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12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 10:50

Il serait dommage d'ignorer ces trois enregistrements tardivement publiés. Contrairement à mon précédent « repêchage », ils ne sont pas à mettre entre toutes les mains. J’en entends déjà certains râler. Philippe Etheldrède risque d’en faire une congestion. Jean-Paul fâché ne m’adresse plus la parole. Les Puristes du jazz ne vont pas apprécier. J'attends leurs commentaires. Ce sont mes dernières chroniques de disques avant la mise en sommeil de ce blog pour les fêtes. Ne manquez pas vers le 20 mes Chocs 2011 pour le clore en beauté.  

 

J.-Udden--Plainville-cover.jpgJeremy UDDEN’s Plainville : “If the Past Seems So Bright” (Sunnyside/Naïve)

Saxophoniste de jazz dont la sonorité diaphane évoque l’alto de Lee Konitz, Jeremy Udden qui joue aussi du soprano et de la clarinette propose une musique inclassable dans laquelle jazz, blues, rock, folk et country se mélangent pour évoquer les vastes plaines de la grande Amérique. Plainville dont le groupe tire son nom est une bourgade rurale de la Nouvelle-Angleterre dans laquelle Udden passa sa jeunesse. C’est aussi le nom du précédent disque de la formation publié en 2009 sur le label Fresh Sound New Talent. Certains titres sonnent très rock, d’autres baignent dans un folk jazz mélodique. On pense aux premiers disques de Neil Young, au Band qui accompagna Bob Dylan et dont les premiers opus “Music from Big Pink” et “The Band” ne sont pas si éloignés de l’univers champêtre proposé par Udden. Les instruments inhabituels qu’utilise Pete Rende - orgue à pompe, piano Wurlitzer - confèrent une sonorité particulière à la musique. Brandon Seabrook la nourrit de ses guitares parfois électriques. Son banjo lui donne un fort aspect rural. Avec Eivind Opsvik à la contrebasse et R.J. Miller au jeu volontairement minimaliste à la batterie, Plainville possède un son unique, l’instrumentation du groupe se voyant renforcée par d’autres guitares acoustiques, les voix amies de Nathan Blehar et de Justin Keller. Les puristes du jazz pousseront de grands cris. Les curieux endosseront leurs caches poussières pour écouter ces images sonores typiquement américaines.

 

Kevin-Hays-Variations--cover.jpgKevin HAYS : “Variations” (Pirouet/Codaex)

Les amateurs de jazz risquent de diversement accueillir ces “Variations”, de courtes sonates qui relèvent davantage de la musique classique que du jazz. Kevin Hays est pourtant un jazzman authentique qui a accompagné Benny Golson, James Moody et Sonny Rollins. Trois albums Blue Note dont l’un en trio avec Ron Carter et Jack DeJohnette l’ont placé au premier rang des pianistes de sa génération (il est né en 1968). Son bagage technique impressionnant lui a permis d’enregistrer du Brahms et du Webern. Publié récemment, “Modern Music” (Nonesuch Records) le fait entendre en duo avec Brad Mehldau dans un programme constitué d’œuvres de Steve Reich, Philip Glass et Patrick Zimmerli. Saxophoniste de jazz devenu compositeur, ce dernier est à l’origine de ce disque dont il est co-producteur. Hays s’enferma deux jours dans un studio du New Jersey et enregistra de nombreuses improvisations, l’équivalent de quatre heures de musique. 24 d’entre-elles ont été sélectionnées pour ce disque qui débute et se conclut par des variations autour de la première des quatre fugues pour piano de Robert Schumann opus 72. Un CD organisé en trois parties contenant chacune huit pièces, toutes différentes malgré plusieurs versions d’un même morceau. Le pianiste développe un tempo, un ostinato ou part d’un motif mélodique pour improviser. Les exercices rythmiques restent toutefois minoritaires. Hays préfère diversifier ses couleurs harmoniques pour traduire ses sentiments. On passe tour à tour de l’obscurité à la lumière, mais contrairement à “Open Range”, un enregistrement en solo de 2004 inspiré par une retraite qu'il effectua au Nouveau-Mexique, les pièces sombres sont ici plus nombreuses, la ville de New York souvent sous les nuages lui dictant une musique plus dépouillée, mais tout aussi profonde.

 

Theo-Bleckmann--Hello-Earth--cover.jpgTheo BLECKMANN : “Hello Earth !” (Winter & Winter/Abeille)

Né en Allemagne et installé à New York depuis 1987, Theo Bleckmann a longtemps travaillé au sein du groupe vocal qui entoure Meredith Monk. La musique contemporaine est davantage son domaine que le jazz bien que Peace (Ornette Coleman) et Misterioso (Thelonious Monk) figurent au répertoire du Refuge Trio dont il est l’un des membres. Après avoir chanté Charles Ives avec le groupe Kneebody, mais aussi Robert Schumann, Hanns Eisler et Kurt Weill, il consacre son nouveau disque à des reprises de chansons de Kate Bush, une des rares pop stars possédant un univers. Avec sa voix de ténor léger, ses orchestrations pour le moins singulières, Bleckmann a aussi le sien. Il retrouve ici son vieux complice John Hollenbeck qui assure batterie et percussions. Henry Hey aux claviers, Caleb Burhans, à la guitare et au violon électrique et Skúli Sverrisson à la basse électrique complètent une formation qui soigne les timbres des morceaux qu'elle reprend, enveloppe les thèmes de sonorités inédites, les pare d’autres couleurs. Violin, un rock speedé mis à part, Bleckmann fait volontairement flotter les sons. La mise en boucle des voix et la spatialisation des instruments, notamment dans And Dream of Sheep et This Woman’s Work rendent la musique profondément onirique. Les albums très personnels que Kate Bush publia dans les années 80 ne sont pas exempts de défauts. Leurs boîtes à rythme donnent un aspect mécanique à certaines compositions. Le chanteur évite ce piège, modifie les tempos, les rend souples, les étire jusqu’à totalement repenser les harmonies de la chanteuse. Running Up That Hill hérite ainsi d’un long prologue onirique, le martèlement rythmique de la pièce surgissant beaucoup plus tard. Seule l’introduction de Saxophone Song relève du jazz dans ce disque inventif d’une fraîcheur étonnante.   

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Chroniques de disques
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