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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 10:11
Joe Castro : fidèlement jazz

Oublié sauf des amateurs de Jazz West Coast, le pianiste Joe Castro réapparaît aujourd’hui grâce à la publication chez Sunnyside (distribué en France par Naïve) de “Lush Life, A Musical Journey” un coffret de six CD(s) entièrement constitué d’inédits. On le doit à Daniel Richard, infatigable chercheur de trésor explorant la jazzosphère en quête de précieuses pépites. Qu’il en soit remercié.

Joe Castro : fidèlement jazz

Joseph Armand Castro naquit en 1927 dans une obscure ville minière de l’Arizona. Installé en Californie, il parvint à se faire un petit nom dans le milieu du jazz de San Francisco, mais c’est après son service militaire que le destin lui sourit. En 1951, lors d’une tournée qu’il effectuait à Hawaï avec 3 Bees and a Queen, un groupe dont Ralph Peña fut un temps le bassiste (la chanteuse que l'on voit sur la photo en est Treasure Ford), il rencontra Doris Duke, unique héritière de James Buchanan Duke, magnat du tabac et de l’énergie électrique, la femme la plus riche du monde, à l’époque deux fois mariée et divorcée (son second mari était le diplomate et séducteur Porfirio Rubirosa). La liaison qu’il eut avec elle améliora nettement son ordinaire.

Joe Castro : fidèlement jazz

Occupant les somptueuses résidences de sa compagne, le pianiste y réunit souvent ses amis musiciens. En 1953, Doris Duke acquit Falcon Lair, la maison de Rudolph Valentino à Beverly Hills, et y installa un studio d’enregistrement. Surplombant le garage, la salle de musique contenait un Steinway de concert. Joe put ainsi jouer et enregistrer sa musique et les nombreuses jam sessions qui s’y déroulaient. Duke Farms, la propriété que Doris possédait dans le New Jersey fut également équipée pour des enregistrements. Doris finança également un label, Clover Records. Joe en assurait la direction artistique. De nombreuses heures de musique furent conservées, mais Clover ne publia qu’un seul album du pianiste, “Lush Life”, le dernier des trois disques qu’il édita sous son nom.

Joe Castro : fidèlement jazz

Après le décès de Joe Castro à Las Vegas en 2009, son fils cadet, James et Daniel Richard réunirent photos et documents sonores, se penchèrent sur des centaines de bandes magnétiques afin d’éditer ce premier coffret qui couvre la période 1954 - 1966. D’autres disques également inédits seront publiés en CD et en téléchargement, ce coffret Sunnyside ne constituant qu’une petite partie du matériel retrouvé.

Joe Castro : fidèlement jazz

Enregistrées à Falcon Lair au cours de l’été 1954, “Abstract Candy” (disque 1) réunit deux longues jam sessions. La première, en deux parties rassemble autour du pianiste John Anderson (trompette), Buddy Collette (flûte et clarinette), Buddy Woodson (contrebasse) et Chico Hamilton (batterie). Également improvisée et intitulée Abstract Sweet, la seconde réunit Hamilton, Castro et le bassiste Bob Bertaux.

Joe Castro : fidèlement jazz

Joe Castro ne participe pas à “Falcon Blues”, le second disque de ce coffret enregistré à Falcon Lair en 1955 et à Duke Farm en 1956. Teddy Wilson (photo) en est le pianiste et ses notes ont la légèreté, l’élégance aérienne des pas d’un danseur. En trio, mais surtout en quartette, un Stan Getz impérial (en 1955) et un Zoot Sims éblouissant (en 1956) se succèdent au saxophone ténor dans un répertoire de standards bénéficiant, comme ailleurs, d’une très bonne prise de son.

Joe Castro : fidèlement jazz

Sous le nom de “Just Joe” (disque 3) sont regroupées deux sessions enregistrées à Duke Farm les 4 et 5 février 1956. Au piano Joe Castro associe des lignes mélodiques raffinées à un jeu plus dur hérité des boppers, mais surtout Oscar Pettiford (en photo avec Joe Castro) tient la contrebasse et on mesure en l’écoutant le fossé qui le séparait de ses confrères sur le même instrument. Ses improvisations mélodiques sont pur bonheur et une leçon pour les bassistes d’aujourd’hui qui prennent trop souvent des chorus hors sujet. Pettiford est une exception, car à l‘époque le bassiste, pilier de l’édifice rythmique, est d’abord au service des solistes. Bon ami de Castro, il livre ici une version magistrale de Tricotism, un de ses thèmes les plus célèbres. Quatre des cinq plages enregistrées le 5 réunissent deux géants du saxophone : Zoot Sims et Lucky Thompson dont la sonorité exquise illumine ces sessions.

Joe Castro : fidèlement jazz

Après avoir travaillé en trio dans les clubs de New York, Joe Castro retrouva Los Angeles en 1958 et y créa un quartette avec Teddy Edwards au saxophone ténor, Leroy Vinnegar à la contrebasse et Billy Higgins à la batterie. Les musiciens travaillaient leurs morceaux à Falcon Lair et de nombreux thèmes y furent enregistrés. “Feeling the Blues” (disque 4) en rassemble une dizaine. C’est avec ce groupe que Joe enregistra en 1960 pour Atlantic “Groove Funk Soul”, son second disque, et l’année suivante sous le nom de Teddy Edwards la moitié de “Sunset Eyes” pour Pacific Jazz et “Teddy’s Ready !” pour Contemporary. Grand technicien, saxophoniste à la sensualité toute féline, Edwards excelle dans le blues, mais aussi dans les ballades. Autumn leaves « in progress », avec faux départs et prises avortées, en donne un aperçu.

Joe Castro : fidèlement jazz

On retrouve Teddy Edwards dans les rangs du big band que Joe Castro mit sur pied en février 1966 pour “Funky Blues” (disque 5), un album destiné à paraître sur Clover Records, mais qui ne vit jamais le jour. Le pianiste en écrivit lui-même les arrangements et chargea le trompettiste Al Porcino de rassembler des musiciens et de coordonner les séances d’enregistrements. Quatre sessions furent organisées à Hollywood, les deux premières aux Studios United Recorders le16 février et le 2 mars, les deux dernières au Studio RCA Victor le 27 mai. De nombreux musiciens de l’orchestre nous sont familiers. Conte Candoli et Stu Williamson apparaissent dans la section de trompette et Franck Rosolino dans celle des trombones. Anthony Ortega, Bob Cooper et Teddy Edwards en sont les principaux saxophonistes, la section rythmique comprenant Howard Roberts ou Ron Anthony à la guitare, Leroy Vinnegar à la contrebasse, Larry Bunker ou Clarence Johnston à la batterie. Si Castro en est l’un des principaux solistes, il accorde beaucoup de place à Edwards qui intervient dans ses propres compositions et dans celles, nombreuses, de Vinnegar, grand spécialiste de la walkin’bass qui, en décembre 1960 et en janvier 1961, se produira avec Castro et le batteur Charles Bellonzi (photo) au Mars Club de Paris.

Joe Castro : fidèlement jazz

Teddy Edwards (photo) est également à l’honneur dans “Angel City” (disque 6), un album du saxophoniste que Clover aurait dû éditer mais qui resta à l’état de bandes magnétiques. Edwards en écrivit les arrangements et l’enregistra en tentet au Sunset Sound Studio d’Hollywood, le 1er mars et le 4 mai 1966, Jack Wilson remplaçant Joe Castro au piano lors de cette seconde séance. Son originalité est liée à la présence d’un quatuor de trombones qui, associée à la trompette de Freddie Hill, donne à l’orchestre une sonorité spécifique. En grande forme, Teddy Edwards est le principal soliste d’un jazz aux riffs efficaces. Leroy Vinnegar et Carl Lott (batterie) assurent une rythmique musclée, Bear Tracks trempant même quelque peu dans le rock’n’roll.

Pour tout savoir sur Joe Castro, sa vie, son œuvre : www.joecastrojazz.com

 

PHOTOS : James Castro © George Hurrell / James Castro Collection – 3 Bees & A Queen © Romaine / James Castro Collection – James Castro & Doris Duke © James Castro Collection – Joe Castro (photo de presse) © James J. Kriegsmann / James Castro Collection – Teddy Wilson © photo X/D.R. – Joe Castro & Oscar Pettiford © Chuck Lilly / James Castro Collection  – Leroy Vinnegar, Charles Bellonzi & Joe Castro au Mars Club, Paris décembre 1960 © Jean-Philippe Charbonnier / James Castro Collection – Teddy Edwards © Ray Avery.

 

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Chroniques de disques
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