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1 janvier 2013 2 01 /01 /janvier /2013 15:03

                                         Lecteurs, lectrices du blogdechoc 

image-nouvel-an-voeux-anime                      Bonne et heureuse année 2013

                      

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 12:53

  Joyeux  Noë à  tous  et  à  toutes


neige.gif

                                    Merr Christmas

 
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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 09:30

Montage-Chocs-2012.jpegDécembre : il pleut des récompenses pas toujours méritées. Mes confrères journalistes n’ont décidément pas la même écoute que la mienne, ce qui offre des prix à une large diversité de disques. Les chapelles sont en effet nombreuses dans la maison du jazz depuis longtemps parasitée par des musiques qui ne trouvent nulle part ailleurs à s’abriter. La publicité intensive et abusive de nombreux médias qui nivèlent par le bas, sortent de leurs poches de nouveaux talents experts en poudre aux yeux, en est largement responsable. Que l’on soit blanc ou noir, indien ou chinois, on ne s’improvise pas jazzman. Il faut connaître l’histoire de cette musique, son vocabulaire, Recordssa grammaire. Le jazz chemine aujourd’hui loin de la Nouvelle-Orléans qui l’a vu naître. Implanté sur d’autres terres, il s’inspire et se nourrit de nouveaux folklores, d'autres traditions musicales. La sophistication harmonique européenne peut ainsi prendre le pas sur la polyrythmie africaine. Pourquoi pas si le lien n’est pas rompu avec les racines et les règles d’une musique née il y a plus de cent ans sur le sol de la grande Amérique, si le jazz d’autres continents nous fait vibrer et ravive notre enthousiasme ! Mes palmarès n’occultent pas pour autant le jazz afro-américain. Ses musiciens baignent dans le swing et le blues leur est parfaitement naturel. L’an dernier les enregistrements en solo y étaient majoritaires. 2012 a vu de grandes réussites en trio, le piano restant toujours l’instrument roi de cette sélection forcément subjective. Choisir n’a pas été facile. D’autres albums m’ont interpellé. Ceux de Jean-Pierre Mas, de Carlos Maza (aussi remarquable à la guitare qu’au piano dans “Descanso Del Saltimbanqui”), de Dave King (avec Bill Carrothers jouant un piano inhabituel dans le fascinant “I’ve Been Ringing You”) méritaient de compter parmi mes 13 finalistes. Je vous rappelle que cette chronique est la dernière de l'année. Après vous avoir souhaité mes vœux, le blogdechoc sommeillera jusqu'à la mi-janvier pour couvrir la remise des Prix de l’Académie du Jazz, incontournable manifestation jazzistique de la nouvelle année. Puisse l'écoute de ces 13 disques vous donner autant de plaisir qu'ils m'en ont procuré.     

12 nouveautés…

Enrico-Pieranunzi-Permutation--cover.jpg-Enrico PIERANUNZI : “Permutation” (Cam Jazz / Harmonia Mundi). Chroniqué dans Jazz Magazine / Jazzman n°634 - février (Choc)

L’un de nos meilleurs pianistes européens dans une forme éblouissante grâce à Scott Colley (contrebasse) et à Antonio Sanchez (batterie) qui le poussent à jouer son meilleur piano et à renouveler sa musique. Souvent construites sur des ostinato, les nouvelles compositions d’Enrico Pieranunzi favorisent le jeu collectif, le trio sous tension apportant une réelle dynamique à la musique. On a découvert sa puissance de feu en mars dernier à Roland Garros. Le disque traduit aussi sa perméabilité au lyrisme. La polyrythmie intensive de Sanchez, la contrebasse mobile et chantante de Colley sont ici au service d’un maître de l’harmonie qui écrit des thèmes admirables.

 

Aaron Goldberg Trio, Yes cover-Aaron GOLDBERG, Omer AVITAL, Ali JACKSON : “Yes !” (Sunnyside / Naïve). Chroniqué dans le blogdechoc le 24 mars

Aaron Goldberg, Omer Avital et Ali Jackson se connaissent depuis si longtemps qu’une seule journée de studio leur a suffi pour enregistrer neuf morceaux miraculeux, souvent en une seule prise. Ils partagent des idées communes sur la musique, sont attachés aux traditions du jazz, à son vocabulaire, accordent priorité au swing et au feeling, leur discours restant profondément ancré dans le blues. Au programme, des compositions de Duke et Mercer Ellington, de Thelonious Monk, mais aussi Maraba Blue, composition d’Abdullah Ibrahim qui place avec subtilité le rythme au cœur de la musique. Ali Jackson l’installe en douceur en claquant dans ses doigts, le blues s’affirmant dans le piano solaire et chantant de Goldberg, ici très inspiré.

 

Chick Corea Trio -Chick COREA, Eddie GOMEZ, Paul MOTIAN : “Further Explorations” (Concord / Aurelia). Chroniqué dans le blogdechoc le 10 avril

Après avoir consacré des disques à Thelonious Monk (“Trio Music”) et à Bud Powell, pianistes qui l’ont notablement influencé, Chick Corea entreprend de relire Bill Evans qui marqua lui-aussi son jeu pianistique. Proche de Powell par ses attaques, son jeu percussif, il l’est d’Evans par ses choix harmoniques, son approche romantique du clavier. Les meilleurs moments de deux semaines de concerts au Blue Note de New York nous sont proposés dans ces “Further Explorations” – le titre fait référence à “Explorations”, un disque que Bill enregistra en 1961 pour Riverside. Paul Motian y officiait à la batterie. Quant à Eddie Gomez, il fut pendant onze ans le bassiste de Bill. Tous deux donnent des ailes au pianiste qui survole avec bonheur un répertoire parfaitement adapté à son hommage.  

 

A Jamal -Ahmad JAMAL : “Blue Moon” (Jazz Village / Harmonia Mundi). Chroniqué dans le blogdechoc le 19 avril

Avec “Blue Moon”, Ahmad Jamal change de bassiste et donne une dynamique nouvelle à sa musique ce qui la rend plus excitante. Attentive, sa section rythmique qui fut celle de Wynton Marsalis comble les silences de son piano orchestral, installe une tension qui profite à jeu. Rejoignant Manolo Badrena, omniprésent aux percussions, Reginald Veal le nouveau bassiste et Herlin Riley le batteur officient avec la précision d’un métronome. Les morceaux plus longs favorisent l’hypnose rythmique et c’est en toute quiétude que Jamal joue des cascades d’arpèges, plaque des accords inattendus ou de gracieuses notes perlées dans  son meilleur album depuis “The Essence” enregistré pour Birdology en 1995.

 

Marc Copland -Marc COPLAND : “Some More Love Songs” (Pirouet / Codaex). Chroniqué dans le blogdechoc le 19 avril

Sept ans après avoir enregistré les sept pièces de “Some Love Songs”, Marc Copland en grave sept autres (six standards et une composition originale) dans “Some More Love Songs”, toujours avec Drew Gress à la contrebasse et Jochen Rückert à la batterie. Émergeant de sa mémoire, elles se sont imposées naturellement au pianiste, comme si elles avaient choisi leur interprète. Comme à son habitude, Copland diffracte ses notes, les rend liquides et transparentes, contracte ou allonge ses harmonies flottantes, apporte un soin extrême aux couleurs, à la résonnance de ses morceaux. Il enregistre souvent les mêmes thèmes et I Don’t Know Where I Stand de Joni Mitchell apparaît aussi dans “Alone”, un disque en solo de 2009, également recommandable.

 

vincent-bourgeyx-hip-Vincent BOURGEYX : “HIP” (Fresh Sound New Talent / Socadisc). Chroniqué dans le blogdechoc le 9 mai

Diplômé du fameux Berklee College of Music de Boston, Vincent Bourgeyx s’immergea dans le blues et le swing auprès du tromboniste Al Grey et l’écoute des disques d’Oscar Peterson fut déterminante sur sa vocation de pianiste. Après “Again”, album qui fit battre mon cœur et secoua mes oreilles, “HIP” son nouvel opus me fait pareillement tourner la tête. En compagnie de Pierre Boussaguet à la contrebasse et d’André Ceccarelli à la batterie, il revisite le jazz et ses standards avec dans ses bagages une bonne pratique de l’harmonie acquise lors de ses leçons de piano classique. Le disque contient des versions inventives de Daahoud, de Prelude to A Kiss, mais aussi des compositions originales dans lesquelles Vincent fait danser ses notes et soulève l’enthousiasme.

 

 Philippe le Baraillec - Involved, cover-Philippe LE BARAILLEC : “Involved” (Out Note / Harmonia Mundi). Chroniqué dans le blogdechoc le 9 mai

Un pianiste d’autant plus rare qu’il donne peu de concerts et ne sort guère de sa tanière si ce n’est pour donner des cours à la Bill Evans Piano Académie. Philippe Le Baraillec ne fait pas davantage de disques – “Involvedn’est que son troisième album depuis “Echoes from my Roomen 1996. Tous nous sont infiniment précieux car ils traduisent la sensibilité vive d’un musicien à fleur de peau qui joue des harmonies d’une grande acuité poétique. Avec Mauro Gargano à la contrebasse et Ichiro Onoe à la batterie pour habiller ses silences et les rythmer, il peint une symphonie de couleurs dans laquelle toutes sortes de bleus s’offrent à l’oreille. Il la partage avec Chris Cheek, un saxophoniste originaire de Saint-Louis, un mélodiste qui, comme lui, laisse respirer la phrase musicale pour la rendre plus élégante.

 

B.-Mehldau-Where-Do-You-Start--cover.jpg-Brad MEHLDAU Trio : “Where Do You Start ?” (Nonesuch / Warner). Chroniqué dans Jazz Magazine / Jazzman n°642 - octobre (Choc) 

Deux excellents disques de Brad Mehldau ont été publiés cette année : “Ode” en mars et “Where Do You Start ? ” en octobre. Le premier ne contient que des compositions originales et le second que des standards, le titre Jam étant une improvisation prolongeant Samba E Amor de Chico Buarque. Si tous les deux ont été enregistrés aux mêmes dates (novembre 2008 et Avril 2011) avec le même trio (Larry Grenadier à la contrebasse et Jeff Ballard à la batterie), “Where Do You Start ?” conserve ma préférence. Sans doute à cause du  répertoire qui mêle mélodies venant de la musique pop (Baby Plays Around d’Elvis Costello, Time Has Told Me de Nick Drake) et standards de jazz (Brownie Speaks, Airegin et Where Do You Start ?, un thème de Johnny Mandel dont Brad joue en douceur la mélodie, en livre une version sensible et émouvante) Le grand disque d’un grand trio en veine d’inspiration.    

 

Fred Hersch Trio, cover-Fred HERSCH Trio : “Alive at the Vanguard” (Palmetto / Codaex). Chroniqué dans le blogdechoc le 10 octobre

Miraculeusement sorti d’un coma profond en 2008, Fred Hersch joue depuis un piano admirable. Enregistré avec John Hébert et Eric McPherson, musiciens qui l’accompagnent aussi dans “Whirl” (Choc de l’année 2010), “Alive at the Vanguard” reste d’une musicalité exceptionnelle. Hersch aime beaucoup ce club. L’ambiance, l’intimité du lieu, ses qualités acoustiques agissent sur sa musique, sur ses improvisations qui pétillent d’intelligence. Dans les ballades qu’il aborde avec un feeling immense ou sur tempo rapide, il fascine par la fluidité de sa musique (mélange de standards et de compositions originales souvent dédiées à des proches), par sa conception très souple du rythme. Ses progressions d’accords, les couleurs harmoniques qu’il utilise révèlent la profonde intimité qu’il partage avec son piano. 

 

Laïka, cover-LAÏKA : “Come a Little Closer” (Classics & Jazz / Universal). Chroniqué dans le blogdechoc le 25 octobre

Laïka Fatien n’avait pas prévu d’enregistrer aussi vite. Un besoin urgent d’évoquer son trouble amoureux, d’exprimer ses sentiments l’a conduit en studio plus tôt que prévu. Elle le fait ici avec les mots des autres, des mélodies associées à Abbey Lincoln, Carole King et Nina Simone. Des mots qui sont les siens dans Divine, juste un piano pour souligner le velours de sa voix. Elle souhaitait un orchestre de chambre pour l’accompagner et Gil Goldstein lui a fourni des arrangements sobres qui traduisent bien son état d’âme. Pas de batterie, quelques cordes et vents, la contrebasse de Rufus Reid et trois trompettes amies – celles de Roy Hargrove (qui joue surtout du bugle) d’Ambrose Akinmusire et de Graham Haynes répondent à sa voix qui murmure, chuchote et se love au creux de l’oreille. Amoureuse, Laïka n’a jamais aussi bien chanté que dans ce disque, le plus émouvant de ses quatre albums.         

 

Elias-Swept-Away--cover.jpeg-Marc JOHNSON / Eliane ELIAS : “Swept Away” (ECM / Universal). Chroniqué dans Jazz Magazine / Jazzman n°643 - novembre (Choc)

Second disque de Marc Johnson pour ECM après “Shades of Jade” publié en 2005, “Swept Away” sort également sous le nom d’Eliane Elias, son épouse. Une carrière de chanteuse lui permet depuis quelques années d’atteindre un large public, mais c’est en tant que pianiste qu’elle dévoile ici la richesse de ses compositions et la grandeur de son art pianistique. Deux autres musiciens les accompagnent, Joey Baron (batterie) et Joe Lovano qui s’exprime au ténor dans une bonne moitié de l’album. Marc Johnson prend peu de solos mais fait sonner les notes rondes et boisées de sa contrebasse. Outre Inside Her Old Music Box, morceau fascinant qu’il co-signe avec sa femme, il apporte Foujita, une pièce impressionniste aux notes flottantes, la plus belle pièce d’un disque remarquable.

 

C. Zavalloni, cover-Cristina ZAVALLONI & RADAR Band : “La donna di cristallo” (Egea / Orkhêstra). Chroniqué dans le blogdechoc le 11 décembre

Une chronique tardive dans le blogdechoc, n’empêche nullement ce disque de faire partie des meilleurs de l‘année. Son originalité justifie sa présence. La chanteuse bénéficie d’arrangements aussi étonnants que réussis. Rassemblant huit musiciens remarquables, le Radar Band sert sa voix puissante et très souple de soprano, une voix au large ambitus ce qui lui permet de brusques sauts d’octaves. Cristina Zavalloni chante en français, en anglais et en italien ses compositions. Responsable des orchestrations étonnantes de l'album, Cristiano Arcelli son saxophoniste cosigne l’une d’entre elles. S’ils ajoutent des couleurs, trouvent d’heureuses combinaisons de timbres pour mettre son chant en valeur, les musiciens se réservent aussi des espaces d’improvisation. Leurs chorus confèrent une belle spontanéité à ce petit opéra de chambre espiègle et créatif.

 

… et un inédit

K. Jarrett Sleeper cover-Keith JARRETT : “Sleeper” (ECM / Universal). Chroniqué dans le blogdechoc le 17 juillet

En avril 1979 le Belonging Quartet de Keith Jarrett se rendit au Japon et donna plusieurs concerts à Tokyo. L’un d’entre eux fut publié dix ans plus tard sous le nom de “Personal Mountains”. ECM en exhume un second cette année. On ne peut que s’en réjouir car malgré son importance dans l’histoire du jazz des années 70, le quartette européen du pianiste nous laisse peu de disques. Retrouver le pianiste avec Jan Garbarek (saxophones et flute), Palle Danielsson (contrebasse) et Jon Christensen (batterie) constitue bien un événement. Le répertoire de “Sleeper” recoupe les contenus de “Personal Mountains” et de “Nude Ants” enregistré live un mois plus tard (mai 1979) au Village Vanguard de New York. Le seul inédit en est So Tender que Jarrett reprendra avec Gary Peacock et Jack DeJohnette. Ces morceaux n’ont pas pris de rides. Garbarek y fait entendre ses notes brûlantes, sa sonorité âpre et expressive. En osmose avec lui, Jarrett fait chanter son piano, joue avec un lyrisme, une intensité qui soulève et fait monter au ciel.

 

Photo montage © Pierre de Chocqueuse   

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 10:50

Marc-Copland---Michel-Butor.jpegSeconde livraison, cinq disques qui méritent attention. Ils sont tous sortis cet automne. On peut s’étonner d’en trouver un d’Henri Salvador dans cette sélection, mais bien que dématérialisé (il n’est disponible qu’en téléchargement)  le document est exceptionnel pour ceux qui aiment le jazz. Dernières chroniques de l’année 2012 à vous être proposées, elles précèdent mes Chocs de l’année, en ligne autour du 20 décembre. Un peu de patience. Tout vient à point qui sait attendre.

 

M. Cpland, coverMichel BUTOR / Marc COPLAND : “Le long de la plage” (Vision Fugitive / H.M.)

Marc Copland aime la poésie. Le livret de “Poetic Motion” son plus beau disque en solo, abrite des extraits de poèmes de Jacques Prévert, Dylan Thomas, André Breton, E.E. Cummings et un poème entier de Bill Zavatsky auteur d’Elegy (For Bill Evans) reproduit au dos de la pochette de “You Must Believe in Spring”, disque testament du pianiste. Marc Copland vient d’enregistrer un disque avec Michel Butor qui apprécie depuis longtemps son piano. Cet album, Marc l’a soigneusement préparé, composant des musiques pour ces poèmes, pour les mettre en perspective. Ils ont enregistré côte à côte dans le même studio. Michel, 86 ans, récite ses textes d’une voix malicieuse ; Marc les colore de ses harmonies, de ses notes tintinnabulantes, sa musique romantique convenant parfaitement aux songes de Michel. Ils commencent doucement, très doucement, et nous font partager leurs rêves.

 

Jean-Pierre-Mas-LatinAlma--cover.jpgJean-Pierre MAS : “LatinAlma”

(Out Note / Harmonia Mundi)

Jean-Pierre Mas a l’âme latine et sa musique mélancolique trouve ici des voix sensibles pour la chanter. Dans Partir o Seguir qui ouvre cet album profondément touchant, celle d’Elvita Delgado rencontre un piano économe qui trouve toujours les notes justes pour lui répondre. Le bandonéon de Juan José Mosalini ajoute du vague à l’âme à la musique, comme dans A la Sombra de la Luna (dédié à Yun Sun Nah) et Si te Vas, deux émouvantes réussites. L’autre chanteuse, Sheyla Costa, une brésilienne, nous fait pareillement tourner la tête. Pierre Barouh récite des poèmes de Cartola (Angenor de Oliveira) et de Vinicius de Moraes. Attentif, Jean-Pierre Mas accompagne, pose de tendres couleurs sur des musiques qu’il n’a pas toutes composées. Joués en solo, Aquellos Ojos Negros et Derrière le miroir témoigne de la richesse des paysages qu’il est capable d’évoquer au piano.

 

Henri-Salvador--1958-.jpegHenri SALVADOR : “Mes Inédits”

(Body & Soul)

Ne cherchez pas à vous procurer ce disque en magasin, il n’est disponible qu’en téléchargement. La plupart des plateformes de distribution le proposent. Normal, c’est un document unique que tout amateur de jazz se doit de posséder. Henri Salvador confirme le chanteur exceptionnel qu’il était dans un répertoire conciliant jazz et humour. Nous sommes en 1958, Daniel Filipacchi fait un tabac avec son émission Pour ceux qui aiment le jazz sur Europe n°1. Sur la même radio, il en présente une seconde “Jazzons un peu” et invite régulièrement Salvador à se joindre aux musiciens qui l’enregistrent en direct le mercredi : Raymond Fol (piano), Bibi Rovère (contrebasse) et Moustache (batterie) que visitent parfois Benny Vasseur (trombone) et Barney Wilen (sax ténor). Avec eux, Henri nage comme un poisson dans un aquarium. Dans une forme éblouissante, il chante Jacques Prévert, Boris Vian et Raymond Queneau (sur I May Be Wrong). “Atomic Basie” vient de paraître et, avec l’orchestre du Count dont le disque est joué simultanément, il improvise sur Li’l Darling (qu’il enregistrera cinq ans plus tard) et sur After Supper, morceau au cours duquel il s’amuse à dialoguer avec Eddie Lockjaw Davis au saxophone ténor. Ne manquez surtout pas son désopilant tour de force vocal dans Improvisation sur une contravention, (le contrevenant est Daniel Filipacchi) sur la musique d’Embraceable You de George Gershwin, ni son Improvisation sur un article de presse (Le Blues de la Pausa). Vous l’avez compris, ces joyeux inédits méritent votre attention.  

 

Virginie TEYCHENÉ : “Bright and Sweet”Virginie-Teychne-Bright-And-Sweet-cover.jpg

(Jazz Village / Harmonia Mundi)

Au-delà de la prouesse technique (le scat employé avec aisance), cette voix naturelle chante avec son cœur, son âme. Elle ne ment pas lorsqu’elle s’exprime avec des mots et du rythme, ou qu’elle nuance une mélodie pour la rendre sensible et plus présente. Dans son art, Virginie Teychené est une magicienne. L’amour de la musique l’embrase, lui donne le feu sacré. Après deux albums très réussis, elle change de label, publie un troisième disque qui bénéficie d’une meilleure distribution, d’une meilleure promotion. Le répertoire est essentiellement un florilège de standards, hommages à des chanteurs (Eddie Jefferson, Jon Hendricks) aux chanteuses qu’elle apprécie (Billie Holiday, Betty Carter, Abbey Lincoln, Peggy Lee), mais aussi au Double Six, groupe vocal légendaire dont elle reprend l’arrangement de Rat Race. Le quartette qui l’accompagne la suit depuis longtemps. S’ajoute la trompette d’Eric Le Lann dans de splendides versions d’Angel Face et de Don’t Explain. Un must.

 

D.-Zeitlin--coverRGB.jpgDenny ZEITLIN : “Wherever You Are”

(Sunnyside / Naïve)

Chaque année, Denny Zeitlin publie un album, le plus souvent un enregistrement public, un solo. “Wherever You Are” en est un, mais Zeitlin l’a conçu en studio et joue sur un bon piano ce qui n’est pas toujours le cas. Compositeur inspiré (Bill Evans aimait reprendre son Quiet Now), il privilégie ici des standards, un florilège de ballades qu’il admire depuis longtemps. Si certaines lui sont familières, il en reprend d’autres pour la première fois. Ses improvisations ne s’éloignent jamais des mélodies qu’il respecte. Et pourtant, il les transforme, en propose des versions modernes, fait preuve d’une imagination intarissable dans des relectures sensibles et lyriques de Good-Bye ou de Last Night When We Were Young pour ne citer que ces deux thèmes. “Wherever You Are” est un de ses meilleurs albums. Mis en vente sans battage médiatique, il risque hélas sans votre coup de pouce de passer inaperçu.

 

Photo Marc Copland & Michel Butor © Pierre de Chocqueuse

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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 12:11

C.-Zavalloni-Band.jpegPas vraiment un rattrapage, pas davantage des oublis, mais des disques de 2012 dont je n’ai pas eu le temps de parler. Les fêtes approchent et avec elles des cadeaux à faire. Puissent ces dix courtes chroniques (en 2 livraisons, la seconde très prochainement) mériter votre attention.

   

C. Zavalloni, coverCristina ZAVALLONI & RADAR Band :

“La Donna di Cristallo” (Egea / Orkhêstra)

Les invités à la remise des prix 2011 de l’Académie du Jazz ont découvert sa voix lors d’un duo improvisé avec le saxophoniste Francesco Bearzatti, une voix puissante à la large tessiture, agile dans les aigus et capable de brusques sauts d’octaves. La chanteuse italienne a d’autres talents. Capable de chanter dans plusieurs langues, elle se révèle particulièrement inspirée dans ses propres compositions, des morceaux arrangés avec soin par Cristiano Arcelli le saxophoniste de son groupe. Car avec le Radar Band, Cristina Zavalloni possède huit musiciens qui apportent beaucoup à ses musiques, leur ajoutent des couleurs, trouvent d’heureuses combinaisons de timbres pour mettre son chant en valeur. La qualité des chorus (de trombone, de trompette)  est aussi un atout pour sa musique espiègle et créative qui flirte parfois avec l’opéra, avec Kurt Weill et Nino Rota comme le fait remarquer Thierry Quénum dans le numéro de décembre de Jazz Magazine.

 

Oliva, coverJean-Marc FOLTZ / Stephan OLIVA :

“Visions Fugitives” (Vision Fugitive / H.M.)

Difficile de ne pas admirer la complicité unissant le clarinettiste Jean-Marc Foltz au pianiste Stephan Oliva, de ne pas succomber à leur répertoire ouvert sur le jazz (Naïma, Lonnie’s Lament), le classique et l’improvisation. Les deux hommes se sont rencontrés à Strasbourg lorsqu’ils étaient tous les deux enseignants. Depuis, ils ont enregistré plusieurs disques ensemble dont le superbe “Pandore” pour le label Sans Bruit disponible uniquement en téléchargement. Leurs “Visions fugitives” (titre emprunté à un opus de Prokofiev) recèlent bien des merveilles. On se laisse envoûter par le souffle chaud des clarinettes (basse et si bémol), par les accords inspirés d’un piano aux basses puissantes, par la sombre beauté mélodique des compositions qui brillent d’une lumière de petit matin. Elle jaillit du clair obscur dans la Romanza, deuxième mouvement de la Sonate pour clarinette et piano de Francis Poulenc. L’œuvre fut crée le 10 avril 1963 après la mort du compositeur au Carnegie Hall de New-York par Benny Goodman et Leonard Bernstein.

 

Baptiste Herbin, coverBaptiste HERBIN : “Brother Stoon”

(Just Looking Productions / H. Mundi)

Âgé de 25 ans, Baptiste Herbin étonne par la puissance de feu jubilatoire de ses saxophones (alto et soprano) et la maturité de son écriture. “Brother Stoon”, son premier album témoigne de son savoir faire. Qu’il fasse allégeance au bop interprété à grande vitesse (Entomology, Chute libre, Cochise), danse des rythmes chaloupés des îles du Sud (Kitano-Ko, We Remember Rakotozafy) ou qu’il plonge ses notes dans le blues (Faits d’hiver, Blues for Jean pour et avec Jean Toussaint au saxophone ténor) Baptiste, très à l’aise, navigue entre les genres. Ses ballades apaisent et enchantent. Brother Stoon qui donne son nom à l’album relève du funk, Baptiste privilégiant l’héritage afro-américain, le rythme, le swing à la torture cérébro-spinale. Impérial, André Ceccarelli officie à la batterie. Au piano et très en doigts, Pierre de Bethmann nourrit la musique d’harmonies judicieuses. À la contrebasse, Sylvain Romano éblouit dans Une île, composition de Jacques Brel et seule reprise d’un disque très réussi.

 

Dave King, coverDave KING : “I’ve Been Ringing You”

(Sunnyside / Naïve)

Impossible de reconnaître le batteur sur-boosté de The Bad Plus dans ce disque intimiste enregistré en trio. Utilisant ses balais et sa charleston, jouant sur le timbre de sa caisse claire pour en tirer des couleurs, Dave King apparaît ici comme un émule de Paul Motian, un peintre qui suggère davantage le tempo qu’il ne le marque. La contrebasse de Billy Peterson assure souvent un rôle de bourdon, ou tient des ostinatos très relâchés, la musique circulant en toute liberté dans un espace sonore toujours respirable. Cet oxygène, on le doit aussi à Bill Carrothers qui joue moins de notes que d’habitude, pratique un jeu économe, presque minimaliste dans les relectures des standards qui nous sont ici proposés, des thèmes dont les trois hommes nous offrent des versions neuves et oniriques qui fascinent un peu plus à chaque écoute.

 

Bobo-Stenson--cover.jpegBobo STENSON Trio : “Indicum

(ECM / Universal)

Son dernier disque ECM date de 2008. Bobo Stenson garde le même trio pour un disque plus introspectif, à l'esthétique davantage européenne. L’influence de la musique classique prend ainsi le pas sur le blues, l’apport afro-américain se voyant ici minimisé au bénéfice d’une autre tradition folklorique. Le résultat est superbe, car nous sommes en présence de trois grands musiciens dont le premier souci reste la mélodie, point d’appui à des jeux de miroirs harmoniques, à un savant coloriage d’une riche palette sonore. Souvent à l’archet, Anders Jormin utilise toutes les ressources que lui offre sa contrebasse. Caressant les peaux de ses tambours, Jon Fält se révèle un coloriste inspiré. Quant au pianiste, il met ses harmonies surnaturelles au service d’un répertoire éclectique comprenant aussi bien une page de Carl Nielsen, un traditionnel norvégien qu’un extrait de la “Navidad Nuestra” du compositeur argentin Ariel Ramirez (Alouette popularisé par Gilles Dreu).

Cristina Zavalloni & Radar Band : Photo X/DR

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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 17:54

Heureux-Noel-2.jpgDécembre, le mois des sapins décorés de boules lumineuses multicolores, de guirlandes inflammables et synthétiques fabriquées en Chine. Les Dugenoux préfèrent attirer les gourmands à leur réveillon en suspendant d’énormes cochonnailles aux branches d’un arbre gigantesque, quitte à percer le plafond du voisin, un chanteur de variété trop pris par ses tournées pour regagner son logis déserté. Ils pensent aussi accrocher quelques dives bouteilles de grands crus classés pour attirer chez eux les Michu devant lesquels ils souhaitent étaler leur richesse. Contrairement à Bajoues profondes qui rêve de mortadelle considérable, de salamis immenses, ces derniers refusent la séduction des sirènes trop en chair de Jean-Jacques Dugenoux Agathe-Dugenoux.jpg dont l’épouse Agathe, comme en témoigne cette photo d’elle en grand décolleté, ne manque ni de grâce, ni de distinction. Même attiré par une bouteille de Petrus, bordeaux fort cher et fort bon qu’il n’a jamais goûté, ou par un Jacky McLean, whisky de capitaine qu’il apprécie, Monsieur Michu souhaite fuir ces m’as-tu-vu envahissants, laudateurs d’un certain Étienne Marcel dont la musique atroce phagocyte le monde du jazz et provoque de néfastes palpitations de palpitants. Un maya de leurs amis ayant annoncé la fin du monde le 21, les Dugenoux prudents ont choisi de réveillonner la veille. Ils comptent bien récidiver le 24 si la planète n’est pas détruite, s’inviter chez les Michu qui attendent chez eux leurs proches devant un souper modeste après la traditionnelle messe de minuit aux Saints Innocents. Comme chaque année, ils s’investiront dans la crèche vivante de leur paroisse parisienne. Jean-Paul sera Saint-Joseph et Madame Michu une bergère. Jacquot trop défiguré pour tenir le rôle du Petit-Jésus, Monsieur Michu espère convaincre Médéric Collignon ou Gérard Depardieu. Sait-on jamais ? Le soir même, Madame Michu examinera attentivement les cadeaux reçus par son mari. Surtout les disques. Certains provoquent fièvres, claquements de dents et expédient à l’hôpital. Monsieur Michu en a fait la triste expérience l’an dernier. Décembre : des galettes plastifiées et indigestes peuvent provoquer des maladies graves, les Pères-Noël font peur aux enfants, les voleurs de conifères prospèrent tout comme les pharmaciens. Rhumes et sinusites perturbent le sommeil de nuits fraîches, les plus longues de l’année. On peut aussi les passer dehors, dans les clubs de jazz de la capitale, à l'Alhambra le 7, salle dans laquelle se déroulera le 1er Téléthon du Jazz, ou à l’Olympia le 17 pour la grande soirée musicale qu’organise annuellement TSF Jazz. Puissent ces concerts qui interpellent, les derniers de 2012, guider vos choix. Mis en sommeil vers le 20 décembre après la mise en ligne des très attendus Chocs de l’année (douze nouveautés et un inédit), ce blog, réactivé à la mi-janvier, consacrera une place importante à la remise des prix de l’Académie du Jazz, l’événement incontournable de janvier 2013.

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

 

Melanie-de-Biasio.jpg-Quatre soirées jazz du 5 au 8 décembre au Centre Wallonie-Bruxelles, 46, rue Quincampoix 75004 Paris. Une valeur sûre le 5 avec le guitariste Philip Catherine en concert d’ouverture. Le 8, le label Igloo nous propose deux artistes de son catalogue, le jeune pianiste Igor Gehenot et Sal La Rocca, bassiste très demandé en Belgique. C’est toutefois la venue de Mélanie De Biasio le 6 qui interpelle le plus. Nous n’avions plus de nouvelles de la chanteuse depuis ses concerts de septembre et décembre 2008 au Sunside. Elle semble ne pas avoir enregistré d’autres disques depuis la parution de “A Stomach is Burning” (Igloo) en 2007, révélation d’une voix grave et sensuelle, d’un univers en noir et blanc résolument personnel. Pascal Mohy depuis longtemps avec elle au piano et Sam Gerstmans à la contrebasse accompagneront à Paris son chant et sa flûte, instrument qui renforce l’aspect onirique de sa musique.

  

Frederic-Borey-c-Christophe-Maroye-b.jpeg-Frederic Borey au Sunside le 6. Vous avez probablement découvert et, peut-être lu ma chronique enthousiaste de son nouveau disque. Son saxophone ténor sonne comme un alto. Normal, Frédéric préfère solliciter les médiums et  les aigus de l’instrument. Sa sonorité claire et droite à la Warne Marsh, il la met au servie de compositions très soignées sur le plan de la forme. Le mélodiste ne perd jamais de vue la tradition du jazz, le blues et le bop qui nourrissent sa musique. Impossible de faire venir au Sunside Inbar Fridman (guitare) et Camelia BenNaceur (piano) qui l’accompagnent sur “The Option” mais, avec Pierre Perchaud à la guitare et Paul Lay au piano nous ne perdrons pas au change, Frédéric pouvant compter sur l’excellente section rythmique de son album, Florent Nisse à la contrebasse et Stefano Lucchini à la batterie.

 

Affiche-Telethon-Jazz.jpg-Ne manquez pas le 7, le premier Téléthon du Jazz à l'Alhambra, 21 rue Yves Toudic 75010 Paris (20h00), manifestation parrainée par la BNP Paribas au profit de l'AFM-Téléthon, avec l'Electric Excentric Quartet de Sylvain Beuf et Sixun.  

 

-Patrice Caratini et son Jazz Ensemble également le 7 à la Dynamo, 9 rue Gabrielle Patrice Caratini a © PDCJosserand, 93500 Pantin (20h30) dans un programme en partie consacré à des partitions anciennes, des extraits de la musique du Onztet crée en 1979, les Miniatures pour tuba écrites pour François Thuillier et la Petite suite pour Django. La formation reprendra également des œuvres récentes parmi lesquelles des extraits des suites caribéennes. On retrouvera avec plaisir Claude Egea et Pierre Drevet aux trompettes, André Villéger et Mathieu Donarier aux saxophones, Manuel Rocheman au piano, Patrice bien sûr à la contrebasse, invitant pour ce concert le guitariste Marc Ducret.

 

Carmen-Lundy-c-James-St.-Laurent.jpg-Carmen Lundy au Duc des Lombards les 7 et 8 décembre (20h00 et 22h00). Native de Miami, installée à New York depuis 1978, la chanteuse a une longue carrière derrière elle. Elle la débuta au sein du prestigieux Thad Jones / Mel Lewis big Band et dès 1980 posséda son propre trio avec John Hicks au piano. “Changes” son dernier disque publié est le douzième qu’elle enregistre sous son nom. On la trouve aussi sur plusieurs albums de Kip Hanrahan avec lequel elle aime travailler et dans “The Mosaic Project” de la batteuse Terri Lyne Carrington. Auteur de plusieurs opus remarquables, le pianiste Anthony Wonsey sera au Duc son partenaire privilégié, Darryl Hall (contrebasse) et Jamison Ross (batterie) complétant la formation.

 

Baptiste-Herbin-c-PDC.jpeg-Âgé seulement de 25 ans, le saxophoniste Baptiste Herbin impressionne par sa maîtrise de ses deux instruments, les saxophones alto et soprano. Avec eux, il tient un discours mélodique enraciné dans le bop, prend des risques, possède une sonorité propre et des compositions originales. On le constate dans “Brother Stood”, le premier album qu’il a enregistré sous son nom avec Pierre de Bethmann, Sylvain Romano et André Ceccarelli. Baptiste en jouera les morceaux au Duc les 10 et 11 décembre, Eric Legnini remplaçant au piano Pierre de Bethmann le 11. Si Sylvain Romano tiendra bien la contrebasse, la présence d’André Ceccarelli à ces concerts reste encore incertaine. On ne peut que la souhaiter.

 

Jacquot.jpg-Non ce n’est pas Laurent Mignard sur la photo, mais Jacquot après sa dernière opération. Sa ressemblance avec la créature d’un célèbre roman est fortuite. L’enlèvement de son armure fut douloureux pour le pauvre garçon qui en conserve des séquelles. Il compte toutefois se rendre le 14 au Carré Belle-Feuille (60, rue de la Belle Feuille, Boulogne Billancourt) pour suivre le concert qu’y donnera à 20h30 le Duke Orchestra. Le même soir le pianiste Dominique Fillon animera le Sunside avec Sylvain Gontard à la trompette, Kevin Reveyrand à la contrebasse et Francis Arnaud à la batterie. Il va falloir choisir car Giovanni Falzone (trompette) et Bruno Angelini (piano) donnent aussi un concert au Centre Culturel Italien, 73 rue de Grenelle, 75007 Paris (20h00).

 

Laurent-De-Wilde-c-Sylvain-Gripoix.jpg-Il n’arrête pas Laurent de Wilde. Tant mieux pour tous ceux qui apprécient sa musique, son piano aux belles couleurs harmoniques qui s’appuie sur la tradition du jazz pour le moderniser. J’en suis, m’efforçant de suivre au plus près ses concerts, de commenter ses disques. Vous trouverez ma chronique de “Over the Clouds” son dernier opus dans ce blog à la date du 9 mai. Un album très varié, le premier qu’il enregistre en trio depuis “The Present” en 2006. On y trouve du blues, des ballades, du bop, des morceaux rythmés louchant sur l’afro-beat. Laurent en reprend bien sûr les morceaux en concert. Il se produira le 15 avec Jérôme Regard à la contrebasse et Laurent Robin à la batterie à l’espace Daniel-Sorano (16 rue Charles Pathé, Vincennes) dont il a assuré la programmation artistique de la première édition.

 

Manuel-Rocheman-c-Thibault-Stipal-_-Naive.jpg-Toujours le 15, le New Morning accueille Manuel Rocheman avec le trio du guitariste, chanteur et compositeur brésilien Toninho Horta - Yuri Popoff (contrebasse), Luiz Augusto Cavani (batterie). Enregistré au Brésil et publié en octobre, “Café & Alegria”, le dernier disque du pianiste est consacré à ses musiques. Horta a travaillé avec Elis Regina, Milton Nascimento, Edu Lobo, Chico Buarque, de grands musiciens brésiliens dont il a souvent arrangé les albums. Pat Metheny joue sur deux plages de son premier disque enregistré en 1981. Sa guitare mélodique aux progressions harmoniques sophistiquées s’accorde bien au piano inventif et coloré de Manuel, musicien aujourd’hui plus sensible que virtuose.

You--TSF12.jpg 

-Le 17, c’est à l’Olympia qu’il faut être. TSF Jazz y organise à 20h00 sa grande soirée musicale annuelle. You & The Night & The Music réunit de nombreux jazzmen sur une même scène. On peut préférer celui-ci à celui-là, ne pas adhérer à une programmation dont l’éclectisme n’est pas forcément fédérateur, mais la manifestation reste incontournable. Laurent de Wilde, Jacques Schwarz-Bart, Leïla Martial, Aaron Goldberg, Jacky Terrasson & Cécile McLorin Salvant, Thomas Enhco sont à l’affiche de cette 10ème édition. Daniel Humair en est l’invité d’honneur et, placé sous la direction du saxophoniste anglais Ben Cottrell, l’orchestre de la cérémonie, le Beats & Pieces Big Band est le vainqueur du European Young Artists’ Jazz Award 2011.

 

Aaron Goldberg Trio-Aaron Goldberg en trio au Duc des Lombards le 19 avec Omer Avital (contrebasse) et Ali Jackson (batterie), l’un des concerts évènements de décembre. Avec eux, le pianiste a enregistré “Yes !”, un disque épatant dans lequel, en grande forme, il privilégie le blues, fait chanter ses notes tout en n’oubliant pas d’émouvoir. Ancrée dans la tradition, leur musique profondément authentique semble avoir jailli spontanément. Une seule journée de studio a d’ailleurs suffi pour enregistrer les neuf morceaux de l’album. Oubliant leur technique, partageant des racines communes, les trois hommes s’expriment en toute simplicité et accordent la priorité au feeling.

 

Laura-Littardi.jpg-Laura Littardi de retour au Sunside le 20 avec le quintette qui l’entoure dans “Inner Dance”, un disque qu’elle a fait paraître en début d’année. Recueil de morceaux des années 70 habilement jazzifiés que l’on doit à Graham Nash, Neil Young, Stevie Wonder, il séduit par la fraîcheur de ses arrangements qui habillent autrement la musique. Chanteuse sincère et attachante à la voix d’alto, Laura compose aussi de bonnes chansons comme en témoignent le nostalgique Sunny Days, mais aussi Beautiful Flower et son rythme de bossa, deux des plages de ce nouvel album. On peut faire confiance à Francesco Bearzatti (saxophone et clarinette), Carine Bonnefoy (claviers), Mauro Gargano (contrebasse) et Guillaume Dommartin (batterie) pour porter cette voix attachante et l’aider à tenir ses promesses.

 

Henderson--Eddie.jpg-On retrouve l’infatigable Laurent De Wilde les 21 et 22 décembre au Sunside. Le club l’accueille avec Eddie Henderson, trompettiste avec lequel Laurent a enregistré un de ses meilleurs disques “Colors of Manhattan” réédité l’an dernier. C’était à New York en 1990. Ira Coleman (contrebasse) et Lewis Nash (batterie) en constituaient la rythmique. Celle dont ils vont disposer au Sunside ne sera pas ridicule, l’incontournable Darryl Hall (contrebasse) s’associant à Laurent Robin (batterie) pour rythmer une musique trempée dans le bop et le blues, piano et trompette s’entendant pour improviser, dialoguer et surprendre.

 Anne-Ducros.jpg

Également en décembre : Anne Ducros au Sunside les 26, 27 et 28 décembre. Elle n’a pas sorti de disque depuis “Ella… My Dear” en 2010, se fait discrète mais chante toujours avec swing, gouaille et gourmandise. Accompagnée par Christophe Laborde aux saxophones, Benoît de Mesmay au piano, Gilles Nicolas à la contrebasse et Bruno Castellucci à la batterie, elle reprend les chansons de Marylin Monroe.

 

Elisabeth Caumont © PDCEn janvier ne manquez pas le trio de Pierre Christophe (avec Raphael Dever à la contrebasse et Mourad Benhammou à la batterie) le 1er au Sunside. Le 3 c’est la belle Élisabeth Caumont qui investit le lieu avec Luca Bonvini (trompette) et Philippe Milanta (piano) pour chanter Duke Ellington. Dans le cadre de son French Quarter Festival (du 3 au 31 janvier), le Duc des Lombards invite l’éblouissante Virginie Teychené le 16, le René Urtreger Trio les 21 et 22, et le Nicolas Folmer & Daniel Humair Project (merci pour “Lights”) les 28 et 29.  

 Guirlande

-Centre Wallonie-Bruxelles : www.cwb.fr

-Sunset - Sunside : www.sunset-sunside.com

-Alhambra : www.alhambra-paris.com

-La Dynamo : www.banlieuesbleues.org

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Carré Belle-Feuille : www.boulognebillancourt.com

-Centre Culturel Italien : www.centreculturelitalien.com

-Espace Daniel-Sorano : www.espacesorano.com

-New Morning : www.newmorning.com

 

PHOTOS : Frederic Borey © Christophe Maroye – Patrice Caratini, Baptiste Herbin, Elisabeth Caumont © Pierre de Chocqueuse – Carmen Lundy © James St. Laurent – Laurent De Wilde © Sylvain Gripoix – Manuel Rocheman © Thibault Stipal / Naïve –  Laura Littardi © Aline Castejon Mélanie De Biasio, Aaron Goldberg Trio, Eddie Henderson, Anne Ducros © X./DR.

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27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 09:19

Brad-Mehldau-c-PDC.jpgDIMANCHE 18 novembre

Chick Corea à Pleyel avec Christian McBride et Brian Blade. Ce dernier fut le contrebassiste de son Five Peace Band, quintette avec lequel il effectua deux tournées en 2008 et 2009. Le batteur de la première était Vinnie Colaiuta. En McBride a1992, Chick avait enregistré avec lui au Blue Note de Tokyo un album introuvable pour le marché japonais. Colaiuta indisponible en 2009, le pianiste engagea Blade qui apportait un drive différent, une manière bien à lui de rythmer le répertoire du groupe. Il fit de même à Pleyel, abordant les morceaux sous un angle rythmique différent, leur donnant ainsi une autre jeunesse. Le concert s’ouvrit sur une longue introduction abstraite, un foisonnement sonore sinueux qui vit surgir un thème et un tempo fluide. S’appuyant sur une contrebasse souple et ronronnante, Chick put alors attaquer ses notes avec une vélocité étonnante. On craignait un peu la virtuosité de McBride. N’allait-il pas trop Bladeen faire, entraîner Corea dans une surenchère d’arpèges, d’ornements décoratifs ? Que nenni ! Constamment à l’écoute, il intervint aux bons moments, nous régala de son timbre rond et chantant, d’un balancement rythmique confortable. L’homme pratique avec bonheur une walking bass qui dispense la main gauche du pianiste de trop marquer les basses des morceaux. En solo, il frotte ses cordes, les tire, donne relief et puissance à ses notes, en fait sonner les harmoniques. Le trio reprend des standards, les réinvente et les remet à neuf. Monk est ainsi déstructuré, remonté, repensé. Miles Davis également. All Blues devient ainsi méconnaissable, se pare d’un McBrideautre rythme et de nouvelles couleurs. La main droite mobile et bondissante du pianiste surprend par ses attaques inattendues, ses traits vifs et précis. Héritant d’une structure rythmique inédite, Armando’s Rhumba danse sur des rythmes impairs. Brian Blade n’enferme jamais les thèmes dans des tempos rigides. Il les aère par un jeu de cymbales plein de finesse, un drive délicat et coloré. Il prospecte, donne une nouvelle jeunesse à un répertoire qui ne connaît point l’usure.

 

MERCREDI 21 novembre

Brad-Mehldau-Trio-c-PDC.jpgRetour à Pleyel pour Brad Mehldau. Le pianiste s’est souvent produit en solo ces dernières années. Il retrouve son trio pour une tournée de quelques capitales européennes. Avec Larry Grenadier (contrebasse) et Jeff Ballard (batterie), il a Brad-Mehldau-c-PDC-copie-1.jpgsigné deux des disques les plus réussis de 2012, “Ode”, recueil de compositions originales, et “Where Do You Start” consacré à des standards, des enregistrements de 2009 et 2011 qui ne reflètent pas exactement les concerts actuels du trio. Brad change souvent de répertoire, compose et explore de nouveaux morceaux. L’un de ceux qu’il joue en rappel n’a pas encore de nom. Il reprend aussi des standards, mais aime surtout puiser les mélodies qu’il réharmonise dans la variété américaine et la musique pop. Son récital parisien débuta avec Great Day, une chanson de Paul McCartney, un extrait de “Flaming Pie” enregistré en 2007. Les aficionados du pianiste sont familiers de cet Jeff-Ballard-c-PDC.jpgéclectisme. Ils le savent capable de plonger dans un bain de notes bleues la mélodie qui lui parle, soit-elle de Nick Drake ou d’Elvis Costello. Brad reprend même une chanson sirupeuse de Tony Velona, Lollipops and Roses popularisé par Jack Jones en 1962. En trio, il laisse beaucoup jouer son bassiste, se fait discret pour mieux reprendre la main dans Cheryl, un thème de Charlie Parker qu’il aborde « à la Monk », ses longues lignes de blues étant portées par une contrebasse frémissante. Le blues, il en a plein les doigts. Il lui fait allégeance en interprétant Since I Fell for You de Buddy Johnson. Son piano se fait alors plus orchestral, acquiert une telle dynamique que Larry-Grenadier-c-PDC.jpgses deux complices le laissent achever seul une improvisation babélienne. Car c’est en solo que Brad Mehldau prend le plus de risques, s’approprie la musique pour la faire entièrement sienne. Un de ses morceaux Ten Tune, une pièce étrange, dissonante – Grenadier pas très juste à l’archet – s’y prêta. Ballard peina à trouver le tempo. Le bon rythme installé, le pianiste libéré installa une seconde ligne mélodique, improvisa avec passion de miraculeux voicings. En apesanteur, il rêva une musique qu’il acheva en solo. Capable de jouer des cascades de notes perlées, d’empiler des accords marmoréens, Brad peut aussi effleurer légèrement son clavier, prendre un chorus entier avec sa seule main gauche. Il le fit dans And I Love Her, balade somptueuse de John Lennon & Paul McCartney ornementée de basses puissantes, et dans une version dépouillée de Beatrice, un thème de Sam Rivers qu’affectionne aussi le pianiste Kevin Hays, attendu avec lui l’an prochain à Pleyel.

Photos © Pierre de Chocqueuse 

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22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 08:59

Pas vraiment de jeunes talents. Tous les deux ont du métier, mais peinent à faire connaître et reconnaître leur musique. Des découvertes, des coups de cœur, de ceux qui le font battre plus vite et plus fort…

 

Jeremie-Ternoy-Bill--cover.jpgJérémie TERNOY Trio : “Bill” (Circum-Disc / MVS distribution)

Enregistré en 2007, “Bloc”, précédent disque de Jérémie Ternoy, son second, contenait des plages essentiellement rythmiques et des compositions aux mélodies évanescentes qui révélaient un riche potentiel harmonique. Le pianiste hésitait entre rythme et lyrisme. Ses différents tableaux constituant une suite, “Bill” mêle habilement les deux, les nouveaux morceaux faisant fusionner rythmes et mélodies, Jérémie tissant un discours mélodique sur de longs ostinato, sur des tourneries répétitives dignes de Philip Glass (Répétitifs) qu’il parvient à aérer, à faire respirer. Disposant d’un toucher raffiné, il improvise de longues lignes mélodiques, fait chanter ses notes avec lesquelles il nous raconte des histoires et nous tient constamment en haleine. Il y parvient grâce à la complicité de son groupe, un trio se suffisant à lui-même. Nicolas Mahieux (contrebasse) et Charles Duytschaever (batterie) l’accompagnent depuis plus de dix ans et installent un flux sonore d’une rare fluidité. Cela s’entend surtout, dans Bill morceau onirique aux harmonies surprenantes – parfois tirées des cordes du piano – qui donne son nom à l’album. Quant à Ligoté, pénultième titre de ce recueil, il révèle un musicien dans la plénitude de son art. Jérémie Ternoy a largué les amarres. Oubliant sa technique pour écouter son cœur, il nous régale de ses mélodies rythmées, d’un beau piano que l’on aurait tort d’ignorer.

 

F.-Borey-The-Option--cover.jpgFrédéric BOREY : “The Option” (Fresh Sound New Talent / Socadisc)

Au regard de sa discographie et d’une biographie témoignant de nombreuses rencontres et péripéties musicales, Frédéric Borey n’est pas ce que l’on peut appeler un « talent émergent ». Connu de certains journalistes et de ses confrères musiciens, il est toutefois ignoré par un large public. Je le découvre avec “The Option”, son cinquième album, le premier à me parvenir. Grâce à Arielle Berthoud, attachée de presse indépendante qui assure infiniment mieux que celui de Socadisc, aux abonnés absents depuis de longues années. Installé à Paris depuis septembre, après quatre ans de villégiature à Bordeaux où il enseigna le saxophone, Frédéric Borey a sans doute de meilleures chances de s’y faire connaître. Un concert est prévu le 6 décembre prochain au Sunside. L’occasion idéale d’écouter un musicien qui met sa sonorité au service de compositions témoignant d’un réel souci d‘écriture et de forme. Des années d’études classiques ont façonné l'artiste qui s’est débarrassé de tout ce que l’enseignement avait de trop scolaire pour se forger un langage propre, mélodique, en phase avec le jazz d’outre-atlantique car respectant ses traditions. Lo Zio et son thème acrobatique relève ainsi du bop et Still Raining d’une ligne de blues, mais Frédéric Borey qui se complait dans les registres médium et aigu du ténor sait aussi imaginer des mélodies « mélodieuses » et les faire swinguer. Le son clair et droit de son instrument évoque celui de Warne Marsh et plus près de nous le timbre de Chris Cheek ; à l'alto dans Still Raining, au soprano dans The Option, sa sonorité suave et moelleuse sert admirablement son chant. Une fine équipe soigne et donne du poids à sa musique. Inbar Fridman à la guitare et Camelia BenNaceur (découverte auprès de Billy Cobham) au piano et Fender Rhodes sont avec lui les principaux solistes de cet opus. Invités sur deux plages, Yoann Loustalot au bugle et Mickael Ballue au trombone rehaussent de couleurs des arrangements soignés. Confiés à Florent Nisse et à Stefano Lucchini, contrebasse et batterie n’étouffent jamais la musique, mais la portent, la rendent légère et pneumatique, Mr J.H. révélant le grand talent du bassiste. D’une grande douceur, Olinka réunit guitare, contrebasse et saxophone ténor pour un vrai moment de bonheur.

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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 09:46

Jazz-Soul-Seven--cover.jpgOn ignore la date de cet enregistrement inattendu dans lequel un "all star" de jazzmen sur-vitaminés rend hommage au regretté Curtis Mayfield (1942-1999). Co-produit et arrangé par Phil Upchurch, il est probablement ancien, son dédicataire, Master Henry Gibson, le percussionniste de la séance, ayant été emporté en 2002 par une crise cardiaque. Très demandé dans les studios de Chicago, Gibson joua dans de nombreux albums de Mayfield. Il se distingue aux roto-toms dans “Superfly”, une bande originale considérée comme l’un des chefs-d’œuvre de la soul que reprend la fine équipe de mercenaires qui se distingue ici. Outre Upchurch à la guitare et Gibson aux percussions, la formation réunit Wallace Roney à la trompette, Ernie Watts au saxophone ténor, Russell Ferrante au piano, Bob Hurst à la contrebasse et Terri Lyne Carrington à la batterie. Avant de démarrer une fructueuse carrière sous son nom en 1970, le chanteur fut le leader des Impressions, groupe vocal très actif dans les années 60. Avec eux pour ABC, il signa à partir de 1961 une impressionnante série de tubes inaugurée par Gypsy Woman, une ballade avec castagnettes et guitare flamenco. Cuivres sophistiqués et voix suaves pour It’s All Right (1963) que suivront I’m So Proud, Keep on Pushing, le gospellisant Amen et, en 1965, le célèbre People Get Ready que chanta Aretha Franklin. Les Jazz Soul Seven en donnent d’inventives versions orchestrales trempées dans le groove. Bien que certains morceaux soient plus particulièrement dévolus à certains instruments –Freddie’s Dead largement confié au ténor d’Ernie Watts – , les musiciens sont nombreux à se disputer des improvisations souvent musclées qui prolongent et pimentent des arrangements aux rythmes foisonnants. Le jubilatoire Move On Up en est l’exemple parfait. Guitare et ténor se partagent le thème, mais c’est la trompette qui s’en empare pour le porter, Watts reprenant la main pour conclure. On croit le morceau terminé. Il n’en est rien, car la batterie et les congas font rebondir et relancent la mélodie, Upchurch s’offrant alors un immense solo de guitare, les souffleurs assurant des riffs brûlants pour faire monter la tension. Les solistes sont tous excellents. Wallace Roney impose sa trompette mordorée dans Superfly et Ernie Watts attaque ses notes avec un lyrisme que l’on aimerait bien trouver plus souvent chez les jeunes saxophonistes. Loin des Yellowjackets, groupe dont il est le pianiste depuis les débuts des années 80, Russell Ferrante se montre capable de renouveler son jeu, apporte des couleurs aux compositions de Mayfield, leur donne même une réelle dimension harmonique lorsqu’il en assure les chorus, ceux de It’s All Right, de Check Out your Mind dans lequel il dialogue avec la section rythmique, témoignant d’un réel savoir-faire.

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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 09:45

Jazz-en-Tete.jpgCertaines éditions de Jazz en Tête sont plus enthousiasmantes que d’autres. Impossible de prévoir si les musiciens conviés tiendront la forme, si les concerts seront des réussites. La programmation reste malgré tout d’une cohérence jazzistique peu commune. Pas étonnant que la réputation de ce festival soit si grande. Pour y faire acte de présence, l’amateur de jazz, le vrai, est prêt à tous les sacrifices. Pas question de le manquer pour les Michu qui s'y rendent chaque année depuis qu'ils en ont découvert l'existence. Compte-rendu de deux soirs de fête avec des hauts et des bas, des blanches colombes et des vilains messieurs.

 

JEUDI 25 octobre

Allais-je avoir mon train ? Voyager un jour de grève n’était pas sans risques. Jazz en Tête méritait d’en prendre. Le train partit à l’heure. Le temps passe vite entre bavards et en bonne compagnie. Celle de Franny me permit d’oublier le temps, d’arriver qualitativement plus vite en gare de Clermont. Point de limousine pour nous attendre, mais Papy Jazz rapplique gentiment avec sa voiture pour nous conduire à notre hôtel. Le temps d’y poser nos valises, nous en gagnons un autre, l’Océania, ex-Mercure, un des hauts lieux du festival, un endroit stratégique. Situé presque en face de la Maison de la Culture, les musiciens y logent, y donnent des jam-sessions surprenantes, des moments de grâce dont Monsieur et Madame Michu, sont fiers d’être témoins. Du bout des lèvres, ces derniers me présentent les Dugenoux, eux aussi parisiens. Le hasard leur a fait choisir le même hôtel. Lecteur assidu de l’Encyclopédie Universalis dont il se targue de connaître les 30 volumes publiés, Jean-Jacques Dugenoux énerve Monsieur Michu qu’il ne cesse de contredire et de suivre partout. Le faraud tente de se mêler à nos conversations. Peine perdue : Bajoues profondes adopte l’attitude du taiseux circonspect et Philippe Etheldrède, son Instamatic Kodak dans les mains, rêve aux petits verres qu’il va se faire offrir par le caviste spécialiste de la truffe qui, en ville, expose ses photos.

 

Il est temps de rejoindre les loges de la Maison de la Culture. La plus grande accueille musiciens, journalistes, bénévoles autour d’une vaste table. Il y a là de quoi se restaurer, déguster des vins fins. J’aperçois la fidèle Dodo, chaque année un peu plus jeune. Daniel Desthomas, l’ancien président de l’association Jazz en Tête, affiche une mine réjouie. Grand consommateur d’Aspegic 500, son successeur Nicolas Caillot est là aussi, de même que Circuit 24 toujours en course. Je retrouve Michel Vasset, le photographe officieux du festival (on lui doit les photos en noir & blanc des programmes, des affiches et un livre “L’ombre du Jazz”). Nathalie Raffet mitraille les musiciens qui s’apprêtent à monter sur scène : Baptiste Herbin, Keith Brown, son frère Kenneth nourri comme lui au steak de bison comme en témoigne leur volumineuse carrure. Un grand boulier à la main, Sybille Soulier l’attachée de presse compte et recompte ses journalistes.

 

Xavier-Felgeyrolles-c-Pdc.jpgMalgré les tracas, les problèmes de dernière minute à régler, les factures à payer, Xavier « Big Ears » Felgeyrolles garde le cap. Il est la cheville ouvrière de Jazz en Tête, l’un des seuls festivals de jazz qui accorde au jazz la place qui lui revient, la première. Le budget est modeste, mais Big Ears fait des miracles depuis 25 ans. Il refuse les superstars aux musiques galvaudées qui remplissent arènes, amphithéâtres, vélodromes, camping cars, tentes et boîtes à chaussures. Privilégiant la qualité, il programme des musiciens peu ou pas médiatisés, se méfie de ces « vedettes » qui savent faire parler d’eux, des musiciens bardés de diplômes scholastiques et à la technique époustouflante qui, trop souvent, ne savent rien de la musique qu’ils pensent jouer. Car le jazz possède des racines, une grammaire, un vocabulaire. Les négliger, faire table rase du passé, refuser la pratique des standards, revient à bâtir sur des sables mouvants.  

 

Baptiste-Herbin-a.jpgPour porter cette 25 ème édition de Jazz en Tête, il fallait le nom d’un musicien confirmé, un géant de l’histoire du jazz. Celui d’Herbie Hancock permit d’assurer la couverture médiatique du festival. Son concert fut loin d’être à la hauteur des espérances d’une partie de son public, mais pour l’heure Baptiste Herbin souffle dans son saxophone alto, propose un jazz enraciné dans le bop dont il connaît l’histoire. Cet habitué de la rue des Lombards n’a pas peur de jouer avec les pointures qu’il rencontre. Il aime improviser, sculpter de longues phrases mélodiques qui racontent des histoires, ponctuer le discours de ses partenaires par de brefs commentaires. Le son est ample, volumineux, fiévreux dans Kitana Ko, un des titres de son premier album qui bénéficie d’un confortable balancement rythmique. Ses grappes de notes s’enroulent autour des mélodies qu’elles déclinent. Son premier Keith Brown © PdCdisque renferme des compositions personnelles qui traduisent une étonnante maturité d’écriture. Le funky Brother Stoon met en joie les Michu. Rabat-joie aux esgourdes encrassées, les Dugenoux jugent cette musique passéiste. Ils ne jurent que par un certain Edouard Marcel dont les œuvres expérimentales prisées par l’intelligentsia du jazz parisien provoquent de nombreux suicides. Mais Baptiste n’est pas seul. Trempé dans le blues, le piano de Keith Brown l’accompagne et procure un plaisir immédiat. Ses mains puissantes assurent un jeu percussif. Il sait aérer ses notes, leur donner du rythme, de la couleur. Avec lui à la batterie son frère Kenneth qui souvent en avance sur le temps, pousse au Kenneth-Brown-c-PdC.jpgdéraisonnable, au vertige de la vitesse. Impériale, la basse de Darryl Hall sonne le rappel à l’ordre. Elle est l’élément modérateur, le garant du bon tempo. Une version limpide et inspirée de Sophisticated Lady fut un des grands moments de cette soirée. L’album que Baptiste a enregistré  s'intitule “Brother Stoon” et Harmonia Mundi le distribue. 

 

Ambrose-Akinmusire-c-PdC.jpgLe quintette d’Ambrose Akinmusire est déjà sur scène pour une musique énergique, colorée, pleine d’idées et de contrastes. La grosse contrebasse d’Harish Raghavan, son flux de notes épaisses, vrombissantes, la batterie très présente de Justin Brown qui caresse ses cymbales et en tire des couleurs, apportent un tapis sonore aux solistes, Ambrose à la trompette, Walter Smith III au saxophone, musicien dont la forte personnalité pèse sur la musique. Les deux hommes entremêlent souvent leurs phrases, instaurent un discours ouvert, rubato et largement improvisé. Non sans risque, car l’imagination leur manque ce soir pour le faire décoller, en lever la pâte et la dorer à point. Trop d’espace, pas assez de liant entre des morceaux statiques que les Dugenoux trouvent épatants. Pratiquant un jeu modal, le Walter-Smith-III-c-PdC.jpgpianiste reste sur les mêmes notes, tourne autour, hésite, rejoint la trompette pour un duo émouvant, l’instrument d’Ambrose émettant des sons graves, plaintifs. Je retiens une ballade, un choral introduit par la contrebasse jouée à l’archet, la trompette déclinant le thème à l’unisson du ténor. Le piano en pose délicatement les accords, nous fait enfin un peu rêver.

 

VENDREDI 26 octobre   

Les Volcans, ClermontUne visite à la librairie les Volcans dont les vitrines célèbrent dignement Jazz en Tête. Place de Jaude, nous saluons le Vercingétorix d’Auguste Bartholdi fièrement dressé sur son cheval. Nous remontons la rue des Gras jusqu’à la cathédrale, immense vaisseau de pierre de Volvic qui domine la ville de sa masse sombre. Peu habitué à faire de l’exercice, Bajoues profondes, peine à avancer dans cette rue pentue qui Vercingetorix.jpgaccélère son palpitant. Un peu plus loin, rue du port, Daniel Desthomas y apprécie un restaurant pakistanais qui se révèle effectivement une bonne surprise. Il pleut depuis midi sur Clermont et après une visite à Notre Dame du Port, une des plus belles églises romanes d’Auvergne, nous regagnons trempés le Q.G. du festival pour y apprendre les mesures restrictives ordonnées par le management qui vampirise Herbie Hancock.

 

H. Hancock1 © Ph. EtheldrèdeCe dernier a amené avec lui une protection rapprochée, des gros bras vitaminés au beurre de cacahouètes qui bloquent l’accès des loges. Pas question de déranger le pianiste dans la sienne. Assis en lotus dans la position dite du « Bouddha guilleret », il se concentre, fait le vide, réclame au ciel l’inspiration qui lui fera défaut. Les photos sont interdites. Philippe Etheldrède est habilité à en prendre pour Le Monde. Le quotidien a dépêché Francis Marmande à Clermont. Herbie lui accordera une interview après le concert. Il le débute au piano H.-Hancock3-c-Ph.-Etheldrede-copie-1.jpgacoustique, avec Footprints dont on peine à reconnaître le thème dans un amas de notes adamantines, d’accords plaqués dans les basses du clavier. Avec Sonrisa, la musique devint plus mélodique. On goûte alors au toucher du pianiste, aux harmonies iridescentes dont il garde le secret. Herbie interprète ce morceau dans “The Piano”, son seul album solo. Il se lève pour nous présenter ses jouets, cinq Ipad, deux ordinateurs, deux claviers dont un Korg, puis retourne à son grand piano Fazioli pour une version très lente de Maiden Voyage qui nous conduit au « Pays des Merveilles ». Nappes sonores enveloppantes, envahissantes, Herbie se prend pour le lapin blanc du pays des fées, pour le merveilleux fou volant aux drôles de machines. Chaussé de ses bottes de sept lieux, il appuie sur toutes sortes Auditeur dubitatifde pédales, sur des écrans tactiles, mais a du mal à régler sa cathédrale sonore, à synchroniser ses boîtes à rythmes préenregistrés. Après une version quelque peu bosselée de Chameleon,  Moby Hancock se saisit d’une harpe à bretelle, un AX synthé Roland dont il tire des sons affreux. Le mécontentement altère les traits de certains visages comme en témoigne la photo de cet auditeur qui semble totalement dépassé par ce qu'il entend. Les Michu cherchent à fuir. En vain. Plongé dans un profond sommeil, ronflant comme un moteur, Bajoues profondes leur bloque le passage. Jean-Jacques Dugenoux exulte. Il a naguère dansé sur Rock It et manifeste sa joie. Les avis sont Auditeur-heureux.jpgpartagés. Pour certains, Herbie retombe en enfance. La scène est son parc de jeu. La Nounou musclée qui le surveille lui a prédit une belle carrière. Il rêve déjà des disques qu’il compte enregistrer, en a déjà les titres et les musiques en tête. Lors du traditionnel souper que Jazz en Tête offre à ses invités après chaque concert, les discussions vont bon train, mais dans la bonne humeur. La qualité de la jam-session qui suivit, les prestations lumineuses des deux jumeaux Tixier, Tony au piano, Scott au violon, nous firent vite oublier les bizarreries d’Herbie.

 

Photos © Pierre de Chocqueuse sauf celle de la vitrine de la librairie Les Volcans à Clermont dont j'ignore l'auteur. Les photos d'Herbie Hancock © Philippe Etheldrède que je remercie ici. Celle de Jean-Jacques Dugenoux est © X./ DR.       

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Vu et Entendu
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