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1 juin 2019 6 01 /06 /juin /2019 10:40
Basses consacrées

Juin. Pas plus d’une soixantaine de personnes au Sunside le 10 mai pour écouter le pianiste Marc Copland en solo. Consacré à Gary Peacock, “Gary” (Illusions Music), son dernier disque, a pourtant été salué par une critique unanime. Pas un seul journaliste dans la salle. Où étaient-ils tous passés ? Gary Peacock et Ron Carter sont deux des grands contrebassistes historiques de la saga du jazz. Né le 12 mai 1935, le premier a deux ans de plus que le second. Né le 4 mai 1937, Ron est toutefois beaucoup plus célèbre que Gary. Sa participation au second quintette de Miles Davis de 1963 à 1968 a fait de lui une star. On s’entassait le 28 mai au New Morning pour écouter « le bassiste de Miles Davis » comme me l’ont confié certains jeunes venus l’applaudir. Renee Rosnes, sa pianiste, ils n’en avaient jamais entendue parler. C’est pourtant en partie grâce à elle que la musique du quartette est si attractive. Ron Carter fut l’un des premiers à reconnaître son talent. Il joue sur son premier album, un enregistrement de 1989 paru sur le label Somethin’Else.

 

Gary Peacock a lui-aussi participé à bien des aventures musicales, en Allemagne, en Californie, à New York et au Japon où il séjourna, étudiant la philosophie zen. Toujours actif, il a remonté un trio avec lequel il enregistre pour ECM. Le pianiste en est Marc Copland. En 1998, retrouvant Paul Bley et Paul Motian avec lesquels il avait gravé “Paul Bley With Gary Peacock”, l’un des premiers albums de la firme munichoise, Gary enregistra pour ECM “Not Two, Not One”, l'un des meilleurs opus du trio. Une tournée fut organisée l’année suivante. En mars 1999, le concert qu’ils donnèrent en Suisse à Lugano fut enregistré. ECM le sort aujourd’hui. Dans “When Will The Blues Leave”, la contrebasse de Peacock dialogue constamment avec les notes rêveuses et tendres d’un piano étonnamment lyrique. Ce disque, l’une des pièces maîtresse de la discographie des trois hommes, est l’un des plus beaux publiés cette année. Vous en lirez ma chronique dans le numéro de juin de Jazz Magazine.

 

Beaucoup de concerts ce mois-ci et nombre d’entre eux interpellent. Ne manquez surtout pas celui, interactif, que donnera Dan Tepfer au Café de la Danse le 25 juin. Il y fêtera la sortie de “Natural Machines” (Sunnyside), un disque né des improvisations du pianiste en interaction avec des programmes informatiques de sa propre création. Il comprend onze morceaux simultanément composés et enregistrés en une seule prise sur un seul instrument, un Disklavier, piano mécanique créé par Yamaha. Des images envoûtantes créées par les algorithmes de Tepfer accompagneront ce concert événement.

QUELQUES CONCERTS ET QUELQUES DISQUES QUI INTERPELLENT

 

-Le saxophoniste Luigi Grasso (alto et baryton) au Sunset le 1er juin (21h00) pour une “Invitation au Voyage” qui donne son nom à l’album remarqué et remarquable qu’il a publié l’an dernier sur le label Camille Productions (distribution Socadisc). Avec lui : Balthazar Naturel (saxophone ténor et cor anglais), Armand Dubois (cor), Thomas Gomez (sax alto), Émilien Veret (clarinette basse), Géraud Portal (contrebasse) et Lucio Tomasi (batterie). Une instrumentation inhabituelle pour habiller les onze récits sonores que les nombreux pays qu’il a visités lui ont inspiré. Bop, swing, cool, sa musique est aussi un voyage au pays du jazz. Portée à l’échelle orchestrale, bénéficiant de splendides arrangements, sa musique ancrée dans la tradition du jazz affiche une modernité intemporelle.

-Au Triton le 7 (20h30), le pianiste Emmanuel Borghi et son trio – Jean-Philippe Viret à la contrebasse et Philippe Soirat à la batterie – invitent Géraldine Laurent (saxophone alto) afin de croiser leurs répertoires respectifs. Loin de la musique de Magma dont il fut le pianiste pendant plus de dix ans ou de celle de son épouse Himiko dans laquelle il s’implique activement, Emmanuel a fait paraître l’an dernier “Secret Beauty”, un disque de jazz acoustique très réussi dont les plus curieux d’entre vous liront la chronique dans le numéro 705 (mai 2018) de Jazz Magazine. L’amateur de jazz connaît sans doute mieux les disques et les musiques de Géraldine Laurent qui, outre des compositions personnelles, a consacré un opus à celles de Gigi Gryce et aime reprendre des standards. Fin mélodiste, Emmanuel Borghi a lui-aussi son jardin secret. Ses morceaux élégants nous conduisent dans les terres harmoniques de Bill Evans et de McCoy Tyner et font battre le cœur.

-Le 7 et le 8 à 21h00, Vincent Bourgeyx fête au Sunside la sortie de “Cosmic Dream”, un album en quartet publié sur le label Paris Jazz Underground (L’autre distribution). Avec lui David Prez, le saxophoniste de son disque et une autre rythmique, Darryl Hall (contrebasse) et Jeff Ballard (batterie) remplaçant Matt Penmann et Obed Calvaire qui l’accompagnent également dans “Short Trip”, son disque précédent. Musicien énergique, David Prez peut être d’un grand lyrisme lorsqu’il joue des ballades ou lorsque le morceau qu’il interprète possède une mélodie qui lui permet de faire chanter son saxophone. “Cosmic Dream” en renferme quelques-unes, Antoine’s Song notamment. Vincent Bourgeyx y joue un piano raffiné bien trempé dans le blues. Il cultive aussi la mémoire du jazz dont il reprend quelques standards, In Fall In Love Too Easily et I Love Paris qu’il habille d’harmonies chatoyantes. Compositeur habile, il signe également quelques pièces attractives, Cosmic Dream for Blue Shoes également en trio, Dong qui permet à Matt Penmann, son bassiste, de s’exprimer en soliste, Obed Calvaire, son batteur, faisant de même dans Too Much Love, un morceau au rythme latin et aux notes généreuses. Belles versions de Lush Life (Billy Strayhorn) et de Peace (Horace Silver), deux standards que Vincent Bourgeyx reprend dans le disque du coffret “At Barloyd’s” (Jazz&People) consacré à son piano.

-Le batteur Guilhem Flouzat en trio au Duc des Lombard le 7 et le 8 (19h30 et 21h30) avec lui Desmond White, son bassiste habituel, et Sullivan Fortner qui effectue actuellement une tournée avec Cécile McLorin Salvant. Avec eux, Guilhem a enregistré pour Sunnyside en octobre 2016 un album mémorable, “A Thing Called Joe”. Entièrement consacré à des standards –  des mélodies naguère popularisées par Frank Sinatra, Doris Day, Peggy Lee et Ella Fitzgerald (A Thing Called Joe, est tiré de la comédie musicale “Cabin in the Sky) et des œuvres composées par Thelonious Monk, Jaki Byard et Joe Zawinul –, le disque met particulièrement en valeur le magnifique piano de Fortner qui, avec “Moments Preserved” publié l’an dernier sur le label Impulse!, a depuis confirmé qu‘il est un des grands de l’instrument.

-L’octet de Fabien Mary au Sunset le 8 (21h30). Souvent nominé pour le Prix Django Reinhardt dont il fut cinq fois finaliste, le trompettiste a toutefois été récompensé l’an dernier par l’Académie du Jazz en obtenant le Prix du Disque Français pour son album “Left Arm Blues (And Other New York Stories)” édité sur le label Jazz&People. Huit morceaux inspirés par ses pérégrinations new-yorkaises qu’il composa et arrangea après une mauvaise chute en se servant de sa main gauche. Un standard, All the Things You Are, s’ajoute au répertoire de ce disque made in France aux couleurs du bop et du blues qui rassemble d’excellents musiciens. Jerry Edwards (trombone), Pierrick Pédron (saxophone alto), David Sauzay (saxophone ténor et flûte), Fred Couderc (saxophone baryton), Hugo Lippi (guitare), Fabien Marcoz (contrebasse) et Mourad Benhammou (batterie) seront avec Fabien Mary sur la scène du Sunset pour le jouer.  

Basses consacrées

-Soirée d'inauguration d'Open Ways Productions le 12 au Studio de l’Ermitage (21h00). Cette nouvelle agence de diffusion artistique a pour but de promouvoir une partie des projets musicaux du bassiste Claude Tchamitchian, du violoniste Régis Huby et du pianiste Bruno Angelini. À cette occasion, Claude Tchamitchian ouvrira le concert en solo. Comprenant Bruno Chevillon (contrebasse) et Michele Rabbia (batterie), le trio de Régis Huby lui succédera, puis le Open Land Quartet de Bruno Angelini au sein duquel officient Régis Huby, Claude Tchamitchian et le batteur Edward Perraud. Des instruments de peaux, de bois, et de métal entremêlent leurs timbres et leurs couleurs dans un  jazz de chambre mélodique largement ouvert à l’improvisation, une musique apaisée et lyrique traduisant l’univers poétique du pianiste. “Open Land” est aussi le nom du second album de la formation, l’un de mes 13 Chocs de l’an dernier.

-Chuck Israels au Sunside le 13 (21h00) pour un « Tribute to Bill Evans » avec Manuel Rocheman au piano) et Matthieu Chazarenc à batterie. Succédant à Scott LaFaro, Chuck fut pendant trois ans le contrebassiste du trio d’Evans. Il lui a rendu hommage en 2013 avec “Second Wind”, un album confidentiel en partie consacré à ses compositions et qu’il a magnifiquement arrangé. Après avoir joué avec George Russell, Cecil Taylor, Eric Dolphy, Stan Getz, Jay Jay Johnson et Gary Burton, il se consacre depuis quelques années à l‘écriture et à l’enseignement. Ses concerts en Europe se font rares. Sa présence sur une scène parisienne est donc un événement.

-Ceux qui la connaissent l’appellent par son prénom : Aniurka. Née à Santiago de Cuba, Aniurka Balanzó Palacios y apprit le théâtre, le chant et la danse qu’elle enseigne en France depuis qu’elle s’y est installée il y a une vingtaine d’années. Elle possède une bien jolie voix, sort un premier opus sous son nom et sera sur la scène du Studio de l’Ermitage le 18 juin avec Stéphane Belmondo en invité et quelques musiciens de son disque : Anthony Hocquard (guitare et tres), Alain Bruel (accordéon), Maurizio Congiu (contrebasse), et Inor Sotolongo (percussions). Arrangées par les guitaristes Marcos Atalo et Rey Ugarte, neuf des dix chansons de “Poder Volar” (Ilona Records / L’autre distribution) ont été enregistrées à La Havane. Les voix et le morceau Cantos de Luna au Studio Recall de Pompignan par Philippe Gaillot qui a réalisé le mixage et le mastering de l’album. Exprimant le pouvoir du rêve et de l’évasion et confié à deux guitares, Poder Volar (Pouvoir voler) interpelle par sa touchante simplicité. Les autres ballades – Cantos de Luna, Los Dias –, possèdent également un fort pouvoir de séduction, tout comme l’ensemble du répertoire de cet album ensoleillé, éventail coloré et sensuel de musiques afro-cubaines (son, bolero, le morceau Paraiso relevant du reggae) aux orchestrations très soignées.

-Marie Mifsud au Sunside le 20 à 21h00 dans le cadre de la 22ème édition du festival de jazz vocal qu’organise le club. Après un court album autoproduit, elle vient d’enregistrer son vrai premier disque au Studio Recall, Philippe Gaillot se chargeant bien sûr de la prise de son. Il vous faudra patienter quelques mois pour l’écouter. En attendant ne manquez pas ses concerts car la scène est bien le royaume de cette chanteuse féline qui escalade les octaves, rugit et murmure, se joue des mots qu’elle rythme de sa voix et donne beaucoup à son public. Ses textes pleins de malice, elle les écrit avec Adrien Leconte, son batteur, qui les met en musique et elle les chante sur scène avec une énergie peu commune. Quentin Coppale (flûte), Tom Georgel (piano) et Victor Aubert (contrebasse) complètent la formation. Rock, jazz, tango, ballades langoureuses, c’est la fête de la musique.

-La musique se fête aussi le 21 au Sunside à partir de 18h00 (entrée gratuite). Fasciné par Nat King Cole dont il rendra hommage à 19h30, l’excellent pianiste et chanteur Pablo Campos qui s’est fait remarqué l‘an dernier par un album en trio avec Peter Washington (contrebasse) et Kenny Washington (batterie), “People Will Say” (JazzTime records), animera la soirée jusqu’à 22h30 avec Samuel Hubert (contrebasse) et Romain Sarron (batterie), Louis Armstrong et Frank Sinatra étant également à l’honneur dans un répertoire 100% jazz. À partir de 22h30 jusqu’à tard dans la nuit, la pianiste Ramona Horvath et ses musiciens – Nicolas Rageau (contrebasse) et Philippe Soirat (batterie) – célébreront Duke Ellington en reprenant ses albums “The Duke Plays Ellington”, “And His Mother Called Him Bill” (à 23h50) et “The Great Paris Concert” (à 01h30).

-Le pianiste catalan Ignasi Terraza en trio au Duc des Lombards le 22 avec Pierre Boussaguet (contrebasse) et Esteve Pi (batterie), musiciens avec lesquels il s’est déjà produit au Duc en 2013. Il a également enregistré avec eux en 2010 un album à l’hôtel Sheraton de Bangkok. Ce grand pianiste catalan (et non-voyant) en a sorti beaucoup sur le label Swit Records. On les trouvait chez Crocojazz, l’antre de l’ermite de la montagne Sainte-Geneviève, Gilles Coquempot, qui a prit sa retraite. Sur Swit, Ignasi Terraza vient de publier début juin “High Up on the Terraza”, un opus en trio avec Pierre Boussaguet et le batteur Victor Jones. Qui aura la bonne idée de le distribuer en France ? Ici, on ne sait toujours pas qu’il est l’un des meilleurs pianistes européens, l’un de ceux qui réinvente les standards qu’il reprend tout en respectant leurs mélodies, l’un de ceux qui donnent encore un souffle au jazz tout en entretenant sa mémoire.

-Laurent de Wilde retrouve le Duc des Lombards les 24, 25 et 26 juin (19h30 et 21h30). Jérôme Regard sera son bassiste les deux premiers soirs et Bruno Rousselet le dernier, Donald Kontomanou complétant les deux trios à la batterie. À l’occasion du centenaire de la naissance de Thelonious Monk, Laurent a enregistré il y a deux ans avec Jérôme et Donald un album respectueusement décalé qui fit grand bruit. “New Monk Trio” (Gazebo) obtient la même année le Prix du Disque Français de l’Académie du Jazz. Son répertoire, Laurent de Wilde l’a beaucoup joué. Au Duc, c’est celui d’“Over the Clouds” (2012) qu’il reprendra. Laissons lui le temps d’enregistrer le prochain. On patientera en relisant son dernier livre, “Les Fous du son”, récemment paru en poche (Folio), idéal pour s’instruire en vacances.

-Le 25 juin, Dan Tepfer présentera à 20h00 au Café de la Danse “Natural Machines” (Sunnyside / Socadisc), un nouvel album en solo multimédia et multi-sensoriel dans lequel le pianiste improvise sur des algorithmes sonores de sa création avec un Disklavier Yamaha comme seul instrument. Ces derniers activent les notes de son clavier et répondent instantanément à la musique qu’il joue en temps réel. Dan Tepfer a également conçu des algorithmes permettant de convertir sa musique en images, formes abstraites que l’on peut visionner dès à présent sur YouTube. Chaque personne présente au Café de la Danse recevra un Google Cardboard, permettant de transformer son smartphone en dispositif de réalité virtuelle. L’auditeur se trouvera alors à l’intérieur des mondes trois-dimensionnels générés par la musique. C’est complexe, je vous l’accorde, mais le résultat est stupéfiant de musicalité.

“Natural Machines” sort le 14 juin. Chronique prochaine dans ce blogdeChoc.

-Dans le cadre de l’American Jazz Festiv’Halles (28ème édition) Lew Tabackin est attendu au Sunset les 28 et 29 juin (21h30) avec Philippe Aerts à la contrebasse et Mourad Benhammou à la batterie. Le 29, il invite le pianiste Alain Jean-Marie à rejoindre son trio. Né à Philadelphie en 1940, le saxophoniste, soixante-dix-neuf ans depuis le 26 mai, reste surtout connu pour son association avec la pianiste Toshiko Akiyoshi, son épouse avec laquelle il codirigea un célèbre grand orchestre. Il poursuit depuis quelques années une carrière sous son nom, tant au ténor qu’à la flûte, son second instrument, dont il reste l’un des meilleurs spécialistes.

-Laurent Cugny en quintet au Sunside le 29 juin (21h00) pour jouer la musique de la première période électrique de Miles Davis, celle qui a vu naître avant un silence discographique de six ans “In a Silent Way”, “Bitches Brew” et plusieurs autres chefs-d’œuvre du jazz fusion. Laurent a publié en 1993 chez André Dimanche un petit ouvrage très documenté sur cette période particulièrement créative du trompettiste qui court de 1968 à 1975, moment fort de l’histoire du jazz. “Électrique Miles Davis” vient d’être réédité aux Éditions Universitaires de Dijon avec une nouvelle préface. L’occasion était trop bonne pour Laurent qui a malheureusement dû dissoudre son big band, le Gil Evans Paris Workshop, de réunir autour de ses claviers Martin Guerpin (saxophones), Frédéric Favarel (guitare), Frédéric Monino (basse) et François Laizeau (batterie).

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Le Triton : www.letriton.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com

-Le Café de la Danse : www.cafedeladanse.com

 

Crédits photos : “When Will The Blues Leave” © Catherine Peillon/ECM – Fabien Mary © Agata Wolanska – Open Land Quartet © Frédéric Leloup – Chuck Israels, Marie Mifsud, Lew Tabackin, Laurent Cugny © Philippe Marchin – Laurent de Wilde © Sylvain Gripoix – Dan Tepfer © Josh Goleman – Luigi Grasso, Emmanuel Borghi, Guilhem Flouzat avec Sullivan Fortner & Desmond White, Pablo Campos  © Photos X/D.R.

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