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14 juin 2019 5 14 /06 /juin /2019 09:51
Dan TEPFER “Natural Machines” (Sunnyside / Socadisc)

Après avoir exploré dans “Eleven Cages” (Sunnyside 2017), son disque précédent, la malléabilité du temps musical, ce battement de vide et de plein qui s’étire comme un ruban de caoutchouc et que l’on peut remplir de notes ou de silence, Dan Tepfer, pianiste mais aussi astrophysicien de formation, propose avec “Natural Machines” un album solo révolutionnaire sur lequel il improvise sur des algorithmes de sa création. La musique et les images qui en résultent sont enthousiasmantes.

Son seul instrument : un Disklavier, piano à queue relié et piloté par un ordinateur portable que Yamaha commercialisa en 1987. Utilisant la technologie solénoïde (dispositif constitué d’un fil électrique enroulé hélicoïdalement de façon à former une bobine parcourue par un courant produisant un champ magnétique) et des capteurs électroniques, l’instrument est une sorte de piano mécanique au sein duquel un programme informatique remplace les rouleaux mécaniques qui jadis en permettaient le fonctionnement. Dan Tepfer découvrit le potentiel créatif du Disklavier il y a cinq ans. Enthousiasmé, il se mit à écrire des programmes qui permettent de réagir en temps réel à ses improvisations, à une musique créée intuitivement. Programmés par Dan, des algorithmes analysent ce qu’il est en train de jouer et renvoient une réponse au piano, les touches de l’instrument, prédéterminées par des règles précises, s’activant d’elles-mêmes. Sa musique peut ainsi être répétée comme dans un jeu de miroir, les aigus devenir graves, les graves devenir aigus. La note jouée en actionne une autre sans que votre doigt n’ait eu besoin de se poser sur le clavier. Selon les instructions communiquées à l’ordinateur, l’instrument peut par exemple jouer la même note une octave plus basse, le pianiste dialoguant ainsi avec lui-même. Les harmonies de All the Things you Are de Jerome Kern, seul standard de l’album, font naître un contrepoint polyphonique, un canon à l’octave. On pense à Jean-Sébastien Bach auquel Dan a consacré un album à ses “Variations Goldberg”. Le même procédé est repris dans Inversion et Metricmod, deux pièces spectaculaires sur le plan sonore, comme si plusieurs pianistes improvisaient sur un même thème.

Dan TEPFER “Natural Machines” (Sunnyside / Socadisc)

Dans ce jeu formel, l’improvisateur réagit en temps réel à la musique qui lui est renvoyée et dont il a programmé les règles. Il est libre d’inventer mais dans le cadre précis qu’il a préalablement fixé à chaque pièce. Les onze morceaux de “Natural Machines” ont été enregistrés en une seule prise. Comme son nom l’indique, Looper repose sur la mise en boucle de phrases musicales. Dans ce long morceau, de féériques tintinnabulements de notes introduisent une mélodie inoubliable qui surgit peu avant la coda. Car les algorithmes qui structurent chaque morceau n’empêchent nullement Dan Tepfer de faire preuve de lyrisme. Les effets de tremolo qui donnent son nom à une de ses compositions servent et transcendent un thème admirable. Triadsculpture, le seul dans lequel le pianiste introduit des sonorités électroniques est également très beau.

Ajoutons que la musique de “Natural Machines” est non seulement sonore mais visuelle. Le programme créé par Tepfer génère aussi des projections algorithmiques, formes géométriques en mouvement qui sous-tendent la structure musicale de chaque pièce : sa hauteur, sa dynamique, son attaque, son rythme, son harmonie. On en visionnera les images sur YouTube : www.dantepfer.com/naturalmachines. Outre la sortie de l’album le 14 juin, un site sur lequel Dan Tepfer travaille actuellement permettra de le découvrir en réalité virtuelle. Soutenu par la Fondation BNP Paribas, une expérience interactive intégrale sera tentée le 25 juin prochain au Café de la Danse. Chaque spectateur se verra remettre un Google cardboard lui permettant, via son smartphone, de rentrer le temps de quelques morceaux dans un monde tridimensionnel. On ne manquera pas ce concert événement.

 

Photo pochette “Natural Machines” © Josh Goleman - Autres photos © Dan Tepfer

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