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17 juin 2009 3 17 /06 /juin /2009 10:14
Les jazzmen sont aujourd’hui nombreux à puiser leur inspiration dans le rock et la pop music des années 60 et 70. Un certain nombre d’enregistrements publiés depuis quelques mois sentent bons les prés et les fleurs des champs.

Celles de la campagne anglaise parfument “Around Robert Wyatt“ (Bee Jazz/Abeille Musique), premier opus de l’Orchestre National de Jazz sous la direction artistique de Daniel Yvinec. Amateur du légendaire Soft Machine, Daniel a organisé un des trois programmes de l’orchestre autour des compositions de son ex-batteur. Vincent Artaud a habillé ses mélodies inoubliables d’arrangements somptueux. Les voix de Yael Naïm, Arno, Camille, Rokia Traoré, Irène Jacob, Daniel Darc et de Robert lui-même les portent au septième ciel.


Si la place accordée à l’improvisation est assez restreinte (reproche que ne manquent pas de faire les détracteurs de l’orchestre), que dire du nouveau disque de Brian Blade, “Mama Rosa“ (Verve/Universal), étonnant recueil de chansons que l’on croirait surgir de la Californie des années 70. Le batteur de Wayne Shorter utilise des musiciens de son Fellowship Band (Jon Cowherd, Kurt Rosenwinkel, Chris Thomas), chante, joue du piano, de la guitare, de la basse et bien sûr de la batterie. La guitare électrique de Daniel Lanois sonne comme celle de Neil Young et l’on n’écoute pas ce disque inattendu et superbe sans penser au célèbre “If I Could Only Remember My Name…“ de David Crosby et à “No Other“ opus inoubliable de Gene Clark, deux fleurons de la pop californienne.

Le pianiste Alexandre Saada n’hésite pas à donner dans la pop anglaise de la fin des années 60. Dessinée par son frère Emmanuel, la pochette de “Panic Circus“ (Promise Land/Codaex), son nouvel album, évoque les années colorées du Flower Power. La musique aussi. Les musiciens n’oublient pas le jazz, mais privilégient les mélodies qu’ils habillent de sonorités cristallines et trempent dans un grand bain d’eau fraîche. Alexandre improvise au Fender Rhodes ; outre du ténor, Sophie Alour joue de la clarinette et de la flûte, instrument qui donne un aspect champêtre à la musique et fait penser aux premiers albums de Traffic avec le regretté Chris Wood. Jean-Daniel Botta, le bassiste, prête sa voix à deux chansons. Sorties il y a quarante ans, elles auraient probablement fait un tabac sur Radio Caroline.

A Thin Sea of Flesh“ (Le Chant du Monde/Harmonia Mundi), le nouveau disque d’Elise Caron est également très british. Issu du conservatoire de Marseille, l’auteur des musiques, Lucas Gillet, leur a donné un aspect très anglais, enveloppant la voix pure et sensuelle d’Elise dans des volutes sonores raffinées. Magnifique comédienne, cette dernière chante des poèmes de Dylan Thomas, leur confère une dimension saisissante. Ecoutez Paper and Sticks, And Death Shall Have No Dominion, I Have Longed to Move Away, pièces possédant chacune une instrumentation propre, morceaux lyriques d’une fraîcheur évidente. Avec Aldo Romano, Henri Texier, Alex Tassel, Franck Avitabile et Géraldine Laurent (le 21), Elise sera au Sunside samedi et dimanche prochains (20 et 21 juin) dans un programme consacré à Boris Vian.

Pierrick Pedron phrase bop sur des accords de rock dans “Omry“ (« ma vie »), un album qui se veut un hommage au Pink Floyd et à la chanteuse égyptienne Oum Kalsoum. Pierrick détourne des mélodies, en invente d’autres et subjugue au saxophone alto. Malgré une guitare et des claviers électriques, l’album reste toutefois davantage ancré dans le jazz que dans le rock. Je n’en aime pas trop la musique, mais on ne peut l’ignorer.


Plainville“ (Fresh Sound New Talent/Socadisc), le second disque du saxophoniste Jeremy Udden, est une énorme surprise. De facture classique, son opus précédent ne nous a pas préparé à ce jazz blues teinté de folk et de country music. L’instrumentation du groupe fait penser au Band, groupe légendaire qui naguère accompagna Bob Dylan. L’album ouvre sur une mélodie divine introduite par un orgue à pompe et un banjo. On est d’emblée en Amérique, à Plainville, bourgade rurale de la Nouvelle Angleterre entre Boston et Providence. Jeremy Udden y passa sa jeunesse. Son album accorde une large place aux guitares électriques et acoustiques. Curbs et Big Lick sonnent très rock. Brandon Seabrook joue aussi du banjo et de la pedal steel guitar. On pense à certains disques de Bill Frisell. Comme lui, Jeremy Udden réinvente et transpose de manière onirique les musiques qui bercèrent son adolescence et nous livre un superbe livre d’images sonores sur la grande Amérique.

Le jazz de l’été se pare donc des couleurs de la pop. Samedi prochain à 16 heures 30, la pianiste italienne Rita Marcotulli donnera un concert hommage au Pink Floyd au Parc Floral de Vincennes. Le 2 juillet, Donald Fagen et Walter Becker seront à l’Olympia avec Steely Dan. Leur tournée européenne s’intitule Left Bank Holiday. Outre Fagen (chant et claviers) et Becker (guitare), elle réunit Marvin Stamm (trompette), Jim Pugh (trombone), Walt Weiskopf et Roger Rosenberg (saxophones), Jon Herington (guitare), Jim Beard (claviers), Freddie Washington (basse), Keith Carlock (batterie) et les choristes Tawatha Agee, Janice Pendarvis et Catherine Russell. Un concert événement à ne pas manquer.
 
Photo Elise Caron © Gala Colette

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Dossier
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