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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 17:46

Etonnant parcours que celui d’Enrico Rava. En 1957 à Turin, il assiste à un concert de Miles Davis et décide de jouer du bop à la trompette alors qu’il pratique du dixieland au trombone. Dans les années 60, il joue avec Gato Barbieri, Steve Lacy, souffle des notes de feu, recherche le jaillissement du cri. Installé  à New York en 1967, il se produit tout naturellement avec les musiciens d’avant-garde, travaille au sein de la Jazz Composer’s Orchestra Association de Carla Bley et Mike Mantler. Cette esthétique free qui est la sienne jusqu’aux années 90 va progressivement s’estomper. Enrico Rava s’intéresse alors à l’écriture musicale, compose en se préoccupant davantage de la forme. Il adoucit son jeu, fait sonner sa trompette comme celle de Miles Davis. C’est un musicien lyrique qui grave une nouvelle série d’albums pour ECM à partir de 2003. “Easy Living“ est même une énorme surprise. Nulle urgence dans son jeu, mais des phrases chantantes, une célébration de la mélodie inattendue. A ses côtés, Stefano Bollani, un jeune pianiste italien, fait déjà parler de lui. Il joue dans ce “New York Days“, enregistré en quintette à New York. Le trompettiste y retrouve Paul Motian, le batteur d’“Escalator Over the Hill“ et de “Tati“, un grand disque en trio. Larry Grenadier assure la contrebasse et le saxophoniste Mark Turner complète le groupe. Bien que ce dernier aime les accords tarabiscotés, sa sonorité réfléchie s’accorde à celle, chantante, de Rava. Il muscle la musique par la vivacité de ses chorus, pousse le trompettiste à monter dans les aigus, à retrouver un peu le vertige de ses années rebelles. Le jazz abordé est ici est largement modal. Le trompettiste avoue avoir réduit sa musique à l’essentiel, à des mélodies très simples (le thème de Certi Angoli Segreti fait penser à du Nino Rota). Il laisse ainsi ses musiciens tisser des fils harmoniques, embellir la musique et la faire respirer. Les climats sont plus sombres que d’habitude. Les tempos plus lents favorisent la recherche de paysages sonores proches de l’abstraction (Outsider). Comme d’habitude, Motian commente, propose un langage rythmique qui lui est personnel. Attentif, Grenadier économise ses notes, joue les plus utiles, fait parfois tenir à sa contrebasse un rôle de bourdon. Le flux harmonique ralenti permet l’enchevêtrement de nombreuses séquences rythmiques. Constamment à l’écoute, Bollani cimente les échanges, les contre-chants auxquels se livrent la trompette et le saxophone. Ses petites notes élégantes relancent le discours mélodique, le prolongent par de belles improvisations (Lady Orlando). Un des très beaux disques de cette nouvelle année.

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commentaires

lionel.eskenazi 06/02/2009 19:55

Très beau disque en effet, je partage tout à fait le point de vue de cette chronique. Une petite précision tout de même, le morceau Certi Angoli Segreti ne ressemble pas à du Nino Rota, c'est du Nino Rota ! Il s'agit d'une mélodie reprise note pour note de la musique de Amarcord de Fellini (la mélodie était interprétée par un accordéon). Ce clin d'oeil ne me dérange absolument pas car on connaît depuis longtemps l'amour de Rava pour Rota et il a l'intelligence musicale d'en faire tout à fait autre chose. Ce qui me gêne, c'est qu'il signe le morceau sans citer Nino Rota.