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10 novembre 2017 5 10 /11 /novembre /2017 09:16
Vincent COURTOIS – Daniel ERDMANN – Robin FINCKER :  “Bandes Originales” (La Buissonne / Pias)

Ce n’est pas la première fois que Vincent Courtois (violoncelle) Daniel Erdmann (saxophone ténor) et Robin Fincker (saxophone ténor et clarinette) travaillent et enregistrent ensemble. Deux autres disques du label La Buissonne, les réunissent : “Mediums” (2011) et “West” (2014) dans lequel le pianiste Benjamin Moussay les rejoint. Un opus que j’apprécie beaucoup mais que je découvris trop tardivement pour en faire une chronique. Depuis qu’il m’a été donné cet automne, “Bandes Originales” n’a jamais quitté ma platine CD. Ce n’est pas un disque de jazz et pas davantage un recueil de musiques de films. Nos trois complices reprennent les thèmes de neuf d’entre eux pour les relire à leur manière et nous emmener en voyage. Dépaysement garanti.

Associés à dix musiques, dix films furent sélectionnés lorsque ce projet vit le jour en 2015. “Les Aventuriers” de Robert Enrico et “Freaks” de Tod Browning ont été écartés de l’album et “Paris qui dort” de René Clair s’y ajoute. C’est le premier film du cinéaste. Il date de 1925 et c’est un muet. Le gardien de la Tour Eiffel découvre un matin que les habitants de la capitale ont été foudroyés par un rayon paralysant. Sauf cinq personnes qui déambulent dans la ville déserte. La musique que lui invente Vincent Courtois est donc basée sur son propre rapport à l’image, ce qu’il fit quelques années plus tôt en composant la bande-son d’“Ernest et Célestine”, un film d’animation. À une première partie lente et grave succède une seconde plus joyeuse, une sorte de chanson quelque peu dissonante comme si les instruments pris de boisson balbutiaient. Si “Tous les matins du monde” dont la musique est de Marin Marais (1656-1728) garde sa rigueur toute janséniste, les timbres des trois instruments (ici violoncelle, saxophone ténor et clarinette) en modifient la structure sonore et lui apportent des couleurs pour le moins inédites, une combinaison sonore rarement entendue qui rend toutes ces musiques profondément neuves et permet de les relier entre-elles.

De “Plein Soleil” (René Clément, musique de Nino Rota), on reconnaît le générique que chantent les deux ténors et que rythment en pizzicato les cordes du violoncelle. La clarinette introduit la tragédie dans une partition sensuelle et méditerranéenne, les trois instruments nous entraînant dans une tarentelle, non meurtrière mais au rythme vif et soutenu. Seule pièce rapide de l’album, elle contraste fortement avec la musique  que Giovanni Fusco composa pour “Hiroshima mon amour” d’Alain Resnais, une musique qu’un tempo immuable et un thème répétitif rend particulièrement lancinante. “Le Ballon Rouge” (un film d’Albert Lamorisse, musique de Maurice Leroux que la télévision française diffusait de temps en temps dans mon enfance) repose sur une cadence tenue par les saxophones et permet au violoncelle de s’envoler comme le ballon rouge de Pascal (joué par le fils d’Albert Lamorisse), ou ces ballons multicolores emportant ce dernier dans les airs. “Le Ballon Rouge” fait aussi l’objet d’une improvisation collective qui permet aux saxophones de se libérer à leur tour, le violoncelle marquant alors la cadence.

Moins célèbre que The Windmills of Your Mind (Les Moulins de mon cœur), His Eyes, Her Eyes, un autre extrait de “L’Affaire Thomas Crown” (de Norman Jewison, musique de Michel Legrand), emporte par son lyrisme. D’une inspiration très différente, Variation sur Thomas Crown tente d’atteindre le sens profond et poétique du film. Car les trois hommes n’hésitent jamais à s’écarter des mélodies, déclencheurs émotionnels qui, dans un film, renforcent l’attrait des images, pour en proposer des lectures décalées et neuves possédant leur propre pouvoir de séduction. Bien que peu nombreux à garder en mémoire le thème du “Rayon Vert” que Jean-Louis Valero écrivit pour le film d’Eric Rohmer, la musique d’“Hiroshima mon amour” ou celle du “Ballon Rouge”, on est surpris de découvrir ici et là, surgissant d’un tissu sonore plus ou moins épais, parfois même orchestral selon les diverses combinaisons instrumentales choisies, des bribes de mélodies qui nous sont familières comme celle de la “Guerre des étoiles” déjà présente dans “E.T”. Des partitions qui, métamorphosées par ce nouvel éclairage, s’écoutent très bien sans leurs images.

 

Crédits photos : Robin Fincker, Vincent Courtois & Daniel Erdmann sur scène © Maxime François – Les mêmes en extérieur © Quentin Vigier – Vincent Courtois au violoncelle © Christophe Charpenel.       

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