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13 juin 2009 6 13 /06 /juin /2009 10:57
MARDI 26 mai : Onishi qui mal y pense…
Nicolas Folmer invite Junko Onishi à partager sa musique au Duc des Lombards. La pianiste japonaise s’est fait connaître en jouant à New York avec Joe Henderson, Betty Carter, Kenny Garrett et au sein du Mingus Dinasty. “Wow“ son premier disque date de 1993. Elle a enregistré huit autres albums sous son nom dont deux au Village Vanguard de New York en 1994 avec la section rythmique de Wynton Marsalis (Reginald Veal et Herlin Riley). Elle est également la pianiste de Jackie McLean dans “Hat Trick“, un disque de 1996 et de Joe Lovano dans “Tenor Time“ un enregistrement de septembre 1996 (un grand merci à Gilles Coquempot et à Francis Capeau pour ces précisions). Junko Onishi s’est produite en France et en Europe en 1995 (avec Jean-Jacques Avenel et Tony Rabeson). Depuis “Fragile“ (1999) un opus très commercial, une déception pour son public, la pianiste fait peu parler d’elle. La retrouver sur la scène du Duc avec Nicolas Folmer à la trompette, Denis Leloup au trombone et à la trompette basse, instrument que l’on entend rarement, Mauro Gargano, impressionnant de musicalité à la contrebasse, et Remi Vignolo à la batterie est donc un évènement. Possédant un vocabulaire harmonique très étendu, Junko multiplie les prouesses techniques, ses mains agiles et virevoltantes faisant danser de nombreuses notes. Très à l’aise dans le bop, elle accompagne en plaquant des accords inattendus. Dans les ballades, elle ornemente, joue de beaux arpèges, des notes perlées et délicates (In a Sentimental Mood) sa grande technique servant une imagination quasi intarissable. Lorsque Nicolas Folmer et Denis Leloup la convient à improviser sur des thèmes de Charlie Parker (Moose the Mooche, Anthropology) aux tempos très rapides, Junko Onishi s’amuse, répond sans peine aux chorus expressifs du trombone, aux phrases fiévreuses et bien sculptées de la trompette, ses doigts très souples tricotant d’étonnants voicings parfaitement équilibrés et rythmés.

SAMEDI 30 mai 
Avec le temps, la voix de John Greaves se fait plus rauque sans rien perdre de sa justesse. Seul au piano, il chante quelques-unes de ses compositions, des poèmes de Verlaine qu’il a récemment mis en musique. Le temps d’un morceau, le trompettiste David Lewis laisse sa place à Sylvain Kassap dont la clarinette apporte des couleurs différentes. Jef Morin monte sur scène avec sa guitare électrique. Karen Mantler, la fille de Michael Mantler et de Carla Bley est aussi de la fête. John la connaît depuis les séances de "Kew. Rhone" (1976), album mythique dans lequel Carla joue du saxophone ténor. Même coiffure et couleur de cheveux que cette dernière, une voix un peu fragile (le trac), mais beaucoup de charisme. Colloque sentimental : Matthieu Rabaté a pris place derrière la batterie, John joue de la basse électrique, Karen de l’harmonica, de l’orgue et du piano électrique. Elle chante des mélodies délicieuses, des chansons pour ses chats (My Cat Arnold) et ses poissons dorés (Goldfish). Ses morceaux possèdent l’énergie du rock et les couleurs du jazz, trompette et guitare assurant des chorus fiévreux sur des tempos binaires pouvant être musclés.

DIMANCHE 31 mai
Vu “Gamperaliya“ (Changement au village), magnifique film sri lankais de Lester James Peries, cinéaste né en 1919 dont l’œuvre conséquente nous est presque entièrement inconnue. Auteur du premier long-métrage en langue cinghalaise tourné à Ceylan “Rekava“ (la ligne du destin), son premier film présenté à Cannes en 1957), Peries réalise un émouvant portrait de femme partagé entre deux amours. Courtisée par un garçon instruit mais pauvre qui n’est pas de son milieu, Nanda doit accepter le choix de ses parents qui lui préfèrent un jeune et riche oisif de bonne famille. Ruiné par le jeu et les mauvaises affaires, ce dernier l’abandonne, disparaît pendant de longues années. Son décès ayant été annoncé, la jeune femme épouse son premier amour qui a fait fortune à Colombo. Mais son mari est-il bien mort ? Tourné en noir et blanc en 1963, joliment filmé par le chef opérateur William Blake, “Gamperaliya“ capte avec finesse l’évolution des sentiments des personnages, le passage du temps dans une société rurale en pleine transformation. La caméra cadre avec justesse la nature, la magnifique propriété d’une famille aisée, son déclin après le décès du père. Restauré en 2008 (sauf le générique début, sans doute pour nous montrer la différence), “Gamperaliya“ troisième film de Lester James Peries, l’un des préférés de Satyajit Ray, n’avait jamais été distribué en France. Projeté depuis le 6 mai au Reflet Medicis (3/7 rue Champollion, 75005 Paris), il est actuellement visible le dimanche et le mardi à 11h25 jusqu’au 16 juin. Ensuite, consultez le programme.

SAMEDI 6 juin
Un super groupe : Dave Liebman et Jean-Charles Richard au saxophone soprano, Daniel Humair à la batterie et Stéphane Kerecki à la contrebasse. On attendait Jean-Paul Celea. Stéphane le remplaça au pied levé, apportant un jeu mélodique, des lignes très simples pour ponctuer le discours créatif et sauvage des solistes. Car Liebman et Richard soufflent des notes de feu lors de conversations brûlantes qu’attise un Humair volcanique. Bien que libre et improvisé, ce jazz moderne repose sur des thèmes. Hand Jive (Tony Williams), Lonely Woman (Ornette Coleman), India (John Coltrane) font ainsi l’objet de relectures aventureuses, d’un traitement harmonique pour le moins novateur. Liebman affectionne un style véhément, mais peut tout aussi bien calmer le jeu, revenir à la mélodie et la jouer avec lyrisme. Richard fait de même. Il sait éteindre ses notes incendiaires, les tremper dans un baume apaisant. Il en résulte une musique imprévisible, pleine de tensions et de brusques détentes, de changement de tempos inattendus, vagues sonores de tailles diverses dont les ondes se propagent encore dans nos têtes. Photos © Pierre de Chocqueuse

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