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5 septembre 2017 2 05 /09 /septembre /2017 09:59
En marche

Septembre. L’air un peu plus frais fait du bien aux bronches. Les marcheurs respirent mieux. Certains marchent à l’ombre, d’autres à droite. Même la République s'est mise à marcher. Il était temps ! C’est toutefois la gauche qui a le plus d’expérience dans ce domaine. Leurs longues marches à pied les dispensent de tout régime. Excellentes pour l’hygiène générale, elles réduisent les toxines et musclent les jambes. Les Insoumis qui la pratiquent assidûment nous promettent une rentrée sportive. De longs déplacements les verront battre interminablement les pavés parisiens. De bonnes chaussures sont conseillées. Attention aux attaques des indiens, aux piqûres de moustiques. Le chameau de bât est recommandé pour les très longs trajets. Le Paris - Caracas formellement déconseillé. Leur « líder máximo » ne marche pas sur l’eau.  

 

La grande majorité des français aspire toutefois à une rentrée plus calme, à des chants moins guerriers. Elle se fait à petits pas, doucement, tout doucement car, bien qu’un peu voilé, le soleil brille encore dans le bleu du ciel et invite à sortir. L’amateur de jazz en profite pour voler encore un peu de temps au temps avant de reprendre son travail, ses habitudes. Propice à des plongées dans la musique, la période estivale m’a donné l’occasion de réécouter des œuvres classiques. Les “13 Barcarolles” et les “Nocturnes” de Gabriel Fauré, mais aussi son “Second quintette pour piano et cordes opus 115” dont le troisième mouvement, une andante moderato, est une page admirable de la musique française. Se replonger dans Brahms (ses “10 Intermezzi pour piano” par Glenn Gould, disque que me fit connaître le pianiste Guillaume de Chassy), dans les quatuors à cordes méconnus de Carl Nielsen et de Joseph-Ermend Bonnal, (ce dernier écrivit aussi sous pseudonyme des pièces de ragtime), ou dans les œuvres pour piano de Jean Cras et de Gabriel Dupont (“Les Heures Dolentes”) procure un bonheur indicible.

 

Je n’en ai pas pour autant négligé le jazz, me penchant sur quelques disques déjà anciens de Tethered Moon. Seul survivant de ce trio qui comprenait les regrettés Masabumi Kikuchi et Paul Motian, Gary Peacock publie chez ECM “Tangents”, un des grands disques de cette rentrée. Très présente, sa contrebasse n’a jamais été aussi bien enregistrée. À la batterie, Joey Baron colore subtilement une musique que le piano de Marc Copland rend étonnamment abstraite. Vous lirez ma chronique de cet album dans le numéro de septembre de Jazz Magazine. Les sorties de disques se faisant plus rares, l’été m’a également permis de redécouvrir quelques trésors de ma discothèque. Parmi eux, “Dreamer” du pianiste Russ Lossing, un de ses premiers opus ; “Line On Love” du saxophoniste Marty Ehrlich (avec Craig Taborn au piano), un enregistrement de 2002 que Gilles Coquempot (Crocojazz) me fit découvrir ; “First Meeting” du bassiste Miroslav Vitous et “Illusion Suite” de Stanley Cowell, deux vinyles ECM. À l’heure du triomphe des musiques invertébrées, de la sous-culture de masse, jazz et classique sont des chefs-d’œuvre en péril dont il semble urgent de conserver la mémoire. Souhaitons qu’ils ne soient pas oubliés. 

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

-Jazz à La Villette 2017 : il y en a pour tous les goûts, le festival, largement ouvert à toutes sortes de musiques se poursuivant jusqu’au 13 septembre. Le 8, Laurent de Wilde retrouve son complice Ray Lema à la Cité de la Musique (20h00) pour un duo de piano au sommet. Ils ont enregistré un bien beau disque l’an dernier, mais leurs concerts leurs permettent d’aller plus loin, d’associer plus étroitement encore rythmes et mélodies colorées, d’exprimer librement les musiques qui leur trottent dans la tête. – Le dimanche 10, Dianne Reeves (photo) s’offre la Grande Halle de La Villette (19h00). La chanteuse reste une valeur sûre du jazz afro-américain. Une déjà longue et fructueuse carrière en témoigne. – Le 12, Archie Shepp, 80 ans, est attendu à la Philharmonie (20h00). Un duo avec le pianiste Jason Moran constituera la première partie de son concert. Puis, Olivier Miconi (trompette), Amina Claudine Myers (orgue et piano), Wayne Dockery (contrebasse), Hamid Drake (batterie) et un chœur entoureront le saxophoniste dans un hommage au gospel. Si vous supportez mal et les fausses notes (et Shepp en joue beaucoup), allez plutôt écouter la veille (le 11) à la Cité de la Musique (20h00) le New Jawn Quartet de Christian McBride, admirable bassiste dont le jazz moderne reste ancré dans la tradition. Avec lui au sein d’un quartette sans piano, deux souffleurs expérimentés : Josh Evans (trompette) et Marcus Strickland (saxophone), une vieille connaissance. A la batterie, Nasheet Waits est également bien connu des amateurs de jazz. Avec McBride, il forme une paire rythmique éblouissante qui donne des ailes à la musique.

-Musicien trop discret, Vincent Bourgeyx est attendu au Duc des Lombards les 18 et 19 septembre (19h30 & 21h30). Avec lui, les musiciens de “Short Trip (Fresh Sound), son dernier album, un disque de jazz comme on aimerait en entendre souvent. Matt Penmann (James Farm) à la contrebasse, Obed Calvaire (souvent avec Monty Alexander) à la batterie, mais aussi David Prez, le saxophoniste de la séance, deux plages de “Short Trip bénéficiant également de la chanteuse Sara Lazarus. Très à l’aise avec le blues, le pianiste, pose de belles couleurs sur une musique dont il connaît l’histoire et qui n’a pour lui plus de secrets, un jazz moderne imbibé de swing et de notes bleues mais aussi lyrique et tendre comme en témoigne les ballades qu’il transcende, arc-en-ciel de son répertoire éclectique.

-Anne Ducros et Christian Escoudé au Sunset les 22 et 23 (21h00). Avec ces deux là, on est sûr de passer une soirée inoubliable, voire deux, leur association inédite se poursuivant deux soirs. Cela fait des années que Christian fait chanter sa guitare. Quant à Anne, c’est la meilleure de nos chanteuses de jazz : une diction parfaite, un scat éblouissant mais aussi une manière unique de faire vivre les textes des chansons qu’elle reprend. Dans “Brother, Brother !”, son dernier disque, elle revisite des morceaux qu’elle apprécie depuis longtemps, des thèmes associés à Marvin Gaye, Sting, Joe Cocker, mais aussi à Juliette Gréco (Déshabillez moi) et à Yves Montand (La bicyclette), la bonne chanson française restant un vivier de mélodies inoubliables.

-Pianiste des deux derniers albums du trompettiste Avishai Cohen, un artiste ECM, Yonathan Avishai enregistre les siens avec ses musiciens et poursuit une fructueuse carrière sous son nom. Après “Modern Time” réalisé en trio, il a étoffé sa formation et enregistré l’an dernier un disque étonnant, “The Parade, nous menant dans les Caraïbes et à la Nouvelle-Orléans, un voyage au sein duquel son jeu de piano minimaliste aère un jazz raffiné au swing entêtant. Au Sunside le 23 (21h30), la chanteuse Monique Thomas rejoint sa formation habituelle, un quintette comprenant César Poirier (clarinette et saxophone alto), Yoni Zelnik (contrebasse), Donald Kontomanou (batterie) et Inor Sotolongo (percussions).

 

-Aldo Romano au Triton le 23 (21h00) avec Michel Benita à la contrebasse et Dino Rubino, pianiste à propos duquel le batteur ne tarit pas d’éloges. Les trois hommes ont enregistré au Triton un nouvel album “Mélodies en Noir & Blanc” dont ils fêtent la sortie. Aldo y reprend des titres de son répertoire, Song for Elis qu’il écrivit à la mémoire d’Elis Regina, Inner Smile qui donne son nom à un de ses albums, Dreams and Water qu’il enregistra plusieurs fois, la première en 1991 pour Owl Records, « (…) des morceaux que j’ai composés il y a un certain temps. Le temps passe, la musique reste, intemporelle. Intemporelle comme la chanson de Gérard Manset Il voyage en solitaire, que je chante ici mais qui chante en moi depuis la première fois que je l’ai entendue. »

-Habitué du Duc des Lombards – il y donna deux concerts en juin dernier –, le pianiste Dominique Fillon retrouve son club préféré les 26 et 27 septembre (19h30 et 21h30) pour rendre hommage à Al Jarreau, décédé cette année le 12 février à Los Angeles. Les musiciens de son trio habituel, Laurent Vernerey à la contrebasse (il joue dans l’électrique “Born in 68” publié en 2014, dernier disque à ce jour de Dominique) et Francis Arnaud à la batterie (présent dans “As It Comes”, un autre disque acoustique de Dominique), se verront rejoindre sur scène par le saxophoniste Yannick Soccal le 26 et le trompettiste Sylvain Gontard le 27.

-Jeremy Pelt au Sunside le 29 et le 30 pour souffler les notes brûlantes d’un bop moderne qu’il revendique et qu’il cisèle comme un orfèvre. Véloce et inspiré, ce trompettiste est un sculpteur de sons, des sons éphémères mais porteurs de swing et de lumière. Naguère membre du Mingus Big Band, du Roy Hargrove Big Band et du Village Vanguard Orchestra, accompagnateur de Nancy Wilson et des pianistes Cedar Walton et John Hicks, cet habitué du Festival Jazz en Tête a enregistré une dizaine de disques sous son nom. Victor Gould (piano), Vicente Archer (contrebasse), Jonathan Barber (batterie) et Jacquelene Acevedo (percussions) seront avec lui sur la scène du Sunside.

-Le samedi 30, dans le cadre de l’émission Jazz sur le Vif, le Studio 104 de Radio France fêtera les 20 ans du Jazz Ensemble, formation du contrebassiste Patrice Caratini. Des variations autour de la musique de Louis Armstrong en 1998 (“Darling Nellie Gray”), des chansons de Cole Porter en 2000 (“Anything Goes”), de la musique des îles (“Chofé biguine la” en 2001 et “Latinidad” en 2009), mais aussi des programmes consacrés à André Hodeir, au tandem Miles Davis / Gil Evans (“Birth of the Cool”), à Charles Mingus (“The black Saint And The Sinner Lady”), sont quelques-unes des créations / recréations que le Jazz Ensemble nous a offert en deux décennies. Cet anniversaire, Patrice le partagera bien sûr avec les musiciens d’un orchestre qui en a vu passer beaucoup. Parmi eux, les trompettistes Claude Egea et Pierre Drevet, le tromboniste Denis Leloup, les saxophonistes Matthieu Donarier et André Villéger, les pianistes Alain Jean-Marie et Manuel Rocheman. À la batterie Thomas Grimmonprez et Sara Lazarus aura mission des parties vocales. Je ne vous donne pas le nom du contrebassiste. C’est à 20h30 le 30 septembre. En trio, Matthieu Donarier (saxophones), Manu Codjia (guitare) et Joe Quitzke (batterie) assureront la première partie de ce concert exceptionnel.

-Jazz à la Villette : www.jazzalavillette.com

-Le Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Sunset - Sunside : www.sunset-sunside.com

-Le Triton : www.letriton.com

-Radio France - Jazz sur le Vif : www.maisondelaradio.fr/concerts-jazz

 

Crédits photos : Gary Peacock © Caterina di Perri / ECM – Dianne Reeves © Jerris Madison – Anne Ducros & Christian Escoudé, Dino Rubino / Michel Benita / Aldo Romano, Dominique Fillon © Philippe Marchin – Yonathan Avishai Quintet © Eric Garault – Jeremy Pelt © Hans Speekenbrink – Patrice Caratini © Jean-Yves Ruszniewski – Vincent Bourgeyx © Photo X / D.R.

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Edito tout beau
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commentaires

philcosting 05/09/2017 10:33

Vous avez de l'humour, en ce mois de septembre, cher maitre ! Jusqu'à évoquer le Paris Caracas et les marcheurs de gauche !!! Néanmoins, je rage de ne pouvoir assister au concert d'Anne Ducros !!