Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 08:57

Corea, Clarke & White, coverDifficile d’ignorer le nouveau disque de ces trois-là. Chick Corea, Stanley Clarke et Lenny White connurent gloire et fortune dans les années soixante-dix avec Return to Forever. Avant de devenir l’un des groupes phares du jazz fusion, il est bon de rappeler qu’à l’origine RTF distillait un jazz métissé de musique brésilienne et de rythmes latins. Leurs deux premiers disques sont dans cette veine. Corea joue seulement du Fender Rhodes et White n’a pas encore rejoint la formation qui, outre Corea et Clarke, comprend la chanteuse Flora Purim, le saxophoniste flûtiste Joe Farrell et le batteur percussionniste Airto Moreira. Lorsque ces derniers quittent le groupe en 1973, Corea, Clarke et White tentent l’aventure en trio. Pendant quelques mois, ils jouent du jazz acoustique dont on ne possède malheureusement aucun enregistrement. Un soir, à San Francisco, deux guitaristes les rejoignent sur la scène du Keystone Korner. Le succès qu’ils rencontrent les conduisent à électrifier de manière beaucoup plus radicale leur musique, Corea se remet au Fender et adopte le synthétiseur. Ils engagent aussi un guitariste, Bill Connors, brièvement remplacé par Earl Klugh, puis par Al Di Meola en 1974. Avec ce dernier, RTF fait le plein de concerts et de tournées mondiales. Dissout en 1977, il s’est reconstitué en 1983 et plus récemment en 2008.

 

Malgré son titre ambigu, “Forever”, double CD au minutage copieux, n’est pas réellement un disque de RTF. Il renferme le premier enregistrement acoustique que les trois hommes publient sous leurs trois noms. Point de fusion donc, mais du jazz, les meilleurs moments d’une tournée « unplugged » effectuée en 2009 qui ne manquent pas de panache. Corea apporte No Mystery qui donne son nom à un album célèbre de RTF, Señor Mouse qu’il joua souvent en duo avec Gary Burton, mais aussi Windows qui se trouve dans “Now He Sings, Now He Sobs”, son premier disque. En complète osmose, le trio reprend aussi avec enthousiasme une poignée de standards, On Green Dolphin Street, Waltz for Debby et Hackensack. Utilisant une large palette harmonique, Chick Corea joue avec un brio phénoménal un piano dynamique, lyrique et volubile. Lenny White surprend par sa compréhension d’un jazz ternaire qu’il rythme et maîtrise à la perfection. D’une justesse parfaite, les notes que Stanley Clarke fait naître forment un tissu mélodique qui enveloppe le piano. Il fait sonner magnifiquement ses cordes et utilise l’archet avec sûreté dans La Canción de Sofia, sa propre contribution au répertoire de ces concerts. Nos trois lascars exhibent parfois un peu trop leur technique, mais cette dernière reste toujours au service d’une musique conséquente qui pèse son poids de belles notes.

 

White--Corea--Clarke.JPGPlus électrique, le deuxième disque est principalement la répétition en studio d’un concert que les trois hommes donnèrent à l’Hollywood Bowl de Los Angeles pour lancer leur tournée de 2009. La chanteuse Chaka Khan, le violoniste Jean-Luc Ponty et Bill Connors, le premier guitariste de RTF, ont été conviés à les rejoindre. Ce dernier joue dans After the Cosmic Rain et Space Circus deux des morceaux de “Hymn of the Seventh Galaxy” le seul disque de RTF dans lequel on entend sa guitare. Ponty intervient dans ces deux titres, ainsi que dans I Love You Porgy que chante Chaka Khan, Armando’s Rhumba et Renaissance, une de ses compositions. Son violon s’intègre idéalement à la musique, lui apporte une plus grande diversité de couleurs. Il éclairait déjà la version originale d’Armando’s Rhumba incluse dans “My Spanish Heart” (1976), le disque de Corea le plus proche de ses racines hispaniques. Captain Marvel est joué en trio avec ce dernier au Fender Rhodes, et Señor Mouse en quartette avec Connors. On comparera les versions de ce double CD, toutes deux excellentes. Accompagné par Lenny White, Chick Corea improvise sur Crescent de John Coltrane. Comme dans Armando’s Rhumba, il utilise un piano acoustique. Il en joue aussi dans une reprise époustouflante de 500 Miles High enregistrée en trio avec Clarke et White le 30 septembre 2009 au Monterey Jazz Festival, douze minutes d’un jazz virtuose que les amateurs apprécieront.

Photo © Tailor Cruthers, courtesy of Universal Records

Partager cet article

Repost 0
Published by Pierre de Chocqueuse - dans Chroniques de disques
commenter cet article

commentaires