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22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 09:39
Gary PEACOCK Trio : “Now This” (ECM / Universal)
Gary PEACOCK Trio : “Now This” (ECM / Universal)

Accaparé par le trio de Keith Jarrett qui semble aujourd’hui avoir cessé toute activité, Gary Peacock fut loin d’être inactif dans les années 2000 malgré une relative mise en sommeil de Tethered Moon réunissant le pianiste Masabumi Kikuchi et le batteur Paul Motian autour de sa contrebasse. Peacock a surtout beaucoup joué avec Marc Copland, qui tient le piano dans “Now This”. Joey Baron complète le trio à la batterie.

Marc Copland
Marc Copland

Marc Copland s’appelle encore Marc Cohen lorsqu’il enregistre en 1988 “My Foolish Heart”, son premier album. Gary Peacock en est le bassiste. Édité sur le label Jazz City, il inaugure une longue et fructueuse complicité entre les deux musiciens. Marc fait souvent appel à lui lorsqu’il se rend en studio. Outre plusieurs disques en trio, deux opus en duo naissent de leur collaboration. Produit par Philippe Ghielmetti pour Sketch, le plus ancien, “What It Says”, date de 2002. Il contient Vignette et Requiem, tous deux au répertoire de “Now This”. Peacock les a souvent enregistrés. Vignette reste sa composition la plus célèbre. Elle apparaît pour la première fois dans “Tales of Another”, un enregistrement de 1977 réunissant Gary Peacock, Keith Jarrett et Jack DeJohnette, les musiciens du futur « Standards Trio » du pianiste. Requiem figure également sur plusieurs albums du bassiste. Enregistré à Tokyo le 5 avril 1971 avec Masabumi Kikuchi, “Voices” (CBS / Sony) en offre la toute première version. “Now This” renferme deux autres thèmes que Gary affectionne. Gaia (parfois orthographié Gaya) apparaît dans “Triangle” un disque de Tethered Moon, et dans “Oracle”, une de ses deux rencontres avec Ralph Towner. Egalement enregistré par Tethered Moon, Moor est au répertoire de plusieurs disques ECM. Sa version la plus célèbre reste celle que l’on trouve dans “Paul Bley With Gary Peacock”, un des premiers albums que publia la firme munichoise.

Gary Peacock
Gary Peacock

On le constate ici, le bassiste revient souvent sur ses œuvres. Marc Copland fait de même. Tous deux remodèlent leurs créations, en livrent des esquisses qu'ils réinventent périodiquement. Ils n’aiment guère répéter, préfèrent improviser, se lancer. La qualité exceptionnelle de leur écoute permet de prendre des risques, de se mettre en danger. A la suite de Scott LaFaro trop tôt disparu, Gary Peacock, quatre-vingts ans cette année, fut l’un des premiers musiciens à utiliser la contrebasse comme instrument mélodique. Jouer avec Paul Bley lui offrit un grand espace de liberté. Derrière Albert Ayler dont il accompagna le souffle tumultueux, il put librement inventer, donner forme et cohérence à l’art brut et novateur, le céleste chaos du saxophoniste. Concepteur d’harmonies fines, Marc Copland n’a rien en commun avec le grand Albert mais le piano de Paul s’entend dans sa musique. Auteur d’une vingtaine d’albums dont plusieurs sont des incontournables, il est l’un des rares pianistes du jazz moderne qui possède un langage vraiment original. Marc hypnotise par ses voicings, son phrasé aux notes tintinnabulantes et liquides, diffractées comme si un miroir invisible en renvoyait l’écho. Son jeu de pédales leur apporte des couleurs délicates et brumeuses, donne une large palette de nuances à ses harmonies flottantes. Shadows, mais aussi This qu’introduit longuement la contrebasse, bénéficient de ses notes rêveuses.

Joey Baron
Joey Baron

Comme sous l’emprise d’un charme, la musique ondule, tangue comme un avion en plein ciel, un navire en mer. Confiée à trois solistes constamment à l’écoute les uns des autres, elle bouge, se transforme, recherche l’aventure. Véloce et expressive, la contrebasse improvise, converse librement avec le piano, prend souvent la parole. Vibrations métalliques des cymbales, peaux de tambours tantôt caressées, tantôt frappées, Joey Baron colore l’espace sonore, donne de la musicalité, du chant à ses rythmes aérés. Compositeur, il apporte Esprit de Muse, une pièce abstraite qu’il bruite aux balais. Construit sur la répétition d’un court motif mélodique, Noh Blues, l’un des deux thèmes de Copland, se métamorphose au gré des voix qui le traversent. En libérant la contrebasse de sa fonction rythmique, Scott LaFaro lui fit prendre le grand tournant de la modernité. Gary Peacock reprend Gloria’s Step, sa plus célèbre composition. Son instrument chante et le fait sacrément bien.

Photos © Eliott Peacock

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Chroniques de disques
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