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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 09:13

Denise KING & Olivier Hutman : “Give Me the High Sign”

Cristal Records / Harmonia Mundi

Denise King & Olivier Hutman, CD coverSorte de rhythm’n’blues issu du gospel auprès duquel elle se ressource, la soul music apparaît dans les années 50 aux Etats-Unis. Profanes pour la plupart, les sujets abordés n’empêchent nullement l’interprète de révéler son âme à travers sa voix. Denise King y parvient royalement. Comme tant d’autres chanteuses, elle a été sanctifiée aux spirituals avant de faire ses armes dans les studios de Philadelphie sa ville natale. On y invente ces années-là le « Philly Sound », soul sophistiquée influencée par le jazz qui utilise cordes, cuivres et chœurs. Denise prête ainsi sa voix de velours à d’innombrables enregistrements, chante aussi bien le blues que les standards du jazz. On la découvre à la Villa, club regretté de la rue Jacob. Olivier Hutman l’accompagne. Entre eux le courant passe, le feeling est énorme. Le pianiste a trouvé une voix chaude et bleue pour chanter les mélodies qui l’habitent, une voix puissante et généreuse qui caresse et enveloppe. Il attendra dix ans pour enregistrer “No Tricks” qui mêle compositions personnelles et standards familiers. Olivier qui en a écrit les musiques récidive aujourd’hui avec “Give Me the High Sign”, un disque plus fort et plus soul. Ce n’est plus le marchand de sable de Waiting for the Sandman qui se manifeste. Maître de son art, Olivier le « Hitman » impose son écriture, ses arrangements et son piano. Forgeur de merveilles, il offre du sur mesure à sa chanteuse immense, des mélodies entêtantes dignes des meilleurs tubes des années 60 et quelques reprises bien senties dont Save the Children de Gil Scott-Heron et Daydream du tandem Duke Ellington / Billy Stayhorn, vrais moments de bonheur qu’ils nous font partager. Co-écrit par Olivier et Viana sa délicieuse épouse, I Lost My Way mérite de faire le tour de la planète. Rythmé par la contrebasse de Darryl Hall et le drumming de Steve Williams (Monty Alexander, Carmen McRae, Shirley Horn), un piano élégant en parfait la mélodie, égraine de longues phrases tranquilles et raffinées. Avec ou sans prothèses, les amateurs de funk se déhancheront en cadence sur Don’t Overact, What Did They Say Today, et Give Me the High Sign, des titres qu’emballent les souffleurs. Ce ne sont pas les Memphis Horns, mais Stéphane Belmondo et Olivier Temime se surpassent et font tout aussi bien. Les obbligatos de trompette de I Only Have Eyes for You, une chanson écrite en 1934 par Harry Warren et Al Dubin, sont d’une suavité indécente. Ceux du saxophone ténor dans Blame It On My Youth, également composé en 1934 mais par Oscar Levant et Edward Heyman, trempent dans un érotisme vintage. Omniprésent, le pianiste habille leurs thèmes d’harmonies exquises. The Things We Don’t Want en bénéficie, tout comme ce Blame It On My Youth déjà cité, un bouquet de couleurs digne des fleurs de nos champs. Imbibées de blues, les 88 touches de son clavier chantent le jazz et ses racines comme si Olivier était né dans un bayou de Louisiane ou au bord du fleuve Delaware plus à l'Est, comme Denise, une sœur et une complice. Parisien pour quelques jours, Bill Buffalo, mon oncle d'Amérique, peine toujours à croire que cette soul music cuivrée qui fait fondre le cœur ne vient pas de là-bas.

Pour fêter la sortie de “Give Me the High Sign”, Denise King, Olivier Hutman et leurs musiciens donneront deux concerts exceptionnels au Sunside les 17 et 18 avril.

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Chroniques de disques
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