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3 avril 2017 1 03 /04 /avril /2017 09:13
Adieu Yoyo

Ma première rencontre avec Philippe Adler remonte à 1976. Journaliste à l’Express, il était venu interviewer Ringo Starr dans la suite qu’occupait ce dernier à l’hôtel George V. Alors attaché de presse, je ne me doutais pas que ma future passion pour le jazz et les hasards de la vie nous lieraient d’amitié. Je n’ai d’ailleurs aucun souvenir de ce que nous nous sommes dit ce 17 septembre. Peu de choses probablement. Philippe Adler cachait sa timidité sous une certaine froideur, un aspect bourru qu’il réservait à ceux qu’il rencontrait la première fois. Sous cette carapace se dissimulait une âme sensible et généreuse. Je le découvris beaucoup plus tard. Philippe gardait une certaine réserve. Très jeune, j’étais moi-même peu assuré.

 

Je me revois chez lui à Paris, dans le jardin qui jouxtait son appartement de la rue du Ranelagh en 1986, par une belle journée de début d’été. Jazz Hot se cherchait un nouveau rédacteur en chef et quelques membres de la rédaction du journal dont moi-même souhaitions le voir en endosser l’habit. Monsieur Jazz à RTL  – il en dirigea également les programmes au début des années 70 –, puis à l’Express, Philippe Adler avait fondé Rock & Folk vingt ans plus tôt avec quelques amis. Auteur des paroles de Papa Tango Charly pour Mort Shuman, de celles de Destinée pour Guy Marchand, chanson que le film de Jean-Marie Poiré “Le Père Noël est une ordure” avait rendu célèbre, il était alors plongé dans l’écriture sous le regard attentif et bienveillant d’André Balland chez qui il avait publié deux romans débordant de tendresse et d’humour. Acceptant le poste qu’on lui offrait à Jazz Hot, il en ressuscita le courrier des lecteurs, répondant aux nombreuses lettres qu’il recevait par des phrases aussi brèves que percutantes. Il apporta à la revue un ton différent, celui d’une plume impertinente, irrévérencieuse et drolatique. Ses Hot News, 4 pages désopilantes d’informations et de photos aux légendes saugrenues, ne manquèrent pas de faire du bruit.

 

Philippe resta dix-huit mois à Jazz Hot, rajeunissant le lectorat du « vieux tramway bringuebalant et rouillé qui venait de traverser une zone de fortes turbulences », gagnant par l’humour de nouveaux lecteurs ouverts comme lui à d’autres musiques. S’il aimait surtout le jazz de Duke Ellington, de Count Basie, de Dizzy Gillespie et de Shorty Rogers, il appréciait le jazz moderne, les jeunes musiciens qui en faisaient l’histoire. Comment oublier nos journées de rires ponctuées de déjeuners pantagruéliques chez Marcel, restaurant de la rue Saint-Nicolas et proche du passage de la Boule Blanche dans lequel le journal s’était installé ? Comment oublier nos deux virées à Besançon, au festival Jazz en Franche-Comté, avec Patrick Tandin, Julien Delli-Fiori et Ferdinand Lecomte ?

 

Le cœur sur la main et attentif aux autres, Philippe s'amusait mais travaillait aussi beaucoup. Avec Jazz Hot sur les bras, il trouva le temps d‘écrire deux autres romans “Les amies de ma femme”, son plus grand succès adapté pour le cinéma par Didier Van Cauwelaert et “Graine de tendresse” dans lequel la rédaction de son journal devient celle du Serpent Charmeur, « une jolie bande de toqués sympathiques » dont un certain Calqueuse est le chef de pub. En 1987, Jean Drucker, PDG de M6 qui souhaitait pérenniser une émission de jazz sur la chaîne, le chargea de l’animer. Diffusé tous les lundis à une heure tardive, Jazz 6 connut une longévité exceptionnelle, l'émission s’arrêtant définitivement en 2008. Ne pouvant mener de front trois activités, Philippe organisa son départ de Jazz Hot. Il m’avait beaucoup encouragé à écrire. J’étais prêt. Il m’en remit les clefs.

 

Les années passaient, mon fils Julien grandissait. Philippe lui téléphonait au moment des fêtes et, prenant une autre voix, il devenait Yoyo, le lutin préféré du Père Noël. Julien avait-il été sage ? Tout tremblant au bout du fil, il lui assurait toujours que oui. Philippe publia trois autres romans et, en 1994, nous rédigeâmes à quatre mains “Passeport pour le Jazz” qui reçut éloges et critiques positives lors de sa parution l’année suivante. Largement remaniée et complétée, une seconde édition parut deux ans plus tard. Quittant son « coron » de Boulogne-Billancourt, Philippe s’était installé à Plaisir. Nous déjeunions ensemble lorsqu’il se rendait à Paris. Il finit par délaisser complètement la capitale et je prenais le train pour aller le voir. Il avait coupé sa moustache et pour le magazine gastronomique 3 Étoiles, réalisait des interviews de grands chefs étoilés. Il était particulièrement fier du long entretien que lui accorda Paul Bocuse en 2013 et dont ce blog se fit bien sûr l'écho.

 

Malade depuis plusieurs mois, il n’acceptait aucun visiteur, exceptés les membres de sa proche famille, son fils Jean-Christophe et sa fille Emmanuelle. C’est elle qui me prévint de son décès. Le 12 mars, jour de la fête de Pourim, le carnaval juif – cela ne pouvait mieux tomber –, Philippe, né le 16 juin 1937, retrouvait là-haut ses parents et amis disparus, Philippe Koechlin qu’il aimait beaucoup, les musiciens qu’il admirait, ses chats (Ellington, Thelonious, Dizzy...) qui le consolaient. Je l’imagine faire la fête avec eux autour d’une table bien garnie, du jazz plein les oreilles, son éternel cigare au bec, heureux sous la protection du Bon Dieu. Ce dernier n’est-il pas lui aussi un fumeur de havanes ?

 

-Après les pianistes Maurice Vander et Horace Parlan partis en février, Jean-Christophe Averty, Pierre Bouteiller, Tommy LiPuma (qui venait de produire le nouveau disque de Diana Krall) et Gérard Terronès nous ont aussi quittés en mars, mois tristement endeuillé.

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

 

-Pour commencer, rendez-vous au Duc des Lombards. Benny Golson s’y produit les 3, 4 et 5 avril et il serait dommage de ne pas l’écouter. Né en 1929, créateur des standards inoubliables que sont Along Came Betty, I Remember Clifford ou de cette Blues March qui fut l’indicatif de “Pour ceux qui aiment le jazz”, le saxophoniste est une des dernières vraies légendes d’une musique à laquelle il contribua activement. Sa participation aux Jazz Messengers d’Art Blakey dont il assuma un temps la direction, le Jazztet qu’il codirigea avec Art Farmer furent quelques-uns de ses titres de gloire. On est surpris de l’entendre jouer aussi bien aujourd’hui. Sa sonorité reste moelleuse, chaude, généreuse, et son phrasé fluide. Depuis l’an dernier, il tourne en Europe avec Antonio Faraò au piano, Gilles Naturel à la contrebasse et Doug Sides (batterie). Ils seront avec lui au Duc pour servir sa musique.

-J’ai découvert Ben Rando en 2012 lorsqu’il officiait au piano au sein de Dress Code, un groupe qui nous laisse un album sur lequel plane fortement l’ombre du second quintette de Miles Davis. Benjamin Rando sort aujourd’hui un premier disque sous son nom. La musique en est très différente, du jazz teinté de folk, des chansons jazzifiés qui laissent beaucoup de place à l’improvisation des solistes, une jeune américaine, Sarah Elizabeth Charles, se chargeant de les chanter. On peut ne pas adhérer à son timbre de voix, mais les orchestrations très soignées de cet opus regorgent de belles couleurs et d’inventions mélodiques. Naguère membres de Dress Code, le saxophoniste Yacine Boularès et le batteur Cédric Bec sont de l’aventure, Sam Favreau à la contrebasse et l’excellent guitariste Federico Casagrande complétant la formation. Le 5 au New Morning, elle fêtera la sortie de “True Story” (Onde Music / InOuïe Distribution) sur lequel on prêtera attention.

-Le 7, le Gil Evans Paris Workshop au grand complet investit le New Morning à l’occasion de la parution de “Spoonful” (Jazz&People / PIAS) son premier disque, deux CD(s) renfermant une musique généreuse qui laisse également beaucoup de liberté aux solistes. À la tête d’une quinzaine de jeunes musiciens, Laurent Cugny reprend et modernise les arrangements de Gil Evans, propose ses propres compositions et des morceaux qu’il a lui-même arrangés, Lilia de Milton Nascimento, Manoir de mes rêves de Django Reinhardt, My Man’s Gone Now de George Gershwin bénéficiant des rythmes et des timbres élégants qu’offre l’instrumentation d’un grand orchestre. Citer les noms des musiciens qui entourent Laurent sur cette photo serait fastidieux pour le lecteur de ce blog. Vous les trouverez dans le livret de son album que vous allez sans tarder acquérir. Grâce à eux, le jazz rajeunit et continue d’exister.

-Avec Yoni Zelnik (contrebasse) et Donald Kontomanou (batterie), le pianiste Yonathan Avishai se produira en trio au Sunside le 14. Il enregistra avec eux “Modern Time”, premier de ses deux disques pour le label Jazz&People, la découverte d’un pianiste sensible qui joue peu de notes, mais les aère par une utilisation judicieuse du silence, sait bien les choisir et dont la musique, ancrée dans la tradition, relève bien du jazz. Avec César Poirier (clarinette et saxophone alto) qui le 15 s’ajoutera au trio du pianiste, la musique se teintera de couleurs néo-orléanaises. Avec Inor Sotolongo (percussions) indisponible ce soir là, César participa à l’enregistrement de “The Parade”, son deuxième album, réussite incontestable qui nous transporte dans les Caraïbes, et au sein duquel le boléro et l’habanera font bon ménage. Un de mes 13 Chocs 2016, un disque à écouter sans tarder.

-Fred Nardin au Duc des Lombards le 20. On l’y rencontre souvent, toujours prêt à tenir le piano du club. Prix Django Reinhardt 2016 de l’Académie du Jazz, Fred se prépare à enregistrer un disque en trio. C’est avec Or Bareket à la contrebasse et Leon Parker à la batterie que le Duc le programme. Pianiste de l’Amazing Keystone Big Band, il surprend par la modernité de son piano. Avec lui, l’instrument reste attaché au blues, à l’histoire du jazz, parle le swing et le bop. Enregistré en quartette en 2013 et publié en janvier 2016, “Watt’s ne reflète pas les progrès accomplis par le pianiste. On l’écoutera plutôt dans “Low Down”, un album plus récent du saxophoniste Jean-Philippe Scali et l’on attendra patiemment le sien dont la sortie nous est annoncée cette année.

-Monty Alexander à la Philharmonie de Paris, salle Pierre Boulez, le 23 à 18h00. Originaire de la Jamaïque, il se plaît à mêler le jazz de la grande Amérique au reggae de Kingston, sa ville natale. Vif, brillant, coloré et souvent percussif, son piano a souvent été comparé à celui d’Oscar Peterson. Les albums qu’il a enregistrés pour le label Motéma avec son Harlem-Kingston Express déménagent et contiennent d’étonnantes versions de The Harder They Come (Jimmy Cliff) et de No Woman No Cry (Bob Marley). Andy Bassford (guitare), Hassan Shakur (contrebasse) et Karl Wright (batterie) qui l’accompagnent à Paris jouent depuis longtemps avec lui. Wayne Escoffery au saxophone ténor et Andrae Murchison au trombone donneront d’autres couleurs à sa musique. Leon Duncan (contrebasse) et Jason Brown (batterie) doubleront la section rythmique ce qui promet une belle soirée.

-Houston Person en quartette au Duc des Lombards du 24 au 26 avril. Né en 1934, auteur d’une discographie riche d’une cinquantaine d’albums – il en enregistra une dizaine pour le label Prestige –, ce musicien originaire de la Caroline du Sud possède toujours une sonorité chaude et veloutée au saxophone ténor. Elle convient bien aux ballades qu’il reprend, à ses improvisations toujours mélodiques. J’ignore tout des musiciens qui l’accompagnent à Paris, la chanteuse et pianiste Dena DeRose, le bassiste Ignasi Gonzalez, le batteur Jo Krause, mais je recommande à vos oreilles attentives “Something Personnal”, un disque HighNote de 2015. L’énergie intacte, Houston Person tout feu tout flamme nous donne une leçon de lyrisme.

-Tony Palemaert au Studio de l’Ermitage le 25 (21h00). Il y fêtera la sortie de “Camera Obscura”, disque dont vous trouverez la chronique dans ce blog. Le pianiste apprécie toutes sortes de musiques et les fait siennes au sein d’un univers musical très riche qu’il orchestre avec beaucoup de cohérence. Relevant du jazz, ses improvisations reposent sur des mélodies attachantes qu’il harmonise avec beaucoup d’imagination, ses musiciens contribuant avec lui à la réussite d’une musique très soignée sur un plan sonore. Julien Pontvianne (saxophone ténor et clarinette), Nicolas Moreaux (contrebasse), Karl Jannuska (batterie) et deux des nombreux invités de l’album, Christophe Panzani (saxophone ténor) et Pierre Perchaud (guitare) seront sur scène pour l’interpréter, la recréer autrement. Le guitariste Federico Casagrande qui a enregistré un bel album avec le maestro Enrico Pieranunzi (“Double Circle” sur Cam Jazz) assurera la première partie du concert. Enregistré avec Joe Sanders (contrebasse) et Ziv Ravitz (batterie), “Fast Forward”, son nouveau disque, paraîtra le 19 mai.

-On retrouve Christophe Panzani, Pierre Perchaud et Karl Jannuska dans le sextet de Nicolas Moreaux attendu au Sunside le 26. Le bassiste m’était inconnu avant la parution de “Fall Somewhere”, grand prix du disque de l’Académie Charles Cros en 2013, un double CD atmosphérique et lyrique à la croisée du jazz et d’autres musiques populaires. Puis vint son “Belleville Project”, musique d’un film imaginaire co-signé avec le saxophoniste américain Jeremy Udden dans laquelle Pierre Perchaud assure les guitares et le banjo. Olivier Bogé au saxophone alto et Antoine Paganotti à la batterie complètent la formation d’un compositeur qui lui apporte de vraies mélodies, met en scène une musique inspirée évoquant des images, une musique sur laquelle il fait bon s’attarder.

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-New Morning : www.newmorning.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Philharmonie de Paris : www.philharmoniedeparis.fr

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com

 

Crédits Photos : Philippe Adler © Pierre de Chocqueuse – Benny Golson Quartet © Marie-Colette Becker – Ben Rando © Jean-Baptiste Millot – Gil Evans Paris Workshop © Noé Cugny – Yonathan Avishai Trio © Eric Garault – Fred Nardin, Nicolas Moreaux © Philippe Marchin – Tony Palemaert © Sylvain Gripoix – Monty Alexander, Houston Person © Photo X/D.R.

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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 09:33
Deux visions très fugitives

Associant Jean-Marc Foltz (clarinette et clarinette basse) et Stephan Oliva (piano), “Gershwin” devait paraître en mai dernier. Envoyé à la presse, il bénéficia de bonnes chroniques, obtint un Choc dans Jazz Magazine mais des problèmes de distribution empêchèrent sa sortie. Produit par Philippe Ghielmetti, œuvre collective également enregistré à La Buissonne, “Princess” rassemble autour de Stephan Oliva la chanteuse Susanne Abbueehl et le batteur / percussionniste norvégien Øyvind Hegg-Lunde. Deux disques magnifiques attendus le 31 mars et à écouter sans tarder.

Jean-Marc FOLTZ / Stephan OLIVA : “Gershwin(Vision Fugitive / L’Autre Distribution)

Les jazzmen n’ont jamais cessé de reprendre la musique de George Gershwin. La réinventer sans la trahir, l’aborder de façon personnelle, c’est ce que parviennent à faire Jean-Marc Foltz et Stephan Oliva qui, se rapprochant au plus près de ses mélodies, en jouent les notes essentielles. Une simplicité qui donne un autre éclairage à ces thèmes inoubliables, leur mise à nue les transfigurant, comme si leur essence même nous était dévoilée. Un piano et une clarinette, deux instruments mais surtout deux musiciens qui ont l’habitude de jouer ensemble, savent faire respirer la musique, installer le silence entre chacune de leurs notes.

 

Celles intimistes et émouvantes de Somehow, courte pièce que Stephan Oliva réserve à son piano, introduisent The Man I Love, mélodie que chante avec une grâce infinie la clarinette de Jean-Marc Foltz. Le son est pur, fluide. Le piano ajoute des couleurs délicates. D’emblée les deux instruments parviennent à une complicité miraculeuse, ce que confirme la plage suivante, réunion de deux morceaux aussi dissemblables que célèbres. Introduit par la clarinette basse, Fascinating Rhythm, chanson que Gershwin composa en 1924 pour la comédie musicale “Lady, Be Good !” (The Man I Love en est également issu) fait entendre sa mélodie en premier. Le piano flirte brièvement avec le stride dans Someone to Watch Over Me. Les deux thèmes vont alors se répondre, Oliva adoptant un tempo plus lent pour jouer Someone to Watch Over Me, morceau que Gershwin avait pensé rapide avant de le transformer en ballade.

 

Réduites à de simples clapotis de notes, les deux versions de S’Wonderful restent des épures. Évanescente et rêveuse, la clarinette basse se fait souffle, pneuma, pour en sculpter les sons. Elle fait de même dans le Prelude n°2, Blue Lullaby, la plus jazz des trois pièces pour piano que Gershwin composa, une andante con moto ramenée à presque rien, à une simple vibration de l’air, le piano égrenant les rares notes de cette berceuse teinte en bleue. Les deux reprises de la fameuse Rhapsody in Blue sont très différentes. La première met en valeur son thème admirable. Sous titrée Gershwin’s Dream, la seconde en est une relecture décalée et ancrée dans le blues. Trois pièces proviennent de l’opéra “Porgy and Bess”. Difficile de faire mieux que les versions qu’en donnèrent Miles Davis avec Gil Evans. Celles que nous proposent Jean-Marc Foltz et Stephan Oliva sont pourtant tout aussi belles. Leurs instruments rivalisent d’élégance dans un My Man’s Gone Know dépouillé et crépusculaire. Tout aussi sobre est la reprise de Summertime. La clarinette nimbe de tristesse le célèbre Summertime et dans I Love You Porgy qui referme l’album, les notes peu à peu s'estompent, deviennent murmures avant de disparaître, avalées par la brume.

Deux visions très fugitives

Stephan OLIVA / Susanne ABBUEHL /  Øyvind HEGG-LUNDE : “Princess (Vision Fugitive / L’Autre Distribution)

Chanteuse inclassable, Susanne Abbuehl fait peu de disques. Trois albums pour ECM depuis 2001, année de parution d’“April”, son premier. Reprenant des compositions de musiciens qui lui parlent, elle y ajoute ses propres paroles ou met en musique les poèmes qu’elle affectionne, révélant leur rythme intérieur, vibrations sonores d’un verbe imagé qui incite à rêver. Depuis une dizaine d’années, elle se produit sur scène avec Stephan Oliva dont le piano attentif et sensible apporte une douceur supplémentaire à son chant. S’ils ont enregistré quelques morceaux ensemble pour Philippe Ghielmetti Come Rain or Come Shine, My One and Only Love, Lonely Woman –, c’est la première fois qu’un album entier les réunit. Avec eux pour ce chant à trois voix, Øyvind Hegg-Lunde, un percussionniste norvégien choisi par Susanne. Une bonne partie du répertoire est consacré aux compositions de Jimmy Giuffre, auteur de quelques standards – The Train and the River –, mais dont les œuvres sont peu interprétées.

 

Stephan Oliva les apprécie depuis longtemps. Les disques qu'il enregistra avec Paul Bley et Steve Swallow sont même chers à son cœur. La musique de Giuffre, Susanne Abbuehl la découvrit plus tard, avec “Music for People, Birds, Butterflies & Mosquitoes” (1973) et “River Chant” (1975), deux albums que le saxophoniste / clarinettiste enregistra en trio pour Choice Records. Elle en reprend quelques morceaux, The Listening, River Chant, Tree People, Mosquito Dance, des thèmes sur lesquels elle a mis des paroles. Elle les chante depuis plusieurs années, allongeant ou contractant leurs syllabes pour donner du rythme à ses phrases. Elle ne « scatte » pas mais vocalise, un peu comme les chanteuses de l’Inde du Nord dont elle a étudié la musique après avoir travaillé le chant classique à La Haye et le jazz avec Jeanne Lee. Comme celle de cette dernière, sa voix est à part, une voix très douce et très pure. Sans en être un, son adaptation de Tree People de Giuffre relève du raga. Mosquito Dance, qu’elle partage avec les percussions d’ Øyvind, également.

 

Ces titres, elle les transforme et se les approprie comme si elle les avait composés. Elle fait de même avec les autres morceaux de l’album, avec Great Bird, un thème que Keith Jarrett enregistra pour Impulse, le piano de Stephan, souvent confiné dans les graves, tendant vers la lumière. Pour Susanne, il écrit des musiques douces et tendres, enveloppe sa voix de notes soyeuses, met constamment en valeur ses nuances, son timbre aérien. Elle la pose délicatement sur la mélodie de Winter Day que Stephan développe longuement au piano, attentif à son souffle dans On Your Skin, une pièce apaisante d’une grande subtilité harmonique. Jimmy, un court interlude contemplatif en solo, précède une version inattendue et minimaliste de What a Wonderful World. Juste une voix et un piano pour conclure en beauté un album qui ne sera pas oublié.

Ces deux disques Vision Fugitive possèdent chacun un livret conséquent. Illustré par Emmanuel Guibert, qui est également l’auteur des deux pochettes, celui de “Princess” reproduit les paroles des morceaux. Quant à celui de “Gershwin”, il bénéficie d’une riche iconographie – reproductions d’affiches et de photos d’époque.

 

Photo Oliva / Abbuehl / Hegg-Lunde © Maxim François

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 09:22
Tony PAELEMAN : “Camera Obscura” (Shed Music / Absilone)

Le jazz, Tony Paeleman ne l’a pas découvert tout de suite. L’écoute de la musique pop des années 60 et 70 et l’apprentissage de la musique classique précédèrent sa pratique. Des études musicales au Conservatoire de Nice puis au sein du département Jazz et Musiques Improvisées du Conservatoire National Supérieur de Paris ne sont pas parvenues à faire de lui un musicien académique. Sa vision du jazz ne l’est même pas du tout. Bon pianiste, il sait très bien arranger sa musique, des compositions originales marquées par de nombreuses influences dont il peaufine les détails avec le plus grand soin. Quatre ans après “Slow Motion”, son premier disque, univers musical encore en gestation attestant d’un imaginaire très riche, son nouvel album, “Camera Obscura” confirme l’originalité de sa musique, ancrée dans le jazz par ses parties improvisées, mais ouverte à d’autres genres musicaux qui enrichissent et renouvellent le genre.

Ce disque, Tony Paeleman en a bichonné l’enregistrement. Très fort dans ce domaine, il s’est chargé de la prise de son d’Étrangement calme, un des duos saxophone – piano que renferme “Les âmes perdues” de son ami Christophe Panzani, opus dont il a assuré le mixage et le mastering. Il fait de même avec “Camera Obscura”, ajoutant des effets judicieux à Broken Frame qu’arpège la guitare de Pierre Perchaud. Ce dernier contribue aussi à Kindred Spirits, morceau lent et aérien également confié au saxophone ténor de Julien Pontvianne dont la sonorité diaphane en renforce l’aspect onirique. On retrouve avec lui Nicolas Moreaux à la contrebasse et Karl Jannuska à la batterie qui officiaient dans l’album précédent. Les autres invités sont des saxophonistes. Emile Parisien (soprano), Antonin Tri-Hoang (alto) et Christophe Panzani (ténor et clarinette basse) mêlent les timbres de leurs instruments respectifs dans Movin’Heads, une pièce colorée, enrichie par des effets sonores et scandée par des rythmes bondissants relevant du hip-hop. Les anches s’entrecroisent et nous font également rêver dans Zadar, un lamento dont la mélodie répétitive hypnotise. Complexes et sophistiqués, les rythmes de The Hex et Morning Live ne sont pas non plus ceux du jazz. Utilisant pourtant son vocabulaire, le piano improvise sur des métriques changeantes. Au sein d’un même morceau, les rythmes bougent et avec eux la musique se transforme, images sonores qui, constamment mélangées, en génèrent de nouvelles. Introduit par le piano qui en décline progressivement les accords, Roxanne, une des plus célèbres compositions de Sting, baigne dans une torpeur rêveuse puis adopte un tempo aussi vif qu’inattendu. Our Spanish Love Song de Charlie Haden qui referme l’album hérite d’une version plus sage. Accompagné par une contrebasse et une batterie discrète, le piano en décline sobrement le thème, une mélodie, simple, lumineuse qui se suffit à elle-même.

 

-Sortie le 24 mars – Concert le 25 avril au Studio de l’Ermitage.

 

-Photos © Sylvain Gripoix

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13 mars 2017 1 13 /03 /mars /2017 10:11
Louis SCLAVIS / Dominique PIFARÉLY / Vincent COURTOIS :  “Asian Fields Variations” (ECM / Universal)

Le nom de Louis Sclavis, qui est à l’origine de ce trio, vient en premier sur la pochette. Le clarinettiste a toutefois choisi d’associer étroitement Dominique Pifarély et Vincent Courtois (violon et violoncelle) à ce projet. Ils ont souvent joué en binôme au sein de diverses formations, mais ce n’est qu’en 2000, à l’occasion de l’enregistrement de la musique d’un film muet de Charles Vanel publié sous le nom de Sclavis, “Dans la nuit”, qu’ils se sont tous les trois retrouvés. Douze ans plus tard, “Flying Soul”, un disque en quartette d’Aki Takase, pianiste japonaise résidant à Berlin, leur permirent d’affiner leurs communes affinités musicales. Enregistrer un album avec des compositions spécialement écrites pour leurs trois instruments s’imposait.

Les micros du studio La Buissonne les recueillirent en septembre 2015. Onze compositions originales – cinq de Sclavis, deux de Pifarély, trois de Courtois, Digression étant cosigné par tous les musiciens  – en constituent le programme. Clarinette ou clarinette basse, violon et violoncelle mêlent leurs sonorités pour jouer de la musique de chambre confiée à trois instruments qui vibrent bien ensemble. L’amateur de jazz qui privilégie le swing et s’accroche aux barres de mesure ne trouvera pas ici son bonheur. Pas de contrebasse, ni de batterie dans cette musique qui s’étale librement, musique contemporaine réfléchie mais pas trop car prenant le temps de nous faire rêver. On y relève certes quelques cadences, notamment dans Asian Fields. La courte phrase mélodique que répète le violon sert d’appui aux improvisations de la clarinette basse, cette dernière faisant de même un peu plus tard pour soutenir le chorus du violon. Sous les doigts de Dominique Pifarély, ce dernier s’envole dans Les nuits, les cordes pincées du violoncelle rythmant le morceau, et c’est à l’archet que Vincent Courtois accompagne le chant de la clarinette dans la première partie de Cèdre.

 

Si certaines pièces ne dépassent guère les deux minutes – Done and Done que le violoncelliste se réserve en solo, Pensée Fugitive confiée à la seule clarinette basse –, d’autres s’organisent bien autour de thèmes, de parties écrites qu’il est parfois difficile de distinguer des improvisations. Mont Myon, le plus long morceau de l’album, enchaîne trois mouvements. Le premier fait entendre une superbe mélodie orientale ; abstrait et improvisé, le second se déploie autour de la clarinette basse ; pendant de la première, le troisième en reprend le thème mais le structure autrement. Décliné successivement par les trois instruments, le court motif mélodique de Fifteen Weeks sert de fil conducteur à une brève symphonie de timbres digne de certains compositeurs viennois que le temps ne fait pas oublier. La carrière qui envoûte et conclut majestueusement le disque nous fait regretter qu’il se termine trop vite, la musique, nul ne l’ignore, ayant pouvoir de distendre le temps.

 

-Sortie le 17 mars.

-Tournée française en mars et en avril.

-En mars à Bessé sur Braye (le 17), à La Ferté-Bernard (le 22), à La Flèche (le 28), à Saint-Saturnin (le 29), à La Roche-sur-Yon (le 30), à Trelazé (le 31).

-En avril à Flers (le 1er), à Parigné-l'Evêque (le 4), au Mans (le 5), à Saint-Berthevin (le 6), à Strasbourg (le 7), à Saint-Florent-le-Vieil (le 9).

 

Photo : X/D.R.

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2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 09:13

 

Mars : à la lecture des rares journaux de jazz qui existent encore, je ne peux m’empêcher de constater à quel point le « politiquement correct » empêche toute vraie critique de se faire entendre. On y découvre tous les mois les chroniques largement positives d’une cinquantaine d’album, voire davantage. Les musiciens s’en satisfont. Le moindre bémol adressé à leur travail provoque leur profond courroux. Tout va bien entre eux et les journalistes si ces derniers passent toujours la brosse dans le sens du poil, si leur talent n’est pas contesté. L’amateur de jazz qui cherche à s’informer, à acheter un album susceptible de lui plaire est souvent moins heureux. Comment choisir lorsque presque tous les disques qu’on lui présente bénéficient de bonnes chroniques ?  

 

Les mauvais disques existent-ils encore ? On peut en douter à la lecture de nos journaux de jazz, de ce blog qui met en avant les bons disques et ignore les autres, choix qualitatif impliquant que certains d’entre eux sont donc moins intéressants que d’autres. Selon certains, tout est affaire de goût, pure subjectivité rendant toute discussion impossible. Il n’y a pas de bonne et de mauvaise musique. On aime tel disque parce qu’il parle à votre sensibilité ; on n’en apprécie pas tel autre car il est trop éloigné de votre esthétique. Or le goût s’affine par l’expérience, l’écoute et surtout la culture. N’émettre aucune critique, ce n’est pas rendre service au musicien qui conforté dans son ego, pourra difficilement faire progresser son œuvre. Au sein des rédactions, les chroniques des nouveautés et des rééditions sont confiées à ceux qui sont les plus capables de les apprécier. Normal, car il est toujours préférable de défendre un album que d’en dire du mal. Malheureusement pour le lecteur, le jugement positif que porte le chroniqueur est souvent loin de refléter la valeur musicale du disque qu’il commente. Sans vouloir provoquer de nouvelles batailles d’Hernani, je pense qu’il serait bon de multiplier les débats, les espaces de discussions, les « pour et les contre » sur des disques qui divisent les journalistes (il y en a, et même beaucoup) afin d’éclairer l’amateur de jazz sur une musique qui change, bouge, en digère de nouvelles sans trop savoir où elle va. Perdu, incapable de se faire une réelle opinion à la lecture des blogs, des journaux qui encensent, le jazzophile se voit obligé de bien connaître les goûts des chroniqueurs pour ne pas se tromper.

 

Il n’y a pas si longtemps, journalistes, musiciens et lecteurs s’éreintaient dans les pages des journaux. Souvenez-vous des prises de position de Boris Vian dans Jazz Hot, du courrier des lecteurs qu’y tenait Lucien Malson, du “Débloc-Notes de Siné dans ce même journal, de son “Sinépistolier dans Jazz Magazine et, plus près de nous, des “Hot News de Philippe Adler dont l’humour fit scandale dans Jazz Hot. Il y avait là une liberté de ton, une impertinence, qui n’est plus possible aujourd’hui. N’hésitez donc pas à contester les choix rédactionnels de ce blog que j’assume seul depuis bientôt neuf ans, à me donner votre point de vue, à me porter contradiction par des critiques constructives et motivées. J’attends vos commentaires avec impatience.

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

-Enrico Pieranunzi au Sunside les 2 et 3 mars pour de nouvelles aventures avec Diego Imbert (contrebasse) et André Ceccarelli (batterie), section rythmique avec laquelle il a l’habitude de travailler. On les retrouve dans “Ménage à Trois” publié l’an dernier, disque consacré à des musiciens classiques qu’il affectionne, Eric Satie, Francis Poulenc et quelques autres. Le pianiste romain a également enregistré pour le label Cam Jazz “Americas”, un album en duo avec Bruno Canino qui fut le pianiste attitré de la cantatrice Cathy Berberian. Épouse de Luciano Berio, elle en fut l’interprète privilégiée. Astor Piazzolla, George Gershwin, Aaron Copland et Carlos Guastavino, un célèbre compositeur argentin qui écrivit beaucoup pour la voix et le piano y sont à l’honneur. Écoutez leur version poétique et émouvante de Milonga Del Ángel, pièce célèbre de Piazzolla ! On aurait tort de passer à côté de cet enregistrement dont le maestro est, à juste titre, particulièrement fier.

-Également les 2 et 3 mars, un quartette codirigé par le saxophoniste Olivier Temime et le pianiste Olivier Hutman, avec Samuel Hubert à la contrebasse et Steve Williams à la batterie, proposera au Duc des Lombards (deux concerts par soirée, 19h30 et 21h30) une relecture de “Glass Bead Games”, un double album qu’enregistra en 1973 le saxophoniste Clifford Jordan (1931-1993) pour le label Strata-East. Les pianistes Stanley Cowell et Cedar Walton, les bassistes Bill Lee et Sam Jones et le batteur Billy Higgins accompagnent Jordan dans cet opus, un des sommets de sa carrière. Deux quartettes s’expriment en alternance (Higgins faisant partie des deux ensembles) et font corps avec la musique. Le disque se veut une adaptation musicale du roman “Le Jeu des Perles de Verre” (“Glass Bead Games”), de l’écrivain Hermann Hesse. C’est aujourd’hui un album culte.

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-34ème édition de Banlieues Bleues du 3 au 31 mars. Quatorze villes à laquelle s’ajoute Paris représentée par L’Atelier du Plateau, une salle du 19ème, sont concernées par ce festival pas comme les autres. Rock, hip-hop, techno, world music, chants yéménites, swing libéré, musique afro-cubaine, chansons haïtiennes, rumba, électro-chaâbi, standards dissipés, grooves lancinants, rap pas McDo et un peu de jazz plutôt free avec quelques groupes qui interpellent dans un programme éclectique dont une bonne partie des intervenants de ce vaste monde me sont totalement inconnus.

Le 7 mars, Vincent Courtois (violoncelle), Daniel Erdmann (saxophone ténor) et Julian Sartorius sont attendus à la Marbrerie de Montreuil (20h30) autour d’un projet à géométrie variable intitulé “Les Démons de Tosca # 3”. Le livret de Giacomo Puccini semble inspirer les musiciens. Le défunt groupe Tethered Moon (Masabumi Kikuchi, Gary Peacock, Paul Motian) nous en donna une relecture intéressante en 2002 avec son album “Experiencing Tosca” sur Winter & Winter. Si la musique que fait Vincent Courtois ne relève pas toujours du jazz, ses disques, “West” notamment, méritent des écoutes attentives. “Asian Fields Variations”, un album de musique de chambre que le violoncelliste sort en mars sur ECM avec Louis Sclavis et Dominique Pifarély est également digne d’intérêt.

-Le 14, à la Dynamo de Banlieues Bleues de Pantin (20h30) c’est un concert de jazz que propose The Jazz Passengers, groupe fondé en 1987 par une bande de joyeux drilles qui dépoussièrent avec bonheur le jazz de leurs aînés tout en respectant le vocabulaire et la grammaire de cette musique. Roy Nathanson (saxophone et chant), Curtis Fowlkes (trombone et chant), Bill Ware (vibraphone, Fender Rhodes et chant), Sam Bardfeld (violon) Brad Jones (contrebasse et chant), E.J. Rodriguez (batterie, percussions) et Ben Perowsky (batterie) dynamitent le genre avec humour et savoir-faire. On s’attardera sur les arrangements sophistiqués de “Still Life With Trouble” (enja - Yellowbird), album aussi réjouissant que recommandable qui vient tout juste de paraître.

-Le 15 à l’espace 93 Victor Hugo de Clichy-Sous-Bois (20h30), le pianiste cubain Harold López-Nussa présentera la musique de son dernier album, “El Viaje” (Mack Avenue), publié l’an dernier. En trio avec le sénégalais Alune Wade à la basse et au chant et son frère Ruy Adrián López-Nussa à la batterie et aux percussions. Natif du Sénégal, Wade apporte une touche africaine bienvenue au jazz afro-cubain du pianiste qui délivre une musique rythmée et élégante, enracinée dans la tradition cubaine mais ouverte à d’autres cultures, aux découvertes musicales que lui ont apportées ses voyages.

-On retrouve Pantin et la Dynamo de Banlieues Bleues le 16, toujours à 20h30, pour ce qui m’apparaît être Le concert du mois. “Ida Lupino”, un de mes 13 Chocs de 2016 donne son nom au quartette qui en est à l’origine. Il réunit le piano de Giovanni Guidi, le trombone de Gianluca Petrella, les clarinettes de Louis Sclavis et la batterie de Gerald Cleaver, et fait entendre un matériel thématique très largement improvisé que les musiciens rendent singulièrement inventif. Guidi et Petrella se connaissent depuis longtemps et l’interaction complice de leurs instruments sont au cœur du dispositif orchestral de l’album, la présence de Sclavis aux clarinettes et de Cleaver à la batterie enrichissant une musique très libre que le jeu mélodique du pianiste rend souvent lyrique.

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-Theo Bleckmann au Duc des Lombards le 4 avec les musiciens qui l’accompagnent dans “Elegy” son nouvel album, le premier qu’il enregistre sous son nom pour ECM. Ben Monder, guitariste avec lequel il s’est produit en duo au Sunset en octobre dernier, Shai Maestro au piano, Chris Tordini à la contrebasse et son vieux complice John Hollenbeck à la batterie, son groupe « ambiant » comme il se plaît à l’appeler, donnent des couleurs à ses musiques, des peintures sonores d’une grande élégance. Né en Allemagne et installé à New York depuis 1987, Theo Bleckmann s’est fait connaître auprès de Meredith Monk. La musique contemporaine est davantage son domaine que le jazz bien que le Refuge Trio dont il a été membre est loin de négliger le genre. Sa voix très pure de ténor léger lui a permis de chanter Robert Schumann, Hanns Eisler, Kurt Weill et  Charles Ives (avec le groupe Kneebody). Bleckmann a également consacré en 2011 un album aux chansons de Kate Bush.

-Pianiste – il a été élève de Samy Abenaïm et de Katy Roberts à la Bill Evans Piano Academy –, compositeur de musiques de films, de musiques pour le théâtre, Laurent Marode est aussi un jazzman attaché au be-bop et au swing. Après “Elephant Walk” en 2014, il publie aujourd’hui chez Black & Blue “This Way Please” un disque en nonet arrangé avec talent et de bonnes idées, la présence d’un vibraphone donnant à la musique une couleur singulière. “This Way Please” swingue avec élégance et réunit des musiciens que le pianiste affectionne. Fabien Mary (trompette), Jerry Edwards (trombone), Luigi Grasso (saxophone alto), David Sauzay (saxophone ténor), Frank Basile (saxophone baryton), Nicholas Thomas (vibraphone), Fabien Marcoz (contrebasse) et Mourad Benhammou (batterie) seront avec lui au Sunset le 9 pour en fêter la sortie.

-Également le 9, Joe Lovano est attendu en quartette au New Morning avec Lawrence Fields au piano, Peter Slavov à la contrebasse et Otis Brown à la batterie. Publié l’an dernier, son dernier album est un enregistrement live de 2005 dans lequel le regretté Hank Jones officie au piano. “Sound Prints”, un live de 2015 enregistré avec Dave Douglas, trompettiste avec lequel il se produit fréquemment, est son album le plus récent. Découvert auprès du trompettiste Christian Scott, Lawrence Fields y tient également le piano. Le New Morning est donc une bonne opportunité de faire le point sur un saxophoniste dont la carrière impressionnante (des disques avec Carla Bley, John Scofield, Kenny Werner, Bill Frisell, Paul Motian, Michel Petrucciani, Henri Texier, Peter Erskine, Steve Kuhn, Marc Johnson, Eliane Elias) reste loin d’être terminée.

-Paul Lay au Café de la Danse le 15 pour le concert de sortie de deux albums qui paraissent simultanément. Réunissant autour du pianiste la chanteuse Isabel Sörling et le bassiste Simon Tailleu, “Alcazar Memories”, un voyage au sein de la chanson populaire, plus particulièrement provençale et suédoise, constituera la première partie du programme. C’est en trio que Paul Lay abordera la seconde, avec Clemens Van Der Feen à la contrebasse et Dré Pallemaerts à la batterie pour jouer “The Party”, « illustration sonore de scènes cinématographiques qui se déroulent lors d'une fête », disque pleinement réussi au sein duquel Paul prend des risques, tente des combinaisons harmoniques aussi belles qu’inattendues.

-On connaissait mal Nancy Harms avant la sortie l’an dernier de “Ellington at Night” consacré comme son nom l’indique au répertoire du Duke, un répertoire relu par des arrangements très originaux. Mal distribués en France, “In the Indigo et “Dreams in Apartments”, ses deux premiers disques, furent pourtant d’énormes succès aux Etats-Unis. Normal, la chanteuse possède une voix aussi expressive que séduisante. Organisée pour promouvoir le second, une tournée la conduisit en septembre 2014 à Paris, au New Morning, la sortie de “Ellington at Night” lui faisant retrouver cette même salle l’an passé. C’est le Duc des Lombards qui la programme le 17 au sein d’un quartette de musiciens français. Parmi eux, le pianiste Fred Nardin, Prix Django Reinhardt de l’Académie du Jazz en 2016. Jérémy Bruyère (contrebasse) et Benjamin Henocq (batterie) complètent la formation.

-Au Sunside le 17, Jean-Marc Foltz (clarinettes) et Stephan Oliva fêtent la sortie d’un disque depuis trop longtemps attendu. Enregistré en décembre 2015 au studio La Buissonne, “Gershwin”, un opus consacré aux œuvres du célèbre compositeur, devait sortir l’an dernier. Il bénéficia d’ailleurs d’une bonne chronique dans Jazz Magazine (un Choc tout à fait mérité). Mais s’il fut envoyé à la presse, l’album ne fut jamais commercialisé suite à des problèmes de distribution. Capiteuse et sensuelle, arbitrée par le silence dont elle semble naître, prenant son temps pour nous séduire, sa musique a donc eu bien du mal à parvenir jusqu’à nous, a longuement retenu son souffle pour se faire désirer. Elle sera enfin disponible le 31 mars, date à laquelle, toujours sur label Vision Fugitive, paraîtra un album de Stephan Oliva avec la chanteuse Susanne Abbuehl et Øyvind Hegg-Lunde aux percussions.

-Le même soir, mais au Sunset, Madeleine & Salomon interprètent “A Woman’s Journey, l’album envoûtant qu’ils ont sorti l’an dernier, un hommage à des chanteuses engagées et militantes qui troublèrent l’Amérique « bien pensante », celle qui aujourd’hui hélas a placé Donald Trump au pouvoir. Des œuvres de Billie Holiday, Nina Simone mais aussi de Janis Ian et de Mavin Gaye constituent leur épertoire élargi à la soul et à la folk music. Madeleine, c’est la chanteuse Clotilde Rullaud et Salomon le pianiste Alexandre Saada qui sait mettre constamment en valeur la puissante voix de velours de Clotilde. Frissons garantis !

-John Scofield retrouve le New Morning le 22 avec les mêmes musiciens que la dernière fois. Steve Swallow (basse électrique) et Bill Stewart (batterie) qui l’accompagnent dans “Country for Old Men” (Impulse !), son disque le plus récent. Un hommage à la country music qui, depuis toujours, inspire sa guitare. Il y reprend des chansons traditionnelles américaines et des compositions de Hank Williams, James Taylor et Merle Haggard. Scofield qui a grandi avec le rock et le blues a enregistré une bonne trentaine d’albums tout au long d’une carrière qui l’a vu jouer avec les jazzmen les plus exigeants. C’est toutefois sur scène qu’il faut l’écouter car il y donne le meilleur de lui-même. Le pianiste Gerald Clayton, récemment entendu Salle Pleyel au sein du quartette de Charles Lloyd complète sa formation.

-Ses derniers disques sont mal distribués en France ce qui n’empêche pas Wallace Roney de nous rendre visite de temps à autre. Il était au New Morning en 2011, faisant revivre la musique de “Bitches Brew” au sein d’un groupe monté à cette occasion : le Bitches Brew Beyond. Le Sunside l’a accueilli en octobre 2015 avec une rythmique de rêve : Buster Williams (contrebasse) et Lenny White (batterie), une rythmique de rêve. Le trompettiste revient au Sunside pour trois soirée, les 23, 24 et 25 mars, avec un groupe comprenant Benjamin Solomon au saxophone ténor, Oscar L. Williams Jr. au piano, Curtis Lundy à la contrebasse et Eric Allen à la batterie.

-À l’occasion de la journée mondiale de l’eau, Jacky Terrasson et ses amis nous donnent rendez-vous à Bobino le 27 (20h00) afin de soutenir Solidarités International dans son action en faveur de l’accès à l’eau pour tous. Jacky a confié la direction musicale de ce programme éclectique mêlant jazz, classique et chanson française à Lionel Belmondo. Outre ce dernier au saxophone et à la flûte et Jacky au piano, ce concert exceptionnel réunira Stéphane Belmondo à la trompette et au bugle, Thomas Bramerie à la contrebasse, Lukmil Perez à la batterie, le quatuor à cordes Equinoxe, la chanteuse Mathilde et des invités surprises. L’intégralité de la recette sera versée à Solidarités International. www.solidarites.org   

-J’apprends par un courriel de Jean-Pierre Vignola que les disques Black & Blue, dont le premier enregistrement réunissant Milt Buckner et Buddy Tate aux Studios Pathé Marconi de Boulogne Billancourt date de 1967, fêteront leur cinquantième anniversaire au Jazz Club Étoile le 30 à partir de 21h30. Trois formations sont au programme de ce jubilé : le trio du pianiste Philippe Duchemin avec Christophe et Philippe Le Van (contrebasse et batterie) ; le Mourad Benhammou Jazz Workers Quintet qui, outre Mourad à la batterie, réunit Fabien Mary (trompette), David Sauzay (saxophone), Guillaume Naud (piano) et Fabien Marcoz ; et le sextette du trompettiste François Biensan dont Michel Pastre (saxophone), Fred Nardin (piano), Stan Noubard Pacha (guitare), Jean-Pierre Rebillard (contrebasse) et François Laudet (batterie).

-Légitimes successeurs des célèbres Double-Six, les Voice Messengers, six chanteurs et chanteuses (Rose Kroner, Andrea Gomez, Vanina de Franco, Emmanuel Lanièce, Augustin Ledieu, Sylvain Bellegarde) qu’accompagnent une section rythmique (Raphaël Dever à la contrebasse et Frédéric Delestré à la batterie) et le piano de Thierry Lalo, fondateur et directeur artistique de la formation seront au Sunside le 31 (deux concerts, 20h00 et 22h00). Si le groupe de Mimi Perrin est souvent à l’honneur (Mimi Medley, un enchainement de huit titres sur lesquels Mimi rajouta naguère des paroles), le répertoire des Voice Messengers reste étonnamment jeune et éclectique. Leur album “Lumières d’Automne” (Black & Blue) reçut le Prix du Jazz Vocal de l’Académie du Jazz en 2008. Récompense méritée pour l’un des meilleurs groupes vocal de la jazzosphère. 

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Banlieues Bleues : www.banlieuesbleues.org

-New Morning : www.newmorning.com

-Café de la Danse : www.cafedeladanse.com

-Jazz Club Étoile : www.jazzclub-paris.com

Crédits Photos : Enrico Pieranunzi, John Scofield, Wallace Roney © Philippe Marchin – Vincent Courtois © Tina Merandon – The Jazz Passengers © Dana Hall – Harold López-Nussa © Vincent Berthe – Giovanni Guidi & Gianluca Petrella © Riccardo Crimi – Theo Bleckmann Quintet © Caterina di Perri / ECM – Laurent Marode © Mygaloo Static – Joe Lovano © Jimmy Katz – Paul Lay © Jean-Baptiste Millot – Nancy Harms © Ken Shung – Stephan Oliva & Jean-Marc Foltz © Maxim François – Thierry Lalo © Christian Ducasse – Madeleine & Salomon © photo X/D.R.

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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 09:20
Paul Lay : “The Party” (Laborie Jazz / Socadisc)

Que de progrès accomplis entre “Unveiling”, son premier disque en 2010, et “The Party”, son troisième qui paraît aujourd’hui. Album inégal, “Unveiling”, atteste du savoir-faire, de la solide technique acquise par Paul Lay lors de ses très sérieuses études musicales au Conservatoire de Toulouse, puis au CNSM de Paris, département Jazz et Musiques Improvisées. Dotées de mélodies pas toujours évidentes, des métriques complexes compliquant inutilement la musique, ses compositions personnelles peinent encore à convaincre, mais ce premier opus interpelle par la maîtrise peu commune des couleurs et de l’harmonie d’un pianiste qui ne joue déjà pas comme les autres, Haïku, abordé en solo, révélant son talent.

Beaucoup plus conséquent, “Mikado”, Grand Prix du disque de Jazz de l’Académie Charles Cros en 2014, révèle un arrangeur, un organisateur de sons qui attache de l’importance à la forme. Paul Lay écrit mieux comme en témoignent Dolphins et Chao Phraya, de vraies réussites mélodiques. Avec Clemens Van Der Feen à la contrebasse et Dré Pallemaerts à la batterie, il s’est trouvé une section rythmique qui interroge son piano, libère son imagination. Membre de plusieurs formations – Ping Machine, le quartette d’Eric Le Lann, le quintette de Riccardo Del Fra  –, Paul va beaucoup jouer avec Géraldine Laurent, participant en 2015 à l’enregistrement de “At Work”. Il s’y révèle puissamment créatif, se lâche, s’abandonne, enrichissant la musique par des dissonances, des clusters, jouant des notes surprenantes comme si l’ange du bizarre habitait son piano. La même année, il reçoit le Prix Django Reinhardt de l’Académie du Jazz, récompense méritée pour un début de carrière pour le moins prometteur.

Un nouveau chapitre s’ouvre aujourd’hui avec “The Party”, le disque de la maturité. Paul Lay l’a conçu « comme une illustration sonore de scènes cinématographiques qui se déroulent lors d'une fête (…) Chaque pièce caractérise un personnage, une situation, ou encore un échange de regards, une danse, et bien d’autres mouvements. » Loin d’être une fête bruyante, cette « Party » privilégie la retenue. On y danse des valses lentes et rouges, on s’isole à distance du tumulte. Attribuant à ses compositions des titres énigmatiques –  Langueurs, Murmures, Regards croisés –, Paul entretient le mystère, leur contenu musical s’attachant à décliner des atmosphères (À distance du tumulte). Certains titres restent toutefois obscurs au regard de la musique. Relevant du bop, l’énergique M. Birdy fait-il référence à une scène de “The Party”, le film de Blake Edwards ? Qu’importe, car la musique nous emporte dès l’ouverture du disque, The Party Begins. Avec elle, le piano nous saisit dans un filet de notes espiègles, colorées, rythmées avec souplesse par Clemens Van Der Feen et Dré Pallemaerts qu’il faut étroitement associer à cette réussite. Difficile de conseiller un morceau plutôt qu’un autre. Paul Lay joue ici un magnifique piano, étonne par ses mises en couleurs, ses choix harmoniques aussi beaux qu’inattendus, ses phrases gorgées de swing et de blues. A Letter est un régal d’harmonies flottantes que le piano installe par petites touches avant de saturer de notes l’espace sonore. Dance For Three surprend par la cohérence de ses voicings, l’interaction qui règne entre les instruments. L’étonnant Regards croisés s’organise autour de la rythmique, contrebasse et piano se rejoignant pour improviser ensemble, le piano utilisé comme un instrument de percussion concluant seul la pièce. Les ballades enchantent par leur simplicité, leur respiration naturelle. Langueurs et Murmures révèlent ainsi leur élégance. Avec I Fall in Love Too Easily qui conclut le disque, une pièce en solo, on tombe bien sûr en amour avec ce piano qui, enraciné dans l’histoire du jazz, aborde sereinement le futur.

 

Concert de sortie le 15 mars au Café de la Danse.

 

Photos © Jean-Baptiste Millot

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13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 16:30
L'Académie remet ses prix

Mon traditionnel compte-rendu de la remise des prix de l’Académie du Jazz. Vous en connaissez déjà le palmarès ce qui me permet de privilégier l’image, de mettre en ligne des photos des lauréats, des musiciens présents à cette soirée et de nos amis qui œuvrent efficacement dans les métiers de la musique, journalistes, photographes, attaché(e)s de presse, organisateurs de concerts, ingénieurs du son, sans oublier de nombreux musiciens et quelques membres de l’Académie dont les visages vous sont peut-être familiers.

L'Académie remet ses prix

 

LA REMISE DES PRIX

C’était donc le 22 janvier dernier au Pan Piper, impasse Lamier dans le 11ème arrondissement de Paris. La cérémonie commença par la remise du Prix du Meilleur Livre, “Music is my Mistress”, les singulières et savoureuses mémoires de Duke Ellington. Publiées aux Etats-Unis en 1973, elles n’avaient jamais été traduites en français. Henri Bovet des Éditions Slatkine & Cie reçut le trophée des mains de François Lacharme. Peu de discours cette année. La plupart des lauréats étant présents, le Président a souhaité privilégier la musique, cette dernière bénéficiant de la bonne acoustique de la salle et de la qualité de la sonorisation.

Invités à rendre hommage à Thelonious Monk qui, né en 1917, aurait eu 100 ans cette année, René Urtreger au piano et Jean-Louis Chautemps au saxophone ténor nous offrirent une belle version de Pannonica, que Monk composa en septembre 1956 chez la baronne Nica de Koenigswarter. Le pianiste l'enregistra un mois plus tard, le 9 octobre, avec Sonny Rollins, Ernie Henry, Oscar Pettiford et Max Roach, jouant la mélodie sur un célesta.

De la musique avec les lauréats du Prix du Jazz Classique, Jérôme Etcheberry (trompette), Michel Pastre (saxophone ténor) – les timbres de leurs instruments respectifs se mêlent de bien belle façon – et Louis Mazetier (piano).

 

De la musique encore après que François Lacharme eut remercié les sponsors de l’Académie, cette dernière fonctionnant grâce à la générosité de généreux mécènes : la Fondation BNP Paribas, la SACEM, la SPEDIDAM, le Conseil des Vins de Saint-Émilion dont les dives bouteilles furent appréciées lors des agapes qui suivirent, mais aussi le Goethe Institut qui accueille depuis quelques années nos fiévreux débats.

De la musique car Michele Hendricks est sur scène pour recevoir le Prix du Jazz Vocal. Pour “A Little Bit of Ella”, un disque qui inexplicablement n’avait jamais vu le jour, un enregistrement de 1998 avec Tommy Flanagan au piano. It Don’t Mean a Thing puis un arrangement de Sweet Georgia Brown et la salle, conquise par l’agilité de son scat, la salua de ses applaudissements.

On a bien sûr regretté l’absence du trompettiste Avishai Cohen se trouvant quelque part en Inde, en pleine jungle, et donc dans l’incapacité de se voir remettre le Grand Prix de l’Académie pour “Into the Silence”, son premier disque pour ECM, un silence troublé par les bruits inquiétants du lieu qui l’entoure dans le petit film de remerciement qu’il nous fit parvenir. François Arveiller d’Universal récupéra le trophée...

...pour laisser le micro à un autre artiste ECM, le saxophoniste Andy Sheppard, Prix du Musicien Européen que l’on a pu entendre en novembre dernier au Jazz Club Étoile au sein du Gil Evans Paris Workshop que dirige Laurent Cugny. C’est avec Nguyên Lê à la guitare et Michel Benita à la contrebasse que le saxophoniste interpréta Looking for Ornette, la dernière plage de “Surrounded By Sea”, un album ECM de 2015, son plus récent. On aurait souhaité entendre davantage le chant enveloppant de son instrument, ses improvisations mélodiques sensibles et lyriques, mais d’autres prix sont à remettre, d’autres musiques attendent d'être écoutées.

La prestation de Laurent Courthaliac souleva l’incompréhension de certains. C’est oublier que le Prix du meilleur disque français ne récompense pas quelques minutes de concert, mais un album studio “All My Life”, le meilleur du pianiste à ce jour, une réussite qui doit aussi beaucoup à ses arrangements, aux solistes qui l’entourent (Fabien Mary, Bastien Ballaz, Dmitry Baevsky, David Sauzay, Xavier Richardeau, ils méritent tous d’être salués) et aux orchestrations soignées de Jon Boutellier.

Mais une puissante onde sonore envahit la salle. En quartette avec Samuel Hubert (basse électrique) et Romain Sarron (batterie), Corey Dennison et Gerry Hundt son complice font jaillir de leurs guitares les notes brûlantes d’une musique simple, mais terriblement efficace. Ils viennent de Chicago et ont voyagé jusqu’à nous pour recevoir leur récompense, le Prix Blues que leur remet Jacques Périn et Nicolas Teurnier, tous deux membres de l’Académie.

Difficile après cela pour le lauréat du très convoité Prix Django Reinhardt de maintenir pleinement l’attention avec sa musique plus riche sur le plan harmonique, mais moins festive et plus difficile à mettre en scène. Après avoir reçu son trophée des mains de Jean-Jacques Goron, Délégué Général de la fondation BNP Paribas, trophée accompagné d’un chèque de 3000€ offert par la fondation, Fred Nardin suscita pourtant l’admiration par la qualité et la modernité de son piano. Avec Samuel Hubert cette fois à la contrebasse et Romain Sarron, notre jeune et talentueux récipiendaire joua Green Chimneys de Monk et une de ses compositions chaloupées qui devrait être au programme de l’album en trio qu’il prépare.

L'Académie remet ses prix

 

L'AFTER
 

Avec des photos de Jean-François Pitet, René Urtreger & Jacqueline, Jean-Pierre Vignola, Paul Lay, Michel El-Malem, Arnaud Merlin, Jean Szlamowicz, Geneviève Peyregne, Christian Bonnet, Philippe Gaillot, Sophie Le Roux, Jean Delmas, Françoise Philippe, Bruno Rousselet, Jean-Jacques Goron, Laurent Courthaliac, Laurent Cugny, Laurent Mignard, Jean-Jacques Pussiau, Daniel Humair, Pierre Megret, Lionel Eskenazi, Chelima Fade, Claude Carrière, Philippe Etheldrède, Philippe Soirat, Alain Jean-Marie, Leïla Olivesi, Philippe Marchin, Agnès Thomas, Marie-Claude Nouy, Corey Dennison, Gilles Coquempot, Jean-Philippe Doret, Olivier Temime, Claudette de San Isidoro, Andy Sheppard, Pierre de Chocqueuse, Jean-Louis Lemarchand, Philippe Baudoin, Francis Capeau, Olga, Glenn Ferris. © Pierre de Chocqueuse

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LE PALMARÈS 2016

 

Prix Django Reinhardt :

FRED NARDIN

Grand Prix de l’Académie du Jazz :

AVISHAI COHEN « Into the Silence »

(ECM/Universal)

Prix du Disque Français :

LAURENT COURTHALIAC « All My Life »

(Jazz & People / PIAS)

Prix du Musicien Européen :

ANDY SHEPPARD

Prix de la Meilleure Réédition ou du Meilleur Inédit :

THAD JONES / MEL LEWIS ORCHESTRA « All My Yesterdays, The Debut 1966 Recordings at the Village Vanguard »

(Resonance / Socadisc)

Mention Spéciale :

FRANÇOIS RILHAC « It's Only a Paper Moon »

(Black & Blue)

Prix du Jazz Classique :

JÉRÔME ETCHEBERRY / MICHEL PASTRE / LOUIS MAZETIER

« 7:33 Bayonne »

(Jazz aux Remparts)

Prix du Jazz Vocal :

MICHELE HENDRICKS « A Little Bit of Ella »

(Cristal Records)

Prix Soul :

WILLIAM BELL « This Is Where I Live »

(Stax / Universal)

Prix Blues :

COREY DENNISON « Corey Dennison Band »

(Delmark / Socadisc)

Prix du Livre de Jazz :

DUKE ELLINGTON « Music is my Mistress »

(Editions Slatkine)

 

CREDITS PHOTOS : Les Trophées 2016 - Le Pan Piper - François Lacharme avec René Urtreger & Jean-Louis Chautemps - Henri Bovet - Louis Mazetier avec Jérôme Etcheberry & Michel Pastre - François Lacharme - Michele Hendricks - François Lacharme & François Arveiller - Andy Sheppard - Laurent Courthaliac - Corey Dennison - Fred Nardin & Jean-Jacques Goron © Philippe Marchin - Photo de groupe et les photos de l'After © Pierre de Chocqueuse

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10 février 2017 5 10 /02 /février /2017 17:10

 

Après Lumière, big band avec lequel il enregistra deux disques avec Gil Evans, son mentor, et l’Orchestre National de Jazz dont il assura un temps la direction, après la très remarquée “Tectonique des Nuages”, opéra au sein duquel David Linx et Laïka Fatien font merveille, après plusieurs livres dont “Las Vegas Tango”, biographie et analyse exhaustive de l’œuvre de Gil Evans publié chez P.O.L. en 1989, Laurent Cugny entreprit dès 2014 de créer et de faire tourner un nouvel orchestre, le Gil Evans Paris Workshop destiné à faire revivre les partitions d’Evans et de jouer ses propres compositions.

 

Avec lui dans cette nouvelle aventure un aréopage de jeunes et talentueux musiciens enthousiastes. J’ai eu plusieurs fois l’occasion de les écouter au Studio de l’Ermitage et au Jazz Club Étoile et c’est un bonheur de les entendre jouer les arrangements lyriques et inventifs d’Evans qui, avec les ans, n’ont pris aucune ride. Bien sûr, ils prennent avec eux quelques libertés, leur apportent des rythmes d’aujourd’hui. Les rejouer tels quels n’aurait aucun sens et Laurent Cugny l’a très bien compris. Reprenant une instrumentation proche de celle qu'affectionnait Evans – cor, tuba, guitare et flûte se mêlent et colorent autrement la musique –, son orchestre expérimente, devient un laboratoire dans lequel la musique, loin d’être figée, reste constamment en devenir.

Bientôt et grâce à votre soutien, la musique du Gil Evans Paris Workshop sera disponible sur disque. Compte tenu de la richesse de son répertoire, deux CD(s) ont été enregistrés. Le premier regroupe de nouvelles compositions de Laurent Cugny et ses arrangements de Lilia (Milton Nascimento), My Man’s Gone Now et Manoir de mes rêves que l’on a pu entendre lors de ses concerts. Le second est entièrement consacré à des morceaux arrangés par Evans. Spoonful, une composition du bluesman Willie Dixon, une des grandes réussites de “The Individualism of Gil Evans”, le disque le plus représentatif du travail de ce dernier, donne son nom au futur double album édité par Jazz&People, label qui s’appuie sur le crowdfunding (financement participatif) pour permettre aux disques d’exister.

 

Spoonful” devrait sortir le 10 mars en numérique et en double CD (pochette cartonnée, textes rédigés par Laurent Cugny) si avant onze jours (à la date du 10 février) 8000 euros parviennent à être réunis pour fabriquer le disque, lancer sa distribution, rémunérer ceux qui ont contribué à sa réalisation (ingénieur du son, graphiste, photographe), assurer son lancement et sa promotion en engageant notamment un attaché de presse. On peut soutenir le projet à partir de 5€ (les petits ruisseaux font bien les grandes rivières). Mettre plus de 500€ c’est un ticket nominatif pour le Paradis à retirer à l’Archevêché. Je plaisante, mais les contreparties à cette bonne action sont nombreuses. Pour les connaître et tout savoir sur cette campagne de crowdfunding chez KissKissBankBank, cliquez sur le lien suivant :

https://www.kisskissbankbank.com/gil-evans-paris-workshop-laurent-cugny-spoonful

Un grand merci pour votre générosité.

Photo © Noé Cugny

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5 février 2017 7 05 /02 /février /2017 11:44
Lucien Malson (à gauche) et André Hodeir en 1998. Photo © Christian Rose.

Lucien Malson (à gauche) et André Hodeir en 1998. Photo © Christian Rose.

Février : j’apprends tardivement la disparition de Lucien Malson né à Bordeaux le 14 mai 1926 et décédé à Paris le 27 janvier dernier. En 1964, il fit paraître chez Plon “Les Enfants sauvages”, ouvrage qui fut porté à l’écran par François Truffaut et connut de très nombreuses rééditions chez 10/18. C’est à cette collection qu’il confia en 1976 son “Histoire du jazz et de la musique afro-américaine” rééditée plus tard au Seuil. Dans les bureaux qu’occupait 10/18 au sein du groupe des Presses de la Cité rue Garancière, Annie Sissombat, une collaboratrice de Christian Bourgois, me présenta à Lucien dans les années 80. Outre son histoire du jazz, j’avais lu le petit livre qu’il avait publié aux PUF “Les Maîtres du jazz”, ouvrage qui m’avait permis de mieux connaître cette musique que le temps, la passion et de bons amis allaient me permettre d’approfondir. Mon activité principale consistait alors à chercher de nouveaux annonceurs pour Jazz Hot – j’étais chargé de la publicité du journal – qui connaissait ces années-là de sérieux problèmes financiers. Lucien y avait travaillé bien avant moi, ferraillant avec les lecteurs dans sa « revue de presse ». Il fut l’un de ceux qui rendirent adulte la critique de jazz, avec André Hodeir qui, au même moment, se penchait sur les problèmes techniques que posait cette musique. M’encourageant à persévérer dans ce travail ingrat, Lucien me témoigna très vite une discrète affection.

 

Docteur ès lettres et sciences humaines, agrégé de philosophie, journaliste et homme de radio – il créa en 1961 à la RTF le Bureau du Jazz –, il m’invita plusieurs fois à participer à son émission Black & Blue qu’il animait sur France Culture avec Alain Gerber. Lorsque je devins rédacteur en chef de Jazz Hot en 1988, j’eus l’occasion de le retrouver cette année-là à un cocktail organisé par les Éditions Jean-Michel Place pour fêter “Le Jazz”, livre qu’André Schaeffner en collaboration avec André Cœuroy avait publié en 1926 et se voyait réédité. Frank Ténot en avait rédigé la nouvelle préface, Lucien et Jacques B. Hess les postfaces. Tous les trois étaient présents ce jour là et leurs dédicaces ornèrent la page de garde de mon exemplaire. Celle de Lucien, « A Pierre que j’estime et j’aime beaucoup » m’alla droit au cœur. Nous nous étions perdus de vue, mais la disparition de ce « redoutable bretteur » (Alain Gerber le décrit ainsi dans sa préface du livre de Michel-Claude Jalard “Le jazz est-il encore possible ?) me touche profondément. 

 

François Truffaut n’était pas à l’affiche du festival Premiers Plans dont la 29ème édition s’est tenue en janvier à Angers. Consacré aux premiers films de jeunes réalisateurs, le festival propose aussi des hommages et des rétrospectives. Les frères Dardenne, Christian Mungiu et Andrea Arnold furent cette année à l’honneur. “Heartstone” de l’islandais Gudmundur Arnar Gudmundsson reçut le grand prix du Jury et le prix du Public dans la catégorie des longs métrages. Il sera projeté à Paris jeudi prochain au Forum des Images (20h30) avant de sortir sur les écrans en octobre. Je ne suis pas resté assez longtemps à Angers pour le voir, mais j’ai admiré une belle actrice, Margarita Breitkreiz, prix d’interprétation féminine pour “Marija” de Michael Koch, et découvert un étonnant film estonien quelque peu fantastique, “Pretenders” de Vallo Toomla. Un grand merci à Xavier Massé pour avoir facilité l’obtention de mon accréditation, à Phil Costing, mon chauffeur et ami, et à Marceline, mon hôtesse et dévouée accompagnatrice.

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

-On n’a pas oublié Lucky Dog, quartette réunissant Frédéric Borey au saxophone,Yoann Loustalot à la trompette et au bugle, Yoni Zelnik à la contrebasse et Frédéric Pasqua  à la batterie. Leur premier et unique CD a fait l'objet d’une chronique dans ce blog en mai 2014. Ils seront le 6 février à bord de la péniche Le Marcounet (Port des Célestins, Quai de l'Hôtel de ville, 75004 Paris) pour présenter le répertoire qu’ils enregistreront à Liège le 7 et le 8 dans le célèbre Jacques Pelzer Jazz Club qui programma naguère les américains de passage. Quartette sans piano, Lucky Dog séduit par les compositions pleines de swing de ses souffleurs, les moments intimes de ses pièces chorales, sa musique ouverte favorisant de nombreux dialogues.

-Antonio Faraò joue une musique souvent modale qui laisse un large espace de liberté aux solistes. S’il reprend des thèmes d'Herbie Hancock et de Tony Williams à la tête d’un quartette de musiciens italiens dans “Boundaries”, son album le plus récent, il aime également enregistrer et se produire en trio. “Domi” (2011) bénéficie ainsi de présence de Darryl Hall et d’André Ceccarelli. Mais c’est avec une autre section rythmique que le pianiste se produira au Duc des Lombards le 7. Stéphane Kerecki (contrebasse) et Daniel Humair poseront les bons tempos sur son phrasé fluide, ses harmonies raffinées. Au service de la ligne mélodique des compositions qu’il aborde et qu’il harmonise avec finesse et sensibilité, Antonio Faraò peut tout aussi bien se montrer énergique, jouer des notes inhabituelles et peindre des paysages plus durs et plus abstraits beaucoup moins fréquentés.

-Habitué du Festival Jazz en Tête, Jeremy Pelt souffle les notes d’un bop moderne et réjouissant. Véloce, le trompettiste étonne par sa maîtrise technique, sa justesse. Ses notes jaillissent, sculptées par un souffle puissant. Il a enregistré dix albums sous son nom, a sévi dans nombre de big bands, accompagné de grands jazzmen et connaît le jazz et son histoire, la modernité de son jeu n’excluant pas de solides racines. Il sera au Sunside le 11 pour célébrer les 80 ans de Louis Hayes, batteur légendaire surtout connu pour sa collaboration avec Cannonball Adderley. Il sera là bien sûr, pour se voir fêter au sein d’un quartette qui, outre Jeremy Pelt, comprend Danny Grissett au piano et Dezron Douglas à la contrebasse.

-Les 16, 17 (à 21h00) et 18 février (21h30), le Sunside accueillera le Monk Trio de Laurent de Wilde. Avec le pianiste, Jérôme Regard (contrebasse) et Donald Kontomanou (batterie), musiciens qu’il retrouve régulièrement pour célébrer Thelonious Monk, son musicien fétiche. Laurent prend un malin plaisir à jouer et à compliquer les partitions pleines de chausse-trappes de ce dernier. Ses arrangements de Off Minor et de Shuffle Boy placent constamment les musiciens en déséquilibre comme s’ils se retrouvaient dansant sur une corde raide. Les trois hommes n’ont peur de rien, Jérôme et Donald s’entendent pour ordonner le rythme, le dompter, le commenter. Le premier tient un rôle mélodique important ; le second marque les temps avec une telle légèreté que la musique s’écoule fluide, comme le sable du sablier.

-Une soirée placée sous l’égide du label Jazz & People le 22 au Studio de l’Ermitage (21h00). En première partie, le saxophoniste Christophe Panzani jouera des morceaux de l’album qu’il a enregistré l’an dernier avec sept pianistes qu’il affectionne. Certains d’entre eux seront présents ce soir là. Yonathan Avishai interprétera ensuite la musique colorée et épicée de “The Parade”, son second disque, un de mes 13 Chocs de l’année 2016, “Les âmes perdues” de Christophe Panzani faisant également partie de ma sélection. “The Parade” nous conduit dans les Caraïbes et à la Nouvelle-Orléans. César Poirier (saxophone alto et clarinette), Yoni Zelnik (contrebasse), Donald Kontomanou (batterie) et Inor Sotolongo (percussions) accompagnent un pianiste dont le jeu économe témoigne de l’importance qu’il accorde au silence, à la respiration de ses compositions, des ritournelles que des rythmes simples et efficaces rendent irrésistibles.

-Julie Saury et son sextette au Sunside le 24 pour fêter la sortie de “For Maxim” (Black & Blue) dont le sous titre « A Jazz Love Story », résume bien l’enthousiasme qui anime la batteuse de jazz. C’est bien sûr son père Maxim auquel elle rend hommage qui lui donna la passion de cette musique reçue en héritage. Julie Saury a toutefois grandi avec le jazz moderne de son époque, mais aussi par Michael Jackson, Prince, le funk, la musique cubaine, ce qui n’enferme pas sa musique dans le carcan du jazz traditionnel. Elle reprend de vieux standards que jouait son père pour les actualiser, en bousculer les codes, et greffe dessus sa propre histoire. Avec elle, des musiciens amis, certains d’entre eux officiant au sein du Duke Orchestra dont les battements de cœur sont étroitement associés à ses tambours, Aurelie Tropez (clarinettes), Shannon Barnett (trombone et chant), Frederic Couderc (saxophone ténor), Philippe Milanta (piano) et Bruno Rousselet (contrebasse). Il faut saluer Julie !

-David Linx au Duc des Lombards le 24 avec Armel Dupas (piano, claviers), Manu Codjia (guitare), Timothée Robert (basse) et Arnaud Dolmen (batterie). Au programme, “Chronicles”, nouvelle création qui a vu le jour au Théâtre Marni (Bruxelles) le 13 janvier dernier, un concert mêlant textes et musiques, chaque chanson racontant une histoire dans laquelle la mémoire, les souvenirs interviennent. Le chanteur se penche sur son passé pour mieux comprendre le futur, celui de nos enfants, de nos espoirs, et ose un nouveau langage, une nouvelle forme d’expression artistique.

-Constitué par le guitariste Pierre Perchaud (découvert au sein de l’ONJ de Daniel Yvinec et auteur de deux albums sur Gemini Records), le bassiste Nicolas Moreaux (deux albums sur Fresh Sound New Talent) et le batteur catalan Jorge Rossy (longtemps associé à Brad Mehldau), Fox un trio dont on trouvera dans ce blog la chronique de leur premier album publié en 2016, est attendu à l’Espace Sorano, 16 Rue Charles Pathé, 94300 Vincennes. Avec eux pour peaufiner un jazz raffiné et en apesanteur, deux invités prestigieux, le saxophoniste Chris Cheek (photo), un saxophoniste ténor à la sonorité suave et au lyrisme séduisant qui forgea son style auprès de l’Electric Bebop Band du défunt Paul Motian, et l’accordéoniste Vincent Peirani, Prix Django Reinhardt de l’Académie du Jazz en 2013. Une belle soirée en perspective !

-Au Sunside le 25, le pianiste René Urtreger en trio avec Yves Torchinsky à la contrebasse et Eric Dervieu à la batterie, fidèles entre les fidèles, mais aussi avec Agnès Desarthe qui, l’an dernier, lui a consacré un livre, “Le Roi René aux Éditions Odile Jacob. René lui a confié de nombreux épisodes de sa vie, de ses années musique avec Bobby Jaspar,  Buck Clayton et Don Byas, Miles Davis, le trio H.U.M. avec Pierre Michelot et Daniel Humair, mais aussi Claude François dont il fut le pianiste. Son livre, Agnès Desarthe en lira des extraits. Peut-être chantera-t-elle aussi si René le lui demande. Elle l’a déjà fait lors de ses concerts, suivant un fil comme l’Ariane de la légende, un fil sonore fait de notes tendres et lyriques, un fil mélodique qui, relié aux racines du jazz, possède la mémoire du blues et du bop et n’oublie pas le swing.

-Péniche Le Marcounet : www.peniche-marcounet.fr

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com

-Espace Sorano : www.espacesorano.com

 

Crédits Photos : Lucien Malson & André Hodeir, Paris 1998 © Christian Rose – Lucky Dog © Simon Dufour – Antonio Faraò & Daniel Humair, Laurent de Wilde, Christophe Panzani & Yonathan Avishai, Pierre Perchaud / Nicolas Moreaux / Jorge Rossy & Chris Cheek © Philippe Marchin – Jeremy Pelt, David Linx, René Urtreger © Pierre de Chocqueuse – Julie Saury © Zankovision.

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23 janvier 2017 1 23 /01 /janvier /2017 10:39
Nathalie LORIERS / Tineke POSTMA / Nicolas THYS :  “We Will Really Meet Again” (W.E.R.F. Records)

Enseignante très demandée, pianiste du Brussels Jazz Orchestra, le meilleur big band de jazz de Belgique qui nous a visité l’été dernier – un concert au Parc Floral de Paris avec David Linx en invité dans un programme consacré à Jacques Brel –, Nathalie Loriers publie un nouveau disque en trio, le second qu’elle enregistre avec la saxophoniste Tineke Postma. Autant l’écrire tout de suite, “We Will Really Meet Again” est encore plus réussi que “Le Peuple des silencieux”, son précédent, enregistré en 2013 lors du Gaume Jazz Festival. On y entend les musiciens lâcher prise, se fondre dans la musique tout en lui apportant énergie et tension.

Philippe Aerts parti découvrir l’Inde, vers d'autres aventures, la formation ne perd nullement pied avec Nicolas Thys, bassiste expérimenté apprécié de Bill Carrothers, et rythmicien très capable de faire chanter son instrument (l’introduction de Dançao), de lui faire prendre des chemins mélodiques. Dialoguant souvent avec le saxophone et le piano, il adopte un jeu plus abstrait dans Oceans, voire même anguleux dans Remembering Lee, échanges spontanés sur la corde raide que se tendent les trois instruments dans deux des trois miniatures improvisées de l’album. Ce dernier s’ouvre sur une version enchanteresse et quelque peu ré-harmonisée de Luiza, une composition d’Antonio Carlos Jobim. La pianiste l’aborde seul, pose des couleurs subtiles sur une toile sonore que rejoint un peu plus tard une contrebasse aussi juste que discrète. L’alto expose le thème et assure les contre-chants.

 

Les autres compositions de ce nouvel opus sont de Nathalie Loriers dont le beau toucher met en valeur les notes délicates qu’elle utilise pour peindre des paysages, mélancoliques pour la plupart. Le blues qu’elle transmet à ses doigts irrigue ainsi sa musique. Les ballades, souvent poignantes sont ici nombreuses. Une grande douceur enveloppe Quietness, une des trois improvisations de l’album. De toute beauté, il prélude à la musique douloureuse de We Will Really Meet Again que Nathalie a écrit à l’intention du frère disparu de Thierry, son compagnon. Un tendre lamento de soprano se fait entendre. Le piano rentre tardivement et sur la pointe des pieds dans la musique comme pour lui témoigner pudiquement du respect. And Then Comes Love séduit également par sa lenteur, sa respiration favorisant l’écoute, l’interaction attentive, les musiciens prenant leur temps pour développer leurs idées et les faire circuler.

 

Cette fausse nonchalance n’est pas partout de mise. Les entrelacs acrobatiques de Everything We Need font entendre une musique inspirée par celle de Lennie Tristano. Tineke joue la mélodie à l'alto. Nathalie la double une octave plus bas. L'effet obtenu est surprenant, comme si deux saxophones étaient joués simultanément. Abordé à l’unisson, le thème génère de nombreux échanges, Nicolas Thys s’accordant lui aussi un chorus mélodique. C’est également la contrebasse qui introduit Dançao, morceau débordant de soleil et de joie. Un piano dynamique le chaloupe, le déhanche, nous invite à danser, Tineke lui faisant escalader les marches du ciel. Autre moment joyeux, le primesautier Take the Cake met en valeur la belle sonorité de cette dernière à l’alto. Piano et saxophone entrecroisent leurs lignes mélodiques et affichent une grande complicité. Confortablement assis sur de souples cadences, ils conduisent ainsi entre ciel et terre leurs dialogues aériens, l’excellente acoustique de la Salle Philharmonique de Liège contribuant à leur bonheur qui est aussi le nôtre.

 

Photo © Thomas Geuens

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