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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 10:12

MERCREDI 14 octobre

Merveilleuse soirée passée au Théâtre du Châtelet. La compagnie sud-africaine Isango Portobello donne une relecture colorée et jubilatoire de “La flûte enchantée“ du grand Mozart, avec des chanteurs et des chanteuses découverts dans des townships – Trente trois musiciens acteurs et danseurs. Certains d’entre eux n’avaient jamais mis les pieds dans un théâtre. Mozart composa son opéra en allemand, acte idéologique fort car, en choisissant cette langue, il le destinait à un public bourgeois ou populaire. Interprétée par des artistes d’une autre culture cette “Flûte enchantée“ (“Impempe Yomlingo“) chantée en anglais, en xhosa et dans d’autres dialectes africains, s’adresse également à un public plus large que celui de l’opéra traditionnel. La musique de Mozart est jouée par douze marimbas à touches noires qui offrent de nombreuses nuances sonores. Dirigée par Mandisi Dyantis qui est aussi un des musiciens de l’orchestre, l’Ouverture, fidèlement restituée, constitue une véritable performance sur le plan des timbres. L’instrument accompagne traditionnellement les fêtes dans plusieurs pays du sud de l’Afrique et sa sonorité boisée et chantante hypnotise. L’instrumentation fait également appel à des tambours. Une trompette se substitue à la flûte, et des bouteilles en verre remplacent le jeu de clochettes (glockenspiel) de la partition originale. Dignes des meilleurs ensembles de gospel, les chœurs donnent de grands frissons. Les voix, chaudes, sensuelles, puissantes, subjuguent par leurs couleurs. Les musiciens dansent et jouent pieds nus avec un naturel confondant. Mark Dornford-May, metteur en scène de cette étonnante version africaine de la “Flûte enchantée“, l’a choisie pour ses similitudes avec les rites d’initiations de sa propre culture - épreuves de purification par l’eau et le feu - , et certains contes sud-africains. Dans l’un d’entre eux, un conte tsonga, un être courageux doit entreprendre l’ascension d’une montagne et y jouer de la flûte afin d’empêcher les oiseaux ndlati de provoquer la foudre. Dans l’opéra de Mozart, l’action se déroule en Egypte et emprunte de nombreux éléments du rituel maçonnique. Le compositeur utilise abondamment le chiffre trois dans son opéra – les trois accords de mi bémol majeur (avec trois bémols à la clé) de son ouverture, mais aussi les trois dames voilées envoyées par la Reine de la nuit à Tamino, les trois jeunes garçons qui le guident, les trois portes du Temple de la sagesse et les trois obsessions de Papageno : boire, manger et trouver une femme. Né dans les townships et créé en 2007 au Baxter Theatre de Cape Town, “Impempe Yomlingo“ a été présenté avec succès à Londres (au Young Vic puis au Duke of York Theatre), Dublin, Tokyo et Singapour. Opéra de contrastes (entre masculin et féminin, lumière et obscurité), porteur d’un message philosophique, il s’adresse à toutes les cultures et soulève l’enthousiasme.

Crédits photographiques: Tamino jouant de la flûte ; Papagena & Papageno; Pamina et les trois esprits © Isango Portobello - Groupe avec Tamino © Marie-Noelle Robert.  

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Vu et Entendu
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commentaires

bruno 27/10/2009 23:24


Plaisir de découvrir à côté du jazz. Merci Pierre!