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26 janvier 2016 2 26 /01 /janvier /2016 08:18
Sorties tardives

Publiés peu avant les fêtes, ces deux albums n’ont pas bénéficié de chroniques. Le manque de temps, la mise en sommeil de ce blog en ont retardé l’écriture. Heureusement pour eux, peu de disques paraissent en janvier. Je peux donc vous en livrer mes commentaires enthousiastes.

Frédéric BOREY : “Wink” (Fresh Sound New Talent / Socadisc)

Sorties tardives

C’est en 2012 que j’ai découvert Frédéric Borey, l’année de son installation à Paris. Originaire de Belfort, professeur de saxophone à Bordeaux, il avait déjà enregistré plusieurs albums, lorsque “The Option” (Fresh Sound New Talent) parvint à mes oreilles. Je repérai un compositeur habile, un saxophoniste maîtrisant parfaitement ses instruments (ténor, soprano et alto). Dans “Wink”, point de compositions originales, mais un réel travail d’arrangeur, un souci constant de la forme dont bénéficient les standards, parfois méconnaissables, qu’il reprend, des œuvres de George Gershwin, Cole Porter (Get Out of Town), Bill Evans (Blue in Green) et quelques autres. Le guitariste Michael Felberbaum et le pianiste Leonardo Montana se partagent des chorus, mais c’est surtout le saxophone (ténor exclusivement), parfois doublé par la guitare dans l’exposition des thèmes, qui enthousiasme. Frédéric utilise des anches très dures, et joue sur un vieux Selmer de 1940. Est-ce l’écoute attentive de Joe Henderson, Stan Getz et Dexter Gordon qui a modelé sa sonorité ? J’aime le son suave et moelleux, doucettement mélancolique qu’il fait entendre dans Witchcraft, celui lyrique à souhait de sa relecture de My Man’s Gone Now. Affectionnant les tempos lents et médiums, il possède avec Yoni Zelnik à la contrebasse et Fred Pasqua à la batterie une section rythmique capable de swinguer efficacement. Elle le fait avec bonheur dans Our Love is Here to Stay et dans une reprise tonique de Boplicity. Négligeant les standards, les jazzmen se croient aujourd’hui obligés de remplir leurs albums de leurs compositions. Frédéric Borey fait ici le contraire et on ne peut que l’applaudir.

Enrico PIERANUNZI : “Proximity” (Cam Jazz / Harmonia Mundi)

Sorties tardives

Après deux albums en trio avec Scott Colley (contrebasse) et Antonio Sanchez (batterie) et un beau disque en duo avec le guitariste Federico Casagrande en 2015 (“Double Circle”), Enrico Pieranunzi change de partenaires et enregistre sans batteur avec un quartette américain. Deux souffleurs, Ralph Alessi à la trompette, au cornet et au bugle et Donny McCaslin aux saxophones ténor et soprano et la contrebasse, l’accompagnent. La contrebasse de Matt Penman s’ajoute à la formation pour assurer quelques chorus mélodiques, structurer une musique rythmiquement très libre. L’album s’ouvre sur un morceau particulièrement chantant dont le pianiste romain détient le secret. Dédié à Lee Konitz, un thème de bop tristanien introduit Sundays et sa mélodie aérienne que les musiciens reprennent à tour de rôle, Enrico sortant de son piano des notes trempées de miel. Il fait de même dans Within the House of Night, un thème exquis que déclinent avec tendresse le ténor et le bugle. Jouée au piano, une mélodie très simple et très belle accompagne leur dialogue. Mais avec eux, le pianiste renouvelle aussi son répertoire. Si les ballades sont nombreuses, les morceaux de bravoure le sont également dans la seconde partie du disque. Avec Proximity une composition de forme choral, les quatre hommes prennent des risques, plongent la musique dans un grand bain de dissonances. Le Maestro étonne par sa virtuosité espiègle dans Simul, un duo avec la trompette d’Alessi dont il assure la cadence. Five Plus Five qui conclut l’album ressemble à un thème d’Ornette Coleman. Sa ritournelle suffit à inspirer aux musiciens des improvisations abstraites mais toujours cohérentes.

Photo Frédéric Borey © Gildas Boclé

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Chroniques de disques
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