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1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 10:30

MARDI 22 septembre

La nuit du Jazz Turc. Difficile d’assister à tous les concerts que proposent ce soir-là les clubs de la rue des Lombards. Initialement prévu à 20 heures, celui du Murat Öztürk trio est repoussé à 21 heures 15. Je commence donc mon périple musical par le Sunside qui accueille une légende. Aydin Esen ne s’est pas produit en France depuis plusieurs années. En 1989, il arrive à Paris avec son sac à dos, participe à la première édition du Concours International de Piano Martial Solal et le remporte à la surprise générale. Personne ne connaît alors ce pianiste né à Istanbul en 1962. Douze ans d’étude au conservatoire de sa ville natale qu’il complète à Berklee et à la Juilliard School lui assure un solide bagage technique. François Lacharme s’empresse alors de lui faire enregistrer un disque en trio chez JMS. Aydin tient également le piano dans “Edges“, un opus de Daniel Humair pour Label Bleu. Sa grande affaire reste “Anadolu“ enregistré à New York en 1992, un disque qui rassemble de formidables musiciens (Jon Faddis, Dave Liebman, Bob Mintzer, Dave Holland, Peter Erskine) et démontre le talent d’arrangeur du pianiste compositeur. En 2000, Aydin enregistra un superbe album en trio avec Miroslav Vitous et le batteur Vinnie Colaiuta. Universal ne jugea pas opportun de le sortir en France. La musique qu’il contient n’est guère éloignée de celle qu’il nous fit entendre au Sunside. A la basse électrique, Selcuk Karaman n’a certes pas l’étoffe de Vitous, mais l’énergie que dégage le trio est pour le moins impressionnante. Aydin Esen enthousiasma par ses voicings de rêve. La main gauche ne quitte guère le clavier du piano et fait entendre un ostinato envoûtant, la droite virevolte et joue divers synthés qui donne des couleurs à la musique. Possédant un toucher extrêmement fin, il contrôle parfaitement l’attaque et la résonance de ses notes. Ses harmonies délicates enrichissent un jeu souvent rythmique que drive avec bonheur Volkan Oktem à la batterie.
Le set terminé – une bonne heure de musique inventive et surprenante - , je cours au Duc écouter Murat Öztürk. Né en Lorraine en 1973 d’un père turc et d’une mère italienne, le pianiste a suivi les cours de piano de la Bill Evans Piano Academy de Paris et a enregistré deux albums passés inaperçus. Mieux produit et contenant d’excellentes compositions, le troisième risque de le faire connaître à un public plus large. Murat joue un piano souvent modal aux harmonies raffinées, fait entendre peu de notes, mais les choisit avec goût. Il s’entend très bien avec la contrebasse chantante et mélodique de Gautier Laurent. Son batteur Olivier Strauch joue par contre un peu fort compte tenu de l’approche minimaliste du piano, un jeu tout en douceur dans lequel compte la moindre nuance. Murat nous offrit  quelques morceaux de son nouveau disque - un Fog’s Frog Blues très réussi, une version de Crossing my Bridge un peu décevante par rapport à celle, miraculeuse, de l’album – , mais aussi Soyle
, morceau qui donne son nom à un premier opus de jeunesse. On suivra attentivement la carrière de ce musicien attachant.
Photos © Pierre de Chocqueuse

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Vu et Entendu
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