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22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 10:07
On peut saluer Marie...

Troisième album de René Marie pour le label Motéma, le dixième de sa carrière démarrée tardivement, “I Wanna Be Evil (With Love to Eartha Kitt)” reprend des morceaux du répertoire d’Eartha Mae Kitt (1927-2008), « the most exciting woman in the world » pour Orson Wells qui, au théâtre, lui fit jouer Hélène de Troie dans une adaptation du “Docteur Faustus” sur une scène parisienne, ville dans laquelle elle séjourna au début des années 50.

Chanteuse, danseuse et actrice, membre de la Women’s International League for Peace and Freedom, cette femme courageuse s’opposa à la guerre du Vietnam et fut contrainte de s’exiler à l’étranger entre 1968 et 1974 pour y travailler sans censure.

On peut saluer Marie...

René Marie a 10 ans lorsqu’elle la remarque dans une série télévisée. Eartha Kitt est la femme chat, la Catwoman sensuelle et envoûtante de quelques épisodes de Batman. Ce n’est qu‘en 1999, au Carlyle Hôtel de Manhattan, qu’elle découvre la chanteuse, qui, comme elle, est aussi une actrice. Bien que mal distribués, les premiers disques de René séduisirent l’Académie du Jazz, notamment “Vertigo” (MaxJazz) qui reçut en 2002 le Prix du Jazz Vocal. Elle était à Paris le 12 novembre pour y chanter son disque.

Très à l’aise sur scène, elle sut mettre dans sa poche le public exigeant du Duc des Lombards (1). Sa voix chaude, sa mobilité féline, son sourire solaire furent les autres atouts de son tour de chant. Il débuta avec I’d Rather Be Burned as a Witch qui ouvre ce nouveau disque que je vais détailler.

René MARIE : “I Wanna Be Evil (With Love to Eartha Kitt)”

(Motéma / Harmonia Mundi)

On peut saluer Marie...

Ses musiciens sont bien sûr étroitement associés à cette réussite. Outre sa section rythmique habituelle – Kevin Bales au piano, Elias Bailey à la contrebasse et Quentin Baxter à la batterie – René bénéficie de trois souffleurs, dont une vieille connaissance, le tromboniste Wycliffe Gordon que Wynton Marsalis fit beaucoup travailler. Avec lui, Adrian Cunningham au saxophone ténor, flûte et clarinette. Etienne Charles assure les parties de trompette et signe les arrangements. Pris sur un tempo rapide, I’d Rather Be Burned as a Witch révèle son habileté : les trois souffleurs mêlent leurs timbres et font couler le swing. C’est si bon : la voix se fait sensuelle et gourmande. Composée en 1947, Suzy Delair l’interpréta l’année suivante au premier Festival de Jazz de Nice. Présent au concert, Louis Armstrong en acquit les droits et l’enregistra. Eartha Kitt le popularisa en 1953. La version qu’en donne René Marie ruissèle d’élégance grâce à une clarinette chantante qui improvise avec goût. Avec Oh, John, la sensualité est toujours au rendez-vous. René puise en elle-même l’émotion avec laquelle il convient de chanter cette chanson. Wycliffe Gordon y prend un chorus inventif et multiplie les effets de growl. Introduit par le piano, puis porté par l’ostinato qu’assure la contrebasse, Let’s Do It de Cole Porter se prête aux nombreuses interventions du trombone. Dans Oh, John, ce dernier y excelle, répond à la chanteuse qui instaure avec lui un saisissant dialogue. Joué en quartette, la contrebasse assurant un solo à l’archet, Peel me a Grape fascine par un scat combinant murmures et cris. La clarinette s’envole à nouveau sur un My Heart Belongs to Daddy à l’arrangement très soigné. Des riffs de cuivres efficaces le ponctuent et font de même dans I Wanna be Evil qui lui succède.

Come-on-a my House est un duo voix / percussions qui plonge loin dans les racines africaines du jazz (2). René reprend bien sûr Santa Baby qu’Eartha Kitt enregistra à New York en 1953, un grand classique. Etienne Charles assure magnifiquement chorus et obbligatos. Le disque se referme sur une émouvante composition de René en quartette qui fait tourner la tête. Au piano, Kevin Bales joue des accords mélancoliques, prend enfin un solo. Discrètement, par petites touches, il pose de belles notes aux bons moments, apporte à cet enregistrement, l’une des grandes réussites vocales de cette année 2013, un accompagnement aussi raffiné que discret.

(1) Franck Amsallem (piano), Sylvain Romano (contrebasse) et Karl Jannuska (batterie) l’accompagnaient. Le pianiste se montra particulièrement inspiré.

(2) Au Duc, le morceau fit l’objet d’un duo voix et batterie très réussi.

 

PHOTOS : René Marie © MaryLynn Gillaspie – Eartha Kitt © Photo X/ D.R.

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12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 13:55
Godard : vaguement mais sûrement

Après deux disques consacrés à un compositeur de musiques de film (Bernard Herrmann) et à un genre cinématographique (le film noir), le pianiste Stephan Oliva consacre un album solo au cinéaste Jean-Luc Godard - “Vaguement Godard” (Illusions / www.illusionsmusic.fr) - et achève par là-même une passionnante trilogie musicale autour du cinéma.

Godard : vaguement mais sûrement

Godard : il nous a tous interpellé à des moments de notre vie. La découverte d’“A Bout de souffle” sur le petit écran dans les années 60 reste pour moi mémorable. Composée par Martial Solal, sa musique ne m’avait pas particulièrement frappé. Le film oui. Sa caméra portée à l’épaule pour lui donner du mouvement, Jean Seberg délicieuse, ce cinéma vif, moderne, aux dialogues improvisés me plut infiniment. Solal, 32 ans, venait de terminer la musique de “Deux hommes dans Manhattan” de Jean-Pierre Melville, le mentor de Jean-Luc. Tombé sous le charme du film, Martial fut plus réservé sur le montage sonore que le cinéaste fit subir à sa musique. Godard la retravailla, la mixa avec des bruits du quotidien, les répliques des acteurs, pour mieux la fondre dans ses images.

Godard : vaguement mais sûrement

Stephan Oliva fait de même dans ce “Vaguement Godard”, un disque pas toujours fidèle aux partitions, plutôt un pense-bête servant à organiser, à imaginer d’autres pistes musicales. Il en décline les thèmes, mais suscite tensions et dissonances au sein desquelles surgissent des notes plus claires, des bribes de mélodies qui écartent les ombres et le noir de la nuit. Comme Godard, Oliva pratique la rupture de rythme, le collage, la discontinuité narrative. Son disque est également le résultat d’un montage. Une séance studio à La Buissonne suivie le soir même d’un concert en ont livré le matériel sonore, des mélodies de Michel Legrand, Antoine Duhamel, Georges Delerue, Paul Misraki, mais aussi des improvisations libres qui ont pour titres des phrases entendues dans des films dont Stephan repense et réinvente les musiques.

Godard : vaguement mais sûrement

Dans “Le Mépris” l’adéquation de la bande-son aux images est parfaite. Georges Delerue, musicien souvent associé aux films de François Truffaut, en signa la partition, « une musique très ample, avec des cordes, très romantique dans un esprit brahmsien » confia-t-il à Jean-Luc Douin en 1983. Une musique que Stephan rend grave et hiératique, le thème de Camille n’en étant que plus lumineux. Dans la version italienne, tronquée, une musique jazzy de Piero Piccioni remplace la partition originale de Delerue. La fameuse scène entre Bardot (nue) et Piccoli n’était pas prévue. Les producteurs obligèrent Godard à la tourner. On ne souvient surtout du dialogue coquin imaginé par Godard de même que l’on retient les images superbes que Raoul Coutard filma sous le soleil de Capri. Sans parler de la musique, chef-d’œuvre de son auteur, qui aide à faire passer les longueurs d’un scénario très mince. Ce film, je l’ai découvert au début des années 80. Grâce à Frédéric Mitterand qui, pour le générique de son émission Étoiles et toiles, en utilisa la bande-son ainsi que des images.

Godard : vaguement mais sûrement

C’est aussi à la télévision que je vis “Pierrot le fou”. Godard le tourna en 1965. Le montage heurté du film, ses couleurs (le bleu, le rouge et le blanc : liberté, violence, pureté), Stephan les décline dans la noirceur de ses accords, sa liberté de ton. Il épure la musique d’Antoine Duhamel, expose avec tendresse le thème inoubliable de Ferdinand / Pierrot (Jean-Paul Belmondo). Jean-Luc fait porter à Marianne (Anna Karina) une robe rouge. Elle chante Ma Ligne de Chance, une chanson de Serge Rezvani alias Boris Bassiak, l’auteur du Tourbillon de la vie.

Godard : vaguement mais sûrement

Anna Karina est à l’honneur dans cet enregistrement. Godard la rencontra en 1959 et la fit souvent tourner. Celle qui devient son épouse en 1961 aime chanter. Cette année-là, le cinéaste lui offrit le rôle principal de “Une Femme est une femme”, « pas vraiment une comédie musicale, pas non plus un film parlé, un regret que la vie ne soit pas en musique » dira Godard qui, après avoir vu “Lola” de Jacques Demy, commanda à Michel Legrand une partition. Stephan Oliva joue plusieurs thèmes de ce film. Blues chez le bougnat est si réussi que Godard le reprit dans “Les Carabiniers” qui fut très mal accueilli. Oliva pose délicatement les notes de La Chanson d’Angela, presque une comptine, dans son Portrait d’Anna Karina, pot-pourri de plusieurs thèmes de Legrand contenant le mélancolique “Bande à part”, un film de 1964 aux dialogues écrits au jour le jour, au budget modeste, et au scénario adapté d’un livre de la Série noire.

Godard : vaguement mais sûrement

Deux ans plus tôt, toujours avec Anna Karina et Michel Legrand pour la musique, Godard réalisait “Vivre sa vie”. Vendeuse dans un magasin de disques, Nana (Anna Karina) se prostitue la nuit. De toute beauté, la musique accompagne quelques scènes inoubliables. Anna pleure à une projection de la “La Passion de Jeanne d’Arc” de Dreyer qu’interprète Falconetti. Godard rapproche les visages des deux actrices et nous émeut profondément.

Godard : vaguement mais sûrement

Anna Karina toujours, mais dans “Alphaville”, Ours d’or à Berlin en juillet 1965, film de science-fiction dans lequel Eddie Constantine déambule dans une architecture futuriste. Tournage de nuit à la Défense en construction, à la Maison de la Radio, la pellicule très sensible donnant aux images un noir et blanc très contrasté. Godard aimait beaucoup la musique que lui livra Paul Misraki. Faisant rouler les notes graves du clavier, le piano devenant surtout instrument percussif, Oliva traduit l’angoisse d’une ville froide et hostile. Le noir domine dans cette Valse triste dont le thème ne surgit que quelques mesures avant la coda, mais aussi dans une improvisation autour du “Petit Soldat” (1960), film politiquement incorrect chahuté par une critique et un public hostiles. Oliva enchaîne avec l’Agnus Dei de Gabriel Fauré, musique qu’utilise Godard dans “Passion” (1982), les dernières plages du disque, sereines, apaisées, tendant vers la lumière, vers cette joie toujours voilée de tristesse qu’incarne Raymond Devos déclamant devant Jean-Paul Belmondo dans “Pierrot le fou”, Est-ce que vous m’aimez ?, sketch mi chanté, mi dialogué dont le piano habité de Stephan restitue la magie.

Godard : vaguement mais sûrement

Jean-Luc Godard © Franz Christian Gundlach

 

Concert de sortie au Sunside le mercredi 13 novembre (piano solo).    

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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 09:13
Michu’s Blues

Novembre : il pleut des taxes, des impôts et on annonce du mauvais temps. La météo n’est guère réjouissante. Certains parlent de pluies fines, d’autres de pluies épaisses comme ces soupes automnales à base de champignons dont raffole Monsieur Michu. À son retour de Clermont, ce dernier a eu la mauvaise surprise de se voir réclamer une taxe d’habitation éléphantesque. Comme tant d’autres français, il n’arrête pas de payer. Sa maigre retraite ne suffit pas, alors il râle, menace, vitupère. Il pleut des larmes dans ce pays. Avec ce que l’État lui laisse, notre homme s’est acheté un bonnet rouge et compte rejoindre les mécontents bretons qui, serrés les uns contre les autres, offrent moins de prise au vent. Son épouse l’en a fort heureusement dissuadé. À son âge et avec un cœur en mauvais état, mieux vaut pour lui écouter de la musique. En novembre, les clubs font le plein de bons concerts. Musiciens européens et américains nous visitent et Monsieur Michu n’a que l’embarras du choix. Il apprécie de moins en moins ces jazzmen diplômés qui ne savent rien du jazz et de son histoire. Sans l’intervention de Jean-Paul, l’un d’eux l’aurait probablement frappé à la sortie du Sunside. Le doyen d’âge de ce blog avait osé protester contre les sons inhumains que le faraud tirait de son saxophone. Contrairement à Jean-Jacques Dugenoux qui ne jure que par Tigran Collignon et Ibrahim Panossian, sans parler d’Étienne Marcel, farceur arc-bouté sur ses propres inventions, Monsieur Michu préfère les musiciens qui se réclament de la tradition et dont le blues irrigue la musique, ceux qui jouent encore des standards, greffent leurs lignes mélodiques sur de vraies mélodies. Ce n’est pas une question de couleur de peau, de nationalité, bien que le jazz nous vienne d’Amérique. Des jazzmen européens savent aussi faire cela. Prenez Olivier Hutman, le blues coule dans ses veines, donne une âme à son piano. Organisé par les centres culturels étrangers de Paris, le festival Jazzycolors permet depuis onze ans de faire découvrir au public français les groupes de jazz des pays participants, soit vingt-cinq concerts actés cette année entre le 27 octobre et le 30 novembre dans treize centres culturels de la capitale. Seul problème, ces groupes sont loin de tous proposer de la musique intéressante. Certains confondent même jazz et musique improvisée ce qui n’est pas la même chose. Je recommande toutefois le Maxime Bender Quartet (le 19 au Centre Culturel Irlandais) et Mélanie De Biaso, chanteuse talentueuse dont l’univers onirique aux confins du jazz et de la pop reste très séduisant (le 27 novembre à l’Institut Culturel Italien). Lionel Eskenazi aime et moi aussi. Vous trouverez sa photo dans le numéro de novembre de Jazz Magazine / Jazzman qui consacre sa couverture à Herbie Hancock. Sony publie un coffret des années Columbia du pianiste (1972-1988), soit trente et un albums que renferment trente-quatre CD. Huit d’entre eux sont indispensables. Les autres, plus ou moins bons, voire d’un goût douteux, ne s’imposent pas dans une discothèque. Un bel objet pour les collectionneurs qui ont encore des sous.

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

Michu’s Blues

-Vous n’avez pas eu besoin de moi pour vous rendre le 4 novembre à Bobino. Anne Ducros y chantait “Either Way” son nouveau disque. Des standards jadis interprétés par Marilyn Monroe et Ella Fitzgerald. Anne a déjà abordé le répertoire de cette dernière avec un grand orchestre de cuivres dans “Ella…My Dear” en 2010. Ce nouvel album met davantage en valeur son quartette. Benoît de Mesmay y tient le piano, Maxime Blesin les guitares, Gilles Nicolas la contrebasse et Bruno Castellucci la batterie. Quelques invités ajoutent des couleurs. Des cordes rendent soyeux quatre des quinze morceaux qu’il renferme. On ne se lasse pas d’écouter Either Way, la seule composition originale d’un opus réussi.

-Remplaçant Scott LaFaro au sein du trio de Bill Evans, le bassiste Chuck Israels joua trois ans avec lui avant de voler de ses propres ailes. On écoutera son jeu élégant et mélodique au Sunside le 5, dans un hommage à Evans. Chuck Israels se verra accompagner par Manuel Rocheman au piano – un bon choix, Manuel ayant justement consacré à Evans un de ses récents disques – et Dré Pallemaerts à la batterie.

Michu’s Blues

-Ahmad Jamal à l’Odéon pour trois concerts (7, 8 et 9 novembre à 20h). Le pianiste interprétera de larges extraits de “Saturnay Morning”, un album aussi inspiré que “Blue Moon”, son disque précédent. Avec lui pour jouer sa musique aux rouages huilés comme peut l’être un moteur de compétition, une exceptionnelle section rythmique, une des meilleure de sa très longue carrière. Reginald Veal (contrebasse), Herlin Riley (batterie) et Manolo Badrena encadrent son piano espiègle, ses notes virevoltantes et colorées qu’il retient pour les faire jaillir en cascades. Ne manquez pas ces précieux rendez-vous parisiens.

-Accompagné par l’excellent pianiste vénézuélien Luis Perdomo – sa main droite, virtuose et mobile apporte beaucoup à la musique –, Miguel Zenon revient au Sunside le 9 et le 10. Hans Glawischnig (contrebasse) et Henry Cole (batterie) complètent le quartette du saxophoniste portoricain, qui, à l’alto, s’impose comme l’un des meilleurs de sa génération.

Michu’s Blues

-Entre le 12 et le 17 novembre, le label Motéma fêtera ses dix ans d’existence au Duc des Lombards. On n’y entendra pas Geri Allen, son artiste la plus célèbre, mais la semaine sera assurément chaude avec le Focus Trio du pianiste Marc Cary dont j’ai récemment chroniqué un album, les effluves cubaines du Pedrito Martinez Group, la musique inclassable du batteur Jaimeo Brown. Consultez le programme. Le concert à ne pas manquer reste toutefois celui que donnera René Marie le 12 (20h et 22h), magnifique chanteuse que récompensa il y a une dizaine d’années l’Académie du Jazz. Son nouvel album, un hommage à la grande Eartha Kitt s’écoute sans modération. Je vous en promets prochainement la chronique.

Michu’s Blues

-Après s’être plongé dans les films noirs, le pianiste Stephan Oliva entreprend dans son nouveau disque une relecture personnelle des musiques des films de Jean-Luc Godard. Ce dernier les confia à Michel Legrand (“Vivre sa vie”, “Une Femme est une femme”), Antoine Duhamel (“Pierrot le fou”), Georges Delerue (“Le Mépris”), mais aussi à Martial Solal qui avec “A bout de souffle” (1960) composait une de ses premières pages pour l’écran. Au Sunside, le 13, Stephan réinventera ce répertoire en solo, non sans le transformer et le poétiser, y greffer des enchaînements mélodiques et rythmiques inattendus, en épurer le trop plein de notes, son piano, un univers à lui seul, ne chantant jamais deux fois la même chose.

Michu’s Blues

-Kristin Asbjørnsen en quartette au Sunset le 14. La chanteuse norvégienne s’est fait connaître au public français par sa participation à “Restored, Returned“ un disque ECM du pianiste Tord Gustavsen. Proche du folk et de la world music, sa musique se nourrit aussi du blues et du gospel. Sa passion pour le genre l’a conduit à enregistrer en 2006 un disque entier de negro-spirituals. Elle possède une voix rauque et chaude, qui monte aussi bien dans l’aigu qu’elle descend dans le grave. “I’ll Meet You in the Morning” son nouvel album mêle et réunit ces influences.

Michu’s Blues

-The John Scofield Überjam Band au New Morning le 18. Le guitariste mit sur pied cette formation en 2002, enregistrant pour Verve “Up All Night”, album mêlant jazz, funk et acid jazz. Scofield a récemment fait paraître “Überjam deux”, un disque fortement électrifié. Il sera à Paris avec l’étonnant Arvi Bortnick à la guitare rythmique, Andy Hess (basse électrique et contrebasse), et Louis Cato à la batterie.

Michu’s Blues

-Ne manquez pas Alan Broadbent en trio au Duc des Lombards le 20 et le 21. Élève de Lennie Tristano, il composa Blues in the Night Suite pour l’orchestre de Woody Herman avant de se faire connaître comme le pianiste du Quartet West de Charlie Haden. Il fut aussi celui de Nelson Riddle pendant dix ans avant de travailler comme arrangeur auprès de Diane Schuur, Shirly Horn et Diana Krall. Pianiste élégant au toucher délicat, il se produit au Duc avec Phil Steen à la contrebasse et Kai Bussenius à la batterie.

Michu’s Blues

- Christian Scott de retour au New Morning le 22 avec une musique forte, puissante, plus tonique que celle qu’il enregistre en studio. Sur scène, les compositions gagnent en dynamique, en intensité, le concert favorisant les échanges entre les musiciens, une prise de risque plus grande. La trompette de Scott y occupe une place importante. Insolente, tendre, fiévreuse, elle séduit par un chant aussi puissant que lyrique. Influencé par le rock, le funk et le hip-hop, elle place le groove au cœur de la musique. Pour la jouer avec lui, un sextette comprenant Braxton Cook aux saxophones, Lawrence Fields au piano, Matthew Stevens à la guitare, Kris Funn à la contrebasse et Corey Fonville à la batterie.

Michu’s Blues

-Irving Acao a grandi à Cuba. Nanti très jeune d’une solide formation classique, il est attiré par le jazz, le métissant de rythmes afro-cubains. Ayant choisi de s’exprimer au saxophone ténor, il vient de sortir un premier disque dans lequel prime lyrisme et générosité dans un jeu tout en puissance. “Azabache” contient des compositions originales auxquelles s’ajoute une reprise de Oh que sera que sera de Chico Buarque. On l'attend au Sunside le 22 et le 23 avec ses musiciens, le brésilien Leonardo Montana au piano, ses compatriotes Felipe Cabrera à la contrebasse et Lukmil Pérez à la batterie.

Michu’s Blues

-La basse de Christian McBride n’a aucun mal à se faire reconnaître. Elle ronronne comme un gros chat heureux. McBride la flatte, caresse ses cordes avec volupté. Qu’il choisisse de jouer une walking bass confortable ou d’adopter un jeu virtuose, il n’en reste pas moins un des grands de l’instrument. Chick Corea ne s’y est pas trompé, l’engageant dans son Five Peace Band et effectuant avec lui et le batteur Brian Blade une longue tournée mondiale l’an dernier. A la tête de son propre trio au sein duquel officie l’excellent pianiste Christian Sands et le batteur Ulysse Owens Jr., le bassiste est attendu au Duc des Lombards pour trois soirs et six concerts les 22, 23 et 24 novembre. L’occasion pour lui de jouer les morceaux d’“Out Here” son nouveau disque pour le label Mack Avenue, des standards qu’il réinvente magnifiquement.

Michu’s Blues

-Marjolaine Reymond au Sunset le 26 pour la sortie de son nouvel album “To Be an Aphrodite or Not To Be”, ou les pensées d’Emily Dickinson (1830-1886), poétesse américaine excentrique qui passa une partie de sa vie recluse dans sa propriété d’Amherst. Tout de blanc vêtue, elle jardinait, remplissait de fleurs son herbier et écrivait ses poèmes, véritable mise en abîme de sa solitude, des vers très courts aux rîmes volontairement imparfaites et à la ponctuation non conventionnelle pour l’époque. Pour jouer la musique de son disque, oratorio en trois parties qui relève autant de la musique contemporaine que du jazz, Julien Pontvianne (saxophone ténor) David Patrois (vibraphone et marimba), Xuan Lindenmeyer (contrebasse) et Stefano Lucchini (batterie) assistent la chanteuse dans une œuvre ne ressemblant à aucune autre.

-Le pianiste Jacky Terrasson fête son anniversaire au New Morning le 27 et à cette occasion invite ses amis musiciens. Stéphane Belmondo (trompette et bugle) et Minino Garay (percussions) seront présents avec d’autres dont les noms n’ont pas été communiqués. Leon Parker, batteur avec lequel il a naguère beaucoup joué, et Darryl Hall dont la contrebasse tient toujours le tempo adéquat, assureront la rythmique. Une belle soirée en perspective.

Michu’s Blues

-Denise King et Olivier Hutman de retour au Sunside le 29 et le 30. Avec eux Darryl Hall, toujours à la contrebasse, et le batteur Steve Williams. Leur dernier disque s’intitule “Give Me the High Sign”, une chanson co-écrite par Olivier Hutman et Denise King, et sa musique interpelle. On la croirait sortie des vénérables juke boxes de nos années vinyles, de cette décade prodigieuse (1966 - 1976) qui vit fleurir les chefs-d’œuvre, les genres se mélanger, les passions se créer. King et Hutman forment une association de rêve. Une voix royale chante les chansons sur mesure que lui cisèle un pianiste compositeur possédant un rare talent d’arrangeur. Denise sait chauffer une salle. Avec elle, l’air devient brûlant, la température déraisonnable. On replonge au cœur de l'été.

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com  

-Odéon, Théâtre de l’Europe : www.theatre-odeon.eu

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-New Morning : www.newmorning.com

 

Crédits photos : Ahmad Jamal © Frank Stewart – René Marie © Joseph Boggess / Motéma – Stephan Oliva , Irving Acao, Olivier Hutman © Pierre de Chocqueuse – Kristin Asbjørnsen © Universal Music – John Scofield Überjam Band © Nick Suttle – Alan Broaddbent © Artistry Music – Christian McBride Trio © Chi Modu – Marjolaine Reymond © Bernard Minier – Christian Scott © photo X/D.R.   

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22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 10:10
Clermont : jazz à tue-tête

MERCREDI 16 octobre

« Touche pas à Agathe, salopard ! » C’est par ces paroles peu courtoises que Jean-Jacques Dugenoux apostrophe et réveille Bajoues Profondes qui vient de piquer du nez et de la tête dans le décolleté de son épouse. La poitrine menue de cette dernière semble d’ailleurs peu confortable, mais Bajoues s’effondre où il peut.

Clermont : jazz à tue-tête

Nous sommes à Clermont-Ferrand dans la salle Jean-Cocteau de la Maison de la Culture. Nous, ce sont les personnages qui occupent les deux premiers rangs face à la scène, des visages familiers qui chaque année se dérident à l’écoute des concerts que programme Xavier « Big Chief » Felgeyrolles (photo) dans le cadre de Jazz en Tête, qualitativement le meilleur festival de jazz de l’hexagone. A droite de Bajoues, Monsieur Michu ronge son frein. Jean-Jacques Dugenoux l'énerve. Expert en cochonnailles, ce dernier se dit aussi amateur de bons vins. Jazz en Tête est pour lui un prétexte. Clermont accueille ces jours-ci au Polydome le 6ème salon des vins du Languedoc et, quitte à enfermer son épouse dans sa chambre d’hôtel, il compte bien y goûter. Pour Philippe Etheldrède qui exhibe fièrement son Kodak Instamatic, ce casse-pieds ne fait aucune différence entre un blanc et un rouge. Un minable, tout simplement.

Clermont : jazz à tue-tête

Jean-Jacques Dugenoux n’apprécie d’ailleurs pas Gonzalo Rubalcaba qui offre aux clermontois un concert en solo de toute beauté. Avec lui la phrase respire, chante des notes bleues avec gourmandise. Sa main gauche puissante les rythme ; la droite les colore, les trempe dans un bain d’harmonies. On perd parfois les thèmes dans ce ruissellement de couleurs en demi-teintes.

Le pianiste qui a beaucoup écouté Gabriel Fauré, Claude Debussy, se montre imprévisible, cultive un impressionnisme de bon ton et sophistique les standards qu’il reprend. Rubalcaba est aussi un virtuose de l’instrument et nous le rappelle dans les pièces afro-cubaines qui parsèment son répertoire. Son piano devient alors percussif, le rythme se fait chair.

Clermont : jazz à tue-tête

C’est au tour de Catherine Russell de monter sur scène. Pendant quelques minutes votre Blogueur de Choc endosse son habit de Secrétaire Général de l’Académie du Jazz afin de lui remettre le Prix du Jazz Vocal 2012 pour son album “Strictly Romancin’”, trophée pieusement conservé par Hervé Cocotier, son tourneur, ici en photo.

Clermont : jazz à tue-tête

Le père de Catherine, Luis Russell, fut l’un des pianistes et directeur musical de Louis Armstrong. Choriste très demandée, elle apprit le métier auprès de Paul Simon, de David Bowie, du groupe Steely Dan et de bien d’autres vedettes. Désormais à la tête de sa propre formation, elle met sa voix chaude, sensuelle que voile une légère raucité au service de vieilles chansons qu’elle affectionne, fait revivre avec talent et respect des mélodies qu’interprétèrent Fats Waller, Duke Ellington, Billy Strayhorn, Maxine Sullivan, Hoagy Carmichael. Avec elle, de bons musiciens, un pianiste qui pratique le stride et affectionne le boogie (Mark Shane), un guitariste aux chorus délicats (Matt Munisteri), un jeune adepte de la walking bass pour cadrer le tempo (Tal Ronen), la musique se passe très bien de batteur et se fait intimiste.

Clermont : jazz à tue-tête

La soirée se poursuit à l’hôtel Oceania où logent les musiciens. Responsable du bar, la belle Olivia remplit les verres des soiffards. Des jam sessions s’y déroulent tard dans la nuit. Essiett Essiett tient parfois la contrebasse et Jeff Tain Watts fait merveille à la batterie. On y croise Circuit 24 qui fait rouler sur la moquette les petites voitures qu’il collectionne, Papy Jazz qui commente avec pertinence ce qu’il a vu et entendu, Daniel Desthomas (photo) qui, sur le festival, a de nombreuses histoires et anecdotes à raconter. Entre deux vins, Jean-Jacques Dugenoux a oublié un livre : “Mémoires du saumon dans le Brivadois”. Je ne le savais pas amateur de poissons.

JEUDI 17 octobre

Clermont : jazz à tue-tête

Pour se réveiller, ce spectateur lambda a plongé sa tête dans l’aquarium de l’hôtel. Quant à Bajoues, il n’aime décidément pas grand-chose, n’apprécie pas l’excellente nourriture du Visconti, un nouveau restaurant italien de Clermont, et ne goûte pas davantage Prism, quartette de Dave Holland fortement électrique qui divise les amateurs de jazz. Philippe Etheldrède ne supporte pas plus que lui l’avalanche de décibels que produit la guitare de Kevin Eubanks. Ce dernier joue des chorus hendrixiens, mais peut aussi émettre de longues nappes de notes lorsque l’aspect modal de la musique le nécessite. Impérial à la contrebasse (une demi-caisse amplifiée), Holland arbitre les passes rythmiques qu’Eubanks et Eric Harland affectionnent.

Clermont : jazz à tue-tête

Très en forme, assurant un drive puissant et binaire, le batteur fait tourner des rythmes funky qui enveloppent et hypnotisent. Seul Craig Taborn est un peu en retrait. Dans l’après-midi, le rideau de fer de la salle s’est abattu sur son Fender Rhodes et il a fallu lui en trouver un autre. « Un coup des communistes » marmonne Bajoues. Que la ville possède toujours une avenue de l’Union Soviétique ne semble pas déranger Craig, mais, mal à l’aise sur un instrument qui n’est pas le sien, il n’en tire pas les sons qu’il souhaite, cultive des solos abstraits et souvent dissonants. Au piano acoustique, il tempère le jeu bouillonnant du guitariste par un jeu d’une grande finesse harmonique. Avec ce groupe, Dave Holland rajeunit sa musique, revit ses années fusions, musique qu’il pratiquait au côté de Miles Davis au début des années 70. Et tournent les chevaux de bois…

Clermont : jazz à tue-tête
Clermont : jazz à tue-tête

Comme tous les soirs, c’est fête à l’Oceania. Ses salons du premier étage restaurent musiciens et journalistes affamés. Verrouillée par Phil Ethylhic, une grande table ronde attend les martyrs de la bouteille pour des dégustations de vins fins. Le nez proéminent, Philippe renifle les nectars, détecte les meilleurs crus. Taquin le Terrible enquiquine Dodo (photo) qui fournit tee-shirts et Saint-Nectaire et rajeunit chaque année.

Les verres tintinnabulent, les têtes s’échauffent. Rassurée après une dure journée, Sybille Soulier, l’attachée de presse du festival, virevolte entre les tables occupées. Il y a là Bernard Vasset grâce à qui les musiciens ne végètent pas à l’aéroport, et Michel, son neveu photographe dont on retrouve chaque année les photos dans les programmes du festival. Il est tard. Au rez-de-chaussée, la jam session attire du monde. Je retrouve Craig Taborn au bar, échange avec lui quelques drinks et m’accorde un repos mérité.

VENDREDI 18 octobre

Clermont : jazz à tue-tête

Ma dernière nuit clermontoise. Le festival a commencé sans moi avec The Saxophone Summit et se termine demain soir avec le quartette de l’excellent saxophoniste Irving Acao et le trio d’Essiet Okon Essiet Manuel Valera (piano) et Jeff Tain Watts (batterie). Mais ce soir, le festival accueille Kenny Garrett en quintette et j’assiste à un miracle : Bajoues Profondes apprécie le concert.

Plus que moi qui regrette la trop grande puissance sonore de l’orchestre. Ce n’est qu’après un séisme d'une heure, et le temps d’une ballade, que la musique devint parfaitement audible, que l’on put entendre le piano que couvrait jusque là un batteur trop puissant (McClenty Hunter), une contrebasse sur-amplifiée (Corcoran Holt). Le chant du saxophone s’élève alors, limpide et majestueux, moment de grâce dont profite la musique.

Clermont : jazz à tue-tête
Clermont : jazz à tue-tête

Kenny Garrett traîne avec lui une bande de fameux lascars. Au piano, Vernell Brown joue beaucoup comme McCoy Tyner et manque un peu de personnalité mais la section rythmique, de la lave en fusion, fait rouler une avalanche de notes dont on ne sort pas indemne. À l’alto et au soprano, le saxophoniste cherche la transe, souffle des chorus vertigineux. Comme John Coltrane et Pharoah Sanders dans les années 60, il envoûte par les mélopées africaines qu’il introduit dans sa musique. On lui pardonne l’insipide ritournelle qu’il fait tourner en fin de programme et que le public est nombreux à apprécier.

Clermont : jazz à tue-tête

Il est temps de rejoindre l’Oceania. Tony Tixier assure élégamment au piano. Avec lui, Elvire Jouve, une jeune batteuse moissonneuse, et Jean Toussaint, un habitué des lieux. Plus tard, c’est avec la section rythmique de Garrett qu’il montrera son savoir faire. Le rideau tombe sur un festival pas comme les autres qui tient toutes ses promesses.

Photos : © Pierre de Chocqueuse , sauf celle de Catherine Russell avec Hervé Cocotier et le Blogueur de Choc © Philippe Etheldrède.

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16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 10:09
Ralph ALESSI : “Baida” (ECM / Universal)

Ce disque, le premier de Ralph Alessi pour ECM, est l'un de ses meilleurs. Ceux d'entre vous qui s'intéressent à la scène new-yorkaise connaissent ce musicien qui enregistre de trop rares albums sous son nom avec des partenaires exigeants. Craig Taborn ou Andy Milne auraient pu tenir le piano de cette séance supervisée par Manfred Eicher. Le trompettiste leur a préféré Jason Moran, plus convaincant que jamais lorsqu'il accompagne, se met au service des autres. Avec la même équipe - Drew Gress à la contrebasse et Nasheet Waits à la batterie -, Alessi et Moran ont enregistré "Cognitive Dissonance" pour le label CAM Jazz en 2010, un disque moins abouti que ce nouvel opus. Car, travaillant ici sur une musique ouverte et fluide qui demande précision et rigueur, les quatre hommes la façonnent collectivement, lui apportent un surplus d'invention, tant mélodique que rythmique. Auteur de toutes les compositions, le trompettiste n'est donc pas seul à prendre des risques, à sauter dans le vide, à éprouver le vertige qu'offre une musique aérée qui, entre des mains virtuoses s'abstenant d'en faire trop, trouve naturellement sa place dans l'espace. C'est d'ailleurs une plage modale et rêveuse qui ouvre l'album, morceau repris in fine, ultime pirouette musicale pour clore des moments intenses et de grande beauté. Trompette et piano rivalisent souvent de délicatesse mélodique. A cet égard, Sanity, une ballade, apparaît comme l'un des sommets lyriques de l'album. La contrebasse chante, la trompette s'envole, le piano assure un contrepoint de notes lumineuses et rares. Le mélancolique I Go, You Go est de la même veine. Une semblable respiration mélodique traverse Throwing Like a Girl, morceau porté par une contrebasse ronde et précise, un drive d'une rare souplesse, mais aussi Maria Lydia dont le thème s'inspire d'un lieder d'Igor Stravinsky. Ailleurs, le groupe explore des tempos plus énergiques. Le discours reste toujours cohérent, même lorsque le pianiste fait feu de dissonances (Chuck Barris), adopte un langage plus abstrait. Une réussite incontestable.

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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 08:46
Un blog qui déménage

Vous n’avez pas eu besoin de moi pour assister au concert d’Eliane Elias au Théâtre du Châtelet (le 4 octobre) ou à celui que donna le même soir Nicholas Payton au Duc des Lombards. Le dimanche 6, Joshua Redman s'est produit en quartette Salle Pleyel. Un grand moment ! Je vous en parlerai dès que cela me sera possible. Car votre blogueur de Choc déménage, passe ses journées à emballer ses disques et ses livres, ce qui explique la mise en ligne tardive de cet édito écrit à la va-vite entre des cartons qui s’empilent. Les copains m’ont heureusement aidé. Rentré de Brides-les-Bains, le village pour maigrir, avec des kilos de trop, Monsieur Michu a été mis à contribution pour porter les lourdes caisses, son ventre proéminent faisant office de troisième main. Papy Francis est chargé de les transporter dans son Oldsmobile et Phip de les réceptionner. Qu’ils soient ici remerciés.

Un blog qui déménage

Un déménagement c’est aussi de nombreux organismes officiels à prévenir, une foule de choses à prévoir. Un surcroit de travail qui va me contraindre à limiter mes chroniques et mes comptes rendus de concerts en octobre. Je vous ai communiqué le mois dernier les nouveautés de la rentrée qui méritent vos deux oreilles. On peut ajouter “Brooklyn Babylon” (New Amsterdam Records / Import USA) second disque du Darcy James Argue’s Secret Society, vaste fresque sonore d’un big band new-yorkais que Vladimir de la FNAC Montparnasse aujourd’hui à la retraite me fit découvrir, ainsi que “Les Passagers du Delta”, enregistrements live et studio des années 80 du pianiste Denis Levaillant en trio avec Barre Phillips et Barry Altshul (DLM Éditions). Auteur d’une passionnante “Histoire de la batterie de jazz” en trois volumes, Georges Paczynski publie chez Arts & Spectacles “Le Carnet inachevé” , pages musicales intimistes aux images mélodiques attachantes confiées à un trio au sein duquel brille le beau piano de Vincent Bourgeyx et la contrebasse de Marc Buronfosse. Anne Ducros sort un nouveau disque “Either Way from Marilyn to Ella” (Naïve) plein de standards chantés avec talent et conviction. Composé avec ses musiciens Either Way est une magnifique chanson. Seul problème, le disque, 75 minutes, est beaucoup trop long. Enregistré live lors de divers festivals dont celui de la Villette en septembre 2012, “I Hear the Sound”, nouvelle mouture du “Attica Blues” d’Archie Shepp complété par d’autres pièces, a tout pour plaire : bons solistes, bons arrangements, parties vocales souvent épatantes grâce à la voix admirable de Cécile McLorin Salvant. Shepp assure des parties vocales émouvantes (Come Sunday), mais ses fausses notes aux saxophones (ténor et soprano) gâchent un peu cette recréation.

Un blog qui déménage

Quelques concerts interpellent en octobre. Du 12 au 24 les clubs de jazz de Paris île-de-France font leur festival. Le programme de « Jazz sur Seine » est pour le moins éclectique. Il y en a pour tous les goûts, du bon, du moins bon et de l’inaudible. Je vous conseille Marilyn Mazur le 15 au Sunside avec John Taylor (piano) et Anders Jormin (contrebasse). Le 16, toujours au Sunside, ne manquez pas le saxophoniste baryton Gary Smulyan accompagné par le trio d’Olivier Hutman, le meilleur choix possible pour entendre des notes bleues et blues sortir d’un piano. Le 18, Annick Tangorra invite le pianiste Mario Canonge au Baiser Salé (19h30). Le Sunside encore, accueille le Moutin Factory Quintet le 23, Thomas Enhco (piano) et Manu Codjia (guitare) rejoignant la formation des deux frères. On consultera le programme complet sur le net.

Un blog qui déménage

Hors festival, le 13 (à 16 heures), la Salle Pleyel programme The Saxophone Summit (Joe Lovano, Dave Liebman, Ravi Coltrane). Le saxophoniste Baptiste Herbin est attendu au Sunside le 17, le New Morning proposant le même soir le pianiste Harold Lopez Nussa en quartette et l’Eglise Bon-Secours (20 rue Titon, 75011 Paris) le duo Tom McClung (piano) et Jean-Jacques Élangué (saxophone ténor). Je vous recommande leur album “This Is You” (Blang Music), conversation amicale et chaleureuse qui pèse son poids de notes. Gerald Clayton, est également attendu en trio au New Morning le 22. Quant à Catherine Russell, prix du jazz vocal 2012 de l’Académie du Jazz pour son album “Strictly Romancin” (World Village), elle chantera au Sunset le 25 pour le bonheur de tous.

Un blog qui déménage

Octobre, c’est aussi « Jazz en Tête », le meilleur festival de jazz de l’hexagone. Je vous en ai révélé la programmation en septembre. Xavier Felgeyrolles y rassemble chaque année de vrais jazzmen et non des acrobates qui n’exhibent que leur technique. Je me répète, mais du 15 au 19, les clermontois auront la chance de pouvoir écouter Joe Lovano, Dave Liebman et Ravi Coltrane (le 15), Catherine Russell et Gonzalo Rubalcaba en solo (le 16), Prism le groupe du bassiste Dave Holland réunissant Kevin Eubanks à la guitare, Graig Taborn au piano et Eric Harland à la batterie ((le 17), le Kenny Garrett Quintet (le 18), Irving Acao et Essiet Okon Esset (le 19). Ouf ! Je retourne à mes cartons. Le jazz pèse, surtout à bout de bras.

-Salle Pleyel : www.sallepleyel.fr

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-New Morning : www.newmorning.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com   

-Église Bon-Secours (réservations) : mail@spiritofjazz.fr

-Festival Jazz sur Seine : www.jazzsurseine.fr

-Festival Jazz en Tête : www.jazzentete.com

  

PHOTOS : Le Blogueur de Choc © JdC – The Saxophone Summit © Andrew Lepley       

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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 08:22
Ahmad JAMAL : “Saturday Morning” (Jazz Village / H. Mundi)

Après “Blue Moon” enregistré à New York en octobre 2011 et publié l’an dernier, Ahmad Jamal a choisi le Studio La Buissonne pour de nouvelles compositions et un nouvel album aussi excitant et jubilatoire que le précédent. On ne change pas un groupe qui fonctionne comme les rouages d’un chronomètre, surtout lorsque les musiciens qui entourent le pianiste constituent peut-être sa meilleure formation. Avec Israel Crosby à la contrebasse et Vernell Fournier à la batterie, Jamal, né en 1930, eut certes le bonheur d’avoir à ses côtés une rythmique qui servit son piano de manière exemplaire, mais Reginald Veal (contrebasse), Herlin Riley (batterie) et Manolo Badrena possèdent une technique bien plus grande et jouent mieux une musique que Jamal partage étroitement avec eux. Elle a peu changé, mais le pianiste l’aborde depuis quelques années de manière plus orchestrale, donne du volume, de l’épaisseur à des notes dont il a longtemps été avare. Ses silences sont parfaitement intégrés à sa musique. Jamal la bâillonne, la met sous tension pour mieux la faire jaillir. Ce sont alors des cascades d’arpèges et de trilles, de joyeuses notes perlées, des gerbes d’accords sèchement plaqués qui la libèrent après une longue attente.

Ahmad JAMAL : “Saturday Morning” (Jazz Village / H. Mundi)

Dans Back to the Future, le groupe fait longuement tourner un riff funky puis, par deux fois, décolle en ternaire, la contrebasse menant la danse. L’instrument est la principale assise rythmique de Saturday Morning qui donne son nom à l’album, une pièce d’une dizaine de minutes construite sur le même principe que Poinciana, le cheval de bataille du pianiste qui active un second thème après une longue mise en boucle du premier. Edith’s Cake envoûte par son introduction flottante, ses bouquets de notes colorées. Contrebasse, batterie et percussions encadrent souplement un piano espiègle qui saupoudre son chant de dissonances.

Ahmad reprend aussi d’anciens thèmes de son répertoire, décline leurs mélodies avec parcimonie, ces dernières, visions sonores fugitives, surgissant de trames rythmiques répétitives et prêtes à rompre, comme la corde d’un arc trop tendu. One et The Line héritent également d’un traitement funky. Dans Firefly, Jamal musarde, papillonne, tourne autour d’un riff dont s’emparent ses mains virevoltantes. Le disque contient quelques standards qu’il aborde avec une nonchalance calculée. I’ll Always Be With You et I’m in the Mood for Love, une chanson de 1935 que Nat King Cole et Frank Sinatra interprétèrent, bénéficient de relectures élégantes, d’une ornementation au petit point. I Got it Bad and That Ain’t Good introduit brièvement un autre thème ellingtonien celui de Take the A Train. Le pianiste connaît ses classiques. Styliste, il leur offre d’autres couleurs, celles d’un orchestre qu’il incarne à lui seul. Et c’est ainsi qu’Ahmad est grand !

Ahmad Jamal & Reginald Veal, Photo © Pierre de Chocqueuse

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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 09:10
Nick SANDERS Trio “Nameless Neighbors” (Sunnyside / Naïve)

Je ne savais rien de Nick Sanders avant de recevoir ce disque. Une belle photo d’Alejandro Cartagena - “Fragmented Cities, Apodaca” -, en emballe la musique. Une seule écoute m’a suffit pour me rendre compte que ce pianiste ne jouait pas comme les autres. Rentrer dans sa musique demande pourtant une écoute attentive. Il faut la suivre avec attention pour en saisir la logique car elle s’amuse à prendre des sentiers de traverse, des chemins qui bifurquent. Et pourtant elle fonctionne, sa cohérence perçant sous la malice.

Né à la Nouvelle-Orléans d’une mère cubaine et d’un père batteur, Sanders s’est très tôt mis au piano, mais aussi à la batterie, la précision rythmique étant une des qualités de son jeu pianistique. Il se destine à devenir concertiste classique. Danilo Perez qu’il rencontre lui conseille de suivre les cours de jazz que propose le New Orleans Center for Creative Arts. Sanders est doué pour le rythme et les tours de passe-passe harmoniques. Il jouera du jazz et, dès 2005, se produit régulièrement dans les clubs de sa ville natale. Il poursuit également ses études à Boston, au New England Conservatory of Music. Outre Ran Blake, ses professeurs vont être Danilo Perez, Jason Moran et Fred Hersch.

Nick SANDERS Trio “Nameless Neighbors” (Sunnyside / Naïve)

C’est grâce à ce dernier que ce disque voit le jour. Produit par Hersch, il fait entendre un piano plus blanc que noir – bien que le blues nourrisse ses voicings et que Sanders soit parfaitement capable de le jouer – qui bouscule nos habitudes. Le pianiste fascine par sa rigueur, la propre logique de son jeu. Pour Ludovic Florin, auteur de la chronique de l’album dans le numéro de septembre de Jazz Magazine / Jazzman, « ses idées défilent parfois davantage par rebonds que par déduction logique ».

Quoiqu’il en soit et bien qu’il cultive « des lignes mélodiques éclatées », apprécie les ruptures, les brusques changements de rythme, Sanders, la pensée inventive, anticipe et aime surprendre. Prenez Chamberlain, Maine qui ouvre l’album. Ça ressemble à une fugue, mais le tempo ralentit et les notes se font abstraites tout en conservant une cohérence indéniable. New Town est tout aussi étonnant : un amas de notes frémissantes sort tout droit d’un piano bastringue et introduit une mélodie tendre et chaloupée. Sanders fait chanter des harmonies aussi exquises que mystérieuses, les organise avec aisance tout en choisissant soigneusement leurs couleurs. On peut citer d’autres morceaux : avec Row 18, Seat C défile devant nos yeux la bande-son d’un vieux film muet, un thème riff générant des variations anguleuses et dissonantes.

Outre celle de Brad Mehldau, Sanders a subit l’influence de Thelonious Monk et d’Herbie Nichols et il leur rend hommage. Du premier il reprend Manganese mieux connu sous le nom de We See. Monk l’enregistra pour Prestige le 11 mai 1954 avant de le reprendre à Paris, pour Vogue, un mois plus tard en solo. Du second, il choisit de relire ‘Orse at Safari, un morceau peu connu, un blues cubique et monkien composé pour Floyd « Horsecollar » Williams, un saxophoniste alto avec lequel Nichols s’était produit au Safari, un club de jazz de Harlem. Nichols l’enregistra le 7 août 1955 avec Al McKibbon et Max Roach dans une version plus rapide. Celle de Sanders est riche en dissonances. Son tempo fluctuant recèle des accélérations aussi soudaines qu’inattendues.

Je ne vous l’ai pas encore dit, mais Sanders n’est pas seul à jouer sa musique, ou celle des autres – son disque se referme sur I Don’t Want to Set the World on Fire, un vieux tube des Ink Spots de 1941 qu’il joue presque en stride. Trois années de suite (2010, 2011 et 2012) il a remporté le Marion and Eubie Blake International Piano Award, possède une main gauche solide et souple dont il sait utiliser les ressources. Une section rythmique aussi efficace que discrète l’accompagne donc dans un opus que l’on ne se lasse pas d’écouter. Henry Fraser (contrebasse) et Connor Baker (batterie) ont été ses condisciples au New England Conservatory of Music. Le premier se fait trop brièvement entendre à l’archet dans Sandman à la mélodie aérée, presque évanescente. Davantage présent dans Manganese, il introduit longuement en solo Simple, une pièce lyrique et simple comme son nom l’indique, une bouffée d’oxygène avant Motor World, morceau à tiroirs dont le prologue chantant ne laisse pas deviner le chaos sonore organisé qui le conclut. Penchez vous sur ce disque, le premier d’un jeune pianiste à la maturité stupéfiante dont la musique devrait combler les oreilles avisées.

Nick SANDERS Trio “Nameless Neighbors” (Sunnyside / Naïve)

PHOTOS : "Fragmented Cities, Apodaca" © Alejandro Cartagena - Nick Sanders & Fred Hersch : Photo X / D.R.

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3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 13:44
Vacances gourmandes

Peu de concerts m’intéressent en septembre. Le programme de Jazz à la Villette (du 3 au 15) qui consacre beaucoup de place à ce farceur de John Zorn n’a rien pour me plaire si ce n’est son concert de clôture (le 14) avec Kenny Garrett, le trio de Laurent de Wilde assurant la 1ère partie. Il y a aussi Gregory Porter qu’apprécie beaucoup Monsieur Michu. Mieux produit que ses deux disques précédents, “Liquid Spirit” (Blue Note / Universal), son nouvel album, s’écoute au moins avec plaisir. On ne manquera pas au Duc des Lombards le 4 septembre la formation de Sébastien Texier qui porte le même nom que son disque, “Toxic Parasites”. Du 12 au 14 s’y produit le pianiste Antonio Faraò dont le nouvel opus enregistré avec Joe Lovano confirme le talent du pianiste. Le 19, Virginie Teychené est l'invitée du festival de Rueil-Malmaison. On ne peut rester indifférent. Pourtant, peu de concerts m’interpellent et ce blog sommeillera quelques semaines de plus sans que la vie jazzistique en soit tourneboulée. Quelques chroniques de disques auront toutefois droit à ma plume. Edouard Bineau se produisait l’autre soir en trio au Sunside. J’apprécie depuis longtemps ce pianiste lyrique dont le blues nourrit souvent la musique. Gildas Boclé, toujours impressionnant à l’archet, et Simon Bernier, un jeune batteur, l’accompagnaient. Une réussite.

Vacances gourmandes

Votre blogueur ne peine donc pas à quitter son lit comme peut le faire croire cette photo prise à la mi août chez Dame Marceline, épouse de l’ami Phil Costing qui m’hébergeait alors au pied du Cézallier, un des sommets de l’Auvergne, 1.551 mètres au Signal du Luguet que l’on atteint en cheminant à travers prés et bois.

Vacances gourmandes

Par beau temps, on peut y rencontrer Xavier « plume au vent » Felgeyrolles, responsable de la programmation du festival Jazz en Tête. Du 15 au 19 octobre, les clermontois auront la chance de pouvoir écouter un « Saxophone Summit » réunissant Joe Lovano, Dave Liebman et Ravi Coltrane (le 15), Catherine Russell et Gonzalo Rubalcaba en solo (le 16), le nouveau groupe de Dave Holland (le 17), le Kenny Garrett Quintet (le 18), Irving Acao et Essiet Okon Esset (le 19).

Vacances gourmandes

Les Michu logeaient de même tout près du Cézallier, dans une petite pension de famille au cœur d’un village aux rares habitants. Madame pensait avoir à l’œil son incorrigible mari. Quelques heures de marche en montagne leur feraient le plus grand bien. Elle n’avait pas prévu que le seul commerce du patelin était un café, l’un des seuls d’une région quasi-désertique et que, rappelée à Paris pour des raisons familiales, son mari désœuvré allait y faire bombance, goûter à l’Aveze et à la Salers, prendre goût aux spécialités locales, se gaver d’assiettes du boucher, de tartes aux myrtilles et de tartiflettes au Saint-Nectaire. Pour les faire passer, des côtes d’Auvergne : Boudes, Chanturgue, Châteaugay, Madargue et Corent, un rosé riche et complexe aux légères notes d’agrumes qui se boit sans effort.

Vacances gourmandes

Lorsqu’elle revint une semaine plus tard, Madame Michu expédia dare-dare son époux et ses kilos de trop en Savoie, à Brides-les-Bains, le village pour maigrir. Elle n’imaginait pas que ses nombreux restaurants ne proposent pas que des menus allégés aux curistes. Monsieur Michu ne résista pas longtemps aux fondues savoyardes, raclettes, saucisses de couenne, charcuteries séchées – lard, noix de jambon, saucissons au serpolet –, et gratins de crozets aux fromages. Affamé par sa cure amaigrissante, Monsieur Michu s’est offert quelques kilos de plus. Invité dans cette belle région par Tonton Manu et Tata Cathy, j’ai pu constater de visu l’ampleur du tour de taille.

Vacances gourmandes

Condamné par Madame à de longues promenades en montagne avec Tonton Manu, un vrai bouquetin, et à prolonger son séjour à l’eau minérale, Monsieur Michu ne pourra donc pas découvrir avant octobre les nouveautés discographiques de cette rentrée : “Vaguement Godard” (Illusions), un enregistrement de Stéphan Oliva en solo produit par l’infatigable Philippe Ghielmetti ; “I Wanna Be Evil” de l’excellente chanteuse René Marie (Motéma) ; “Black Elk’s Dream” disque du trompettiste et arrangeur Bill Mobley enregistré live à Jazz en Tête avec Billy Pierce, Stéphane Guillaume, Manuel Rocheman et les cordes de l’Orchestre d’Auvergne (Space Time Records, sortie prévue le 25 octobre), et “Baida”, opus en quartette largement improvisé du trompette Ralph Alessi (ECM).

Vacances gourmandes

À propos d'ECM, la firme munichoise a signé le pianiste Marc Copland. Un enregistrement en trio est prévu l’année prochaine. Marc tient le piano dans “39 Steps”, un disque du guitariste John Abercrombie qui sort le 30 septembre. Le nouvel album d’Ahmad Jamal sur le label Jazz Village s’intitule “Saturday Morning” et sera en vente le 24. Des concerts sont prévus en novembre. C'est en import ou via internet que vous devrez vous procurer “Magnetic”, album Blue Note de Terence Blanchard qu'Universal France ne sortira pas. C'est le meilleur du trompettiste depuis longtemps.

Produit par Fred Hersch, “Nameless Neighbors” (Sunnyside / Naïve), premier disque d’un jeune pianiste américain, mérite attention. Nick Sanders (c’est son nom) fascine par l’originalité de son langage pianistique et la maîtrise de son instrument. Ludovic Florin (co-auteur d’une biographie de Carla Bley à paraître prochainement) en livre une chronique pertinente dans le numéro de septembre de Jazz Magazine / Jazzman. La mienne ne tardera pas. Merci de patienter.

PHOTOS © Pierre & Bénédicte de Chocqueuse

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5 août 2013 1 05 /08 /août /2013 09:38
Summertime

Summertime : Clara chante cette berceuse dans le premier acte de "Porgy and Bess" pour endormir son enfant. George Gershwin la composa en 1935. On n'en compte plus les versions qu'en ont données les jazzmen. Summertime, c'est aussi le temps de se passer d'ordinateur, de prendre le temps sur le boulevard des vacances et pas seulement au crépuscule. Cette année, un peu plus tard que les autres années, et ce depuis bientôt cinq ans, votre Blogueur de Choc met son blog en sommeil. Rendez-vous courant septembre avec les Michu, des disques et des concerts. Bonnes vacances à tous et à toutes.

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