Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 00:00

Malia, gdeMERCREDI 7 septembre

Malia au Duc des Lombards : ses disques baignent dans les eaux de la soul, mais la chanteuse séduit et attire les jazzmen. Laurent de Wilde l’a invitée en 2003 sur “Stories” un album  de fusion aussi varié que réussi. André Manoukian a composé des musiques pour ses textes et produit “Young Bones”, son troisième album. Jacky Terrasson semble également l’apprécier puisqu’il l’invite à rejoindre son trio le 22 octobre sur la scène de la Maison de la Culture de Malia - bClermont-Ferrand dans le cadre du festival Jazz en Tête. Malia possède une voix grave, un peu cassée, envoûtante. Auprès d’elle au piano, Alexandre Saada lui fournit un tapis de notes, assure un piano orchestral qui lui permet de se passer d’autres instruments mélodiques. Elle n’a plus qu’à confier sa voix à ses musiciens, à la section rythmique experte que constituent Jean-Daniel Botta à la contrebasse et Laurent Seriès à la batterie, et porter l’émotion au cœur de la musique. Malia reprend les chansons fétiches de la grande Nina Simone et ses chansons s’y prêtent. Bien que dénuée de l’intensité poignante de l’originale enregistrée par Nina le 21 mars 1964, sa version de Wild is a Wind trouve une interprète sensible qui ne cherche pas à imiter cette dernière. Malia reste elle-même. Elle ne possède pas la voix, le vibrato, le charisme de Nina Simone, mais parvient à insuffler son propre feeling à Baltimore, Feeling Good, Don’t Explain, Ne me quitte pas (Malia chante If you Go Away, sa version anglaise), sans oublier les inoubliables Four Women (introduit par les harmonies magnifiques du piano) et My Baby Just Cares for Me, méga tube de la diva Simone.

 

SAMEDI 10 septembre

Brad Mehldau 2Brad Mehldau à la Cité de la Musique dans le cadre du festival Jazz à la Villette. En solo le pianiste prend des risques, parfois trop. Seul avec lui-même, il expérimente, construit dans la durée de longues fresques sonores aux architectures grandioses qui témoignent d’une volonté de remettre son art en question, d’aller toujours plus loin dans le dépassement, comme si improviser était un défi permanent à sa créativité. Brad est un pianiste exceptionnel. Un sens du tempo phénoménal lui permet de combiner avec logique plusieurs rythmes qui, loin de se télescoper, se complètent et s’additionnent. Cette polyrythmie se greffe sur une harmonie occidentale au sein de laquelle le blues et la spécificité de ses intervalles diminués trouvent assurément leur place. De nombreuses lignes mélodiques nourrissent le discours musical. La main gauche martèle de solides ostinato, mais peut aussi bien solliciter la partie supérieure du clavier. La dextre ornemente, croise pour trouver des basses puissantes. Brad Mehldau joue beaucoup de notes. Il les empile, leur donne de l’épaisseur par l’emploi fréquent de la pédale de résonance. Ses  longs développements fascinent par leur construction rigoureuse. Des morceaux aux improvisations plus courtes parsèment son récital. Le pianiste récupère, joue alors avec beaucoup de sensibilité quelques mélodies délicieuses qu’il harmonise avec tendresse. Simples pauses avant de rebâtir de nouvelles tours de Babel sonores dont il pose longuement les fondations. Un public attentif ovationna sa prestation, obtint cinq rappels, Brad nous faisant oublier celle, décevante, donnée au Théâtre du Châtelet le 3 mars 2010. Outre quelques compositions originales et l’Intermezzo opus 76 # 4 de Brahms, il joua We’re Gonna Take It des Who, Hey Joe de Jimi Hendrix dans une version lente et marquée par le blues, n’oublia pas Radiohead (Jigsaw Falling Into Place) et reprit quelques standards, (I Concentrate on You et From This Moment On de Cole Porter, Countdown de John Coltrane, In Walked Bud de Monk). Brad Mehldau salue, remercie son public, mais ne lui indique jamais ce qu’il va jouer. C’est grâce à Geneviève Peyregne qui lui organise ses tournées que je vous en communique les titres. Qu’elle soit ici remerciée. Brad improvisa un bon quart d’heure sur La mémoire et la mer de Léo Ferré, parvenant à donner à sa mélodie une intensité surnaturelle. Un des grands concerts qu’il m’a été donné d’écouter cette année.

PHOTOS © Pierre de Chocqueuse

Partager cet article
Repost0

commentaires

A
<br /> J'ai également eu le plaisir d'assister au concert de Brad Mehldau. J'aurai juré que la chanson de Léo Ferré était "Avec le temps"... peut-être était ce un peu des deux.<br /> <br /> <br />
Répondre