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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 09:27
Roy NATHANSON’S SOTTO VOCE : “Complicated Day” (Enja Yellowbird / Harmonia Mundi)

Saxophoniste, compositeur, enseignant, poète, acteur – pour Jim Jarmusch et Chantal Akerman notamment –, le new-yorkais Roy Nathanson, toujours dix fers au feu, choisit ici de mettre des paroles sur ses musiques, de célébrer la voix, les voix des musiciens de Sotto Voce, sextette qu’il créa en 2006. Ce n’est pas la première fois qu’il enregistre un disque qui met des chanteurs en valeur. On se souvient peut-être de l’album “In Love” des Jazz Passengers, formation fondée par ses soins en 1987. Produit par Hal Willner, il réunit nombre de vocalistes dont Bob Dorough, Jimmy Scott, Jeff Buckley et Deborah Harry. Le groupe tourna en Europe et aux Etats-Unis l’année suivante, Elvis Costello rejoignant parfois sur scène la chanteuse de Blondie. En 2008, Susi Hyldgaard confia ses chansons à Nathanson pour qu’il lui arrange un album. Enregistré avec le NDR Big Band, Roy co-dirigeant l’orchestre avec Dieter Glawischnig, son chef attitré, “It’s Love We Need” reste une incontestable réussite. Ce n’est donc pas vraiment une surprise si dans “Complicated Day”, les voix deviennent aussi importantes que les musiques qui les habillent. Elles portent les textes de Roy, ses chansons, ses poèmes qui ici se récitent, se lisent – les paroles sont reproduites dans le livret – et se chantent. Mis à contribution, les musiciens du groupe assurent les parties vocales, chœurs ou lead selon les plages, Nathanson se chargeant lui-même de Simon, No Storytelling et On a Slow Boat to China que Frank Loesser composa en 1948. L’amateur de jazz un tant soit peu cultivé en connaît la version qu’en donna Benny Goodman la même année. Ella Fitzgerald bien sûr le chanta. Autres reprises : Do Your Thing d’Isaac Hayes chanté superbement par Napoleon Maddox responsable des boîtes à rythmes, et I Can See Clearly Now, un morceau de Johnny Nash choisi et arrangé par Tim Kiah, le bassiste du groupe. Les instruments en soulignent les mots, les mettent en perspective. No Storytelling et World of Fire qu’Ornette Coleman aurait pu signer, sont introduits par une fanfare. And contient une large séquence instrumentale. Saxophone alto, soprano ou baryton (Roy Nathanson), trombone (Curtis Folkes), guitare ou banjo (Jérôme Harris), violon (Sam Bardfeld) et le propre fils de Roy, Gabriel Nathanson, à la trompette dans I Can See Clearly Now, l’instrumentation singulière jette un pont entre le jazz traditionnel et le free jazz, pâte sonore chaude et levée à point que n’enferme pas des barres de mesure trop rigides. Ajoutons une pincée de country à la musique malicieuse qu’offre ici le groupe, de vraies chansons, des mélodies qui restent en mémoire, ce disque festif et lyrique étant bien sûr recommandé.

En concert le 11 avril à Bobigny (MC93) dans le cadre du festival Banlieues Bleues.

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Chroniques de disques
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