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30 mai 2018 3 30 /05 /mai /2018 09:10
Thomas BRAMERIE Trio : “Side Stories” (Jazz Eleven / Absilone)

Thomas Bramerie est depuis longtemps l’un des meilleurs bassistes de jazz de l’hexagone. Son instrument porte et rythme la musique mais chante aussi des mélodies, le bassiste devenant ainsi un des solistes de l’orchestre, une de ses voix mélodiques. Son nom revient souvent dans ce blogdeChoc car, très demandé, Thomas a enregistré et joué avec de nombreuses formations. Comment oublier “Five in Green” (IDA) enregistré en trio à Brooklyn en 2002 avec Bruce Cox et Olivier Hutman, un disque de ce dernier. “Always Too Soon” (Cristal) d’Hervé Sellin en 2017 et “Twenty” (Bonsaï Music), cosigné avec André Ceccarelli et Jean-Michel Pilc en 2014, comptent parmi mes Chocs de l’année. Thomas est aussi le bassiste de “Love For Chet” (Naïve) un opus en trio de Stéphane Belmondo consacré au répertoire du regretté Chet Baker, et de “Unknown” (Crescendo), le disque le plus récent de Pierrick Pédron.

C’est dans “Unknown” que j’ai entendu pour la première fois Carl-Henri Morisset, jeune pianiste qui accompagne Thomas Bramerie dans “Side Stories”*, premier album que le bassiste enregistre sous son nom et dans lequel, fraîchement diplômé du CNSM de Paris, Elie Martin-Charrière tient la batterie. Également diplômé du CNSM, et d’origine haïtienne (sa maîtrise des rythmes afro-cubains est évidente dans Chantez), Morisset surprend par ses accords inattendus, la pertinence de son jeu mélodique et rythmique. Le disque accueille deux autres pianistes, des amis de Thomas qui, en trente ans de carrière, a eu bien des occasions de s’en faire. Eric Legnini et Jacky Terrasson ont donc été invités à cette séance, mais aussi le trompettiste Stéphane Belmondo. Ils se sont tous retrouvés à Pompignan (Gard) dans le studio de Philippe Gaillot, ce dernier assurant la prise de son.

 

Après Pichò Bebei, une très courte introduction d’album que se réserve la contrebasse, Played Twice de Thelonious Monk atteste la grande cohésion du trio, la souplesse de sa section rythmique, Carl-Henri Morisset y osant des harmonies et des rythmes insolites. Grâce à lui – il reste le principal soliste de ce trio interactif –, la musique toujours interpelle. Yêïnou (prénom de la femme de Thomas) révèle à mi-parcours sa douceur mélodique. Le chaloupé Chantez transporte sous le chaud soleil des îles et Work Song, une « marche » de Nat Adderley, cache sous son aspect quelque peu militaire des chorus impressionnants. Les amateurs de ballades seront comblés par Salut d’amour (Liebesgruss) qu’Edward Elgar (1857-1934) composa en 1888, initialement pour violon et piano. Construit autour de la contrebasse de Thomas qui l’introduit avec bonheur à l’archet, Émile (prénom de son fils), pièce très chantante, renferme un mémorable chorus de l’instrument, l'enregistrement restituant avec beaucoup de naturel sa belle sonorité boisée. Autre ballade, Un jour tu verras que Georges Van Parys écrivit en 1954 pour le film d’Henri Decoin “Secrets d’Alcove” et que chanta Charles Trenet sur des paroles de Mouloudji. Un morceau interprété ici en quartette, Stéphane Belmondo jouant avec sensibilité sa belle mélodie. Il joue aussi dans Tròç De Vida, pièce délicatement latine dans laquelle Thomas s'exprime aussi à la guitare et où Carl-Henri s’offre un solo inspiré.

Stéphane Belmondo, on le retrouve encore dans Side Stories qui donne son nom à l’album. Dans cette ballade lumineuse, le piano, magnifique, est confié à Jacky Terrasson, qui trouve les justes accords pour ajouter des couleurs au bugle de Stéphane, jouer des notes tendres et aérées, citer brièvement Nefertiti de Wayne Shorter dans son improvisation. Jackie est également présent dans Now, un inoubliable duo piano contrebasse qui met en joie. Invité à jouer du Fender Rhodes sur deux morceaux, Eric Legnini, malgré tout son talent, ne parvient pas à lui donner une âme. Les pianistes qui en sont capables (Chick Corea, Kevin Hays) ne sont guère nombreux, l’instrument, utilisé à tort et à travers, se voyant aujourd’hui à la mode. Malgré son solo un peu laborieux, Here possède une mélodie chantante qui mériterait une seconde chance, un autre arrangement. La contrebasse tient heureusement une place importante dans All Alone et dans une reprise sensible et émouvante d’une immortelle chanson de Léo Ferré, Avec le temps qui conclut l’album. Thomas Bramerie l’interprète en solo. Qui peut encore prétendre que la contrebasse n’est pas un instrument mélodique ?

 

* Son livret contient les « stories » de Thomas, des textes écrits entre novembre 2016 et avril 2017.

 

Concert de sortie au Pan Piper, 2 et 4 Impasse Lamier 75011 Paris, le 2 juin (20h00) avec les musiciens et les invités de l’album.

 

Photos © Pascal Pittorino   

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