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14 mars 2013 4 14 /03 /mars /2013 09:06

Terri Lyne CARRINGTON :

“Money Jungle : Provocative in Blue” (Concord)

T.L. Carrington MJ coverHommage décalé au “Money Jungle” de Duke Ellington, ce nouvel album d’une des trop rares batteuses de jazz, est pour le moins une réussite. Le Duke enregistra son disque pour United Artists avec Charles Mingus et Max Roach en 1962. Il contenait sept morceaux. Six autres dont deux alternates apparurent lors d’une réédition en 1987. Loin de les reprendre fidèlement, Terri Lyne Carrington les transforme et les réinvente. Prétexte à la lecture d’un texte d’Ellington, Rem Blues est méconnaissable. Le nouvel arrangement de Backward Country Boy Blues le place à des années lumières de l’original. Lizz Wright y assure des vocalises. Le morceau gagne en épaisseur tout en conservant son aspect blues. Bien que Gerald Clayton ne joue pas le même piano qu’Ellington, on reconnaît bien Very Special et Wig Wise deux des thèmes du “Money Jungle” original. Clayton ne se prive pas de faire danser ses notes. Ancrées dans la tradition, ses riches improvisations s’accompagnent d’un saupoudrage de funk, s’ouvrent à d’autres influences que celles du jazz. No Boxes (Nor Words), un thème bop de la batteuse, atteste de l’étendu de son riche vocabulaire pianistique et Cut off, une ballade proche de Solitude, révèle un jeu aussi élégant qu’inspiré. La virtuosité de Christian McBride, le bassiste de la séance, ne l’empêche nullement de donner une solide assise rythmique à la musique. Si cette dernière privilégie le trio, les arrangements très soignés de l’album font parfois appel à d’autres instruments. Introduit en solo par McBride, Switch Blade, un blues, accueille progressivement le trombone de Robin Eubanks et la flûte d’Antonio Hart. Le vétéran Clark Terry fait entendre sa trompette et un scat marmonné de son invention dans un arrangement très réussi de Fleurette Africain(e). Omniprésente, Terri Lyne Carrington n’en fait pourtant jamais trop. Elle se réserve A Little Max pour dialoguer avec les percussions d’Arturo Stable, mais parvient surtout à ré-habiller ces morceaux sans les trahir, à nous en offrir une relecture provocante.    

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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 09:16

Benoît DELBECQ & Fred HERSCH Double Trio : “Fun House”

(Songlines / Abeille Musique)

Delbecq - Hersch Fun House, coverThe Sixth Jump” de Benoît Delbecq et “Whirl” de Fred Hersch comptent parmi mes 13 Chocs de l’année 2010. Les deux pianistes fascinent : le premier par son sens du tempo, sa conception très souple du rythme, son toucher, ses progressions d’accords ; le second par la richesse et la singularité de son univers très personnel. On rêvait d’un disque qui les réunirait. Il existe, s’intitule “Fun House” et renferme des compositions de Delbecq spécialement écrites pour le double trio impliqué dans le projet : Jean-Jacques Avenel et Mark Helias (contrebasse) Steve Argüelles et Gerry Hemingway (batterie). Les seules reprises sont celles de Strange Loop, un des thèmes de “Pursuit”, disque enregistré par Benoît en 1999 que Fred apprécie beaucoup, et Lonely Woman d’Ornette Coleman. Les deux hommes admirent depuis longtemps leurs œuvres respectives. Benoît semble avoir été particulièrement séduit par “Chicoutimi” un album du clarinettiste Michael Moore dans lequel Fred tient le piano. Pour lui, les timbres, les couleurs ont autant d’importance que les rythmes et les mélodies. Morceaux de bois ou gommes placés sous certaines cordes de son piano en modifient la sonorité. Les graves de l’instrument sonnent parfois comme les lames de bois d’un balafon. Enregistré en deux jours, les dix morceaux de “Fun House” présentent toutefois un aspect moins africain que “The Sixth Jump”, laissent beaucoup d’espace aux musiciens qui décalent leurs phrases, en font tourner les motifs mélodiques. La section rythmique colore l’espace sonore, contrebasses aux cordes grattées, frappés, tirées, foisonnement percussif des tambours, vibrations des cymbales, glissement du bois sur du métal. Le marquage des temps est abandonné au bénéfice d’une polyrythmie que saupoudre d’électronique Steve Argüelles, la partie centrale de Tide résultant d’un montage de plusieurs prises. Le vif et rythmé Night for Day mis à part – les musiciens semblent y suivre une grille harmonique – , le rubato est de rigueur dans le jeu modal des pianistes, Fred Hersch à gauche, Benoît Delbecq à droite, qui n’exclut pas une certaine abstraction (One is Several). Difficile de reconnaître leur piano respectif dans cette musique colorée qui est bien davantage celle de Delbecq que celle que Hersch, musique liquide, symphonie de chambre aquatique dont les notes, telles les gouttes d’eau d’une cascade, conservent une fraîcheur délectable.

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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 14:30

Jacques-Bisceglia-c-PdC.JPG.jpegJacques Bisceglia 1940-2013. In Memoriam.

Jean-Paul qui a la mauvaise habitude de s’emparer de mes textes avant que je ne les mette en ligne m‘a fait remarquer que les chanteuses sont particulièrement à l’honneur ce mois-ci. Je le concède. Celles que j’apprécie investissent ce mois-ci les clubs et les salles de concert. Ce qui n’est pas pour déplaire à Monsieur Michu. Déçu par la récente prestation au New Morning d’une Eliane Elias à la plastique moins sublime au naturel que sur ses photos de mode (comment peut-il en être autrement), ce dernier se cherche une nouvelle égérie. Susanna Bartilla, Lou Tavano, Youn Sun Nah et Champian Fulton titillent déjà son imagination, au grand dam de Madame Michu qui voit là simple caprice d’un vieux mari libidineux. Je n’en crois rien. L’homme a besoin d'inspiratrices. N’a-t-il pas choisi Minerve pour représenter l’intelligence ? Les neuf muses ne sont-elles pas des femmes ? J’aime penser que Dieu créa l’homme avant elles pour s’exercer à un chef-d’œuvre. Puissent de douces voix féminines nous aider à oublier cet hiver triste et froid qui nécessite tricot de flanelle et épais manteau de laine, mais aussi le parapluie, planeur à l’armature circulaire s’envolant comme un oiseau.

 

Mars est un mois capricieux livré au vent, à la pluie, au brouillard, au cheval transformé en bœuf gras pour la mi-carême. On se console auprès des femmes du mauvais temps qui s’éternise, de l’adversité qui nous enlève des amis chers. Après Pierre Lafargue le mois dernier, J.-Bisceglia-c-PdC.jpegJacques Bisceglia tire lui aussi sa révérence. Une longue maladie neurologique dégénérescente l’avait contraint à abandonner son poste de trésorier de l’Académie du Jazz. Je le connaissais depuis la fin des années 70. Le hasard d’une promenade dominicale m’avait conduit sur les quais de la Seine, quai de la Tournelle, où les parapets de pierre portent les boîtes vertes des bouquinistes. Jacques y avait les siennes. Il me vendit ce jour-là l’édition originale française de “L’Art Moderne” de Joost Swarte, un incontournable de la ligne claire. Car Jacques cumulait les passions. Le jazz dont il photographiait les musiciens depuis 1965, mais aussi les bandes dessinées, les romans policiers, de science-fiction et de fantastique. Co-auteur de “Trésors du roman policier” (Éditions de l’Amateur), collaborateur occasionnel de nombreux journaux dont Jazzman et Jazz Magazine, il avait été le maquettiste de la toute première série d’Actuel. Il écrivit des textes pour des pochettes de disques et, dans les années 60, s’occupa de la programmation du Jazzland, club de jazz de la rue Saint-Séverin. Outre celui des origines, Jacques appréciait le jazz déconstruit et utopique des années 70 qui croyait naïvement être libre. En 2009, déjà malade, il m’offrit son dernier livre, 45 ans de photos dans le monde merveilleux du jazz accompagnant des poèmes de Steve Dalachinsky (“Reaching into the Unknown 1964-2009”, RogueArt éditeur). Avec Jacques Bisceglia, le jazz perd un précieux témoin de son histoire. Cet édito lui est dédié.  

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

 

Paolo-Fresu-Devil-Quartet-c-PdC.jpeg-Paolo Fresu au New Morning le 5 avec son Devil Quartet qui vient de faire paraître “Desertico”, un disque moins réussi que “Stanley Music” précédent et premier opus de cette formation dont la création remonte à 2003. Avec lui Bebo Ferra un guitariste qui déménage, donne à la musique une sonorité plus rock, genre qui se mélange ici au jazz, le répertoire n’oubliant pas les ballades au sein desquelles excelle le trompettiste sarde, spécialiste des notes légères et transparentes. Paolino Dalla Porta à la contrebasse et Stefano Bagnoli à la batterie complètent le groupe.

 

Susanna-Bartilla-c-Matthieu-Dortomb.jpeg-Après un premier album consacré à Johnny Mercer, la délicieuse chanteuse berlinoise Susanna Bartilla en publie un second sur Peggy Lee. Susanna l’a produit et le distribue elle-même, ses musiques étant également disponibles en téléchargement sur iTunes, CD-Baby et Amazon depuis le 5 février. Beaucoup mieux produit et plus réussi que le précédent, “I Love Lee” renferme de nombreuses perles dont une version inoubliable de Johnny Guitar, un des nombreux tubes de Peggy Lee, Norma Dolores Egstrom de son vrai nom, plus de mille morceaux en soixante ans de carrière. La voix sensuelle et solaire de Susanna s’accommode d’un fort vibrato qui envoûte et interpelle. On l’écoutera sur la scène du Sunside le 10 avec Alain Jean-Marie au piano, Sean Gourley à la guitare et Claude Mouton à la contrebasse. Tous jouent sur ce nouvel album. Le batteur en est Aldo Romano. Indisponible, Kenny Martin, un batteur berlinois que Susanna apprécie, le remplace.

 

Nicholas-Payton-c-Michael-Wilson.jpeg-Grand technicien de la trompette, musicien doué et souvent inspiré, Nicholas Payton surprend par la variété de ses projets. Son meilleur disque reste pour moi “Into the Blue” enregistré en 2007 avec Kevin Hays au piano. “Bitches” son dernier disque dans lequel il assure tous les instruments relève davantage de la soul que du jazz. C’est en trio qu’il est attendu pour quatre concerts au Duc des Lombards le 13 et le 14. Avec lui Vincente Archer, le bassiste d’“Into the Blue”, et Corey Fonville à la batterie. Originaire de Virginie, ce dernier a joué avec Jacky Terrasson, Jeremy Pelt, Cyrus Chestnut et le groove pimente naturellement ses rythmes.

   

Lou-Tavano-en-Pierrot.png-C’est par l’écoute de “Meets Alexey Asantcheeff”, disque autoproduit qu’elle a fait paraître il y a quelques mois que j’ai découvert Lou Tavano, chanteuse à la voix séduisante dont la large tessiture réserve bien des surprises. On pourra en juger le 19 au Sunside. Elle y sera accompagnée par un sextette comprenant Alexey Asantcheeff au piano, Arno de Casanove à la trompette, Maxime Berton aux saxophones, Alexandre Perrot à la contrebasse et Tiss Rodriguez à la batterie. Grâce à son pianiste qui assure aussi les arrangements de l’album, Lou Tavano modernise et donne des lectures très originales des standards qu’elle reprend. Enregistrée live, sa version de I Loves You Porgy, en duo avec son pianiste, est très émouvante. Ce dernier joue un piano aux notes brillantes et colorées dont profite largement la musique.

 

Dan-Tepfer---Ben-Wendel-c-Vincent-Soyez.jpg-Après avoir improvisé autour des “Variations Goldberg de Bach, le pianiste Dan Tepfer sort un disque avec Ben Wendel, le saxophoniste de Kneebody. “Small Constructions” (Sunnyside) renferme une musique à la fois savante et fluide. Elle reflète le plaisir que les deux hommes éprouvent à jouer et à inventer ensemble, à échanger et à faire circuler des idées. Tous deux maîtrisent parfaitement leurs instruments, leur technique disparaissant derrière un discours musical ouvert et toujours surprenant. Ils seront au Sunside le 21 et le 22 pour nous présenter le contenu de leur album, des compositions originales, des pièces de Thelonious Monk et de Lennie Tristano (Line Up) et une version sensible et poétique de Darn that Dream.

 

Jeff-Hamilton-Trio-c-Mark-LaMoreaux.jpg-Jeff Hamilton en trio au Duc des Lombards du 21 au 23 avec Tamir Hendelman (piano) et Christophe Luty (contrebasse). Jeff a été le batteur de Lionel Hampton et de Monty Alexander. Il a accompagné Ella Fitzgerald avant de constituer avec le contrebassiste John Clayton le Clayton-Hamilton Jazz Orchestra qui a enregistré plusieurs albums avec Diana Krall. En trio, le batteur reste toutefois au service du principal instrument mélodique qui a charge d’exposer les thèmes et de les développer. On ira donc aussi écouter Jeff Hamilton pour le pianiste Tamir Hendelman avec lequel il travaille depuis l’an 2000 et qui est aussi l’un des principaux arrangeurs de son big band.

 

Enrico-Pieranunzi-c-PdC.jpeg-Enrico Pieranunzi de retour à Roland Garros le 23 après un concert enthousiasmant donné dans la même salle il y a un an en mars 2012. Le maestro s’y était produit avec un nouveau trio comprenant Scott Colley (contrebasse) et Antonio Sanchez (batterie). A-t-il l’intention de poursuivre cette fructueuse collaboration avec eux ? On lui posera la question à l’occasion d’un concert pour lequel il a préféré faire appel à une section rythmique dont il aime s’entourer. Hein Van de Gein à la contrebasse et André Ceccarelli à la batterie conviennent tout à fait aux harmonies délicates et souvent surprenantes d’Enrico qui tel un prestidigitateur, sort de son piano des notes inattendues. Pianiste véloce, il se fait miel dans les ballades, effleure alors son clavier de son toucher sensible pour en poétiser les sons, en traduire les couleurs.

 

Remi-Toulon-c-PdC.jpeg-Toujours le 23, le pianiste Rémi Toulon retrouve le Sunside avec un invité, le saxophoniste Stéphane Chausse. Avec son trio, Jean-Luc Arramy (contrebasse) et Vincent Frade (batterie), Rémi a remporté en juillet dernier le premier prix du concours d’orchestres organisé par le festival Jazz à Montauban. On attend une suite à “Novembre”, album de 2011 qui, sous l’égide d’un pianiste qui possède déjà son propre langage harmonique, réunit d’excellentes compositions originales et des adaptations très réussies de La Reine de Cœur (Francis Poulenc), Morning Mood (un extrait de Peer Gynt d’Edvard Grieg) et de La Bohème (Charles Aznavour).    

 

Youn-Sun-Nah-c-Sung-Yull-Nah-copie-1.jpg-Youn Sun Nah au théâtre du Châtelet le 25 pour fêter la parution de “Lento”, son huitième disque. Bien que le jazz soit minoritaire dans son répertoire qui mêle des compositions originales, des morceaux traditionnels coréens et même des chansons pop, la chanteuse coréenne « made in France » fait la une ce mois-ci de Jazz Magazine / Jazzman. Elle séduit un large public grâce à une voix de soprano capable de descendre très bas dans le grave, une voix magnifique et puissante qui ruissèle d’émotion, ose et transporte aux pays des rêves. Avec elle pour ce concert, les musiciens de l’album : Ulf Wakenius aux guitares, Lars Danielsson à la contrebasse et au violoncelle, Vincent Peirani à l’accordéon et Xavier Desandre-Navarre aux percussions. Une soirée intimiste à ne surtout pas manquer.

 

Champian-Fulton-c-Janice-Yi.jpg-Pianiste et chanteuse new -yorkaise à découvrir toutes affaires cessantes au Sunside le 26, Champian Fulton n’oublie jamais de faire swinguer ses notes. Pour mon confrère et ami Jacques Aboucaya de Jazz Magazine / Jazzman, elle évoque Erroll Garner « par le phrasé et l'imperceptible décalage entre les deux mains, si souvent évoqué ». Quant à la voix, c’est du côté de Dinah Washington qu’il faut aller la chercher. Bud Powell, Sonny Clark, Sarah Vaughan comptent également parmi ses influences. Inconnue en France, âgée seulement de 27 ans, elle publie un quatrième album “Champian Sings and Swings” (Sharp Nine Records) sur lequel elle invite le saxophoniste Eric Alexander.

 

Baptiste-Herbin-c-PdC.jpeg-Baptiste Herbin en quartette au Sunside le 30. Le saxophoniste est certes un habitué des clubs de jazz de la rue des Lombards. On l’a d’ailleurs entendu jouer des notes enflammées dans ce même Sunside le mois dernier au sein du New Blood Quartet d’Aldo Romano. Cela ne nous empêchera pas de l’écouter une fois encore, cette fois-ci avec le groupe qui l’accompagne dans son propre album, un premier disque dont la réussite reste imputable au piano de Pierre de Bethmann, à la contrebasse de Sylvain Romano et à la batterie d’André Ceccarelli. Ce dernier indisponible, c’est Rémi Vignolo qui fouettera ses cymbales et martèlera ses tambours pour le plaisir de tous.

 

-New Morning : www.newmorning.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Théâtre du Châtelet : www.chatelet-theatre.com

 

Crédits Photos : Jacques Bisceglia, Paolo Fresu Devil Quartet, Enrico Pieranunzi, Rémi Toulon, Baptiste Herbin © Pierre de Chocqueuse – Susanna Bartilla © Matthieu Dortomb – Nicholas Payton © Michael Wilson – Lou Tavano © X / D.R. – Dan Tepfer & Ben Wendel © Vincent Soyez – Jeff Hamilton Trio © Mark LaMoreaux – Youn Sun Nah © Sung Yull Nah – Champian Fulton © Janice Yi  

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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 13:24

S.-Shehan-Hands-c-PdC.jpegMalgré le froid et la neige, le blogueur de Choc emmitouflé dans un épais manteau de laine arpente les clubs et les salles de concert de la capitale pour vous rendre compte de la pluralité des jazz que l'on peut y entendre. Musiciens  ou groupes y travaillent sans filet. Les fausses notes y sont tolérées. Le critique se fait tolérant. Surtout l’hiver. Il y fait chaud. On s’y attarde, bien à l’abri du temps de chien qui règne dehors, les oreilles remplies de musiques que l’on connaît par les disques, des thèmes sur lesquels se greffent des improvisations aussi excitantes que nouvelles, un même morceau pouvant servir de support à des milliers d'autres dans un club de jazz, lieu oh combien propice à d'inoubliables et éphémères créations.  

 

SAMEDI 2 février

The Hadouk Trio © PdCRetrouver le Hadouk Trio dans une salle parisienne, fusse t’elle la Salle Gaveau dont le décor convient mal à sa musique métissée et planante, c’est passer un bon moment avec des musiciens qui ont l’habitude de jouer et de partager leurs créations ensemble. Le groupe existe depuis une dizaine d’années et s’est constitué un vaste répertoire dont il reprend sur scène les pièces les plus attractives : Baldamore, Train Bleu des Savanes, Dragon de Lune, Barca Solaris, mais aussi Lomsha, Babbalanja et Soft Landing, trois morceaux de “Air Hadouk” un disque de 2009, le plus récent du trio dont un nouvel album est attendu pour la fin de l’année. Une grande variété de timbres résulte du mariage des instruments de nombreux continents que pratiquent nos trois musiciens. Loy Ehrlich assure Steve-Shehan-c-PdC.jpegau hajouj, basse à trois cordes des gnawas, tout en prenant soin des claviers. Le kit de batterie de Steve Shehan est un étrange bric-à-brac de percussions d’origines diverses. Steve utilise une étrange pédale charleston dont on aimerait connaître le mécanisme. Il joue souvent avec les mains, ses doigts agiles se faisant miel au contact du hang, sphère métallique dont les sonorités évoquent le steel drum de Trinidad et le métallophone balinais. Didier Malherbe, le troisième homme, excelle au doudouk, sorte d’hautbois arménien fabriqué dans un bois d’abricotier, et apporte à la musique une saveur sonore aussi fruitée que délectable.   

 

MARDI 12 février

Ronin-Live-c-PdC.jpegPar manque de couverture médiatique, l’existence de Ronin reste aussi confidentielle que les contenus des coffres de son pays d’origine. Sa musique constitue pourtant un trésor inestimable qui ne demande qu’à se faire connaître de tous. Bien que complets les deux soirs, les deux concerts que Ronin donna au Centre Culturel Suisse de Paris ne permirent qu’à un petit nombre de parisiens avertis de découvrir un groupe possédant de précieux atouts pour séduire un public Nik-Bartsch-c-PdC.jpegautrement plus large que celui du jazz. L’élément le plus important dont dispose le quintette zurichois – réduit à un quartette pour ces concerts parisiens – est probablement le groove, une pulsation irrésistible qui porte et soulève la musique. Constamment sous-tension, cette dernière repose sur de savantes métriques répétitives, des rythmes pairs et impairs souvent entremêlés au sein de modules non dénués de perspectives mélodiques. Peu éclairée par des spots dont jaillissent parfois des lumières blanches aveuglantes, la formation joue une musique architecturée qui nécessite une mise en place chirurgicale. Au claviers (acoustiques et électriques), Nik Bärtsch contrôle le flux rythmique qui, malgré l’absence des percussions d’Andi Pupato, bénéficie de l’efficacité redoutable de Kaspar Rast son batteur. Sha joue surtout de la clarinette basse (il pratique aussi le saxophone alto). Enfin,  Thomy Jordi, le nouveau bassiste, tient un rôle essentiel dans cette musique hypnotique jouée en temps réel sans overdubs et boucles préenregistrées.

 

MERCREDI 13 février

Eliane-Elias-c-PdC.jpegLe New Morning accueillait Eliane Elias et Marc Johnson en trio avec Joe La Barbera. Une affiche alléchante car Marc et Joe furent tous deux membres du dernier trio de Bill Evans, à la fin des années 70. Ce sont eux qui accompagnent le pianiste à l’Espace Cardin le 26 novembre 1979, concerts publiés sous le nom de “The Paris Concert, Edition One & Two” et qui comptent parmi les plus beaux disques de cette époque. Eliane et Marc ont rendu hommage à Evans en 2008 dans “Something for You”, un disque en trio avec Joey Baron à la batterie dans lequel Joe La Barbera © PdCla pianiste se fait également chanteuse. Elle possède une voix agréable et ses reprises en portugais (sa langue maternelle) lui ont valu une renommée auprès d’un public plus large que celui du jazz. Les albums qu’elle publie depuis quelques années pour Blue Note accordent une place prépondérante à son chant. C’est pourtant la pianiste qui impressionne l’amateur de jazz. Publié l’an dernier sous les noms de Marc Johnson & Eliane Elias, “Swept Away” (ECM) met en valeur les couleurs de son piano, ses phrases qui n’ignorent rien du blues. De longues études de piano classique lui ont apporté un bagage harmonique appréciable et elle sait habiller un thème, lui donner poids et relief. Marc-Johnson-c-PdC.jpegSon concert parisien fut toutefois une déception. Tendue, trop nerveuse, la belle Eliane ne parvint pas ce soir là à faire respirer sa musique, à huiler par l’émotion un jeu trop mécanique malgré la paire rythmique Johnson / La Barbera à ses côtés, ce dernier assurant un soft drumming d’une rare délicatesse aux balais. Les meilleurs moments furent la fin du second set et les quelques morceaux d’Antonio Carlos Jobim et de Gilberto Gil qu’elle chanta. Puisse-t-elle nous revenir en meilleure forme pour nous faire entendre son vrai piano.

 

VENDREDI 15 février

Baptiste-Herbin-a-c-PdC.jpegLe New Blood Quartet, nouvelle formation d’Aldo Romano mit le feu au Sunside à travers la musique de “The Connection, une pièce de théâtre de Jack Gelber créée en 1959, mais aussi un disque du pianiste Freddie Redd enregistré pour Blue Note en février 1960 avec Jackie McLean au saxophone alto. La pièce bénéficia d’une version française l’année suivante. Aldo interprétait un batteur portoricain déjanté. Il jouait aussi au sein du quartette de McLean au Chat qui Pêche. Pour rejouer cette musique qui l’obsédait depuis des années, il lui fallait un altiste capable de souffler l’énergie du hard bop, d’en connaître parfaitement le vocabulaire. Sa découverte de Baptiste Herbin fut l’étincelle qui donna jour au projet, le sang neuf qui lui permet de le mener à bien. Baptiste se révèle étonnant dans ce répertoire aux tempos acrobatiques. Aldo Romano © PdCPendant quelques heures, le public du Sunside se vit plonger dans l’âge d’or que connut le jazz entre 1955 et 1965, décade prodigieuse dont les chefs-d’œuvre se ramassaient à la pelle. Complétant idéalement la formation, le jeune pianiste Alessandro Lanzoni montra également un savoir-faire impressionnant au piano et Michel Benita tout sourire faisait chanter à sa contrebasse les notes d’un plaisir non dissimulé de jouer pareille musique.

 

Fabien Mary © PdCAu Sous-sol, le Sunset accueillait le même soir l’excellent trompettiste Fabien Mary qui confirma son attachement aux traditions du jazz dans un récital en quartette faisant une large place aux standards, un répertoire souvent associé à des trompettistes, à Kenny Dorham, Dizzy Gillespie qu’il se plaît à reprendre. Fabien n’oublie jamais de swinguer. Ses improvisations mélodiques sont toujours portées par des rythmes aussi légers qu’efficaces, la section rythmique comprenant Fabien Marcoz (contrebasse) et Pete Van Nostrand (batterie). Bien que jouant sur un piano droit, Steve Ash nous régala par les accords d’un jeu mobile et souple et improvisa brillamment nous offrant une large palette de couleurs inattendues.

 

LUNDI 18 février

Ignasi-Terraza-c-PdC.jpegSous-médiatisé, ne bénéficiant pas de tourneur, ses disques ne possédant pas de distribution régulière, le pianiste Ignasi Terraza reste quasiment inconnu des amateurs de jazz français. Il entreprit de sérieuses études classiques avant de se mettre au jazz deux ans plus tard et de donner des concerts dès 18 ans. Depuis, il parcourt le monde. Si les deux Amériques, l’Asie et bien sûr de nombreux pays européens font fête à son piano, la France l’ignore, préfère les stars préfabriqués aux vrais talents. Ignasi Terraza rassure. Il reste attaché à la grammaire, au vocabulaire du jazz et joue un piano en voie de disparition, enseveli par de purs harmonistes qui oublient trop souvent le swing, et l’importance du blues. S’il doit beaucoup aux musiciens Pierre-Boussaguet-c-PdC.jpegqu’il a écoutés et qui l’ont précédé, il s’est forgé un discours personnel, possède une main gauche souple et mobile qui lui permet des improvisations osées aux lignes mélodiques attractives. Il reprend de nombreux standards, les réinvente avec goût, une modernité de bon aloi. Son répertoire comprend également des compositions personnelles, des pièces finement écrites avec de vrais thèmes pour nourrir ses solos. Pierre Boussaguet (contrebasse) et Esteve Pi (batterie) ont enregistré avec lui un album à Bangkok en octobre 2010. C’est ce même trio qui accompagnait Terraza au Duc des Lombards pour en jouer de larges extraits. Oscar’s Will écrit en hommage à Oscar Peterson, Under the Sun un calypso, une Emotional Dance abordée sur un rythme de samba, Les dotze van tocant, un traditionnel catalan et Cançó num.6, une pièce de Federico Mompou, compositeur lui-aussi catalan qu’affectionne les jazzmen, furent les moments forts d’un concert inoubliable.

 

SAMEDI 23 février

B.Mehldau---K.Hays-c-PdC.jpeg

Brad Mehldau et Kevin Hays Salle Pleyel dans un concert de “Modern Music”, pour reprendre titre de l’album que les deux pianistes ont enregistré en octobre 2010. Un disque largement consacré à des œuvres du compositeur Patrick Zimmerli, des pièces écrites nécessitant des partitions, certaines d’entre-elles, proches de la musique répétitive, fonctionnant mieux que d’autres. Je pense à Crazy Quilt, à son thème aérien et mélodique qui ménage de belles séquences aux deux pianistes. Ces derniers jouèrent toutefois bien d’autres morceaux, se livrant à des échanges pianistiques fructueux. Le concert commença par une brillante Brad-Mehldau---Kevin-Hays-c-PdC.jpegimprovisation, Mehldau installant un ostinato rythmique dans les graves, Hays jouant le thème avant d’assurer à son tour la cadence, longues gerbes de notes colorées et fleuries, le discours se faisant capiteux et suave. Nos deux pianistes jouèrent aussi leurs propres compositions, Unrequited (de Brad) et Elegia (de Kevin), toutes deux incluses dans l’album. Exposée par lui-même en solo, celle de Kevin traduit sa connaissance du répertoire classique, son piano baignant dans des harmonies qu’auraient appréciées Gabriel Fauré et Claude Debussy. Si Mehldau introduisit Unrequited, Hays s’en empara et le porta vers la lumière avant que Brad ne lui confère un tempo plus lent et mélancolique. A des échanges intenses succéda la plénitude d’une musique apaisée. Egalement au programme, une poignée de standards dont une relecture de Caravan, tricotage savant de notes serrées générant le swing, un balancement qui sied au jazz, et une reprise émouvante de When I Fall in Love, Brad faisant intensément respirer ses accords, Kevin se glissant sans peine dans le tissu poétique pour achever d’en broder les notes. Les deux hommes ce soir-là se complétaient à merveille.

 

Photos © Pierre de Chocqueuse

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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 16:47

P.-Catherine-c-Wim-Van-Eesbeek.jpegLes maisons de disques n’attendent pas qu’il pleuve et qu’il neige pour nous inonder de disques en ce début d’année. Quelques-uns d’entre eux confirment l’immense talent de leurs auteurs ou constituent des surprises à ne pas ignorer. Puisse cette première sélection hivernale réchauffer vos petons glacés.

 

Philip-Catherine--cover.jpgPhilip CATHERINE : “Côté Jardin

(Challenge / Distrart)

Il est en forme Philip Catherine. Après un bel hommage à Cole Porter en 2011, le voici entouré d’une formation comprenant deux jeunes musiciens belges prometteurs dans un disque très réussi. “Côté Jardin” nous fait découvrir Antoine Pierre, batteur au drumming aussi perspicace que subtil, et Nicola Andrioli, pianiste italien installé à Bruxelles qui signe trois des compositions de l’album. Je préfère celles de Philip, mais le piano mobile aux notes colorées complète idéalement la guitare (électrique ou acoustique) qui cisèle des mélodies chantantes. Dans cette association délicate sur un plan harmonique, les deux hommes ne se gênent pas, mais se complètent, la musique se faisant toujours fluide et élégante. Dans Misty Cliffs qui ouvre l’album, les modes de l’Inde semblent trempés dans le blues. On pense à Homecomings, une pièce que Catherine enregistra en duo avec Larry Coryell. “Twin House” un disque Atlantic de 1976, la renferme. Cette approche « indienne » du jazz se retrouve aussi dans Virtuous Woman, une autre grande réussite de l’album. Solide comme un chêne, le fidèle Philippe Aerts y tient la contrebasse. Les claviers discrets de Philippe Decock apportent les couleurs des rêves, en fixent les images. Isabelle Catherine, la fille de Philip, pose sa jolie voix sur Côté Jardin. George Brassens qu’admire tant Philip est lui aussi à l’honneur avec une reprise de Je me suis fait tout petit que Django Reinhardt aurait sûrement appréciée.

 

Bill-Carrothers-Castaways--cover.jpgBill CARROTHERS : “Castaways”

(Pirouet / Codaex)

Bill Carrothers enregistre beaucoup. Après le très beau “Family Life” en solo et le rôle essentiel que tient son piano dans “I’ve Been Ringing You”, un disque de Dave King, son nouvel opus pour Pirouet le fait entendre en trio avec Drew Gress à la contrebasse et Dré Pallemaerts à la batterie, musiciens avec lesquels il aime jouer et enregistrer. Au programme, neuf compositions originales dont une Scottish Suite en trois parties, écrite à l’occasion de sa participation à un festival de jazz en Ecosse il y a quelques années. Bill parvient à reproduire le son d’une cornemuse en grattant certaines cordes en acier de son piano dans les premières mesures de Rebellion, morceau construit sur un ostinato obsédant. Dans Oppression, le mouvement suivant, le pianiste adopte un jeu en accords, joue moins de notes et fait davantage respirer sa musique. Il procède de même dans d’autres pièces de l’album. La mélancolie de Trees et de Castaways provient de leur dénuement sonore, mais aussi des accords inattendus et parfois dissonants qui en enveloppent les thèmes. Même chose pour Araby, la troisième nouvelle de “The Dubliners” de James Joyce. La musique s’y développe dans l’espace, progresse par petites touches harmoniques, se déplace vers la lumière.

 

Nik-Bartsch-s-Ronin-Live-cover.jpgNik BÄRTSCH’S RONIN “Live”

(ECM / Universal)

Après trois disques studio pour ECM (et trois autres auparavant), Ronin sort un double album live plus excitant que jamais. La formation comprend Nik Bärtsch aux claviers, Sha à la clarinette basse et au saxophone alto, Björn Meyer à la basse électrique, Kaspar Rast à la batterie et Andi Pupato aux percussions. Un nouveau bassiste, Thomy Jordi, se fait entendre dans Modul 55, le dernier morceau. Difficile d’imaginer une musique si précise et architecturée jouée en temps réel sans overdubs et boucles préenregistrées. Pourtant, non seulement le groupe y parvient, mais encore improvise, chaque musicien apportant sa propre contribution à l’édifice sonore en association étroite avec les autres instrumentistes. Constitué en 2001, Ronin mêle habilement musique répétitive, jazz et funk, sa musique hypnotique constamment sous-tension accordant une place prépondérante au groove. Le pianiste zurichois ne donne jamais de titres aux pièces sur lesquelles il travaille. Il numérote des modules constitués par des figures rythmiques entrelaçant rythmes pairs et impairs, battement réguliers et irréguliers. Il a étudié conjointement le piano et la batterie et utilise souvent son piano comme un instrument percussif. Bien que le rythme reste la priorité du groupe, chaque pièce débouche sur des perspectives mélodiques. Enregistré entre 2009 et 2011 lors de concerts donnés dans des festivals en Allemagne, mais aussi dans plusieurs clubs européens et à Tokyo, ce double album reste très excitant. Sa dramaturgie résulte d‘un savant montage en studio. Chaque module se rattache au précédent, l’ensemble constituant une suite cohérente et logique.

 

Ludovic-de-Preissac-Sextet--cover.jpgLudovic De PREISSAC sextet : “L’enjeu des paradoxes”

(Frémeaux & Associés)

Son disque précédent, un nouvel arrangement de “West Side Story”, souffre de sa comparaison avec un enregistrement de la même œuvre par Manny Albam en octobre 1957. De grands musiciens de la Côte Est – Al Cohn, Bob Brookmeyer, Hank Jones et Eddie Costa – le servent magnifiquement. Pianiste se souciant de faire swinguer ses lignes mélodiques, Ludovic de Preissac réunit pour ce nouvel opus, son sixième, une fine équipe de musiciens talentueux. Au sextet auquel il fait jouer ses compositions s’ajoutent quelques invités parmi lesquels Sylvain Beuf qui ouvre le bal sur les rythmes fiévreux d’Ouakam’s Trip. Mais c’est surtout l’arrangeur qui nous séduit ici. Preissac mêle anches et cuivres avec bonheur, donne de belles couleurs à ses partitions. Celle qui s’intitule Les paradoxes de l’instinct enchante aussi par son thème, une mélodie qui profite aux solistes pour improviser brillamment. Sylvain Gontard à la trompette et au bugle, Michaël Joussein au trombone, Michaël Cheret aux saxophones connaissent leurs affaires et embellissent la musique par leurs chorus. Salsacerdose tourne du feu de Dieu avec des couleurs harmoniques peu courantes et une métrique inhabituelle. Trempé dans le gospel, sa structure mélodique relevant du choral, Quiet Time est fort réjouissant. Cet album, une bonne surprise, mérite une écoute attentive.

 

Omar-Sosa-Eggun--cover.jpgOmar SOSA : “Eggūn”

(World Village / Harmonia Mundi)    

Pianiste virtuose aux notes plein les doigts, Omar Sosa en fait généralement trop ou trop peu, comme dans le léthargique “Calma” enregistré en solo en 2011. Incorporant des rythmes afro-caribéens, sa musique très marquée par l’Afrique se situe en marge du jazz. Dans “Eggūn”, un hommage au “Kind of Blue” de Miles Davis, une commande du Barcelona Jazz Festival, le genre se voit dilué au sein d’un savant métissage de musiques. Bien que la trompette très présente de Joo Kraus rappelle celle de Miles et que l’introduction d ‘Alejet reste un démarquage habile de So What, “Kind of Blue” n’est qu’un prétexte pour Sosa qui invente une toute autre musique tout en incorporant certains motifs mélodiques du chef-d’œuvre de Miles. Très réussi, son disque atypique révèle un compositeur arrangeur pour une fois très inspiré. Le pianiste économise ici ses notes, pratique un jeu modal lui permettant de poser de belles couleurs sur une musique lumineuse et planante. El Alba déploie sa mélodie féérique sur un tapis sonore percussif. Introduit par une kalimba, le très africain So All Freddie s’enrichit progressivement de rythmes latins. Une basse électrique funky, un large choix de rythmes portent la transe et la béatitude. Les guitares de Lionel Loueke et de Marvin Sewell improvisent au plus près du blues, des racines africaines de la musique, et tirent des sons d’un autre monde. Confiés à Leandro Saint-Hill et à Peter Apfelbaum, saxophones, clarinette et flûte épaulent la trompette pour chanter les thèmes d’un grand voyage musical qui s’achève sur un pur moment de grâce, une prière Yoruba.

Photo de Philip Catherine © Wim Van Eesbeek  

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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 12:19

Paris-la-blanche-c-PdC.jpegDurs, durs ces mois d’hiver. Les chaussures fourrées à semelles épaisses sont recommandées pour ne pas patauger dans la neige fondue. Il a neigé sur la capitale dont le blanc manteau s’est dissout en eau verglacée. Il vaut mieux rester chez soi en robe de chambre assis près du radiateur ou devant un bon feu à condition d’avoir une cheminée et du bois à brûler. Les bons livres ne manquent pas à cette époque de l’année. Le dernier faux roman de Patrick Deville sur Alexandre Yersin, “Peste et Choléra”, Prix Femina 2012, est épatant. “La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert”, Prix de l’Académie Française et Goncourt des Lycéens, un vrai roman policier, a séduit Monsieur Michu qui l’a dévoré en trois jours. L’amateur de jazz se plongera avec bonheur dans les pages allègres du “Petit Dictionnaire Incomplet des Incompris” d’Alain Gerber publié aux éditions Alter Ego. A peine ces prix ont-ils été décernés qu’une nouvelle vague de 525 ouvrages atterrit chez les rares libraires qui subsistent face à la concurrence déloyale des ventes en ligne. Je leur souhaite d'être plus intéressant que ce torrent de disques dans lesquels l’immense technique des musiciens compense mal un manque d’idées affligeantes.

 

Frileux et fragile, Monsieur Michu n’est guère sorti en janvier. Les soldes lui ont fait arpenter les parquets des grands magasins un après-midi de chien et la remise des Prix de l’Académie du Jazz l’a attiré au théâtre du Châtelet pour ressentir palpiter périlleusement son palpitant à l’écoute de la free music Emile Parisien, Prix Django Reinhardt 2012 controversé. Moins dangereux que les médicaments et les musiques qui empoisonnent, les programmes des clubs parisiens en février promettent de délicieux frissons. Sur place, nos applaudissements généreux font circuler le sang et aident le corps à se réchauffer. On sort aussi le 14, pour la Saint-Valentin. Certains l'attendent en patinant. Ils dessinent des cœurs sur la glace. D'autres suspendent chez eux des portraits de celles qu'ils aiment.

 

Eliane Elias © E. EliasAmoureux de la belle Eliane Elias qui la veille donne un concert au New Morning, Monsieur Michu a accroché cette photo géante de la pianiste chanteuse sur le mur de son salon. En attendant de la rencontrer, il écoute les radios de jazz. Entièrement consacré au trentième anniversaire de la mort de Dizzy Gillespie, le Club Jazz à Fip du 6 janvier fut particulièrement excitant. Philippe machin chose qui ne travaille que le dimanche le mit en joie en diffusant une version irrésistible de Swing Low Sweet Cadillac enregistré pour Verve en 1959.

 

Pierre Lafargue a sûrement apprécié cette émission s'il l'a écoutée. Né en 1932, très attaché à l’Académie du Jazz dont il était l’un des membres les plus anciens, Pierre s’est éteint le 29 janvier. Cultivé, fin connaisseur du jazz, il aimait beaucoup la musique de chambre et les quatuors à cordes qui lui lavaient les oreilles d'un trop plein d'insipidités abondamment médiatisées. On doit à cet ancien collaborateur de Jazz Hot de nombreux textes de livrets aussi documentés qu’amusants pour RCA et Frémeaux & Associés. Il sera enterré vendredi prochain 8 février à 15h30 au cimetière de Pantin. Cet édito lui est dédié.

 

Guillermo KleinQUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

 

-Guillermo Klein au Duc des Lombards le 4 et le 5. Ancien élève du Berklee College of Music (Boston), ce pianiste et compositeur argentin s’est fait connaître par la qualité de ses arrangements. Après avoir joué au Small de New-York à la tête d’un grand orchestre, il a constitué Los Guachos, un tentet qui comprend les saxophonistes Miguel Zenon et Chris Cheek, musiciens avec lesquels il nous donne rendez-vous au Duc. Cosignataire de “Bienestan”, disque remarqué par la critique, le pianiste Aaron Goldberg complète un quartette pour le moins original.

 

Kenny-Werner-c-PdC.jpeg-Le 6 et le 7 Kenny Werner lui succède au Duc des Lombards pour deux concerts en trio, le pianiste s’y faisant accompagner par Johannes Wendenmueller à la contrebasse et Ari Hoenig à la batterie. Kenny a enregistré avec eux deux disques live (au Sunset) en 2000. Musicien à l’imagination féconde, il excelle aussi bien sûr dans le genre qu’en solo, connaît le vocabulaire du jazz et son histoire, son piano élégant aux chaudes couleurs harmoniques n’oubliant jamais de swinguer. Toutes ses prestations sont des évènements. On n’oubliera pas de réserver sa place.

 

Enrico-Rava.jpg-Également le 6 et le 7, Enrico Rava revient jouer au Sunside à la tête de sa formation italienne. Le tromboniste Gianluca Petrella (uniquement le 7) s’offre avec lui de nombreux et passionnants dialogues qu’arbitre très subtilemùent Giovanni Guidi, pianiste aux chorus tamisés qui possède un sens profond des couleurs et des nuances, Gabriele Evangelista à la contrebasse et Fabrizio Sferra à la batterie complètent une formation avec laquelle le trompettiste a enregistré l’un des disques les plus lyriques de sa discographie : “Tribe”, un de mes 13 Chocs de l‘année 2011. Sa musique solaire, sa chaleur toute méditerranéenne est un vrai remède contre le froid de Cedar Waltonl’hiver.

 

-On ne présente plus Cedar Walton, 79 ans le 17 janvier prochain. Originaire de Dallas, installé à New-York depuis 1955, il a joué avec le gratin du jazz, fait partie du Jazztet d’Art Farmer / Benny Golson et des Jazz Messengers d’Art Blakey dont il fut aussi le directeur musical. Outre d’innombrables enregistrements pour Blue Note dont il fut un temps le pianiste attitré, on lui doit la formation d’Eastern Rebellion, un des meilleurs groupes des années 80. Avec lui au Duc pour 4 concerts exceptionnels le 8 et le 9 (20h et 22h), David Williams à la contrebasse et Willie Jones III à la batterie.

 

Ronin-c-Martin-Moll--Ronin-Rythm-Prod.jpeg-Ronin le groupe de Nik Bärtsch au Centre Culturel Suisse (38 rue des Francs Bourgeois 75003 Paris) le 12 et le 13 à 20h00. Le pianiste suisse compose des modules de différentes durées au sein desquels boucles rythmiques et figures répétitives génèrent une musique hypnotique et architecturée à la tension et au groove constamment entretenus. Après “Stoa” (2005), “Holon” (2008) et “Llyria” (2010), tous ces disques sur ECM, Ronin sort un double CD live très représentatif de ses concerts. Outre Nik Bärtsch aux claviers, la formation comprend aujoud'hui  Sha à la clarinette basse et au saxophone alto, Thomy Jordi à la basse électrique, et Kaspar Rast à la batterie. Transe garantie.

 

M.-Johnson---E.-Elias-c-Priscia-Silvestre---ECM.jpg-Marc Johnson (contrebasse), Eliane Elias (piano) et Joe Labarbera (batterie) au New Morning le 13. Marc et Joe furent tous deux membres du trio du regretté Bill Evans et Eliane lui a rendu hommage en 2008 avec son album “Something for You”. Elle s’est fait connaître comme chanteuse auprès d’un large public, mais c’est surtout la pianiste que plébiscitent les amateurs de jazz. On écoutera ses voicings élégants, les couleurs, les harmonies evansiennes de son piano dans “Swept Away” (ECM), un des meilleurs disques de l’an dernier co-signé avec Marc, son mari. Comme elle, ce dernier est aussi un compositeur habile, comme en témoignent Midnight Blue et Foujita, deux des thèmes de cet opus enthousiasmant.

 

Aldo-Romano-c-Jean-Baptiste-Millot-copie-1.jpeg-Aldo Romano au Sunside les 14, 15 et 16 février. Infatigable malgré le poids des ans, le batteur transalpin se présente à la tête d’une nouvelle formation, le New Blood Quartet avec laquelle il sort un nouvel album chez Dreyfus Jazz consacré aux thèmes que le pianiste Freddie Redd composa naguère pour The Connection, une pièce de Jack Gelber crée en 1959 par le Living Theater qui fit l’objet l’année suivante d’un enregistrement Blue Note avec Jackie McLean au saxophone alto. Avec Aldo pour assurer le sang neuf annoncé : Baptiste Herbin, révélation 2012 du saxophone, et au piano son jeune compatriote Alessandro Lanzoni, meilleur jeune soliste au concours international Martial Solal en 2010. Michel Benita à la contrebasse complète la formation.

Fabien-Mary-c-Marina-Chasse.jpeg-Fabien Mary au Sunset le 15 et le 16. Trompettiste inspiré, attaché à la tradition du jazz et à son vocabulaire, Fabien (quatre nominations pour le Prix Django Reinhardt entre 2008 et 2011) a vécu trois ans sa musique à New-York auprès de musiciens américains de haut vol qui partagent avec lui sa passion pour un jazz mélodique qui n’oublie jamais le swing. Enregistré le 9 avril 2012 au Studio Hirsh de Manhattan, “Conception” son nouvel album pour le label Elabeth le présente entouré d’une section rythmique attentive à sa musique. Pour le jouer Steve Ash (piano) et Pete Van Nostrand (batterie) seront à ce rendez-vous parisien, Fabien Marcoz remplaçant David Wong à la contrebasse.

Ignasi-Terraza-trio-c-SWIT-Records.jpg-Méconnu des amateurs de jazz français, le pianiste catalan non-voyant Ignasi Terraza né en 1962 mérite une écoute attentive. À des compositions personnelles de belle facture s’ajoutent de nombreuses reprises de standards de toutes époques qu’il réinvente tout en respectant leurs mélodies, points de départs de ses cheminements harmoniques. Enregistré à Barcelone, “–Sol-It”, son dernier album, un double CD en solo (Swit Records), retient constamment l’attention. Le pianiste est attendu au Duc des Lombards le 18 et le 19 avec Pierre Boussaguet (contrebasse) et Esteve Pi (batterie), musiciens avec lesquels il s’est offert un enregistrement live au Sheraton de Bangkok en 2010. La plupart de ses disques sont disponibles chez Crocojazz, 64 rue de la Montagne Sainte-Geneviève 75005 Paris.

Scott-Colley.jpeg-Un quatuor de rêve au Sunside le 20 et le 21 : Scott Colley (contrebasse), Kenny Werner (piano), Mark Turner (ténor et soprano) et Bill Stewart (batterie) vont y faire des étincelles. Grand technicien, Colley est un rythmicien capable de répondre aux sollicitations mélodiques de Werner, musicien complet qui fait autant danser son piano que chanter. Stewart assure tous les tempos sans jamais trop charger la musique. Au ténor, Turner défriche de nouveaux espaces de liberté, développe de longues phrases mélancoliques dans l’aigu de l’instrument, un langage plus secret et intérieur qu’exubérant. Deux grandes soirées très attendues.

E.-Gomez-c-Claudio-Casanova.jpg-Eddie Gomez en quintette au Sunside le 22 et le 23. Il joua pendant onze ans de la contrebassiste au sein du trio de Bill Evans puis il cofonda Steps Ahead dont la pianiste fut un temps Eliane Elias. Sa carrière d’enseignant ne l’empêche pas d’enregistrer en trio, à Palerme en Italie en 2006, puis avec un quintette italo-américain dans “Per Sempre” (BFM Jazz). Son quintette parisien présentera la même instrumentation avec Matt Marvuglio à la flûte, Marco Pignataro aux saxophones, Hervé Sellin au piano et Franck Agulhon à la batterie. Gomez est aussi à Paris pour une masterclass de trois jours organisée par le Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris.

 Brad Mehldaukevin Hays-Les pianistes Brad Mehldau et Kevin Hays Salle Pleyel le 23 (20h00). Les deux hommes joueront probablement de larges extraits de “Modern Music (Nonesuch), album qu’ils enregistrèrent en duo en 2010 et consacré à des pièces de Steve Reich, Philip Glass et Ornette Coleman, des œuvres du jeune compositeur et arrangeur Patrick Zimmerli et à des compositions personnelles. Moins connu que Mehldau, Hays a pourtant une longue et brillante carrière derrière lui. Auteur de trois albums remarquables sur le label Blue Note, il affectionne les enregistrements  en solo comme en témoignent “Open Range” (ACT) et plus récemment “Variations” (Pirouet).

Sylvia-Howard-c-PdC.jpegChristian Bonnet © PdC-On éprouve un vrai bonheur à l’écoute de Sylvia Howard, chanteuse américaine installée à Paris et attendue au Sunset le 27 avec le Black Label Swingtet constitué de Georges Dersy (trompette), Jean Sylvain Bourgenot (trombone), Christian Bonnet et Antoine Chaudron (saxophones ténors), Jacques Carquillat (piano), Jean de Parseval (basse électrique) et Alain Chaudron (batterie). Récemment édité chez Black & Blue, “Now or Never”, leur nouvel album, renferme un florilège de standards superbement arrangés par Christian Bonnet. On goûtera les chaudes couleurs d’un orchestre qui swingue, à la voix caressante d’une musicienne talentueuse qui chante le blues, nous enchante et nous émeut profondément.   

 

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Sunset - Sunside : www.sunset-sunside.com

-Centre Culturel Suisse : www.ccsparis.com

-New Morning : www.newmorning.com

-Salle Pleyel : www.sallepleyel.fr

CRÉDITS PHOTOS : Eliane Elias © E. Elias – Paris la blanche, Kenny Werner, Sylvia Howard, Christian Bonnet © Pierre de Chocqueuse – Ronin © Martin Möll / Ronin Rhythm Productions – Marc Johnson & Eliane Elias © Priscia Silvestre / ECM – Aldo Romano © Jean-Baptiste Millot – Fabien Mary © Marina Chassé – Ignasi Terraza trio © SWIT Records – Eddie Gomez © Claudio Casanova Guillermo Klein, Enrico Rava, Cedar Walton, Scott Colley, Brad Mehldau, Kevin Hays © X/D.R.

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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 17:10

Fiona-Monbet-c-PdC.jpeg

LA CÉRÉMONIE - Foyer du Châtelet, mardi 15 janvier : l’Académie du Jazz remet ses prix pour l’année 2012. La salle est trop petite pour contenir les invités de cette soirée privée, officiels du ministère de la Culture, responsables de compagnies de disques, attachés de presse, journalistes et amis. Ils sont donc une centaine à suivre la cérémonie sur écran dans l’antichambre du foyer, à papoter aussi. Les gens du métier se retrouvent, discutent, échangent idées et informations. En bon Monsieur Loyal, le président François Lacharme après avoir réglé tous les détails de la cérémonie, assure son bon déroulement, appelle les remettants, convoque sur scène les musiciens primés et leurs orchestres. À la tête de la commission blues et soul, Jacques Perin révèle les noms des élus : Bettye Lavette et Lurrie Bell. Auteur d’un disque de blues acoustique, ce dernier nous a fait parvenir un petit film dans lequel il manifeste sa joie et ses remerciements.

J.-Mettay---F.-Lacharme-c-Ph.-Marchin.jpeg

Comme l’an dernier, le Prix du livre du Jazz revient à un ouvrage des éditions Alter ego : le “Petit Dictionnaire Incomplet des Incompris” d’Alain Gerber. Monté de Céret, petite ville des Pyrénées Orientales et siège de la maison d’édition qu’il dirige, Joël Mettay récupéra le trophée. Exilé à Toulon où il se console par une pratique assidue de la batterie, Alain nous avait fait parvenir un texte très bien lu par Smaïn, un hommage à Jean-Louis Ginibre récemment disparu. « Il est encore plus gratifiant de donner un peu que de beaucoup recevoir. C’est pourquoi, ayant reçu de cette académie plus que je n’aurais osé en espérer, je vais décupler mon plaisir en décernant un prix à mon tour. À titre tout à fait personnel, mais aussi, par malheur, à titre posthume pour ce qui regarde l’heureux lauréat. »

Fiona Monbet © J.M. Legros 

Jeune talent présenté par le Fonds d’Action SACEM associé à cette remise des prix, la violoniste Fiona Monbet interpréta deux morceaux en quartette. Sa bourrée auvergnate (ou irlandaise) fut un peu hors contexte, mais Fiona possède un joli minois et un bon coup d’archet. La sortie de son premier disque est prévue en février. On l’espère réussi, rempli d’un jazz capable de séduire nos oreilles difficiles.  

 

Jordi Pujol (c) © Ph. MarchinJordi Pujol en personne reçut des mains de Jean-Michel Proust le Prix de la meilleure réédition pour l’ensemble des rééditions de son label Fresh Sound, une institution qui s’est enrichie de plusieurs milliers de références depuis sa création à Barcelone en 1983. Jordi évoqua les premiers pas français de son label, sa rencontre avec Vladimir de la FNAC Montparnasse qui l’introduisit auprès de Média 7, son premier distributeur, sa découverte de Crocojazz, magasin qu’occupe depuis des années l’ermite (et aujourd’hui académicien) de la montagne Sainte-Geneviève, Gilles Coquempot, un ami indéfectible.

 

 

Foyer-du-Chatelet-c-Ph.-Marchin.jpeg 

Aaron Diehl, cover (b)Pas de remettant pour le Prix du jazz classique, attribué à “Live at the Players”, un disque d’Aaron Diehl, jeune pianiste talentueux que j’aurais aimé saluer. Aaron a depuis publié un excellent disque en quartette sur le label Mack Avenue : “The Bespoke Man’s Narrative”. Son jazz est moderne, intemporel. Il a travaillé avec Wynton Marsalis, s’est produit avec Benny Golson, et est aussi capable de jouer du bop que de reprendre Scott Joplin et Jelly Roll Morton.

 

Rene-Urtreger-c-Philippe-Marchin.jpegChargé de rendre hommage à Dave Brubeck, autre cher disparu, René Urtreger, Prix Django Reinhardt en 1961, trouva des mots très juste pour nous parler de celui qui fut un compositeur important et un pianiste fertile en idées mélodiques. René joua aussi sa musique, reprit en solo The Duke , une de ses plus belles compositions.

On attendait Catherine Russell, lauréate du Prix du Jazz Vocal. Elle ne put faire le déplacement, nous chanter un extrait de “Strictly Romancin’” qui obtint les suffrages des académiciens et remercia dans le petit film qu’elle nous adressa. Son agent, Hervé Cocotier, reçut pour elle la récompense.  

 

J.J. Goron, P. Pedron © Ph. MarchinRemis par Jean-Jacques Goron (de la fondation BNP Paribas), le Prix du disque français revint à Pierrick Pedron (Prix Django Reinhardt 2006), pour son “Kubic’s Monk” édité par ACT records. Avec Viktor Nyberg à la contrebasse et Franck Agulhon à la batterie, Pierrick joua donc Thelonious Monk avec lyrisme et parvint (presque) à nous faire oublier l’absence d’un piano. J’apprécie peu sa propre musique, mais j‘entends souvent Charlie Parker dans son jeu de saxophone alto et ses relectures en trio ne manquent ni d’audace, ni de conviction.

 

Jorge-Pardo---Victoria-Abril-c-Ph.-Marchin.jpegAppelée sur scène par François Lacharme, Victoria Abril contamina l’assistance par sa bonne humeur. Les Michu qui somnolaient furent ravis d’applaudir l’une des actrices fétiches de Pedro Almodóvar (“Attache -moi ! ”, “Talons aiguilles”) et que l’on peut aussi voir dans “Gazon maudit” de Josiane Balasko, film oh combien apprécié par Monsieur Michu ! Chanteuse, Victoria a fait paraître un disque de bossa-nova et un recueil de chansons françaises revisitées par le flamenco. Elle était donc la personne adéquate pour remettre le Prix du Jazz Européen à son compatriote Jorge Pardo, un flûtiste / saxophoniste qui depuis de longues années pratique le métissage du jazz et des rythmes d’Andalousie. Bien qu’ayant  travaillé avec Paco de Lucia, Chick Corea et Pat Metheny, il reste méconnu du public français. Pas de l’Académie du Jazz qui ce soir lui fait fête. Son improvisation en solo sur des thèmes de Maurice Ravel (Le Boléro) et de Manuel de Falla fut aussi osée que remarquée.

B. Mehldau Where Do You Start, cover

 

Récompensant le meilleur disque de jazz de l’année, le Grand Prix de l’Académie du Jazz fut attribué à Brad Mehldau pour “Where Do You Start ?”, un des meilleurs opus en trio de sa longue carrière. Brad avait déjà reçu ce prix en 1997 pour “The Art of the Trio, Vol.1”. Un beau doublé pour le pianiste qui, bien qu'ayant fait parvenir une lettre de remerciements, nous fit regretter son absence.

 

F.-Lacharme---Yves-Boisset-c-Ph.-Marchin.jpegAutre remettant surprise, le cinéaste Yves Boisset (“Le juge Fayard dit le Shérif”, “La femme flic”) remit le très convoité Prix Django Reinhardt au saxophoniste Émile Parisien. Non sans nous avoir parlé de son métier et regretté que pour le jeune public d’aujourd’hui le cinéma commence souvent avec Quentin Tarantino (lui-même cinéphile) et qu’un Louis Jouvet est aujourd’hui largement oublié. François Lacharme le fit parler de son plus grand succès commercial, “Un Taxi Mauve”, film adapté du roman de Michel Déon, avec Charlotte Rampling, Philippe Noiret, mais aussi Fred Astaire dont ce fut la dernière apparition à l’écran - « Un type adorable. Il avait alors 84 ans et dansait encore divinement… ».

Emile Parisien (b) © Ph. Marchin

Invité avec son quartette à jouer un morceau, Émile Parisien choisit l’un des siens, une longue pièce abstraite, bruyante, agressive et au thème introuvable qui fut très mal perçu par les amateurs de jazz attachés à la tradition et à ses standards. Gentil garçon dont je ne comprends rien à la musique, Émile fit pour le moins sensation. Non sans provoquer quelques remous. Dérangé par les cris suraigus du saxophone soprano, saisi de palpitations, Monsieur Michu dut quitter précipitamment la salle. Il était temps de passer au glouglou, de rejoindre le bar où une sélection de vins de Saint-Emilion et un excellent sauvignon blanc attendaient les assoiffés.

 

  LA PARTY

 

Glenn Ferris © PdCLaurent Mignard © PdCMiles Yzquierdo © PdC

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(de gauche à droite) : Glenn Ferris, le plus français des américains, assiège le bar. Il a tant soufflé dans son trombone qu'il ne craint plus l'alcootest. Tout sourire, Laurent Mignard profite des joies du buffet : éclairs au chocolat, pâtisseries miniatures, des mignardises bien méritées pour le leader du Duke Orchestra. Vous avez tous reconnu la très charmante Miles Yzquierdo. On avalerait miles et kilomètres pour lui faire la bise.

Philippe Coutant © PdCPhilippe Baudoin © PdC

   Philippe Coutant : une longue carrière dans le théâtre l'a rapproché du jazz. On lui doit des concerts des pianistes Joachim Kühn et Tord Gustavsen et une représentation inoubliable de "La Tectonique des Nuages" à Nantes, au Grand T dont il fut le directeur. Pianiste anachronique de l'Anachronic Jazz Band, formation qui reprend du service après 38 ans d’absence, Philippe Baudoin a-t-il été dans sa jeunesse membre de l’association secrète des chiche capon de Saint-Agil ? Cette photo le laisse supposer.

Emmanuel Bex © PdCJean-Louis ChautempsSylvie Durand © PdCEmmanuel Bex met un point d'orgue à avoir un verre toujours plein. Le nez fin de Jean-Louis Chautemps est plongé dans le sien... sous le regard amusé de Sylvie Durand, attachée de presse émérite.

Francis-Capeau--b--c-Ph.-Marchin.jpegAgnès Thomas © PdC

Le docteur  Francis Capeau, notre premier barman, a le bras très long mais il a beau le tendre, les verres ne désemplissent pas. Songeuse, la pétillante Agnès Thomas, attachée de presse de l'Académie, doit penser que tous ces amateurs de vin poussent le bouchon un peu loin.

P.-Caratini--E.-Caumont---H.-Bonnet-c-PdC.jpegLe Blogueur de Choc & Franck Agulhon © Ph. Marchin Près d'Elisabeth Caumont, Christian Bonnet, trésorier de l'académie, se sent tout chose et en oublie de boire. Comme le vin, la belle Elisabeth fait tourner les têtes. Patrice Caratini exprime ainsi sa joie immense d'être sur la photo. A droite, votre serviteur, le Blogueur de Choc, avec Franck Aghulon, batteur émérite du trio de Pierrick Pedron et compagnon de voyage occasionnel du Blogueur.

Philippe Marchin © PdCMédéric Collignon © PdCMarc Sénéchal © PdCUne bonne partie des photos de ce reportage sont de Philippe Marchin qui, sur le cliché de gauche, admire la nouvelle tête de Médéric Collignon. Boute-en-train infatigable, ce dernier amuse aussi Marc Sénéchal, attaché de presse aujourd'hui indépendant dont on ne voit qu'un quart de tête.

Francoise-c-PdC.jpegJacques-des-Lombards---Laurence-Ossart-c-PdC.jpegLa cuisine adjacente à la Salle Nijinski dans laquelle se déroule notre cocktail académique sert de studio de photos. A gauche la très charmante Franny pose dans un manteau d'hiver moscovite. A droite la délicieuse Laurence a fait fondre le coeur de Circuit 24 qui a insisté pour poser avec elle. Son châssis aux lignes élégantes n'a effectivement rien à envier à celui d'une voiture de course.

Jean-Philippe-Viret-c-PdC.jpegMichel-Contat-c-PdC.jpegBajoues profondes © PdCJean-Philippe Viret sans sa contrebasse et prêt à "rhabiller le gamin" pour le supplément d'âme qu'apporte aussi le bon vin. Le chapeau toujours vissé sur la tête, Michel Contat, monsieur jazz Télérama, ne me contredira pas. On taquine beaucoup Bajoues profondes dans ce blog avec des histoires à dormir debout. C'est pourtant ce qu'il parvient à faire, malgré la foule bruyante qui l'entoure et fait la fête.

Pierre-Carlu---Christian-Bonnet-c-PdC.jpegJ.P.-Doret---Chloe-Perrier-c-PdC.jpeg

Très mobile, Christian Bonnet a lâché la belle Elisabeth pour poser avec Pierre Carlu fin connaisseur de l'histoire du jazz. Sur la photo de droite, Jean-Philippe Doret, monsieur Opus Jazzis sur Vallée FM, une émission hebdomadaire et dominicale (16h00 – 18h00) téléchargeable en podcast wwwvalleefm.fr/podcast.php Avec lui Chloé Perrier, une jeune chanteuse qui se plaît à jazzifier nos belles chansons françaises. 

Celine-Breugnon-c-PdC.jpegMonsieur-Michu.jpgLe-President.jpeg

Le jazz est un village pour la très appréciée Céline Breugnon. Avec Miles Yzquierdo elle se partage la presse d’un world label qui édite Ahmad Jamal, Omar Sosa et Chucho Valdés. Au centre, remis de ses émotions, Monsieur Michu s’apprête à boxer les jazzmen faiseurs de bruit qui font dangereusement palpiter son palpitant. Enfin, on aura reconnu le Président Lacharme qui règne sur les hautes et basses-cours Académiques.

Laureats-2012-c-Ph.-Marchin.jpegAutour de François Lacharme au centre et de gauche à droite : Jordi Pujol, Victoria Abril, Jorge Pardo, René Urtreger, Pierrick Pedron et Émile Parisien.

 

Logo-Academie-fond-Noir.jpegLe PALMARÈS 2012

Prix Django Reinhardt (musicien français de l’année) : Émile Parisien

Grand Prix de l’Académie du Jazz (meilleur disque de l’année) : Brad Mehldau : « Where do you Start ? » (Nonesuch/Warner)

Prix du Disque Français (meilleur disque enregistré par un musicien français) : Pierrick Pedron « Kubic’s Monk » (ACT/Harmonia Mundi)

Prix du Musicien Européen (récompensé pour son œuvre ou son actualité récente) :Jorge Pardo

Prix de la Meilleure Réédition ou du Meilleur Inédit : Fresh Sound Records pour ses rééditions

Prix du Jazz Classique : Aaron Diehl « Live At The Players » (CD Baby/www.cdbaby.com)

Prix du Jazz Vocal : Catherine Russell « Strictly Romancin’ » (World Village/Harmonia Mundi)

Prix Soul : Bettye Lavette « Thankful n’ Thoughtful » (Anti-/PIAS),

Prix Blues : Lurrie Bell « The Devil Ain’t Got No Music » (Aria B.G./Socadisc)

Prix du livre de Jazz : Alain Gerber « Petit Dictionnaire incomplet des incompris » (Alter ego)

 

CREDITS PHOTOS :

Fiona Monbet en lever de rideau, Glenn Ferris, Laurent Mignard, Miles Yzquierdo, Philippe Coutant, Philippe Baudoin, Emmanuel Bex, Jean-Louis Chautemps, Sylvie Durand, Agnès Thomas, Élisabeth Caumont avec Patrice Caratini et Hervé Bonnet, Philippe Marchin, Médéric Collignon, Marc Sénéchal, Franny, Laurence O. & Jacques des Lombards, Jean-Philippe Viret, Michel Contat, Yves Chamberland, Pierre Carlu & Hervé Bonnet, Jean-Philippe Doret & Chloé Perrier, Céline Breugnon, le Président F.L. © Pierre de Chocqueuse

 

François Lacharme & Joël Mettay, Jordi Pujol au micros, Grand angle sur le Foyer, René Urtreger au micro, Jean-Jacques Goron & Pierrick Pedron avec François Lacharme, Jorge Pardo & Victoria Abril, François Lacharme & Yves Boisset, Émile Parisien, Francis Capeau, Pierre de Chocqueuse & Franck Aghulon, Groupe comprenant Jordi Pujol, Victoria Abril, Jorge Pardo, René Urtreger, Pierrick Pedron et Émile Parisien © Philippe Marchin 

 

Fiona Monbet au violon © Jean-Marie Legros.

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1 janvier 2013 2 01 /01 /janvier /2013 15:03

                                         Lecteurs, lectrices du blogdechoc 

image-nouvel-an-voeux-anime                      Bonne et heureuse année 2013

                      

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 12:53

  Joyeux  Noë à  tous  et  à  toutes


neige.gif

                                    Merr Christmas

 
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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 09:30

Montage-Chocs-2012.jpegDécembre : il pleut des récompenses pas toujours méritées. Mes confrères journalistes n’ont décidément pas la même écoute que la mienne, ce qui offre des prix à une large diversité de disques. Les chapelles sont en effet nombreuses dans la maison du jazz depuis longtemps parasitée par des musiques qui ne trouvent nulle part ailleurs à s’abriter. La publicité intensive et abusive de nombreux médias qui nivèlent par le bas, sortent de leurs poches de nouveaux talents experts en poudre aux yeux, en est largement responsable. Que l’on soit blanc ou noir, indien ou chinois, on ne s’improvise pas jazzman. Il faut connaître l’histoire de cette musique, son vocabulaire, Recordssa grammaire. Le jazz chemine aujourd’hui loin de la Nouvelle-Orléans qui l’a vu naître. Implanté sur d’autres terres, il s’inspire et se nourrit de nouveaux folklores, d'autres traditions musicales. La sophistication harmonique européenne peut ainsi prendre le pas sur la polyrythmie africaine. Pourquoi pas si le lien n’est pas rompu avec les racines et les règles d’une musique née il y a plus de cent ans sur le sol de la grande Amérique, si le jazz d’autres continents nous fait vibrer et ravive notre enthousiasme ! Mes palmarès n’occultent pas pour autant le jazz afro-américain. Ses musiciens baignent dans le swing et le blues leur est parfaitement naturel. L’an dernier les enregistrements en solo y étaient majoritaires. 2012 a vu de grandes réussites en trio, le piano restant toujours l’instrument roi de cette sélection forcément subjective. Choisir n’a pas été facile. D’autres albums m’ont interpellé. Ceux de Jean-Pierre Mas, de Carlos Maza (aussi remarquable à la guitare qu’au piano dans “Descanso Del Saltimbanqui”), de Dave King (avec Bill Carrothers jouant un piano inhabituel dans le fascinant “I’ve Been Ringing You”) méritaient de compter parmi mes 13 finalistes. Je vous rappelle que cette chronique est la dernière de l'année. Après vous avoir souhaité mes vœux, le blogdechoc sommeillera jusqu'à la mi-janvier pour couvrir la remise des Prix de l’Académie du Jazz, incontournable manifestation jazzistique de la nouvelle année. Puisse l'écoute de ces 13 disques vous donner autant de plaisir qu'ils m'en ont procuré.     

12 nouveautés…

Enrico-Pieranunzi-Permutation--cover.jpg-Enrico PIERANUNZI : “Permutation” (Cam Jazz / Harmonia Mundi). Chroniqué dans Jazz Magazine / Jazzman n°634 - février (Choc)

L’un de nos meilleurs pianistes européens dans une forme éblouissante grâce à Scott Colley (contrebasse) et à Antonio Sanchez (batterie) qui le poussent à jouer son meilleur piano et à renouveler sa musique. Souvent construites sur des ostinato, les nouvelles compositions d’Enrico Pieranunzi favorisent le jeu collectif, le trio sous tension apportant une réelle dynamique à la musique. On a découvert sa puissance de feu en mars dernier à Roland Garros. Le disque traduit aussi sa perméabilité au lyrisme. La polyrythmie intensive de Sanchez, la contrebasse mobile et chantante de Colley sont ici au service d’un maître de l’harmonie qui écrit des thèmes admirables.

 

Aaron Goldberg Trio, Yes cover-Aaron GOLDBERG, Omer AVITAL, Ali JACKSON : “Yes !” (Sunnyside / Naïve). Chroniqué dans le blogdechoc le 24 mars

Aaron Goldberg, Omer Avital et Ali Jackson se connaissent depuis si longtemps qu’une seule journée de studio leur a suffi pour enregistrer neuf morceaux miraculeux, souvent en une seule prise. Ils partagent des idées communes sur la musique, sont attachés aux traditions du jazz, à son vocabulaire, accordent priorité au swing et au feeling, leur discours restant profondément ancré dans le blues. Au programme, des compositions de Duke et Mercer Ellington, de Thelonious Monk, mais aussi Maraba Blue, composition d’Abdullah Ibrahim qui place avec subtilité le rythme au cœur de la musique. Ali Jackson l’installe en douceur en claquant dans ses doigts, le blues s’affirmant dans le piano solaire et chantant de Goldberg, ici très inspiré.

 

Chick Corea Trio -Chick COREA, Eddie GOMEZ, Paul MOTIAN : “Further Explorations” (Concord / Aurelia). Chroniqué dans le blogdechoc le 10 avril

Après avoir consacré des disques à Thelonious Monk (“Trio Music”) et à Bud Powell, pianistes qui l’ont notablement influencé, Chick Corea entreprend de relire Bill Evans qui marqua lui-aussi son jeu pianistique. Proche de Powell par ses attaques, son jeu percussif, il l’est d’Evans par ses choix harmoniques, son approche romantique du clavier. Les meilleurs moments de deux semaines de concerts au Blue Note de New York nous sont proposés dans ces “Further Explorations” – le titre fait référence à “Explorations”, un disque que Bill enregistra en 1961 pour Riverside. Paul Motian y officiait à la batterie. Quant à Eddie Gomez, il fut pendant onze ans le bassiste de Bill. Tous deux donnent des ailes au pianiste qui survole avec bonheur un répertoire parfaitement adapté à son hommage.  

 

A Jamal -Ahmad JAMAL : “Blue Moon” (Jazz Village / Harmonia Mundi). Chroniqué dans le blogdechoc le 19 avril

Avec “Blue Moon”, Ahmad Jamal change de bassiste et donne une dynamique nouvelle à sa musique ce qui la rend plus excitante. Attentive, sa section rythmique qui fut celle de Wynton Marsalis comble les silences de son piano orchestral, installe une tension qui profite à jeu. Rejoignant Manolo Badrena, omniprésent aux percussions, Reginald Veal le nouveau bassiste et Herlin Riley le batteur officient avec la précision d’un métronome. Les morceaux plus longs favorisent l’hypnose rythmique et c’est en toute quiétude que Jamal joue des cascades d’arpèges, plaque des accords inattendus ou de gracieuses notes perlées dans  son meilleur album depuis “The Essence” enregistré pour Birdology en 1995.

 

Marc Copland -Marc COPLAND : “Some More Love Songs” (Pirouet / Codaex). Chroniqué dans le blogdechoc le 19 avril

Sept ans après avoir enregistré les sept pièces de “Some Love Songs”, Marc Copland en grave sept autres (six standards et une composition originale) dans “Some More Love Songs”, toujours avec Drew Gress à la contrebasse et Jochen Rückert à la batterie. Émergeant de sa mémoire, elles se sont imposées naturellement au pianiste, comme si elles avaient choisi leur interprète. Comme à son habitude, Copland diffracte ses notes, les rend liquides et transparentes, contracte ou allonge ses harmonies flottantes, apporte un soin extrême aux couleurs, à la résonnance de ses morceaux. Il enregistre souvent les mêmes thèmes et I Don’t Know Where I Stand de Joni Mitchell apparaît aussi dans “Alone”, un disque en solo de 2009, également recommandable.

 

vincent-bourgeyx-hip-Vincent BOURGEYX : “HIP” (Fresh Sound New Talent / Socadisc). Chroniqué dans le blogdechoc le 9 mai

Diplômé du fameux Berklee College of Music de Boston, Vincent Bourgeyx s’immergea dans le blues et le swing auprès du tromboniste Al Grey et l’écoute des disques d’Oscar Peterson fut déterminante sur sa vocation de pianiste. Après “Again”, album qui fit battre mon cœur et secoua mes oreilles, “HIP” son nouvel opus me fait pareillement tourner la tête. En compagnie de Pierre Boussaguet à la contrebasse et d’André Ceccarelli à la batterie, il revisite le jazz et ses standards avec dans ses bagages une bonne pratique de l’harmonie acquise lors de ses leçons de piano classique. Le disque contient des versions inventives de Daahoud, de Prelude to A Kiss, mais aussi des compositions originales dans lesquelles Vincent fait danser ses notes et soulève l’enthousiasme.

 

 Philippe le Baraillec - Involved, cover-Philippe LE BARAILLEC : “Involved” (Out Note / Harmonia Mundi). Chroniqué dans le blogdechoc le 9 mai

Un pianiste d’autant plus rare qu’il donne peu de concerts et ne sort guère de sa tanière si ce n’est pour donner des cours à la Bill Evans Piano Académie. Philippe Le Baraillec ne fait pas davantage de disques – “Involvedn’est que son troisième album depuis “Echoes from my Roomen 1996. Tous nous sont infiniment précieux car ils traduisent la sensibilité vive d’un musicien à fleur de peau qui joue des harmonies d’une grande acuité poétique. Avec Mauro Gargano à la contrebasse et Ichiro Onoe à la batterie pour habiller ses silences et les rythmer, il peint une symphonie de couleurs dans laquelle toutes sortes de bleus s’offrent à l’oreille. Il la partage avec Chris Cheek, un saxophoniste originaire de Saint-Louis, un mélodiste qui, comme lui, laisse respirer la phrase musicale pour la rendre plus élégante.

 

B.-Mehldau-Where-Do-You-Start--cover.jpg-Brad MEHLDAU Trio : “Where Do You Start ?” (Nonesuch / Warner). Chroniqué dans Jazz Magazine / Jazzman n°642 - octobre (Choc) 

Deux excellents disques de Brad Mehldau ont été publiés cette année : “Ode” en mars et “Where Do You Start ? ” en octobre. Le premier ne contient que des compositions originales et le second que des standards, le titre Jam étant une improvisation prolongeant Samba E Amor de Chico Buarque. Si tous les deux ont été enregistrés aux mêmes dates (novembre 2008 et Avril 2011) avec le même trio (Larry Grenadier à la contrebasse et Jeff Ballard à la batterie), “Where Do You Start ?” conserve ma préférence. Sans doute à cause du  répertoire qui mêle mélodies venant de la musique pop (Baby Plays Around d’Elvis Costello, Time Has Told Me de Nick Drake) et standards de jazz (Brownie Speaks, Airegin et Where Do You Start ?, un thème de Johnny Mandel dont Brad joue en douceur la mélodie, en livre une version sensible et émouvante) Le grand disque d’un grand trio en veine d’inspiration.    

 

Fred Hersch Trio, cover-Fred HERSCH Trio : “Alive at the Vanguard” (Palmetto / Codaex). Chroniqué dans le blogdechoc le 10 octobre

Miraculeusement sorti d’un coma profond en 2008, Fred Hersch joue depuis un piano admirable. Enregistré avec John Hébert et Eric McPherson, musiciens qui l’accompagnent aussi dans “Whirl” (Choc de l’année 2010), “Alive at the Vanguard” reste d’une musicalité exceptionnelle. Hersch aime beaucoup ce club. L’ambiance, l’intimité du lieu, ses qualités acoustiques agissent sur sa musique, sur ses improvisations qui pétillent d’intelligence. Dans les ballades qu’il aborde avec un feeling immense ou sur tempo rapide, il fascine par la fluidité de sa musique (mélange de standards et de compositions originales souvent dédiées à des proches), par sa conception très souple du rythme. Ses progressions d’accords, les couleurs harmoniques qu’il utilise révèlent la profonde intimité qu’il partage avec son piano. 

 

Laïka, cover-LAÏKA : “Come a Little Closer” (Classics & Jazz / Universal). Chroniqué dans le blogdechoc le 25 octobre

Laïka Fatien n’avait pas prévu d’enregistrer aussi vite. Un besoin urgent d’évoquer son trouble amoureux, d’exprimer ses sentiments l’a conduit en studio plus tôt que prévu. Elle le fait ici avec les mots des autres, des mélodies associées à Abbey Lincoln, Carole King et Nina Simone. Des mots qui sont les siens dans Divine, juste un piano pour souligner le velours de sa voix. Elle souhaitait un orchestre de chambre pour l’accompagner et Gil Goldstein lui a fourni des arrangements sobres qui traduisent bien son état d’âme. Pas de batterie, quelques cordes et vents, la contrebasse de Rufus Reid et trois trompettes amies – celles de Roy Hargrove (qui joue surtout du bugle) d’Ambrose Akinmusire et de Graham Haynes répondent à sa voix qui murmure, chuchote et se love au creux de l’oreille. Amoureuse, Laïka n’a jamais aussi bien chanté que dans ce disque, le plus émouvant de ses quatre albums.         

 

Elias-Swept-Away--cover.jpeg-Marc JOHNSON / Eliane ELIAS : “Swept Away” (ECM / Universal). Chroniqué dans Jazz Magazine / Jazzman n°643 - novembre (Choc)

Second disque de Marc Johnson pour ECM après “Shades of Jade” publié en 2005, “Swept Away” sort également sous le nom d’Eliane Elias, son épouse. Une carrière de chanteuse lui permet depuis quelques années d’atteindre un large public, mais c’est en tant que pianiste qu’elle dévoile ici la richesse de ses compositions et la grandeur de son art pianistique. Deux autres musiciens les accompagnent, Joey Baron (batterie) et Joe Lovano qui s’exprime au ténor dans une bonne moitié de l’album. Marc Johnson prend peu de solos mais fait sonner les notes rondes et boisées de sa contrebasse. Outre Inside Her Old Music Box, morceau fascinant qu’il co-signe avec sa femme, il apporte Foujita, une pièce impressionniste aux notes flottantes, la plus belle pièce d’un disque remarquable.

 

C. Zavalloni, cover-Cristina ZAVALLONI & RADAR Band : “La donna di cristallo” (Egea / Orkhêstra). Chroniqué dans le blogdechoc le 11 décembre

Une chronique tardive dans le blogdechoc, n’empêche nullement ce disque de faire partie des meilleurs de l‘année. Son originalité justifie sa présence. La chanteuse bénéficie d’arrangements aussi étonnants que réussis. Rassemblant huit musiciens remarquables, le Radar Band sert sa voix puissante et très souple de soprano, une voix au large ambitus ce qui lui permet de brusques sauts d’octaves. Cristina Zavalloni chante en français, en anglais et en italien ses compositions. Responsable des orchestrations étonnantes de l'album, Cristiano Arcelli son saxophoniste cosigne l’une d’entre elles. S’ils ajoutent des couleurs, trouvent d’heureuses combinaisons de timbres pour mettre son chant en valeur, les musiciens se réservent aussi des espaces d’improvisation. Leurs chorus confèrent une belle spontanéité à ce petit opéra de chambre espiègle et créatif.

 

… et un inédit

K. Jarrett Sleeper cover-Keith JARRETT : “Sleeper” (ECM / Universal). Chroniqué dans le blogdechoc le 17 juillet

En avril 1979 le Belonging Quartet de Keith Jarrett se rendit au Japon et donna plusieurs concerts à Tokyo. L’un d’entre eux fut publié dix ans plus tard sous le nom de “Personal Mountains”. ECM en exhume un second cette année. On ne peut que s’en réjouir car malgré son importance dans l’histoire du jazz des années 70, le quartette européen du pianiste nous laisse peu de disques. Retrouver le pianiste avec Jan Garbarek (saxophones et flute), Palle Danielsson (contrebasse) et Jon Christensen (batterie) constitue bien un événement. Le répertoire de “Sleeper” recoupe les contenus de “Personal Mountains” et de “Nude Ants” enregistré live un mois plus tard (mai 1979) au Village Vanguard de New York. Le seul inédit en est So Tender que Jarrett reprendra avec Gary Peacock et Jack DeJohnette. Ces morceaux n’ont pas pris de rides. Garbarek y fait entendre ses notes brûlantes, sa sonorité âpre et expressive. En osmose avec lui, Jarrett fait chanter son piano, joue avec un lyrisme, une intensité qui soulève et fait monter au ciel.

 

Photo montage © Pierre de Chocqueuse   

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