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24 novembre 2018 6 24 /11 /novembre /2018 10:22
Charlie HADEN & Brad MEHLDAU : “Long Ago and Far Away” (Impulse! / Universal)

C’est en septembre 1993, lors d’un concert du saxophoniste Joshua Redman en Pennsylvanie que Charlie Haden entend la première fois Brad Mehldau. Ce dernier est depuis quelques semaines le pianiste du quartette de Redman. Trois ans plus tard, en novembre 1996, au Jazz Bakery de Los Angeles, Haden, Mehldau et Lee Konitz enregistrent pour Blue Note l’album “Alone Together” qui sortira sous le nom du saxophoniste. Le club abritera le trio l’année suivante pour un second disque Blue Note, “Another Shade of Blue”. Rejoints par le batteur Paul Motian, nos trois musiciens se produiront également au Birdland de New York en décembre 2009. ECM en publia un enregistrement.

Et puis il y a ce disque de novembre 2007, la captation d’un concert donné dans une église, la Christuskirche de Mannheim, dans le cadre de l’Enjoy Jazz Festival. Un inédit que l’on doit à Jean-Philippe Allard, déjà responsable du magnifique “Tokyo Adagio” réunissant Charlie Haden et le pianiste Gonzalo Rubalcaba, un enregistrement de 2005 qu’Impulse! édita dix ans plus tard. Bien que différent – Mehldau et Rubalcaba ne jouent pas le même piano –, “Long Ago and Far Away” qui contient six longs standards est presque aussi bon. Construit sur une ligne de blues, Au Privave de Charlie Parker, son premier thème, n’est pas abordé sur un tempo très rapide. La contrebasse et le piano en détachent toutes les notes, cheminent ensemble sans se presser, sans que l’un des deux instruments ne prenne le dessus. Ce n’est pas le meilleur morceau de l’album mais d’emblée la contrebasse assure une assise solide à la musique. Le son épais, volumineux, de l’instrument traduit un jeu tout aussi mélodique que rythmique.

 

Dans ses solos, Charlie Haden ne perd jamais de vue le thème qu’il développe. Brad Mehldau peut en décliner deux à la fois. La grande indépendance de ses mains le lui permet. Comme Keith Jarrett, il possède un rare sens de la forme et construit ses improvisations avec une logique qui leur donne un aspect achevé. Ses longs chorus dans Long Ago and Far Away sont aussi ingénieux qu’inattendus. Il faut attendre la seconde plage, My Old Flame, pour les retrouver. Il en expose délicatement la mélodie avant de laisser Haden improviser. Les deux hommes reprennent My Love and I, un morceau que le contrebassiste affectionne et que David Raksin composa pour le film “Bronco Apache” (“Apache”). Il le joue à Tokyo avec Rubalcaba. Il l’a également enregistré avec son Quartet West et sait lui donner rythme et couleurs. Everything Happens to Me conclut magnifiquement cette rencontre au sommet. Jouées par Brad qui en reprend en solo la mélodie, ses dernières minutes sont inoubliables. Charlie Haden disparaîtra sept ans plus tard, le 11 juillet 2014.

 

Photo © Evert-Jan Hielema

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