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28 septembre 2015 1 28 /09 /septembre /2015 09:50
Chi va piano, va sano

Qui va doucement, va sûrement : cette maxime s’applique bien à Antonio Faraò et à Enrico Rava qui jouent une musique souvent modale. Ralentissant le rythme harmonique, elle laisse une grande liberté, un large espace aux solistes. Italiens tous les deux, Faraò et Rava ont été influencé par Miles Davis qui en 1959 avec “Kind of Blue” fut le premier jazzman à libérer l’improvisation des accords. Dans “Boundaries”, Antonio Faraò reprend des thèmes d'Herbie Hancock et de Tony Williams, compagnons de Miles dans une aventure mélodique qui dura plusieurs années. Quant à Enrico Rava, il est devenu trompettiste après avoir entendu dans sa jeunesse un concert de Miles à Turin. Tous deux sortent de nouveaux albums. En voici les chroniques.

Chi va piano, va sano

Antonio FARAÒ :

“Boundaries” (Verve / Universal)

-Après “Domi” (2011), en trio avec Darryl Hall et André Ceccarelli et “Evan” (2013) qui réunit Joe Lovano, Ira Coleman et Jack DeJohnette, le pianiste Antonio Faraò continue de nous séduire par un jazz souvent modal au lyrisme très convaincant. “Boundaries” rassemble un quartette de musiciens italiens qui nous sont familiers. Collaborateur occasionnel de Richard Galliano, Mauro Negri a également travaillé avec Enrico Rava et Aldo Romano, enregistrant plusieurs disques avec eux (“Just Jazz” d’Aldo en 2008). Il délaisse ici la clarinette, lui préférant des saxophones ténor et soprano. Faraò retrouve Martin Gjakonovsky, un bassiste avec lequel il joue souvent. Mauro Beggio, le batteur, a également accompagné Rava, mais aussi Enrico Pieranunzi, Franco d’Andrea et Stefano Bollani.

Chi va piano, va sano

Dès Boundaries,la première plage qui donne son nom à l’album, la musique évoque le second quintette de Miles Davis, lorsque Wayne Shorter, Herbie Hancock, Ron Carter et Tony Williams entouraient le trompettiste. Une musique vive, brillamment sous tension en résulte. L’influence d’Hancock est bien sûr perceptible dans les choix harmoniques de Faraò qui n’hésite pas à reprendre son Maiden Voyage, à lui apporter un nouvel arrangement qui modifie son balancement et le rend très différent. Hand Jive de Williams que l’on trouve dans “Nefertiti”, un des plus beaux fleurons de la discographie de Miles, est également au programme d’un album qui est loin d’un pastiche davisien. Mauro Negri ne cherche nullement à jouer comme Shorter et la rythmique aussi souple que percutante, apporte ses propres tempos et personnalise autrement la musique. Le pianiste a composé les autres thèmes de l’album. Coolfunk et Not Easy, pièces dans lesquelles Luigi Di Nunzio se joint au quartette au saxophone alto, le montre plus énergique que d’habitude. Il attaque ses notes avec une agressivité inhabituelle, leur donne swing et intensité. My Sweetness résume bien le piano de Faraò : un beau toucher, un phrasé fluide, des harmonies raffinées. Avec lui, point de notes inutiles mais une technique toujours au service d’une ligne mélodique qui se laisse tendrement fêter.

Chi va piano, va sano

Enrico RAVA Quartet

+ Gianluca PETRELLA : “Wild Dance” (ECM / Universal)

-Enrico Rava sait bien s’entourer. Après avoir bénéficié des pianistes Stefano Bollani puis du jeune Giovanni Guidi, grand espoir du jazz transalpin, le trompettiste travaille depuis deux ans avec un nouveau quartette comprenant le guitariste Francesco Diodati et le batteur Enrico Morello. Le bassiste de la séance Gabriele Evangelista est une vieille connaissance, de même que le tromboniste Gianluca Petrella qui fut membre à part entière du quintette de Rava avant de poursuivre une carrière sous son nom. Présent dans de nombreuses plages, principal soliste dans F. Express, un des grands moments de l’album, il apporte une voix bienvenue, tant dans l’exposé de certains thèmes à l’unisson avec la trompette (Infant, une des courtes pièces qui relève du bop ; Wild Dance, morceau de forme chorale) que dans les dialogues que s’offrent leurs instruments, le trombone fournissant dans Not Funny un habile contrepoint à Rava. Loin d’enfermer les solistes dans des structures rigides, la section rythmique très souple, leur donne beaucoup d’espace, assure une pulsation régulière qui sied au tempo rubato des solistes.

Chi va piano, va sano

Simples, souvent mélancoliques, les compositions de Rava font aussi part belle à sa trompette. Dans les ballades, (Diva qui ouvre l’album), l’instrument chante sur les nappes sonores que crée la guitare. Musicien habile, Francesco Diodati sait varier ses effets et apporte bien des couleurs à la musique. Un long chorus lui est dévolu dans Space Girl construit sur une courte phrase mélodique servant d’ostinato. Dans Overboard, il étire longuement ses notes, le sustain qui les prolonge les plongeant dans le rock. Co-signée par tous les musiciens, Improvisation, la pénultième pièce de l’album, témoigne de la complicité qui les unit. Trompette et trombone mêlent leurs timbres, croisent et décroisent leurs lignes mélodiques, créant un va-et-vient de sonorités fugitives. Presque tous les morceaux ont d’ailleurs été enregistrés en une seule prise, ce qui leur donne une fraîcheur appréciable.

PHOTOS : Antonio Faraò Quartet © Carlo Cantini - Enrico Rava © Andrea Boccalini

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Chroniques de disques
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