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3 avril 2020 5 03 /04 /avril /2020 10:57
Confinement : le temps retrouvé

Chick Corea à la Philharmonie, Xavier Desandre Navarre au Studio de l’Ermitage, Enrico Pieranunzi au Sunside, Anne Ducros enthousiasmant le Café de la Danse, c’était hier, en mars, quelques jours avant que le Président de la République s’exprimant le 16 à la télévision ne décide un confinement général sur l’ensemble du territoire. Depuis, les rues sont vides, les écoles, les magasins, les théâtres, les cinémas fermés, les parcs interdits au public. Occupant le terrain abandonné par l’homme, les animaux se réapproprient les villes. Des canards se dandinent en toute tranquillité devant la Comédie Française. Les rares passants que l’on croise portent des masques, gardent leur distance comme pour se protéger de la peste. Car c’en est une, invisible, inodore et incolore, un ennemi qui peut être mortel. Qui pouvait imaginer chose pareille il y a seulement quelques semaines ?

 

Confiné dans sa maison ou son appartement, on s’organise. Le temps passe trop lentement pour les uns, trop vite pour les autres. S’il ne nous est impossible de le ralentir, on peut en modifier la perception en changeant nos habitudes. Temps de pause et de découverte de soi-même, parenthèse temporelle, le confinement nous y oblige. Prendre des nouvelles des uns et des autres, leur parler au téléphone, rester en contact par courriel avec ses amis, avec des membres de la communauté du jazz – musiciens, producteurs, attaché(e)s de presse, journalistes –, resserrer des liens distendus, la réclusion rapproche, nous donne une magnifique occasion d’aller vers l’autre et de lui consacrer du temps.

 

Je plains les couples mal assortis qui découvrent leur impossibilité à vivre ensemble, ceux qui ne vivent que pour le sport et ne s’intéressent à rien d’autre, ces supporters de l’entreprise football qui, privés de matchs et désœuvrés, tournent chez eux en rond comme le ballon qu’ils vénèrent. Ceux qui aiment se plonger dans les livres s’en sortent beaucoup mieux. Le musicien qui pratique quotidiennement son instrument aussi. Les clubs de jazz ayant fermé leurs portes et les maisons de disques reporté leurs sorties, on écoute chez soi des albums plus anciens que le temps peut nous faire oublier. Les nouveautés n’arrivant plus, j’ai l’intention ce mois-ci de vous faire partager mon admiration pour des enregistrements que vous connaissez peut-être pas et vous les faire découvrir. La musique, ce puissant anti-stress, devrait être vendu en pharmacie.

 

Un grand merci à Sylvie Durand qui m’a fait parvenir un lien permettant de découvrir gratuitement sur Vimeo “The Ballad of Fred Hersch” (1*), un film de Charlotte Lagarde et Carrie Lozano consacré au pianiste. On suit ce dernier à Cincinnati chez sa mère, chez lui à New York, en Pennsylvanie chez Scott Morgan, son compagnon, mais aussi dans des clubs de jazz (en solo et en trio au Village Vanguard), en studio avec le guitariste Julian Lage et au cours d’une longue répétition de “My Coma Dreams” (2*), un spectacle associant théâtre et musique avec Hersch au piano, un orchestre de dix musiciens et un chanteur. Des documents d’archive (Hersh jouant du Monk au sein du quintette d’Art Farmer en 1982) et des interviews du journaliste David Hadju et du pianiste Jason Moran enrichissent ce portrait intimiste.

 

Confinement oblige, pour la première fois depuis que ce blog existe, vous ne trouverez-pas à la suite de cet édito mes concerts et disques qui interpellent. J’avais prévu de vous annoncer ceux de Sébastien Lovato, Lionel Martin & Mario Stantchev, Jacky Terrasson, Jan Harbeck, Yonathan Avishai, Jean-Louis Matinier & Kevin Seddiki, Sinne Eeg, Marie Mifsud et Baptiste Herbin. Tous devaient se produire dans des salles parisiennes, et certains fêter la sortie d’un nouvel album. Ce n’est que partie remise. Le temps passe très vite, trop vite, comme un cheval au galop. Demain sera déjà septembre. Espérons qu’il sera loin ce mois d’avril 2020 où l’on ne se déconfinait pas d’un fil.

 

1* “The Ballad of Fred Hersch” : www.vimeo.com/145825359

2* Disponible en DVD chez Palmetto, distribution Bertus.  

 

Je vous signale également que chaque soir à 19h00 précise (heure d’été en France), Fred Hersch nous donne à entendre sur sa page Facebook un morceau en direct de chez lui (“Tune of the Day”). Toutes ces vidéos étant archivées, il est possible de les revoir en replay - www.facebook.com/fredherschmusic

 

Photos : Pendules photo X/D.R - Fred Hersch © John Abbott

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commentaires

Shana 07/04/2020 16:57

J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte et un blog très intéressant. Je reviendrai m’y poser. N’hésitez pas à visiter mon univers (lien sur pseudo) Au plaisir.

CARINI Stéphane 03/04/2020 13:38

Cher Pierre,
"Plaindre" de manière quelque peu condescendante ces types sociaux que sont les couples fatigués et indifférents (quelle est la réalité d'une grande majorité des couples ?), les fan de foot (qui n'est pas fan de quelque chose y compris....de jazz ??!), les joggers comme s'ils étaient une espèce en soi, pourquoi pas.....mais la période actuelle n'appelle-t-elle pas AUSSI un peu de compassion, en se souvenant notamment que le blues, et le jazz dans son sillon, c'est A LA FOIS tristesse ET espoir, colère ET appel éperdu, inquiétude ET joie....
Bien cordialement, bon courage à toi et tes proches,
Stéphane.

CARINI Stéphane 03/04/2020 16:09

Etait-ce bien la tonalité initiale de ton propos...qui visait ces "accros", et ces "fan" divers ? Mais bon, pas de procès d'intention superflu ! Allez, plutôt qu'une focalisation sur les toujours nouvelles nouveautés, je propos un beau chassé croisé issu d'un passé toujours vibrant : l'écoute de ce beau thème "We'll be together again" dans les versions respectives d'Anita O'Day (avec O. Peterson au piano) et de Pat Martino (avec Gil Goldstein au piano électrique). Intemporel !
Boone écoute, stéphane.

Pierre de Chocqueuse 03/04/2020 14:11

Cher Stéphane,
Un appartement n'est pas un terrain de football sur lequel on peut courir après une balle. Obligés de rester chez eux, certains pètent les plombs et ceux qui n'aiment que le sport sont très malheureux. Je ne peux donc que les plaindre. Si ce n'est pas de la compassion qu'est-ce que c'est ?