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9 septembre 2010 4 09 /09 /septembre /2010 10:13

VIJAY IYER solo, coverAprès “Historicity“ enregistré en trio avec Stephan Crump et Marcus Gilmore, un disque à la pointe de la modernité, on espérait beaucoup de ce premier opus en solo. Privé de contrebasse et de batterie pour l’aider à tisser une toile de notes inattendues, le pousser à la déraison et à l’aventure, Vijay Iyer allait-il mener plus loin ses recherches harmoniques et rythmiques ? Adoptant un jeu plus lyrique, le pianiste surprend ici par la grande lisibilité de ses improvisations. Attachant beaucoup d’importance à la forme, il structure un discours musical ouvert au tumulte comme à l’émotion. S’il pratique un piano énergique et prend plaisir à épaissir ses notes, Iyer perd rarement de vue des mélodies qu’il encadre par des cadences martelées dans les graves. Le thème surgit parfois par effraction au sein de longues phrases acrobatiques, comme dans cette version d’Epistrophy dans laquelle s’entrelacent plusieurs rythmes. Jamais oubliées dans ces pages en solo, les mélodies restent présentes au sein même des morceaux les plus abstraits. Un thème rêveur et tendre se dessine ainsi dans les vagues de notes mouvantes et tourmentées d’Autoscopy. Celui de Patterns engendre un riff, un ostinato rythmique têtu et obsessionnel qui en encadre un second, flottant et onirique. Les mains puissantes du pianiste lui tricotent des notes aussi brillantes que des étoiles. Desiring est une mélodie délicate et un peu irréelle au rythme distendu. Iyer prend le temps de lui peindre de jolies couleurs. Les thèmes des standards qu’il reprend inspirent et guident ses pas de flâneur solitaire. Il s’attarde sur celui d’Human Nature, joue la grille de Darn That Dream avec des intervalles inhabituels, interprète Black & Tan Fantasy comme une marche funèbre tout en mêlant stride et ragtime à ses dissonances. Il aime jouer les notes graves de l’instrument et en fait profiter Fleurette Africaine, magnifique thème ellingtonien qu’il approche avec délicatesse et décline avec pudeur. On n’attendait pas Vijay Iyer aussi sage. Son piano chante. Personne ne s’en plaindra.

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