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16 octobre 2008 4 16 /10 /octobre /2008 16:55

Un disque unanimement salué par la critique (voir ce blog en date du 24 septembre), un concert très attendu au New Morning mardi prochain 21 octobre, Ronnie Lynn Patterson fait enfin parler de lui. Tant mieux. Le pianiste parle aussi un français presque parfait. Il se confie à la terrasse d’un café parisien qu’éclaire un doux soleil de septembre, une conversation amicale et chaleureuse qui permet d’esquisser son portrait.     

Ronnie Lynn Patterson est né le 7 mars 1958 à Wichita dans le Kansas. Il a huit ans lorsque son père, infirmier militaire, s’installe avec sa famille à Alcalà de Henares, ville de naissance de Cervantès proche de Madrid. C’est dans le club de la base américaine de Torrejon de Ardoz qu’il joue pour la première fois sur une vraie batterie : « Je m’entraînais avec des cintres sur la planche à repasser de ma mère, un abat-jour en métal me servant de cymbale. »
Quatre ans plus tard, son père ayant été affecté à Colombus, Ronnie Lynn découvre le Mississippi. Il y passe son adolescence, « les années les plus importantes de ma vie avec celles passées en Espagne. » Il continue la batterie, joue du rock et de la soul, prend des cours et remporte le premier prix de caisse claire du Mississippi All States Symphony Orchestra. Le jazz, il le découvre plus tard, en Caroline du Sud où il achève ses études, l’écoute des disques de McCoy Tyner et de Keith Jarrett le décidant à se mettre au piano : « Je travaillais pour payer mes études, la nuit de 4 heures à 10 heures du matin, puis je faisais du piano. J’ai appris à en jouer en quatre, cinq ans. J’écoutais Charlie Parker et tous les grands jazzmen, Dizzy Gillespie que j’adorais, Oscar Peterson, mais je ne voulais pas faire du bop, je cherchais autre chose en improvisant beaucoup. »

Installé à Washington DC dans les années 80, il se produit avec Eddie Henderson et Clifford Jordan. Un ami, Michael Kent, lui présente des africains francophones du Sénégal, lui vante les charmes de la vie parisienne. Après l’espagnol, il découvre le français et part étudier à Montréal, étape de dix-huit mois avant la France enfin rejointe en 1991.
Une prestation remarquée au concours de la Défense ne suffisant pas à le faire connaître, Ronnie  Lynn s’intéresse alors aux musiques classiques et contemporaines, travaille des morceaux de Rachmaninov, de Morton Feldman. Il enregistre deux œuvres de ce dernier en 2001, Piano 1977 et Palais de Mari qui interpellent la critique. « Morton n’était pas trop apprécié par ses collègues musiciens, mais il possédait un langage, un vocabulaire qui lui étaient spécifiques. C’était aussi un bon pianiste. Ses harmonies, sa façon d’aborder le piano m’attiraient. J’utilise parfois ses trouvailles harmoniques dans mes compositions. »
Deux ans plus tard, Ronnie Lynn se décide à enregistrer un disque de jazz, “Mississippi“ « un disque que j’affectionne, qui résonne toujours profondément en moi. » Aldo Romano lui a naguère donné un sérieux coup de pouce en l’invitant à tenir le piano dans “Corners“, un de ses albums. Le contrebassiste de la séance, Michel Benita, sera celui de son disque. Jeff Boudreaux complète brillamment le trio. « Avec ma femme, je l’ai produit moi-même, chez Gérard de Haro à La Buissonne. Une fois terminé, je n’avais pas de maison de disques. J’ai frappé à toutes les portes. Personne n’en voulait. Jean-Jacques Pussiau m’a ouvert la sienne. Il est franc. S’il n’aime pas, il le dit carrément. Il a ses goûts, sa sensibilité, mais surtout un côté humain et affectif qui rendent les choses très faciles. Il a gardé la bande un mois pour l’écouter et la réécouter. Puis il l’a conservée encore une semaine avant d’accepter de la sortir sur Night Bird Music, son label. »

Enfin reconnu comme pianiste de jazz, Ronnie Lynn fait partie du jury du concours international de piano Martial Solal en 2006. Le label bordelais Amor Fati et le Bordeaux Jazz Festival co-produisent sa "Gernika Suite" hommage au peuple basque dont il parle la langue, mais Ronnie Lynn souhaite faire un autre disque en trio et n’a pas le premier sou. « Stéphane Kerecki, Louis Moutin et moi-même avions joué un soir dans un club de Barbès et le concert s’était formidablement bien passé. Louis, je l’avais entendu au New Morning avec son groupe. Son jeu de batterie m’avait tellement séduit que j’avais composé un morceau en pensant à lui. C’est Stéphane Kerecki qui m’a branché sur les gens de Zig Zag Territoires. Il a parlé avec eux et me les a présentés. L’affaire s’est conclue. Stéphane a accepté de jouer la contrebasse. C’est une belle aventure, mais je souhaite enregistrer mon prochain disque avec Michel et Jeff qui m’ont aussi beaucoup apporté. J’en ai la musique en tête. »

(Photo couleur: ©Pierre de Chocqueuse - Photo noir et blanc : ©Jean-Jacques Pussiau)

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