magnifique piano auprès de Nicolas Folmer et de Daniel Humair. Le duo interprète des standards – Come Sunday, I Love You Porgy, Along Came Betty et propose quelques compositions originales.

Éloge de la vieillesse

-Hank Mobley et Grant Green à l’honneur le 11 et le 12 au Duc des Lombards, le saxophoniste Eric Alexander consacrant plusieurs concerts à leurs musiques. Des rendez-vous en quintette avec une section rythmique confiée à Viktor Nyberg (contrebasse) et à Bernd Reiter (batterie). Le guitariste allemand Helmut Kagerer aura mission d’évoquer Green. Quant au piano, Eric Alexander fait le bon choix en s'entourant d'Olivier Hutman. Rompu au vocabulaire du bop, le blues dans les doigts, Olivier saura saupoudrer la musique d’harmonies fines et faire battre son cœur.

Éloge de la vieillesse

-Dans le cadre du festival Sons d’Hiver, le théâtre Romain Rolland de Villejuif accueille Theo Bleckmann en solo le 11 et le 12. Chanteur inclassable à la voix de haute-contre, on lui doit quelques perles sur le label Winter & Winter : un disque du Refuge Trio (Gary Versace et John Hollenbeck sont de l'aventure), “Twelve Songs” de Charles Ives avec Kneebody et “Hello Hearth !”, un hommage à Kate Bush dont il reprend les musiques.

Éloge de la vieillesse

-Le 13, Patrice Caratini présente au Sunset son Voyage Sextet. La formation comprend aussi Denis Leloup (trombone), François Bonhomme (cor), Clément Caratini (clarinette), Maryll Abbas (accordéon) et Leonardo Sanchez (guitare). Au programme : du jazz, des pièces brèves, mais aussi de la musique française de la première moitié du XXe siècle qui laisse de la place aux solistes.

Éloge de la vieillesse

-Le même soir à 20h30, toujours dans le cadre du Festival Sons d’Hiver, la Maison des Arts de Créteil propose un concert du trompettiste Ambrose Akinmusire. Son dernier disque, “The Imagined Savior Is Far Easier To Paint”, vient de recevoir le Grand Prix 2014 de l’Académie du Jazz, mais sur scène, Ambrose propose une musique différente et largement improvisée. Entouré de ses musiciens habituels – Walter Smith III au saxophone ténor, Sam Harris au piano, Harish Raghavan à la contrebasse et Justin Brown à la batterie – il retrouvera à Créteil le guitariste Charles Altura et le chanteur Theo Bleckmann qui ont participé à l’album.

Éloge de la vieillesse

-Au Duc des Lombards, le 18, le pianiste Pierre Christophe proposera un nouveau répertoire, celui de Dave Brubeck, mais aussi quelques compositions personnelles dont il a le secret. Olivier Zanot au saxophone alto tiendra le rôle de Paul Desmond. Enfin, on ne change pas une rythmique qui gagne. Raphaël Dever à la contrebasse et Mourad Benhammou à la batterie seront donc bien au rendez-vous.

Éloge de la vieillesse

-Aaron Goldberg au New Morning le 24, en trio avec Reuben Rogers à la contrebasse et Gregory Hutcherson, batteur avec lequel il aime jouer lorsqu’Eric Harland est indisponible. “The Now”, son nouvel album, contient des compositions personnelles, quelques standards du bop, des pièces empruntées au répertoire sud-américain et même un morceau traditionnel haïtien. On n’est jamais déçu par les concerts de ce pianiste qui propose des relectures raffinées de morceaux peu joués, leur donne rythme, couleurs et un supplément d'âme.

Éloge de la vieillesse

-Chris Potter retrouve le New Morning le 25 avec Adam Rogers (guitare), Fima Ephron (basse) et Nate Smith (batterie). Saxophoniste musclé, technicien doué et demandé, il apparaît dans de nombreux albums de Paul Motian (il intégra très jeune son Electric Bebop Band) et signe régulièrement des disques sous son nom. Les meilleurs sont ceux dans lesquels, à la tête de formations de taille moyenne, il donne libre cours à son talent d’arrangeur. “Song for Anyone” en 2007 ou “Imaginary Cities”, son plus récent disque pour ECM, sont ainsi des réussites.

Éloge de la vieillesse

-Antonio Faraò au Duc des Lombards en trio le 27 avec Sylvain Romano (contrebasse) et Jean-Pierre Arnaud (batterie) et en quartette le 28, Pierrick Pedron (saxophone alto) rejoignant la formation. Coloriste raffiné aimant les logues phrases fluides et chantantes mais capable de jouer un piano énergique, Faraò a signé plusieurs albums remarquables ces dernières années. Les plus recommandables : “Domi” en trio avec Darryl Hall et André Ceccarelli, et “Evan” disque dans lequel il a la bonne idée de réunir Joe Lovano, Ira Coleman et Jack DeJohnette.

Éloge de la vieillesse

-Larry Willis en duo avec Buster Williams le 27 et le 28 au Sunside. Plus âgé de deux ans que Williams qui est né en 1942, Willis appris le piano en autodidacte. Jackie McLean lui fournit un de ses premiers engagements. Il tient le piano dans “Right Now !” (1965), sa première apparition sur un disque. Plus de 300 suivront avant qu'il ne devienne, dans la seconde moitié des années quatre-vingt, le pianiste du sextette de Carla Bley dont le succès le fit connaître à un large public. La carrière de Buster Williams est tout aussi exceptionnelle. Membre des Jazz Crusaders et de la formation électrique d’Herbie Hancock (celle qui enregistre les sommets du genre que sont “Mwandishi”, “Crossings” et “Sextant”), il a également travaillé avec Woody Shaw, Ron Carter, Billy Hart et côtoyé les grands du jazz. Il se distingue à la contrebasse par sa maîtrise sonore, l’assise rythmique exceptionnelle qu’il apporte à la musique.

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Festival Sons d’Hiver : www.sonsdhiver.org

-New Morning : www.newmorning.com

 

Crédit Photos : René Urtreger © Philippe Marchin –  Laurent de Wilde © Sylvain Gripoix – Jeremy Pelt © Sally Pritchard – Emil Spanyi & Jean Bardy © Marc Ulrich – Eric Alexander © Gene Martin – Theo Bleckmann © Jörg Grosse Geldermann – Patrice Caratini © Nathalie Mazeas – Ambrose Akinmusire © R.R. Jones – Pierre Christophe © Sébastien Caverne – Chris Potter © Bart Babinsky / ECM – Antonio Faraò © Roberto Cifarelli – Vintage Orchestra, Aaron Goldberg, Larry Willis & Buster Williams © Photos X/D.R.

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