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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 15:40
Mulgrew Miller, coverLes pianistes enracinés dans la tradition et l’histoire du jazz ne sont plus guère nombreux. Hank Jones, 91 ans, mais aussi Kenny Barron, Marcus Roberts et Cyrus Chestnut me viennent à l’esprit. Mulgrew Miller joue lui aussi un piano en voie de disparition. Ses harmonies très travaillées préservent les qualités intrinsèques du jazz : le swing et le blues omniprésents dans sa musique . Très demandé en studio, il fait peu de disques sous son nom, préfère se mettre au service des autres, se montre aussi capable de briller auprès des musiciens de jazz moderne (Dave Holland) qu’au sein de formations plus classiques. L’histoire du piano jazz se révèle dans son jeu. On y entend le raffinement harmonique d’Art Tatum, l’élégance mélodique de Teddy Wilson, la précision dans l’attaque et l’articulation d’Oscar Peterson. En outre, Miller connaît parfaitement le vocabulaire du bop, le langage de Bud Powell qu’il admire et que traduit son phrasé souvent acrobatique. Musicien virtuose, il ne dédaigne pas les prouesses techniques, mais loin d’être tape à l’œil, son adresse s’affirme parfaitement naturelle, tout comme sonne vrai et authentique son piano dont la chaleur est celle d’un feu de bois dans un monde de radiateurs électriques, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Enregistré il y a dix ans au cours du festival Jazz en Tête de Clermont-Ferrand, ce disque constitue son unique disque en solo. Les morceaux de ce concert nous sont restitués dans l’ordre exact dans lequel ils ont été joués. Le pianiste n’a peur de rien. Il impressionne par sa carrure massive et athlétique, mais plus encore par l’impression de force tranquille que dégage son instrument. Il n’hésite pas, et choisit d’emblée la difficulté avec Jordu qu’il attaque avec fermeté et brio. Ses mains (on a parfois l’impression qu’il en possède quatre) dialoguent, articulent des phrases musicales possédées par le rythme. Après une longue tresse de notes perlées et une citation de So What (Jordu est un thème qui lui ressemble beaucoup), Mulgrew Miller poursuit avec Con Alma, saut d’obstacles tout aussi périlleux (comme l’écrit si bien Laurent de Wilde dans les notes du livret), mais que le pianiste surmonte avec facilité, s’autorisant même d’étonnantes variations avant la coda. Rassuré sur la souplesse de ses doigts, sur sa capacité à dominer son piano, Mulgrew se fait tendre, esquisse les pas d’une valse un peu triste (le merveilleux et délicat Carousel qu’il achève sur une comptine). Il nous emporte dans des relectures puissantes et raffinées de standards dont il préserve la mémoire, My Old Flame, Dreamsville, Body & Soul (dont il joue quelques mesures en stride), mais aussi la Yardbird Suite, raccourci de son immense technique, feu d’artifice « de block chords, trilles, arpèges, syncopes » (Laurent de Wilde). Véritable tourbillon de notes enivrantes qui font perdre la tête, Giant Steps, son dernier coup d’archet pianistique, complète et achève cette leçon de piano.

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Chroniques de disques
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commentaires

bruno 09/03/2010 16:35


J'aime bien "la chaleur est celle d’un feu de bois dans un monde de radiateurs électriques". Sinon, les rédacteurs qui me rappellent la classe de Teddy Wilson me font toujours plaisir...


Jacques des Lombards 08/03/2010 22:12


Salut Pierre,
Superbe cd... Un pianiste de Choc! :-)