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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 10:27

Chick-Corea.jpg

Trois enregistrements de Chick Corea ont été publiés récemment. Œuvre ambitieuse et en partie écrite, “The Continents” rassemble un quintette de jazz et un orchestre de chambre. Enregistré live au Blue Note de New York en 2010, “Further Explorations” fait entendre le pianiste avec le bassiste Eddie Gomez et le batteur Paul Motian. Enfin “Hot House” marque le 40ème anniversaire de son association avec le vibraphoniste Gary Burton.

 

Si certaines compositions de Chick Corea sont aujourd’hui célèbres, ses arrangements sont loin de toujours faire l’unanimité. Le pianiste a écrit des œuvres très variées, se laissant parfois aller à la facilité pour plaire à un large public. Ses orchestrations révèlent toutefois un musicien habile à associer les diverses sections d’un orchestre, à donner à sa musique des couleurs chatoyantes. Enregistrés dans les années 70 et malgré des arrangements soignés, “The Mad Hatter”  et “My Spanish Heart – son disque le plus personnel – , furent mal accueillis par la critique. Plus près de nous, “The Ultimate Adventure” qui combine habilement espagnolades et flamenco passa inaperçu. Certes, Corea s’égare parfois. Son “Concerto pour piano et orchestre“ en trois mouvements relève de la musique classique européenne, tout comme son “Septet” gravé pour ECM en 1984.

 

Chick Corea Le pianiste en a tiré les leçons. Dans “The Continents” que publie le label Deutsche Grammophon, il a la bonne idée de faire jouer un quintette de jazz avec l’orchestre de taille moyenne auquel il confie sa musique. Ce dernier est parfois trop présent dans ce concerto en six mouvements d’une durée supérieure à soixante-dix minutes. Les velléités du compositeur classique se manifestent surtout dans Africa, pièce clinquante qui introduit brièvement les musiciens du quintette, Antartican’évitant pas certaines lourdeurs orchestrales. Mieux équilibré, Australia met en valeur la section rythmique – Hans Glawischnig (contrebasse), Marcus Gilmore (batterie) – , et Asia, une belle page d’écriture pour cordes, contient des chorus stimulants. Tim Garland (saxophone soprano, clarinette basse, flûte) et Steve Davis (trombone) improvisent à tour de rôle dans Europe et America, le continent américain inspirant au pianiste une musique latine aux rythmes chaloupés, aux arrangements légers et élégants. Se réservant de nombreuses parties de piano, Corea dialogue avec l’orchestre dans Australia, et avec une étonnante clarinette basse dans Antartica. Les quatre premières plages du second disque ont été jouées spontanément en studio. Lotus Blossom, Blue Bossa et Just Friends fournissent un matériel thématique conséquent. Des improvisations en solo les complètent. Chick fait alors ses gammes, virevolte de note en note tel un papillon qui ne sait trop où se poser. Ces pièces abstraites, sans réelles directions mélodiques, lassent un peu.

 

Chick-Corea-Trio--Further-Explorations-.jpgOn leur préférera sans hésiter “Further Explorations” avec Eddie Gomez et Paul Motian. Un choix qui n’est pas dû au hasard. Gomez fut pendant onze ans (1966-1977) le contrebassiste de Bill Evans et Motian le batteur du prestigieux trio qu’Evans constitua avec le bassiste Scott LaFaro. Dans cet enregistrement live consacré aux compositions du pianiste mais aussi à son répertoire, Chick Corea joue son meilleur piano et nous livre l’un de ses albums les plus réjouissants. Il en a déjà consacré des albums à des pianistes qui l’ont influencé – Thelonious Monk dans “Trio Music”, Bud Powell dans “Remembering Bud Powell” – , mais Evans a notablement marqué son jeu pianistique et reste le modèle incontournable. Enregistré en 1968, “Now He Sings, Now He Sobs”, son premier disque, témoigne de son écoute. Proche d’Evans par ses choix harmoniques, son tempérament romantique, il l’est aussi de Powell, par son piano vif et percussif, les accords qu’il frappe avec une précision toute rythmique. Difficile ici de mettre en avant un morceau plus qu’un autre, les meilleurs moments de deux semaines de concerts nous étant proposés. En grande forme, Corea joue des harmonies recherchées, introduit They Say That Falling in Love is Wonderful par un délicat rubato. Gloria’s Step fascine par son approche non linéaire. Les notes mélancoliques de Laurie, morceau composé par Evans quelques mois avant sa mort, ruissellent de tendresse. Lorsqu’il n’improvise pas ses propres lignes mélodiques derrière le piano, Eddie Gomez dialogue avec Chick, commente, répond à ses questions. La prise de son écrase un peu les rondeurs de l’instrument dans Peri’s Scope, mais le bassiste virtuose fait chanter ses harmoniques, notamment dans Alice in Wonderland, Diane, Hot House, prend quelques mirifiques chorus (Very Early), et utilise l’archet dans Turn Out the Stars, But Beautiful et Mode VI, une pièce lente, onirique de Paul Motian. Le batteur colore, assure des tempos souples à métrique variable, le groupe vagabondant souvent dans des chemins de traverse. Corea apporte plusieurs compositions dont Bill Evans, une pièce aux harmonies évanescentes, son hommage personnel au pianiste.

 

C.-Corea_G.-Burton--Hot-House-.jpgL’amitié qui unit Chick Corea à Gary Burton remonte au début des années 70 lorsque Manfred Eicher, le directeur d’ECM suggéra à Corea l’idée d’un duo avec Burton. Chick avait remplacé Gary dans le quartette de Stan Getz et appréciait son travail polyphonique novateur au vibraphone. Enregistré à Oslo, “Crystal Silence”, le plus fameux de leurs disques, date de 1972. Depuis, nos duettistes se sont souvent retrouvés pour des concerts et des enregistrements. Ils se connaissent si bien qu’ils parviennent à anticiper les accords qu’ils vont jouer, leur musique atteignant ainsi une fluidité remarquable. Si leurs six albums précédents contiennent surtout des compositions du pianiste, “Hot House” ne renferme presque exclusivement que des standards, pain béni pour les deux hommes qui aiment coller leurs propres harmonies sur les thèmes qu’ils affectionnent. On trouvera donc affranchis de toute pesanteur et revêtus d’habits cristallins Light Blue de Thelonious Monk, Chega de Saudade et Once I Loved d’Antonio Carlos Jobim, Strange Meadow Lark de Dave Brubeck, nos complices faisant preuve d’éclectisme en ajoutant Eleanor Rigby à leur répertoire. Il s’offrent même les cordes du Harlem String Quartet dans Mozart Goes Dancing, composition de Corea qui nous donne un avant-goût de la musique que les deux hommes comptent jouer en concert en 2013.

 

-Chick COREA : “The Continents, concerto for jazz quintet & chamber orchestra” (Deutsche Grammophon / Universal)

-Chick COREA, Eddie GOMEZ, Paul MOTIAN : “Further Explorations” (Concord / Aurélia Distribution)

-Chick COREA & Gary BURTON : “Hot House” (Concord / Universal)

 

Chick Corea et Gary Burton se produiront en duo à Pleyel le 17 avril.

 

Photo Chick Corea © Pierre de Chocqueuse.

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Chroniques de disques
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