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7 juillet 2017 5 07 /07 /juillet /2017 15:46
Adieu l'ami

Impitoyable faucheuse ! Après Philippe Adler et tant d’autres cette année, c’est Christian Bonnet qui s’en va là-haut retrouver nos chers et regrettés disparus. Claude Carrière me le présenta au début des années 90. Je préparais alors pour la Fnac Music la réédition des principaux enregistrements que John Hammond avait produit pour le label Vanguard. Né en 1945, Christian connaissait beaucoup mieux que moi ces disques historiques. Certaines faces de Jimmy Rushing comptaient beaucoup pour lui. Il les avait écoutées très jeune et en conservait pieusement le souvenir. Il travaillait place de l’Alma dans une agence de la Société Générale et c’est dans un restaurant proche de son bureau qu’il me remit des photocopies de toutes les pages concernant les années Vanguard du producteur, soit le 39ème chapitre de ses mémoires, “John Hammond On Record”, livre qui était alors difficile à trouver.

 

La rédaction de “Passeport pour le jazz” que j’écrivis un peu plus tard avec Philippe Adler fut une autre occasion de lui demander conseil. J’avais besoin de renseignements sur les grands orchestres de la « swing era » et il était parfaitement apte à me les fournir. Directeur de la collection Masters of Jazz, il rééditait depuis 1991 l’œuvre complète des grands de l’histoire du jazz. Une activité qu’il poursuivit avec BD Jazz puis avec la collection Cabu, ce dernier dessinant les pochettes. Saxophoniste, il joua pendant quarante ans dans les rangs du Swing Limited Corporation Big Band (SLC), orchestre dont Patrice Caratini fut un temps le bassiste. Ces dernières années, il possédait sa propre formation, le Black Label Swingtet pour laquelle il écrivait la plupart des arrangements. Membre de l’Académie du Jazz depuis 2009, il en devint le trésorier après la disparition de Jacques Bisceglia en 2013, réclamant patiemment aux retardataires leurs cotisations, s’occupant activement de cette institution.

 

D’humeur égale, Christian Bonnet ne se mettait jamais en colère. Diplomate, il ménageait les susceptibilités. Nos désaccords sur le jazz moderne, nos discussions passionnées sur la musique ne dégénéraient jamais en affrontements. Scrupuleusement honnête, il écoutait sur Deezer tous les disques appelés à concourir à l’Académie du Jazz. Nous avions depuis longtemps l’habitude de déjeuner ensemble tous les vendredi au Mékong près des arènes de Lutèce avec Francis Capeau, Philippe Etheldrède et Xavier « big ears » Felgeyrolles. Rejoint par Claude Carrière et occasionnellement par Philippe Coutant, notre petit groupe émigra au Petit Saigon, restaurant de la rue des Carmes que nous fit connaître Gilles Coquempot, présent lui aussi à nos agapes jazzistiques.

 

Très impliqué dans la bonne marche de la Maison du Duke, association qu’il présidait et dont il était également le trésorier, Christian Bonnet avait récemment contribué à rendre intelligible le message ducal en supervisant la traduction de “Music is my Mistress”, les mémoires de Duke Ellington. Opiniâtre, il était parvenu à les faire éditer en France, 43 ans après leur publication en Amérique. Sa disparition inattendue est douloureuse. Il laisse une veuve, deux fils et un grand vide. Je le vois encore à mon domicile où se réunissait souvent le Bureau de l’Académie, assis sur le fauteuil le plus solide dont je disposais car il était grand et possédait un physique athlétique comme le montre cette photo. Comment imaginer qu’il ne sera plus jamais avec nous lors de ces réunions conviviales qu’il ne manqua qu’une seule fois, la dernière, déjà appelé ailleurs, en une terra incognita dont personne n’est encore revenu.

 

Outre le décès à l’âge de 60 ans de Geri Allen, grande pianiste souvent présente dans ce blog – son disque “Flying Toward the Sound” (Motéma) fut un de mes 13 Chocs de 2010 –, j’apprends la disparition d’Alain Tercinet. Membre de l’Académie du Jazz, rédacteur et maquettiste de Jazz Hot pendant de longues années, collaborateur de Jazzman, Alain est l’auteur de plusieurs livres et de biographies remarquables – “Be-bop”, “Parker’s Mood”, “Stan Getz”. Sa contribution la plus importante à l’histoire du jazz reste son fameux “West Coast Jazz”, bible de tous les amateurs de jazz californien rééditée aux Éditions Parenthèses en 2015 dans une version modifiée et complétée. Alain signa également les notes de livret de la collection Jazz in Paris qu’Universal inaugura à l’automne 2000 et qui compte aujourd’hui plus de 130 références.

 

Comme chaque année, ce blog sera prochainement mis en sommeil jusqu’aux premiers jours de septembre. Vous en serez bien sûr avertis.          

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

-Originaire de Wilmington (Delaware) et depuis longtemps installée à Paris, Sarah Lazarus donne peu de concerts, enregistre parcimonieusement mais n’en est pas moins une grande chanteuse de jazz, une des meilleures. Pour vous en convaincre, écoutez “Short Trip, le dernier album du pianiste Vincent Bourgeyx. Les deux standards qui lui sont confiés comptent parmi les grands moments de ce très bel opus. I’ve Grown Accustomed To His Face a même rarement été aussi bien chanté. Le Sunside l’accueille le 8 juillet dans le cadre de la 26ème édition de l’American Jazz Festiv’Halles. Avec elle, Alain Jean-Marie au piano, Gilles Naturel à la contrebasse et Andréa Michelutti à la batterie. Personne ne s’en plaindra.

-Naguère batteur des groupes Weather Report et Steps Ahead, Peter Erskine a toujours recherché les aventures musicales. Ses quatre albums en trio pour ECM avec John Taylor et Palle Danielsson, ses deux opus avec Nguyên Lê et Michel Benita pour ACT et “Sweet Soul enregistré avec Joe Lovano, Kenny Werner et Marc Johnson sont de grandes réussites. Flirtant à nouveau avec la fusion, Erskine sera au Sunside le 11 avec The Dr. Um Band, formation avec laquelle il a enregistré deux albums. Le plus récent, “Second Opinion (Fuzzy Music), réunit Bob Sheppard (saxophone ténor), John Beasley (claviers) et Benjamin Sheperd (basses). Le batteur a fait le voyage avec eux. Ne manquez pas cette occasion inespérée de découvrir leur musique en concert.

-Laurent de Wilde et Ray Lema au Parc Floral de Vincennes (Espace Delta, 16h00) le 15 dans le cadre du Paris Jazz Festival. Se connaissant depuis longtemps, ils avaient toujours souhaité enregistrer ensemble. Ils l’ont fait l’an dernier, avec “Riddles” (Gazebo), duo de pianos dont la musique dansante associe avec bonheur rythmes et mélodies colorées. Le blues rencontre une mélodie traditionnelle du Sahel, une comptine se superpose à un ragtime de la Nouvelle Orléans. Le tango y croise le reggae. Dans cette invitation au voyage, l’Afrique y reste bien présente. Les cordes de son piano parfois enduites de Patafix, Laurent fait parfois sonner l’instrument comme un balafon. Loin d’un déluge de notes, la musique évite tout bavardage inutile et en sort constamment inventive.

-Le pianiste Joey Alexander au New Morning le 18 dans le cadre de son Festival All Stars. Né à Bali, ce jeune prodige de 14 ans a déjà enregistré deux albums sous son nom. Le premier contient une version époustouflante de Giant Steps. Beaucoup plus conséquent, “Countdown le second impressionne davantage. Émouvant dans ses ballades, éblouissant sur tempo rapide, l’adolescent possède une technique phénoménale et une vraie culture jazzistique. Les nombreux concerts qu’il donne à travers le monde lui ont permis de grandir, d’acquérir de l’assurance. On constatera les progrès accomplis en allant l’écouter rue des Petites-Écuries avec les musiciens de son trio, Alex Claffy à la contrebasse et Willie Jones III à la batterie.

-Buster Williams au Duc des Lombards le 19 et le 20 avec les musiciens de son quartette : Steve Wilson (saxophones), Georges Colligan (piano) et Kush Abadey (batterie). Né en 1942 dans le New Jersey, il reste l’un des grands bassistes de sa génération. Naguère membre des Jazz Crusaders et de la formation électrique d’Herbie Hancock (celle qui enregistra les sommets du genre que sont “Mwandishi”, “Crossings” et “Sextant”), il a joué avec les plus grands. Il possède une sonorité bien reconnaissable, tire de belles harmoniques de son instrument, la souplesse de son jeu de walking bass apportant une parfaite assise rythmique à la musique qu’il interprète.

-Le Gil Evans Paris Workshop au Sunside le 27. Les lecteurs de ce blog n’ignorent pas que Laurent Cugny a constitué il y a trois ans un nouvel orchestre de jeunes musiciens pour jouer la musique de Gil Evans et ses propres arrangements. Après une série de concert dans différents clubs de la capitale, la formation a fait paraître cette année un premier disque, deux CD(s) consacrés à des reprises de morceaux que Laurent affectionne (Lilia de Milton Nascimento), à des compositions d’Evans (Time of the Barracudas) ou à des arrangements de ce dernier, tel Spoonful du bluesman Willie Dixon qui donne son nom à ce premier double album. Un grand espace de liberté est laissé aux solistes – Antonin-Tri Hoang (saxophone alto), Martin Guerpin (saxophones soprano et ténor), Adrien Sanchez (saxophone ténor), Quentin Ghomari (trompette), Bastien Ballaz (trombone) pour n’en citer que quelques-uns – pour faire vivre et revivre une musique subtilement modernisée.  

-René Marie également le 27 le Duc des Lombards – deux concerts 19h30 et 21h30, ce qui permet aussi de se rendre au Sunside. Avec elle, les musiciens de son Experiment in Truth Band John Chin (piano), Elias Bailey (contrebasse) et Quentin Baxter (batterie) – qui l’accompagnent dans “Sound of Red”, son dernier album, un opus largement autobiographique dont elle a écrit toutes les chansons. C’est le meilleur disque de jazz vocal de l’an dernier. Éclectique, il s’ouvre à d’autres musiques, les racines musicales de la chanteuse la portant vers la soul, le blues, le gospel et le folk. Né à Séoul et excellent pianiste, John Chin assure offre à sa voix chaude et sensuelle de superbes harmonies. Très à l’aise sur une scène, René Marie, grande chanteuse de la grande Amérique subjugue et impressionne. Laissez-vous donc séduire.

-Le quatuor à cordes Supplément d’âme au Parc Floral de Vincennes (Espace Delta, 16h00) le 30. Il réunit depuis 2011 sous la houlette de Jean-Philippe Viret (contrebasse), Sébastien Surel (violon), David Gaillard (alto) et Éric-Maria Couturier (violoncelle). Au programme, de larges extraits de leur nouveau disque, “Les idées heureuses”, qui tourne autour de la musique de François Couperin. Car si certains morceaux s’inspirent de quelques-unes des pièces pour clavecin de Couperin, les autres sont des compositions personnelles aux mélodies séduisantes. Confiées à un quatuor à cordes dont le second violon est remplacé par une contrebasse, ce jazz de chambre mâtiné de musique baroque tient ses bienheureuses promesses.

-XIIème édition du festival Pianissimo en août au Sunside. Quelques concerts à ne pas manquer : Pierre de Bethmann et son trio le 8 avec Sylvain Romano (contrebasse) et Tony Rabeson (batterie) – Alain Jean-Marie et son Be Bop Trio le 17 et le 18 avec Philippe Aerts (contrebasse) et Lukmil Perez (batterie) – Fred Nardin et Jon Boutellier le 23 avec Patrick Maradan (contrebasse) et Romain Sarron (batterie) – René Urtreger en trio le 25 et le 26 avec Yves Torchinsky (contrebasse) et Eric Dervieu (batterie) – Tony Paeleman en quartette le 29 avec Julien Pontvianne (saxophone ténor), Nicolas Moreaux (contrebasse et Karl Jannuska (batterie) – Edouard Ferlet “Think Bach Opus 2” le 30.

-Sunset - Sunside : www.sunset-sunside.com

-Paris Jazz Festival : www.parisjazzfestival.fr

-New Morning : www.newmorning.com

-Le Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

 

Crédits Photos : Christian Bonnet © Pierre de Chocqueuse – Le Bureau de l'Académie du Jazz en janvier 2017 © Bénédicte de Chocqueuse – Sarah Lazarus © Olivier Humeau – Ray Lema & Laurent de Wilde © Jean-Baptiste Millot – Buster Williams © R. Cifarelli / Phocus – Jean-Philippe Viret  © Philippe Marchin – Pierre de Bethmann, Sylvain Romano, Tony Rabeson © Christophe Charpenel – Joey Alexander, Gil Evans Paris Workshop, René Marie © Photo X/D.R.

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Edito tout beau
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