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13 juillet 2018 5 13 /07 /juillet /2018 09:46
Rio, Carmo, destination Brésil

Le Brésil fait toujours rêver les jazzmen. Le pianiste Stefano Bollani s’y rend souvent et son nouvel album n’est pas le premier qu’il consacre à sa musique. Ayant découvert celle d’Egberto Gismonti, le clarinettiste / saxophoniste Eddie Daniels la reprend dans un disque enthousiasmant.  Deux opus aux capiteux parfums brésiliens pour accompagner vos vacances.

Stefano BOLLANI : “Que Bom (Alobar / UVM distribution)

Né à Milan en 1972, Stefano Bollani aime depuis longtemps la musique brésilienne. En 2007, il enregistrait à Rio “Carioca” (EmArcy), un album malheureusement un peu trop commercial, et en 2013 paraissait sur le label ECM “O que será”, un duo avec Hamilton de Holanda. Dans “Que Bom”, son nouveau disque, le premier qu‘il publie sur Alobar, son propre label, Bollani invite quelques amis musiciens, et non des moindres, à le rejoindre. Le bandolim de Hamilton de Holanda donne la réplique à son piano dans Ho Perduto Il Moi Pappagallino, un choro vitaminé. Caetano Veloso l’accompagne en italien dans La Nebbia a Napoli et dans une nouvelle version de Michelangelo Antonioni, un thème que nous découvrîmes il y a dix-huit ans déjà dans son “Noites do Norte”. Le violoncelliste Jacques Morelenbaum qui en signa l’arrangement est là aussi. De même que João Bosco et sa guitare. Il chante Nação, une de ses compositions. On y trouve certes quelques morceaux racoleurs au sein desquels le pianiste virtuose se livre à quelques facilités, Stefano Bollani en faisant parfois trop. Mais très vite le charme de cette musique opère et on se laisse séduire par ses couleurs, son aspect solaire prononcé, le pianiste parvenant à nous faire partager le plaisir qu’il éprouve à la jouer. Les nombreuses mélodies qu’il a composées pour cette séance ruissèlent d’harmonies élégantes, Habarossa, Ravaskia et Criatura Dourada reflétant la richesse de son imaginaire. Enregistré à Rio avec la même section rythmique de “Carioca”, mais beaucoup plus réussi que ce dernier, “Que Bom” et sa musique heureuse donne envie de rejoindre la terre de la samba.

Eddie DANIELS “Heart of Brazil” (Resonance / Bertus)

On n’attendait pas Eddie Daniels dans un « tribute to Egberto Gismonti ». Il ne connaissait d’ailleurs pas la musique du compositeur brésilien avant que George Klabin, le producteur de cet album, ne la lui fasse entendre. Dans les notes de pochette rédigées pour le livret, ce dernier avoue avoir longtemps cherché un musicien capable de reprendre ces musiques chères à son cœur, et de les arranger différemment sans les dénaturer. Eddie Daniels fut immédiatement conquis par ces mélodies influencées certes par le folklore brésilien, mais dépassant le cadre de la samba, du choro ou de la bossa nova. La musique aux arrangements sophistiqués (Maurice Ravel reste une des principales influences d'Egberto Gismonti) relève aussi de la musique classique européenne. Né en 1947 à Carmo, petite ville de l’état de Rio de Janeiro, ce dernier enregistra plusieurs albums pour le label ECM dans les années 80 et 90 (notamment avec Charlie Haden et Jan Garbarek au sein du trio Magico). Ceux qu’il fit au Brésil pour EMI-Odéon dominent toutefois sa discographie.

 

C’est ce répertoire que reprend largement Eddie Daniels qui emprunte aussi quelques compositions des années 80. Eblouissant à la clarinette, dont il est un virtuose incontesté – Lôro, la première plage, suffit à s’en convaincre ; quant à Folia, cette version enthousiasma Gismonti  –, Daniels joue souvent du ténor dans ce disque. Piano, contrebasse, batterie (le brésilien Maurizio Zottarelli), mais aussi un quatuor à cordes, le Harlem Quartet, dialoguant avec les solistes complètent l’instrumentation. Confiés au saxophoniste Ted Nash, mais aussi à Kuno Schmid, à Josh Nelson qui est l’excellent pianiste de cet album, et à Mike Patterson, les arrangements respectent les musiques originales du compositeur, son univers raffiné, mélange équilibré de musique savante et populaire, l’absence de parties vocales n’étant nullement un handicap. Les réussites sont ainsi très nombreuses dans ce magnifique opus qui offre des versions neuves de morceaux à jamais familiers – Água & Vinho, Adágio, Trem Noturno – des thèmes qu’Egberto Gismonti écrivit lorsqu’il était au sommet de son art.

 

 Vue aérienne de Rio de Janeiro © photo X/D.R.

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