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24 octobre 2018 3 24 /10 /octobre /2018 09:39
À voix basses

On ne présente plus Stéphane Kerecki et Jacques Vidal. Leurs contrebasses chantent depuis longtemps au sein de l’hexagone. Ils ont récemment publié deux albums qui ne se ressemblent pas. Celui de Stéphane rassemble des compositions associées à la vague musicale électro que nos voisins d’outre manche baptisèrent « French Touch ». Celui de Jacques est entièrement consacré à de nouveaux morceaux, ce qu’il n’avait pas fait depuis plus de dix ans. Deux réussites du jazz made in France. 

Stéphane KERECKI Quartet : “French Touch” (Incises / Outhere)

Après “Nouvelle Vague” (Out Note), Prix du disque français 2014 de l’Académie du Jazz, un disque au sein duquel Stéphane Kerecki reprend et adapte les thèmes de quelques films de François Truffaut, Jean-Luc Godard, Louis Malle, Jacques Demy, le bassiste se penche aujourd’hui sur la « French Touch », une vague musicale électro apparue dans les années 90 et dont les groupes phares, Air (Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin) et Daft Punk, (Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo) donnèrent une touche sonore bien française à une « house music » qui n’a jamais été ma tasse de thé et dont j’avoue ne presque rien connaître. C’est donc avec appréhension que j’ai abordé cet album et son écoute m’a agréablement surpris. Loin de reposer sur des effets sonores, des rythmes répétitifs et assourdissants, il fait entendre de vraies mélodies (celle, magnifique, de Wait, probable sommet et conclusion de l’album) jouées dans un contexte acoustique. Les thèmes génèrent de savoureuses improvisations, apportent des moments de grâce inattendus. Souvent enthousiasmant au saxophone soprano, Émile Parisien fait chanter son instrument et élève le discours musical jusqu’à des cimes lyriques insoupçonnables. Jozef Dumoulin n’abuse jamais des effets qu’il tire de ses claviers. Ses nombreuses interventions au piano révèlent la beauté de ses couleurs harmoniques. Portée par la contrebasse à la sonorité ample de Stéphane qui dialogue à part entière avec les autres instruments, et par la batterie de Fabrice Moreau, peintre de sons au drive subtil qui sait faire respirer ses rythmes, la musique de ce disque est l’un des évènements de cette rentrée.

Jacques VIDAL Quintet : “Hymn” (Soupir Éditions / Socadisc)  

Plusieurs disques consacrés à Charles Mingus ont été publiés cette année parmi lesquels “Let My Children Hear Mingus” (Jazz Family), un double CD de Géraud Portal paru en mai, et “My Mingus Soul” (Ahead Records), un enregistrement récent du saxophoniste Philippe Chagne. Reprendre des compositions de Mingus, Jacques Vidal le fait depuis longtemps dans ses disques. Il sort aujourd’hui “Hymn”, un recueil de compositions personnelles toutes imprégnées par l’esprit de Mingus, ce qu’il n’avait plus fait depuis “Mingus Spirit” (Nocturne) en 2006, une réussite qui témoignait déjà de sa filiation étroite avec le contrebassiste disparu. Un accident de vélo, une épaule démise et une longue convalescence l’empêchant de jouer de la contrebasse lui ont donné le temps de renouer avec l’écriture. To Dance, le morceau groovy et chaloupé qui ouvre l’album, permet de découvrir un habile pianiste, Richard Turegano, Jacques réintroduisant ainsi le piano dans sa musique. Les autres solistes nous sont davantage familiers. Pierrick Pédron et Daniel Zimmermann accompagnent la contrebasse de Jacques depuis des années. Dans Walk in New York, l’alto du premier nous immerge dans un ciel bleu et sans nuages. Le lamento de son saxophone illumine Charles Mingus’ Sound of Love et émeut profondément. Daniel Zimmermann fait merveille dans Hymn, morceau au sein duquel son trombone dialogue avec la contrebasse. Daniel fait aussi entendre sa voix dans Miles, un autre grand moment de cet album de jazz écrit et arrangé avec soin et tendresse, un disque qui permet à tous les musiciens de s’exprimer, une « Jazz attitude » dont témoigne la composition du même nom. Au fil des plages, la contrebasse de Jacques Vidal assure assise rythmique et commentaires mélodiques, les coups d’archet de sa Variation sur le thème d’Alice relevant de la poésie. Cette musique inspirée, chaleureuse et respectueuse des codes du jazz, Charles Mingus l’aurait certainement approuvée.       

À voix basses

Crédits Photos : Stéphane Kerecki « French Touch » Quartet © Franck Juery – Jacques Vidal Quintet © Philippe Marchin.      

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