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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 15:41

Le dimanche, mes coups de cœur jazzistiques (élargis à des films, des livres, des pièces de théâtre…). Rencontres, visions surprenantes, scènes de la vie parisienne à vous faire partager... Suivez le blogueur de Choc…

LUNDI 17 novembre
« Lee Miller buvait beaucoup…Elle se faisait porter un verre de scotch à tout moment…Le week-end, nous partions dans la propriété que (Roland) Penrose avait dans le Sussex , à Chiddingly. Ces séjours pouvaient être des cauchemars, tant Lee était ivre. Elle tenait absolument à faire la cuisine. Comme il faisait chaud près des fours, elle cuisinait parfois le torse nu au milieu de ses domestiques » raconte Diane Deriaz, la trapéziste des poètes, dans “La tête à l’envers“, son livre de souvenirs. Avant de s’installer à Paris à la fin des années 20 et de devenir l’assistante de Man Ray qui lui apprit la photographie et fit d’elle des portraits très admirés, Lee fut un mannequin très prisé des plus grands photographes. Très belle, portant des toilettes simples, des pulls de laine et des pantalons de velours gris pâle qui seyaient à son teint, elle devint l’égérie des surréalistes, et Jean Cocteau la fit tourner dans “Le sang d’un poète“. Le musée du Jeu de Paume expose ses photos jusqu’au 4 janvier, divers travaux que complètent des portraits d’elle réalisés par Man Ray, Horst P. Horst, Edward Steichen et George Hoyningen-Huene. L’ensemble très divers réunit aussi bien des photos de mode, que des images d’Egypte (elle y vécut dans les années 30 avec son premier mari, un riche fonctionnaire égyptien), ou ses célèbres clichés de correspondante de guerre.

Pique-nique: Nusch et Paul Eluard, Roland Penrose, Man Ray et Ady Fidelin, île Sainte-marguerite 1937 - Autoportrait en serre-tête 1933. ©Lee Miller Archives.

 

Danilo Perez au Sunside. En trio avec Ben Street à la contrebasse et Adam Cruz à la batterie, le pianiste combine hardiment un jeu rythmique dans lequel se reflètent ses origines latines et une approche harmonique sophistiquée héritée de ses années d’étude de la musique classique européenne au Conservatoire National de Panama. On est surpris par ce jeu inventif qui brasse beaucoup de notes et prend toutes sortes de directions. Danilo Perez joue de longues phrases aux couleurs modales. La main droite harmonise, brode des variations ; la gauche baigne la musique dans le rythme. Bach et ses fugues assouplissent les doigts, leur donnent de la grâce. Une légèreté dont profitent les nombreux pas de danse que dessine la musique.  

MARDI 18 novembre
Yaron Herman et Joachim Kühn à Nantes. Deux concerts pour le prix d’un, à prix coûtant, au Grand T. Sacralisé par les dernières Victoires de la Musique, Yaron nous emporte dans un maelström de notes perlées, martelées, tourbillonnantes qu’il attaque avec une vélocité gourmande. Imperturbable, Matt Brewer assure le tempo, trouve les accords qui reposent, les notes qui surprennent. Gerald Cleaver indisponible, Tommy Crane pose des rythmes forts, les martèle de ses tambours de jungle. Phil Costing et sa copine en sont tout ébaubis ! Disposant d’une rythmique plus carrée, Yaron fait chanter des accords impossibles, transforme, invente. Toxic de Britney Spears qu’il inclut fréquemment à son répertoire a l’air d’un nouveau morceau. Hatikva n’en est pas un. Israël en a fait son hymne national. Jouée en rappel, sa mélodie magnifique, toucha les nantais jazzophiles.

 

Joachim Kühn semble tout droit sortir d’un livre de Goethe. Bonheur de le voir entouré par des jeunes musiciens qui admirent son piano : Christophe Monniot aux saxes, Sébastien Boisseau (de Nantes) à la contrebasse, Christophe Marguet à la batterie. A l’initiative de ce dernier, ce quartette existe et enchante. Les pièces, toutes écrites par les membres du groupe, ne sont que le fil conducteur d’une musique changeante comme les couleurs du ciel. Energie pure et averse lyrique provoquent d’étonnants moments d’entente entre le piano et le saxophone. En éveil, la contrebasse arbitre. Le batteur colore, bruine des sons aériens, mitraille du bronze et du cuivre, commentaires rythmiques au cours desquels les notes trouvent naturellement leur place. Kühn sait leur donner du poids. Ses mains agiles convoquent Bach, esquissent des fugues inattendues, moments de grâce d’une musique ouverte à tous les possibles.

MERCREDI 19 novembre
Two Lovers“ de James Gray est un film superbe. S’éloignant des milieux mafieux dans lesquels baignent ses longs métrages précédents (“Little Odessa“, “The Yard“, “La nuit nous appartient“), James Gray filme une touchante histoire d’amour entre un homme et deux femmes, et renouvelle brillamment le thème éculé du triangle amoureux. Meurtri par une ancienne liaison qui s’est mal terminée, Leonard (Joaquin Phoenix) manque son suicide. Il souffre de troubles bipolaires, prend quantité de médicaments et sa fragilité fascine Sandra (Vinessa Shaw), la fille des amis de ses parents qui songent justement à la marier. Leonard attiré, rencontre presque en même temps Michèle (Gwyneth Paltrow), une voisine aussi perturbée que lui par une liaison avec un riche homme marié. Il en tombe amoureux. Le metteur en scène jette un regard sensible sur ses personnages dont les acteurs traduisent magnifiquement les émotions. La caméra capture leurs désarrois, leurs attitudes, la grande justesse de leurs sentiments. Joaquin Phoenix est extraordinaire en homme blessé, indécis, mélancolique, et les actrices formidables, Gwyneth Paltrow en séduisante séductrice toxico et la presque trop discrète Vinessa Shaw dont les regards en disent plus que les rares dialogues qui lui sont confiés.

JEUDI 20 novembre
La grande question que l’Amérique se pose : faut-il repeindre la Maison Blanche ?

 

VENDREDI 21 novembre
D'abord paisibles, de jolies notes gonflent et se déversent comme des vagues à l’approche d’un rivage. Cette musique impressionniste que le batteur ponctue légèrement de ses cymbales déverse son trop plein de tendresse dans le Duc des Lombards. Jean-Philippe Viret à la contrebasse, Edouard Ferlet au piano et Fabrice Moreau à la batterie nous font cadeau d’un jazz intimiste d’une rare transparence. Les sons y ont leur importance. Peaux, cordes, métaux s’accouplent, donnent une couleur particulière à des morceaux fluides qui se donnent le temps de respirer, petites notes lancées à un grand vent qui les porte, les restitue intactes et chargées d’un air pur. Nouvellement composé par le batteur, Vert en contient quelques-unes. Un peu de couleur s’y ajoute, mais plongée dans un grand bain d’âme, cette tendre ritournelle devient moment de pure magie, son exquise fragilité lui donnant tout son poids. Cette musique qui fait voir des images – le magnifique Peine perdue - , s’ouvre aussi à l’abstraction, gagne des terres moins explorées. Son mystère n’en est que plus intense.

SAMEDI 22 novembre
Revu en DVD “Le Cuisinier, le voleur, sa femme et son amant“ de Peter Greenaway. Bien que traitant accessoirement du cannibalisme (la femme fait manger au voleur qui l’a assassiné le corps de son amant) le film va bien au delà de la simple provocation. Greenaway est un peintre qui construit ses scènes comme des tableaux. Utilisées comme un langage et associées à des symboles, les couleurs possèdent une vie propre. L’action se déroule principalement dans trois pièces communicantes de couleurs différentes. L’immense cuisine qu’occupent les vrais cuisiniers de l’hôtel Savoy à Londres, verte comme la végétation et la chlorophylle, fait pendant au rouge sang carnivore de la grande salle de restaurant. Le metteur en scène y a intentionnellement placé un grand tableau de Frans Hals, un portrait de miliciens dont s’est inspiré Jean-Paul Gaultier pour les costumes. Les toilettes « lieu où l’on pisse et chie et où l’on régurgite tout ce que l’on a ingéré » pour citer Greenaway interviewé dans le bonus de ce DVD, sont d’une blancheur immaculée. Le bleu domine le parking. Les couleurs des vêtements changent aussi lorsque les personnages passent d’une pièce à une autre. Organisé, chorégraphié comme un ballet, le film dans sa dernière partie se rapproche de l’opéra. Un rideau rouge se referme à la fin du dernier acte et la musique de Michael Nyman y occupe une place importante. Ce film baroque, dérangeant et beau reste une réussite incontestable.

 

Photos ©Pierre de Chocqueuse - Photos de Lee Miller ©Lee Miller Archives. Avec l'aimable autorisation du Musée du Jeu de Paume.

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commentaires

Emmanuel Fouquet 23/11/2008 21:45

Avec ce temps brutalement hivernal, rien de mieux, en effet, que d'aller voir des expos l'après-midi !
Celle consacrée à Lee Miller est il est vrai, assez captivante, aussi bien pour la beauté de la personne que pour la richesse de sa production photo.
Et on découvre aussi des aspects moins connus, comme ses piètres qualités de mère ...
A propos d'expo photo, ne pas manquer non plus celle sur la photo américaine des années 70 à la BN Richelieu, qui frappe souvent par sa puissance, il n'y avait pas que Diane Arbus à cette époque!