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20 avril 2011 3 20 /04 /avril /2011 08:43

Ambrose-Akinmusire--cover.jpgLa première plage s’intitule Confessions to My Unborn Daughter. Ambrose Akinmusire vingt-huit ans l’introduit en solo et fascine par la justesse de ses longues notes détachées, ses tutti, ses phrases mélodiques parfaitement ciselées. Son complice Walter Smith III les prend au vol et les commente au ténor. Harish Raghavan à la contrebasse et Justin Brown à la batterie apportent une trame rythmique souple et musclée à leurs échanges. Gerald Clayton intervient peu dans ce morceau. Beaucoup plus présent dans Jaya dont il s’empare du thème pour improviser, il tempère souvent le jeu fiévreux des souffleurs par de tendres harmonies. Dans Henya, son piano rejoint le Fender Rhodes de Jason Moran, co-producteur de l’album pour ajouter des couleurs, offrir un tapis de notes oniriques à un trompettiste qui met de l’amour dans ses notes et n’exhibe jamais gratuitement sa technique. Ce feeling est bien sûr davantage perceptible dans les ballades de l’album. Outre Henya, le frémissant Regret (no more), un duo piano trompette, déborde de lyrisme et Tear Stained Suicide Manifesto avec Moran au piano possède l’intensité émotive d’un requiem. « Humide et frais, le cœur est comme un miroir » affirme Akinmusire qui pleure parfois à travers sa trompette. C’est le cœur dans la tête qu’il compose et s’exprime, faisant ainsi passer les difficultés techniques et métriques que présente sa musique. Un véritable groupe de musiciens avec lesquels il se produit régulièrement l’accompagne. Ensemble, ils explorent un jazz moderne imprégné de tradition. La formation expérimente, prend des risques, emprunte aux musiques urbaines environnantes. Le trompettiste aime varier les combinaisons instrumentales. Far But Few Between le fait entendre en trio avec sa rythmique. What’s New, seule reprise de l’album, est un autre moment de tendresse qu’il partage avec Clayton. Plus surprenant, Akinmusire utilise sa voix dans My Name is Oscar, morceau dédié à Oscar Grant tué en 2009 à Oakland par un policier alors qu’il n’était pas armé. Cette tragédie, le trompettiste la met en scène le cœur saignant. Un simple accompagnement de batterie en transmet la violence.

 

Concert le mardi 17 mai (20h30) à la Maison des Cultures du Monde, 101 bd Raspail 75006 Paris, dans le cadre du festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés.

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Chroniques de disques
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commentaires

Joël Pailhé 21/04/2011 14:01


Voilà un disque bien réjouissant. Un jazz contemporain, structuré, aux formes diversifiées. Le trompettiste sait dialoguer, prendre son temps et rester concentré. On aurait souhaité que l'excellent
Walter Smith III soit mieux mis en valeur, comme par exemple dans Live in Paris ou Voyager, mais lui aussi fait un sans-faute.Les jeunes créateurs sont là, et un peu là