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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 09:05

Brad-Mehldau---Live-in-Marciac--cover.jpgPas très belle la pochette : une image floue de Brad Mehldau au piano extrait du DVD qui accompagne les deux disques audio. Le son est par contre d’une excellente qualité. On est même surpris d’entendre si peu de réverbération, l’immense chapiteau abritant les concerts de Marciac n’offrant pas une bonne condition d’écoute. Ce n’est évidemment pas par hasard que le pianiste a choisi de publier celui qu’il y donna le 2 août 2006. Troisième enregistrement de Brad en solo après “Elegiac Cycle”  (1999) et “Live in Tokyo” (2003), c’est le premier dont nous avons des images. Sur le plan sonore, le DVD a même davantage de dynamique. Malgré des zooms bien inutiles, on peut y suivre les mains du pianiste se promener sur le clavier, visualiser le choix de ses notes. Ceux qui le souhaitent peuvent visionner les portées musicales de Resignation en même temps qu’écouter la musique. Loin de choisir le confort de se répéter, Brad la réinvente sans cesse. Une bonne partie de son répertoire nous est familier, mais le pianiste en renouvelle les improvisations, les dote d’une rigoureuse architecture sonore qui leur donne un aspect achevé. Son sens de la forme lui permet d’organiser ses nombreuses idées mélodiques et rythmiques. Loin d’être un simple échauffement virtuose, Storm qui ouvre l’album sert d’introduction à It’s All Right with Me de Cole Porter. Le tempo est vif. Brad croise ses mains, fait sonner ses graves et tient deux discours parallèles d’une rare logique sans jamais hésiter. Son piano est une section rythmique présente dans chacune de ses phrases. Le poids qu’il donne à ses basses profite à Secret Love, l’une des ballades d’un concert privilégiant feux d’artifices de notes et improvisations méphistophéliques aux rythmes échevelés. Unrequited fait référence à Bach. Brad pratique l‘art de la fugue. Ses deux mains conversent, les graves répondent au discours mélodique d’une main droite exubérante. Trois morceaux proviennent de “Elegiac Cycle”. Resignation et Trailor Park Ghost mettent en avant la précision métronomique du jeu de Mehldau. Le tempo reste très soutenu dans la première partie du premier, une pièce à tiroirs dont le mouvement central et la coda sont particulièrement lyriques. La prise de risque est toutefois plus importante dans l’improvisation qu’il greffe sur le second, une composition dans laquelle le thème s’estompe et se dilue dans des myriades de notes. Provenant également d’“Elegiac Cycle”, Goodbye Storyteller possède une mélodie poignante. Il s’achève par un long martèlement dans les graves qui sert d’introduction à Exit Music (for a film), morceau de Radiohead, vaste ostinato de notes martelées qui apportent l’hypnose. Brad aime la musique de Nick Drake, l’auteur de River Man et de Things Behind the Sun souvent intégrés à son répertoire. Ce dernier thème hérite d’une longue introduction et d’un rythme plus rapide que dans “Live in Tokyo”. Lilac Wine, une autre ballade, bénéficie des structures du blues. Le pianiste s’attache à faire respirer ses notes qu’il choisit délicates et tendres. Pas moins de trois rappels pour Brad Mehldau à Marciac, le troisième, une reprise de Dat Dere (Bobby Timmons) n’existant qu’en version audio. Martha My Dear, l’une des nombreuses compositions de Lennon/McCartney que le pianiste affectionne, a été enregistré en solo dans “Day is Done”, un disque de 2005. Le tempo est sensiblement le même, mais l’improvisation complètement différente. Réharmonisé de manière subtile, My Favorite Thing témoigne de la tendresse particulière que Brad éprouve pour John Coltrane dont il a longuement analysé la musique. Il en propose une version calme et apaisée, son léger balancement de valse lui donnant beaucoup de charme.                       

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Chroniques de disques
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