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15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 10:51
Giovanni GUIDI - Gianluca PETRELLA - Louis SCLAVIS - Gerald CLEAVER : “Ida Lupino” (ECM / Universal)

Un premier album en 2006 sur le label Venus, quatre autres sur Cam Jazz et enfin deux disques sur ECM parmi lesquels le remarquable “This Is The Day” en trio, l’un des 12 Chocs 2015 de ce blogdeChoc, ont suffi à placer Giovanni Guidi dans le peloton de tête des meilleurs pianistes italiens. Ses disques se suivent mais ne se ressemblent pas. Contrairement à “This Is The Day” dont les mélodies lumineuses interpellent, “Ida Lupino” fait entendre une musique plus introspective, un matériel thématique très largement improvisé que les musiciens réunis ici, tous sur la même longueur d’onde, rendent singulièrement inventif.

Giovanni GUIDI - Gianluca PETRELLA - Louis SCLAVIS - Gerald CLEAVER : “Ida Lupino” (ECM / Universal)

Bien que l’étroite complicité unissant le piano de Giovanni Guidi au trombone de Gianluca Petrella soit ici au cœur du dispositif orchestral, la présence de Louis Sclavis aux clarinettes et de Gerald Cleaver à la batterie est loin d’être anodine. Cleaver joue d’ailleurs sur un des meilleurs opus de Guidi, “We Don’t Live Here Anymore”, un enregistrement new yorkais offrant une musique très libre, proche de celle que contient ce nouvel album. Ida Lupino et Per i morti di Reggio Emilia, un thème de l’auteur-compositeur-interprète turinois Fausto Amodei en sont les seules pièces écrites. Presque tout le reste a été improvisé en studio bien qu’ici ou là surgissent parfois des airs, des mélodies préalablement existantes. Les musiciens ont spontanément créé et structuré ces morceaux plus ou moins abstraits, plus ou moins lyriques. Improvisation collective sans thème préétabli, No More Calypso relève même du free jazz. Things We Never Planned (« Choses que nous n’avons jamais planifiées ») est un titre explicite.

Giovanni GUIDI - Gianluca PETRELLA - Louis SCLAVIS - Gerald CLEAVER : “Ida Lupino” (ECM / Universal)

Si la dynamique, la résonance, la durée de chaque note lui importent toujours, Giovanni Guidi s’efface, laisse de la place au trombone, aux clarinettes de Sclavis. Ce dernier marque de son empreinte Just Tell Me Who It Was, une mélopée orientale, une danse que rythme un piano discret et une batterie très présente. La clarinette introduit aussi La Terra et expose la superbe mélodie d’Ida Lupino, un des plus beaux thèmes de Carla Bley que Paul Bley immortalisa. Le piano y tient un rôle modeste et les parties improvisées sont réduites au minimum. Interlocuteur privilégié du piano, le trombone y assure les contrechants. C’est à lui que sont confiés les chorus de What We Talk About When We Talk About Love, une pièce à la pulsation rythmique régulière. Dans Per i morti di Reggio Emilia, l’instrument multiplie les effets de growl. Probable hommage au saxophoniste argentin Gato Barbieri qui nous a quitté le 2 avril, Gato incite au recueillement. Le piano martèle une note grave comme pour sonner le glas. Le trombone monologue, pleure, et nous émeut. Le piano conclut seul par une mélodie aussi délicate qu’inattendue. Autre lamento, The Gam Scorpions met en valeur le délicat toucher du pianiste qui affirme un ample jeu mélodique. La batterie commente, pose des couleurs ; trombone et piano chantent de concert, se hissent au-delà des cimes. On est alors dans les étoiles.

Photos © Caterina di Perri / ECM Records

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Chroniques de disques
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commentaires

Emmanuelle Blanchet 07/10/2016 14:32

Autre actualité concernant Louis Sclavis : la réédition de son album Ellington on the air en vinyle par Ouch ! Records et en digital par Cristal Records. Sortie le 20 octobre.