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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 09:11

Michel-Petrucciani---Erlinda-Montano-Hiscock.jpgLes Editions Montparnasse mettent en vente depuis le 7 février le DVD du film que Michael Radford (1984, White Mischief, Il postino) consacre à Michel Petrucciani. En juin 2011, peu avant sa sortie en salle, il fut projeté à la SACEM en présence du réalisateur britannique, mais aussi de quelques-unes des nombreuses personnes dont les témoignages nourrissent ce passionnant documentaire. Grâce à eux se dessine un portrait fidèle du musicien dont la carrière fut aussi brève qu’exceptionnelle. Né à Orange en 1962, atteint d’une grave maladie des os qui limita sa taille à 91 centimètres, il décédait en 1999 à l’âge de trente-six ans, souffrant d’un vieillissement physique accéléré, épuisé par de trop nombreux concerts. Edités sur Owl Records et produits par Jean-Jacques Pussiau, ses premiers disques témoignent de la maturité d’un pianiste lyrique et impétueux influencé par Bill Evans, mais dont le toucher délicat au service de la ligne mélodique se combinait à une attaque puissante de la note. Michel rêvait de l’Amérique, la terre sur laquelle le jazz était né. À Big Sur (Californie), il rencontra Charles Lloyd qui ressortit son saxophone longtemps délaissé pour jouer avec lui. Installé à New York, les plus grands jazzmen l’adoubèrent. Après deux disques pour George Wein, dont un en solo enregistré au Kool Jazz Festival, les disques Blue Note accueillirent le pianiste. Michel enregistra avec Jim Hall, Wayne Shorter, Roy Haynes, Joe Lovano (“From the Soul” sous le nom de ce dernier). “Pianism” (décembre 1985) est probablement le meilleur album de cette période. Rentré en France après d’innombrables concerts et tournées, Michel signa avec le label Dreyfus. Ceux qu’il réalisa pour lui ne sont pas tous réussis, malgré deux belles rencontres avec Eddy Louiss et Stéphane Grappelli. Mieux vaut écouter les enregistrements qu’il effectua pour Owl, avec Lee Konitz dans le fascinant “Toot Sweet”, ou en solo, “Oracle’s Destiny” dédié à Bill Evans.     

 

Sachant qu’il n’allait pas vivre très vieux, Michel goûta pleinement à la vie, en quatrième vitesse, pour reprendre le titre du film de Robert Aldrich. Il craignait la mort, mais voulait tout essayer, s’investissant à fond dans ce qu’il entreprenait. Il aimait beaucoup les femmes, en épousa plusieurs et eut une vie sentimentale tourmentée. Toutes parlent de lui avec nostalgie et tendresse. J’avais fait sa M.-Petrucciani-c-Ph.-Etheldrede.jpgconnaissance au début des années 80, rue Lliancourt, dans le petit bureau que Jean-jacques Pussiau partageait avec Geneviève Peyregne, son agent à l’époque. Nous nous revîmes, à Paris avec Aldo Romano son porteur attitré, au Festival de jazz de Montréal, à l’Archéo Jazz de Blainville-Crevon en Normandie. Nos rapports furent toujours amicaux. Michel, pas commode avec les gens qu’il n’aimait pas, avait ses défauts, mais était profondément humain. Lors de notre dernière rencontre, il avait beaucoup grossi. Grâce à des interviews, à des images d’archives et à de nombreux films d’amateurs, Michael Radford parvient à faire revivre ce drôle et talentueux petit bonhomme, nous fait à nouveau entendre sa voix, son rire, son langage et donne grande envie d’écouter sa musique.

 

“Michel Petrucciani” de Michael Radford – 1 DVD Editions Montparnasse. Durée du film 1h39.

 

CREDITS PHOTOS : Michel Petrucciani & Erlinda Montano Hiscock à Big Sur © X/D.R. - Michel Petrucciani, photo noir & blanc © Philippe Etheldrède

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Published by Pierre de Chocqueuse
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carini 24/02/2012 13:24

Bonsoir Pierre,

Tu trouveras ci-joint une simple rédaction de lecteur à la chronique du film que les DNJ avaient faite il y a quelques mois (tu trouveras cette chronique facilement sur le site des DNJ en tapant
"petrucciani" via le moteur de recherche en haut à droite de la page d'accueil si cela avive ta curiosité). Bien à toi. S. Carini.


" Bonsoir à tous,

Inéluctablement, je fréquente le site des DNJ plus sporadiquement que par le passé. Entre les nombreuses chroniques, mon attention a toutefois été attirée par le compte-rendu du film dédié à Michel
Petrucciani (08.09.2011). Non tant en raison du film que de la personnalité et du parcours du pianiste. Je n'ai pas été déçu.

Je passe sur le fait assez étrange mais immédiatement perceptible pour qui sait lire (question évidente de rythme) qu'à aucun moment on ne ressent une quelconque empathie avec le sujet (le film, le
musicien....) et que cela ne se peut confondre avec une distanciation étudiée, oh non....Du coup, se succèdent des phrases d'une platitude toute scolaire (et c'est exactement cela : un élève qui
doit boucler sa dissert', qui ne cherche même pas à comprendre de quoi il retourne et qui la bâcle comme ça vient) : "il ne se souciait pas de l'avenir mais n'aimait pas perdre son temps ni rester
immobile (sic!!!) " ; il dévorait la vie (...) sans chercher à savoir si c'était bien ou mal", etc.

Je n'insiste pas, pour me concentrer sur trois aspects plus importants, l'un formel,les autres impliquant davantage le fond.

- formellement donc, certains paragraphes sont littéralement écrits à l'envers : ainsi du 5ème qui, une fois évoqué le "réveil" au jazz de Charlie Lloyd par M. Petrucciani, mélange un peu tout :
"la grande vie" c'est bien après la signature du contrat Blue Note, les concerts complices plus (W. Shorter) ou moins (F. Hubbard - Michel a été recruté dans l'un des nombreux all-stars athlétiques
du trompettiste, fabriqué pour les festivals d'été) bien montés avec les légendes du jazz,c'est bien après 1983 ("Power of Three" date de 1987, etc.) ; quant à l'influence de Bill Evans, c'est bien
avant. Respecter et recréer la chronologie n'eût pas été de trop, outre le fait - qui méritait d'être souligné - que Petrucciani a bénéficié d'une direction de carrière très judicieuse en ce
qu'elle l'a confronté d'emblée à plusieurs rythmiques de haut vol pour ensuite le positionner aussi jazzistiquement cross-over que possible ("Playground" avec Omar Hakim, Steve Thornton et Anthony
Jackson) ;

- bien qu'il s'agisse de rendre compte d'un film, il eût été intéressant de s'attacher effectivement, le temps passé (plus de 10 ans), à la place du pianiste dans l'histoire de son instrument. La
question est posée, mais l'article refuse aussitôt de s'engager ; le débat avait pourtant commencé de germer à sa disparition et l'occasion était rêvée de le reprendre donc même très
synthétiquement, mais non.....Cela contraste avec les jugements moraux parsemés par ailleurs à l'emporte-pièce, j'y reviendrai....Ajoutons au passage que les quelques notations sur la technique
instrumentale de Petrucciani, laquelle n'a rien "d'inimitable" par rapport à celle d'un Carl Perkins (jouant le coude parallèle au clavier), d'un Horace Parlan ou a fortiori d'un Monk et sur sa
résistance physique (réelle) mais rendue ici de manière ridiculement héroïque ("se fracturant en permanence bras, coude, clavicule, doigt, mais il continuait à jouer, insensible à la douleur" - sic
!!!!) renforcent l'impression d'approximation de l'ensemble ;

- j'en viens enfin à deux connotations plus déplorables encore et qui sont inextricablement liées : le "moralisme" d'un autre âge (quoi que....) qui imprègne tout l'article, du rapport aux femmes
(qui ont "le privilège de le porter sur scène"), à l'alcool et à la cocaïne (non nommés comme à l'accoutumée mais pointés sous l'intitulé inutilement pudique des "trop nombreux excès") d'une part,
cet enrôlement sous la bannière des "anges maudits auto-destructeurs" d'autre part. Moralisme et dolorisme sont dans un bâteau....Or rien n'était plus étranger à M. Petrucciani que cette figure de
l'artiste suicidaire - on est loin ici des Chet Baker, Charlie Parker voire Bud Powell. Très tôt en effet, Michel a utilisé comme une force, une chance, le diagnostic des médecins sur le
raccourcissement certain de son espérance de vie induit de sa maladie. Ce diagnostic - et, à condition de l'assumer rigoureusement, la lucidité qu'il autorisait - a décuplé la volonté de créer / de
vivre, c'est la même chose - qui était déjà en lui. Et fort naturellement par ailleurs, hors la musique, laissé libre cours à son exubérance et à son côté extraverti. Alors que sa notoriété était
encore émergente et sans parler des nombreux concerts ultérieurs, je l'ai croisé vers la fin des années '70 au club Saint-Germain peu avant la fermeture définitive du club : blagueur, grande
gueule, enfoncé dans son blouson noir clouté rocker (avant que l'élégantissime Kai Winding n'entame son deuxième set). Aldo était déjà là, Michel jouait, aux Etats-Unis plus encore qu'en France, de
cette "anormalité" faite joie de vivre, du contraste relationnel que cela créait immédiatement, il jouissait de "bluffer" son monde en personnalisant un permanent "tout est possible - pour moi
aussi et plus encore pour moi que pour vous" !

Je déplore qu'une fois encore, par paresse intellectuelle et méconnaissance des musiciens eux-mêmes, on se soit résolu d'utiliser cette vieille béquille vermoulue, qui pollue depuis si longtemps
l'évocation du jazz pour ne rien dire de l'écriture de son histoire, qu'est la figure du musicien "maudit" (par qui ?!), tragique, happé par d'incontournables forces de destruction. Dans le cas de
Petrucciani, on atteint le contre-sens, douteux de surcroit (mais que faire devant la fascination des critiques pour ce qu'ils ne veulent ni ne peuvent vivre ni comprendre ...?) jusques et y
compris dans l'évocation du "douloureux héritage" laissé à son fils (en clair : M. Petrucciani n'aurait pas dû se reproduire). Mais au contraire ! N'est-ce pas un lumineux enseignement qu'il lui
lègue, celui d'avoir défié le handicap, celui-là même d'avoir affronté un si complexe dilemme que celui de sublimer son "anormalité" jusqu'à "la normalité" de la paternité sexuellement assumée et,
surtout celui d'avoir insolemment et inlassablement démontré que lui, à la vie comptée, était - comme tout artiste - parvenu à déjouer et son corps et l'instinct de mort (qui diffère, qui diffère,
au mieux) par la force créative de son chant bien plus que ne le pourra jamais la multitude de ceux pour qui "la vie" ne demeure jamais qu'un spectacle extérieur, un effilochage indifférencié.
Stéphane Carini."