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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 09:01

Donald Brown, coverDonald Brown aime jouer avec les siens, réunir des amis musiciens avec lesquels il a joué et qu’il n’a pas oubliés. Après leur avoir dédié six des dix morceaux de “Fast Forward to the Past”, son disque précédent déjà vieux de cinq ans, il invite certains d’entre eux sur ce nouvel enregistrement, se tourne vers le passé du jazz, ses standards qui lui inspirent de nouveaux arrangements, une mise en couleur inédite de thèmes dont la plupart nous sont familiers. On connaît moins Daly Avenue que signe Geoff Keezer, l’un des trois pianistes compositeurs choisis par Brown pour incarner une génération, les deux autres étant McCoy Tyner et Thelonious Monk. D'emblée, “Born to Be Blue” se fait bleu avec Bye Ya, une pièce de ce dernier joyeusement portée par un piano aux dissonances subtiles, des métriques très souples, des rythmes ternaires pour le faire décoller. Monk jouait ce thème avec Coltrane et c’est son fils Ravi qui prend le relais, un bon demi-siècle plus tard. Avec lui, Kenneth Brown, le fils aîné de Donald, et le solide Robert Hurst présent dans le premier album que le pianiste enregistra sous son nom en 1987. Sa contrebasse introduit le morceau suivant, ce Daly Avenue que Ravi emballe au soprano, poussé par le drumming moderne et excitant de Marcus Gilmore, petit-fils du grand Roy Haynes. D’autres souffleurs et non des moindres se partagent les chorus de ce florilège de moments réjouissants, Donald retrouvant Kenny Garrett et Wallace Roney, ses complices des Jazz Messengers dont il fut un temps le directeur musical. Le premier brille à l’alto dans une version brûlante de Just One of Those Things. À la trompette, le second souffle de bien jolies notes dans You Must Believe in Spring et Cheek to Cheek dont il expose les thèmes. Cette réunion de famille, car c’en est une, comprend aussi la guitare de Mark Boling qui enseigne avec Brown à l’Université du Tennessee. Créateur de thèmes aux mélodies chantantes et orchestrateur émérite comme en témoigne The Innocent Young Lovers, le pianiste de Memphis, les doigts humides de blues, fait fête à toutes sortes de bleus, du cyan à l’électrique. On goûtera sans modération ses improvisations, ses commentaires toujours pertinents, véritables traits d’esprit qu’affinent l’expérience, la vaste culture que révèle sa musique. Seul bémol à mon enthousiasme, les nappes de synthé imitant des cordes n’apportent rien à Fly with the Wind, un faux pas que rachète sans mal le reste de l’album.

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Chroniques de disques
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commentaires

stephane boutinaud 27/04/2013 10:20

Bravo pour cette critique.
Album méconnu et pourtant d'une grande qualité
allinjazz@groupe-de-jazz.net