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13 avril 2020 1 13 /04 /avril /2020 10:24
Quelques Blue Note à rechercher (1)

“Weaver of Dreams” de Don Grolnick, “Telepathy” de Bill Stewart, “BlackActionFigure” de Stefon Harris, trois disques Blue Note que vous connaissez peut-être et que je livre à votre attention. D'autres feront l’objet de chroniques la semaine prochaine. Je ne vous communique pas leurs noms pour vous en laisser la surprise. Enregistrés entre 1990 et 1999, mal ou pas du tout distribués dans l’hexagone, ces enregistrements passés inaperçus n’ont jamais existé en vinyle. En attendant que les magasins rouvrent leurs portes et que paraissent les nouveautés discographiques dont les sorties ont été repoussées, je vous propose de les (re)découvrir en deux temps et, si cela vous est possible, de les (ré)écouter.

Don GROLNICK : “Weaver of Dreams” (enregistré en 1990)

Décédé en 1996 à l’âge de 48 ans, le pianiste Don Grolnick n’enregistra que cinq albums, mais participa à quantité de séances avec des jazzmen et des pop stars dont il assurait les claviers. On trouve son nom au générique d’enregistrements de James Taylor, Linda Ronstadt, Paul Simon, Garland Jeffreys, Phoebe Snow, Michael Franks, Boz Scaggs et Steely Dan. Très lié aux Brecker Brothers (il joue sur plusieurs de leurs disques et produisit le premier album de Michael Brecker), il fut aussi le premier pianiste de Steps. “Weaver of Dreams” est son second disque après “Hearts and Numbers” (Hip Pocket Records 1985), et le premier de ses deux enregistrements pour Blue Note, “Nighttown“ (1992) étant presque aussi bon.

 

Weaver of Dreams” réunit un septuor de musiciens qui ont déjà travaillé avec lui. Exposant le thème à l’unisson, Randy Brecker (trompette), Barry Rogers (trombone), Michael Brecker (saxophone ténor) et Bob Mintzer (clarinette basse) font merveille dans Taglioni, une frémissante pièce chorale dans laquelle Barry Rogers montre son savoir-faire. Son trombone est également à l’honneur dans His Majesty the Baby que la contrebasse de Dave Holland et les cymbales de Peter Erskine rythment avec souplesse. Musicien de studio et de salsa, Barry Rogers s’éteignit en 1991, moins d’un an après cette session. Composé en 1925, le bientôt centenaire I Want to Be Happy est l’occasion d’un réjouissant lifting. Michael Brecker et Bob Mintzer s’y époumonent à cœur joie. Jouant un piano raffiné, Don Grolnick se fait seulement accompagner par sa rythmique dans Weaver of Dreams, l’autre standard de ce disque dont les arrangements très réussis impressionnent. L’influence de George Russell est perceptible dans les accentuations et les changements de rythmes de Nothing Personnal. Comme dans le lent et crépusculaire Pensimmons, la trompette de Randy Brecker s’envole, son frère Michael se réservant un chorus d’anthologie dans Five Bars, dernière plage d’un album honteusement méconnu.

Bill STEWART : “Telepathy” (enregistré en septembre 1996)

Batteur très demandé pour son sens des nuances et la finesse de son jeu, mais également pianiste, Bill Stewart, né à Des Moines (Iowa) en 1966, a participé à un grand nombre de séances. L’une de ses premières fut pour “Out A Day”, un album en trio du pianiste Franck Amsallem avec Gary Peacock à la contrebasse. La même section rythmique joue sur “Home Row” enregistré en 1992 par le pianiste Bill Carrothers mais commercialisé en 2008. Membre du quartette de John Scofield et du trio du pianiste/organiste Larry Goldings, Bill Stewart a fait peu de disques sous son nom. Si les deux derniers, Incandescence” (2008) et “Space Squid” (2015) sur le label Pirouet ne sont pas ses meilleurs, son premier, “Think Before You Think” (Jazz City 1989) et les deux albums qu’il enregistra pour Blue Note dans les années 90, le second étant “Telepathy, révèlent aussi un compositeur inspiré.          

 

Telepathy”, réunit autour de lui Steve Wilson (saxophones alto et soprano), Seamus Blake (saxophone ténor), Bill Carrothers (piano) et Larry Grenadier (contrebasse). Quelques thèmes relèvent du hard bop, Thelonious Monk et Jacky McLean signent deux plages du répertoire mais, composés par Stewart, la plupart des morceaux de l’album possèdent des harmonies inhabituelles et leur cheminement mélodique est souvent inattendu. Wayne Shorter aurait très bien pu les écrire. On pense à lui à l’écoute de Myrnah qui se termine par un court solo de batterie, de These Are They qui abrite de nombreuses dissonances. Son solo de piano semble surgir de nulle part. Bill Carrothers en ralentit le rythme, emprunte des sentiers qui bifurquent pour mieux faire ressortir son aspect onirique. Le pianiste brille aussi dans les deux ballades de l’album, Lyra dont les harmonies flottantes évoquent un paysage brumeux et Calm une invitation au rêve que la contrebasse de Grenadier accompagne. Ce dernier a rejoint le trio de Brad Mehldau et va bientôt se faire connaître. Quant à Carrothers, il est alors quasiment inconnu. Les rares disques qu’il a enregistrés, il les a produit lui-même sur son label. C’est à l’écoute de “Telepathy” que je l’ai découvert. Enthousiasmé par cet album, Dany Michel l’invita quelques mois plus tard à se produire à La Villa, club de la rue Jacob dont il assurait la programmation. Sa carrière ne faisait que commencer.

Stefon HARRIS : “BlackActionFigure” (enregistré en février 1999)

Diplômé de la Manhattan School of Music en 1994, le vibraphoniste Stefon Harris entreprit d’emblée une carrière de sideman. Influencé par Milt Jackson et Bobby Hutcherson –, il remplace ce dernier en 2008 au sein du SF Jazz Collective – il apporte d’autres couleurs et d’autres rythmes à l’instrument. Membre du Classical Jazz Quartet (quatre disques avec Kenny Barron, Ron Carter et Lewis Nash), il a enregistré avec Steve Turre, Joe Henderson (“Porgy & Bess”), Cassandra Wilson, Greg Osby, Jason Moran, Joshua Redman et Kurt Elling (“Man in the Air). Ses propres albums, Stefon Harris les a publiés sur Blue Note jusqu’en 2006. Henri Renaud ne tarissait pas d’éloges sur “A Cloud of Red Dust” (1998), son premier. “Kindred” (2001) est cosigné avec Jacky Terrasson.

 

Second opus de Stefon Harris pour Blue Note, “BlackActionFigure” rassemble sept musiciens. De ceux qui ont enregistré avec lui “A Cloud of Red Dust”, il garde Steve Turre au trombone, Greg Osby au saxophone alto* et Jason Moran au piano. Un nouveau flûtiste (Gary Thomas qui joue aussi du saxophone ténor) et une nouvelle rythmique – Tarus Mateen à la contrebasse et Eric Harland à la batterie – répondant mieux à son désir d’ouverture musicale, complètent son septuor. Ils ne jouent pas toujours ensemble, “BlackActionFigure” étant pensé et organisé comme une suite, de courts intermèdes en duo et en solo unissant les morceaux. Conversation at the Mess, un duo vibraphone-batterie, introduit ainsi BlackActionFigure, l’une des deux pièces en quartette de l’album, une conversation nerveuse entre le vibraphone et le piano dont la tension est entretenue par la section rythmique. Collage, une composition du pianiste Onaje Allen Gumbs, met en valeur la flûte en sol (alto flute) de Gary Thomas, son long solo s’écartant des barres de mesure pour en poétiser le thème. L’instrument donne à l’arrangement d’Alovi sa couleur chatoyante et se joint au trombone de Steve Turre dans Chorale, une pièce dont le motif mélodique joué à l’unisson  introduit Faded Beauty, ballade à l’orchestration soignée dans laquelle Stefon Harris exprime tout son talent.

 

*Coproducteur de cette séance, Greg Osby va enregistrer deux mois plus tard pour Blue Note “Inner Circle” avec presque le même personnel.

 

Don Grolnick © Photo X/D.R.

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3 avril 2020 5 03 /04 /avril /2020 10:57
Confinement : le temps retrouvé

Chick Corea à la Philharmonie, Xavier Desandre Navarre au Studio de l’Ermitage, Enrico Pieranunzi au Sunside, Anne Ducros enthousiasmant le Café de la Danse, c’était hier, en mars, quelques jours avant que le Président de la République s’exprimant le 16 à la télévision ne décide un confinement général sur l’ensemble du territoire. Depuis, les rues sont vides, les écoles, les magasins, les théâtres, les cinémas fermés, les parcs interdits au public. Occupant le terrain abandonné par l’homme, les animaux se réapproprient les villes. Des canards se dandinent en toute tranquillité devant la Comédie Française. Les rares passants que l’on croise portent des masques, gardent leur distance comme pour se protéger de la peste. Car c’en est une, invisible, inodore et incolore, un ennemi qui peut être mortel. Qui pouvait imaginer chose pareille il y a seulement quelques semaines ?

 

Confiné dans sa maison ou son appartement, on s’organise. Le temps passe trop lentement pour les uns, trop vite pour les autres. S’il ne nous est impossible de le ralentir, on peut en modifier la perception en changeant nos habitudes. Temps de pause et de découverte de soi-même, parenthèse temporelle, le confinement nous y oblige. Prendre des nouvelles des uns et des autres, leur parler au téléphone, rester en contact par courriel avec ses amis, avec des membres de la communauté du jazz – musiciens, producteurs, attaché(e)s de presse, journalistes –, resserrer des liens distendus, la réclusion rapproche, nous donne une magnifique occasion d’aller vers l’autre et de lui consacrer du temps.

 

Je plains les couples mal assortis qui découvrent leur impossibilité à vivre ensemble, ceux qui ne vivent que pour le sport et ne s’intéressent à rien d’autre, ces supporters de l’entreprise football qui, privés de matchs et désœuvrés, tournent chez eux en rond comme le ballon qu’ils vénèrent. Ceux qui aiment se plonger dans les livres s’en sortent beaucoup mieux. Le musicien qui pratique quotidiennement son instrument aussi. Les clubs de jazz ayant fermé leurs portes et les maisons de disques reporté leurs sorties, on écoute chez soi des albums plus anciens que le temps peut nous faire oublier. Les nouveautés n’arrivant plus, j’ai l’intention ce mois-ci de vous faire partager mon admiration pour des enregistrements que vous connaissez peut-être pas et vous les faire découvrir. La musique, ce puissant anti-stress, devrait être vendu en pharmacie.

 

Un grand merci à Sylvie Durand qui m’a fait parvenir un lien permettant de découvrir gratuitement sur Vimeo “The Ballad of Fred Hersch” (1*), un film de Charlotte Lagarde et Carrie Lozano consacré au pianiste. On suit ce dernier à Cincinnati chez sa mère, chez lui à New York, en Pennsylvanie chez Scott Morgan, son compagnon, mais aussi dans des clubs de jazz (en solo et en trio au Village Vanguard), en studio avec le guitariste Julian Lage et au cours d’une longue répétition de “My Coma Dreams” (2*), un spectacle associant théâtre et musique avec Hersch au piano, un orchestre de dix musiciens et un chanteur. Des documents d’archive (Hersh jouant du Monk au sein du quintette d’Art Farmer en 1982) et des interviews du journaliste David Hadju et du pianiste Jason Moran enrichissent ce portrait intimiste.

 

Confinement oblige, pour la première fois depuis que ce blog existe, vous ne trouverez-pas à la suite de cet édito mes concerts et disques qui interpellent. J’avais prévu de vous annoncer ceux de Sébastien Lovato, Lionel Martin & Mario Stantchev, Jacky Terrasson, Jan Harbeck, Yonathan Avishai, Jean-Louis Matinier & Kevin Seddiki, Sinne Eeg, Marie Mifsud et Baptiste Herbin. Tous devaient se produire dans des salles parisiennes, et certains fêter la sortie d’un nouvel album. Ce n’est que partie remise. Le temps passe très vite, trop vite, comme un cheval au galop. Demain sera déjà septembre. Espérons qu’il sera loin ce mois d’avril 2020 où l’on ne se déconfinait pas d’un fil.

 

1* “The Ballad of Fred Hersch” : www.vimeo.com/145825359

2* Disponible en DVD chez Palmetto, distribution Bertus.  

 

Je vous signale également que chaque soir à 19h00 précise (heure d’été en France), Fred Hersch nous donne à entendre sur sa page Facebook un morceau en direct de chez lui (“Tune of the Day”). Toutes ces vidéos étant archivées, il est possible de les revoir en replay - www.facebook.com/fredherschmusic

 

Photos : Pendules photo X/D.R - Fred Hersch © John Abbott

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27 mars 2020 5 27 /03 /mars /2020 10:40
Daniel ERDMANN’s VELVET REVOLUTION : “Won’t Put No Flag Out” (BMC / Socadisc)

Très actif dans le monde du jazz, récipiendaire du Prix du Jazz Européen 2019 de l’Académie du Jazz, le saxophoniste Daniel Erdmann se consacre aussi à ses propres formations, Das Kapital, trio qu’il codirige depuis 2002, et Velvet Revolution. J’ai découvert tardivement “A Short Moment of Zero G” le premier des deux albums que le groupe, un trio également, a enregistré à Budapest en 2016. “Won’t Put No Flag Out” qui paraît aujourd’hui est tout aussi attachant. Créée en 2015, Velvet Revolution réunit autour d’Erdmann le violoniste Théo Ceccaldi et le vibraphoniste britannique Jim Hart. Saxophone ténor, violon et vibraphone, son instrumentation inhabituelle réserve bien des surprises.

Emprunté à la révolution non-violente que connut la Tchécoslovaquie en 1989 et qui précipita la chute du régime communiste, le nom du trio, Velvet Revolution, la Révolution de Velours, définit assez bien sa musique, novatrice et douce, intimiste et profondément expressive. C’est sur le plan des timbres que le trio innove. Ces instruments n’ont pas l’habitude de se retrouver ensemble. Le violon et le piano font depuis longtemps bon ménage, mais réunir un violon ou un alto – Théo Ceccaldi se sert des deux – , un saxophone ténor et un vibraphone est beaucoup plus rare. Une sonorité de groupe originale et distincte en résulte.

 

Associer deux saxophones ténor (ou un saxophone ténor et une clarinette) à un violoncelle n’est pas plus fréquent. Vincent Courtois le fait avec son trio dont Daniel Erdmann est l’un des membres. Les deux formations ont des points communs. Toutes deux utilisent des cordes dont la pratique s’est aujourd’hui répandue dans le jazz européen. Le violoncelle est plus grave et sa tessiture plus étendue, mais il est parfois difficile de distinguer un alto d’un violoncelle lorsque les deux instruments sont joués en pizzicato, les cordes aiguës du violoncelle étant alors sollicitées. En outre, le saxophoniste possède un son propre au ténor, un moelleux, chaleureux et non dénué d’une certaine raucité.

Les deux trios n'ont toutefois pas les mêmes timbres. Au sein de Velvet Revolution la sonorité brillante et cristalline du vibraphone de Jim Hart apporte une couleur spécifique au savant maillage que tissent les instruments, un libre entrelacement harmonique et rythmique dont profite la musique. Hart est aussi un percussionniste et les cadences de certaines pièces (Except the Velvet Flag, La Tigresse) peuvent être très appuyées. En outre, Théo Ceccaldi marque aussi les rythmes sur son violon, en frappe les cordes avec ses doigts. Composés par Daniel Erdmann, les thèmes sont aussi d’une grande richesse mélodique. Give the Soul Some Rest, un morceau triste et lent, mêle un choral de Bach à un motif mélodico-rythmique ouest-africain. Rythmé par les notes aériennes du vibraphone, Outcast associe les plaintes du violon à celles du saxophone, Erdmann se montrant particulièrement lyrique dans Kauas pilvat karkaaat, la plus longue pièce du disque. Pour être complexe, cette musique de chambre non dénuée d’humour, a de nombreuses sources d’inspiration. Le Berlin de l’entre-deux guerres de Kurt Weill et de son “Opéra de quat’sous” est l’une d’elles. The Fuel of Life, une ritournelle un peu canaille, et le seul standard de l’album, une version d’Over the Rainbow ensorcelante par la nonchalance et le romantisme désuet de son interprétation, en subissent probablement l'influence.

 

Photos : Velvet Revolution Trio © Krisztina Csendes Daniel Erdmann © Pierre de Chocqueuse 

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19 mars 2020 4 19 /03 /mars /2020 09:45
Joachim KÜHN / Mateusz SMOCZYŃSKI : “Speaking Sound” (ACT)

La genèse de ce disque remonte à 2009. Cette année-là à Cracovie, Joachim Kühn et Mateusz Smoczyński sont membres de l’orchestre qui interprète pour la première fois devant un public polonais le concerto de violon de Zbigniew Seifert. Décédé d’un cancer en 1979 à l’âge de trente-deux ans, ce dernier avait enregistré plusieurs disques avec Kühn dans les années 70.

 

L’œuvre fut rejouée en 2018 à Katowice par les mêmes musiciens. Émerveillé par le violon de Smoczyński, le pianiste improvisa avec lui quelques pièces dans les loges du Philharmonic Hall où se tenait le concert. Cinq mois plus tard, en avril 2019 les deux hommes enregistraient cet album à Ibiza. Une séance limpide, lumineuse, une seule prise pour chaque morceau, une demi-journée de travail pour la mener à terme. Joachim Kühn s’y est installé en 1994 et possède une maison dans la partie la plus reculée de l’île. C’est dans le même studio qu’a été enregistré pour ACT “Melodic Ornette Coleman”, son disque précédent. Mais ici son Steinway dialogue avec le violon d’un musicien qui partage les mêmes racines que les siennes. Tous deux ont sérieusement étudié la musique classique, avant de se consacrer au jazz et tenter la fusion des genres.

Né en 1944 à Leipzig, en RDA jusqu’à l’effondrement du bloc communiste en 1990, Joachim Kühn donna son premier concert classique à l’âge de 5 ans. Leipzig est associé à Jean-Sébastien Bach qui occupa le poste de cantor de l’église luthérienne Saint-Thomas, l’une des deux plus importantes de la ville. Devenu le pianiste de jazz le plus célèbre d’Allemagne, Kühn intégrera à son répertoire des œuvres de ce dernier, notamment la chaconne de la deuxième partita pour violon seul en ré mineur. Né en 1984 et diplômé de l’Académie Frédéric Chopin de Varsovie sa ville natale, Mateusz Smoczyński est le co-fondateur du Atom String Quartet, le premier quatuor à cordes polonais à avoir joué du jazz. Il a enregistré sous son nom plusieurs disques en trio et en quintette et entre 2012 et 2015, a été membre d’un autre quatuor à cordes, le Turtle Island Quartet fondé en 1985 à San Francisco, et dont le répertoire mêle jazz, musique classique et rock.

Le rock n’a pas sa place dans le jazz de chambre fortement mâtiné de classique de leur duo. La mer toute proche, le ciel toujours bleu, la nature luxuriante des Baléares expliquent sans doute que Joachim Kühn, musicien fougueux, longtemps apôtre du free jazz européen, sert aujourd’hui la mélodie. Ses compositions gagnent en douceur, en sérénité, son jeu tendu et agressif se fait plus lyrique. L’ouverture de l’album, le séduisant Epilog der Hoffnung, en témoigne. Kühn laisse le violon exposer le thème qu’il a composé. Il donne le rythme, et accompagne sobrement les variations admirables que Mateusz Smoczyński invente à grands coups d’archet. Il écoute le violon chanter, lui répond, ses petites notes délicates s’ajoutant aux glissandos de l’instrument. Dans After the Morning, le violon accompagne en pizzicato une de ses rares improvisations, l’autre étant celle, trop brève, de Paganini, une pièce qu’il a également écrite. Privilégiant le chant intérieur, le pianiste préfère mettre son partenaire en valeur, donner le temps de briller à son violon virtuose. De mélancolique et lente, la musique de Maria devient peu à peu une conversation animée entre deux instruments. Dans Love and Peace que Smoczyński confie à un violon baryton, ils adoptent un jeu plus abstrait, des harmonies libres et flottantes qui en réveillent la mélodie. Si Kühn garde un toucher dur et attaque toujours puissamment ses notes, c’est pour sculpter des cadences, accompagner par de courtes phrases les envolées lyrique du violon, peindre de couleurs sonores adéquates l’Orient de Gurdjieff et de Rabih Abou-Khalil et en retrouver les parfums qui enivrent.

 

Photos © Tomasz Sagan

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10 mars 2020 2 10 /03 /mars /2020 10:18
Le jazz pluriel de Marc Benham

Curieux parcours que celui de Marc Benham. C’est en 2008, aux Trophées du Sunside, que j’entendis pour la première fois son piano, subjugué par sa virtuosité et l’abondance de ses idées mais décontenancé par un répertoire allant de James P. Johnson et Fats Waller à Bud Powell et Chick Corea. Je me souviens lui avoir demandé avec quel jazz il se sentait le plus en phase. « Avec tous » m’avait-il alors répondu. Un garçon capable de rassembler toutes les périodes de son histoire dans un piano espiègle, de jouer avec un égal bonheur du stride, du dixieland, du swing, du bop et du jazz moderne, ce n’était vraiment pas banal.

Plus tard, me documentant sur lui, je découvris qu’il avait appris très jeune le piano classique, joué dans des orchestres de New Orleans et de Dixieland, accompagné des films muets, suivi les cours de la Bill Evans Academy dans laquelle il enseigne aujourd’hui, enregistré avec des chanteurs et chanteuses de variété et composé des musiques de film.

 

Ses deux premiers disques en solo sur Frémeaux & Associés, “Herbst” (2013) et “Fats Food” (2016) autour de Fats Waller, m’ont laissé sceptiques malgré des moments aussi réjouissants qu’inattendus. Dans le second, Marc se permet de convoquer François Couperin pour déconstruire sa musique et la jouer en stride (Les Barricades Mystérieuses). “Fats Food” révèle également un compositeur habile jamais en panne d'idées. Tes Zygomatiques et son mélange de fantaisie et d’ingéniosité, Madreza et ses étranges et poétiques harmonies, ancrent son piano dans la modernité. Mais le plus souvent, au sein d’un même morceau, Marc Benham passe sans transition d’un jazz à un autre, des écarts ne facilitant nullement l’écoute de sa musique.

Réunissant des compositions originales et des standards de Thelonious Monk, Sidney Bechet, Charles Mingus et Bud Powell, son disque suivant, “Gonam City” (NeuKlang), publié en 2018, fait entendre un jazz de chambre au sein duquel tradition et modernité fusionnent avec cohérence. Marc l’a enregistré sur un piano de 102 notes avec le trompettiste Quentin Ghomari. Si certains thèmes nous sont familiers, la musique l’est moins. Imprévisible, chargée d’un humour malicieux, le jazz d’hier greffé sur celui moderne d’aujourd’hui, elle ne ressemble à aucune autre.

Son originalité musicale ne prépare nullement au choc que provoque l’écoute de “Biotope” (SteepleChase / Socadisc) récemment publié. Un disque enregistré à Rueil-Malmaison en 2018 en une seule journée avec John Hebert (contrebasse) et Eric McPherson, la section rythmique de Fred Hersch, pianiste que Marc Benham admire avec raison. Un choix idéal pour accompagner les escapades de sa musique buissonnière. Le matériel thématique de l'album vient parfois de loin. Mood Indigo de Duke Ellington date de 1930, Jitterbug Waltz de Fats Waller de 1942 et Moonlight in Vermont de 1944. Jouée sur un tempo très lent, cette dernière pièce bénéficie d’une délicate introduction onirique. Un charme puissant se dégage également de Mood Indigo. Dans cette ballade raffinée, les notes choisies par Marc scintillent comme des étoiles et John Hébert y fait chanter sa contrebasse. Si l’instrument n’a pas sa place dans un Jitterbug Waltz humoristique et décoiffant, il introduit Con Alma, un autre standard qui, rajeuni et profondément transformé, étonne par son audace et sa modernité. Composé en 1954 par Sonny Rollins, Airegin donne ici le vertige, mais reste ancré dans le bop, l'un des nombreux styles de jazz que le pianiste affectionne.

Les morceaux de Marc Benham sont tout aussi étonnants. L’introduction brillante de Pablo n’annonce en rien sa musique chaloupée et acrobatique, un dandinement de notes étourdissantes habitées par le swing. Liée au nombre d’or et aux nombres entiers, sa Suite de Fibonacci est une petite merveille d’écriture conciliant profondeur, virtuosité et lyrisme. Écrit spécialement pour cette séance, le crépusculaire Year of the Monkey qu’il introduit en solo fascine par ses harmonies étranges, sa séduisante ligne mélodique. Enfin Samurai Sauce, morceau énergique et complexe partiellement construit sur une ligne de blues, referme avec bonheur un album en trio d’une musicalité exceptionnelle, l'un des plus enthousiasmants de ce début d'année.

Le jazz pluriel de Marc Benham

Photos : Marc Benham © Monsieurtok – Eric McPherson, Marc Benham, John Hebert © Joël Fajerman.

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2 mars 2020 1 02 /03 /mars /2020 10:32
Chefs-d'oeuvre en péril ?

Mars. La fin prochaine du CD est annoncée. Détrônée par le streaming, la musique du futur va-t-elle se passer de support physique et redevenir volatile, immatérielle, ce qu’elle a très longtemps été avant que l’homme ne trouve le moyen technique de s’en saisir et de la conserver ? Nous n’en sommes pas encore là. Une grande quantité de CD sort tous les mois mais l’espace que les grandes enseignes leur consacre s’est réduit comme peau de chagrin au bénéfice du vinyle, un support à la mode, survivant d’une technologie aujourd’hui obsolète.

 

Souvent publiées à compte d’auteur, les nouveautés surchargent leurs rayons, mais y trouver un disque de jazz vieux de plusieurs mois peut tenir du miracle. Contrairement au livre qui dispose d’une seconde vie avec son édition de poche, le CD disparaît très vite, et avec lui des chefs-d’œuvre souvent méconnus qu’il devient impossible d’écouter. Certains sont devenus des pièces rares recherchées par des amateurs avisés, introuvables même sur le géant Amazon que vous n’allez quand même pas continuer d’enrichir. Depuis son apparition en 1983 et jusqu’au récent retour du vinyle, c’est sur ce seul support que la musique a été préservée, trente-cinq ans de l’histoire du jazz devenue difficilement accessible, les plateformes numériques étant loin de proposer la totalité du matériel enregistré.

 

S’ils ne sont plus guère nombreux, certains disquaires parisiens vendent encore du CD d’occasion. Vaste caverne d’Ali Baba remplie de disques, le sous-sol de Gibert Joseph, boulevard Saint-Michel, réserve de bonnes surprises, des occasions nombreuses qui n’y restent jamais longtemps. Il faut y passer souvent, demander conseil aux deux vendeurs qualifiés du rayon jazz, Etienne et Sylvain, qui, ordinateur aidant, peuvent vous mettre sur liste d’attente, et vous prévenir lorsqu’ils ont rentré la rareté désirée. Depuis que Gilles Coquempot a pris sa retraite et délaissé son ermitage de la Montagne Sainte-Geneviève, peu d’endroits accueillent des pèlerins en recherches jazzistiques.

 

Situé 5, rue de Navarre, à deux pas des arènes de Lutèce, le prieuré tout peinturé de bleu qu’occupe le Père Maxime, Paris Jazz Corner*, le coin du jazz parisien, renferme bien des trésors, des vinyles de collection, mais aussi de très nombreux CD(s) épuisés. Que n’y ai-je pas trouvé en m’y rendant régulièrement ? Le Père Maxime, je le fréquente depuis longtemps. Sa compétence est grande lorsqu'il s'agit de guitaristes. Retiré dans le Gard, son supérieur, le Père Boubet, lui a confié les clefs des lieux en toute confiance. Il a également la mienne. Il connaît les goûts des uns et des autres, sait ce que vous recherchez et peut vous mettre des disques de côté lorsqu’il les voit passer.

 

Grâce à lui et à quelques autres, le jazz de ces trente-cinq dernières années n’est pas encore enterré. Proposés à la vente, des chefs-d’œuvre que peu de gens connaissent circulent encore. Le CD dont la mort est paraît-il programmée assure toujours une vie durable à la musique. Big Brother n’a pas encore triomphé.

 

*Le site de PJC sur internet propose d'autres disques – CD(s) et vinyles – que ceux vendus rue de Navarre. On peut y trouver son bonheur : www.parisjazzcorner.com

 

QUELQUES CONCERTS ET QUELQUES DISQUES QUI INTERPELLENT

Chefs-d'oeuvre en péril ?

-Chick Corea à la Philharmonie, grande salle Pierre Boulez, le 2 mars (20h30) avec Christian McBride (contrebasse) et Brian Blade (batterie), musiciens avec lesquels il se produit depuis longtemps en concert. Ils sont présents sur “Trilogy 2”, publié au Japon en 2018 puis en Europe l’an dernier. À l’approche de ses 80 ans (il est né le 12 juin 1941), le pianiste enregistre beaucoup. Outre “Antidote”, un disque dans lequel il célèbre ses origines latines avec le Spanish Heart Band (l’un de mes 13 Chocs de l’année 2020), deux récents albums de lui en trio sont disponibles sur son site, sur Stretch Records son propre label. John Patitucci et Dave Weckl (son Akoustic Band) l’accompagnent dans l’un, Carlitos Del Puerto et Marcus Gilmore dans l’autre. Excellents tous les deux, ils confirment que Corea a toujours sa place au sein de l’élite des pianistes de jazz.

-Au Studio de l’Ermitage le 4 mars (21h00), Xavier Desandre Navarre fête la sortie de “In-Pulse 2” enregistré avec des musiciens de son disque précédent, “In-Pulse” publié en 2014, à savoir Stéphane Guillaume aux saxophones et à la clarinette basse, Emil Spanyi au piano et Stéphane Kerecki à la contrebasse, Xavier assurant batterie et percussions pour rythmer ses musiques aux arrangements soignés, véritables bandes-son de films imaginaires qui invitent au voyage. Sous ma plume, vous lirez une chronique détaillée de l’album dans le numéro de mars de Jazz Magazine. Elle est bien sûr très positive.

-Enrico Pieranunzi retrouve Diego Imbert (contrebasse) et André Ceccarelli (batterie) au Sunside le 4 et le 5 (à 21h00) pour un « Tribute to Claude Debussy », jouer la musique de “Monsieur Claude” un album qu’il a enregistré avec eux pour Bonsaï Music, l’un de mes Chocs de l’année 2018. En grande forme, le Maestro y arrange à sa manière quelques œuvres du compositeur français (Passepied, La fille aux cheveux de lin, Valse Romantique). S’y ajoutent quelques mélodies inoubliables qu'il a imaginées (L’Adieu sur un poème de Guillaume Apollinaire), la présence de la jeune chanteuse Simona Severini sur quelques plages le rendant très attachant.

-Anne Ducros au Café de la Danse le 8. Accompagnée par Adrien Moignard, guitariste toujours surprenant, et Diego Imbert, contrebassiste très demandé, gardien du tempo mais aussi voix mélodique appréciée, la meilleure de nos chanteuses de jazz éblouit dans “Something” (Sunset Records), son nouveau disque produit par Stéphane Portet. Dédié à Didier Lockwood présent dans “Purple Songs” (Dreyfus Jazz), un album d’Anne primé par l’Académie du Jazz en 2001, cet enregistrement capte merveilleusement les nuances, le timbre de sa voix. Les parties instrumentales sont d’une rare élégance. Une guitare merveilleuse fait corps avec son chant, joue les notes justes qui le met en valeur. Samba Saravah (paroles françaises de Pierre Barouh), Your Song (Elton John) Something de George Harrison devenu un standard, Anne leur donne une âme en leur confiant la sienne. Qu’elle chante en anglais, en français ou en italien (Estate), sa diction parfaite, son phrasé aérien et souple, ses onomatopées inventives suscitent l’admiration. Sa version The Very Thought of You, un thème de Ray Noble que Billie Holiday, Ella Fitzgerald et Sarah Vaughan interprétèrent, compte parmi les meilleures. Un grand disque assurément.

-Pierre de Bethmann (piano et Fender Rhodes), Sylvain Romano (contrebasse) et Tony Rabeson (batterie) au Sunside les 13 et 14 mars (21h30). En trio, le pianiste puise dans un répertoire inattendu pour le relire avec ingéniosité et talent. Comme son nom l’indique “Essais / Volume 3” (Alea) est le troisième album qu’il sort avec cette formation, ré-harmonisant souvent en profondeur les thèmes qu’il reprend. La Cane de Jeanne de Georges Brassens, Que Sera, Sera immortalisé par Doris Day dans “L’Homme qui en savait trop” (“The Man Who Knew Too Much”) d’Alfred Hitchcock, version de 1956. La contrebasse de Sylvain Romano l’introduit, sa ligne mélodique, celle d’une valse, inspirant au pianiste des notes délicieuses. Son jeu élégant éclaire d’une douce lumière la Sonate Opus 105 de Robert Schumann, et L’Ours de Jean-Loup Longnon, sa virtuosité se manifestant davantage dans Cyclic Episode, une composition de Sam Rivers aujourd’hui à la mode. L’interaction permanente qui règne entre les musiciens donne beaucoup de saveur à une musique qui les inspire et qu’ils prennent manifestement plaisir à jouer. Philippe Gaillot les a enregistrés au Studio Recall, dans une configuration proche de celle d’un concert. La séance se passa si bien que le matériel thématique recueilli permettra de publier deux albums. Le second, “Essais / Volume 4”, sortira en automne.

Le 15 mars 2020

Par décision gouvernementale et pour des raisons de santé publique, les concerts qui suivent sont annulés et certains d'entre-eux reportés à des dates ultérieures. Ce qui n'empêche nullement d'écouter les disques dont on devait fêter la sortie.  

-Banlieues Bleues du 6 mars au 3 avril : la plupart des formations de cette 37ème édition me sont parfaitement inconnues. Sarah Murcia s’y produit toutefois le dimanche 15 mars à 17h00 au nouveau théâtre de Montreuil. La chanteuse tient la contrebasse dans “Characters on a Wall”, le dernier disque de Louis Sclavis et m’a fait parvenir le sien, “Eyeballing”(dStream / L’Autre Distribution), un album difficilement classable mais dont la musique m’interpelle. On est plus près du rock progressif que du jazz, malgré les chorus que s’offrent Olivier Py aux saxophones ténor et soprano, et François Thuillier au tuba, improvisations qui enrichissent notoirement la musique. La singularité de cette dernière vient également de Benoît Delbecq qui outre du piano préparé, programme et invente les rythmes inouïs et entêtants de l’album – sur Come Back Later et Eyeballing notamment. Mais c’est un autre programme que proposera Sarah Murcia à Montreuil, “My Mother is a Fish”, libre adaptation musicale du célèbre roman de William Faulkner “Tandis que j’agonise”, Mark Tomkins (chant), Gilles Coronado (guitare) et Franck Vaillant (batterie) rejoignant les musiciens de l’album. 

Chefs-d'oeuvre en péril ?

-Au Pan Piper le 16 (20h30), Claude Tchamitchian jouera la musique de “Poetic Power” (Émouvance / Absilone) , son nouveau disque enregistré avec Christophe Monniot au saxophone alto et Tom Rainey à la batterie. Le contrebassiste a organisé son album comme une suite, alternant fulgurances et envoûtements mélodiques, moments intenses et accalmies poétiques et magiques. Si Christophe Monniot met parfois le feu à ses notes, son chant imprévisible peut aussi se faire léger et aérien, la musique moins volubile gagnant en légèreté. Ici, trois solistes s’écoutent et dialoguent constamment. Claude Tchamitchian assure un tempo très souple mais impressionne aussi par son jeu mélodique, ses cordes frottées par l’archet accompagnant souvent une musique libre, spontanée et étonnamment expressive. Tom Rainey la colore, tambours et cymbales frappés et caressés lui apportant un riche foisonnement percussif. Cette déambulation musicale largement improvisée reste toutefois bornée par des thèmes qui permettent de suivre le trio pas à pas. Comme les cailloux du Petit Poucet, ils nous aident à sortir indemnes et subjugués d’une aventure sonore peu ordinaire.

-Le Trio Viret au Studio 104 de Radio France le 17 (20h30). Il fête ses vingt ans d’existence ce qui n’a pas échappé à Arnaud Merlin, programmateur de l’émission Jazz sur le Vif. Bien qu’occupés ces dernières années par leurs propres projets, Jean-Philippe Viret (contrebasse), Édouard Ferlet (piano) et Fabrice Moreau (batterie) se sont retrouvés en février 2019 à la Générale de Montreuil où leurs deux concerts ont été enregistrés. Publié l’automne dernier sur le label Melisse, “Ivresse” restitue parfaitement la musique du trio, un jazz de chambre raffiné à l’écriture lyrique qui génère de brillantes improvisations. Au même programme, le Jim Black AlasnoaxisChris Speed (saxophone ténor), Ilmar Jensson (guitare), Skuli Sverrisson (basse) et Jim Black (batterie et electronics) – me rend plus circonspect.

-Après le Sunside, club dans lequel il a fêté en octobre dernier la sortie de “Gotham Goodbye” (Jazz&People), l’un des 13 Chocs 2019 de ce blogdeChoc, l’excellent pianiste Franck Amsallem présentera le 18 au Duc des Lombards la musique de son disque ainsi que quelques autres morceaux (deux concerts, 19h30 et 21h45). À l’exception de Sylvain Romano (contrebasse) remplaçant Viktor Nyberg indisponible, Irving Acao (saxophone) et Gautier Garrigue (batterie) sont bien les musiciens de l’album. Vous en trouverez la chronique dans ce blog à la date du 18 octobre en vous servant de son moteur de recherche.

Chefs-d'oeuvre en péril ?

-Brad Mehldau au New Morning pour quatre concerts, les 18, 19, 20 et 21 mars, tous à 21h00, avec Larry Grenadier (contrebasse) et Jeff Ballard, les musiciens de son trio. Étroitement associés à sa musique, ils assurent un tapis rythmique très dense derrière un pianiste trouvant pour chaque morceau interprété des harmonies neuves et appropriées. Tirant parti de son jeu ambidextre, il aime répandre un flot de notes, étaler de longues phrases en expansion, ses improvisations n’en restant pas moins lisibles. “Blues and Ballads” (2016), un album apaisé et aux tempos lents dans lequel il privilégie la mélodie, et “Seymour Reads The Constitution !” (2018), deux disques du label Nonesuch, sont les plus récents enregistrements du trio. Brad Mehldau y joue son meilleur piano.

-Le Happy Hours Quartet de Christophe Marguet le 19 mars au Comptoir de Fontenay-sous-Bois (20H45). Le batteur aime changer de formation et participer à celles des autres. “Letters to Marlene”, disque co-signé avec Guillaume de Chassy, “Spirit Dance” en quintette avec le guitariste David Chevallier, et “Old And New Songs” l’ont récemment fait remarquer. Ce dernier album est aussi le nom du groupe, un quartette comprenant le trompettiste et joueur de bugle Yoann Loustalot. On le retrouve dans le Happy Hours Quartet dont est membre Julien Touery, le pianiste de “Slow”, un récent disque de Loustalot. Hélène Labarrière (contrebasse) complète le quartette qui joue un jazz allègre, des compositions dues à Christophe Marguet pour la plupart, certaines excellentes (Haute-Fidélité et Trop Tard ?). Toutes bénéficient d’arrangements très soignés. “Happy Hours”(Mélodie en sous-sol / L’Autre Distribution), le disque, sera commercialisé le 27 mars.  

-Mélanie Dahan le 20 au Pan Piper (20h00). Elle vient de faire paraître “Le chant des possibles” (Backstage Production / L’Autre distribution), un disque dans lequel elle interprète des textes d’auteur, des poèmes (entre autres) de Tahar Ben Jelloun, Andrée Chedid, Henri de Regnier mis en musique par le pianiste Jeremy Hababou. Mélanie Dahan les chante avec tendresse et en français, y greffant des vocalises, des onomatopées habiles, attachée à la musicalité d’une langue qui convient très bien à son chant aérien. Je me souviens d’un concert d’Antoine Hervé au théâtre Jean Vilar de Suresnes en mars 2011, ce dernier reprenant de célèbres chansons françaises avec, pour les chanter, la voix délicieuse de Mélanie. On la retrouve avec plaisir dans cet opus qui lui ressemble, son chant aérien enserré dans l’écrin que lui apporte les musiciens qui l’accompagnent, des arrangements beaux et soignés la mettant en valeur. Outre Jeremy Hababou (piano), Arthur Alard (batterie) et Benjamin Petit (saxophone) qui entourent Mélanie dans l’album, Bertrand Beruard (contrebasse) et Marc Benham (claviers) seront avec elle sur scène, devant un public dont vous serez peut-être.

-Au Café de la Danse le 21 (20h00), Henri Texier présentera la musique de “Chance” (Label Bleu / L’Autre Distribution), son nouvel album, l’un des plus attachant de sa longue discographie. Ses musiciens sont les mêmes qui ont enregistré avec lui “Sand Woman” publié il y a deux ans. Vincent Lê Quang (saxophones ténor et soprano), Sébastien Texier (saxophone alto et clarinettes), Manu Codja (guitare) et Gautier Garrigue (batterie) constituent autour de sa contrebasse une formation idéale. Henri, 75 ans depuis janvier, a pourtant joué avec bien des célébrités de la planète jazz. Mais avec ce Sand Quintet , la magie opère, perceptible dans la musique qui est vraiment celle d’un groupe, une musique souvent sereine, création collective à laquelle contribue tout l’orchestre, Cinecitta (de Texier fils), Simone et Robert (de Texier père) et Laniakea (de Gautier Garrigue) , ballades somptueusement orchestrées, rendant l’album inoubliable.

-Dernière minute : une rencontre inédite à ne pas manquer au Bal Blomet le 24 (20h00), celle du pianiste Marc Copland avec le batteur Daniel Humair, le saxophoniste Jean-Charles Richard et le bassiste Stéphane Kerecki, quatre grands musiciens à découvrir ensemble le temps d’une soirée que l’on peut prévoir exceptionnelle.

-Le pianiste suisse Marc Perrenoud au Duc des Lombards le 26 (19h30 et 21h45). Avec lui Marco Mueller (contrebasse) et Cyril Regamey (batterie), les musiciens de “Morphée” (Neukland / Pias), son cinquième album en trio, le huitième sous son nom. Publié l’an dernier, le premier disque d’Aksham que Marc Perrenoud co-dirige avec la chanteuse Elina Duni et le trompettiste David Enhco ne m’avait pas particulièrement séduit. L’un de ses morceaux, A Flower to My Daughter, devient ici une ballade attachante. Les autres thèmes de cet opus ont été écrits en août 2019 à Genève, la nuit, ce qui peut expliquer l’aspect onirique de certaines compositions (Morphée, A Feather). Stairs fascine par sa lenteur, sa mélodie très simple faite avec peu de notes. Les deux prises envoûtent pareillement. Les morceaux rapides de l’album révèlent la complicité des trois musiciens. East Tower est particulièrement brillant ; joué à très grande vitesse, The REB emporte et enivre. “Morphée” doit paraître le 20 mars prochain. Un pianiste inspiré y exprime son talent.

Chefs-d'oeuvre en péril ?

-Kandace Springs au Café de la Danse le 28 (20h00). Née à Nashville et repérée par Prince, nous l’avons découverte en 2016 avec “Soul Eyes”, un album élégant et quelque peu commercial produit par Larry Klein pour Blue Note. Deux ans plus tard, sur le même label, paraissait “Indigo”, un disque plus funky, davantage marqué par le hip hop et le rhythm’n’blues, produit par le batteur Karriem Riggins. C’est à nouveau Larry Klein qui officie derrière “The Women Who Raised Me” (Blue Note / Universal) qui sortira la veille du concert, le 27 mars. Enregistré avec Steve Cardenas (guitare), Scott Coley (contrebasse), Clarence Penn (drums) et quelques invités (Avishai Cohen, Chris Potter, David Sanborn), la chanteuse / pianiste rend hommage aux voix qui l’ont inspiré dans son enfance, celles d’Ella Fitzgerald, Nina Simone, Carmen McRae et plus près de nous Sade, Diana Krall, Norah Jones (qui intervient sur Angel Eyes), Diana Krall et quelques autres. Reprenant leurs succès, elle les interprète magnifiquement dans ce qui est son meilleur disque.     

-Cité de la Musique / Philharmonie de Paris : www.philharmoniedeparis.fr

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Le Café de la Danse : www.cafedeladanse.com

-Banlieues Bleues : www.banlieuesbleues.org

-Pan Piper : www.pan-piper.com

-Radio France – Jazz sur le vif : www.maisondelaradio.fr/jazz-1920

-New Morning : www.newmorning.com

-Le Comptoir : www.musiquesaucomptoir.fr

-Bal Blomet : www.balblomet.fr

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

 

Crédits Photos : Maxime Hubert devant Paris Jazz Corner © Pierre de Chocqueuse – Xavier Desandre Navarre © Sophie Bourgeix – André Ceccarelli, Enrico Pieranunzi & Diego Imbert © Christophe Charpenel – Trio Viret © Grégoire Alexandre – Franck Amsallem © Philippe Lévy-Stab – Brad Mehldau Trio © Michael Wilson – Happy Hours Quartet © Jérôme Prébois – Marc Perrenoud Trio © Liliroze – Kandace Springs © Blue Note Records – Chick Corea, Christian McBride & Brian Blade / Marc Copland & Daniel Humair © Photos X/D.R. – Les photos de Tom Rainey, Christophe Monniot & Claude Tchamitchian sont un montage de Christian Kirk-Jensen.

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24 février 2020 1 24 /02 /février /2020 11:25
Chaud au Nord

L’année commence fort pour Stunt Records. Après avoir fait paraitre de magnifiques albums de Jan Harbeck et de Tobias Wiklund l’an dernier, le label danois commercialise deux disques à se procurer sans tarder. Accompagnée par les musiciens du Danish Radio Big Band, la chanteuse danoise Sinne Eeg signe une production ambitieuse rappelant cet âge d’or des grands orchestres qui fleurit en Amérique dans les années 30 avant que la guerre et le fracas des armes envoyant leurs musiciens sous les drapeaux ne les conduisent à disparaître. Insensible à la modernité, le batteur Snorre Kirk fait revivre dans son nouvel opus les années swing du jazz. Disposant de grands solistes et respectueux des règles du genre, Kirk en propose la quintessence, sa musique chaude et sensuelle étant mise en valeur par la beauté de ses compositions et de ses arrangements.

Sinne EEG & The Danish Radio Big Band : “We’ve Just Begun” (Stunt / UVM)

En grande forme, la large tessiture de sa voix de mezzo-soprano lui permettant de phraser comme un instrument, Sinne Eeg est ici accompagnée par le célèbre Danish Radio Big Band, aujourd’hui l’un des meilleurs orchestres de jazz européen. Produit par André Fischer (Nathalie Cole, Tony Bennett, Michael Franks), mixé par Al Schmitt dans les studios Capitol de Los Angeles, “We’ve Just Begun” brille par ses arrangements qui laissent de la place aux solistes et mettent en valeur une chanteuse à la voix assurée. Ils sont trois à se partager le travail sur des standards et des compositions originales. Le trompettiste Jesper Riis nous est familier pour avoir notamment arrangé les cuivres qui enrichissent deux des plages de “Face the Music”, disque primé en 2014 par l’Académie du Jazz. Tromboniste devenu l’un des arrangeurs du DR Big Band, Peter Jensen a obtenu un Danish Music Award en 2016. Enfin, disparu en novembre 2018, le saxophoniste Roger Neumann s’est fait connaître par ses arrangements pour Count Basie, Buddy Rich et Ray Brown. L’album lui est dédié.

 

Dès sa première plage, We’ve Just Begun, on est conquis par la rutilance des timbres, les tutti des trompettes, les basses puissantes des trombones de l’orchestre. Portée par la section rythmique, sa voix enserrée dans un écrin de sonorités chatoyantes, la chanteuse impose d'emblée son éblouissante maîtrise technique. Dialoguant avec la section de saxophones, elle improvise en scat les dernières mesures du thème. Le soliste en est le saxophoniste Hans Ulrik, auteur en 2015 d’une inoubliable “Suite of Time” sur Stunt Records. Henrik Gunde, le pianiste de l’album, est aussi celui de “The Sound The Rhythm”, disque de Jan Harbeck largement consacré à Ben Webster publié l’an dernier. Le chorus qu’il prend dans Like a Song renforce l’aspect sentimental de cette composition de Sinne Eeg qui sait aussi créer des mélodies séduisantes. Performante sur tempo rapide et émouvante dans les ballades, cette dernière a bien sa place dans le peloton de tête des grandes chanteuses européennes.  

Chaud au Nord

Snorre KIRK Quartet with Stephen RILEY : “Tangerine Rhapsody” (Stunt / UVM)

Batteur attaché au swing, à cette pulsation, cette respiration rythmique que le jazz moderne semble avoir quelque peu oublié, Snorre Kirk enracine sa musique dans le jazz et son histoire. S’il reprend parfois des standards, il interprète surtout des compositions originales qu’il arrange avec soin et élégance, préférant marquer sobrement le rythme à toute exhibition de savoir-faire. Après “Drummer & Composer” confié à un septuor et “Beat” à un sextette, “Tangerine Rhapsody” voit le batteur danois réduire encore sa formation. S’il conserve Magnus Hjorth, pianiste au jeu aussi précis qu’économe, Jan Harbeck, son saxophoniste, ne joue que sur deux plages. Les autres, en quartette, sont confiées à l’américain Stephen Riley. Auteur de quatorze disques sous son nom sur le label SteepleChase, Kirk l’accompagna par deux fois en tournée. Héritée de Ben Webster et de Paul Gonsalves, la sonorité suave de son ténor convient bien à la douceur mélodique des compositions et les rend particulièrement attractives. Comment ne pas fondre à l’écoute de Unsentimental, la ballade qui introduit l’album ? D’un grand romantisme, celle que se réserve Magnus Hjorth, The Nightingale & the Lake, reste l’un des sommets de l’album. Snorre Kirk n’oublie pas non plus le blues (Festival Grease) et la musique afro-cubaine. West Indian Flower, un calypso, met en valeur Anders Fjeldsted, le nouveau bassiste de sa formation. Très inspiré par Count Basie et confié aux deux souffleurs, Blues Jump dégage un swing irrésistible ; même chose pour Uptown Swing Theme et Nocturne, confession lyrique d’un ténor inventif.

 

Photos © Stephen Freiheit

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17 février 2020 1 17 /02 /février /2020 09:48
Un triplé enivrant

Trois disques, tous différents, tous méritant des oreilles attentives. Prix du Jazz Européen 2019 de l’Académie du Jazz, le saxophoniste Daniel Erdmann joue dans les deux premiers, un hommage à Sophie Scholl, jeune résistante honteusement suppliciée par les nazis en 1943, et un album du violoncelliste Vincent Courtois autour de l’œuvre de Jack London. L’auteur du troisième, John Greaves, tient un rôle important dans “Oakland”, lecture musicale que Courtois, conjointement à son disque, consacre à “Martin Eden”, l’un des grands livres de London. Fermant la boucle, le violoncelliste joue également dans le disque de John, musicien inclassable et précieux, depuis longtemps de bien des aventures.

Daniel ERDMANN / Bruno ANGELINI : “La dernière nuit”  (AE001*)

Composée et interprétée par Daniel Erdmann (saxophone ténor) et Bruno Angelini (piano), la musique de ce disque accompagne une évocation de Sophie Scholl créée sous sa forme théâtrale au Goethe-Institut de Paris en septembre 2018, la comédienne Olivia Kryger incarnant cette dernière. Sophie Scholl (1921-1943) fut exécutée par les nazis avec son frère Hans pour avoir imprimé et diffusé des tracts hostiles au régime et à la guerre. Écrit par Alban Lefranc, un écrivain français résidant à Berlin, le texte, un monologue, décrit le flot de pensées et d’images qui la traverse, ses craintes et ses espoirs, “La dernière nuit” étant celle qu’elle passa à Munich, à la prison de Stadelheim, avant son exécution le 22 février 1943. C’est en allant voir en 2006 le beau film que lui a consacré Marc Rothemund, “Sophie Scholl, les derniers jours” que j’ai découvert le grand courage de cette résistante chrétienne à la foi inébranlable, figure emblématique du réseau « La Rose Blanche » condamnée à mort pour avoir refusé de nier ses convictions.

Pour sa dernière nuit, Daniel Erdmann et Bruno Angelini ont conçu une musique généreuse, forte et entière qui lui ressemble, une musique traduisant ses états d’âme en ces derniers instants, expression d’une large palette de sentiments, la joie, l’angoisse, l’espoir de vaincre la peur et d’entrer sereinement dans la mort. Le portrait de Sophie Scholl qu’ils en donnent est celui d’une âme sereine et apaisée. Privilégiant la lumière, leurs compositions d’une grande douceur posent sur le visage juvénile de l’héroïne de subtiles couleurs harmoniques, créant ainsi une œuvre intensément lyrique et poétique. Évitant tout pathos, la musique – une dizaine de thèmes presque toujours mélodiques sur lesquels se greffent des improvisations particulièrement inspirées –, se fait délicate et légère, pure comme l’est cette jeune fille qui va bientôt mourir. C’est bien la voix intérieure de Sophie Scholl que font entendre les notes tendres et émouvantes du piano, le souffle si expressif du saxophone. En communion avec elle, et en état de grâce, Daniel Erdmann et Bruno Angelini nous font intimement partager ses pensées.

 

*Disque uniquement disponible sur les plateformes numériques et le site de Bruno Angelini www.brunoangelini.com. L’intégralité du texte d’Alban Lefranc est également disponible, en français et en Allemand, sur le site de Bruno.

Vincent COURTOIS “Love of Life” (La Buissonne / Pias)

Si Jack London (1876-1916) ne connut pas une fin de vie aussi dramatique que celle de Sophie Scholl – un empoisonnement du sang provoqué par une urémie fut la cause probable de sa mort –, il n’eut pas moins une existence difficile avant de devenir célèbre. Tour à tour employé dans une conserverie de saumon, pilleur d’huîtres, chasseur de phoques, pelleteur de charbon, vagabond, chercheur d’or (le Klondike lui inspira quatre romans et six volumes de nouvelles), l’écrivain ne rencontra véritablement le succès qu’en 1903 avec “L’Appel de la forêt” (“Call of the Wild”) et les grandes étendues blanches de ses romans d’aventure.

Vincent Courtois ne cache pas avoir découvert Jack London tardivement, en 2016, par la lecture de ses “Contes des mers du sud” (“South Sea Tales”) puis de “Martin Eden”, roman partiellement autobiographique écrit en 1909. Subjugué par la puissance évocatrice de ses récits, le violoncelliste entreprit avec Robin Fincker (saxophone ténor et clarinette) et Daniel Erdmann (saxophone ténor), une tournée américaine les menant sur les terres de l’écrivain dans la Sonoma Valley où il s’y fit construire un ranch, incendié en 1913 avant qu’il n’ait pu l’habiter. La photo de couverture de l'album a été prise près des ruines de sa demeure, à quelques mètres de sa tombe sur laquelle nos trois musiciens improvisèrent. Gérard de Haro, l’ingénieur du son du studio La Buissonne, l'enregistra à Oakland, ville dans laquelle Jack London vécut, étudia, milita dans les rangs socialistes et s’initia à la littérature.

Excepté Am I Blue, un standard de 1929 qu’interprétèrent Dinah Washington, Ray Charles et même Eddie Cochran, tous les morceaux ont pour noms des titres de romans et de nouvelles de l’écrivain, Martin Eden* étant l'un d'entre eux. Car, contrairement au disque précédent de Vincent Courtois consacré à des relectures des bandes-son de quelques films, ce n’est plus l’image qui influence la musique, mais les histoires de Jack London, ses récits inspirant mélodies et cadences au violoncelliste, principal pourvoyeur de thème du trio. Les cordes pincées de son instrument joué comme une guitare introduisent le thème majestueux et lent de Love of Life, une nouvelle que Jack London écrivit en 1907 et qui donne son nom à l’album.

Détailler le contenu de ses treize morceaux serait long et fastidieux. Mais comment ne pas évoquer la cadence hypnotique de The Road, celle très « panthère rose » de Goliah (signé Daniel Erdmann), celles hallucinantes de The Sea-Wolf (de Robin Fincker) et de South of the Slot ? Comment passer sous silence les nombreux moments pendant lesquels, ses cordes frottées par l’archet, le violoncelle donne volume et puissance à la musique ? Sa tessiture est grande. Il possède des basses profondes et chante dans les aigus. Souvent lyrique, toujours intense, ce disque offre une combinaison de timbres que l’on entend rarement dans le jazz. La richesse de leurs sonorités impressionne. On se laisse emporter dans un tourbillon de notes fiévreuses dont on sort tout ébloui.

 

*Sous le nom d’“Oakland”, le texte de “Martin Eden” fait également d’une lecture musicale par Pierre Baux et John Greaves, la musique étant assurée par le trio.       

John GREAVES : “Life Size” (Manticore / Believe)

Il est pour le moins curieux que cet album, le seizième de John Greaves, activiste d’une musique inclassable, soit passé inaperçu lors de sa sortie probable en mai dernier. J’ai même longtemps douté de son existence, invisible qu’il était dans les bacs des disquaires. Jusqu’au moment où, il y a deux mois, j’en découvris un par hasard chez Gibert, dans les « G divers » du rayon jazz. La presse a également été peu réactive. Une courte chronique dans Citizen Jazz, rien dans les Dernières Nouvelles du Jazz, rien non plus dans Jazz Magazine comme si la rédaction ne l’avait pas reçu. Ce disque ne mérite pas l’étrange silence qui le recouvre. La présence de John au sein du trio de Vincent Courtois pour une lecture de “Martin Eden” me donne enfin l’occasion d’en parler.

Un triplé enivrant

Faisant appel à une instrumentation très variée, guitares acoustiques et électriques, hautbois (Camillo Mozzoni), violons, alto et violoncelle (Vincent Courtois) colorant une palette sonore des plus riches, “Life Size”, album à la beauté stupéfiante, réunit une brochette impressionnante de musiciens. John Greaves n’est pas seul à assurer les parties vocales de l’album qui se déclinent en français, en anglais et en italien. Trois chanteuses l’accompagnent. La soprano Valérie Gabail fait merveille dans cet Air de la lune dont la mélodie semble portée par les ailes d'un ange, et dans Hôtels, une chanson écrite sur un texte de Guillaume Apollinaire. Outre une voix magnifique, la jeune Annie Barbazza joue également du piano et de la guitare acoustique. Avec John, elle reprend l’émouvant How Beautiful You Are que Peter Blegvad (Slapp Happy) enregistra en 1983 sur son premier disque solo. Quant à Himiko Paganotti, sa voix envoûtante semble sortir d’un brouillard cotonneux. Nous la connaissons par ses disques qui, comme ceux de John, reflètent un univers qui lui est personnel. Les deux pôles de leur monde fusionnent comme par magie dans La lune blanche, morceau flottant entre ciel et terre sur lequel Sophia Domancich joue du piano préparé. Dans God Song, une chanson de Robert Wyatt, la guitare électrique de Jakko Jakszyk (King Crimson) se mêle aux stridences des cordes du violoncelle. Autre reprise de choix, Kew Rhône is Real, étonnant monologue parlé que Tom Waits aurait très bien pu interpréter. Enregistré en Italie et publié sur Manticore, label créé par Greg Lake, le bassiste d’Emerson, Lake & Palmer dans les années 70, ce disque d’une insoupçonnable richesse, tant mélodique que sonore, demande à sortir de l’oubli.

 

Né le 23 février 1950, John Greaves aura 70 ans dans quelques jours. Cette chronique lui est dédiée.

 

Photos : Vincent Courtois / Daniel Erdmann / Robin Fincker © Loïc Vincent – Vincent Courtois au violoncelle © Pierre de Chocqueuse – John Greaves © Franz Soprani – Sophie et Hans Scholl © Photo X/D.R.

    

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10 février 2020 1 10 /02 /février /2020 14:21
Les Prix de l'Académie

Incontournable rendez-vous médiatique et jazzistique que préside et orchestre François Lacharme depuis 2005, la traditionnelle remise des Prix de l'Académie du Jazz s’est tenue le 27 janvier au Pan Piper, une salle de concerts que l’amateur de jazz parisien connaît bien. Devant un parterre d’invités et d’amis œuvrant dans les métiers de la musique, du cinéma et des spectacles  – musiciens et académiciens, producteurs et responsables de maisons de disques, partenaires et sponsors*, journalistes, photographes, attaché(e)s de presse, organisateurs de concerts –, dix prix furent décernés ce soir-là dont le prestigieux Prix Django Reinhardt que tous les musiciens de jazz français souhaitent bien sûr obtenir.

 

Mon compte-rendu de cette soirée de gala, très riche sur le plan musical, privilégie aussi l’image. Prenez-le temps de faire défiler mon carrousel jazzistique et de découvrir les photos qu’Antoine Piechaud et moi-même avons prises pendant les répétitions, en coulisses et après le concert lors des agapes qui suivirent. Outre les lauréats, vous y trouverez sans doute des visages familiers et peut-être le vôtre. Que la fête commence.   

 

*La Fondation BNP Paribas, la SACEM, la SPEDIDAM, le Conseil des Vins de Saint-Émilion, le Pan Piper, mais aussi le Goethe Institut qui accueille en amont depuis quelques années nos fiévreux et passionnants débats.

 

LA CÉRÉMONIE

Les Prix de l'Académie

19h05 : à tout seigneur, tout honneur, François Lacharme ouvrit la cérémonie, et après quelques mots de bienvenue, remit le Prix du Jazz Classique à Gisèle Larrivé dite Gigi qui supervisa le travail de réédition exceptionnel qu’entreprit pendant plus de trente ans Michel Pfau sur Albert Ammons (1907-1949) le roi du boogie-woogie, la manière la plus africaine de jouer le blues au piano. Michel Pfau ne vit malheureusement pas son projet aboutir. Il décéda avant la parution de “Complete Work Albert Ammons” (coffret de 9 CD(s) auquel s’ajoute un DVD) qui regroupe tous les enregistrements du pianiste et contient un livre de 192 pages comprenant sa biographie et sa discographie complète. Appelé sur scène, Jean-Paul Amouroux expliqua ce qu’est le style boogie-woogie, puis l’un des groupes finalistes, les Three Blind MiceMalo Mazurié (trompette), Félix Hunot (guitare) et Sébastien Girardot (contrebasse) – nous donnèrent une version chaleureuse de Viper Mad de Sydney Bechet en guise d’intermède musical.

Les Prix de l'Académie

2019 ne fut pas très riche en littérature jazzistique. Le centenaire de la naissance de Boris Vian que nous fêtons cette année (il est né à Ville-d’Avray le 10 mars 1920) donna fort heureusement matière à deux ouvrages que la commission livres de l’Académie estima judicieux de primer ensemble. Richement illustré, “Boris Vian 100 ans” (Éditions Heredium) de Nicole Bertolt et Alexia Guggemos est un peu le livre officiel de ce centenaire qui verra pleuvoir de nombreuses manifestations autour de l’écrivain. Dans leur “Anatomie du Bison” (Éditions des Cendres), Christelle Gonzalo et François Roulmann nous font suivre presque au jour la vie de l’écrivain qui fut membre de l’Académie et dont les écrits sur le jazz restent célèbres.  

 

Prélude à une « Nuit Boris Vian » que l’Académie du Jazz organisera au Pan Piper le 27 mars, Natalie Dessay vint un peu plus tard confirmer son talent de lectrice sur Quand l’amateur de jazz écrit, un texte de Vian publié dans “Jazz 1954”, plaquette « présentée par l’Académie du Jazz » comme mentionne la couverture de ce petit ouvrage (20 pages) aujourd’hui recherché.

Également attribué par une commission, le Prix du Meilleur Inédit récompensa “Live in Tokyo‘91”, un double CD de Barney Wilen enregistré sur un Sony DAT au Keystone Corner de Tokyo, aujourd’hui le Harajuku Keynote. C’est grâce au fils de Barney, Patrick Wilen que nous avons aujourd’hui ce concert. Barney y est accompagné par Olivier Hutman au piano, Gilles Naturel à la contrebasse et Peter Gritz à la batterie. En l’absence du saxophoniste, décédé trop tôt en 1996, ses trois musiciens vinrent recevoir le prix des mains de François Lacharme et nous firent l’honneur d’interpréter No Problem de Duke Jordan, un des titres emblématiques de cette résurrection sonore et l’un des thèmes préférés de Barney. Plaisir d’entendre Gilles Naturel toujours impérial à la contrebasse et le merveilleux piano blues d’Olivier Hutman, un ami apprécié.    

Les Prix de l'Académie

N’ayant pu se déplacer, Jontavious Willis et Mavis Staples, lauréat(e)s des Prix Blues et Soul pour leurs albums “Spectacular Class” et “Live in London”, exprimèrent leurs vifs remerciements à l’Académie dans les petits films qu’ils avaient envoyés.

Ce qui laissa du temps au pianiste / organiste Laurent Coulondre, Prix du Disque Français 2019 pour “Michel On My Mind”, superbe hommage à Michel Petrucciani, d’interpréter deux morceaux de son album après avoir reçu son trophée. Accompagné par les musiciens de son disque, Jérémy Bruyère à la contrebasse et l’inégalable André Ceccarelli à la batterie, Laurent mena son mini concert tambour battant. Sa version de She Did It Again, une composition de Michel que contient son album Blue Note “Promenade with Duke” (1993) et dans laquelle Caravan est longuement cité enthousiasma l’auditoire.

Présidée par Arnaud Merlin qui programme de grands musiciens au Studio 104 de Radio France dans le cadre de son émission Jazz sur le Vif, la Commission du Jazz Européen (dont j’ai l’honneur d’être membre) trouve toujours à récompenser des musiciens qui le méritent, des musiciens pas toujours connus du grand public, leur musique, parfois difficile, exigeant des oreilles ouvertes et attentives. Choisir Daniel Erdmann, primé cette année, fut une excellente idée. Membre du trio Das Kapital, capable de souffler des notes brûlantes et dissonantes et d’en murmurer d’autres apaisées et lyriques, le saxophoniste allemand a récemment enregistré un magnifique album en duo avec le pianiste Bruno Angelini dont vous lirez prochainement la chronique dans ce blog. Après avoir reçu son trophée, rejoint par Vincent Courtois au violoncelle avec lequel il travaille depuis plusieurs années, Daniel nous interpréta une composition d’un grand souffle poétique intitulée Les frigos. Elle apparaît dans “A Short Moment of Zero G”, un album BMC du Velvet Revolution publié en 2016, Théo Ceccaldi (violon) et Jim Hart (vibraphone) complétant le trio.

Les Prix de l'Académie

 

 

Après un hommage aux membres de l’Académie du Jazz disparus l’an dernier, Jean-Pierre Daubresse et André Francis qui était non seulement le doyen mais aussi l’un des membres fondateur de l’Académie (une courte bande audio retrouvée à l’INA, premières minutes de l’émission « Aimer le jazz » diffusée sur les ondes en mai 1948, André n’a pas encore vingt-trois ans, nous fit entendre sa voix), le Prix du Jazz Vocal fut décerné à la chanteuse Leïla Martial pour son album “Warm Canto”.

Les Prix de l'Académie

Un prix qui témoigne de l’éclectisme de l’Académie du Jazz dont le collège, faut-il le rappeler, reste très largement composé de journalistes. “Warm Canto” n’est nullement un disque de jazz, musique que Leïla Martial réinvente. Découverte par Jean-Jacques Pussiau qui publia son premier enregistrement, elle possède son propre univers musical, invente avec ses musiciens, Pierre Tereygeol (guitare acoustique) et Eric Perez (batterie, voix) un monde sonore qui n’appartient qu’à elle. Sa prestation fut unanimement appréciée car sur scène, la chanteuse, tout feu tout flamme, ensorcelle par ses onomatopées rythmiques, son énergie, et donne le meilleur d’elle-même. Assis près de moi, Bertrand Tavernier enthousiasmé voulait immédiatement se rendre chez un disquaire pour acheter l’album. Vu l’heure tardive, 20h30 passé, je lui conseillai prudemment d’attendre le lendemain.

Puis vint le moment tant attendu, celui de dévoiler le Prix Django Reinhardt, le plus prestigieux de l’Académie, un prix doté d’une somme de 3000 euros grâce à la générosité de la Fondation BNP Paribas représenté par Jean-Jacques Goron, son Délégué Général. Hugo Lippi le remporta devant Théo Ceccaldi et Leïla Olivesi dont la “Suite Andamane” fut également l’un des trois albums finalistes du Prix du Disque Français. Avec Fred Nardin, Prix Django Reinhardt 2016 au piano, Fabien Marcoz à la contrebasse et Romain Sarron à la batterie, le guitariste joua deux morceaux dont le Manoir de mes rêves de Django qui introduit “Comfort Zone” son dernier album enregistré à New-York avec Nardin et une section rythmique américaine. Propulsée par un (re)bondissant « Poinciana Beat », cher à Ahmad Jamal, la musique de Manoir de mes rêves se fit légère et délicate, pour ne plus peser que son poids de poésie.

Les Prix de l'Académie

Bien qu’impatient d’aller féliciter Leïla Martial, le cinéaste Bertrand Tavernier avait été invité à remettre le prix du meilleur disque de jazz de l’année, le Grand Prix de l’Académie du Jazz qu’il n’est évidemment pas facile d’obtenir, une pluie de bons disques s’abattant chaque année sur la tête des journalistes composant le collège électoral. Onze albums étaient encore en compétition au dernier tour de scrutin, “Groove du Jour” du Yes! Trio l’emportant pour finir sur “Star People Nation” de Theo Croker et “Playing the Room” d’Avishai Cohen et Yonathan Avishai.

 

Monté sur scène pour remettre le trophée à Aaron Goldberg, Omer Avital et Ali Jackson, respectivement pianiste, bassiste et batteur du Yes! Trio, Bertrand Tavernier qui, faut-il le rappeler, est un fin connaisseur du jazz – il a souvent confié les musiques de ses films à des jazzmen – se livra à un échange d’anecdotes fusantes et drôles avec François Lacharme, prenant le temps de décacheter l’enveloppe révélant le vainqueur afin de raconter des histoires savoureuses sur d’autres remises de prix. Très fiers d’avoir reçu leur trophée des mains d’un cinéaste qu’ils admirent – “Autour de Minuit” remporta un Oscar et “Dans la brume électrique” (“In the Electric Mist”) fut tourné aux États-Unis avec des acteurs américains. Tommy Lee Jones en est l’acteur principal –, le Yes! Trio joua deux morceaux de son disque(Escalier, son ouverture, et C’est clair), nos trois grands musiciens achevant ainsi de rendre cette soirée inoubliable.  

Les Prix de l'Académie

 

LE PALMARÈS 2019

Prix Django Reinhardt

HUGO LIPPI

Grand Prix de l’Académie du Jazz :

YES! TRIO « Groove du jour »

(Jazz&People / Pias)

Prix du Disque Français :

LAURENT COULONDRE « Michel On My Mind »

(New World Production / L’Autre Distribution)

Prix du Musicien Européen :

DANIEL ERDMANN

Prix du Meilleur Inédit :

BARNEY WILEN QUARTET « Live In Tokyo ’91 »

(Elemental Music / Distrijazz)

Prix du Jazz Classique :

ALBERT AMMONS « Complete Work Albert Ammons (1907-1949)

Boogie Woogie King »

(Cafe Society / eurenie@gmail.com)

Prix du Jazz Vocal :

LEÏLA MARTIAL « Warm Canto »

(Laborie Jazz / Socadisc)

Prix Soul :

MAVIS STAPLES « Live in London »

(Anti- / Pias)

Prix Blues :

JONTAVIOUS WILLIS « Spectacular Class »

(Kind of Blue Music / www.jontaviouswillis.com)

Prix du Livre de Jazz :

NICOLE BERTOLT & ALEXIA GUGGÉMOS « Boris Vian 100 ans »

(Éditions Heredium)

CHRISTELLE GONZALO & FRANÇOIS ROULMANN

« Anatomie du Bison – Chrono-bio-bibliographie de Boris Vian »

(Éditions des Cendres)

 

 

BEFORE & AFTER

Avec par ordre d’entrée en scène (70 photos) : Aaron Goldberg & André CeccarelliAndré CayotAgnès ThomasClaude Carrière & Claudette de San IsidoroLaurent Coulondre  André VillegerBertrand TavernierVincent Courtois  François LacharmeJacques Pauper & Hugo Lippi Chantal Goron & Marie MifsudAlain TomasJuliette PoitrenaudFrancis Capeau & Sylvie DurandFred Nardin & Hugo LippiJean Szlamowicz & Sarah ThorpeGilles Coquempot & Bruno PfeifferLeïla Martial Gilles PetardJean-Jacques Goron & Frédéric CharbautPierre de Chocqueuse & Leïla OlivesiAxelle & Louis Moutin – Hervé CocotierOmer Avital, Vincent Bessières & Hélène LifarHervé RiesenBertrand Tavernier & François LacharmeMarie-Claude Nouy & Flavien PiersonJean-Michel Proust & Hugo LippiVéronique Coquempot, Sylvie Durand & Gilles CoquempotIsabelle Marquis & André VillegerJean-Louis Chautemps Juliette Poitrenaud & Françoise PhilippePatrick Martineau Jean-Jacques Goron, Agnès Thomas & Mathilde FavreLaurent CarrierPatrice Caratini & Jacqueline CapeauPierre de BethmannPierre-Henri ArdonceauMélanie Dahan & Marc BenhamMichele Hendricks & Claude CarrièreSara LazarusBénédicte de Chocqueuse & Aaron GoldbergVincent Bessières & François LacharmeAndré CeccarelliPierre CunyJean-Louis LemarchandGlenn Ferris & Olivier HutmanHervé SellinMathilde FavreMarc SénéchalGilles Petard & Jean-François PitetJean-Jacques GoronSophie LouvetJacques Pauper, Ali Jackson & Aaron Goldberg Pierre ChristopheSolenne Amalric & Stéphane MaraisXavier FelgeyrollesStéphane Portet & Jean-Charles DoukhanRamona Horvath & Nicolas Rageau Pierre de Chocqueuse & Bertrand TavernierMélanie Dahan & Sarah ThorpeLionel EskenaziPhilippe Baudoin Fred Nardin & Leïla MartialDidier PennequinSylvie Durand & Gilles CoquempotPierre MégretStéphane Kerecki – Laurent de Wilde – Yes! Trio.   

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Crédits Photos :

La Cérémonie : Photos © Pierre de Chocqueuse, sauf : François Lacharme, Yes! Trio & Bertrand TavernierFrançois Lacharme & Gisèle LarrivéThe Three Blind MiceFrançois Lacharme & Natalie DessayOlivier Hutman, Gilles Naturel & Peter GritzLaurent Coulondre, André Ceccarelli & Jérémy BruyèreFrançois Lacharme & Leïla MartialEric Perez, Pierre Tereygeol & Leïla MartialHugo Lippi & Jean-Jacques Goron © Antoine Piechaud.

Before & After : Photos © Pierre de Chocqueuse, sauf : Laurent CoulondreAxelle & Louis Moutin Bertrand Tavernier & François LacharmeVéronique Coquempot, Sylvie Durand & Gilles CoquempotJean-Louis LemarchandGlenn Ferris & Olivier HutmanHervé SellinGilles Petard & Jean-François PitetPhilippe BaudoinFred Nardin & Leïla MartialPierre MégretLaurent de WildeYes ! Trio © Antoine Piechaud.

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3 février 2020 1 03 /02 /février /2020 09:56
Boris Vian toujours à flot

Marcher, l’exercice est devenu familier aux parisiens, pris en otage par une poignée d’irréductibles « ératépistes » en colère. Pas de métros, presque pas d’autobus entre le 5 décembre et la mi-janvier. Inquiet de devoir zigzaguer à ses risques et périls sur une trottinette électrique, le parisien d’âge mûr s’est donc deux mois durant transformé en marcheur, sport auquel le manifestant lambda, parfois porteur d’un gilet jaune, est depuis longtemps rôdé. Les jambes lourdes, pressé de rentrer chez lui, de tremper ses pieds enflés dans des bains chaud de gros sel, il a délaissé clubs de jazz et magasins de disques, et a même oublié de profiter des soldes.

 

Les disquaires parisiens, Boris Vian, s’y rendait souvent à pied. Il est en visite chez l’un d’entre eux sur la photo de Jean-Pierre Leloir qui illustre le carton d’invitation de la remise des prix 2019 de l’Académie du Jazz. Lors de cette cérémonie qui s’est tenue le 27 janvier dernier au Pan Piper et dont vous trouverez prochainement un compte rendu complet dans ce blog, Boris Vian ne fut pas oublié. Marginalisé de son vivant, l’auteur de “L’Écume des jours” aurait sans doute été surpris d’une célébrité post-mortem concernant aussi bien lui-même que son œuvre. Membre de l’Académie du Jazz (Jean-Pierre Leloir l’était également), l’écrivain aurait eu 100 ans le 10 mars 2020 si une crise cardiaque ne l’avait emporté.

 

Jusqu’à sa disparition, le 23 juin 1959, Boris Vian écrivit, rédigea des textes pour des pochettes de disques, dirigea des séances d’enregistrement, donna des conférences, enregistra ses propres chansons et les chanta dans des cabarets parisiens, fournit des articles à Jazz Hot dont il tint la revue de presse de décembre 1947 à juillet 1958, et à de nombreux autres journaux. Deux ouvrages importants et complémentaires ont été publiés sur lui l’an dernier. La commission Livres de l’Académie du Jazz a judicieusement choisi de les primer.

 

Conçu par Alexia Guggemos et Nicole Bertolt, mandataire et directrice du patrimoine Boris Vian, “Boris Vian 100 ans” (Éditions Heredium), beau livre anniversaire accompagnant les célébrations officielles de ce centenaire, se décline par centaines : 100 dates à rebrousse-poil, 100 citations ou aphorismes, 100 livres / disques, 100 noms de ceux qui ont compté, mais aussi 100 objets parfois insolites photographiés par Alexia Guggemos dans l’appartement que Vian et son épouse occupaient Cité Véron. Devant une telle richesse iconographique que met en valeur une mise en page très soignée, on pardonnera aux auteurs la confusion quasiment surréaliste de la page 231 que je vous laisse le soin de découvrir.

 

Chrono-bio-bibliographie, “Anatomie du Bison” (Éditions des Cendres) associe étroitement l’œuvre et la vie de Boris Vian (alias Bison Ravi, son anagramme et l’un de ses pseudonymes) que l’on suit parfois au jour le jour, une vie de jazz et de verbe, en phase avec le bouillonnement artistique parisien et germanopratin de l’après-guerre. Ouvrage de référence comprenant plusieurs index aussi pratiques que détaillés, il bénéficie également d’une importante iconographie, documents rares et souvent inédits provenant de la collection personnelle des deux auteurs, Christelle Gonzalo et François Roulmann.

 

Collaborateurs des “Œuvres romanesques complètes” de Boris Vian dans la Pléiade, ces derniers exercent tous les deux le métier de libraire. Dans le 4ème arrondissement, 2 rue de l’Ave Maria, Christelle Gonzalo vend des livres, des plans et des documents anciens sur Paris et son histoire. Un peu plus loin, 12 rue Beautreillis, François Roulmann propose des vieux livres sur la musique et ses instruments et de la littérature. Je lui ai récemment acheté “La Fontaine des Lunatiques” d’André de Richaud, une édition originale avec envoi. Un grand livre, disponible chez Grasset dans la collection Les Cahiers Rouges. Mais, contrairement à Boris Vian, toujours vivant dans les mémoires, qui s’intéresse encore à cet auteur oublié ?

 

-Une soirée Boris Vian sera organisée par l'Académie du Jazz au Pan Piper le 23 mars. Vous en serez informé.

 

QUELQUES CONCERTS ET QUELQUES DISQUES QUI INTERPELLENT

Boris Vian toujours à flot

-Le 4 février (20h00), la Maison de la Poésie – Passage Molière, 157 rue Saint-Martin 75003 Paris) propose un Ciné-concert autour de “Martin Eden”, film réalisé en 1914 par Hobart Bosworth, et roman dont le personnage principal possède de nombreux points communs avec son auteur, Jack London, qui le publia en 1909. Vincent Courtois (violoncelle), Robin Fincker (clarinette et saxophone ténor) et Daniel Erdmann (saxophone ténor) pour la musique, John Greaves et Pierre Baux pour les textes, Thomas Costberg assurant l’éclairage du spectacle, nous feront revivre ce douloureux récit, le plus incontournable des écrits de London. Inspiré par l’œuvre et la vie de ce dernier et enregistré à Oakland (Californie du Nord) après un voyage du trio Courtois / Fincker / Erdmann sur les terres de l’écrivain, “Love of Life” (La Buissonne) fait entendre une musique puissante et forte, un tourbillon de notes parfois brûlantes illustrant la vie tumultueuse de Jack London, personnage dont la vie fut aussi un roman. Chronique prochaine de l’album dans le blogdeChoc.  

-Ayant carte blanche au Sunside pour jouer avec les musiciens de son choix, le trompettiste Nicolas Folmer y invite le 7 février Daniel Humair, batteur appréciant les métriques souples et ouvertes, les rencontres qui permettent d’explorer et d’inventer d’autres formes de jazz. Il y a quelques années, des concerts au Duc des Lombards donnèrent naissance à un quartette qui, outre Nicolas Folmer et Daniel Humair, comprenait Alfio Origlio (piano) et Laurent Vernerey (contrebasse). Deux albums pour Cristal Records furent enregistrés, “Lights” en 2012 et “Sphere” en 2014, Alfio Origlio se voyant alors remplacé au piano par Emil Spanyi. Ce dernier complètera la formation au Sunside, ainsi que Philippe Bussonnet à la contrebasse. Attendons-nous à des chorus inventifs, à une musique inattendue et surprenante privilégiant interaction et jeu collectif.

-Diego Imbert et son quartette sans piano au Sunset le samedi 8 (21h30). Comprenant Alex Tassel au bugle, David El-Malek au saxophone ténor, Diego Imbert à la contrebasse et Franck Agulhon à la batterie, la formation qui existe depuis 2007 a enregistré trois albums : “A l’ombre du saule pleureur” (2009), “Next Move” – l’un des treize Choc de ce blogdeChoc en 2011 –, et “Colors” composé et enregistré en 2013 mais publié en 2015. Un coffret, “L’Intégrale” (Trebim Music / L’Autre Distribution), les réunit depuis décembre. La musique ouverte de ce pianoless quartet offre de grands espaces de liberté aux solistes, les deux souffleurs, saxophone ténor et bugle, improvisant d’habiles contrechants mélodiques. Discrète, la contrebasse soutient le rythme, entretient un dialogue actif et souvent mélodique avec les autres instruments.

-Omer Avital et Yonathan Avishai au Sunside, les 11 et 12 février (21h00). Compositeur inspiré, le premier est le bassiste du Yes ! Trio dont l’album “Groove du jour” (Jazz&People) vient d’obtenir le grand prix de l’Académie du Jazz. Après deux albums pour Jazz&People, le second voit désormais ses disques publiés sur ECM. Parus l’an dernier, “Playing the Room”, un duo avec le trompettiste Avishai Cohen, et “Joys and Solitudes” enregistré avec Yoni Zelnik et Donald Kontomanou, les musiciens de son trio, l’un de mes Chocs de l’année 2019, témoignent de la grande sensibilité de ce pianiste qui fait respirer ses phrases, joue peu de notes mais sait bien les choisir pour mieux les faire chanter.

-Le 13 (à 21h00), avec Carl-Henri Morisset (piano) remarqué dans le quartette de Pierrick Pédron, et Benjamin Henocq (batterie), Darryl Hall fêtera au Sunside la sortie de “Swingin’ Back” (Space Time Records / Socadisc), le second disque de sa très longue carrière, un opus enregistré à la suite d’un accident de santé qui l’empêcha de jouer, de parler, de marcher pendant plusieurs mois. Les quinze plages de ce “Swingin’ Back” attestent que, loin d’avoir perdu ses moyens, Darryl maîtrise mieux que jamais son instrument. Au cœur de ce projet, sa contrebasse souvent mélodique porte la musique, lui donne un swing appréciable. Reprendre Curação Vagabundo de Caetano Veloso, Libera Me de Gabriel Fauré ou le thème de la Panthère Rose (Pink Panther) d’Henry Mancini témoignent de l’éclectisme de Darryl, globe-trotter invétéré de la planète jazz. Avec lui, se font entendre les deux fils de Donald Brown. Les doigts trempés dans le blues, Keith, le pianiste, fait merveille dans les nombreuses plages en trio de l’album, piano et contrebasse se partageant les chorus. Outre quelques compositions originales, “Swingin’ Back” renferme également des thèmes de Joe Henderson (Inner Urge), Dizzy Gillespie et George Shearing (son célèbre Lullaby of Birdland). Trois duos avec le saxophoniste Baptiste Herbin et deux autres avec la chanteuse italienne Chiara Pancaldi complètent avec bonheur un opus très réussi.

-Récemment associé au saxophoniste Joe Lovano à l’occasion d’une brève tournée européenne (on écoutera “Roma”, l’enregistrement d’un de leurs concerts, publié l’an dernier par ECM), Enrico Rava retrouve au Sunside le 14 (19h30 et 21h30) et le 15 (19h00 et 21h30) son vieux complice le batteur Aldo Romano, comme lui un compositeur de mélodies solaires et raffinées. Ayant depuis plusieurs années adopté le bugle, Rava lui fait chanter des notes délicates, s’attache à rendre les plus belles possibles ses improvisations lyriques au sein desquelles il privilégie la douceur. Ses pièces modales et lentes sont les tendres paysages de son imaginaire. Comme toujours lorsque Enrico Rava et Aldo Romano jouent ensemble à Paris, Baptiste Trotignon (piano) et Darryl Hall (contrebasse) seront avec eux sur la scène du Sunside.

Boris Vian toujours à flot

-Oded Tzur au Café de la Danse le samedi 15 (ouverture des portes à 19h30 et début du concert à 20H15) qui se produit dans le cadre d’une vaste tournée internationale avec son groupe : Nitai Hershkovits (piano) Petros Klampanis (contrebasse) et Johnathan Blake (batterie). Né à Tel Aviv, Oded Tzur habite New York et est l’un des élèves d’Hariprasad Chaurasia, l’un des maîtres du bansurî, une flûte en bambou de l’Inde du Nord. Il sort sur ECM un premier album pour le moins intrigant. “Here Be Dragons” (parution le 14 février) propose une musique modale puissamment onirique. Certaines pièces sont de courts ragas dont la dimension spirituelle est évidente. D’autres des miniatures que se réservent les solistes, la sonorité de Tzur au saxophone ténor, bien qu’évoquant celle de Charles Lloyd, lui étant très personnelle. Sous ma plume, on lira une chronique plus développée de son disque dans le numéro de mars de Jazz Magazine.

-Robinson Khoury au New Morning le 19 (21h00) avec Mark Priore (piano), Manu Codjia (guitare), Etienne Renard (contrebasse) et Elie Martin-Charrière (batterie). Tous jouent dans “Frame of Mind” (Gaya / L’Autre Distribution), son premier album dont c’est le concert de sortie. Virtuose de l’instrument qu’il pratique, le trombone, Khroury en fait clairement entendre la voix. Vocalisant le discours instrumental, il maîtrise parfaitement les effets de growl. Utilisant une sourdine wa wa (dans Ask Me Know de Thelonious Monk qui, contrairement à ce qu’indique la pochette, n’est pas la sixième mais la huitième plage), il tire de son trombone des sons rauques aux inflexions expressives. Ses compositions aux arrangements très travaillés accueillent le blues, la guitare électrique de Manu Codjia contribuant à leur modernité et leur apportant beaucoup. Écrit pour deux trombones, Velouté d’arpèges truffé se savoure sans modération. Quant à Alizée, sa mélodie bénéficie de la riche palette sonore de l’ensemble Octotrip (composé de trombones et de tubas) associé à une section rythmique. Récemment nommé tromboniste soliste du prestigieux Metropole Orkest (Pays-Bas), Robinson Khoury est assurément un des grands de l’instrument. Ce disque remarquable, le premier qu’il fait paraître sous son nom, en témoigne. 

-Alexis Valet (vibraphone) et le quartette Cyclic EpisodeTony Tixier (piano) Luca Fattorini (contrebasse) et Francesco Ciniglio (batterie) – au Sunset le 20 (20h30). Le groupe s’est constitué au lendemain d’un concert donné le 2 janvier dernier au Caveau des Oubliettes. Nicolas Moreaux en est le bassiste. Indisponible, Luca Fattorini le remplace pour ce concert. Mariage heureux d’un vibraphone et d’un piano arbitré par une contrebasse et une batterie, l’instrumentation fut chère à Bobby Hutcherson, disparu en 2016. Mais c’est une composition d’un autre artiste Blue Note, Sam Rivers, qui donne son nom à une formation qui joue ses propres compositions mais aussi des standards. Vibraphoniste à suivre, Alexis Valet a récemment fait paraître un disque acoustique révélant la fraîcheur de ses compositions Avec le saxophoniste Ben Van Gelder, le pianiste Tony Tixier anime Scopes, un quartette qui a publié un album de jazz moderne interpellant sur le label Whirlwind l’an dernier. Leur association ne peut qu’être fructueuse.

-Ne manquez pas le concert évènementiel que donnera John Surman le samedi 22 février au Studio 104 de la Maison de la Radio (20h30) dans le cadre de l'émission Jazz sur le Vif qu'anime Arnaud Merlin. Figure majeure du jazz européen, le saxophoniste et poly-instrumentiste britannique a composé et enregistré beaucoup de musique. Figure marquante de l’avant-garde à ses débuts, il s’est peu à peu assagi, écrivant des pièces pour ballets (Portrait of a Romantic) et la bande-son d’un film imaginaire sur le Devonshire dont il est originaire. Pour ce concert parisien, il sera accompagné par le contrebassiste Chris Laurence qui travaille avec lui depuis plus de vingt-cinq ans et le Trans4mation String QuartetRita Manning et Patrick Kiernan (violons), Bill Hawkes (alto) et Nick Cooper (violoncelle) – quatuor à cordes avec lequel il a enregistré deux albums sur ECM. Jérôme Sabbagh (saxophone) & le Greg Tuohey GroupGreg Tuohey (guitare), Joe Martin (contrebasse), Kush Abadey (batterie) – assureront la première partie.

 

-Felipe Cabrera (contrebasse) au Duc des Lombards le 25 et le 26 (19h30 et 21h45) avec le 25 Irving Acao (saxophone ténor), Leonardo Montana (piano) et Lukmil Perez (batterie). Le 26, Inor Sotolongo (congas, percussions) et Carlos Miguel Hernandez (chant) s’ajouteront à la formation. Natif de la Havane, Felipe Cabrera accompagna pendant quinze ans (de 1984 à1999) le pianiste Gonzalo Rubalcaba. Installé depuis à Paris, il a beaucoup joué avec des musiciens latino et africains et de nombreux jazzmen, sa solide formation musicale lui permettant d’être parfaitement à l’aise avec eux. C’est aussi un compositeur inspiré comme en témoigne ses disques, mélange de musiques à la fois populaires et savantes. Après le magnifique “Night Poems” (Absilone) en duo avec Leonardo Montana en 2014, il a publié à l’automne dernier “Mirror” (MDC / New Tracks) un album autobiographique d’une grande richesse et d’une grande précision d’écriture qui reflète les étapes de sa vie entre Paris et la Havane. Cet opus dont la principale source d’inspiration est l’Afrique – il débute et se termine par un salut à Elegua, divinité des chemins dans le panthéon afro-cubain –, Felipe Cabrera l’interprétera en quartette au Duc le 25 et nous plongera le 26 dans l’ambiance survoltée des jam sessions cubaines (Descargas).

-Maison de la Poésie : www.maisondelapoesieparis.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Le Café de la Danse : www.cafedeladanse.com

-New Morning : www.newmorning.com

-Radio France – Jazz sur le vif : www.maisondelaradio.fr/concerts-jazz

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

 

Crédits Photos : Collage Boris Vian © Pierre & Bénédicte de Chocqueuse – Pierre Baux, John Greaves, Robin Fincker, Vincent Courtois, Daniel Erdmann © Ouest-France – Yonathan Avishai & Omer Avital © Jacob Khrist – Darryl Hall © Philippe Levy-Stab – Oded Tzur Quartet © Caterina di Perri / ECM Records – Robinson Khoury © Amy Gibson – Alexis Valet © Fatiha Berrak – John Surman © Ann Odebey – Felipe Cabrera © Karen Paulina Biswell – Nicolas Folmer & Daniel Humair, Diego Imbert © Photo X/D.R.

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