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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 09:27

Kerecki-Taylor--Patience.JPGAprès “Houria” dans lequel le saxophoniste Tony Malaby se joint à son trio pour largement improviser une musique tribale et instinctive comme on n’en a jamais entendue, Stéphane Kerecki change radicalement d’univers musical. Associé à John Taylor, le plus subtil pianiste de jazz d’outre-Manche, il prend son temps pour peindre des paysages dont les couleurs harmoniques révèlent leurs secrets à condition de se laisser glisser doucement sur l’autre versant, celui de la beauté cachée des choses. Le contrebassiste se rapproche ainsi de ses premiers amours jazzistiques, Keith Jarrett et Bill Evans qu’il n’a jamais reniés. Il s’associe d’ailleurs périodiquement au pianiste Guillaume de Chassy pour aller à la rencontre du chant intérieur qui est l’essence, l’alpha de toute musique. Au cours d’un récent blindfold test accordé à Jazz Magazine / Jazzman, il a confié à Franck Bergerot qu’inscrit par sa mère dans une chorale à l’âge de huit ans, il avait découvert l’importance de la voix par la pratique du Requiem de Gabriel Fauré et du O Sacrum Convivium d’Olivier Messiaen qu’il reprend dans “Houria”. On comprend donc mieux pourquoi sa contrebasse chante des notes si justes et si profondes auprès d’un piano qui laisse constamment ouvert le discours musical, refuse de le figer, comme si, en quête de la plus belle lumière, les deux instruments cherchaient à donner à leurs notes voilées par les brumes de leur rêve le meilleur éclairage possible. Dès le Prologue, le son, les couleurs du piano répondent au glissement de l’archet sur les cordes. Une contrebasse à la sonorité épaisse fait résonner le bois musical dans lequel elle est construite, un bois dont on en entend les vibrations harmonieuses de ses fibres. Dans Manarola, le prolongement naturel du Prologue, l’instrument esquisse de timides pas de danse avant de marquer solidement la cadence par de grands claquements de cordes. Ecrit par Stéphane Kerecki (toutes les compositions sont de lui à l’exception du Prologue, de l’Interlude, de l’Epilogue qui sont des improvisations collectives, et d’une reprise de Jade Visions de Scott LaFaro), ce même Manarola permet de découvrir le langage introspectif et poétique de John Taylor, dont le piano, caisse de résonance percussive, devient progressivement un instrument raffiné auquel il confie ses savantes constructions harmoniques. Si les échanges rythmiques ne manquent pas, surtout dans Kung Fu ou Bad Drummer, les deux complices privilégient l’harmonie, la couleur, au sein du discours mélodique, notamment dans Gary dédié à Gary Peacock, Patience ou le très beau Luminescence, mêlent constamment leurs notes dans des danses féériques (La Source en partie joué à l’archet) et racontent ensemble des histoires intimistes, des magnifiques musiques qu’il fait bon écouter.

 

En concert le 22 juin au Duc des Lombards.

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