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6 mai 2011 5 06 /05 /mai /2011 11:23

D.-King---O.-Hutman--cover.jpgIls se connaissent depuis une dizaine d’années. Olivier Hutman accompagnait Denise King à La Villa, club de la rue Jacob dont s'occupait Dany Michel. C’est conduit par ce dernier au Duc des Lombards en octobre 2009 que j’ai découvert la chanteuse dans un répertoire éclectique au sein duquel jazz, blues et soul faisaient bon ménage. Denise King n’est pas la première venue. Native de Philadelphie, elle s’y est imposée comme un talent incontournable du « Philly Sound » dont les représentants les plus illustres sont Billy Paul, Harold Melvin, Teddy Pendergrass, Patti LaBelle et les O’Jays. Sa voix puissante et chaude vous transporte dans un bain de miel fortement aromatisé. Cannelle et girofle anesthésient les émotions trop fortes que donne un chant trempé dans le gospel et la tradition du chant d’église. Outre un phrasé et une diction impeccables, Denise possède et transmet un feeling énorme. Les frissons vous saisissent et avec eux cette chair de poule que le froid ou l‘émotion provoquent. Aucune comparaison possible avec ces trop nombreuses voix blanches venues du Nord qui envahissent depuis quelques années le paysage jazzistique et laissent de marbre. Denise, il faut la voir sur la scène d’un club mettre le public dans sa poche bien chaude, le prendre par la main pour lui faire chanter des onomatopées, le faire plonger dans sa musique. Je l’ai revue au Duc en juin 2010, toujours avec Olivier, un des rares pianistes français chez qui le blues est parfaitement naturel. Ensemble, ils tournèrent tout l’été, rôdant les morceaux de cet album, leur premier. Les standards qu’il contient - I Got Rhythm, Besame Mucho, That Old Black Magic - vous sont probablement familiers. Nos deux complices proposent aussi des compositions originales aux couleurs et aux harmonies éclatantes. Je pense surtout à Naalaiya, morceau superbement arrangé qui renferme un admirable chorus de ténor d’Olivier Temine. Notre époque décadente produit rarement de vraies mélodies. Sur des textes de Denise ou de Viana, sa charmante épouse, Olivier Hutman y parvient. L’auteur de la magnifique “Suite Mangrove” a depuis longtemps compris que la musique n’est pas une histoire de vitesse, de virtuosité tapageuse et tape à l’œil. Olivier joue avec le cœur dans la tête. On y entend palpiter une musique de chair et de sang, non des suites d’accords abstraits et abscons produits par nos neurones. Elle possède une large palette de couleurs afro-américaines, comme si elle avait été composée là-bas, près du grand fleuve Mississippi. Olivier a le blues dans la peau. Ses notes swinguent, se trémoussent comme des danseuses virevoltant sur le parquet d’un vieux ballroom. September Song est à écouter toute l’année. Ballade rêveuse co-signée avec Denise, Remember est un must d’élégance pianistique et dans Two On the Plane les notes tendres et bleues du piano sont délicatement placées sur une mélodie délicieuse. Modeste, Olivier laisse souvent jouer son saxophoniste, plus convaincant que dans sa propre musique. Denise et lui peuvent sans crainte se reposer sur la contrebasse assurée et rassurante de Darryl Hall qui tient une place importante dans Nuages, l’instrument s’accordant idéalement avec la voix. Batteur au drumming précis et efficace très apprécié des vocalistes, Steve Williams complète une section rythmique on ne peut mieux choisie. Denise King et Olivier Hutman nous offrent un disque plein de joie, de mélodies heureuses qui réaffirment que le jazz est à la fois un art et un plaisir. Souhaitons leur de travailler longtemps ensemble.

 

Concerts au Duc des Lombards, les 6 et 7 juin.

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Chroniques de disques
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