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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 11:16

Antoine Hervé, coverMusicien fantasque, Thelonious Monk ne faisait rien comme les autres. Il laisse environ quatre-vingts compositions et de nombreux enregistrements. Des thèmes simples, mais construits avec des notes savamment décalées, des dissonances calculées, des intervalles chromatiques (Monk’s Dream), des notes ou des accords assemblés pour leur sonorité. Les rythmes, les harmonies de Monk se confondent avec les mélodies qu’il invente. Difficile de les jouer de façon personnelle, de leur trouver des harmonies nouvelles, de mettre des couleurs sur ces accords étranges qui parviennent à sonner. Difficile d’aborder « une œuvre dont les dimensions cubistes nous interdisent déjà d’y distinguer le sol du plafond, l’envers de l’endroit, le dessus du dessous, l’horizontal du vertical » pour citer Franck Bergerot auteur des textes du livret. En 1997, date de cet enregistrement live, oncle Antoine n’a pas encore examiné Monk à la loupe, raconté et expliqué sa musique lors de ses fameuses leçons de jazz au cours desquelles il évoque le pianiste dansant sur sa musique pendant ses concerts, et insiste sur la complexité rythmique de ses pièces. C’est cette complexité qui intéresse ici Antoine Hervé dont le piano met en relief la sensation de perte d’équilibre, de tangage que donne la musique de Monk. Confié à Antoine, le rythme monkien ne reste jamais très longtemps linéaire. Il bouge, se brise, accélère ou ralentit selon les idées mélodiques qu’introduit l’improvisateur. Les notes de Think of One, de Well You Needn’t sont des pas de danse sur une corde raide. Les chausse-trappes qu’ils contiennent ne parviennent pas à faire tomber le pianiste qui jongle avec les difficultés et les dissonances, les contourne ou les utilise selon les cas, son bagage technique et sa virtuosité lui permettant d’imaginer une autre façon de jouer Monk. Le regard qu’il lui porte éveille sa mémoire. Antoine parsème ainsi ses improvisations de nombreuses citations. Olivier Messiaen est évoqué dans All Alone, un standard d’Irving Berlin que Monk reprend dans l’album “Thelonious Himself“. Un autre morceau de Monk, I Mean You, est cité au milieu de Monk’s Mood. Dans cette pièce, la plus longue de l’album, Antoine Hervé s’abandonne à une certaine rêverie, s’écarte du thème, y retourne comme un promeneur empruntant des chemins de traverse. Il flâne aussi dans Round Midnight et Ruby My Dear, deux des plus belles pages de l’ermite, ce qui lui permet, d’exprimer son lyrisme, son attachement à la mélodie, et d’affirmer l’originalité de son piano.

 

Antoine Hervé sera au théâtre du Châtelet le 14 juin. Au programme : "Mozart La Nuit" avec François et Louis Moutin (contrebasse et batterie), Médéric Collignon et la Maîtrise des Hauts-de-Seine placée sous la direction de Gaël Darchin.

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Chroniques de disques
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