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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 12:10

Jacky Terrasson Push, coverTrois ans après “Mirror“, son album solo, Jacky Terrasson publie “Push“, enregistrement en trio auquel participent quelques invités. Disposant d’une nouvelle section rythmique - Ben Williams à la basse et Jamire Williams à la batterie - , le pianiste y a mis moins de standards et plus de compositions originales, essayant  d’autres musiques, d’autres sons. “Push“ traduit peut-être davantage que les autres albums de sa discographie le plaisir qu’il ressent à jouer de la musique. Enregistré sur trois jours à  New York, c’est l’album d’un musicien heureux à un tournant de sa carrière. J’ai rencontré Jacky en mars dernier, peu avant le premier des concerts qu’il donna au Sunside. Il commente pour moi les onze morceaux de son nouveau disque (douze en comptant Body and Soul), le moins « jazzy » de ses albums selon ses propres dires.

 

Gaux Girl : « Je l’ai écrit pour ma fille Margaux. C’est un thème riff avec un pont que j’ai rajouté après. Je trouvais le morceau un peu long. Le pont, une sorte de boucle, lui donne un certain mouvement. Lors de l’enregistrement, j’ai ajouté un synthé. Le pont introduit un autre rythme et me permet d’improviser, de prendre un chorus différent. »

Jacky Terrasson (c)

Beat It / Body and Soul : « J’ai eu l’idée d’enchaîner Body and Soul à Beat It à la mort de Michael Jackson. Je n’ai jamais été un fan de ce dernier, mais c’était une grande figure du monde de la musique qui disparaissait, provoquant un choc médiatique à l’échelle de la planète entière. J’ai donc introduit Body and Soul par ce truc rubato. Je ne savais trop comment les thèmes allaient s’agencer, mais les deux mélodies fonctionnaient. Beat It contient une longue intro que nous avons délaissée puis reprise. C’est comme une lamentation, un hommage personnel à Michael. »

 

Ruby my Dear : « J’ai joué cet arrangement il y a très longtemps avec Grégoire Maret. J’ai pensé à lui pour le disque et je lui ai demandé s’il voulait bien rejouer ce morceau à l’harmonica. Mon idée en l’enregistrant a été de nous répartir le solo, chacun reprenant et complétant les phrases de l’autre afin d’instaurer un dialogue, une conversation entre nos deux instruments. »

 

Beat Bop : « Un caprice de dernière minute. Je l’ai écrit une semaine avant de rentrer en studio, assis à une table, sans piano à proximité. J’avais besoin d’un morceau pêchu. Des accords de bop servent une mélodie anguleuse et tordue. Lors des répétitions, ma main gauche, la basse et la batterie la faisaient disparaître. Plutôt que de placer ma main droite en avant au mixage, j’ai préféré la doubler au synthé. Ce n’est pas une mélodie facile à reconnaître. Elle est totalement imbriquée dans le rythme, ce qui donne un aspect funky au morceau. »

 

Round Midnight : « Le morceau s’est fait très naturellement en studio. Nous étions en fin de session. Regardant ce qui avait été enregistré, j’ai pensé ajouter une ballade. On a fait deux prises et on a gardé la première. Dans l’arrangement que je propose, le morceau se transforme avant la coda, devient humoristique, chaloupé. »

Ben & Jamire Williams (b)

Morning : « Une simple ligne de basse qui m’est venue un matin après un café. Je l’ai transcrite sur un bout de papier qui est resté des mois sur mon piano. J’ai ajouté la mélodie après. Elle a même changé au cours de l’enregistrement. Certaines notes du ténor nécessitaient d’autres harmonies. J’ai choisi Jacques Schwarz-Bart pour son timbre que j’aime bien. Je voulais une belle sonorité de ténor dans ce morceau. J’avais rencontré Jacques plusieurs fois et nous avions évoqué l’idée de faire quelque chose ensemble. Morning débute en ré mineur sur une grille de blues et débouche sur une série de quatre accords. La rythmique fait penser aux vieux disques Blue Note. Jacques possède un gros son et met en valeur le morceau. Ça a l’air très carré, fluide. Le rythme est pourtant en 17/4 sauf dans la partie centrale. »

 

My Church : « Je comptais l’enregistrer en solo et l’inclure dans “Mirror“, mon disque précédent. Je l’ai écrit il y a longtemps et pensais l’ajouter à “Smile“ qui date de 2002. J’ai mis du temps à lui trouver un cadre, à le faire sonner. On m’a dit que les premières notes évoquent Moon River. Quoi qu’il en soit, ce morceau  possède un aspect folk, une musique que j’entends de plus en plus. »

 

Jacky Terrasson (b)

Say Yeah : « J’ai écrit ce thème il y a quatre ou cinq ans. Je l’ai enregistré sur mon mac, programmant claviers, guitare, basse et batterie. J’adore cette démo et j’ai voulu la refaire en studio. Je préfère toujours la démo, un vrai moment de joie. Cyro Baptista joue des percussions et Matthew Stevens de la guitare. Il double une phrase que je chante et que je joue au piano. Je n’ai jamais pris de cours de chant de ma vie, mais j’ai toujours eu envie de chanter. Après dix albums pour Blue Note, j’estime en avoir le droit (rires). »

 

You’d Be so Nice to Come Home To : « Je joue ce standard depuis quelques années. Nous avons fait trois prises, bonnes toutes les trois, mais différentes. Je joue chaque fois un autre piano. Je me suis cassé la tête pendant des semaines pour savoir laquelle allait figurer sur le disque. Pour finir, c’est Philippe Gaillot qui, au cours du mixage de l’album effectué à Pompignan au Recall Studio, a choisi cette version. Le CD japonais en contiendra une des deux autres en bonus. »

 

Jacky Terrasson (a)

Carry Me Away : « A l’origine, cette ballade devait s’appeler “île mienne“, l’anagramme d’Emilienne, ma compagne. C’est une déclaration d’amour, un thème écrit il y a deux ans à peu près. Il n’existait pas encore lorsque j’ai enregistré “Mirror“ , mais il aurait pu faire un très beau morceau en solo. On l’a essayé avec la section rythmique jouant en continu. On a essayé d’autres versions avec la basse seule, ou avec seulement des percussions. Pour finir, j’ai conservé ces dernières. Ben Williams joue simplement quelques notes du thème à la basse électrique plus quelques autres avant la coda. Tout est dit dans la mélodie. Ce morceau n’a pas besoin de beaucoup d’instruments. »

 

O Café, O Soleil : « Un calypso qui donne envie de partir en vacances. Il portait un autre titre, mais je l’ai changé. Je jouais déjà cette tournerie en 9/4 à la main gauche derrière un arrangement de St. Thomas. Je voulais l’enregistrer, puis je me suis dit que Sonny Rollins n’avait pas besoin de royalties supplémentaires (rires). C’était mon disque et je préférais y mettre mes propres morceaux. J’ai donc trouvé une mélodie qui fonctionne bien avec cette ligne en 9/4 que j’ai bien sûr conservée. »

Photos © Pierre de Chocqueuse

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commentaires

BRUNO 23/05/2010 15:27


JOLI TRAITEMENT POUR UN EXCELLENT DISQUE, BRAVO PIERRE.