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17 janvier 2017 2 17 /01 /janvier /2017 08:24
Blue Chet

Janvier : sa neige, ses vents soufflant en tempêtes, ses jours beaucoup trop courts. On s’est partagé en famille ou entre amis la galette des rois à l’Épiphanie le 8, on a adressé ses vœux (par e-mail, ce qui est bien pratique) à ses proches et rangé les boules multicolores du sapin jusqu’à l’année prochaine. Janvier, c’est aussi la traditionnelle remise des prix de l’Académie du Jazz dont j’assure traditionnellement le compte rendu dans ce blog et le Festival Sons d'Hiver (du 13 janvier au 5 février). C’est également le Festival Premiers Plans d’Angers consacré à la découverte des premiers films de réalisateurs européens. J’y ai découvert “Diamant Noir” d’Arthur Harari l’an dernier, “La Niña de Fuego” de Carlos Vermut il y a deux ans, des films forts qui témoignent du renouvellement du cinéma européen.

 

Je n’ai jamais beaucoup apprécié Dalida, les chansons de son répertoire, cette variété facile qui la rendit célèbre. Si le biopic que lui consacre Lisa Azuelos fait grand bruit, l’amateur de jazz se laissera tenter par “Born To Be Blue”, un film de Robert Budreau consacré à Chet Baker dont la sortie discrète (4 salles parisiennes le programment contre 28 pour “Dalida”) témoigne de la difficulté que rencontre le jazz à trouver un public. Quoiqu’il en soit et malgré ses défauts, ce biopic n’est pas sans intérêt. Il porte sur une période bien précise de la vie du trompettiste, entre son emprisonnement à Lucca en 1961 pour usage de stupéfiants – il y reste enfermé seize mois –, les premières scènes du film, son passage à tabac en 1968 en Californie qui lui brisa la mâchoire et son retour à la scène en 1973. Des retours aux années 50 filmés en noir et blanc, images s’inspirant de nombreuses photographies de William Claxton, en compliquent un peu la narration, le réalisateur n’hésitant pas à prendre des libertés avec la vérité historique.

 

“Born To Be Blue” est une fiction basée sur des faits réels. Jane et Elaine, les deux personnages féminins magnifiquement interprétés par Carmen Ejogo la révélation du film, incarnent ainsi à elles deux toutes les femmes que Chet a aimées dans sa vie – Helima que Claxton a souvent photographiée, Carol qui a réellement compté pour lui (Jane dans le film), Ruth que l’on voit beaucoup dans “Let’s Get Lost”, film incontournable que Bruce Weber réalisa en 1988, Diane qui fut sa dernière compagne. Si le personnage de Richard Bock qui produisit les premiers disques de Chet Baker sur son label Pacific Jazz est trop stéréotypé pour être crédible, Ethan Hawke dans le rôle de Chet Baker parvient à convaincre. Kevin Turcotte, un jazzman canadien, joue avec bonheur ses parties de trompette – il double aussi celles de Miles Davis et de Dizzy Gillespie qui apparaissent brièvement. Mais, nonobstant sa performance d’acteur, Ethan chante lui-même plusieurs ballades et se montre très émouvant dans ses interprétations de My Funny Valentine et de I’ve Never Been in Love Before, des morceaux que Chet se plaisait à reprendre.

 

J’ai eu plusieurs fois l’occasion de rencontrer Chet Baker lorsqu’il se produisait à Paris dans les années 80. Il pouvait se montrer agressif mais, lors de nos trop brèves rencontres, il ne manifesta jamais la moindre hostilité à mon égard. J’aimais le lamento de sa trompette, son jeu économe, aéré, main dans la main avec le silence, les moments magiques qu’il nous faisait partager lors de ses concerts au cours desquels il soufflait de longues phrases sensibles et délicates, des confidences mélodiques souvent douloureuses qui me touchaient profondément. Il jouait mieux que jamais, malgré ou grâce à la drogue (lui seul le savait), à sa force de caractère, un mental très solide qui lui permettait de tenir physiquement. Chet Baker, l’émotion à l’état pur que conserve ma mémoire, Chet en bleu et en jazz, éternellement.

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

-Dans le cadre du Festival Sons d'Hiver, ne manquez pas le 17 à Arcueil (espace Jean Vilar, 20h30) le duo réunissant le trompettiste Wadada Leo Smith et le pianiste Vijay Iyer, complicité qui trouve son origine dans le Golden Quartet de Smith, formation à laquelle Iyer participa de 2005 à 2010. Un enregistrement ECM de 2016 actualise leurs recherches. 

-Publié il y a une quinzaine d’années, “Milagro”, premier album de Natalia M. King, chanteuse et guitariste américaine installée à Paris depuis 1998, fit l’effet d’une bombe : une voix forte, rageuse, expressive criant le blues, chantant le jazz et la soul, naissait au monde. D’autres albums suivirent dans l’indifférence presque générale jusqu’à “Soulblazz” (Jazz Village) en 2014, un disque enregistré avec la complicité de musiciens français (Stéphane Belmondo, Pierrick Pédron, Dominique Cravic). “BlueZzin T’ill Dawn” (“Le Blues jusqu’à l’aube”), un album en quintette de 2016 sur Challenge Records, confirma son retour. Natalia M. King sera sur la scène du Duc des Lombards le 17 et le 18 janvier (19h30 et 21h30). Avec elle : César Poirier (saxophone, clarinette, flûte), Fred Nardin (piano) et Anders Ulrich (contrebasse).

-Sarah Lenka au Sunset le 20 et le 21 avec Taokif Farah et Fabien Mornet aux guitares (ce dernier également au banjo), Malo Mazurié à la trompette et Manuel Marchès à la contrebasse. Après deux disques de jazz, “Am I Blue” en 2008 et “Hush” en 2012, la chanteuse a fait paraître l’an dernier sur le label Jazz & People “I Don’t dress Fine”, album entièrement consacré au répertoire de la grande Bessie Smith, un répertoire qu’elle aborde dans un registre folk / blues en libérant les émotions qui la traversent » tout en préservant la mélancolie de ces chansons par une voix rauque, délicieusement éraillée.

-Pierre de Bethmann et son Medium Ensemble au New Morning le 21. Créé en 2013, la formation aligne douze solistes de premier plan, huit d’entre eux officiant sur des instruments à vent, des musiciens sans lesquels la musique savante de Pierre – vaste toile mélodique, harmonique et rythmique – ne serait pas si fluide. Chloé Cailleton (voix) Stéphane Guillaume (flûtes), Sylvain Beuf (saxophone alto), David El-Malek (saxophone ténor), Thomas Savy (clarinette basse), Sylvain Gontard (trompette), Camille Lebréquier (cor), Bastien Ballasz (trombone), Bastien Stil (tuba), Simon Tailleu (contrebasse) et Karl Jannuska (batterie) entourent le pianiste souvent au Fender Rhodes pour apporter d’autres couleurs à ses arrangements sophistiqués. Après “Sisyphe” en 2014, le Medium Ensemble a récemment publié « Exo”, double CD édité sur Alea, label récemment fondé par Pierre pour développer ses projets musicaux en toute indépendance.

-Cécile McLorin Salvant au Trianon également le 21 (19h00), soirée patronnée par Jazz Magazine. Deux autres chanteuses dont l’une pour le moins discutable assurent la première partie. Qu’importe, car c’est bien Cécile qui nous intéresse. Elle possède une des plus belles voix que le jazz nous offre aujourd’hui, une voix de velours à la large tessiture. Avec elle, le pianiste Aaron Diehl, un orchestre à lui seul. Le blues plein les doigts, il apporte des couleurs et des harmonies contemporaines aux vieilles chansons que Cécile aime reprendre. Paul Sikivie à la contrebasse et Lawrence Leathers à la batterie complètent sa formation. Ils l’entourent dans “For One to Love” (Mack Avenue), publié en 2015 et Prix du Jazz Vocal de l’Académie du Jazz. Pour ma part, je souhaiterais que la chanteuse s’ouvre à un répertoire plus moderne. Elle en a la capacité mais en a t-elle le désir ?

-Yotam Silberstein au Sunside le 26. Le guitariste y fêtera la sortie de “The Village” (Jazz & People), cinquième album publié sous son nom. Il y impose ses lignes mélodiques, son articulation fluide, son intérêt pour toutes sortes de musiques, la milonga argentine, le flamenco, la samba, sans oublier le jazz de Lennie Tristano qui le conduit à des exercices de haute voltige avec son pianiste. Natif de Tel Aviv et installé à New York depuis 2005, Yotam Silberstein bénéficie dans cet enregistrement d’une section rythmique exceptionnelle. Aaron Goldberg (piano), Reuben Rogers (contrebasse) et Greg Hutchinson furent naguère les accompagnateurs du saxophoniste Joshua Redman. Il n’était toutefois pas possible de les faire venir à Paris pour un seul concert. Yonathan Avishai (piano), Yoni Zelnik (contrebasse) et Daniel Dor (batterie) seront donc ses partenaires au Sunside. Difficile donc de faire la fine bouche.

-Le 26, le pianiste Craig Taborn se produira en solo à Vincennes (auditorium Jean-Pierre Miquel, 20h30). Capable de dynamiter le tissu musical, abordant la musique avec une liberté pleine et entière, le pianiste est également capable de faire preuve de lyrisme. Publié sur le label ECM en 2011, “Avenging Angel” étonne par son approche mélodique, sa puissance, ses notes qui hypnotisent. 

-Élue en 2015 meilleure vocaliste de Jazz de l’année aux Parliamentary Jazz Awards, récipiendaire des très convoités BBC Jazz Awards en 2001, Norma Winstone se produira en trio au New Morning le 27 janvier (20h30). Glauco Venier (piano) et Klaus Gesing (clarinette basse et saxophone soprano) l’accompagnent dans ses trois derniers albums, tous enregistrés pour ECM : “Distances” (Prix du Jazz Vocal 2008 de l’Académie du Jazz), “Story Yet to Tell” (2010) et “Dance Without Answer” (2014), des opus sobrement arrangés et à la musique intimiste. Improvisant avec ses propres onomatopées, Norma Winstone possède un phrasé réellement personnel. Son talent, sa grande musicalité, lui permirent de mener à bien une carrière qu’on ne peut que lui envier. Les formations de Mike Westbrook, John Surman, Kenny Wheeler, Michael Gibbs et John Taylor qui fut un temps son mari accueillirent sa voix singulière. Ne manquez pas cette rare opportunité de l’entendre.       

-Festival Sons d'Hiver : www.sonsdhiver.org

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-New Morning : www.newmorning.com

-Le Trianon : www.letrianon.fr

 

Photos : Ethan Hawke & Carmen Ejogo : photo du film de Robert Budreau “Born To Be Blue” – Vijay Iyer & Wadada Leo Smith © John Rogers – Natalia M. King © Paul Bourdrel – Sarah Lenka © Hugues Anhès – Pierre de Bethmann Medium Ensemble © Tom Spianti – Cécile McLorin Salvant © Mark Fitton – Yotam Silberstein © Gulnara Khamatova – Craig Taborn © Rue Sakayama – Norma Winstone Trio © Glauco Comoretto.     

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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 12:25
Voeux 2017

   Bonne et heureuse année 2017

 

- Felice anno nuovo - Happy New Year - Feliz año nuevo - Frohes neues Jahr - Feliz ano novo -

 

                                                                 "Aerostatic" © Harry Grant Dart 1908.

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24 décembre 2016 6 24 /12 /décembre /2016 10:59

 

                                 Joyeuses Fêtes à tous et à toutes

 

Alimenté chaque semaine par des chroniques de disques et de livres, des concerts qui interpellent, des éditoriaux en rapport avec une actualité en effervescence, ce blog, créé en septembre 2008 et rentré dans sa neuvième année d’existence, s’efforce de satisfaire les amateurs de jazz exigeants. Il est temps de le mettre en sommeil jusqu’à la mi-janvier, de laisser passer les Fêtes que je vous souhaite bonnes et heureuses.                                  

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15 décembre 2016 4 15 /12 /décembre /2016 10:00
Chocs 2016 : 13 disques qui font partout parler

Vous les attendiez amis lecteurs, les voici avec leurs pochettes, chaque disque faisant l’objet d’un commentaire justifiant leur présence au sein d’une sélection forcément subjective. Contrairement aux années précédentes, je n’ai pas eu à écarter d’autres enregistrements qui méritaient de figurer dans ce palmarès. Sauf “Gershwin, disque réunissant Jean-Marc Foltz (clarinettes) et Stephan Oliva (piano) qui a fait l’objet d’un service de presse, a eu une chronique dans le numéro de juin de Jazz Magazine mais n’est jamais sorti suite à des problèmes de distribution. Il doit paraître au printemps prochain. Un Choc pour 2017 très certainement.

 

Le piano est une fois encore à l’honneur dans ce palmarès. Giovanni Guidi confirme sa place dans le peloton de tête des pianistes italiens, “Ida Lupino étant toutefois une œuvre collective que se partagent quatre musiciens. Si Brad Mehldau et Jacky Terrasson sont habitués aux récompenses, le pianiste franco-israélien Yonathan Avishai se révèle à nous par un deuxième album enthousiasmant. Autres surprises, Bill Charlap sort le meilleur disque de sa déjà longue carrière et l’enregistrement inattendu du dernier concert que donna au Japon Masabumi Kikuchi nous fait regretter sa disparition. Personne n’imaginait que Nils Cline allait tremper sa guitare dans le jazz et que, confié à l’arrangeur Michael Leonhart, le disque dont il avait toujours rêvé serait si réussi. On n’attendait pas non plus une reformation de Steps Ahead. Associé le temps d’une séance d’enregistrement et quelques concerts au WDR Big Band de Cologne, ce groupe légendaire fait des étincelles. De même que Hans Ulrik, saxophoniste danois inconnu en France qui nous offre une “Suite of Time” dont le jazz peut être fier.   

 

Le jazz intimiste est également à la fête grâce à Jean-Christophe Cholet qui, sans son remarquable trio mais associé au trompettiste Matthieu Michel, réussit un opus d’une rare élégance. Quant au saxophoniste Christophe Panzani, il choisit de dialoguer avec sept pianistes différents dans “Les âmes perdues, son premier disque sous son nom. Une seule chanteuse dans ce palmarès 2016, mais pas n’importe laquelle. René Marie impose son immense talent dans “Sound of Red”, un disque dont elle signe également le répertoire. Un seul inédit, mais de taille, “All My Yesterdays réunit les tous premiers concerts du Thad Jones / Mel Lewis Orchestra, formation incontournable de l’histoire du jazz moderne. Reste à vous souhaiter que ces treize albums trouvent grâce à vos yeux et à vos oreilles. Bonnes fêtes à tous et à toutes.     

 

12 nouveautés…

Yonathan AVISHAI / MODERN TIMES : “The Parade” (Jazz & People / Pias)

Chronique dans le blog de Choc du 25 novembre

Après“Modern Time” enregistré en trio, le pianiste franco-israélien Yonathan Avishai ose un magnifique album en quintette qui mêle habilement tradition et modernité. “The Parade confirme également le talent d’un compositeur dont la musique construite autour d’habiles et entêtantes ritournelles nous conduit dans les Caraïbes et à la Nouvelle-Orléans, lorsque, influencé par ses sources africaines, le jazz y était roi. Plus épicée que celle de “Modern Time, la musique de “The Parade n’en reste pas moins minimaliste. Peu de notes, mais des lignes mélodiques lisibles et aérées que met en valeur un pianiste élégant et sensible. L’aspect méditatif de son jeu économe, l’importance qu’il accorde au silence donne de l’air à la musique dont les rythmes simples et efficaces favorisent un swing irrésistible. César Poirier (saxophone alto et clarinette), Inor Sotolongo (percussions), Yoni Zelnik (contrebasse) et Donald Kontomanou (batterie) participent avec lui à ce beau voyage en terre américaine, nouveau monde au sein duquel fusionna bien des cultures.

Bill CHARLAP Trio : “Notes from New York” (Impulse ! / Universal)

Chronique dans Jazz Magazine n°683 - mai (Choc)

Dans ce répertoire de chansons extraites de comédies musicales (Tiny’s Tempo mis à part) enregistré en trio avec ses musiciens habituels – Peter Washington (contrebasse) et Kenny Washington (batterie) –, Bill Charlap allie précision de toucher et fermeté rythmique. Des doigts agiles parent ces vieilles et inusables mélodies de riches couleurs harmoniques, font pleuvoir sur elles un swing irrésistible. Espiègle (sa version de I’ll Remember April qui ouvre le disque), romantique (There is no Music), sollicitant tout le registre de l’instrument au cours d’improvisations acrobatiques, fin rythmicien de surcroît, le pianiste varie constamment son jeu. Joué en solo sur un tempo inhabituellement lent, On the Sunny Side of the Street révèle une sensibilité insoupçonnée. Bill Charlap signe ici le meilleur album d'une déjà longue carrière.

Jean-Christophe CHOLET / Matthieu MICHEL : “Whispers

(La Buissonne / Harmonia Mundi)

Chronique dans le blog de Choc du 10 mai

Jazz ? Musique improvisée ou contemporaine ? Qu’importe, car ici la musique s’impose, majestueuse dans sa simplicité, son absence d’artifice. Enregistré avec Matthieu Michel qui joue ici du bugle, instrument dont le timbre est plus doux que celui d’une trompette, la musique de “Whispers” semble naître de la brume, jaillir du silence, se chante, mais aussi se murmure. Les tempi sont lents, les harmonies magnifiques. Possédant un toucher élégant, Jean-Christophe Cholet fait magnifiquement sonner le piano du Studio La Buissonne. Peu de notes, mais de l’espace pour les faire respirer, pour goûter leurs nuances. L’accordéon de Didier Ithursarry renforce l’aspect crépusculaire de la musique, lui ajoute grâce et mystère. Présent sur quelques plages, Ramon Lopez ne se préoccupe pas des barres de mesure mais aère et colore le tempo, fait bruisser ses cymbales et parler ses tambours. Le rythme devient ici foisonnement, ponctuation sonore. Il est souvent suggéré, esquissé. Le swing n’a pas sa place dans cet album poétique, ce jazz de chambre intemporel à marquer d’une pierre blanche.

Nels CLINE : “Lovers” (Blue Note / Universal)

Chronique dans le blog de Choc du 23 septembre

Double CD renfermant dix-huit morceaux instrumentaux, “Lovers” fait entendre une musique d’ambiance sophistiquée et romantique relevant de la musique de film et du jazz. Souhaitant retrouver dans son disque un peu de la musique de Gil Evans, Quincy Jones, Gary McFarland, Johnny Mandel et Henry Mancini, ses arrangeurs préférés, le guitariste Nels Cline chargea Michael Leonhart de donner les couleurs de ses rêves à un matériel thématique singulièrement éclectique. « Pas trop de saxophones, mais des clarinettes et des flûtes » précise Cline dans ses notes de pochette. Si son jeu et son phrasé relèvent du jazz, le guitariste ne dédaigne pas recourir à des sonorités modifiant fréquemment le timbre de sa guitare. Cinq jours de studio furent nécessaires à l’enregistrement de dix-huit morceaux instrumentaux qui proviennent de films et de comédies musicales. Des thèmes de Jimmy Giuffre, Gábor Szabó, Arto Lindsay, Sonic Youth et Annette Peacock complètent un répertoire pour le moins éclectique au sein duquel Nels Cline est quasiment le seul soliste.

Giovanni GUIDI / Gianluca PETRELLA / Louis SCLAVIS / Gerald CLEAVER :

“Ida Lupino” (ECM / Universal)

Chronique dans le blog de Choc du 15 septembre

Un quartette associant le temps d’une séance d’enregistrement le piano de Giovanni Guidi, le trombone de Gianluca Petrella, les clarinettes de Louis Sclavis et la batterie de Gerald Cleaver. Intitulé “Ida Lupino”, le disque qui en résulte fait entendre un matériel thématique très largement improvisé que les musiciens réunis ici, tous sur la même longueur d’onde, rendent singulièrement inventif. Bien que l’étroite complicité unissant Guidi et Petrella soit au cœur du dispositif orchestral, la présence de Sclavis aux clarinettes et de Cleaver à la batterie est loin d’être anodine. Le batteur joue d’ailleurs sur un des meilleurs opus du pianiste, “We Don’t Live Here Anymore” (Cam Jazz) qui propose une musique très libre, proche de celle que contient ce nouvel album. Ida Lupino et Per i morti di Reggio Emilia mis à part, les autres morceaux, tour à tour abstraits et lyriques, ont été créés en studio. Affirmant un ample jeu mélodique, le pianiste confirme sa place dans le peloton de tête des pianistes italiens.  

Masabumi KIKUCHI : “Black Orpheus” (ECM / Universal)

Chronique dans le blog de Choc du 15 avril

Donné au Bunka Kaikan Recital Hall de Tokyo en 2012, ce récital de Masabumi Kikuchi qui devait s’éteindre à New York le 6 juillet 2015 reste le dernier concert de sa carrière. Jouer en solo lui avait permis d’acquérir une solide expérience. Le pianiste avait d’ailleurs enregistré pour le label Verve plusieurs disques en solo, aussi envoûtants que méconnus. Neuf pièces improvisées constituent le programme de “Black Orpheus. Leurs tempos ne sont jamais rapides et les rares mélodies disparaissent sous des accords tumultueux, des flots de notes martelées qu’accompagnent de nombreuses dissonances. Dans les parties lentes, le pianiste se relâche, laisse la musique jaillir. Il abandonne alors son toucher percussif pour faire sonner délicatement les harmonies de mélodies rêveuses. Placée au centre de l’album, sa version de Manhã De Carnaval apparaît comme un moment de grâce. Le toucher du pianiste se fait miel. Des doigts de velours effleurent délicatement les touches. Il fait de même avec Little Abi, une ballade qu’il écrivit pour sa fille et qu’il joue en rappel. Mon disque de l’année.

René MARIE : “Sound of Red” (Motéma / Harmonia Mundi)

Chronique dans le blog de Choc du 15 juillet

Grande chanteuse de jazz de la grande Amérique, René Marie envoûte et enthousiasme. Curieuse, elle célèbre aussi d’autres musiques, la soul, le blues, le gospel et le folk. Tous ces genres cohabitent dans “Sound of Red”, un disque largement autobiographique dont elle a écrit toutes les chansons. On retrouve auprès d'elle le bassiste Elias Bailey et le batteur Quentin E. Baxter. Confié à John Chin, le piano reste le principal interlocuteur de la chanteuse. Many Years Ago, une ballade dans laquelle il économise ses notes, et Go Home, un simple duo piano / voix, le morceau le plus émouvant de l’album, révèlent pleinement sa sensibilité harmonique. Outre plusieurs souffleurs (trompette, trombone, saxophones ténor et alto), la guitare de Romero Lubambo ajoute de chaudes couleurs méditerranéennes à Certaldo, et dans Blessing, l’un des deux gospels de cet enregistrement, Shayla Steele assure les chœurs. René Marie ensorcelle dans cet opus, son onzième, le meilleur album de jazz vocal publié cette année.

Brad MEHLDAU Trio : “Blues and Ballads” (Nonesuch / Warner)

Chronique dans le blog de Choc du 9 juin

Pas besoin d’être un jazz fan pour rentrer dans ce disque et y goûter sa musique. Enregistré avec les musiciens de son trio habituel – Larry Grenadier (contrebasse) et Jeff Ballard (batterie) – “Blues and Ballads se laisse aborder très facilement. Non que le pianiste cherche à simplifier son jeu, mais jouer avec une contrebasse et une batterie tempère son piano, l’oblige à freiner ses ambitions, à mieux structurer son discours. Ces ballades et ces blues, Brad les joue avec une sensibilité énorme, aère constamment son discours et trouve des harmonies adéquates pour chaque mélodie qu’il reprend. Son jeu ambidextre lui permet de jouer simultanément plusieurs thèmes, de converser avec lui-même, de répondre par des basses puissantes au questionnement mélodique de sa main droite. Des standards, Cheryl de Charlie Parker abordé énergiquement sur tempo medium, deux morceaux de Paul McCartney constituent le répertoire de l’album. Composé par ce dernier, And I Love Her est l’un des sommets de l’album. La qualité de ses voicings, ses phrases qui ondulent comme des vagues, son élégant balancement rythmique, soulèvent l’enthousiasme.

Christophe PANZANI : “Les âmes perdues” (Jazz & People / Pias)

Chronique dans le blog de Choc du 28 juin

Au saxophone ténor, Christophe Panzani possède une sonorité bien particulière, un timbre doux, léger, aérien, une sonorité d’alto. On pense à Lee Konitz, mais aussi à Jeremy Udden, un altiste américain. Dans “Les âmes perdues il séduit par son lyrisme, la volupté de son souffle, s’exprime en poète sur des musiques qu’il a imaginées pour ses interprètes, des musiciens amis, sept pianistes chez lesquels il s’est rendu, parcourant la France (Paris, Tours, Poitiers) et l’Allemagne (Cologne) avec son matériel d’enregistrement, ses micros et son saxophone ténor. Tony Paeleman l’a aidé à enregistrer ses duos avec Edouard Ferlet et Dan Tepfer et s’est chargé de la prise de son d’ Étrangement calme, morceau dans lequel il tient lui-même le piano. Chaque pianiste apporte sa sensibilité, sa musicalité, son toucher, et joue sur son propre instrument ce qui donne un éclairage spécifique à chaque morceau. Dans Die Grünen Bohnen, les harmonies riches et colorées de Laia Genc semblent particulièrement inspirer les rêveries de Christophe. Nombreux, les moments de pur bonheur s’enchaînent, s’additionnent. Ce disque de 43 minutes interpelle !

STEPS AHEAD : “Steppin’ Out” (Jazzline / Socadisc)

Chronique dans le blog de Choc du 13 octobre

La surprise de l’année : sous la houlette du vibraphoniste Mike Mainieri, un disque inattendu de Steps Ahead tombe du ciel. Avec lui, quelque uns des anciens membres de la formation : le saxophoniste Bill Evans, le guitariste Chuck Loeb, le bassiste Tom Kennedy et le batteur Steve Smith qui succéda à Peter Erskine après l’enregistrement de “Magnetic” en 1986. Avec eux, les quatorze musiciens du WDR Big Band de Cologne dirigé par Michael Abene. Le répertoire : d’anciennes compositions de la formation et des morceaux naguère enregistrés par Mainieri dans ses propres albums. Tous se partagent les chorus, Steve Smith prenant même un solo dans Beirut, une pièce quelque peu funky. Plusieurs musiciens du WDR sont également mis à contribution : le trompettiste Ruud Breuls dans Blue Montreux, les trombonistes Shannon Barnett et Andy Hunter, ce dernier dialoguant Bill Evans dans le magnifique Sara's Touch. Très en forme, Evans échange aussi dans Oops des chorus brûlants avec Paul Heller, le sax ténor du WDR. Tous ces morceaux héritent de nouvelles introductions et interludes, les nouveaux arrangements très soignés de Michael Abene apportant un écrin chatoyant à la musique du groupe.

Jacky TERRASSON / Stéphane BELMONDO : “Mother” (Impulse ! / Universal)

Chronique dans le blog de Choc du 8 septembre

Enregistré à Pompignan au Studio Recall, un endroit particulièrement propice à la musique, “Mother” rassemble quatorze morceaux, des standards et des originaux, Pompignan et Pic Saint-Loup étant de courts intermèdes improvisés. Une trentaine de morceaux furent prêts en trois jours.  « Les ballades sonnaient particulièrement bien. Elles avaient une beauté et une atmosphère bien à elles » confie Jacky Terrasson. Elles sont nombreuses dans cet album qui traduit les états d’âme, les émotions des musiciens. Mother est dédié à la mère de Jacky disparu en juin. Les deux hommes en donnent bien sûr une version particulièrement émouvante, Stéphane Belmondo adoptant le bugle dont la sonorité plus ronde, plus douce que celle de la trompette, favorise un lamento intimiste. Il l’utilise également dans La chanson d'Hélène que Jacky enrichit d’harmonies délicates et dans Souvenirs, une composition de Stéphane non dénuée de vague à l’âme. “Mother” s’ouvre sur First Song (Charlie Haden) et se referme sur une sobre version de Que reste-t-il de nos amours ?, deux morceaux mélancoliques qui traduisent bien l’atmosphère feutrée et mélancolique de l’album.

Hans ULRIK : “Suite of Time” (Stunt / Una Volta)

Chronique dans le blog de Choc du 25 mars

Saxophoniste danois très apprécié dans son pays, Hans Ulrik fut invité en 2015 à composer la musique d’un office religieux pour célébrer le 75ème anniversaire de l’église Grundtvig qui se dresse, majestueuse sur la colline du Bispebjerg au nord ouest de Copenhague. Introduite par un prélude, complétée par un hymne, un sacrement et un postlude, sa Suite of Time, une œuvre relevant à 100% du jazz, comprend quatre mouvements, chacun d’eux associé à une date chapitrant un texte de l’historien Henrik Jensen que le livret de l’album reproduit. Pour la jouer, cinq musiciens dont les noms nous sont inconnus – Peter Rosendal (trompette et claviers), Henrik Gunde (piano), Kaspar Vadsholt (contrebasse), Anders Mogensen (batterie) – et Marilyn Mazur aux percussions sur trois morceaux. Trois autres plages parachèvent cette Suite : l’hymne Min Jesus, lad mit hjerte få dont la mélodie superbe est confiée au saxophone, The Sacrement / O du Guds Lam, morceau plus sombre au thème répété ad libitum et un sobre Postludium (postlude) dans lequel, en duo avec son pianiste, Hans Ulrik en état de grâce reprend le thème d’ouverture de l'album.

… Et un inédit

 

Thad JONES / Mel LEWIS Orchestra : “All My Yesterdays”

(Resonance  / Socadisc)

Chronique dans le blog de Choc du 25 mai

Édité à l’occasion du 50ème anniversaire de la naissance du Thad Jones / Mel Lewis Orchestra, “All My Yesterdays” réunit la totalité exploitable de leurs premiers concerts (7 février et 21 mars 1966). L’orchestre réunit des chrétiens et des juifs, des blancs et des noirs, ce qui est encore inhabituel en Amérique. La musique qu’il propose est surtout beaucoup plus moderne que celle de la plupart des big band de l’époque. Au sein d’un même morceau, le Thad Jones / Mel Lewis Orchestra peut se transformer en trio, quartette, octette s’il est rejoint par une des sections, ou en une formation plus importante. Thad Jones peut décider de changer un morceau en cours d’exécution, la musique, constamment « in progress » n‘étant jamais figée. Le trompettiste joue ses propres arrangements, en confie les solos aux musiciens qu’il estime les plus aptes à les jouer et les dirige par signes, Mel Lewis adaptant son jeu à la taille de l’orchestre. Un copieux livret de 88 pages renfermant des interviews et de nombreuses photos accompagne cette édition incontournable.

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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 09:15
Tombe la neige

Décembre, mois du passage au solstice d’hiver, période au cours de laquelle nos nuits sont les plus longues de l’année. Nettoyée par le froid, l’atmosphère montre le ciel sous son plus bel aspect. Rigel, Aldébaran, Bételgeuse brillent d’un éclat plus lumineux. Contempler ces étoiles nous console un peu de l'année mouvementée qui s’achève. Comment ne pas penser aux massacres perpétués sur notre sol. Après les attentats de 2015, celui du 7 janvier qui nous priva d'une partie de la rédaction de Charlie Hebdo, de Cabu, un grand ami du jazz, et ceux du 13 novembre qui firent de nombreuses victimes, les assassins nous frappèrent durement à Nice le 14 juillet dernier. L’état d’urgence a été maintenu et la présence de militaires en armes patrouillant dans nos rues nous rappelle que le pire peut à nouveau arriver.

 

L’on ressent donc un certain malaise à l'approche de ces Fêtes de fin d’année, moments de paix, de trêve, de temps partagés en famille. Non, le cœur n’y est pas. Les gesticulations de nos hommes politiques, fiers de leurs bilans pitoyables, ne nous font pas rire. Mais déjà les élections présidentielles occupent leurs esprits. On s’agite, on prépare les coups bas, on étale les peaux de bananes pour faire trébucher l’adversaire. Ont-ils compris que les Français ne veulent plus d’eux, réclament d’autres visages ? Tous veulent être califes à la place du Calife et nous promettent monts et merveilles. Seuls les enfants croient encore au Père Noël. Triste époque qui voit Paris devenir une ville de plus en plus sale et malodorante. Seul un blanc manteau de saison pourrait en dissimuler les miasmes, la rendre plus pure, immaculée. Y-aura-t-il de la neige à Noël ?

 

On nous annonce un biopic sur Chet Baker pour le 11 janvier. Son titre : “Born to Be Blue”. Lionel Eskenazi en dit grand bien dans Jazz Magazine. Robert Budreau son réalisateur a placé la musique au centre d’un film qui « évite clichés et pièges mélodramatiques ». Ethan Hawke en est l’acteur principal.

 

Comme chaque année ce blog sera mis en sommeil autour du 20 décembre jusqu’à la mi-janvier. Auparavant, vous seront dévoilés mes « Chocs de l’année », 12 nouveautés et un inédit. Patience…

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT   

-A l’occasion de la publication de l’album “Jazz, 100 photos pour la liberté de la presse” en vente le 1er décembre  – photos de Guy Le Querrec, Dennis Stock, Leonard Freed, Burt Glinn, Robert Capa, Philippe Halsman, Wayne Miller et de la collection Frank Driggs ; textes de Pierre Assouline, Jacques Gamblin, Francis Marmande, Jean-Pierre Marielle, Michel Butor, Reporters sans frontières, la Fondation BNP Paribas et France Musique organisent un concert pour la liberté de la presse, le mardi 6 décembre 2016 au Studio 104 de la Maison de la Radio (19h45).

 

-Un All Stars de 22 musiciens confié au saxophoniste Pierre Bertrand (direction musicale) et soutenu par la Fondation BNP Paribas en assurera la première partie – avec Airelle Besson, Sylvain Beuf, Emanuel Bex, Julien Charlet, Ablaye Cissoko, Jean-Pierre Como, Laurent Cugny, Sophia Domancich, Thomas Enhco, Stéphane Guillaume, Stéphane Huchard, François Moutin, Louis Moutin, Murat Öztürk, Anne Paceo, Manuel Rocheman, Olivier Temime, Baptiste Trotignon, Jacques Vidal, Christophe Wallemme et Louis Winsberg. Le pianiste Shai Maestro et son trio compléteront ce programme.

 

-Une exposition de photographies de Guy Le Querrec et de Patrick Zachmann (Magnum Photos) consacrée au jazz sera également présentée dans la nef et le hall Seine de la Maison de la Radio du 5 au 23 décembre 2016.

-Patricia Barber au New Morning le 7. Aujourd’hui moins médiatisée, on l’a un peu perdue de vue. La chanteuse de Chicago qui est aussi une très bonne pianiste se fit remarquer par ses albums et ses textes dès le début dès années 90. “Distorsion of Love”, son disque premier date de 1992. On découvrit une voix grave et envoûtante, une vraie présence qu’elle manifeste également sur scène. La consécration survint lorsqu’elle devint une artiste Blue Note. “Live, A Fortnight in France” (2004) obtint le Prix du Jazz Vocal de l’Académie du Jazz. “Smash”, son dernier enregistrement officiel pour le label Concord, date de 2013. Elle nous rend visite en trio, Patrick Mulcahi (contrebasse) et Jon Deitemyer (batterie) complétant sa formation.

 

-Le 12, “You & The Night & The Music” (14ème édition), grand concert de jazz qu’organise chaque année en décembre la radio TSF verra l’Olympia accueillir 12 formations. Il y en aura pour tous les goûts, mais The Amazing Keystone Band, Mark Turner & Avishai Cohen, Bireli Lagrene, Marquis Hill (trompettiste vainqueur en 2014 de la Thelonious Monk Competition), Laurent de Wilde & Ray Lema (tous deux au piano), Jacky Terrasson & Stéphane Belmondo, le Laurent Courthaliac Octet, Fred Nardin & Jon Boutellier valent le déplacement.

-Un concert de Fred Hersch est toujours un événement. Le pianiste retrouve le Duc des Lombards les 15 et le 16 décembre (deux concerts par soir, à 19h30 et à 21h30) pour des concerts en solo, exercice sans filet dans lequel il excelle. Son disque “Solo” (Palmetto) obtint l’an dernier le Grand Prix de l’Académie du Jazz. Outre des reprises de quelques-uns de ses thèmes, le pianiste y reprend des mélodies d’Antonio Carlos Jobim, Thelonious Monk, Jerome Kern et Joni Mitchell, les rend sensibles et rêveuses, espiègles et fluides. Ses choix harmoniques, sa capacité à faire vivre simultanément plusieurs lignes mélodiques, ses longues tapisseries de notes contrapuntiques révèlent la profonde complicité qui l’unit à son piano.

-Géraldine Laurent retrouve le Sunside le 16 avec les musiciens de “At Work(Gazebo / L'autre distribution), album qui obtint également en 2015 le Prix du Disque Français de l’Académie du Jazz. Avec elle, Paul Lay au piano (Prix Django Reinhardt la même année), Yoni Zelnik à la contrebasse et Donald Kontomanou à la batterie. Brillante saxophoniste, Géraldine aime la scène, le contact direct avec le public. Le jazz moderne qu’elle propose s’inscrit dans la continuité des années 50 et 60. Charlie Parker, Johnny Hodges et Paul Desmond se font entendre dans son alto qui en conserve la mémoire.

-Après des concerts très remarqués avec le saxophoniste Dave Liebman, notre pianiste de jazz le plus célèbre, Martial Solal, revient les 17 et 18 décembre au Sunside nous faire tourner la tête en compagnie d’un pianiste qui lui ressemble quelque peu. Comme lui, Jean-Michel Pilc aime masquer les thèmes qu’il reprend, les truffer de citations. Tout standard est le point de départ d’une nouvelle aventure, d’un nouveau morceau. Audaces harmoniques, cascades d’arpèges et de notes perlées, netteté de l’attaque, phrasé fluide, les deux hommes se plaisent à surprendre, à jouer les prestidigitateurs avec humour et logique. Deux concerts par soirée : 19h30 et 21h30 le 17, 18h30 et 20h30 le 18.

-Le Fred Nardin / Jon Boutellier 4tet au Duc des Lombards le 17. Respectivement pianiste et saxophoniste au sein du Amazing Keystone Big Band, ils ont publié cette année  “Watt’s” (Gaya) avec Patrick Maradan (contrebasse), Romain Sarron (batterie) et quelques invités. Deux plages bénéficient ainsi de la voix chaude de Cécile McLorin Salvant. Bon musicien, Jon Boutellier est aussi un arrangeur talentueux. On s’en rendra compte le 19 au Duc lors d’une soirée consacrée à une relecture du “West Side Story de Leonard Bernstein par le Amazing Keystone Septet, David Enhco (trompette), Bastien Ballaz (trombone), Jean-Philippe Scali (saxophone baryton) et Florent Nisse (contrebasse) rejoignant Fred Nardin, Jon Boutellier et Romain Sarron.

-Jacky Terrasson et Stéphane Belmondo au Sunside du 27 au 30 décembre inclus (deux concerts par soir, à 19h30 et à 21h30). Publié en septembre, leur disque “Mother” rassemble quatorze morceaux dont de nombreux standards, des ballades essentiellement, morceaux mélancoliques qui traduisent son atmosphère feutrée. Stéphane joue du bugle mais aussi beaucoup de trompette. Le piano de Jacky se fait rêveur et tendre, puissant et énergique selon les plages, des compositions originales, mais aussi First Song de Charlie Haden, Que reste-t-il de nos amours que chantait Charles Trenet, You are The Sunshine of My Life de Stevie Wonder et La Chanson d'Hélène, extraite du film “Les Choses de la vie” que Jacky sait si bien enrichir d’harmonies délicates. Un must à découvrir sur scène.

-New Morning : www.newmorning.com

-Olympia : www.olympiahall.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

 

Photos : Miles Davis © Magnum Photos – Patricia Barber © Jimmy Katz – Fred Hersch © Vincent Soyez – Géraldine Laurent, Fred Nardin / David Enhco / Jon Boutellier, Stéphane Belmondo & Jacky Terrasson © Philippe Marchin – Paris sous la neige, Martial Solal & Jean-Michel Pilc © Photos X/D.R.

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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 09:00
Yonathan AVISHAI / MODERN TIMES : “The Parade” (Jazz & People / Pias)

C'est avec “Modern Time”, son premier disque pour Jazz & People publié l’an dernier, que j’ai entendu pour la première fois le piano et la musique de Yonathan Avishai. La chronique que j’en ai faite pour Jazz Magazine, rend compte de ma découverte d’un pianiste qui joue peu de notes, les choisit bien, et les fait merveilleusement sonner. Né en Israël, le pianiste franco-israélien (son père est israélien et sa mère française) s’est passionné pour le jazz jusqu’à en assimiler le blues, les musiques qui en ont façonné l’histoire.

Ces musiques, Yonathan Avishai les intègre à la sienne de manière très personnelle. Le swing y est présent dans des rythmes simples et efficaces. Les Caraïbes aussi. César Poirier (saxophone alto et clarinette) et Inor Sotolongo (percussions) rejoignent Yoni Zelnik (contrebasse) et Donald Kontomanou (batterie), tous les deux impressionnants, pour jouer un répertoire qui accueille et transcende le boléro et l’habanera, nous ramène à la Nouvelle-Orléans, à Congo Square où tout a commencé.  Des claves (au singulier, la clave est également un rythme que possèdent en commun les peuples de l’Afrique) introduisent (symboliquement ?) Le nouveau monde, première plage de l’album et terre sur laquelle a fusionné toutes ces cultures. Des claves qui rythment Django, la seule reprise de ce nouvel album, comme pour bien montrer l’importance de l’Afrique au sein du jazz des origines. Plus dense et épicée que dans son disque précédent, la musique de Yonathan Avishai n’en conserve pas moins son aspect minimaliste. Les notes parcimonieuses de Diminuendo en sont une parfaite illustration. Si les lignes mélodiques de ses compositions restent toujours parfaitement lisibles, aérées, certaines d’entre-elles sont des ritournelles que n’aurait pas désavoué Ornette Coleman, remercié par un bref poème sonore chanté par les instruments. Les notes toutes simples de L'Arbre et L'écureuil deviennent même entêtantes à force d’être répétées. Un toucher de piano fin et sensible les met en valeur. Sandrine's Garden, un morceau d’une rare élégance, repose aussi sur un ostinato.

Pas étonnant que Yonathan Avishai fasse merveille au sein du quartette du trompettiste Avishai Cohen. L’aspect méditatif de son jeu, l’importance qu’il accorde au silence et qui permet à la musique de respirer, se révèlent dans Death of the River, pièce dans laquelle la contrebasse ronde de Yoni Zelnik tient une place importante. La clarinette de César Poirier y entre tardivement. Elle sait nous faire rêver par sa fausse nonchalance, son timbre un peu magique. Zelda avec ses rythmes chaloupés en bénéficie. Elle entraîne souvent les autres instruments à danser. Simgik est irrésistible, de même que The Battle, une autre ritournelle qui laisse le champ libre aux percussions. Au saxophone alto dans Once Upon a Time, Poirier sait faire chanter la ligne mélodique sur laquelle il improvise et raconte une histoire. Réussite incontestable, “The Parade confirme également le talent de compositeur de Yonathan Avishai , un jazzman avec qui il faut déjà compter.

 

-Concert de sortie d’album au New Morning le lundi 28 novembre (20h30). En première partie : Madeleine & Salomon.

Photo © Chris Boyer  

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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 11:36
Bill MOBLEY : “Hittin’ Home” (Space Time Records / Socadisc)

Musicien discret, voire ombrageux, le trompettiste Bill Mobley s’est fait connaître à nous grâce à l’opiniâtreté de Xavier « Big Ears » Felgeyrolles, directeur artistique de Jazz En Tête, le seul festival de jazz de l’hexagone qui ne programme que du jazz, et producteur de cet album. Mobley fait partie de la « Memphis Connection », une ville célèbre pour ses pianistes. Le grand Phineas Newborn naquit non loin de là, à Whiteville précisément. Natifs du Mississippi, Mulgrew Miller et Donald Brown y travaillèrent avant de poursuivre leur carrière ailleurs. Auprès d’eux à Memphis, le jeune Bill découvrit la richesse d’un jazz ancré dans la tradition du Sud et du blues. Installé à New York en 1987, il acquit une solide expérience du grand orchestre dans les rangs du Mingus Dynasty, du Maria Schneider Orchestra et du big band de la pianiste Toshiko Akiyoshi avant de former le sien, l’éphémère Bill Mobley Jazz Orchestra. Le trompettiste s‘était produit à Jazz en Tête, à Clermont-Ferrand en 1989 au sein de l’orchestre de Donald Brown dont il était le trompettiste. Xavier Felgeyrolles qui produisait alors les disques de Donald, accepta de publier son premier album, un enregistrement de 1996 de son Jazz Orchestra effectué au Small, club new-yorkais aujourd’hui célèbre, qui réunit les pianistes de Memphis Harold Mabern et James Williams, mais aussi Donald Brown, Mulgrew Miller et le saxophoniste Billy Pierce que Bill connaissait depuis son adolescence.

Plusieurs disques plus tard, devenu un des musiciens incontournables de Space Time Records, le label de Xavier dont les « Ears » sont plus « Big » que jamais, Bill Mobley sort “Hittin’ Home”, un disque réunissant des musiciens au sein de petits ensembles à géométrie variable, des duos, trios, quartettes dans lesquels le trompettiste se révèle au sommet de son art. Point d’esbroufe, de notes inutiles, mais une rare précision dans le phrasé, dans les attaques, la musique bénéficiant de sa sonorité claire et timbrée. Deux morceaux réunissent Mobley et Kenny Barron. Dans The Very Thought of You, une des plus belles pages de cet album, un des nombreux standards dont Mobley défend la mémoire, les harmonies colorées du piano enveloppent avec finesse et douceur le chant de la trompette. Plus enlevé, My Romance génère un dialogue élégant qui capte l’attention. En duo avec Phil Palombi, l’un des deux bassistes de ce disque, Mobley nous donne une version en apesanteur de Old Milestones, première version de Milestones enregistré par Miles Davis en 1947. Portée par une contrebasse pneumatique, la trompette semble librement flotter dans un éther sonore.

Les trios restent toutefois les plus nombreux. Peace (Horace Silver) et Jewel (une composition moins célèbre de Bobby Watson), associent la trompette de Mobley à la guitare de Russell Malone. Ce dernier assure les accords, mais se fait aussi entendre en solo. À la contrebasse, Essiet Okon Essiet assure sobrement l’assise rythmique de ces morceaux lyriques et voluptueux. Très présent dans l’album, Steve Nelson y apporte son vibraphone cristallin et sa science harmonique. En trio, soutenu par la walking bass puissante d’Essiet, Walkin’ (de Miles Davis que Mobley apprécie beaucoup) lui permet (ainsi qu’à Bill) de faire sonner avec une précision d’orfèvre des notes acrobatiques. Deux autres morceaux se détachent de ce “Hittin’ Home” qui « fait mouche » comme son nom judicieusement choisi le suggère. Enregistré en quartette, composé par Heather Bennett, la femme de Bill qui tient elle-même le piano et en joue fort bien, Lil’Red délivre de tendres harmonies. Piano, trompette, contrebasse et piano sont rejoints dans la seconde partie du morceau par le vibraphone qui maille habilement ses notes à celles du piano. Apex, une composition de regretté Mulgrew Miller, présente une instrumentation quelque peu inhabituelle : trompette, marimba, contrebasse, ces deux derniers instruments mariant idéalement leurs timbres. Bien que dispersée, La « Memphis Connection » a encore de beaux jours devant elle.

 

Photo © Michel Vasset

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 10:18
Ray LEMA & Laurent de WILDE : “Riddles” (Gazebo / L’Autre Distribution)

Ils se connaissent depuis 25 ans, s’admirent, se respectent et ont toujours souhaité faire un disque ensemble. Né au Congo en 1946, installé en France depuis 1982, Ray Lema apprit très jeune le piano et l’orgue, joua un temps de la guitare, et initié par les anciens est aussi Maître Tambour. Ses recherches sur les musiques traditionnelles africaines l’ont amené à collecter des rythmes, à découvrir la magie des roues rythmiques traditionnelles des tribus d’un Congo rebaptisé Zaïre. A la recherche de maîtres musiciens, il l’a parcouru du Nord au Sud et d’Est en Ouest pour inventorier leur musique et préserver leur savoir. Pianiste émérite, auteur d’ouvrages remarqués et remarquables sur “Monk” (L'Arpenteur / Gallimard) et plus récemment sur “Les fous du son” (Grasset), producteur de “At Work”, album de Géraldine Laurent récompensé l’an dernier par l’Académie du Jazz, Laurent de Wilde est un familier des lecteurs de ce blog. Le jazz qu’il joue et le fit connaître conserve intact ses racines africaines. L’Afrique est d’ailleurs bien présente dans “Over the Clouds”, disque qu’il enregistra en trio en 2012. Les cordes de son piano enduites de Patafix, l’instrument sonne comme un balafon dans le morceau qui donne son nom à l’album.

Ce procédé, Laurent le reprend avec bonheur dans Fantani, une des plages de “Riddles”, disque qu’il partage avec Ray Lema et objet de la présente chronique. Une séance qu’ils ont soigneusement préparée. Réunir deux pianistes est un exercice périlleux. Un déluge de notes peut noyer la musique, la rendre irrespirable. Il faut donc faire simple, en jouer peu mais bien les choisir, éviter tout bavardage. Ray à gauche, Laurent à droite, les basses des instruments se rejoignant au centre du spectre sonore. Liane et Banian et sa mélodie richement harmonisée est de Laurent. Hommage à Jean-Sébastien Bach dont il étudia les sonates au petit séminaire des pères blancs, Matongué est une pièce de Ray. Les autres morceaux sont écrits par les deux hommes. Tous ont été longuement pensés et travaillés avant d’être enregistrés. A l’exception d’une intro onirique, la musique, toujours dansante, associe avec bonheur rythmes et mélodies colorées. Le blues rencontre une mélodie traditionnelle du Sahel, une comptine se superpose à un ragtime de la Nouvelle Orléans. Riddles, un tango dont on admire la cadence, les notes lyriques qui le font respirer et The Wizzard associé à un rythme de reggae jamaïcain sont aussi au rendez-vous dans cette invitation au voyage qui avec Too Many Keys nous mène au plus profond de la forêt congolaise, monde magique dans lequel voix et tambours chantent de concert. Les musiciens / danseurs sont bien trop habiles pour se marcher sur les pieds. Les notes heureuses qu’ils tricotent nous donnent du baume au cœur.

En concert le 14 novembre à la Fondation Cartier, 261 boulevard Raspail 75014 Paris (20h00).

Photo © Alex Jonas

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4 novembre 2016 5 04 /11 /novembre /2016 10:53
Jazz au Japon

Trois semaines au Japon, pays de forts contrastes au sein duquel tradition et modernité font bon ménage. A Tokyo, mégalopole la plus moderne de la planète, des immeubles gigantesques voisinent avec des parcs et des temples plusieurs fois centenaires. Dans les couloirs du métro de Kyoto, on croise des femmes en kimono, l’avance technologique du pays n’empêchant pas le vieux Japon d’y avoir toute sa place. Sa découverte ne m’a pas empêché de faire vivre ce blog. Des chroniques des nouveaux disques de Steps Ahead et de Laurent Courthaliac ont été mises en ligne pendant mon voyage. Visiter le pays, ses temples, ses musées, ses jardins, ne m’a pas coupé du jazz. Moins présent aujourd’hui que pendant les années d’après-guerre, il reste toutefois apprécié par de nombreux japonais.

Le soir même de mon arrivée à Kyoto, mes yeux se posèrent par hasard sur l’enseigne lumineuse du ZACBARAN, un club de jazz au sous-sol assez vaste pour contenir un orchestre, un bar, quelques tables. Au programme, une jam-session réunissant quelques-uns des bons musiciens de la ville, certains américains, des joueurs de claquettes rythmant la musique, du bop modernisé, des standards sur lesquels bâtir des improvisations. Si le Blue Note de Tokyo est hors de prix (Il faut compter 10.000 yens / 90,00 euros pour un concert d’une heure, consommations non comprises), je ne me suis pas privé d’arpenter les disquaires des grandes villes, ceux de Pontocho et du Nishiki Marquet à Kyoto, de Shibuya et de Shinjuku à Tokyo. Nombreux sont les musiciens américains qui ont enregistré des disques au Japon, disques que l’on peine à obtenir en Europe. Bien sûr, on trouve (presque) tout sur le net, mais où est le plaisir ? Un clic ne remplacera jamais la découverte d’un disque rare dans le bac d’un disquaire.

Les japonais classent les disques des jazzmen américains ou européens par instruments et par les prénoms des musiciens. Ne cherchez pas Enrico Pieranunzi à la lettre P, mais à E, à Enrico. Même chose pour Michel Sardaby, pianiste vénéré au Japon dont on trouve partout à la lettre M une section à son nom. Trouver des CD(s) de musiciens japonais est encore plus difficile. Le classement se fait par le nom de famille, pas par le prénom. Les albums du pianiste Masabumi Kikuchi sont ainsi rangés à la lettre K, mais tout est écrit en japonais. Les dénicher demande du temps, d’autant plus que les rééditions à petits prix sont parfois classées à part. J’ai toutefois trouvé quelques perles : un Super Audio CD de Paul Bley avec le batteur Masahiko Togashi de 1999 dont j’ignorai l’existence ; un enregistrement en trio de Richie Beirach avec Dave Holland et Jack DeJohnette réalisé pour le Japon en 1993, plusieurs opus de Renee Rosnes et de Junko Onishi qui me manquaient. C’est toutefois “Ginkai” (“Silver World”), un disque de Masabumi Kikuchi enregistré en quartette en 1970 avec Gary Peacock, le batteur Hiroshi Murakami et le flûtiste japonais Hozan Yamamoto (au shakuhachi) qui me semble le mieux refléter le Japon, un pays qui, après avoir assimilé certains éléments de la culture chinoise, a sût habilement mêler à sa propre culture ce que lui a apporté l’occident.  

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT   

-Vincent Peirani (accordéon) et Michael Wollny (piano) au New Morning le 6 pour fêter la sortie de “Tandem” (ACT), un disque enregistré trois ans après “Thrill Box”, un album en trio avec Michel Benita à la contrebasse. Leur nouvel opus traduit une grande variété d’inspiration. Des compositions personnelles mais aussi des reprises de Björk (Hunter), Tomas Gubitch (Travesuras), Samuel Barber (Adagio for Strings), Gary Peacock (Vignette) témoignent de cet éclectisme. Les deux hommes prennent des risques, improvisent, n’ont nul peur des dissonances, ni de séduire par leur lyrisme.

-Apprécié des amateurs exigeants de piano, Steve Kuhn revient jouer au Duc des Lombards les 7 et 8 novembre (deux concerts par soir, à 19h30 et à 21h30) avec David Wong à la contrebasse et Billy Drummond à la batterie. Il a enregistré beaucoup de disques dont certains comptent dans l’histoire du jazz moderne : “Ecstasy” (1974) en solo, “Mostly Ballads” (en solo et en duo avec Harvie Swartz à la contrebasse), “Remembering Tomorrow” (1996) et plus récemment “Mostly Coltrane” (2009) sont de grandes réussites.

-Le Gil Evans Paris Workshop de Laurent Cugny au Jazz Club Étoile le 10 novembre. Seize jeunes musiciens prometteurs qui privilégient harmonies et couleurs et font revivre des arrangements de Gil Evans (Time of the Barracudas) ou des compositions arrangées par ses soins (Goodbye Pork Pie Hat de Charles Mingus, Blues in Orbit de George Russell, King Porter Stomp de Jelly Roll Morton), Laurent glissant quelques-unes de ses propres compositions dans ce répertoire. Ce dernier rencontra Gil Evans à Paris en 1986, lors de la rédaction de “Las Vegas Tango”, livre publié chez P.O.L., et enregistra deux albums avec lui l’année suivante. Au sein de l’orchestre, Andy Sheppard occupait le pupitre du saxophone ténor. Laurent l’invite à se joindre à l’orchestre qui gagnera Londres le lendemain pour un second concert donné dans le cadre du London Jazz Festival.

-Né à Bali le 25 juin 2003, le jeune pianiste Joey Alexander, 13 ans, effectue une tournée mondiale à la tête de son trio et sera à Paris, le 12, au Café de la Danse (20h00). Précocement surdoué, le phénomène stupéfie par une technique prodigieuse. Plébiscité par de nombreux festivals, ce protégé de Wynton Marsalis faisait ses débuts sur la scène du Lincoln Center à l’âge de 9 ans. Après un premier disque quelque peu inégal l’an dernier, “Countdown”, son nouvel opus sur Motéma montre les progrès accomplis. On jugera sur place et en direct.

-Joshua Redman et Brad Mehldau en duo à la Philharmonie le 14 (20h30). “Nearness” (Nonesuch), l’album qu’ils ont récemment sorti sous leurs deux noms contient de beaux échanges mais n’est pas exempte de longueurs (les solos parfois interminables de Redman au saxophone soprano, alors qu’il maîtrise mieux le ténor). Quant à Brad, il joue un magnifique piano, notamment dans In Walked Bud de Monk, fait preuve d’un grand lyrisme et éblouit par un jeu inventif et inattendu. Laissez-vous donc tenter.

-Le 14 également, Laurent De Wilde et Ray Lema se produiront à la Fondation Cartier, 261 boulevard Raspail 75014 Paris (20h00) dans le cadre de ses Soirées Nomades (des artistes de la scène investissent le temps d’une soirée les espaces d’exposition et, si le temps le permet, le jardin de la Fondation). Un duo de piano pas comme les autres, le but recherché : éviter les bavardages pour se consacrer à la musique, faire simple pour en dégager la beauté. Au programme “Riddles” (One Drop / Gazebo), le premier disque qu’ils ont enregistré ensemble et qui vient de paraître. Des plages rythmées et lyriques dans lesquelles souffle l’esprit de la danse, et du bonheur plein les oreilles.

-La grande René Marie avec son groupe, Experiment of TruthJohn Chin (piano), Elias Bailey (contrebasse), Quentin Baxter (batterie) – au Duc des Lombards les 14 et 15 novembre (2 concerts par soir, 19h30 et 21h30). Elle s’y est produite deux fois, (novembre 2013 et octobre 2014) subjuguant le public du club par sa voix chaude, son jeu de scène félin et sensuel. Après “I Wanna Be Evil” disque consacré au répertoire d’Eartha Kitt qui manqua de peu le Prix du Jazz Vocal 2013 de l’Académie du Jazz, elle a récemment publié “Sound of Red” (Motéma), un opus largement autobiographique dont elle a écrit toutes les chansons, l’un des meilleurs albums de jazz vocal publié cette année.

-Ambrose Akinmusire et son quartette au Sunside le 15 (2 concerts : 19h30 et 21h30). Sur la souple trame rythmique que lui apportent  Harish Raghavan à la contrebasse et Justin Brown à la batterie, le trompettiste fascine par la justesse de ses longues notes détachées, ses tutti, ses phrases mélodiques parfaitement ciselées. Au piano, Sam Harris, le membre le plus récent d’un groupe avec lequel Akinmusire se produit depuis longtemps. Avec eux, il prend des risques, jongle avec d’improbables métriques, explore un jazz moderne imprégné de tradition. La scène est un laboratoire qui permet l’expérimentation, l’invention permanente en temps réel. Spontanée et changeante, la musique naît et grandit naturellement.

-Kandace Springs au Jazz Club Étoile le 16 dans le cadre du Blue Note Xperia Lounge Festival. Bonne pianiste habile capable d’écrire de bonnes chansons, cette protégée de Prince qui l’aida à sortir de l’anonymat revendique l'influence de Billie Holiday, Nina Simone, Roberta Flack ou Norah Jones. Très bien produit, bénéficiant dans quelques morceaux de la trompette de Terence Blanchard, “Soul Eyes”, son premier album pour Blue Note au sein duquel jazz, folk et soul font bon ménage, mêle habilement standards et compositions originales. Une chanteuse à suivre que l’on découvrira en trio, Jesse Bielenberg (contrebasse) et Dillon Treacy (batterie) constituant sa section rythmique.

-The Aziza Quartet de Dave Holland au New Morning le 17. Occasion de découvrir le nouvel All Stars d’un contrebassiste qui a marqué l’histoire du jazz. Avec lui son vieux complice Chris Potter au saxophone ténor, Lionel Loueke à la guitare et Eric Harland à la batterie, quatre virtuoses de leurs instruments respectifs, Loueke apportant une touche africaine à la musique d’un groupe qui vient de faire paraître sur Dare Records son tout premier album.

-Cyrus Chestnut au Sunside le 18 mais au sein d’un trio accompagnant l’excellente chanteuse italienne Chiara Pancaldi. Cette dernière, une élève de Sheila Jordan et de Rachel Gould avait enregistré un premier album lorsque le pianiste l’invita à se produire au Dizzy’s Club de New York en janvier 2013. Cyrus Chestnut joue aussi dans son second disque “I Walk a Little Faster” sorti en 2015 sur le label Challenge Records. Chiara Pancaldi s’est également produite au Sunside l’an dernier, avec Olivier Hutman au piano et Darryl Hall à la contrebasse qui une fois encore se verra confier l’instrument, le batteur autrichien Bernd Reiter complétant la formation.

-Le quartette de Charles Lloyd Salle Pleyel le 19 dans le cadre du Blue Note Xperia Lounge Festival. Le saxophoniste a toujours très bien choisi ses pianistes. C’est aujourd’hui Gerald Clayton qui occupe le poste. Si Reuben Rogers assure toujours à la contrebasse, Kendrick Scott est le nouveau batteur d’une formation perméable à des métriques inhabituelles. Un groupe capable de refaçonner le répertoire du saxophoniste, de développer un jeu collectif et interactif parfaitement cohérant. Lloyd aime donner des versions différentes des morceaux qu’il aborde, se promener sur des morceaux qu’il réinvente. Il peine un peu à souffler des notes justes, mais qu’importe. Singulièrement profonde et toujours ancrée dans la tradition, sa musique parle le langage de l’âme. En première partie, Mare NostrumRichard Galliano (accordéon), Paolo Fresu (trompette et bugle), Jan Lundgren (piano) –, voyages sonores imaginés dans une Europe multiculturelle et sans frontières.

-Al Jarreau à l’Olympia le 22, toujours dans le cadre du Blue Note Festival, dans un programme entièrement consacré à Duke Ellington. Une idée de Jörg Joachim Keller, le chef du NDR Big Band, l’orchestre de la radio et de la télévision de Hambourg qui aligne vingt musiciens. Hambourg : la ville où, 37 ans plus tôt, la carrière du chanteur décolla lorsqu’il interpréta à l’Onkel Pö’s Carnegie Hall sa version de Take Five qui, en quelques jours, le rendit célèbre en Allemagne. Ce n’est pas la première fois qu’Al Jarreau travaille avec cet orchestre. Pour le centenaire de George Gershwin en 1998, l’orchestre lui avait proposé un arrangement de “Porgy and Bess”, programme que les parisiens purent découvrir en 2007 au Palais des Congrès.

-Antonio Faraò au Sunside les 25 et 26 novembre avec Stéphane Kerecki (contrebasse) et Daniel Humair (batterie). Le pianiste séduit par la vivacité de sa musique, un jazz souvent modal au lyrisme convaincant. Avec lui, point de notes inutiles mais, un phrasé fluide, une technique toujours au service d’une ligne mélodique qu’il se plaît à raffiner. L’influence de Bill Evans mais aussi d’Herbie Hancock est perceptible dans son piano, dans ses choix harmoniques. Il peut aussi se montrer énergique, attaquer ses notes avec agressivité, leur donner du swing et du poids. Nul doute que l’excellente section rythmique qui va l’accompagner saura servir intelligemment sa musique.

-Harold López-Nussa au New Morning le 30 avec son jeune frère Adrián Ruy López-Nussa à la batterie et aux percussions et le sénégalais Alune Wade à la basse et au chant, ce dernier apportant une touche africaine bienvenue au jazz afro-cubain du pianiste. Il enrichit beaucoup “El Viaje”, le nouvel album d’Harold, son meilleur, celui dans lequel il parvient à nous faire voyager, à nous dépayser. Une musique rythmée et élégante, enracinée dans la tradition cubaine mais ouverte à d’autres cultures.

-New Morning : www.newmorning.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Jazz Club Étoile : www.jazzclub-paris.com/fr

-Café de la Danse : www.cafedeladanse.com

-Philharmonie : www.philharmoniedeparis.fr

-Fondation Cartier : www.fondation.cartier.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Salle Pleyel : www.sallepleyel.com

-Olympia : www.olympiahall.com

-Blue Note Xperia Lounge Festival : www.bluenotefestival.fr

 

Crédits Photos : Kyoto / Métro / Kimono, Zacbaran Kyoto, Tower Records Tokyo © Pierre de Chocqueuse –Michael Wollny & Vincent Peirani © Joerg Steinmetz / ACT – Joey Alexander © Motéma Records –  Joshua Redman & Brad Mehldau © Michael Wilson – Laurent De Wilde & Ray Lema © Olivier Hoffschirf – René Marie © John Abbott – Ambrose Akinmusire © Autumn De Wilde – Chiara Pancaldi © Mali Erotico – Cyrus Chestnut © HighNote Records – Al Jarreau © Marina Chavez – Antonio Faraò © Roberto Cifarelli – Harold López-Nussa © Eduardo Rawdriguez – Steve Kuhn, Laurent Cugny, Kandace Springs, The Aziza Quartet, Daniel Humair, Stéphane Kerecki © Photo X/D.R.

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24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 09:58
Laurent COURTHALIAC : “All My Life” (Jazz & People / PIAS)

Sous titré « A Musical Tribute to Woody Allen », ce disque du pianiste Laurent Courthaliac se veut bien sûr un hommage au cinéaste dont les films sont rythmés et magnifiés par les chansons inusables du « Great American Song Book » que Laurent affectionne. Ce sont également elles que Laurent célèbre dans cet album en octette qui réunit autour de lui des musiciens de jazz biberonnés aux standards, un jazz dont ils connaissent l’histoire, la syntaxe, le vocabulaire, ce qui n’est pas si fréquent aujourd’hui.

Laurent Courthaliac a pour moitié rassemblé et arrangé des thèmes de George Gershwin. Les autres sont de Sammy Fain (You Brought a New Kind of Love que les Marx Brothers interprètent dans “Monkey Business”), Sam Howard Stept (All My Life), Cole Porter (Looking at You), Jesse Greer (Just You, Just Me composé en 1929 pour le film “Marianne”). Woody Allen nous les fait entendre dans “Manhattan” (1979) et “Everyone Says I Love You” (1996), film dont le titre est emprunté à une chanson de 1932 écrite par Harry Ruby, un ami de Groucho Marx. Les Marx Brothers le reprennent dans “Plumes de Cheval” (“Horse Feathers”) et Laurent nous en offre une version dans laquelle Xavier Richardeau brille au saxophone baryton. La reprise de Laurent au piano est un des grands moments du disque. À la batterie, Pete Van Nostrand y assure un drive idéal.

Je n’ai pas encore présenté les musiciens, tous excellents. Fabien Mary le trompettiste intervient plus spécialement dans He Loves and She Loves (de Gershwin). Ballade à l’arrangement très soigné, All My Life met aussi son instrument en valeur. I’ve Got a Crush on You est pour le trombone de Bastien Ballaz et pour Clovis Nicolas dont la contrebasse marque toujours le bon tempo. Saxophoniste fougueux, Dmitry Baevsky excelle dans les morceaux rapides. Les versions enlevées de Strike Up The Band et de Just You, Just Me conviennent parfaitement à son alto. But Not for Me est pour le saxophone ténor de David Sauzay qui relaye un magnifique chorus de Laurent. Ce dernier intervient souvent et se réserve le morceau de Cole Porter qu’il aborde en solo avec juste ce qu’il faut d’émotion. On peut presque entendre les paroles derrière les notes de la mélodie. Finement ciselées, les orchestrations de l’album sont de Jon Boutellier qui connaît son affaire.

Tous ces thèmes nous sont familiers mais il est bon de les retrouver habillés par d’autres couleurs et commentés par des musiciens qui leur donnent une originalité appréciable. Écoutez le célèbre Embraceable You qui referme le disque. Le saxophone baryton s’appuie sur une masse orchestrale qui swingue avec élégance, sur des musiciens qui ne cherchent pas à faire autre chose que du jazz, osent et réussissent pleinement ce qu’ils entreprennent.

-Concerts de sortie au Sunside les 27 et 28 octobre avec une section rythmique de remplacement (Geraud Portal à la contrebasse et Romain Sarron à la batterie).

 

-Photo © Patrick Bourdet

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