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12 octobre 2015 1 12 /10 /octobre /2015 08:26
John TAYLOR : “2081” (Cam Jazz / Harmonia Mundi)
John TAYLOR : “2081” (Cam Jazz / Harmonia Mundi)

Commandée à John Taylor par la BBC Radio 3 pour le Cheltenham Jazz Festival, écrit pour un octette, mais enregistrée par un quartette à l’instrumentation inhabituelle – piano, voix, tuba, batterie –, la musique de ce disque est tout aussi originale qu’inattendue. Autour de John deux de ses fils : Alex, chargé des parties vocales et Leo de la batterie. Batteur du groupe The Invisible, ce dernier enveloppe les compositions du pianiste dans des rythmes binaires qu’il rend souples et légers. Rythmant également la partition, un tuba confié à Oren Marshall, un proche de la famille, assure les basses et, à l’instar d’un cor d’harmonie, prend plusieurs chorus mélodiques (l’introduction du morceau 2081 lui est également confiée). La musique est pourtant loin d’évoquer les débuts du jazz et ses fanfares. Au service d’une nouvelle de l’écrivain américain Kurt Vonnegut Jr. publiée en 1961 sous le titre d’Harrison Bergeron (Pauvre Surhomme en français), elle est même résolument contemporaine avec un piano qui privilégie les couleurs harmoniques, met en valeur les mélodies mélancoliques de John et les textes d’Alex, l’auteur du livret de cet opéra de poche inclassable, du jazz posé sur un mélange de folk-rock typiquement britannique. On pense aux bons groupes anglais des années 60 et 70, à Genesis (la mélodie superbe de Deer On The Moon que dévoile le piano associé au tuba) à Nick Drake aussi, lorsque la pop music était inventive et raffinée. Mais ici point de guitares. Le piano suffit à donner un écrin à la voix, à nourrir la musique, à la rendre touchante. Cet opus atypique témoigne de l’ouverture d’esprit de John Taylor et ne peut que nous faire regretter sa soudaine disparition.

John TAYLOR : “2081” (Cam Jazz / Harmonia Mundi)

Cam Jazz publie autour du 15 octobre un autre album de John Taylor en duo avec son vieux complice Kenny Wheeler disparu en septembre 2014. Les deux hommes l’enregistrèrent il y a plus de dix ans, en mars 2005. Sachant qu’il allait enfin paraître, le pianiste prit le temps de rédiger un texte un texte en la mémoire du trompettiste sous une forme épistolaire : « Ce fut pour moi un privilège de jouer avec toi et j’aurais aimé que tu puisses écouter la musique de ce disque avec moi ». J’aime à penser qu’ils font à nouveau de la musique ensemble, là haut, quelque part. “On the Way to Two” réunit dix morceaux, la plupart de Wheeler. Tour à tour véloce et tendre, ce dernier impose sa sonorité travaillée, son phrasé raffiné, un langage mélodique parfois sombre et soucieux. Une longue et émouvante version de A Flower is a Lovesome Thing (Billy Strayhorn) conclut cet opus plus conventionnel. Constamment à l’écoute de la trompette (ou du bugle), Taylor y joue un piano magnifique.

John TAYLOR : “2081” (Cam Jazz / Harmonia Mundi)

Photos : John, Alex, Leo Taylor & Oren Marshall © Andrea Boccalini

John Taylor & Kenny Wheeler © Peter Bastian

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5 octobre 2015 1 05 /10 /octobre /2015 08:58
Importants petits riens jazzistiques et elfiques

Octobre : les jours raccourcissent, et les soirées, plus fraîches, incitent à la prudence. Le parisien cherche à oublier qu’octobre est aussi le mois des impôts, après ceux de septembre, avant ceux d’octobre. Vache à lait des hommes politiques qui lui font payer leurs folles dépenses, il se console devant les séries TV qui font florès et songe déjà aux nourritures plus riches qu’il aura cet hiver sur sa table : Potages de légumes, choucroutes garnies, petit salé aux lentilles, velouté de champignons, pot-au-feu, fondue savoyarde, d’innombrables plats qui aident à lutter contre le froid. Mais la nourriture de l’amateur de jazz est également sonore. Octobre est un mois plein de surprises et s’il lui reste quelque argent après toutes les taxes qu’on lui colle sur le dos, une pluie de concerts et de disques l’invite à la dépense.

Importants petits riens jazzistiques et elfiques

Prestation inoubliable sur un piano mal accordé de l’elfe Erroll Garner en trio avec Eddie Calhoun à la contrebasse et Denzil Best à la batterie, médiocrement enregistré sous le manteau le 19 septembre 1955 à Carmel, par un admirateur disposant d’un magnétophone de fortune, “Concert by the Sea”, disque d’or en 1958, devint vite le disque le plus apprécié et le plus célèbre du pianiste. Soixante ans plus tard, Columbia Legacy le réédite dans une édition comprenant une interview de Garner et de ses musiciens et onze morceaux totalement inédits, des versions éblouissantes de Night and Day, Sweet and Lovely, Lullaby of Birdland, Bernie’s Tune, S’Wonderful, Laura, du bon, rien que du très bon. Fabuleux lorsque l’on sait qu’Erroll Garner, autodidacte, ne savait pas lire la musique. Ce qui n’empêcha pas les pianistes modernes d’adopter ses conceptions harmoniques et rythmiques. Jouant la mélodie avec un léger retard sur une main gauche marquant les temps de l’accord, Garner provoquait un décalage rythmique générant un swing incomparable. Produit par la pianiste Geri Allen et l’ingénieur du son Steve Rosenthal, entièrement remasterisé et restauré à partir des bandes analogiques d'origine, “The Complete Concert by the Sea” (3 CDs) s’est refait une jeunesse et sonne comme vous ne l’avez jamais entendu.

Un festival de jazz qui programme du jazz, rien que du jazz, ce qui le distingue de tous les autres, c’est Jazz en Tête qui, chaque année en octobre, et depuis 28 ans, fait de Clermont-Ferrand la capitale du jazz. Sa 28ème édition se déroulera cette année du 20 au 24. Une semaine par an, refusant placebos et ersatz partout diffusés, Jazz en Tête défend un jazz de qualité « fidèle aux origines et ouvert aux musiciens de demain ».

Vivre au rythme du jazz, c’est ce que propose l’Association Paris Jazz Club. La 4ème édition du Festival Jazz sur Seine qu’elle organise, se tiendra du 9 au 24 octobre. Une vingtaine de clubs parmi lesquels le Sunset / Sunside, le Duc des Lombards, le New Morning, le Studio de l’Ermitage, le Triton, mais aussi le théâtre du Châtelet y sont associés. 120 concerts – dont ceux de Nicholas Payton, Carla Bley, Romain Pilon et les Melody Makers, des « concerts qui interpellent » – sont ainsi proposés à des tarifs avantageux (Le pass 3 concerts à 40€).

Vous avez payé vos impôts, vous venez de prendre un aller-retour pour Clermont-Ferrand, vous avez acheté le coffret Erroll Garner, mais s’il vous reste encore une poignée d’euros dans votre cochon-tirelire, octobre est encore un bon mois pour sortir, découvrir des musiques qui vous aideront peut-être à traverser l’hiver.

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

Importants petits riens jazzistiques et elfiques

-Le 6 (20h30), le Gil Evans Paris Workshop retrouvera le Studio de l’Ermitage pour le premier des deux concerts qu’il y donnera cet automne. La formation y fêtera également son premier anniversaire. C’est en effet dans cette même salle, le 8 octobre 2014 qu’elle se produisit la première fois en public. Autour de Laurent Cugny aux claviers, de jeunes et talentueux musiciens pour célébrer Gil Evans, ses compositions et ses arrangements. Laurent joue également les siennes, des pièces inédites et d’autres plus anciennes naguère confiées à son Big Band Lumière et à l’Orchestre National de Jazz dont il assura la direction. Aujourd’hui seize musiciens créatifs donnent le meilleur d’eux-mêmes dans un répertoire d’exception. Comment peut-on les ignorer ?

Importants petits riens jazzistiques et elfiques

-Le 12, dans le cadre de Jazz sur Seine, le guitariste Romain Pilon fêtera au Sunset la sortie de “The Magic Eyes”, son troisième album, son plus réussi. Avec lui deux saxophonistes américains qui comptent parmi les meilleurs : Ben Wendel et Walter Smith III, tous les deux au ténor. La rythmique sera bien sûr celle du disque, Yoni Zelnik (contrebasse) et Fred Pasqua (batterie), musiciens avec lesquels Romain a l’habitude de jouer. Financé par de généreux donateurs (Jazz&People est un label de jazz participatif), “The Magic Eyes” réunit en alternance des morceaux en trio et en quintette, des plages lyriques, singulières (The Oxygen Choices) à découvrir sans tarder.

Importants petits riens jazzistiques et elfiques

-Le Théâtre du Châtelet accueillera également le 12 (20h00) les Melody Makers, six musiciens qui ont enregistré chez ECM sous leur nom ou comme sideman et que rapproche un certain raffinement harmonique. Surtout connue comme chanteuse, Eliane Elias est aussi une pianiste émérite. Elle tient l’instrument dans deux disques ECM qu’a gravé Marc Johnson, son époux : “Shades of Jade” en 2004, et “Swept Away” en 2010. Le batteur en est Joey Baron. Il joue aussi dans “39 Steps”, le dernier album du guitariste John Abercrombie qui réunit Marc Copland au piano et Drew Gress à la contrebasse. Ils seront tous les six sur la scène du Châtelet pour constituer des duos, des trios, des quartettes, … Ne manquez pas ce concert événement.

Importants petits riens jazzistiques et elfiques

-Nicholas Payton au Duc des Lombards le 14 et le 15 (19h30 et 21h30) avec Vicente Archer (basse) et Carl Allen (batterie). Ses premiers disques pour Verve révèlent un trompettiste néo-orléanais jouant un jazz traditionnel. “Payton’s Place” (1998) le voit endosser des habits de bopper et changer de direction musicale. Mais c’est avec “Bitches” enregistré en 2009 et 2010, que la soul, le funk deviennent prépondérants dans sa musique. Délaissant son instrument, Payton adopte les claviers, chante, se transforme en homme orchestre. Il possède son propre label, Paytone Records, et vient de publier “Letters”, double CD de 26 morceaux salué par le pianiste Benny Green.

Importants petits riens jazzistiques et elfiques

-« Plongée annuelle et profonde dans le jazz de chez jazz », la 28ème édition du Festival Jazz en Tête se déroulera cette année du 20 et le 24 octobre à Clermont-Ferrand. Déjà présent l’an dernier, plébiscité aujourd’hui dans tous les festivals, Cory Henry, claviériste virtuose, marie habilement, jazz, soul, funk et gospel et sera le 20 à Clermont. Le 21, Ron Carter, un des derniers géants de la contrebasse, rendra hommage à Miles Davis en reprenant des thèmes célèbres de son répertoire. Son quartette comprend une pianiste d’exception : Renee Rosnes. Deux têtes d’affiche le 22, Jeremy Pelt un habitué de Jazz en Tête – sa trompette souffle les notes d’un bop moderne et réjouissant –, et le très attendu « All Star Trio » de Jeff Ballard. Batteur de Brad Mehldau, musicien ouvert à toutes sortes d’aventures (on le trouve associé à de nombreux projets), Ballard innove au sein d’un trio qui mêle la guitare inventive et colorée de Lionel Loueke au saxophone ténor de Chris Cheek. Grande soirée également le 23 avec un jeune pianiste à découvrir sur scène, Sullivan Fortner, auteur d’un premier album qui vient de paraître sur le label Impulse ! À la tête de son Gipsy Project, le grand Bireli Lagrène enchantera les amateurs de guitare. La sienne chante mieux que beaucoup d’autres. Vous le constaterez par vous-même.

Importants petits riens jazzistiques et elfiques

-La grande Carla Bley au New Morning le 21 avec Andy Sheppard (saxophones ténor et soprano) et le toujours fidèle Steve Swallow à la basse électrique. Pianiste modeste, la Dame compense aisément ses faiblesses techniques par ses nombreuses idées et pose de belles couleurs sur ses compositions. Swallow en fait constamment chanter les lignes mélodiques et Sheppard leur apporte un lyrisme non négligeable, souffle des notes d’une rare élégance. Ecoutez-le décliner la mélodie de Utviklingssang dans “Trios”, un disque ECM de 2013. Rien que du bonheur.

Importants petits riens jazzistiques et elfiques

-Les 20, 21 et 22 octobre, Jean-Marc Padovani investira la Chapelle des Lombards (19, rue de Lappe 75011 Paris) qui s’ouvre à nouveau au jazz avec un programme consacré aux compositions de Paul Motian. L’album s’intitule “Motian in Motian” et le saxophoniste en fêtera la sortie avec ses musiciens, Didier Malherbe au doudouk, Paul Brousseau aux claviers, Claude Tchamitchian à la contrebasse et Ramon Lopez à la batterie. On peut ne pas toujours adhérer aux arrangements, parfois très éloignés du jazz qu’appréciait et pratiquait Motian, mais le disque traduit l’enthousiasme de « Pado » et de ses complices.

Importants petits riens jazzistiques et elfiques

-Pour ceux qui ne peuvent se rendre à Clermont-Ferrand, Sullivan Fortner, nouvel espoir du piano découvert auprès de Roy Hargrove, se produira le 26 et le 27 au Duc des Lombards. Avec lui, les musiciens d’un quartette comprenant Tivon Pennicott aux saxophones, Aidan Caroll à la contrebasse et Joe Dyson à la batterie. On espère l’entendre jouer davantage que dans “Aria”, un premier album dans lequel il laisse beaucoup trop de place à son saxophoniste, les quelques plages enregistrées en trio révélant un pianiste très talentueux.

Importants petits riens jazzistiques et elfiques

-Ayant facilement rempli l’Olympia en juin, Melody Gardot y retourne les 26 et 27 octobre pour deux autres concerts. Avec elle, trois souffleurs, un clavier, un guitariste, un bassiste souvent à la basse électrique et un batteur. Au programme : “Currency of Man” qu’elle a fait paraître début juin et qui mêle avec bonheur jazz, soul, blues et gospel, ses magnifiques compositions se voyant superbement arrangées. Sur scène la chanteuse captive par son charisme. On aurait tort de la bouder.

Importants petits riens jazzistiques et elfiques

-Arnault Cuisinier au Sunside le 27 pour fêter la sortie de son nouvel album “Anima”. Le bassiste l’a enregistré avec Guillaume de Chassy au piano, Jean- Charles Richard au soprano et Fabrice Moreau à la batterie. Un disque plus réussi que le précédent grâce à l’interaction qui y règne. Jean-Charles et Guillaume se partagent des solos lyriques et pertinents. Fabrice colore et rythme la musique et Arnault assure le discret leadership de ce quartette à suivre.

Importants petits riens jazzistiques et elfiques

-Aaron Goldberg au Duc des Lombards les 29, 30 et 31 octobre avec Reuben Rogers à la contrebasse et Leon Parker à la batterie. Le pianiste a donné un magnifique concert au New Morning en février, interprétant des extraits de “The Now” publié l’an dernier, un recueil de compositions personnelles voisinent avec des standards du bop, des pièces sud-américaines et un morceau traditionnel haïtien. Aaron aime surprendre par ses relectures inattendues des grands standards de l’histoire du jazz, ses interprétations raffinées de morceaux oubliés, ses harmonies chatoyantes nourrissant son jazz moderne et raffiné.

Importants petits riens jazzistiques et elfiques

-Lizz Wright au New Morning le 30. Les noms des musiciens qui l’accompagnent ne nous ont pas été communiqué. Produit par Larry Klein (Madeleine Peyroux, Melody Gardot), “Freedom & Surrender”, son nouveau disque comprenant compositions originales (co-écrites avec Klein et David Batteau qui, en 1970, enregistra un album mémorable avec John Compton : “In California”) et reprises (To Love Somebody des Bee Gees, River Man de Nick Drake dans lequel intervient le trompettiste Till Brönner). Bénéficiant de très bons musiciens (Dean Parks et Jesse Harris aux guitares, Vinnie Colaiuta à la batterie), invitant Gregory Porter à partager avec elle une chanson, Lizz Wright mêle avec bonheur blues, funk, gospel, folk et country et réussit un album commercial qui n’en reste pas moins attachant.

Importants petits riens jazzistiques et elfiques

-Greg Osby & Vein le 31 au Sunside. On a un peu perdu de vue le saxophoniste ces dernières années. Ses disques Blue Note n’ont pas tous été bien distribués et ses derniers albums ne sont pas parvenus jusqu’à nous. Associé à Vein, trio helvète comprenant Michael Arbenz au piano, Thomas Lähns à la contrebasse et de Florian Arbenz à la batterie, Greg Osby apporte une touche personnelle et bienvenue à leur musique, un jazz moderne dont l’écriture très contemporaine accorde une large place au groove.

Importants petits riens jazzistiques et elfiques

-Toujours le 31, mais au Sunset, David Patrois fêtera la parution de “Flux tendu” (Arts et Spectacles), disque dont j’aime beaucoup la pochette. Il faut aussi en découvrir la musique, conversation énergique entre trois instruments – saxophone soprano (baryton dans In Walked Bud), vibraphone ou marimba, et batterie – qui vont à l’essentiel, non sans lyrisme comme en témoigne les rares ballades d’un album qui associe précision et vitesse (l’acrobatique Flux Tendu), les tempos rapides étant souvent de mise dans ce trio sans contrebasse. Complices, David Patrois, Jean-Charles Richard et Luc Isenmann s’y révèlent particulièrement inventifs.

-Festival Jazz sur Seine : www.jazzsurseine.fr

-Festival Jazz en Tête (Clermont-Ferrand) : www.jazzentete.com

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Théâtre du Châtelet : www.chatelet-theatre.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-New Morning : www.newmorning.com

-Chapelle des Lombards : www.la-chapelle-des-lombards.com

-Olympia : www.olympiahall.com

 

Crédits Photos : “Concert by the Sea” © Michelle Magdalena Maddox / Columbia Legacy –  Romain Pilon Trio + © Pauline Pénicaud – Carla Bley Trio © Bill Strode – Sullivan Fortner © Loop Productions – Melody Gardot © Pierre de Chocqueuse – Aaron Goldberg © Philippe Marchin – Lizz Wright © Concord Records – David Patrois Trio © Gildas Boclé – Gil Evans Paris Workshop, The Melody Makers (Eliane Elias, Marc Johnson & John Abercrombie), Nicholas Payton, Jean-Marc Padovani Quintet, Arnault Cuisinier Quartet, Greg Osby & Vein © Photos X/D.R .

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28 septembre 2015 1 28 /09 /septembre /2015 09:50
Chi va piano, va sano

Qui va doucement, va sûrement : cette maxime s’applique bien à Antonio Faraò et à Enrico Rava qui jouent une musique souvent modale. Ralentissant le rythme harmonique, elle laisse une grande liberté, un large espace aux solistes. Italiens tous les deux, Faraò et Rava ont été influencé par Miles Davis qui en 1959 avec “Kind of Blue” fut le premier jazzman à libérer l’improvisation des accords. Dans “Boundaries”, Antonio Faraò reprend des thèmes d'Herbie Hancock et de Tony Williams, compagnons de Miles dans une aventure mélodique qui dura plusieurs années. Quant à Enrico Rava, il est devenu trompettiste après avoir entendu dans sa jeunesse un concert de Miles à Turin. Tous deux sortent de nouveaux albums. En voici les chroniques.

Chi va piano, va sano

Antonio FARAÒ :

“Boundaries” (Verve / Universal)

-Après “Domi” (2011), en trio avec Darryl Hall et André Ceccarelli et “Evan” (2013) qui réunit Joe Lovano, Ira Coleman et Jack DeJohnette, le pianiste Antonio Faraò continue de nous séduire par un jazz souvent modal au lyrisme très convaincant. “Boundaries” rassemble un quartette de musiciens italiens qui nous sont familiers. Collaborateur occasionnel de Richard Galliano, Mauro Negri a également travaillé avec Enrico Rava et Aldo Romano, enregistrant plusieurs disques avec eux (“Just Jazz” d’Aldo en 2008). Il délaisse ici la clarinette, lui préférant des saxophones ténor et soprano. Faraò retrouve Martin Gjakonovsky, un bassiste avec lequel il joue souvent. Mauro Beggio, le batteur, a également accompagné Rava, mais aussi Enrico Pieranunzi, Franco d’Andrea et Stefano Bollani.

Chi va piano, va sano

Dès Boundaries,la première plage qui donne son nom à l’album, la musique évoque le second quintette de Miles Davis, lorsque Wayne Shorter, Herbie Hancock, Ron Carter et Tony Williams entouraient le trompettiste. Une musique vive, brillamment sous tension en résulte. L’influence d’Hancock est bien sûr perceptible dans les choix harmoniques de Faraò qui n’hésite pas à reprendre son Maiden Voyage, à lui apporter un nouvel arrangement qui modifie son balancement et le rend très différent. Hand Jive de Williams que l’on trouve dans “Nefertiti”, un des plus beaux fleurons de la discographie de Miles, est également au programme d’un album qui est loin d’un pastiche davisien. Mauro Negri ne cherche nullement à jouer comme Shorter et la rythmique aussi souple que percutante, apporte ses propres tempos et personnalise autrement la musique. Le pianiste a composé les autres thèmes de l’album. Coolfunk et Not Easy, pièces dans lesquelles Luigi Di Nunzio se joint au quartette au saxophone alto, le montre plus énergique que d’habitude. Il attaque ses notes avec une agressivité inhabituelle, leur donne swing et intensité. My Sweetness résume bien le piano de Faraò : un beau toucher, un phrasé fluide, des harmonies raffinées. Avec lui, point de notes inutiles mais une technique toujours au service d’une ligne mélodique qui se laisse tendrement fêter.

Chi va piano, va sano

Enrico RAVA Quartet

+ Gianluca PETRELLA : “Wild Dance” (ECM / Universal)

-Enrico Rava sait bien s’entourer. Après avoir bénéficié des pianistes Stefano Bollani puis du jeune Giovanni Guidi, grand espoir du jazz transalpin, le trompettiste travaille depuis deux ans avec un nouveau quartette comprenant le guitariste Francesco Diodati et le batteur Enrico Morello. Le bassiste de la séance Gabriele Evangelista est une vieille connaissance, de même que le tromboniste Gianluca Petrella qui fut membre à part entière du quintette de Rava avant de poursuivre une carrière sous son nom. Présent dans de nombreuses plages, principal soliste dans F. Express, un des grands moments de l’album, il apporte une voix bienvenue, tant dans l’exposé de certains thèmes à l’unisson avec la trompette (Infant, une des courtes pièces qui relève du bop ; Wild Dance, morceau de forme chorale) que dans les dialogues que s’offrent leurs instruments, le trombone fournissant dans Not Funny un habile contrepoint à Rava. Loin d’enfermer les solistes dans des structures rigides, la section rythmique très souple, leur donne beaucoup d’espace, assure une pulsation régulière qui sied au tempo rubato des solistes.

Chi va piano, va sano

Simples, souvent mélancoliques, les compositions de Rava font aussi part belle à sa trompette. Dans les ballades, (Diva qui ouvre l’album), l’instrument chante sur les nappes sonores que crée la guitare. Musicien habile, Francesco Diodati sait varier ses effets et apporte bien des couleurs à la musique. Un long chorus lui est dévolu dans Space Girl construit sur une courte phrase mélodique servant d’ostinato. Dans Overboard, il étire longuement ses notes, le sustain qui les prolonge les plongeant dans le rock. Co-signée par tous les musiciens, Improvisation, la pénultième pièce de l’album, témoigne de la complicité qui les unit. Trompette et trombone mêlent leurs timbres, croisent et décroisent leurs lignes mélodiques, créant un va-et-vient de sonorités fugitives. Presque tous les morceaux ont d’ailleurs été enregistrés en une seule prise, ce qui leur donne une fraîcheur appréciable.

PHOTOS : Antonio Faraò Quartet © Carlo Cantini - Enrico Rava © Andrea Boccalini

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22 septembre 2015 2 22 /09 /septembre /2015 09:00
Stanley COWELL : “Juneteenth” (Vision Fugitive / H. Mundi)
Stanley COWELL : “Juneteenth” (Vision Fugitive / H. Mundi)

Ce disque a une histoire : en 2006, Philippe Ghielmetti contacta Stanley Cowell pour lui faire enregistrer un album relatant la lutte des afro-américains pour l’obtention de leurs droits civiques, une musique porteuse de la mémoire du crime de l’esclavage et qui raconte le jazz. Le pianiste refusa pour finalement accepter. Une séance d’enregistrement fut programmée mais Philippe ne parvint pas à la financer. Cowell remania alors son travail, le transformant en une longue pièce pour orchestre symphonique, chœur et électronique. Intitulée Juneteenth Suite (contraction de June Nineteenth) en souvenir du 19 juin 1865, jour de l’abolition de l’esclavage dans l’état du Texas et désormais fête traditionnelle de la liberté des Noirs américains, l’œuvre fut jouée dans plusieurs universités outre-Atlantique.

Stanley COWELL : “Juneteenth” (Vision Fugitive / H. Mundi)

Grâce à l’opiniâtreté de Philippe et de Vision Fugitive, elle voit aujourd’hui le jour dans une réduction pour piano. Un écho lointain du célèbre We Shall Overcome la précède. Sombre comme l’a souvent été l’histoire de l'Amérique et comme elle l’est malheureusement encore (ces jeunes Noirs tués récemment par des policiers racistes), mais aussi porteuse d’espoir et de lumière, la musique que joue Stanley Cowell est mémoire. La guerre de Sécession la traverse. D’innombrables lynchages aussi. L’époque où, dans le Sud, cette pratique était un passe-temps collectif n’est pas si lointaine. Pour illustrer ces évènements peu glorieux, le pianiste adopte un jeu sobre, fait entendre un piano trempé dans des musiques authentiquement américaines. Le blues, le gospel y sont omniprésents. Le jazz y montre ses origines, déploie ses couleurs et sa modernité. Juneteenth Recollections, une relecture spontanée de la Juneteenth Suite, ferme l’album. Emmanuel Guibert en a réalisé la couverture. Un magnifique livret de photographies (36 pages) l’accompagne. Le considérant comme une œuvre essentielle du patrimoine musical américain, le New York Times en a salué la parution. Il est bien sûr indispensable.

Photo Stanley Cowell © Maxime Pécheteau

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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 09:42
Frontenay : le jazz en jaune

Frontenay (Franche-Comté) : accroché au flanc de la montagne, son château (XIIe siècle) et ses terrasses accueillent l’amateur de jazz. En contrebas, l’église et son cimetière qu’ombrage une allée de tilleuls. L’écrivain Bernard Clavel y repose. Un havre de paix que ne trouble guère la musique du festival qui s’y déroule tous les deux ans. On excuse d’ailleurs bien volontiers ces vibrations de l’air que portent des vents capricieux.

Frontenay : le jazz en jaune

La musique du batteur Mourad Benhammou et de ses Jazzworkers s’ancre dans le hard bop des années 50 et 60, celui des Jazz Messengers d’Art Blakey. Les thèmes sont le plus souvent exposés à l’unisson par la trompette de Fabien Mary, le saxophone de David Sauzay. Au piano, Pierre Christophe fait des merveilles. Ses harmonies nourrissent la musique, lui donnent des couleurs rubicondes.

Frontenay : le jazz en jaune

Les vins de la région colorent ainsi les joues de ceux qui en abusent. Difficile de résister aux Côtes du Jura Tradition, assemblage heureux de chardonnay et de savagnin. Vieilli en fût de chêne six ans et trois mois, ce même savagnin donne le fameux vin jaune qui ne ressemble à aucun autre. Une bouteille de 62cl, le clavelin, en garde les arômes. Dans clavelin, il y a clave, instrument et rythmes adoptés par la musique afro-cubaine. Le vin jaune se marie fort bien avec le jazz. Sa robe cousine avec celle du soleil.

Frontenay : le jazz en jaune

Celle que porte Lou Tavano met en valeur sa jolie plastique. Lou se déplace avec aisance. Elle a fait du théâtre, sait capter l’attention du public, le soulève, le subjugue. Sa voix est fraîche et joliment timbrée. Elle a beaucoup chanté dans les clubs de jazz de la capitale et les festivals sont aujourd’hui nombreux à l’accueillir. Avec elle de jeunes musiciens : Arno de Casanove (trompette) et Maxime Berton (saxophones) pour mettre des couleurs sur une musique qui tend la main à d’autres genres que le jazz, Alexandre Perrot (contrebasse) et Ariel Tessier (batterie) pour lui donner du rythme. Les arrangements habiles de son pianiste et compagnon, Alexey Asantcheeff font ressortir leurs mélodies. Après “Lou Tavano Meets Alexey Asantcheeff”, un premier disque auto-produit, le Lou Tavano Sextet a terminé l’enregistrement d’un album pour ACT. Sortie prévue en janvier 2016.

Frontenay : le jazz en jaune

Nikki et Jules s’entendent pour que la fête commence. Nikki c’est Nicole Rochelle. Elle danse, se trémousse, arpente la scène comme une coureuse de marathon. Difficile de la prendre en photo avec mon vieux Kodak ! Jules c’est Julien Brunetaud. Petit, il est tombé dans la potion magique du boogie et du blues. Avec eux, Bruno Rousselet fait vrombir sa basse électrique et Julie Saury cravache sa batterie. Le swing n’a pas de secrets pour eux. Ils savent chauffer une salle, préparer le terrain à la vedette de la soirée, à Lucky Peterson qui a manqué son avion. Mais ses musiciens sont là, ceux qu’il utilise pour ses concerts européens, de fameux bûcherons dont les cognées chantent les notes lourdes d’un rock’n’roll qui n’est pas ma tasse de thé. J’attends prudemment à la buvette que le brouhaha s’estompe. On y trouve des breuvages beaucoup plus à mon goût. Des agapes qui se poursuivent en jaune tard dans la nuit chez le clan Petitot, Nicolas et son père Dominique. Avec Jean-Claude Pacaud, ils sont les âmes fortes d’un festival qu’il fait bon fréquenter.

Photos © Pierre de Chocqueuse. Clavelin de vin jaune © Photo X/D.R.

Frontenay : le jazz en jaune

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10 septembre 2015 4 10 /09 /septembre /2015 08:32
Une rentrée miraculeuse

Septembre : longtemps réservée à notre progéniture (la rentrée des classes), l’expression « faire sa rentrée » s’applique abusivement à tous, comme si tout le monde attendait l’été pour sortir, et que la « belle saison » entrainait nécessairement une coupure dans nos habitudes. Les vacances que nous ne prenons pas tous ralentissent toutefois le flux d’activité auquel nous sommes soumis et que la technologie, loin de soulager, accentue. Juillet et août sont un peu plus calmes. Moins de CD(s) dans les boites à lettres, moins de courriels dans les « boîtes de réception » de nos ordinateurs. On profite davantage du temps qui file et nous échappe. On réécoute d’excellents disques que de nouvelles et trop nombreuses parutions nous font délaisser. “Ecstasy” de Steve Kuhn, la “Suite Mangrove” d’Olivier Hutman, “Telepathy” de Bill Stewart, “The Invisible Hand” de Greg Osby réunissant Jim Hall et Andrew Hill m’ont apporté un plaisir indicible. Leurs musiques traduisent l’évolution harmonique et rythmique que le jazz a connu à partir des années 60, un jazz qui s’invente aujourd’hui tant en Europe qu’en Amérique et qui est source de joie.

 

Rares au regard de la quantité de disques mis en circulation, des chefs-d’œuvre se cachent pourtant dans le flot furieux de nouveautés que chaque mois de l’année nous apporte. Certains interpellent dès leurs premières notes. Les oreilles se dressent alors, attentives. On abandonne les autres dont les piles s’amoncellent. L’embouteillage auditif est inévitable. Cela n’arrive pas tous les jours, mais le miracle peut à tout moment se produire. Ces dernières semaines, plusieurs disques m’ont ainsi fort réjoui. “The Journey” de Keith Brown, “Boundaries” d’Antonio Faraò, “Solo” de Fred Hersch qui fêtera en octobre son 60ème anniversaire, “Essais / Volume 1” de Pierre de Bethmann qui, en trio, délaisse sa propre musique pour redonner vie à des standards, “2081” de John Taylor enregistré avec ses fils et un tubiste (un opus avec Kenny Wheeler est également annoncé) en sont les principaux. Vous en découvrirez les chroniques cet automne, dans ce blog ou dans Jazz Magazine.

 

J’ai quant à moi pris des vacances, délaissant les méga-festivals indigestes comme le sont les tartes trop crémeuses pour un séjour auvergnat chez l’ami Phil Costing au pied du Cézallier et pour un festival convivial et désaltérant à Frontenay, en Franche-Comté. Difficile de résister à son fameux vin jaune qui lui aussi fait des miracles. Je ne sais si les vins du Jura y ont été pour quelque chose, mais j’ai même assisté à l’un d’entre eux, à un concert très applaudi de Lucky Peterson sans Lucky Peterson. Vous avez dit miracle !

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

Une rentrée miraculeuse

-Les 10, 11 et 12 septembre, Stéphane Belmondo retrouve le Sunside. Avec lui, Thomas Bramerie, le bassiste de “Love for Chet” (Naïve), son dernier disque. Jesse Van Ruler étant indisponible, Alex Freiman le remplace à la guitare. Chet c’est bien sûr Chet Baker disparu en 1988 dont le trompettiste reprend le répertoire, un père spirituel dont il joue magnifiquement la musique.

Une rentrée miraculeuse

-Kevin Hays au Duc des Lombards le 11 avec Mat Brewer (contrebasse) et Greg Joseph (batterie). Ce dernier l’accompagne dans “New Day” son dernier enregistrement pour Sunnyside. Hays utilise divers claviers et excelle au Fender Rhodes, son disque s’ouvrant au blues, au folk, au rock, à toutes sortes de musiques. Le jazzman a enregistré de nombreux albums au piano acoustique (trois disques pour Blue Note), un opus en duo avec Brad Mehldau, et mérite d'être mieux connu.

Une rentrée miraculeuse

-Felipe Cabrera et Leonardo Montana au Duc des Lombards le 16. Le premier fut longtemps le bassiste de Gonzalo Rubalcaba. De nationalité brésilienne, le second est le pianiste du trio d’Anne Paceo. Ils se sont associés pour enregistrer leurs compositions. L’album s’intitule “Night Poems” et renferme une musique chantante et mélancolique portée par une assise rythmique irréprochable.

Une rentrée miraculeuse

-Le batteur Philippe Soirat au Sunset le 18 avec les musiciens de “You Know I Care” (Absilone) son premier album : David Prez au saxophone ténor, Vincent Bourgeyx au piano et Yoni Zelnik à la contrebasse. Assurant depuis fort longtemps dans les clubs parisiens, Philippe a joué avec un nombre impressionnant de jazzmen et a participé à une bonne cinquantaine d’enregistrements. Avec lui point de tempos flottants, mais une rigueur de tous les instants. Son drive favorise le swing et le sert à merveille. Ce premier disque nous replonge dans les grandes années du hard bop. Thelonious Monk, Wayne Shorter, Duke Pearson, Herbie Hancock, Joe Henderson et d’autres en signent les compositions. Elles bénéficient de relectures inspirées.

Une rentrée miraculeuse

-Don Menza au Sunside le 18 et le 19. Né en 1936, le saxophoniste travailla comme soliste et arrangeur pour Maynard Ferguson, Buddy Rich et Woody Herman. Saxophoniste puissant, il excelle également dans les ballades grâce à une sonorité élégante et raffinée. Ses longues phrases lyriques et sensuelles servent toujours les mélodies qu’il ne perd jamais de vue lorsqu’il improvise. Excellent arrangeur, l’auteur de Groovin’Hard, Time Check, et de la Channel One Suite est aussi un musicien de studio réputé. Avec lui les pianistes Alain-Jean Marie (le 18) et Vincent Bourgeyx (le 19), Luka Gaiser (contrebasse) et Bernd Reiter (batterie) complétant la formation.

Une rentrée miraculeuse

-Concert de sortie le 24 au Sunside de “Valparaiso”, nouvel album de Pierre Christophe sur le label Black & Blue. Le pianiste l’a enregistré en quartette avec Olivier Zanot (saxophone alto), Raphaël Dever (contrebasse) et Mourad Benhammou (batterie). C’est son premier disque en studio depuis cinq ans. Il contient dix compositions nouvelles qui témoignent de sa fidélité au swing et au blues qui irrigue ses musiques. Bonheur garanti !

Une rentrée miraculeuse

-Le Petit Journal Montparnasse fête ses 30 ans en musique, et pour deux concerts, le 24 et le 25 (à 21h30), invite David Linx à rejoindre le PJM Orchestra version big band. Dans ses rangs se font entendre d’excellents musiciens parmi lesquels Claude Egea et Sylvain Gontard (trompettes), Michael Joussein et Jerry Edwards (trombones), Baptiste Herbin et Julien Lourau (saxophones), Mauro Gargano assurant la contrebasse et Yvan Descamps la batterie. La formation compte également deux arrangeurs, Mathieu Debordes qui en est aussi le pianiste, et Nicolas Bruche, un autre trompette.

Une rentrée miraculeuse

-Le 29 (à 20H30), allez donc poser vos yeux et vos oreilles dans la cave voutée (XIIe siècle) du 38 rue de Rivoli. Le club programme le Trio Jérôme Beaulieu, trois jeunes musiciens québécois qui se sont fait remarquer l’hiver dernier au Sunside. Autour du pianiste (Jérôme Beaulieu), Philippe Leduc à la contrebasse et William Côté à la batterie. Ils se sont rencontrés à l’Université de Montréal et ont publié deux albums. Le second, “Chercher l'Équilibre” (Effendi Records), a été récompensé en 2014 par le Félix de l'album de l'année dans la catégorie jazz création.

Une rentrée miraculeuse

-Le trompettiste Wallace Roney se produira au Sunside les 1er, 2 et 3 octobre. Sa relation privilégiée avec Miles Davis l’a conduit comme ce dernier à multiplier les projets musicaux. On lui doit quelques grands albums parmi lesquels “The Wallace Roney Quintet” (Warner Bros.) produit par Teo Macero en 1995. Membre du quintette de Tony Williams dans les années 80, il revient à Paris avec une section rythmique de rêve : Buster Williams (contrebasse) et Lenny White (batterie), grands musiciens que l’on ne présente plus. Benjamin Solomon (saxophone ténor) et Victor Gould (piano), complètent la formation.

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Petit Journal Montparnasse : www.petitjournalmontparnasse.com

-La Cave du 38’Riv’ : www.38riv.com

 

Crédits Photos : Stéphane Belmondo, Kevin Hays, Felipe Cabrera & Leonardo Montana, Philippe Soirat, Pierre Christophe, David Linx © Philippe Marchin – “C’est la rentrée”, Don Menza, Trio Jérôme Beaulieu © Photos X/D.R.

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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 09:36
Sommeil d'été

Un meunier ne laissa pour tous biens à trois enfants qu'il avait, que son moulin, son âne, et son chat. Les partages furent bientôt faits : l'aîné eut le moulin, le second eut l'âne, et le plus jeune n'eut que le chat. Ce dernier ne pouvait se consoler d'avoir un si pauvre lot : mes frères, disait-il, pourront gagner leur vie honnêtement en se mettant ensemble ; pour moi, lorsque j'aurai mangé mon chat, et que je me serai fait un manchon de sa peau, il faudra que je meure de faim. Le chat qui entendait ce discours lui dit d'un air posé et sérieux : ne vous affligez point, mon maître, vous n'avez qu'à me donner un sac, et me faire faire une paire de bottes pour aller dans les broussailles, et vous verrez que vous n'êtes pas si mal partagé que vous croyez. Le maître du chat lui avait vu faire tant de tours de souplesse pour prendre des rats et des souris qu'il ne désespéra pas d'en être secouru dans sa misère… (Charles Perrault : “Le Chat Botté”)

Se plonger dans des livres (relire le “Le Chat Botté” dont vous trouvez ici les premières lignes), se baigner dans la mer, se promener en montagne, flâner pieds nus en espadrilles, faire la sieste, réécouter de vieux disques… Comme chaque année, le blogueur de Choc prend des vacances et met son blog en sommeil. Rendez-vous en septembre avec des concerts qui interpellent et passez un bel été en musique.

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23 juillet 2015 4 23 /07 /juillet /2015 08:42
Disparitions
Disparitions

-J’apprends par Philippe Ghielmetti qui lui fit faire plusieurs disques et l’appréciait beaucoup, la disparition de John Taylor le samedi 18 juillet des suites d’un infarctus. La veille, il s’était affaissé doucement pendant un concert donné à Segré (Maine-et-Loire) par le quartette de Stéphane Kerecki dont il était le pianiste. Né le 25 septembre 1942 à Manchester, il allait avoir 73 ans. L’Académie du Jazz lui avait décerné son Prix du Musicien Européen en 2014 pour l’ensemble de son œuvre, récompense remise le 19 janvier dernier au théâtre du Châtelet. C’était la première fois qu’il recevait un prix et il en fut profondément touché. John avait alors joué en solo Ambleside, une composition qu’il affectionnait et qu’il enregistra plusieurs fois. Je l’avais bien sûr retrouvé à cette occasion. J’avais fait sa connaissance quelques années plus tôt, lors des concerts qu’il avait donnés à Paris lors de la sortie de “Patience”, premier disque que Stéphane et John avaient enregistré ensemble, un album moins célèbre que “Nouvelle Vague” publié l’an dernier. John Taylor laisse derrière lui une imposante discographie. Outre plusieurs albums avec Azimuth, trio comprenant la chanteuse Norma Winstone et le trompettiste Kenny Wheeler décédé en septembre dernier, il enregistra plusieurs albums avec le bassiste Palle Danielsson au sein du trio de Peter Erskine puis avec le sien, Martin France remplaçant Erskine à la batterie. Je réécoute non sans émotion ses derniers disques en solo, “Phases” et “In Two Minds”. Leurs harmonies rêveuses et poétiques me touchent profondément.

Disparitions

-Philippe Ghielmetti m’apprend aussi la disparition du pianiste Masabumi Kikuchi, décédé à New York le 7 juillet à l’âge de 75 ans. Philippe m’avait offert deux jours plus tôt une copie d’un de ses disques les plus recherchés, un concert au Japon de Tethered Moon consacré à la musique de Jimi Hendrix. Surnommé Poo, Masabumi enregistra plusieurs albums avec ce trio qui comprenait Gary Peacock à la contrebasse et Paul Motian à la batterie. Né à Tokyo en 1939, il débuta sa carrière de jazzman auprès de Toshiko Akiyoshi et de Charlie Mariano et fut membre du grand orchestre de Gil Evans. C’est toutefois “Susto”, un disque de jazz fusion édité sous son nom en 1981 et dans lequel il joue de nombreux claviers électriques, qui me permit de mieux le connaître. Je découvris plus tard son magnifique piano acoustique dans les disques de Tethered Moon, ceux que Motian fit avec lui, et les siens, souvent en solo, qu’il enregistra au Japon. Son dernier album publié, il le confia à ECM en 2009 qui le sortit trois ans plus tard. Thomas Morgan à la contrebasse et Paul Motian à la batterie l’accompagnent dans dix pièces modales improvisées de forme et de structure très libres. Avec le temps, le pianiste avait acquis beaucoup d’expérience et ses harmonies flottaient avec l’assurance d’un navire certain de braver une tempête. Poo s’asseyait derrière son instrument sans avoir rien préparer, sans savoir ce qu’il allait jouer. Sa musique jaillissait tout simplement. Arigatō Kikuchi San.

Photos : John Taylor © Andrea Boccalini – Masabumi Kikuchi © Arne Reimer

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20 juillet 2015 1 20 /07 /juillet /2015 09:00
Sons d'été

Sept CD(s) capiteux pour l’été, certains plus récents que d’autres, mais tous parus cette année. Une sélection pour le moins éclectique dans laquelle le jazz rencontre parfois d’autres musiques. Ce ne sont pas des disques « repêchés » bien que les textes que je consacre à ces albums soient plus courts que d’habitude. J’ai seulement hâte de mettre les pieds dans l’eau, de voir de plus près les nuages. Ces sont mes dernières chroniques de disques avant la rentrée. Puissent-elles vous donner envie de passer de bons moments avec eux.

Sons d'été

Sinne EEG - Thomas FONNESBÆK : “Eeg / Fonnesbæk” (Stunt / UVM)

-Ce n’est pas la première fois que Sinne Eeg se fait accompagner par une seule contrebasse. “Face the Music”, son disque précédent, Prix du Jazz Vocal 2014 de l’Académie du Jazz, contient deux plages avec Thomas Fonnesbæk. Mais c’est un album entier qu’elle enregistre ici avec lui. On pense bien sûr à Sheila Jordan qui après avoir gravé en 1962 une version de Dat Dere en duo avec Steve Swallow, a beaucoup pratiqué l’exercice, avec Arild Andersen, puis plus tard avec Harvie Swartz et Cameron Brown. La chanteuse danoise relève audacieusement le défi, pose sa voix très juste sur les standards qu’ils reprennent. La contrebasse donne le tempo, joue ses propres lignes mélodiques, commente, instaure un dialogue permanent. Une musique d’une grande fraîcheur en résulte.

Sons d'été

Kevin HAYS : “New Day” (Sunnyside / Naïve)

-Ce disque de Kevin Hays surprend par son instrumentation inhabituelle. Batterie et contrebasse (ou basse électrique) apportent une solide assise rythmique à l’harmonica de Grégoire Maret et aux guitares de Tony Scheer qui avec Hays se partagent les chorus. Ce dernier utilise divers claviers mais joue surtout du Fender Rhodes, instrument dont il est un des grands spécialistes. Plus étonnant, le pianiste chante dans de nombreux morceaux de l’album, “New Day” s’ouvrant aussi au blues, au folk, au rock, à bien d’autres musiques que le jazz. Hays reprend d’ailleurs Sugar Man de Sixto Díaz Rodríguez dont un film de 2012 (“Searching for Sugar Man”) raconte l’histoire singulière. Highwayman, une des grandes compositions de Jimmy Webb est également au programme de ce disque éclectique.

Sons d'été

Magnus HJORTH Trio : “Blue Interval” (Stunt / UVM)

-Marcus Roberts qui adore ce disque n’hésite pas à écrire que son auteur, un pianiste de 33 ans né en Suède et habitant le Danemark, est à la tête de l’un des meilleurs trios de jazz qu’il a écouté depuis longtemps. Enregistré en mai 2013, “Blue Interval” révèle un pianiste de jazz aux racines évidentes. Loin de copier ses maîtres dont il a assimilé le savoir (Hank Jones, Kenny Barron et Marcus Roberts, l’auteur des notes de pochette de l’album), Magnus Hjorth réactualise un genre que d’autres avant lui ont ouvert au be-bop. Le blues dans les doigts, il swingue avec l’élégance d’un Ahmad Jamal, joue avec une sensibilité et une profondeur qui fait souvent défaut aux musiciens actuels.

Sons d'été

Laurent MIGNARD Duke Orchestra : “Duke Ellington Sacred Concert” (Juste une trace / Socadisc)

-En octobre 2014, Le Duke Orchestra que dirige Laurent Mignard fit sensation avec le concert des Musiques Sacrées de Duke Ellington qu’il donna en l’église de la Madeleine à Paris. L’événement fut enregistré et filmé. Les titres réunis sur le CD audio bénéficient d’une bien meilleure prise de son que les originaux enregistrés par le Duke. Quant aux images du DVD, elles sont réellement superbes. Ajoutons que Mignard a eu l’habileté de bâtir le programme de son concert avec les meilleurs moments des trois “Sacred Concerts” que donna Ellington. Pour ce faire, il parvint à réunir plus de 160 artistes. Le Duke Orchestra au grand complet, Mercedes Ellington en récitante, les voix de Nicolle Rochelle, Sylvia Howard et Emmanuel Pi Djob, le danseur de claquettes Fabien Ruiz, mais aussi plusieurs chorales dont l’ensemble Les Voix en Mouvement soulevèrent ce soir là des montagnes.

Sons d'été

Leïla OLIVESI : “Utopia” (Jazz & People / Harmonia Mundi)

-On connaît depuis longtemps la pianiste aux harmonies légères et délicates. Les membres de son quartette, le guitariste Manu Codjia, le bassiste Yoni Zelnik et le batteur Donald Kontomanou nous sont également familiers. Avec “Utopia”, on découvre une musicienne qui soigne la forme de ses compositions, leur apporte de nouvelles couleurs, mais aussi d’autres rythmes. Pour ce faire, Leïla Olivesi a convaincu le saxophoniste David Binney d’être ici de l’aventure. Son saxophone alto donne du muscle et modernise une musique onirique inspirée par les écrits de l’écrivain Cyrano de Bergerac (1619-1655). Textes utopistes littéraires et philosophiques, “Les états et empires de la lune” et “Les états et empires du soleil” semblent avoir libéré l’imagination de la pianiste qui, pour l’occasion, donne joliment de la voix.

Sons d'été

Enrico PIERANUNZI - Federico CASAGRANDE : “Double Circle” (Cam Jazz / Harmonia Mundi)

-On ne présente plus Enrico Pieranunzi, l’un des plus grands pianistes européens, un maître, un poète qui fait chanter ses notes. Moins célèbre, Federico Casagrande quitta Trévise, sa ville natale pour étudier la guitare au Berklee College of Music de Boston. S’il habite Paris depuis plusieurs années, c’est à Udine qu’il a rencontré Pieranunzi. Séduit par son talent, ce dernier lui a proposé d’enregistrer ce disque, une conversation sereine et intimiste entre un piano et une guitare, mais aussi des échanges plus vifs, le bagage technique des deux hommes qui ont co-signé plusieurs morceaux leur permettant toutes les audaces. “Double Circle” contient des compositions d’un grand lyrisme. La seule reprise est Beija Flor, un thème qu’Eddy Louiss et Richard Galliano ont naguère mis à leur répertoire. Ce jazz raffiné et paisible est le fruit d’une belle rencontre.

Sons d'été

Joanna WALLFISCH : “The Origin of Adjustable Things” (Sunnyside / Naïve)

-Fred Hersch ne tarit pas d’éloges sur cette jeune et jolie chanteuse britannique qui vit à New York depuis 2012. Outre une voix envoûtante, elle écrit et compose des chansons poétiques aux mélodies séduisantes. Assurant les claviers et jouant un magnifique piano, Dan Tepfer auquel on doit aussi la prise de son remarquable de l’album, apporte de délicats arrangements minimalistes qui renforcent l’aspect onirique de la musique. Éclectique, flirtant avec le folk, Joanna Wallfisch reprend aussi bien des standards du jazz (Never Let Me Go, Wild Is The Wind) que le très beau Song to a Siren de Tim Buckley dans ce disque très attachant.

"Sons d'été", photo  X/D.R.

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15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 09:33
Une Melody inoubliable

Elle n’a enregistré que quatre albums, mais Melody Gardot sait faire parler d’elle et soigne son image. La chanteuse qui a séduit les amateurs de jazz avec “My One and Only Thrill” est aussi une pop star qui joue de la guitare électrique. Salué par une presse unanime, disque d’or en France trois semaines après sa sortie, “Currency of Man”, son nouvel album réalisé à l’ancienne, mélange heureux de jazz, de soul, de blues et de gospel, est sa plus grande réussite.

Melody Gardot n’a pourtant pas toujours eu bonne presse. Plus proche du fado que de la musique brésilienne, “The Absence” son disque précédent fut plutôt mal reçu par les critiques de jazz. En France, on aime classifier, placer les artistes dans des cases. Melody Gardot qui change de musique à chaque album dérange et déconcerte. Une blanche à la voix sensuelle et chaude qui chante comme une noire ne plait guère aux puristes, aux dogmatiques du jazz. On lui reproche de remplir les salles avec une musique facile, de la variété sophistiquée. On jalouse son succès. C’est oublier qu’elle écrit elle-même ses chansons, que ses concerts sont de vrais spectacles, et qu’elle apporte un soin maniaque à la production de ses disques.

Une Melody inoubliable

Prélude aux trois concerts qu‘elle donna à l’Olympia, celui qu’elle offrit le 24 juin dernier au public de l’Archéo Jazz Festival de Blainville-Crevon, un show inoubliable sous chapiteau, fut l’occasion pour la chanteuse de roder le répertoire de son nouveau disque. Elle pourrait s’offrir de meilleurs musiciens mais ceux qui l’entourent (trois souffleurs, un clavier, un guitariste, un bassiste jouant plus souvent de la basse électrique que de la contrebasse et un batteur bûcheron dont les bras sont de vrais troncs d’arbre) assurent parfaitement et anonymement leur travail. À part quelques thèmes qui la voient s’accompagner au piano, Melodie Gardot, large chapeau à la Zorro, pantalon en cuir et chemisier noir, les yeux dissimulés par d’épaisses lunettes, assure à la guitare rythmique et parfois au piano. Elle possède une réelle présence scénique, dialogue souvent en français avec un public dont elle fait chanter sa musique.

Une Melody inoubliable

Melody GARDOT : “Currency of Man” (Decca / Universal)

Bien qu’enregistré à Los Angeles, “Currency of Man” porte les rythmes et les couleurs de Philadelphie, sa ville natale. Les musiciens l’ont enregistré dans les conditions du direct, dans une seule et même pièce. Ils jouent souvent avec un léger retard sur le temps, ce qui donne à la musique une coloration soul, un groove bien plus présent. Il existe deux versions de l’album. La première sous boîtier plastique comprend dix morceaux. La seconde, un digipack, les place dans un ordre différent. Cinq autres plages s’y ajoutent. Habilement agencés, ils constituent une suite, se donnent la main sans s’interrompre. C’est bien sûr cette dernière qu’il faut vous procurer.

Une Melody inoubliable

Six ans après “My One and Only Thrill”, Melody Gardot retrouve Larry Klein. Il a produit de grands disques de Joni Mitchell, Madeleine Peyroux, Herbie Hancock (“River : the Joni Letters”, “The Imagine Project”) et sait habilement guider ses artistes tout en leur laissant tout pouvoir de création. La chanteuse souhaite un disque que l’on peut écouter de bout en bout, avec des morceaux s’enchainant les uns avec les autres, comme l’histoire du rock et sa « décade prodigieuse » (1967-1976) en ont parfois produits. Un disque enregistré comme naguère sur bandes analogiques afin de lui donner une sonorité chaude, moelleuse et que les timbres des instruments soient parfaitement audibles. Son diapason est également plus bas. Melody l’a voulu ainsi car parfaitement adapté à son chant, le la à 432 (au lieu de 440) donne une sonorité plus naturelle à la musique.

Une Melody inoubliable

Ayant eu l’occasion de participer à “Autour de Nina”, un disque hommage à Nina Simone, Melody a été enthousiasmée par le travail de l’ingénieur du son Maxime Le Guil et par les arrangements de Clément Ducol, un autre français. Conseillé par Le Guil qui met superbement en valeur la voix de la chanteuse, l’enregistrement s’est fait avec de vieux magnétophones, de vieux micros qui ont fait leur preuve et les musiciens utilisent des amplis à lampe. Les cuivres sont arrangés par Jerry Hey (Al Jarreau, Michael Jackson, Manhattan Transfer) et les cordes par Clément Ducol. Très soignées, ces dernières apportent un aspect romantique à la musique, la rendent élégante et rêveuse.

Dans “Currency of Man” (un titre difficile à traduire), Melody Gardot questionne l’homme d’aujourd’hui. Comment définir sa valeur ? Par l’argent ? Par son talent ? Qu’a-t-il à offrir ? La chanteuse ne donne pas de réponse. Elle observe sans prendre parti, commente sans juger. Ses textes parlent de la vie des gens, de ceux qui connaissent des temps difficiles et se battent pour gagner, qui luttent pour triompher, du racisme de toujours dans Preacher Man, un titre porté par des riffs de guitare, le morceau le plus rock.

Une Melody inoubliable

Utilisées comme des vagues, des cordes embellissent Don’t Misunderstand que la voix introduit. Le tempo est lent, bercé par la guitare. Les deux premiers tiers du disque, des plages groovy, bénéficient de choristes, d’un orgue que se partagent Pete Kuzma et Larry Goldings. Les cuivres sont également très présents. It Gonna Come, She Don’t Know et Same to You, des morceaux funky aux basses puissantes, profitent de leurs riffs. Dans Bad News, ils chantent et pleurent le blues. Succédant à un court instrumental dédié à Charles Mingus, Preacher Man est introduit par une chorale constituée par les voix de chanteurs et chanteuses que Melody a sélectionnée via Facebook. Magnifiquement chanté et arrangé, No Man’s Prize baigne dans le jazz ; le miraculeux Morning Sun dans le gospel. Le disque s’achève sur des ballades mélancoliques que sépare un court instrumental joué au piano. Violons et violoncelles en soulignent les mélodies exquises. Il n’y a plus de section rythmique, juste un écrin de cordes pour magnifier la voix.

Une Melody inoubliable

Photos : Melody Gardot à Blainville-Crevon (Archéo Jazz Festival) © Pierre de Chocqueuse

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