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7 décembre 2008 7 07 /12 /décembre /2008 10:31

Le dimanche, mes coups de cœur jazzistiques (élargis à des films, des livres, des pièces de théâtre…). Rencontres, visions surprenantes, scènes de la vie parisienne à vous faire partager... Suivez le blogueur de Choc…

LUNDI 1 décembre
Pluie de disques de Richie Beirach à la Fnac Montparnasse. Des imports japonais pas bon marché ce qui m’empêche d’être trop gourmand. Je cherchais depuis longtemps à me procurer "Elegy for Bill Evans", un enregistrement de 1981 que je possédais autrefois en vinyle. Avec George Mraz à la contrebasse et Al Foster à la batterie, le pianiste rend hommage au musicien qui l’a probablement le plus influencé. S’il peut jouer free et composer des pièces atonales, Beirach est surtout un grand romantique qui fait chanter son clavier. Au sein de Quest, assurément l’un des groupes les plus remarquables des années 80, son tendre piano tempère le soprano volcanique de Dave Liebman, porte le calme au cœur de la tempête. L’irremplaçable Vladimir me conseille “Romantic Rhapsody“ enregistré pour Venus en novembre 2000. En général, je ne goûte pas trop les productions de ce label destiné au marché japonais. Ces derniers raffolent des pianistes qui sucrent leur musique et ne jouent que des ballades. “Romantic Rhapsody“  ne contient que cela, mais Beirach sait habilement durcir son jeu et évite les jolies notes inutiles. George Mraz assure toujours la contrebasse, mais Billy Hart remplace Al Foster et sa frappe est plus dure. On comparera les deux versions de Spring is Here. Dans celle de 1981, l’introduction au piano est inoubliable et Mraz tient une forme éblouissante. Son jeu de contrebasse fait la différence. Je me laisse également tenter par un disque de piano solo, un concert au Japon de 1981. Beirach reprend trois de ses morceaux dont le magnifique ELM, et trois standards de ou associés à Bill Evans. Du bonheur garanti
!

Mon confrère et ami Marc Tarascoff indisponible, je préside la commission livres de l’Académie du Jazz réunie autour d’un déjeuner à La Caseta, rue Pierre Charron. Son but : décerner un prix au meilleur livre de jazz de l’année. Les débats furent évidemment passionnés. Comment comparer une étude critique ou une biographie et un livre de photos ? Ma proposition de donner deux prix ex-aequo n’étant point retenue, il fallut deux tours de scrutin pour départager les candidats. Le prix sera remis le 18 janvier prochain. Il vous faudra patienter jusque-là pour connaître les résultats. De gauche à droite sur la photo : Alex Dutilh, Jacques Bisceglia, Gilles Coquempot, moi-même, André Francis, Alain Tomas et Jean-Louis Lemarchand. (Photo X)


MARDI 2 décembre
Les films de Peter Greenaway me plaisent décidément beaucoup. Après “The Pillow Book“ et “Le Cuisinier, le voleur, sa femme et son amant“ (chronique dans la semaine du blogueur du 23 novembre), je revois avec plaisir “Le Ventre de l’architecte“, un film dont chaque scène est un tableau, chaque couleur, chaque objet trouve sa place dans des cadrages sophistiqués. La caméra bouge peu ce qui permet au regard de se fixer sur les décors. Greenaway travaille comme un peintre et son cinéma n’a pas forcément besoin de mouvement. Un architecte américain (Brian Dennehy) séjourne à Rome pour y organiser une exposition sur Etienne Louis Boullet (1728-1799), un architecte français que peu de gens connaissent, mais qui a réellement existé. Il souffre de maux d’estomac, pense que sa femme veut l’empoisonner, se découvre un cancer qu’il développe alors même que sa femme attend un enfant. Pour les anciens Romains, le ventre était le siège de l’âme. A Rome, l’architecte américain obsédé par son ventre perd la sienne avec sa vie. Réflexion sur la création artistique, sur les pouvoirs que l’architecture peut exercer sur la raison, “Le Ventre de l’architecte est aussi un portrait du père de Peter Greenaway, un passionné d’histoire naturelle et d’ornithologie, un homme corpulent qu’un cancer de l’estomac emporta.


MERCREDI 3 décembre
Les éditions Zulma rééditent depuis janvier 2008 la saga des Fu Manchu dans une nouvelle traduction d’Anne-Sylvie Homassel. Deux volumes sont déjà parus, “Le mystérieux Docteur Fu Manchu“ et “Les créatures du Docteur Fu Manchu“, publiés pour la première fois en 1913 et 1916. Ils m’enchantent. Long, maigre, félin, les épaules hautes, le front de Shakespeare et le visage de Satan, le Chinois cruel incarne le péril jaune. Face à lui Nayland Smith, l’agent spécial de Birmanie, au visage maigre et hâlé, au regard d’acier. Comme Sherlock Holmes imaginé par Conan Doyle dont Sax Rohmer a certainement lu les exploits, Smith a son Docteur Watson, le Docteur Petrie compagnon fidèle et narrateur de ses aventures dans les bas-fonds et les docks de Londres noyés par le brouillard. Le meilleur film consacré à Fu Manchu reste “Le masque d’or“ réalisé par Charles Brabin en 1932. Boris Karloff prête ses traits au terrible Docteur. Auteur prolixe, Sax Rohmer (1883-1959) né Arthur Henry Sarsfield Ward créa d’autres personnages tout aussi pittoresques dont un prêtre détective musulman, l’imam Abu Tabah. Ses six enquêtes parurent à Londres en 1916. Le regretté Francis Lacassin les publia dans la collection 10/18 en 1988.


JEUDI 4 décembre
Jusqu’au 9 janvier, la librairie Lecointre Drouet, 9 rue de Tournon 75006 Paris (01 43 26 02 92) expose des affiches et des livres de Tadanori Yokoo. Né en 1936 à Nishiwaki, Tadanori commença par dessiner des affiches publicitaires. « Mon rêve était de devenir peintre. Le destin me conduisit à l’affiche ». Dans les années 60, il rencontra de nombreux artistes qui lui ouvrirent les portes de l’underground japonais. Il se lia avec les écrivains Yukio Mishima et Tatsuhiko Shibusawa (ami intime de Mishima. Ce dernier s’est inspiré de sa“Vie du Marquis de Sade“ pour écrire“Madame de Sade“, pièce récemment montée à Paris), avec le scénariste et metteur en scène Shûji Terayama. Il réalisa des pochettes de disques (“Lotus“ de Santana, “Agharta“ de Miles Davis), des cartons d’invitations pour les défilés d’Issey Miyake. Ses affiches, peintures, collages, livres relèvent du pop art, empruntent aux réclames américaines des années 5O, à des motifs de kimonos anciens (les parents de Tadanori en fabriquaient), mais aussi à la tradition des estampes japonaises d’Hiroshige et d’Hokusai.

VENDREDI 5 décembre
Lecture du tome 2 de “La Théorie du grain de sable“ de François Schuiten et Benoît Peeters, volume appartenant au fameux cycle des Cités Obscures. Le dessin en noir et blanc au service d’une histoire relevant du fantastique, illustre de très belles pages. Schuiten a le sens des perspectives et sait fort bien dessiner des édifices architecturaux. Ses personnages sont également travaillés. Aidée par Constant Abeels, héroïne de ce récit en deux parties, Mary Von Rathen, « l’enfant penchée », parvient à remettre en place le Nawaby disparu du pays Bugti qui perturbe l’ordre des choses. Victime d’inondations catastrophiques dans un précédent volume de la saga, Brüsel et ses habitants pâtissent de phénomènes bien plus graves. Surtout Monsieur Maurice qui perd du poids et échappe peu à peu à la gravitation. Les planches affirment un trait sûr. D’une grande force poétique, ils témoignent de la capacité imaginative des auteurs à poursuivre une série qui conserve son charisme.


Concert d’Issam Krimi au Studio de l’Ermitage à l’occasion de la parution de “Post Jazz“, disque dont vous trouverez prochainement la chronique dans ce blogdechoc. Issam interpréta bien sûr les morceaux de son nouvel album, leur donnant toutefois un aspect plus rock. Sur scène la musique se fait dure, se pare d’autres couleurs et monte en puissance. La batterie de Nicolas Larmignat tonne des rythmes lourds ; le violoncelle d’Olivier Koundouno leur ajoute du mystère. Issam Krimi montre peu ses capacités pianistiques. Il joue une musique jeune et énergique, préfère les discours collectifs aux longs chorus individuels.
Le jazz s’y révèle marginal au sein d’une passionnante musique composite au carrefour de nombreuses influences.
(Photo ©Pierre Luzy)

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