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27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 09:19
Jerry LÉONIDE : “The Key” (ACT / Harmonia Mundi)

Je ne savais rien de Jerry Léonide avant qu’un attaché de presse avisé (merci Sébastien) me fasse parvenir cet album, le premier qu’il enregistre en dehors de Maurice, son île natale. Il y est né en 1984 et vit en France depuis 11ans. Enregistré au Studio de Meudon grâce au soutien financier de la Montreux Jazz Artists Foundation, “The Key”, l’une des belles découvertes de cette année qui s’achève, révèle un pianiste virtuose en pleine possession de ses moyens. Loin d’exhiber sa technique, Léonide assure la primauté du discours musical, impose des rythmes et mélodies qu’il porte en lui depuis sa jeunesse. Longue fut la gestation de cet album, voyage au sein de l’africanité de Maurice et qui réunit avec bonheur jazz et séga, la danse traditionnelle de l’île, mais aussi une musique jouée à toutes les fêtes. Musique des esclaves africains conduits à Maurice pour travailler dans les plantations, le séga subit au XIXe l’influence des quadrilles que dansaient les Français et leurs familles. Léonide nous la propose sous une forme moderne et jazzifiée. Confié au mauricien Jhonny Joseph qui apporte une grande variété de rythmes, la batterie remplace ainsi la ravane, tambour taillé dans du bois de goyave et recouvert de peau de chèvre. Un autre mauricien, Gino Chantoiseau, assure brillamment la contrebasse et Linley Marthe, lui aussi originaire de l’île, musicien qui fut l’un des premiers que le pianiste rencontra lorsqu’il arriva à Paris, tient la basse électrique dans Rue de Paris, le disque réunissant de nombreux invités. La formation de base, un quintette, comprend Sylvain Gontard au bugle et Vincent Lê Quang au saxophone soprano. Souvent joués à l’unisson, leurs instruments exposent les thèmes et s’offrent des improvisations qui s’inscrivent dans la tradition du jazz. Près d’eux, le piano ornemente, dialogue, improvise et parvient à placer d’élégants voicings, de chaudes couleurs harmoniques sur des vraies mélodies qui vous trottent dans la tête. Jerry Léonide les fait également chanter par des voix. Fannie Klein assure les chœurs dans Dodo Baba et Black River Road, morceau également confié à la voix chaude et colorée de Woz Kaly, chanteur sénégalais né à Dakar qui renforce l’africanité de la pièce. Ne manquez pas ce disque : un magnifique pianiste porte et révèle un florilège de compositions solaires et inspirées.

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Chroniques de disques
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