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20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 13:16

D.-Linx-ouverture.jpg

MERCREDI 12 janvier

Pour la cinquième année consécutive, le grand foyer du théâtre du Châtelet accueillait l’Académie du Jazz et ses invités, un aréopage de musiciens, F. Lacharmejournalistes, producteurs, responsables de maisons de disques, éditeurs d’ouvrages musicaux, agents artistiques et représentants du Ministère de la Culture venu assister à sa traditionnelle remise de prix.

 

Après un bref discours inaugural, son président François Lacharme invita le dessinateur Cabu à le rejoindre sur le podium afin de remettre le Prix du Livre de Jazz à Misterioso pour “Le petit livre à offrir à un amateur de jazz”, ouvrage ludique et drôle qu’un Boris Vian n’aurait pas désavoué. Bien connu des lecteurs de Jazz Magazine / Jazzman pour ses grilles de mots croisés, son auteur affublée d’un masque remercia l’Académie par une chanson de circonstance, une reprise de Misterioso de Monk enrichie de paroles de son cru qu’elle interpréta Misterioso-c-J.M.-Legros.JPGaccompagnée de Claude Carrière au piano. Cet exercice vocal périlleux pour une cruciverbiste « s’amusant à croiser des mots incognito », fut salué par une salve nourrie d’applaudissements. J’en profite pour vous signaler que le site Drôle de Jazz - www.droledejazz.wordpress.com - vient de décerner son prix Boris Gland (le livre le plus drôle de l’année) à Michel-Yves Bonnet pour “Jazz et complexité, une compossible histoire du jazz”, ouvrage non retenu par la commission livres de l’Académie, ses membres n’ayant pu déchiffrer et encore moins comprendre ce que raconte l’auteur.

 

Echoes.jpgLe directeur du Châtelet, Jean-Luc Choplin, remit le Prix du Jazz Classique au groupe Echoes of Swing pour son disque “Message from Mars”. Dirigée par le pianiste allemand Bernd Lhotzky, la formation comprend le trompettiste anglais Colin Dawson, le saxophoniste germano-américain Chris Hopkins et le batteur allemand Oliver Mewes. Ils résident en Allemagne, ont fait le voyage pour recevoir leur récompense et interprètent deux morceaux dont un joli arrangement de l’étude opus 25 n°9 de Chopin (Papillon).

 J.-Perin-c-J.M.-Legros.JPG

Comme l’an passé, Jacques Périn remit les Prix Soul et Blues. Le premier revient à “Nothing’s Impossible”, un des derniers enregistrements  de Solomon Burke décédé le 10 octobre 2010 ; le second au guitariste et chanteur Roy Gaines pour son album “Tuxedo Blues”. Gaines travailla pour les Jazz Crusaders, Ray Charles et participa en tant que sideman à de nombreuses séances d’enregistrements (notamment pour Jimmy Rushing, Stevie Wonder, Aretha Franklin et Milt Buckner).

 

Récompensé pour l’ensemble de son œuvre, le pianiste italien Franco D’Andrea reçut des mains de Jean-Luc Ponty le Prix du Musicien Européen. Membre de la Ponty---D-Andrea-cJM-Legros.JPGformation d’Aldo Romano à la fin des années 80, auteur d’un magnifique album en trio pour Owl Records en 1989, et plus récemment en 2001 d’une vaste somme pianistique pour Philology, (huit disques en solo), Franco D’Andrea est beaucoup moins connu en France que son compatriote Enrico Pieranunzi. Il interpréta deux morceaux en solo, Naima et une longue pièce dissonante et virtuose totalement improvisée. Les très nombreux enregistrements de cet immense pianiste sont malheureusement absents des bacs des disquaires. Internet reste le meilleur moyen de vous les procurer. Interrogé sur ses projets par Lacharme, Ponty, Prix Django Reinhardt 1967 de l’Académie du Jazz, resta laconique. On sait pourtant qu’il s’apprête rejoindre le Return To Forever de Chick Corea. Des concerts sont prévus l’été prochain.

A.-Jamal.jpg

Ahmad Jamal obtint le Prix de la meilleure réédition pour le coffret Mosaic regroupant la totalité de ses sessions Argo en trio, un prix remis à Seydou Barry son manager. Ne pouvant être présent, Ahmad avait fait parvenir un petit film à l’Académie pour la remercier. Il sera à Paris en juillet pour des concerts à l’Olympia.

 

A.-Herve-cJ.M.-Legros.JPG2010 marquait le trentième anniversaire de la disparition de Bill Evans. L’Académie du Jazz ne pouvait ignorer le pianiste et compositeur dont l’influence est aujourd’hui considérable. « Un fin harmoniste, mais aussi un rythmicien Mauro.jpgétourdissant qui a redonné au jazz sa part de romantisme, sa part d’introspection et figure dans notre panthéon intime pour des raisons que chacun cultive secrètement » pour citer Lacharme. Exemples pianistiques à l’appui, Antoine Hervé nous régala d ‘une brève leçon de jazz, nous expliquant les arcanes de la musique modale et nous racontant, non sans humour, la genèse de So What. Accompagné par la contrebasse mélodique et chantante de Mauro Gargano, le pianiste Bruno Angelini qui professe à la Bill Evans Piano G.Laurent © Ph.MarchinAcademy, nous offrit une splendide version de The Two Lonely People plusieurs fois enregistré par Evans.

 

Deux ans après son Prix Django Reinhardt l’Académie ose à nouveau Géraldine. Claude Carrière lui remit le Prix du Disque Français pour son “Around Gigi”, disque consacré à Gigi Gryce. Géraldine Laurent s’y fait entendre avec un quartette tout feu tout flammes au sein duquel Pierre de Bethmann impose son piano. Des obligations le retenant ailleurs, c’est Franco D’Andrea qui accompagne Géraldine à l’alto dans Minority, une des plus célèbres compositions de Gryce.

 

Mimi-Perrin.jpgLa commission du Jazz Vocal de l’Académie du Jazz a perdu cette année sa présidente, Mimi Perrin, la fondatrice des Double Six. Une fois par an nous nous retrouvions chez elle en petit comité pour défendre nos choix, débattre fiévreusement. C’est elle que l’on voit sur le carton d’invitation à cette cérémonie. La photo est de Jean-Pierre Leloir que l'on voit ici lourdement appareillé. Salué l’an dernier dans ce même Théâtre du Châtelet, ce dernier nous a Jean-Pierre-Leloir.jpgrécemment quitté, tout comme Mike Zwerin, journaliste, musicien (il participa aux séances du “Birth of the Cool” de Miles Davis)et ami. Endeuillée par la disparition de plusieurs de ses membres, l’Académie ne pouvait que les saluer. François Lacharme évoqua leur mémoire avant de révéler les récipiendaires du Prix du Jazz Vocal (Prix Mimi Perrin cette année), ex-aequo José James & Jef Neve pour “For All We Know” et Youn Sun Nah pour “Same Girl”. Actuellement en Corée du Sud, cette dernière fit parvenir à l’Académie une lettre de remerciement dans laquelle elle félicite James et Neve qui partagent ce prix Legrand, M. © J.M. Legrosavec elle.

 

Le Prix Django Reinhardt que tous les musiciens convoitent, probablement la récompense la plus prestigieuse que décerne l’Académie, était très attendu. Pour le remettre, François Lacharme appela Michel Legrand. Des trois finalistes, Benoît Delbecq, Fabien Mary et Sylvain Luc, ce dernier l’emporta au troisième tour de scrutin. Legrand voue une Sylvain Lucadmiration démesurée au guitariste. Son panégyrique, un torrent de louanges, fut même excessif. Pour ne pas contredire son plus grand admirateur, Luc ne put faire moins que de nous offrir une leçon de guitare.

 

Profitant de ce grand rassemblement de célébrités, François Lacharme annonça la mise en ligne du nouveau site de l’Académie appelé à devenir le premier portail du jazz made in France grâce à l’aide du Ministère de la Culture. Désormais les récipiendaires du Prix Django Reinhardt ont tous des pages qui leur sont consacrées – biographies, articles de presse, photos. Les lauréats des autres prix seront progressivement intégrés au site que l’on peut consulter sur www.academiedujazz.com

  Groupe-avec-Linx---CugnycJ.M.-Legros-b.JPG

Nous attendions tous la remise du Grand Prix de l’Académie du Jazz couronnant le meilleur disque de l’année, le prix des prix en quelque sorte puisqu’il peut aussi bien être attribué à une nouveauté, un enregistrement inédit qu’à une réédition. Remis par Jean-Jacques Goron de la fondation BNP-Paribas, Laurent Cugny en hérita pour sa “Tectonique des nuages”, un opéra jazz estomaquant porté par les voix de David Linx, de Yann-Gael Poncet et de Laika Fatien et qui bénéficie de compositions et d’arrangements somptueux. Avant Laurent, le seul musicien Goron-cJ.M.-Legros.JPGfrançais qui obtint ce prix, à l’époque l’Oscar de l’Académie du Jazz, est Martial Solal pour un coffret de quatre disques vinyles publié sur le label Stefanotis/Flat & Sharp regroupant des morceaux enregistrés live entre 1959 et 1985. Deux albums enregistrés par des musiciens européens obtinrent également ce prix: “Triple Entente“  de Joachim Kuhn, Daniel Humair et Jean-François Jenny-Clark en 1998 et “Air“ en 2003 qui réunit Giovanni Mirabassi, Flavio Boltro et Glenn Ferris. En guise de feu d’artifice final, avant que ne s’ouvrent les portes menant au buffet, David accompagné par Laurent au piano chanta magnifiquement Eva, l’un des plus beaux extraits de la Tectonique, morceau qui donne la chair de poule et met les larmes aux yeux.

 

StaccatoPour se remettre de cette émotion forte, les vins de Philippe Briday, vigneron propriétaire du Domaine Combe de la Belle. Hannah, une Costière de Nîmes rouge de 2007, 70% Syrah, 30% grenache, à la robe pourpre et profonde. Jonas, un autre vin rouge du pays du Gard, corsé et rond, aux arômes de café, de pruneaux, de tabac sur une pointe de pain d'épices. Staccato pour les amateurs de rosé, de vieux grenaches assemblés avec une saignée de syrah.  www.combedelabelle.com Les verres eurent vite fait de se remplir de ces divins breuvages.

 

Laurent.jpgPonty, Cosma, Luc ©Ph Marchin

 

 

 

De gauche à droite: Jean-Louis Chautemps ose Géraldine et ajoute sa propre récompense à celle que la saxophoniste vient d'obtenir. Un grand ami de l'Académie, le compositeur Vladimir Cosma qu'entourent Jean-Luc Ponty et Sylvain Luc, Prix Django Reinhardt 2010.

Felgeyrole---Kochoyan-c-J.M.-Legros.JPG

Caumont ©Ph. MarchinAnnouk Ferris & J.P. Debarbat © J.M. LegrosDe gauche à droite: Xavier Felgeyrolles, noctambule invétéré et producteur de disques, confère avec Stéphane Kochoyan, pianiste, directeur artistique des festival d'Orléans et de Nîmes Métropole, et nouveau membre de l'Académie du Jazz. Au centre Patrice Caratini subjugué par Elisabeth Caumont. A droite Madame Ferris, Anouk pour les intimes, fait du charme à Jean-Pierre Debarbat, saxophoniste ressuscité.

Belmondo-cPh.Marchin.JPGOgre-Longnon-cPh.-Marchin.JPG

Sur la photo de gauche, Olivier Hutman, pianiste émérite est entouré par Laurent "tectonique"  Cugny et Stéphane Belmondo. A droite, Jean-Loup Longnon fait un sort au buffet. Les vins de Philippe Briday et les petits-fours sont engloutis à très grande vitesse devant les regards amusés de Bénédicte et de Francis, nos barmans attitrés.

B.-Theol---Cabu-cPh.Marchin.JPGD.-Linx-cPh.Marchin.JPGMauro-Gargano-cPh.Marchin.JPG

A l'extrême gauche, Bruno Théol, créateur de BD Music discute images avec Cabu. Au centre, David Linx prend soin de ne pas prendre froid. A droite Mauro Gargano en grande conversation avec Bénédicte.

Ferris-cPh.Marchin.JPGJ.G Poncet ©Ph.Marchin

Stéphane Belmondo à gauche parle cuivres avec Glenn Ferris. A droite, Yann-Gaël Poncet, l'autre chanteur de la Tectonique, avec un blogueur de Choc.

Longnon-cPh.-Marchin.JPG

Des-Parents-de-Misterioso.jpgLaurent-de-Wilde-copie-1.jpgJean-Loup Longnon boirait bien le verre de vin de son voisin. Au centre, des parents de Misterioso qui n'ont pas voulu manquer cette remise de prix pour le moins académique. Ces derniers laissent rêveur Laurent de Wilde qui préfère le blouson de cuir à la tenue de soirée.

Florence.jpgLionel-Eskenazi.jpgArdonceau.jpg

Florence : elle passait par hasard devant le Châtelet. Son joli sourire, sa gaieté nous l'ont fait adopter. Au centre, Lionel Eskenazi depuis peu académicien. On peut suivre ses chroniques pertinentes dans Jazz Magazine/Jazzman et les Dernières Nouvelles du Jazz et se poser une question: les académiciens boivent-ils plus que les autres ? Sur la photo de droite, l'Académie toujours avec Jacques "Soulbag" Périn et Pierre-Henri Ardonceau. Ils s'inquiètent du comportement étrange de Marcel Zanini que l'on voit sur la photo suivante.

Zanini © J.M. Legros

Tu veux ou tu veux pas ? Depuis un moment Marcel Zanini pose cette question à son double. On le voit ici trinquer avec lui-même. Les vins de Philippe Briday semblent avoir chauffé Marcel.

Bene---Francis.jpgLaurent-Mignard-copie-1.jpgLegrand ©Ph.MarchinOn les voit mieux sur la photo de gauche, Bénédicte et Doc Francis, nos barmans infatigables qui inlassablement remplissent des verres qui se vident vite. Qu'ils soient ici remerciés. Amusé, Laurent Mignard, expert en mignardises ellingtoniennes, se demande si le Jean-Loup va avaler Mère (Le)Grand.

Jean-Loup-cPh.-Marchin.JPGLongnon.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fausse alerte, car une autre proie, et une belle à la chair plus tendre s'offre à lui. Toute souriante Elisabeth Caumont ignore le danger qui la menace. Le suspense est à son paroxysme. Rassurez-vous: Remise de ses émotions, Elisabeth se porte très bien. Quant à Jean-Louis, on peut l'écouter une fois par mois (deux concerts) au Duc des Lombards à la tête de son formidable big band.

3-Mousquetaires---1-cPh.Marchin.JPG

Il est tard, le théâtre du Châtelet va fermer ses portes. Une dernière photo souvenir. Vous avez bien sûr reconnu Géraldine Laurent. Le grand gars à sa gauche n'est pas le Grand Duduche, mais Christian Bonnet, membre de l'Académie du Jazz, saxophoniste et arrangeur du Black Label Swingtet qui accompagne la chanteuse Patoon. Un CD vient de sortir sur le label Swing Land. Duduche n'est pas sur la photo, mais Cabu, son créateur y figure en chair et en os. A sa gauche, Claude Carrière, pianiste, ex-président de l'Académie du Jazz et expert ellingtonien, pointe du doigt Philippe Marchin, l'auteur de la photo. 

 

Academie fond NLE PALMARES 2010

Prix Django Reinhardt (musicien français de l’année) : Sylvain Luc

Grand Prix de l’Académie du Jazz (meilleur disque de l’année) : Laurent Cugny « La Tectonique des nuages » (Signature/Harmonia Mundi)

Prix du Disque Français (meilleur disque enregistré par un musicien français) : Géraldine Laurent « Around Gigi » (Dreyfus Jazz/Sony)

Prix du Musicien Européen : Franco D’Andrea pour l’ensemble de son œuvre

Prix de la Meilleure Réédition ou du Meilleur Inédit : Ahmad Jamal « The Complete Ahmad Jamal Trio Argo Sessions 1956-1962 » (Mosaïc)

Prix du Jazz Classique : Echoes of Swing « Message from Mars » (EOSP)

Prix « Mimi Perrin » du Jazz Vocal : ex-aequo :José James & Jef Neve « For All we Know » (Impulse !/Universal) et Youn Sun Nah « Same Girl » (ACT/Harmonia Mundi)

Prix Soul : Solomon Burke  « Nothing’s Impossible » (e-a-r Music/Edel)

Prix Blues : Roy Gaines « Tuxedo Blues » (Black Gold/www.roygaines.com)

Prix du livre de Jazz : Misterioso « Le petit livre à offrir à un amateur de jazz » (Tana Editions)

 

CREDITS PHOTOS : David Linx chante Eva / François Lacharme / Echoes of Swing / Ahmad Jamal (vidéo) / Bruno Angelini & Mauro Gargano / Sylvain Luc / Jean-Louis Chautemps & Géraldine Laurent / Florence X / Lionel Eskenazi / Jacques Périn & Pierre-Henri Ardonceau / Bénédicte & Francis / Laurent Mignard / Jean-Loup Longnon & Elisabeth Caumont (très gros plan) © Pierre de Chocqueuse.

Misterioso / Jacques Périn / Jean-Luc Ponty & Franco D'Andrea / Antoine Hervé / Michel Legrand / Groupe avec Laurent Cugny, David Linx, Jean-Jacques Goron et François Lacharme / Laurent Cugny & Jean-Jacques Goron / Xavier Felgeyrolles & Stéphane Kochoyan / Anouk Allibaud-Ferris & Jean-Pierre Debarbat / Marcel Zanini © Jean-Marie Legros.

Géraldine Laurent / Jean-Luc Ponty, Vladimir Cosma & Sylvain Luc/ Patrice Caratini & Elisabeth Caumont / Laurent Cugny, Olivier Hutman & Stéphane Belmondo / Bruno Théol & Cabu / David Linx / Mauro Gargano / Stéphane Belmondo & Glenn Ferris / Yann Gaël Poncet & le blogueur de Choc / Laurent de Wilde / Jean-Loup Longon (au bar: deux photos), Jean-Loup Longnon & Michel Legrand / Jean-Loup Longnon & Elisabeth Caumont / Groupe avec Géraldine Laurent, Christian Bonnet, Cabu & Claude Carrière © Philippe Marchin.

Jean-Pierre Leloir © Jean-Louis Casalis. 

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Vu et Entendu
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commentaires

Michel Yves-Bonnet 20/12/2012 20:21

Bonjour,
Je suis l’auteur du livre que vous n'avez pas sélectionné lors de vos prix 2011.
Je viens de lire sur ce blog que vous n'aviez pas compris ce que je voulais exprimer dans mon ouvrage. Peut-être que cet article qui me permet d'asseoir mes conférences sur le lien existant entre
la complexité du"vivant" et la vie du jazz vous permettra de vous faire une idée plus précise.
En tout état de cause il s'agit pour moi de porter, là où mes pas me mènent, un message d'amour du jazz et de passion pour son caractère pérenne.Cordialement

DE QUOI LE JAZZ EST-IL LE NOM ?

La musique de Jazz semble poser depuis longtemps un problème de dénomination. C’est pourquoi il n’est pas inintéressant de poser la question « à la Bourdieu » : De quoi le jazz est-il le nom ?
Souvent nommée, mal dénommée, cette Grande Musique a occupé et occupe toujours tous ses acteurs et en particulier toutes celles et ceux qui se sont attachés à lui trouver une définition. Je
rappelle que Miles Davis disait qu’il ne reconnaissait pas le vocable JAZZ, il jouait de la musique africaine-américaine ; d’un autre côté et avant lui, Louis Armstrong répondait invariablement à
la question « qu’est ce que le Jazz ? », « si vous le demandez c’est que vous ne la saurez jamais ». Aujourd’hui encore certains s’acharnent à vouloir opposer un Jazz « pur » à un Jazz, à leurs
yeux, dévoyé. Je rappellerai trois choses :
1. que la Pureté est habitée par le diable !
2. que la Beauté, c’est la symétrie + un défaut.
3. que la Pureté change avec le temps. Celle d’hier n’est pas celle d’aujourd’hui, encore moins celle de demain.
Il appert dès lors que nous sommes placés face au Jazz devant l’alternative suivante :
1ère prémisse :
Le Jazz est un MOMENT dans l’Espace/Temps musical.
Classifié, formaté et en quelque sorte fossilisé, à l’instar de la musique romantique ou baroque, il vit et survit dans une sorte de musée musical et se diffuse, à ce titre ,comme une nostalgie. Le
Jazz est alors musique de répertoire, fait éminemment noble, mais qui le place définitivement sur le même plan que les langues comme le Latin ou le Grec ancien, langues mortes s’il en est.
C’est pourquoi MM. Panassié d’abord, puis Jalard ensuite ont décidé que le Jazz était mort, l’un avec la naissance du Be Bop vers 1940, l’autre avec la mort de John Coltrane en 1967.
Le Jazz est dès lors perçu comme une musique du siècle dernier avec comme référence principales Armstrong, Ellington, John Coltrane (peut-être), les Marching bands, les orchestres qui font danser,
les « pianos bars »… Le fameux « Jazz pur ».
Celles et ceux qui pensent cela n’ont pas tort, c’est leur choix. Pour ma part, je pense que cette approche est très insuffisante. Elle oublie tout le caractère du mariage magique entre la mémoire
africaine et la musique occidentale, qui perdure, à voir et à entendre tous les musiciens de Jazz.
2nde prémisse :
Le Jazz est un Domaine Musical à part entière caractérisé par son Essence .
En effet, par quoi le Jazz et les musiques improvisées qui lui sont attachées, apparaissent-elles ontologiquement différentes de la musique ou des musiques « conventionnelle(s) » ?
Par la Structure?
La musique dite « classique» est construite, architecturée, mise en ordre, et ce depuis longtemps et bien avant la naissance du Jazz. Une sonate, un concerto, une symphonie sont autant d’exemples
de constructions harmoniques organisées autour de schémas, de squelettes, d’articulations capables de recevoir la « chair animale ». Passage de la tonique à la sous-dominante d’une gamme ; retour à
la tonique, rebond sur la dominante et résolution sur la tonique, est une des structures, des cadences, que l’on trouve à chaque détour de la musique classique. Refrain, couplet, refrain, anatole…
sont d’autres possibilités de constructions musicales. La structure modale elle-même, je veux dire celle qui consiste à jouer sur des modes plutôt que sur des grilles harmoniques était déjà
l’apanage, voire l’invention des grecs et/ou des musiciens orientaux. Ne parle-t-on pas de mode phrygien, lydien, dorien….
En d’autres termes la musique s’est toujours construite autour de trames repérables et identifiables. Une taxonomie s’ensuit dans laquelle le Jazz trouve sa place. « Coucou » du 20e siècle, le Jazz
vint se nicher au creux de la grande musique. Les « cadences » du Jazz sont la plupart du temps celles de sa sœur aînée.
Par la Mélodie?
La grande majorité des thèmes de Jazz sont, et ce dès le début, des reprises des chants entendus par les esclaves, soit dans les lieux d’habitation de leurs maîtres, soit dans les églises qui leur
étaient réservées, et dans lesquelles on leur apprenait les chants presbytériens. Plus tard, des années après l’abolition de l’esclavage, les noirs côtoieront sur les chantiers, dans les villes,
d’autres hommes, d’autres femmes, d’autres expressions musicales, d’autres airs à la mode. Les valses de Chopin, ses mazurkas, entendues sur des pianos, bien souvent désaccordés, chez les Blancs ou
chez les Créoles de la Nouvelle-Orléans, pourront à coup sûr donner des idées aux nouveaux venus avides de construire une nouvelle musique, un nouvel art de communiquer. On retrouve dans le Jazz
les leitmotivs chers aux classiques.
Par le Rythme ?
Le fait que l’on trouve dans la musique de Jazz des percussions ou des instruments capables de placer des lignes de basse sur lesquelles s’articule le discours, n’est pas forcément nouveau, quoique
apparaisse là, peut-être, un premier réel élément de différenciation. Malgré tout, le discours syncopé existait déjà dans certaines musiques dont celle de Bach par exemple. Les percussions sont
présentes dans les œuvres classiques, les grandes symphonies, les opéras, certaines pages de Haydn et de Haendel pour ne citer qu’eux. Il est vrai qu’elles sont là essentiellement pour permettre
aux autres musiciens de respecter la métrique de leur interprétation, moins pour donner de la couleur au propos musical.
Par l’Improvisation ?
Là aussi nous nous heurtons à une difficulté de taille. Le jazz n’est pas la seule musique improvisée En effet certaines autres musiques, indiennes en particulier, connaissent l’improvisation et
nourrissent leurs interprétations de variations instantanées. D’autant plus, a contrario, que le Jazz dans sa préhistoire et dans les premières années de son histoire n’était pas qu’une musique
improvisée. Le blues archaïque par exemple n’était bien souvent que la reprise par les anciens esclaves noirs de complaintes et de mélopées entendues çà et là chantées par leurs maîtres blancs sans
aucune improvisation sinon celle des paroles. Les noirs jouaient et chantaient autrement ce qu’ils entendaient autour d’eux ; ils le faisaient à leur manière.
Et c’est pourquoi toutes les musiques improvisées à tendance jazzy occupent-elles aussi le champ du Domaine musical ainsi défini.
Mais finalement, si sa structure, sa pulsation, son caractère imprévisible donnent au Jazz sa pluralité, il faut y ajouter, et c’est cela qui lui donne sans doute toute son originalité, je veux
parler du SON, sensation magique et hypnotique de cette musique.
Le choix est là ; il faut vite se décider afin de dénommer à nouveau cette Grande
Musique et sortir ainsi de la nébuleuse des « musiques actuelles ». Le JAZZ et les musiques improvisées à tendance Jazzy habitent un véritable écosystème qui ne demande qu’à durer pour peu que nous
le définissions avec précision et que nous nous en occupions avec le plus grand soin.

Michel YVES-BONNET

Aurelia 05/02/2011 15:33


On a bien reconnu notre blogueur prefere et sa tendre et on les attend. Kim quant a elle a cru reconnaitre un loup vorace, j'ai du la rassurer. Arigato de Choc !


Marie-Christine Comte Pernot 20/01/2011 18:25


Merci beaucoup pour cet article fort sympathique !
http://masquesetloups.canalblog.com/archives/2011/01/14/20121842.html