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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 15:45

EXCELSIOR, Bill Carrothers,coverAvril: il pleut des disques en pagaille, des bons et surtout des moins bons. Parmi ces derniers, un enregistrement en solo d’Olivier Benoît, guitariste très prisé par une avant-garde intellectuelle affranchie de toute tradition. Il faut en effet prêter une oreille plus qu’attentive pour découvrir de la musique dans trois longues plages avares de notes, les sons perceptibles n'étant que frôlements, grincements, frottements et effets de larsen « vocabulaire timbral large n’utilisant que très peu d’ustensiles et peu d’effets » précise le communiqué de presse. Armand Meignan souhaite paraît-il programmer le phénomène au Mans, ville habituée aux tremblements de terre culturels. J’ai fait entendre le disque à Bernard, cet ami de Jean-Paul qui après avoir vainement essayé de faire jouer de la musique par des robots (voir mes éditos de mars et avril 2010) se lance dans un jazz conceptuel beaucoup moins onéreux. Le musicien installe son instrument sur scène, mais n’y touche pas. Il se contente d’annoncer les titres des morceaux. Au public d’en imaginer la musique. Rendu sourd par la cacophonie de ses machines déréglées, Bernard se bat pour imposer le silence, la plus belle des musiques. Si la beauté du silence est effectivement préférable aux grattements sonores d’Olivier Benoît, les bons disques qui renferment de la musique procurent un bonheur indicible. Parmi ceux qui sortent en avril, “Excelsior” de Bill Carrothers (Out Note Records, parution le 14) émerveille par ses inventions mélodiques, la nostalgie poignante de ses improvisations. J’en réserve la chronique au numéro de mai de Jazz Magazine / Jazzman. Le pianiste rêve d’Excelsior, petite bourgade du Minnesota dans laquelle il a vécu sa jeunesse. La musique de son album, Bill l’a fait jaillir spontanément de lui-même, imprégnant de son âme ses souvenirs les plus chers.

 

Jean-Paul qui vient de relire ce texte me demande d’annoncer que le prochain Jazz à Fip de Philippe Etheldrède, le Tarzan des ondes, est le dimanche 17 avril. J’en profite pour vous prévenir que Laurent Mignard donne une conférence le lundi 4 au Collège des Bernardins, 20 rue de Poissy 75005 Paris. Son thème : "Duke Ellington manager". Dans le même somptueux bâtiment, François Theberge en donnera une le 2 mai sur les trombones ellingtoniens.       

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

Prysm-FivecChristophe-Charpenel.jpg-Le retour de Prysm mis en sommeil en 2001, peu après l’enregistrement de son quatrième album. Pierre de Bethmann (piano et fender rhodes), Christophe Wallemme (contrebasse) et Benjamin Henocq (batterie) se sont retrouvés en 2009 pour des concerts à l’opéra de Lyon, Rosario Giuliani (saxophone alto) et Manu Codjia (guitare) les rejoignant sur scène. Leur nouveau disque en renferme les meilleurs moments, des relectures inventives des grands titres de leur ancien répertoire. Ils espéraient en fêter tous ensemble la sortie au Duc des Lombards les 4, 5 et 6 avril, mais handicapé par une double fracture de l’épaule, Pierre de Bethmann ne pourra assurer au piano. La guitare de Manu Codjia aura mission de suppléer son absence, tâche délicate mais non point impossible. La musique du groupe sera de toute manière différente avec Rosario Giuliani également présent les trois soirs, Prysm se transformant pour la première fois de son histoire en quartette sans piano.

 

Tirtha_bw_1_Alan-Nahigian.jpg-Vijay Iyer et Thirtha (passage, traversée en sanscrit) son trio indien le 5 à Clichy-sous-bois (20h30, Espace 93 Victor Hugo) dans le cadre du festival Banlieues Bleues. Après le très abouti “Historicity” enregistré en trio et un album en solo presque aussi convaincant, le pianiste propose une musique plus proche de ses origines. Ouvertes au tumulte comme à l’émotion mais ancrées dans une approche occidentale de la musique, ses recherches harmoniques et rythmiques se voient confrontées aux subtilités de la musique carnatique. Avec lui, deux musiciens indiens qui vivent comme lui en Amérique : le guitariste Prasanna et le joueur de tablas Nitin Mitta. Sur le plan rythmique et mélodique, leur musique emprunte beaucoup à la musique carnatique, mais Iyer joue son propre piano, ce qui génère de passionnants moments musicaux.

 

Daniel Yvinec ONJ-L’ONJ au Blanc-Mesnil le 6 (20h30, Le Forum, salle Barbara) dans le cadre de Banlieues Bleues. Au programme, le répertoire de “Shut up and Dance” son dernier album, compositions sur le thème du mouvement et de la danse que l’on doit à John Hollenbeck, batteur new-yorkais qui, à la tête de son Large Ensemble, a enregistré plusieurs disques novateurs. Ne manquez pas ce concert, le dernier de l’ONJ avant que l’orchestre ne s’envole fin avril pour les Etats-Unis. Guillaume Poncelet son trompettiste cède sa place à Sylvain Bardiau (La compagnie des Musiques à Ouïr, Journal Intime) et Daniel Yvinec a été reconduit pour trois ans dans ses fonctions de directeur artistique. Souhaitons-lui plein d’idées mirifiques.

Antoine Hervé

 

-Antoine Hervé à la maison des pratiques artistiques amateurs (auditorium St. Germain) le 11 à 19h30 pour une leçon de jazz consacrée aux deux quintettes « historiques » de Miles Davis. Pour l’illustrer, oncle Antoine réunit Eric Le Lann (trompette), Stéphane Guillaume (saxophones), Michel Benita (contrebasse) et Philippe Garcia (batterie). Beau programme, belle formation dont Antoine est D. Douglas © LauraTenenbaumbien sûr le pianiste.

 

 

-Le trompettiste Dave Douglas le 12 à la Cité de la musique (20h00) pour un hommage au Brass Fantasy de Lester Bowie dont faisaient partie Vincent Chancey au cor et Luis Bonilla au trombone. On les retrouve dans Brass Ecstasy, la formation de Douglas. Marcus Rojas au tuba, Nasheet Waits à la batterie complètent ce quintette très cuivré qui rappelle les vieux brass bands de la Nouvelle-Orléans.

 

-Du 12 au 16 avril inclus, Kurt Rosenwinkel occupe le Sunside avec un quartet comprenant Aaron Parks au piano, Eric Revis à la contrebasse et Justin kurt RosenwinkelFaulkner à la batterie. Kurt est l’un des plus excitants guitaristes de la scène jazz actuelle. Il joue des intervalles inhabituels, possède une façon très personnelle d’assembler ses notes, de les faire sonner et respirer. Un phrasé unique qu’il met au service de phrases simples et mélodiques. Remarqué par John Scofield, Pat Metheny et Joshua Redman dont il emprunte l’actuel pianiste, ce natif de Philadelphie, ancien élève de la Berklee School a enregistré une dizaine d’albums sous son nom, notamment pour Verve, les trois derniers pour le label Wommusic.

 

Overtone-Le 17, un dimanche, Dave Holland, l’un des meilleurs contrebassistes de la planète jazz présentera Salle Pleyel son Overtone Quartet, formation réunissant de grands spécialistes de leurs instruments respectifs. Au piano Jason Moran n’est jamais meilleur que lorsqu’il s’exprime comme sideman. Saxophone puissant et véloce, Chris Potter est également un arrangeur très compétent. Enfin Eric Harland rythme le jazz comme nul autre derrière sa batterie. Difficile donc d’ignorer de telles pointures en France pour seulement deux concerts, le Festival de Jazz de Berne les réclamant le 19. Dernière minute : Concert et tournée annulés.

 

Steve-Turre-n-b.jpg-Steve Turre en quartette au Duc des Lombards les 18 et 19 avec Nico Menci au piano, Marco Marzola à la contrebasse et Dion Parson à la batterie. On a un peu perdu de vue ce tromboniste qui a joué avec Ray Barreto, Tito Puente, Ray Charles, Woody Shaw, Dizzy Gillespie, les Jazz Messengers et Roland Kirk, son maître, qu’il accompagna fidèlement jusqu’à sa disparition en 1977. Ce dernier lui dévoila l’importance du blues et du gospel et lui apprit comment utiliser conques et coquillages avec lesquels il enregistra ses plus beaux disques. Parmi eux, l’inoubliable “Rhythm Within” (1995), joyau de sa discographie.

 

Clayton Brothers Quintet-Le Clayton Brothers Quintet au Duc des Lombards les 21, 22 et 23 avril. Jeff et John Clayton sont frères et leur combo existe depuis 1977. Le premier joue du saxophone alto. Le second de la contrebasse. John compose et arrange les morceaux de la formation. Avec le batteur Jeff Hamilton, il co-dirige le Clayton / Hamilton Jazz Orchestra qui accompagne Diana Krall dans plusieurs de ses disques. Gerald Clayton le pianiste est le fils de John. Sur EmArcy, il publie un nouvel album en mai, “Bond”, enregistré au studio de Meudon. Terrell Stafford, le trompettiste du groupe que complète Obed Calvaire à la batterie, est également un musicien accompli. De l’excellent jazz en perspective.

 

Celine-Bonacina-c-Sylvain-Madelon.jpg-Le 23, à 17h30, le Studio Charles Trenet de Radio France accueille le trio de Céline Bonacina. D’un long séjour de sept ans à la Réunion, Céline y a rapporté une musique à la fois personnelle et dansante, énergique et tendre. Elle joue des saxophones alto et soprano, mais utilise surtout le baryton, donnant ainsi du poids à ses notes percussives, à ses phrases graves et chantantes, matière sonore qu’elle sculpte de son souffle. Kevin Reveyrand (basse électrique) et le fidèle Hary Ratsimbazafy (batterie et percussions) accompagnent un discours musical toujours cohérent, des compositions structurées qui accordent une large place à l’improvisation.     

 

Anne Ducros © JB MILLOT-Anne Ducros au Sunside les 22 et 23 pour chanter la grande Ella Fitzgerald dont elle reprend partiellement le répertoire dans son dernier disque “Ella…My Dear” publié l‘an dernier et enregistré avec le « Coups de vents » Wind Orchestra. Au Sunside, Anne choisit Benoît de Mesmay au piano, Gilles Nicolas à la contrebasse et Bruno Castellucci à la batterie pour accompagner sa voix chaude et puissante, l’une des plus vertigineuses du jazz français. La fluidité de ses scats traduit son métier. Elle sait rythmer les mots qu’elle chante, en tenir ses notes, et les faire respirer. Ses concerts sont toujours de grands moments, car Anne aime son public, communique avec humour avec lui et prend toujours plaisir à lui offrir le meilleur de son chant.

 

Henri-Texier.jpg-Henri Texier et son Nord Sud Quintet au Duc des Lombards les 25 et 26. Fourre-tout rassemblant des thèmes simples arrangés avec soin, “Canto Negro” le dernier disque du groupe puise son inspiration dans les musiques des terres chaudes de la planète. Le contrebassiste voyageur nous livre ses impressions d’Afrique, d’Amérique du Sud, de Louisiane. Sa musique métissée évoque parfois le Liberation Music Orchestra de Charlie Haden. La section rythmique qu’il constitue avec Christophe Marguet à la batterie est suffisamment souple pour que les solistes puissent s’y glisser. Sébastien Texier et Francesco Bearzatti mêlent très judicieusement les timbres de leurs instruments (saxophones et clarinettes), la guitare parfois très rock de Manu Codjia (Mucho Calor) se faisant miel dans des ballades solaires qui constituent la majeure partie d’un répertoire le plus souvent mélodique.

 

-Duc des Lombards : http://www.ducdeslombards.com

-Banlieues Bleues : www.banlieuesbleues.org

-Auditorium St Germain : www.mpaa.fr

-Cité de la Musique : www.cite-musique.fr

-Sunset - Sunside : www.sunset-sunside.com

-Salle Pleyel : www.sallepleyel.fr

-Maison de Radio France : www.radiofrance.fr

 

Photos : Prysm © Christophe Charpenel - Thirtha © Alan Nahigian - Dave Douglas © Laura Tenenbaum - Céline Bonacina © Sylvain Madelon - Anne Ducros © Jean-Baptiste Millot - Daniel Yvinec, Antoine Hervé, Henri Texier © Pierre de Chocqueuse - Kurt Rosenwinkel, Overtone Quartet, Steve Turre, The Clayton Brothers : photos X / DR.

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Edito tout beau
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commentaires

Medhi Mimoun 08/04/2011 17:29


Je fais confiance à M. de Chocqueuse même si je ne suis pas d'accord avec lui à propos du disque de Philippe Pilon.
Amitiés du vieux harki
Medhi Mimoun


Eve Dupont 08/04/2011 17:21


Chers commentateurs,
Respectez un peu la liberté d'expression.
P de C. a le droit de ne pas aimer un disque.
NB : en général il est plutôt chou.
Bisous
Eve


Sam Gave 08/04/2011 10:50


Cher Choc,
Votre petit commentaire sur l'enregistrement du bruiteur Olivier Benoit (guitariste?) m'a ravi. Mais celui de votre interlocuteur Adam Smith (le producteur de la séance?) me consterne. Il doit
avoir de sérieux problèmes auditifs pour adhérer à cette inutile mixture.
Après une désastreuse tentative d'écoute de l'opus en question, ma charmante voisine, avec qui j'entretenais depuis plusieurs années des rapports chaleureux, s'est pendue et mon chien Jimi m'a
quitté.
Alors permettez-moi de dire à l'individu Adam Smith que son curseur, il peut se le mettre là où il n'aurait jamais du sortir.


Adam Smith 07/04/2011 16:17


Ce dont je suis sûr c'est que vous n'avez jamais rien produit sinon vous sauriez à quel point la diversité est nécessaire et vous respecteriez le travail des autres musiciens, même si celui-ci ne
vous touchait pas ou ne vous intéressait pas.
Ce dont je suis sûr c'est que l'intention derrière votre plume n'était pas humouristique, et que vous tentez là de tempérer ma réponse en vous réfugiant dans l'humour.
Ce dont je suis sûr, c'est que de toute façon, vous aurez le dernier mot ici car c'est votre espace d'expression. Ce dont je suis sûr, c'est que je n'y remettrait plus mon curseur.
Ce dont je suis sûr c'est que je n'irai pas pour autant déprécier votre blog en disant : Avril: il pleut des critiques en pagaille, des bonnes et surtout des moins bonnes. Parmi ces dernières, une
critique de Pierre de Chocqueuse etc...
Que vous fassiez l'apologie de ce que vous aimez sert sûrement la musique et l'art, alors permettez moi de vous suggérer de vous en tenir à ce positivisme, et de laisser de côté ce que vous n'aimez
pas, simplement parce que ça ne vous correspond pas, tout en gardant à l'esprit que ça peut toucher d'autres personnes qui, même si elles n'appartiennent pas à votre univers, on tout autant le
droit d'exister. Ainsi en va-t-il de la diversité, puissiez-vous à l'avenir la revendiquer.
Amen.


Adam Smith 07/04/2011 14:52


Être critique est un dur métier, surtout lorsque l'on n'est pas musicien soi-même et que l'on se targue de définir ce qu'est le bon goût du mauvais goût.
Faites nous donc entendre ce que vous savez faire, ensuite, je me ferai moi-même un plaisir de rédiger une critique sur votre travail, avec le respect qui malheureusement échoit à votre plume.
Cordialement,
Un musicien qui respecte le travail d'Olivier Benoit, juste parce qu'il est à part dans un paysage musical qui manque décidément de diversité.


Le blogueur de Choc 07/04/2011 16:07



Etês -vous sûr que je ne pratique pas d'instruments ? Je place en tout cas la musique trop haut pour ne pas la défendre. Je ne connais pas la vôtre, mais vous semblez n'avoir aucun humour.
Cordialement