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16 avril 2018 1 16 /04 /avril /2018 09:58
Bruno ANGELINI : “Open Land” (La Buissonne / Pias)

Pour Bruno Angelini (piano), Régis Huby (violons), Claude Tchamitchian (contrebasse) et Edward Perraud (batterie) l’aventure commença en 2014 avec l’enregistrement d’“Instant Sharings” au Studio La Buissonne. Un premier album au sein duquel des morceaux déjà existants du pianiste (un choix de ses préférés) cohabitent avec des compositions de Paul Motian, Wayne Shorter et Steve Swallow, le quartette parvenant sans difficulté aucune à les intégrer à son esthétique, à une musique apaisée, lente et d’un très fort lyrisme dûe à des moments d’intense communion. Née d’une rencontre sur scène – carte blanche avait été donnée au pianiste pour réunir sur la péniche Improviste des musiciens avec lesquels il avait joué ou qu’il appréciait –, la formation s’était rendue au studio La Buissonne sans que Bruno Angelini ne trouve le temps de lui écrire une musique spécifique. Il n’en va pas de même avec ce second opus. Le quartette a rôdé en concert le répertoire original que lui apporte le pianiste. Des compositions pensées pour les couleurs, les timbres des instruments qui, entremêlés, donnent au groupe sa sonorité particulière, une signature toute personnelle qui le distingue de tous les autres.  

Open Land” ouvre sur un magnifique hommage à John Taylor. Peu de notes, mais un thème mélancolique joué au piano. La contrebasse le reprend, puis le violon après une longue exposition onirique engageant les instruments, musique modale qui freine le temps et permet de mieux tirer parti de la ligne mélodique. Un martellement de toms accompagne celle, raffinée, de Perfumes of Quietness que le piano et le violon se partagent. Les cymbales bruissent, les cordes de la contrebasse assurent le tempo. La musique va progressivement se dissoudre avant de renaître forte et belle et se mettre à danser. Tout aussi attachant, le thème d’Indian imaginary Song nous fait voir des images. Le piano l’expose lentement, très lentement. Les notes s’étirent, s’allongent comme des journées de printemps avant que Bruno Angelini n’installe une cadence profitable à tous. Longues notes que l’archet du violon fait surgir, que l’électronique superpose couche après couche, foisonnement rythmique au sein duquel des instruments de peaux, de bois, et de métal font entendre leurs voix, un univers musical d’une grande richesse s’offre ici à nos oreilles émerveillées.

 

En apesanteur entre ciel et terre, Jardin Perdu est l’Éden que le violon regrette et pleure. Après une courte et mystérieuse âlâp (introduction lente d’un râga dans la musique indienne), qui en installe l’atmosphère, Régis Huby dévoile le thème d’Inner Blue. La contrebasse lui apporte une tension bénéfique. Confiée à Edward Perraud, coloriste dont les tambours chantent comme un instrument mélodique à part entière, la batterie offre un subtil contrepoint au violon. Les timbres sont partout traités avec une grande douceur par les musiciens, leur jazz de chambre largement ouvert à l’improvisation ne perdant jamais de vue la mélodie, si importante dans la musique du pianiste. Both Sides of a Dream scintille sous une pluie d’harmoniques. Claude Tchamitchian y impose la sonorité ronde et puissante de sa contrebasse. C’est aussi elle qui introduit You Left and You Stay, composition en trois parties dédiée à un ami disparu. Dans la première, lente et délicatement rythmée, le piano trempe ses notes dans le blues. Le violon adopte une voix grave et plaintive dans la deuxième, les quatre instruments se retrouvant dans la troisième, vibrations sonores tendant vers la lumière.

 

Photo Open Land Quartet © Clément Puig

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