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10 décembre 2018 1 10 /12 /décembre /2018 09:12
Les beaux cadeaux du Maestro

Pas moins de quatre enregistrements d’Enrico Pieranunzi ont été publiés en 2018. “Monsieur Claude” (Bonsaï Music), dans lequel le Maestro habille de rythmes et d’harmonies nouvelles la musique de Claude Debussy, a fait l’objet d’une chronique dans ce blog le 26 mars. Trois mois plus tard, en juin, Cam Jazz commercialisait “Wine & Waltzes”, un disque en solo du pianiste enregistré dans le chai d’une entreprise viticole du Frioul. Deux autres albums sont parus en novembre. Consacré à la musique du célèbre compositeur américain, “Play Gershwin” rassemble piano, clarinette et violon et relève de la musique de chambre. S’il peut dérouter l’amateur de jazz, ce dernier ne peut ignorer “Blue Waltz”, un duo au sommet avec le contrebassiste danois Thomas Fonnesbæk enregistré dans un club de Copenhague.

“Wine & Waltzes” (Cam Jazz / Pias)

Wine & Waltzes”, est l’un des six albums de la série « A Night at the Winery », tous enregistrés live entre le 5 et le 10 juin 2017 dans les caves et chais de six entreprises viticoles de la région Vénétie-Frioul Julienne. Le 6 juin, constamment inspiré par les imposants tonneaux qui l’entourent, Enrico Pieranunzi fait joyeusement chanter son piano dans le chai de la « Winery Bastianich ». Espiègle dans Wine & Waltzes qui introduit et donne son nom à cet opus en solo, rêveur dans Flowering Stones qui le conclut, le Maestro romain met ici sa grande technique au service d’un répertoire de valses qu’il a composées et dont certaines sont inoubliables. C’est le cas de sa célèbre Fellini’s Waltz qu’il enregistra en 2003 en duo avec Charlie Haden à la contrebasse et que contient son disque “FelliniJazz”. Des valses, il en a composées beaucoup. Je pense notamment à Sunday Waltz et à Waltz for a Future Movie qui se trouvent dans le second volume de ses enregistrements consacrés à Ennio Morricone, à September Waltz, également absent de ce programme, qu’il enregistra plusieurs fois en trio. Enrico a préféré reprendre Blue Waltz, un des morceaux de “Stories publié en 2014. Son balancement exquis, sa mélodie attachante lui inspire des variations qu’il développe avec brio. Mélancolique mais se faisant de plus en plus lyrique au fur et à mesure que progresse l’improvisation qui lui est attachée, sa cadence finale relevant du blues, B.Y.O.H. est un autre grand moment de ce concert auquel j’aurais aimé assister.

“Play Gershwin” (Cam Jazz / Pias)

Play Gershwin” rassemble Enrico Pieranunzi au piano, son frère Gabriele Pieranunzi au violon et Gabriele Mirabassi à la clarinette. Ce n’est pas un disque de jazz mais de la musique de chambre, la réduction pour trois instruments des deux plus célèbres pages symphoniques du compositeur (An American in Paris et Rhapsody in Blue), ces trois mêmes instruments se voyant confier un nouvel arrangement de quatre de ses Préludes pour piano. An American in Paris date de 1928 et c’est la première œuvre que George Gershwin a lui-même orchestrée. Pour la jouer en trio, Enrico Pieranunzi s’est appuyé sur une transcription pour piano de William Daly (Gershwin lui dédia en 1926 ses Préludes pour piano) et sur la version pour deux pianos que le compositeur nous a laissée. L’ajout de quelques mesures et d’une brève cadence peu avant la coda sont les seuls changements notables apportés à cette partition réorchestrée. Écrite en 1924, la Rhapsody in Blue fut plus difficile à transposer. Comment réduire la masse orchestrale à trois instruments sans dénaturer l’œuvre de Gershwin ? Le Maestro choisit de conserver les nombreuses parties de piano existantes et d’en ajouter d’autres, le piano restant plus que jamais l’instrument principal de cette œuvre pour piano et orchestre, les parties jouées par ce dernier se voyant habilement réparties entre le violon et la clarinette. Composé par Enrico Pieranunzi et permettant aux trois musiciens d’improviser, sa Variazoni su un tema di Gershwin complète avec bonheur ces transpositions musicales que Gershwin n’aurait pas désavouées.

(Avec Thomas Fonnesbæk) : “Blue Waltz” (Stunt / Una Volta Music)

Souvent invité à jouer à Copenhague, une ville qu’il apprécie beaucoup, Enrico Pieranunzi est un habitué de son festival de jazz qui chaque année s’y déroule en juillet. Deux soirs de suite, les 14 et 15 juillet 2017, le Bistro Gustav l’accueillit pour des concerts en duo avec le bassiste danois Thomas Fonnesbæk. Digne héritier du grand Niels-Henning Ørsted Pedersen, ce dernier est LE bassiste européen à suivre de près. C’est auprès de Sinne Eeg que je l’ai découvert, son disque en duo avec cette dernière en 2015 étant pour moi le meilleur album de la chanteuse. Toujours pour Stunt Records, le bassiste a également enregistré un excellent disque en trio avec le pianiste Aaron Parks et le batteur Karsten Bagge. Vous en trouverez une chronique dans ce blog. “Blue Waltz” est une rencontre heureuse. Enrico Pieranunzi insuffle de la joie à ses compositions, y met beaucoup de lui-même et, partageant ses chorus avec une contrebasse très souvent mélodique, joue ici un merveilleux piano. Sa Blue Waltz qui donne son nom à l’album est particulièrement réussie. Les deux musiciens n’en font jamais trop, mais s’écoutent, placent toujours leurs notes aux bons endroits. Certaines pièces sont plus vives que d’autres, voire rythmiquement complexes (Wimp), mais un dialogue fluide prédomine ici, comme une conversation entre deux complices qui se retrouvent après une longue absence et ont beaucoup de choses à se dire. Composés par le Maestro, Come Rose Dai Muri, Molto Ancora, Miradas et leurs mélodies lumineuses génèrent des phrases lyriques, des échanges aussi passionnants qu’attachants.

 

Photo Enrico Pieranunzi © Soukizy

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