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13 février 2010 6 13 /02 /février /2010 12:45
Christian Scott, coverNeveu du saxophoniste Donald Harrison, Christian Scott s’affirme comme un trompettiste de jazz avec lequel il faut compter. Ce quatrième enregistrement pour Concord est son plus abouti. « C’est la première fois que je travaille aussi dur sur un album » confie-t-il dans le dossier de presse qui l’accompagne. Enregistré par Rudy Van Gelder dans son célèbre studio d’Englewood Cliffs, “Yesterday you Said Tomorrow“ s’ouvre sur un accord de guitare électrique, l’instrument participant à une véritable mise en rythme de la musique. Jamire Williams fouette ses cymbales et martèle ses tambours. Christian Scott esquisse une brève mélodie puis improvise “sous la mitraille“. On est d’emblée séduit par la sonorité chaude et moelleuse de sa trompette. Le souffle se fait souvent chuchotement, le son devient respiration et se rapproche de la voix humaine. « J’essaye d’imiter la voix de ma mère lorsqu’elle chantait » a-t-il déclaré dans un entretien avec un journaliste. La branche d’embouchure inversée du modèle de trompette qu’il utilise, une Getzen Katrina, lui permet d’obtenir une sonorité plus douce. Jenacide repose sur les accords obsédants du piano de Milton Fletcher dont le jeu bluesy et élégant éclaire Isadora, une des ballades de ce nouvel opus, et After Hall semble construit autour de la contrebasse de Kris Funn. On notera le jeu en blockchords du pianiste avant la coda. Le jazz de Christian Scott se nourrit de rock, de funk et de hip-hop. Le trompettiste parvient à fondre toutes ces influences au sein d’une musique qui possède une véritable dimension orchestrale. « J’ai voulu créer une toile de fond musicale faisant référence à la musique des années 60 que j’aimais, le second quintette de Miles Davis, le quartette de John Coltrane, le groupe de Charles Mingus et la musique créé par Bob Dylan et Jimi Hendrix. » Outre The Eraser, une ballade brumeuse de Thom Yorke de Radiohead, seule reprise du disque, certains morceaux ressemblent à des chansons sans paroles, la guitare de Matthew Stevens leur donnant une coloration rock moins prononcée que par le passé. Dans Roe Effect, elle égraine les accords d’un thème chanté par la trompette. Le disque bénéficie également d’un important travail sur le son. Dans The Eraser, des objets placés sur les cordes métalliques du piano modifient sa sonorité. Une guitare volontairement sale, brouillée comme les ondes d’un émetteur radio, introduit An Unending Repentance. Soigneusement arrangé, “Yesterday you Said Tomorrow“ s’ouvre à des métriques inattendues (plusieurs types de mesures cohabitent parfois au sein d’un même morceau) et innove sur le plan du rythme. Le jazz bouge et Christian Scott est de ceux qui le font évoluer.

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Chroniques de disques
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