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16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 00:00

Richie-Beirach--cover-2.jpgNé à New York, Richie Beirach réside à Leipzig, mais aime le Japon, sa culture raffinée, l’extrême politesse de ses habitants. Il s’y est souvent rendu (vingt-six visites depuis les années 70) et affectionne Tokyo, lieu de rencontre du passé et du futur dont il livre ses impressions intimes sous la forme d’Haïkus, courts poèmes visant à cerner l’évanescence des choses par l’ellipse et l’allusion. La musique, le plus immatériel de tous les arts, relève du domaine du sensible, de l’émotion qui déforme et trahit la mémoire. Infidèle, celle de Beirach embellit et transcende ses visions pianistiques. Le regard affectueux qu’il porte sur le Japon est celui d’un improvisateur imprégné de musique classique européenne. Il passa des années à l’étudier avant de découvrir le jazz, accompagner Stan Getz, Chet Baker et devenir le pianiste du groupe Quest. Il possède suffisamment de métier pour éviter les rapsodies jazzistiques dont raffolent les habitants du pays du soleil levant. Le Japon lui inspire des mélodies magnifiques qu'il s'amuse parfois à faire danser, mais aussi de courtes pièces abstraites comme si à travers l’épure, il cherchait à saisir l’essence de ce pays qu’il admire. Ses phrases ne sont jamais chargées de notes inutiles, et si ses doigts courent sur le clavier dans Bullet Train, c’est pour nous transmettre l’impression de vitesse du Shinkansen, le TGV nippon. Dans Cherry Blossom Time dont il égraine les accords cotonneux, les cordes métalliques de la table d’harmonie du piano répondent aux arpèges qu’il fait pleuvoir comme les étincelles d’un feu de Bengale. Ses visions peuvent être de pures sensations musicales. Comment approcher autrement que par l’abstraction le kabuki, la forme épique du théâtre japonais traditionnel ? Comment traduire autrement que par des clusters martelés dans les graves du clavier la tragédie qui frappa récemment la ville de Sendaï ? Richie Beirach introduit son album par une pièce très brève (trente-sept secondes) censée décrire les néons qui, la nuit, éclairent Tokyo comme en plein jour. Il les réduit à quelques notes diaphanes, à la lumière blanche que le prisme n’a pas encore dispersé en spectre coloré. Les couleurs, le pianiste les réserve aux mélodies exquises qu’il invente et qui traduisent l’aspect romantique et lyrique de sa musique. Butterfly s’envole, porté par les ailes fines et légères du lépidoptère. Dédiée à Toru Takemitsu, le plus grand compositeur « classique » japonais du XXe siècle, Takemitsu San traduit la science harmonique du pianiste qui éblouit dans une pièce grave et poignante. Lament for Hiroshima and Nagasaki met les larmes aux yeux, mais Shibumi reste pour moi le joyau de ce disque inoubliable. Bénéficiant d’harmonies raffinées, sa simplicité, sa tranquillité émouvante me touchent profondément.   

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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 10:18

W.-Blanding-c-Ph.-Marchin.JPGLUNDI 24 mai

Originaire de Cleveland et saxophoniste de Wynton Marsalis depuis “From the Plantation to the Penitentiary”, un disque Blue Note de 2006, Walter Blanding s’est produit deux soirs de suite au Duc des Lombards (23 et 24 mai) avec les autres membres du quintette de Wynton. Dan Nimmer au piano, Carlos Henriquez à Walter-Blanding-c-Ph.-Marchin.JPGla contrebasse et Ali Jackson à la batterie. Tout dévoué au trompettiste qui fit une courte apparition sur la scène du club le premier soir, Blanding a fait peu de disques sous son nom. Son plus récent, “The Olive Tree” date de décembre 1999. Sans la trompette de Wynton, il manque au groupe une troisième voix mélodique que le savoir faire des musiciens ne parvient pas complètement à pallier. Au ténor, son principal instrument, Blanding alterne de courtes phrases et de longs jets de notes construites autour du blues (Never Too Late). Le vocabulaire du bop est abondamment utilisé. Le quartette reprend des standards, donne une belle version de Inner Urge, un thème de Joe Henderson. On remarque très vite le piano de Dan Nimmer. Les yeux clos, ce dernier ressemble un peu à Mister Bean. Il phrase comme un guitariste, assure les chorus les plus nombreux, les plus intéressants et apparaît comme le vrai leader du groupe. Après ses chorus, Blanding quitte la scène et laisse la musique se construire en trio. Nimmer improvise de magnifiques lignes de blues, trempe son instrument dans le swing, Dan-Nimmer-c-Ph.-Marchin.JPGmais peut tout aussi bien jouer un piano modal que ne désavouerait pas McCoy Tyner. Dan s’entend bien avec Carlos Henriquez qui apporte de bonnes compositions. Le bassiste a joué avec des pointures de la musique afro-cubaine, Eddie Palmieri, Tito Puente, Celia Cruz, et ses morceaux chaloupés possèdent de chaudes couleurs latines. Quant au drumming d’Ali Jackson, il reste toujours très musical. Ali qui joue également du piano a étudié la batterie avec Elvin Jones et Max Roach. Il sait mettre le feu à la musique, la cadrer, lui donner une tension appréciable.

 

DIMANCHE 29 mai

Craig-Taborn--b-.jpgCraig Taborn en solo au Sunside devant un public clairsemé. On a tendance à oublier qu’il fut le pianiste des débuts fracassants de James Carter et de ses meilleurs albums (“JC on the Set”, “The Real Quietstorm”) avant de travailler avec Tim Berne, Mat Maneri, Roscoe Mitchell et Drew Gress. Craig a peu enregistré sous son nom : une première séance pour DIW records en 1994, puis deux disques en trio et quartette pour le label Thirsty Ear et récemment un solo pour ECM, la sortie d’“Avenging Angel” (une réussite) étant le prétexte de ce concert promotionnel. Plutôt que d’en reprendre les compositions (qualifions-les d’improvisations « compositionnelles »), Taborn préféra travailler sur un nouveau matériel totalement improvisé, exercice délicat qu’il pratique depuis plusieurs années. L’homme a indubitablement un univers et les possibilités sonores de son instrument y sont étroitement associées. Il attache beaucoup d’attention aux timbres, aux harmoniques, à la résonance de son piano. Les pièces qu’il invente Craig-Taborn--c-.jpgsont courtes, structurées, ramassées sur elles-mêmes. La main gauche effleure les basses ; la droite, puissante, martèle souvent le même accord. Répétitif, le premier morceau progresse crescendo, renferme des passages intenses et violents qui s‘apaisent comme la vague après la tempête. La seconde pièce fourmille de dissonances. Un thème s’y dessine, mais Craig ne s’y attarde pas. Il préfère jouer à vive allure un piano heurté, mêler des clusters à des myriades de notes scintillantes et les faire puissamment sonner. A des cadences enflammées succède le tempo lent d’une ballade dont la mélodie brumeuse, légère comme si le vent l’avait sculptée dans un nuage, est exposée obstinément. Associées à des ostinato envoûtants, les esquisses mélodiques se firent plus nombreuses dans le second set, la musique rêveuse, chargée de délicates attentions harmoniques, s’approchant davantage de celle de son disque. Craig Taborn mit aussi davantage de blues dans ses improvisations inspirées et d’un jour ordinaire en fit un dimanche pas comme les autres.

 

PHOTOS : Walter Blanding, Dan Nimmer © Philippe Marchin - Craig Taborn © Pierre de Chocqueuse

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8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 09:07

John-Taylor--Requiem-cover.jpgLe trio habituel du pianiste augmenté de Julian Argüelles aux saxophones ténor et soprano dans une suite commandée en 2007 par la British University de Yolk qui s’inspire des livres de l’écrivain Kurt Vonnegut disparu en 2007. Pas besoin d’avoir lu “Abattoir 5”, “Le Berceau du chat”, ni de connaître le personnage de Kilgore Trout, auteur de science-fiction raté que l’on retrouve dans plusieurs livres de Vonnegut, notamment dans “Le Breakfast du Champion”, pour rentrer dans ce disque. Si John Taylor aime éclairer d’une lumière tamisée les paysages sonores que décline son piano, il n’est pas seul et les instruments qui l’accompagnent le poussent à adopter un jeu plus rythmique, le contraignent à des improvisations pleines de swing aux couleurs harmoniques non négligeables. Batteur puissant et carré, Martin France pousse le pianiste introspectif à l’action. La contrebasse ronde et attentive de Palle Danielsson l’encourage à multiplier les échanges avec son saxophoniste, son interlocuteur privilégié dans cet album. Plus bavardes que d’habitude, ses improvisations témoignent d’une grande connaissance du bop et de son vocabulaire. Taylor ne manque toutefois pas d’effleurer ses notes pour les rendre légères et aériennes. Car tout en les sculptant fiévreusement dans l’urgence d’une conversation à quatre, il n’oublie jamais de colorer la ligne mélodique de ses phrases souvent abstraites, le recours fréquent à des accords de substitution à des tensions parfois dissonantes apportant une certaine ambiguïté harmonique à sa musique, notamment dans Unstuck in Time. Le pianiste sensible et délicat se fait surtout entendre dans la longue introduction de Requiem for a Dreamer, dialogue entre Kurt Vonnegut et Kilgore Trout son alter ego fictif transposé pour piano et saxophone. John Taylor joue dans “Phaedrus” un disque de 1990, le premier que Julian Argüelles enregistra sous son nom en quartette. Les deux hommes se connaissent depuis de nombreuses années ce qui explique la belle interaction qu’ils développent et la fraîcheur de cet album.    

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3 juin 2011 5 03 /06 /juin /2011 09:41

Instruments.jpgJuin : coup d’envoi des festivals de l’été avec le Paris Jazz Festival qui démarre le samedi 11 au Parc Floral avec le trio du pianiste Thomas Enhco. Malgré certains concerts alléchants, près de la moitié de sa programmation ne me tente pas davantage qu’un match de football. Jean-Paul qui la découvre avec moi crie au scandale, ce qui est très exagéré. Cultivé, connaissant parfaitement l’histoire du jazz, il ne supporte pas que ce dernier puisse absorber de nouveaux rythmes, d’autres musiques. La visière du casque qu’il s’est posé sur la tête l’empêche de regarder autour de lui. Il n’ouvre ses oreilles que pour écouter du hard bop préférant les originaux d’hier aux copies d’aujourd’hui, et les Jazz à FIP animés par Philippe Etheldrède*. Pourtant, malgré la crise, les bons musiciens ne manquent pas. On souhaiterait d’ailleurs les entendre plus souvent dans certains festivals qui ouvrent sans discernement leurs portes à toutes sortes de musiques fantaisistes. Il y en a pour tous les goûts, surtout pour ceux qui n’en ont pas, de loin les plus nombreux. Le goût se cultive, s’éduque, s’affine avec le temps et l’expérience. On prétend que le Français n’a pas l’oreille musicale, mais contrairement aux autres pays, la musique n’est pas ou peu enseignée dans les écoles. Sa découverte passe trop souvent par l’écoute de radios commerciales qui diffuse un caca sonore nauséabond présenté comme éminemment culturel. Pas étonnant que la musique classique (j’y englobe la musique contemporaine qui malgré un déchet conséquent révèle des compositeurs intéressants) et le jazz concernent si peu de monde. Ce maelström de médiocrité impose l’éducation d’un public mélomane. Comment Monsieur et Madame Michu et leurs enfants peuvent-ils comprendre un jazz moderne plus cérébral que sensible alors que le be-bop parkérien leur reste complètement hermétique et qu’ils peinent à reconnaître les instruments d’un orchestre ? Les conservatoires donnent une grande technique aux apprentis musiciens, mais forment mal à l’histoire des musiques qu’ils pratiquent. Edouard Marcel peut slaper les cordes de sa contrebasse avec ses pieds, mais n’a jamais entendu parler de John Kirby et Jimmy Blanton. Il ne joue que des compositions originales qui n’ont ni queue ni tête et son refus d'interpréter des standards dissimule son incapacité à les réinventer. On comprend l’angoisse des Michu lorsque venus écouter du jazz comestible dans un festival (haricot rouge et artichaut), ils tombent sur la musique froide et oppressante d’un Edouard Marcel. Madame risque l’infarctus et Monsieur de se pendre au réverbère le plus proche après avoir assassiné le reste de sa famille. Loin d’adoucir les mœurs, la musique sans âme et sans mémoire n’est pas exempte de danger. Puisse-t-elle se relier au passé pour éviter ces drôles de drames.

*Que vous retrouverez sur FIP le samedi 4 et le dimanche 12 juin à 19h00.

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

 

Eddy-Louiss-c-Jean-Francois-Grossin.jpg-Eddy Louiss à Roland Garros le 3 juin. Avec lui, Xavier Cobo au saxophone et à la flûte, Jean-Michel Charbonnel à la contrebasse, François Arnaud à la batterie et un pupitre de violoncelles (Laurent Gardeux, Lucille Gambini, Bastien Mercier, Pablo Tognan et Arthur Lamarre). Des ennuis de santé l’ont tenu à l’écart ces dernières années. Depuis, il est remonté sur scène en mars 2010 et a donné un concert historique à l’Olympia pour fêter ses cinquante ans de carrière. Dans “Taurorque”, son dernier album, on retrouve cette sonorité d’orgue inimitable qui associée à d’autres claviers a beaucoup contribué aux réussites que sont “Sang mêlé” et “Wébé”. Eddy n’a jamais cessé d’élargir son univers musical, de l’ouvrir à d’autres cultures. Les cordes qu’il invite aujourd’hui contribuent à l’enrichir.

L.-Mignard-D.O.jpg

 

-Deux big bands sur la scène du Collège des Bernardins le 6 à partir de 20h30 : celui du CNSM (Conservatoire Nationale Supérieur de Musique et de Danse de Paris) dirigé par François Théberge en première partie, le Duke Orchestra de Laurent Mignard assurant la seconde. Au programme : Early Ellington, du Cotton Club aux années 40.    

 

-Denise King et Olivier Hutman au Duc des Lombards les 6 et 7 juin. Le remède infaillible contre le cafard, la morosité, l’angoisse existentielle qu’apporte le monde moderne. A la source de toutes musiques, la voix qui charme ou fait pleurer. O. Htman & D. KingCelle de Denise King envoûte et transporte aux pays des rêves. Une voix chaude, puissante, capable de jongler avec les paroles des chansons qu’elle interprète, d’en allonger les syllabes, de leur donner une autre vie. Avec elle, Olivier Hutman, le plus afro-américain de nos pianistes, un musicien chez qui parler le langage du blues est parfaitement naturel. Ses notes bleues coulent, ruissèlent et fertilisent sa propre musique. Viana son épouse écrit des textes qui se marient idéalement aux mélodies qu’il compose avec son cœur sans pour autant perdre la tête. Olivier Temime au saxophone ténor, Michel Rosciglioneà la contrebasse et Charles Benarroch à la batterie complètent une formation qui met du baume au coeur.

Vampyr, affiche

 

-Le 7 à 20h30 au cinéma Le Balzac (1, rue Balzac 75008 Paris), l’Orchestre National de Jazz au grand complet improvisera une nouvelle bande-son sur “Vampyr” (“L’étrange aventure de David Gray”), film réalisé par Carl Th. Dreyer en 1932. « Avec “Vampyr”, je voulais créer sur l’écran un rêve éveillé et montrer que l’effroyable ne se trouve pas dans les choses autour de nous, mais dans notre propre subconscient. » Le film n’est pas muet, mais ses dialogues sont très réduits. Suite à des problèmes d’éclairage, la photo se révéla grisâtre. Dreyer qui souhaitait un noir et blanc contrasté la conserva afin d’amplifier l’atmosphère mystérieuse de son film.

 

Sinne-Eeg-c-Jesper-Skoubolling.jpg-Quasiment inconnue en France, la danoise Sinne Eeg est une chanteuse très appréciée dans les pays scandinaves. Influencée par Nancy Wilson, Betty Carter et Sarah Vaughan, elle possède un phrasé élégant et de bonnes chansons, mais séduit surtout par le voile mélancolique qui recouvre sa voix. Distribué par Integral, “Don’t Be So Blue” son nouvel album, le cinquième qu’elle enregistre sous son nom, contient d’excellentes compositions originales - la ballade qui prête son nom à l’album est interprétée avec une émotion intense. Une magnifique version de Goodbye de Gordon Jenkins que Chet Baker aimait reprendre et quelques pièces de Rodgers et Hammerstein que tout le monde connaît (The Sound of Music, My Favorite Things) complètent le disque. Accompagnée par Jacob Christoffsen au piano, Morten Toftgard Ramsbøl à la contrebasse et Morten Lund (le batteur du trio danois de Stefano Bollani), Sinne Eeg en chantera de larges extraits le 9 sur la scène du Sunside.

 

S. Domancich-Le 10 au Triton, 11 bis rue du Coq Français, Les Lilas (concert à 21h00), la pianiste Sophia Domancich présente “Snakes and Ladders” son surprenant dernier album construit autour de chansons. John Greaves et Himiko Paganotti prêtent leurs voix à d’inclassables miniatures sonores proches du rock et de la pop anglaise des années soixante et soixante-dix. Les claviers de Sophia et les guitares de Jef Morin entrecroisent les notes d’une musique aussi envoûtante Christian McBridequ’intimiste.

 

-Le géant de la contrebasse Christian McBride au Duc des Lombards les 10 et 11 juin. Dans “Kind of Brown”, son dernier album sur Mack Avenue Records, il joue en quintette ses compositions, mélange explosif de hard bop et de blues. Au Duc, il les interprétera en trio avec Christian Sands au piano et Ulysses Owen à la batterie.

 

Stéphane Belmondo-Stéphane Belmondo au Café de la Danse le 16, avec son nouveau groupe, véritable all star comprenant Kirk Lightsey au piano, Sylvain Romano à la contrebasse et Billy Hart à la batterie. Au programme, les compositions de son nouvel album “The Same As It Never Was Before” récemment paru sur le prestigieux label Verve, disque dont vous trouverez la chronique enthousiaste dans le numéro de mai de Jazz Magazine / Jazzman.

 

Paul-Abirached-c-Johanna-Benainous.jpg-Paul Abirached mérite d’être connu et le concert qu’il donnera au Sunside le 17 sera pour beaucoup une découverte. “Dream Steps” son premier disque, dix histoires brèves que sa guitare partage avec le piano d’Alain Jean-Marie, la contrebasse de Gilles Naturel et la batterie d’Andrea Michelutti, chante constamment. Paul ne se limite pas au jazz. Dédiée à Jim Hall, au cinéaste Pedro Almodovar, inspirée par une nouvelle de Pasolini ou l’architecture d’Antoni Gaudí (la Sagrada Familia), sa musique relève du folk et du blues. Ses improvisations ne perdent jamais de vue les lignes mélodiques qui structurent ses compositions. Elles n’en sont que plus attachantes.

 

Tangora-c-Violette-Fenwick.jpg-Tangora au Sunset également le 17 juin. « Jazz vocal d’outre-mer », une phrase qui résume bien la musique de cette chanteuse née près de Marseille mais dont le cœur tangue du côté de l’Espagne, de l’Amérique latine et vibre auprès du jazz que son oncle, grand navigateur, lui fit découvrir. Les musiques orientales, africaines et indiennes l’interpellent également. Elle s’exprime aussi bien en français, qu’en espagnol, anglais, portugais et italien et ses onomatopées rythmiques sont très inventives. La batterie de Tony Rabeson et la basse électrique d’Eric Vinceno lui fournissent des tempos métissés de samba, bossa-nova, biguine, rumba afro-cubaine et cumbia colombienne. Le beau piano de Mario Canonge et le steel pan de Duvone Stewart ajoutent des couleurs et le plein soleil. Tangora sort un DVD live et prépare un nouvel album. Nous l’attendons impatiemment.

 

Falzone---Angelini-c-Dario-Villa.jpg-Bruno Angelini (piano) et Giovanni Falzone (trompette) en concert le 17 juin au « Deux Pièces Cuisine », espace de création situé au Blanc-Mesnil, 42 avenue Paul Vaillant Couturier, à 10 minutes de Paris. Les deux hommes ont enregistré en 2007 pour le label Syntonie “Songs 1”, un album entièrement consacré à des thèmes du trompettiste. On attendait désespérément la suite. Elle arrive. Le concert du Blanc-Mesnil sera enregistré. Conçu et écrit par le pianiste qui y achève une résidence de deux ans, “Songs 2” comprendra uniquement ses compositions. Le disque sortira fin 2011 sur le label Abalone.

 

A. Hervé-Consacrée à l’histoire du trombone dans le jazz, la leçon de jazz que donne tous les mois le professeur Antoine Hervé aura lieu le 20 à 19h30, comme d’habitude à la Maison des Pratiques Artistiques Amateurs, Auditorium St. Germain, 4 rue Félibien 75006 Paris. Pour s’époumoner au trombone, un expert de l’instrument, Glenn Ferris. On ne pouvait rêver meilleurs pédagogues.  

 

Kerecki © Olivier Degen-Stéphane Kerecki et John Taylor au Duc des Lombards le 22 pour un duo contrebasse piano très attendu. Vous savez tout le bien que je pense de “Patience” leur récent album chroniqué dans ce blog le 16 mai. Les deux hommes peignent des paysages, privilégient l’harmonie, la couleur, mais aussi les échanges rythmiques dans des compositions écrites par Kerecki. Contrebasse et piano laissent constamment ouvert le discours musical, se racontent des histoires intimistes, expriment le langage poétique qu’ils portent en eux pour le bonheur de nos oreilles.

 

-Le P.G. Project de Pierre Guicquéro au Duc le 23. Je n’ai malheureusement pas trouvé le temps de faire une chronique sur “Bleu Outre Mémoire” (Black & Blue), un album P. Guicquero ©André Hébrardqu’il m’a fait parvenir en février et qui fait entendre un mélange irrésistible de jazz néo-orléanais et de modernité tempéré par le funk, le groove émanant de tous les instruments de l’orchestre, un septette qui enjolive et sert magnifiquement les joyeuses compositions du leader. Avec Pierre au trombone, Julien Silvand (trompette et bugle), Franck Pilandon (saxophones ténor, baryton et soprano), Davy Sladek (saxophone alto, soprano, flûte et clarinette), Bruno Martinez (piano, Fender Rhodes), Dominique Mollet (contrebasse) et Marc Verne (batterie).

 

Akinmusire---Smith-III-c-Ph.-Etheldrede.jpg-Toujours au Duc dont la programmation de juin est particulièrement réjouissante, ne manquez pas le trompettiste Ambrose Akinmusire qui s’y produit les 25, 26 et 27 juin avec son excellent quintette comprenant Walter Smith III au ténor, Sam Harris au piano, Harish Raghavan à la contrebasse et Justin Brown à la batterie. Produit par Jason Moran, son dernier album fait entendre un groupe de musiciens remarquablement soudé. Akinmusire n’exhibe jamais gratuitement sa technique, mais met de l’amour dans ses notes et compose avec le cœur, faisant ainsi passer les difficultés techniques et métriques que présente sa musique, un jazz moderne imprégné de tradition qui emprunte aux musiques urbaines environnantes.

 

Taylor-Eigsti-c-Devin-DeHaven.jpg-Taylor Eigsti au Sunside le 28. Le pianiste sort un nouvel album sur Concord Jazz “Daylight at Midnight”. Il fait partie de ces jeunes musiciens qui recherchent de nouveaux standards au sein des compositeurs de leur génération et des musiques environnantes qui titillent leur curiosité. Taylor Eigsti écoute tout, assimile tout. Le répertoire de son disque est en partie constitué de mélodies empruntées à la pop, des thèmes de Nick Drake, Rufus Wainwright et quelques autres. Il a découvert les œuvres pianistiques du compositeur catalan Federico Mompou (désormais son compositeur préféré) et la chanteuse Becca Stevens. Elle chante sur cinq des onze morceaux de son disque, joue de l’ukulélé, du charango et sera présente pour ce concert parisien, Harish Raghavan (contrebasse) et Clarence Penn (batterie) complétant la formation.

 

T.Blanchard © Ph. Etheldrède-Terence Blanchard au Duc les 28 et 29. Le trompettiste n’a pas fait que des bons disques, mais parvient toujours à rebondir grâce à sa capacité à faire jouer avec lui de nouveaux talents. Ses nombreuses formations ont accueilli des musiciens aujourd’hui confirmés : Antonio Hart, Kenny Garrett, Edward Simon et plus récemment Lionel Loueke, Aaron Parks, Robert Glasper et Walter Smith III. Le quintette avec lequel il se produit au Duc comprend Brice Winston (Saxophone), Fabian Almazan (Piano), Joshua Crumbly (Contrebasse) et Kendrick Scott (Batterie).

 

 

-Paris Jazz Festival : www.parisjazzfestival.fr

Paris Jazz Festival-Sunset - Sunside : www.sunset-sunside.com

-Collège des Bernardins : www.collegedesbernardins.fr

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Cinéma Le Balzac : www.cinemabalzac.com

-Le Triton : www.letriton.com 

-Café de la Danse : www.cafedeladanse.com 

-Au “Deux Pièces Cuisines” www.deuxpiecescuisine.net

-Auditorium St Germain : www.mpaa.fr

 

 

PHOTOS : Eddy Louiss © Jean-François Grossin - Laurent Mignard, Denise King & Olivier Hutman, Stéphane Belmondo, Antoine Hervé © Pierre de Chocqueuse - Sinne Eeg © Jesper Skoubølling - Sophia Domancich © Simon Goubert - Paul Abirached © Johanna Benaïnous - Tangora © Violette Fenwick - Bruno Angelini & Giovanni Falzone © Dario Villa - Stéphane Kerecki & John Taylor © Olivier Degen - Pierre Guicquéro © André Hébrard - Ambrose Akinmusire, Terence Blanchard © Philippe Etheldrède - Taylor Eigsti © Devin DeHaven - Christian McBride © photo X/DR.

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30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 09:27

Stefano-Bollani--a-.jpgMERCREDI 18 mai

Stefano Bollani au Sunside. Label danois basé à Copenhague qui se consacre au jazz scandinave depuis 25 ans, Stunt Records y fait son festival. Cette Scandinavian Touch, le pianiste en bénéficie par l’entremise de la section rythmique danoise qui l’accompagne, Jesper Bodilsen à la contrebasse et Morten Lund à la batterie. Mi-ritorni--cover.jpgIls se sont rencontrés en 2002 à Copenhague lors de la remise du JAZZPAR Prize à Enrico Rava et ont enregistré trois albums dont deux pour Stunt Records : “Gleda” (2004) disponible en France depuis l’an dernier et “Mi ritorni in mente” (2003) qui sort seulement aujourd’hui, Stunt n’ayant jamais trouvé à placer ses disques dans notre pays avant qu’Integral en assure la distribution. Si “Gleda” est entièrement consacré à des thèmes scandinaves, “Mi ritorni in mente” contient surtout des standards. Les deux disques témoignent de la cohésion d’un trio dont les membres privilégient l’écoute et l’échange. La scène est pour eux le lieu propice à l’expérimentation, à l’aventure. Bollani aime que cette dernière comporte des risques. Il travaille sans filet. Son piano romantique, paisible rivière, peut se gonfler de pluies soudaines. Ses notes roulent alors comme les galets d’un torrent Bollani--Magoni.jpgfurieux. Indépendantes et mobiles, ses mains ne cessent de les tricoter. La gauche assure des basses puissantes qui libèrent la contrebasse d’une fonction purement rythmique et lui donnent l’occasion de s’exprimer en soliste. Il fait de même avec son batteur, assure des cadences qui le laisse libre de colorer le rythme, de se faire instrument mélodique. La pièce de Caetano Veloso qu’il reprend en bénéficie. Il joue ensuite une ballade avec un feeling, un toucher exceptionnel. Ses basses ronronnent comme un gros chat. Quelques mesures plus tard, l’animal est un fauve ramassé sur son clavier pour contraindre ses notes à danser. Sa main droite leur fait courir des cent mètres à grande vitesse. Stefano Bollani a du mal à tempérer sa virtuosité naturelle. Qu’importe. Même saturée de notes, sa ligne mélodique reste toujours musicale (on reconnaîtra sur la Katrine Madsenphoto Petra Magoni venue l'applaudir).

 

Avec le même trio, le pianiste accompagne un peu plus tard la chanteuse Katrine Madsen et développe un jeu plus vertical, ajoute des couleurs à une jolie voix d’alto, une voix de gorge au timbre grave qui émet un très lent vibrato, presque une oscillation vocale qui lui confère un aspect fragile. Elle chante Autumn Leaves, un morceau des Beatles et des titres de son dernier opus, “Simple Life”, et laisse beaucoup de place au pianiste qui harmonise, met moins de feu dans ses notes. Au sous-sol, Eliel Lazo, le joueur de congas, « El Eliel-Lazo.jpgConguero », un élève de l’école de percussion d’Oscar Valdes, transformait le Sunset en piste de danse. Sollicité par l’élite du jazz mondial (Herbie Hancock, Wayne Shorter, Dave Holland, Chucho Valdés et le célèbre Danish Radio Big Band) le vainqueur du prestigieux Percuba International Percussion Prize livrait en petit comité une musique rythmée et sensuelle. Avec lui trois musiciens danois dont le guitariste Mikkel Nordso (10 albums publiés sur Stunt Records) et le contrebassiste cubain Felipe Cabrera que l’on entendra beaucoup cet été avec le jeune et talentueux pianiste Harold López Nussa.

St. Germain Crew 

JEUDI 19 mai

Antoine Hervé et Jean-François Zygel en duo dans l’église de Saint-Germain-des-Prés mise comme chaque année à disposition du festival qu’organise le Capitaine Charbaut et son équipage, Donatienne Hantin (productrice et co-fondatrice du festival), Géraldine Santin et Véronique Tronchot toutes les trois sur la photo et que je salue ici. Depuis le concert décevant de Kenny Barron il y a deux ans, l’église est discrètement  sonorisée. Sa forte résonance naturelle oblige les pianistes à ne pas se servir de la pédale forte et d’adapter leur jeu à une acoustique qui ne perturba nullement Hervé et Zygel, parrains de cette édition 2011 du festival. Si le public vint nombreux les Herve--Zygel-a.jpgapplaudir, les journalistes de jazz manquaient curieusement à l’appel comme si la saine émulation pianistique des deux hommes les laissait indifférents. Ils viennent de sortir leur premier disque chez Naïve (“Double Messieurs”), et y improvisent une musique superbe qui aurait très bien pu être celle dont ils nous régalèrent ce soir-là. Un mélange de jazz et de classique dans lequel on pouvait reconnaître Bach, Mozart, Bartók, Prokofiev, Stravinsky, Gershwin et bien d’autres dans un flux musical rythmé, un cheminement horizontal de thèmes brièvement esquissés et portés par une harmonie constamment inventive. Majestueux et enchanteur, le premier morceau s’étala sur une petite demi-heure. Antoine Hervé et Jean-François Zygel en embellirent la ligne mélodique, au départ quelques notes qui circulent, se transforment, se répètent, changent de rythmes et de couleurs selon leur humeur complice. Comme deux amis qui ne se sont pas vus depuis longtemps, ils ont beaucoup d’histoires à échanger. Chacun intervient dans le récit de l’autre, questionne, relance, enjolive, ornemente. Jean-François martèle des basses lourdes et puissantes, peut donner un poids rythmique considérable à Hervé, Zygeldes improvisations basées sur le chant carillonnant de Big Ben ou sur les notes d’une simple comptine. Oncle Antoine relance et fignole la ligne mélodique, ajoute de superbes couleurs, des notes perlées, trilles et pas de danses. I Love You Porgy : la musique tangue comme jouée sur le pont d’un navire. Un air du divin Mozart hérite d’une cadence bartokienne. La Carmen de Bizet effleure de ses pieds un dancing floor de Harlem. La chanson populaire de Petrouchka  « Elle avait une jambe de bois » se dessine sans jamais se totalement se révéler. Les deux pianistes préfèrent tourner autour, leurs instruments célébrant la fête de la semaine grasse en tirant des feux d’artifices de notes multicolores qui brillent comme des étoiles. En rappel, la berceuse de Brahms aux notes limpides, légères et presque silencieuses dont on perçoit intensément la beauté.

 

Gerald Clayton bVENDREDI 20 mai

Un mois après avoir donné un concert au Duc des Lombards avec les Clayton Brothers dont il est le pianiste, Gerald Clayton retrouve le club pour y jouer en trio. Avec lui Joe Sanders son bassiste habituel. A la batterie Clarence Penn remplace Justin Brown indisponible ce qui rend plus fluide le répertoire qu’il emprunte à “Bond, The Paris Sessions”, son excellent dernier album (vous en lirez la chronique dans Jazz Magazine / Jazzman). Avec sa frappe lourde, Brown apporte un aspect funky aux compositions du leader et aux standards que contient le disque, place le groove au cœur du discours musical. Se rapprochant davantage de la ligne mélodique des morceaux, le jeu de Penn est Joe Sanders & G. Claytonmoins heurté. Il a longtemps travaillé avec Betty Carter et au sein de nombreux trios. Il écoute, sert le soliste par un drumming souple et félin. Le blues dans les doigts, le pianiste joue de courtes phrases dont il fait respirer les notes et installe une tension à laquelle participe les deux autres instruments. La contrebasse de Sanders reste toutefois son interlocuteur privilégié. Le rythmicien propose aussi ses propres lignes mélodiques, intervient dans les compositions d’un pianiste dont la modernité du discours reste profondément ancrée dans l’histoire du jazz. Gerald Clayton connaît parfaitement le bop. S’il s’amuse à introduire des dissonances, il n’oublie pas de swinguer. Attentif à ses partenaires, il réagit à leurs propositions avec la fougue de la jeunesse. Les ballades qu’il interprète révèlent la délicatesse de son toucher, la richesse de ses harmonies raffinées que l’on applaudit sans réserves.

Photos & collage © Pierre de Chocqueuse     

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25 mai 2011 3 25 /05 /mai /2011 10:53

James Farm coverAprès plusieurs disques en trio ou en double trio avec deux contrebasses et deux batteries dans lesquels Joshua Redman improvise librement une musique austère, le saxophoniste change de cap et aborde en quartette des rivages plus souriants et mélodiques. Sous le nom de James Farm qui est aussi le titre de l’album, il se produit depuis 2009 avec Aaron Parks au piano, Matt Penman à la contrebasse et Eric Harland à la batterie. Le groupe fit ses débuts au festival de Montréal et joua l’année suivante à Paris, Salle Pleyel. Redman, Penman et Harland ont travaillé ensemble au sein du SF Jazz Collective et Parks utilise la section rythmique de James Farm dans “Invisible Cinema” son premier disque Blue Note. La formation a donc eu le temps de peaufiner sa musique en concert avant de l’enregistrer en studio, quatre jours pour en soigner les détails, la sonorité d’ensemble. Outre le piano, Parks utilise des claviers électriques (Prophet et Rhodes), de l’orgue Hammond ou à pompe, du célesta et même un tack piano (piano préparé) dans Coax, composition de Penman qui ouvre l’album. On y découvre une musique arrangée comme peut l’être un enregistrement de pop music. Une attention particulière est ainsi accordée aux mélodies, Eric Harland vocalisant discrètement pour les mettre en valeur. Avant de suivre une carrière de jazzman, Joshua Redman né en 1969 a découvert la musique avec James Brown, Earth Wind & Fire, Led Zeppelin et les Beatles. Il aime le funk et la soul, musiques dont le groove prépondérant fait battre le coeur. L’amateur de jazz pur et dur risque pourtant d’être déstabilisé à l’écoute d’une section rythmique souvent binaire qui, bien que fortement imprégnée de blues et de soul, porte et colore des thèmes simples et chantants qui relèvent du rock et du folk. Parfaitement intégrées à l’écriture musicale dont elles ne sont pas que le simple prolongement, les improvisations qui s’y rattachent font corps avec les thèmes. Avec son Fellowship Band, le batteur Brian Blade adopte un peu la même démarche : incorporer dans une seule et même musique les influences multiples de ceux qui la créent pour la fondre dans un creuset sonore parfaitement identifiable, une musique relevant de si nombreux genres qu’elle en fait tomber les barrières. Tous ici composent, chaque membre du quartette apportant avec lui l’expérience culturelle que sous-entend sa musique. Bijou et Unravel d’Aaron Parks sont deux belles mélodies, mais c’est probablement Low Five de Matt Penman, la dernière plage, qui reste le thème le plus marquant. Piano et contrebasse y chantent de magnifiques harmonies, Joshua Redman au soprano nous conduisant au septième ciel.

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20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 11:51

D.-Perez.jpgVENDREDI 6 mai

Danilo Pérez en trio au Duc des Lombards. Le pianiste joue une musique très ouverte et ne semble jamais vraiment savoir de quelles couleurs, de quels rythmes elle héritera. Accompagnateur régulier de Wayne Shorter, Danilo a l’habitude de constamment improviser, d’inventer au fur et à mesure des mesures. Il joue des Danilo-Perez.jpgthèmes, mais s’en écarte, peut choisir de suivre sa propre inspiration ou les lignes mélodiques que lui suggère Ben Street, son bassiste. Sa musique se ballade et mène ailleurs. Son jeu de piano délicat sert un jeu souvent segmenté, de courtes phrases colées les unes aux autres qui semblent posséder leur propre logique. Difficile de reconnaître les mélodies qu’il préfère masquer, suggérer, et qu’il introduit longuement en solo. Même Besame Mucho tarde a révéler son thème. Le rythme est inhabituellement lent, bizarrement chaloupé. Même traitement pour Round Midnight qui croise The Peacock de Jimmy Rowles puis redevient du Monk. On ne sait trop où nous conduit le pianiste qui à l’écoute d’Adam Cruz, son batteur, dévoile les influences latines de sa musique, des rythmes de rumba ou de tamborito intégrés à une polyrythmie très riche. Interprété en rappel, Overjoyed de Stevie Wonder résuma parfaitement l’ambiguïté inventive de la démarche du pianiste à la recherche d’une voie médiane entre latinité et jazz, véritable lien entre les rythmes latins proposés par son batteur et les harmonies inspirées de son bassiste.

 

K. Barron & M. MillerVENDREDI 13 mai

Mulgrew Miller & Kenny Barron avaient mal choisi leur jour pour nous régaler de leur piano. La grève, de trop rares RER aux heures de pointe. Heureusement, bravant les embouteillages, Francis, mon toubib préféré, me conduisit les écouter au Vésinet dont le théâtre inaugurait son premier Jazz Piano Festival. Franck Avitabile avait la délicate mission d’assurer en solo la première partie du concert. Bon pianiste, il ne boxe pas dans la même catégorie que ces deux poids lourds du clavier, possède un grand talent pour accompagner les autres, sait écouter, réagir, rebondir, mais en solo je Franck Avitabileconserve de lui l’image brouillée par le temps d’une prestation très moyenne Salle Gaveau. Il jouait ce soir-là avec une crève handicapante et fut incapable de faire entendre son piano habituel. Au Vésinet, il montra son savoir faire pianistique et présenta sa musique avec une bonne dose d’humour. Twisted Nerve, une ritournelle de Bernard Herrmann que Quentin Tarentino utilise dans “Kill Bill”, Le déserteur de Boris Vian très joliment harmonisé, une brillante version d’Autumn Leaves en rappel et quelques compositions personnelles (Cat Tale, Sun Waltz, Trois Gros) constituèrent un excellent programme. On aurait aimé écouter ce piano sensible, nerveux et inventif pendant des heures, mais Franck dut laisser la place à ses aînés dont l’éblouissante technique fut loin d’être toujours musicale. Les deux hommes déroulèrent des tapis de notes, Mulgrew-Miller.jpgse contentèrent de jouer des grilles, des standards dont on attend de leurs interprètes de nouvelles idées harmoniques et rythmiques. Loin de nous surprendre, If I Were a Bell, How Deep is the Ocean héritèrent de ronronnantes improvisations interchangeables, introductions et codas se révélant les moments les plus intéressants. Fort heureusement Barron et Miller interprétèrent chacun une pièce en solo et leur écoute révéla leur vraie valeur. Tendrement chaloupée, déclinée par un stride léger et délicatement ornementé, celle de Miller semblait contenir l’histoire du jazz. D’une modernité surprenante, Lullabye de Barron bénéficia de riches progressions d’accords et de fioritures bien dosées. Dans Monk’s Dream joué en fin de concert, les deux hommes abandonnèrent leur réserve, leur conversation jusque-là trop polie devenant inventive. Frappées, martelées, les 176 touches des pianos dialoguaient, faisant enfin circuler une musique que l’on aurait aimé entendre plus tôt.

Photos © Pierre de Chocqueuse

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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 09:27

Kerecki-Taylor--Patience.JPGAprès “Houria” dans lequel le saxophoniste Tony Malaby se joint à son trio pour largement improviser une musique tribale et instinctive comme on n’en a jamais entendue, Stéphane Kerecki change radicalement d’univers musical. Associé à John Taylor, le plus subtil pianiste de jazz d’outre-Manche, il prend son temps pour peindre des paysages dont les couleurs harmoniques révèlent leurs secrets à condition de se laisser glisser doucement sur l’autre versant, celui de la beauté cachée des choses. Le contrebassiste se rapproche ainsi de ses premiers amours jazzistiques, Keith Jarrett et Bill Evans qu’il n’a jamais reniés. Il s’associe d’ailleurs périodiquement au pianiste Guillaume de Chassy pour aller à la rencontre du chant intérieur qui est l’essence, l’alpha de toute musique. Au cours d’un récent blindfold test accordé à Jazz Magazine / Jazzman, il a confié à Franck Bergerot qu’inscrit par sa mère dans une chorale à l’âge de huit ans, il avait découvert l’importance de la voix par la pratique du Requiem de Gabriel Fauré et du O Sacrum Convivium d’Olivier Messiaen qu’il reprend dans “Houria”. On comprend donc mieux pourquoi sa contrebasse chante des notes si justes et si profondes auprès d’un piano qui laisse constamment ouvert le discours musical, refuse de le figer, comme si, en quête de la plus belle lumière, les deux instruments cherchaient à donner à leurs notes voilées par les brumes de leur rêve le meilleur éclairage possible. Dès le Prologue, le son, les couleurs du piano répondent au glissement de l’archet sur les cordes. Une contrebasse à la sonorité épaisse fait résonner le bois musical dans lequel elle est construite, un bois dont on en entend les vibrations harmonieuses de ses fibres. Dans Manarola, le prolongement naturel du Prologue, l’instrument esquisse de timides pas de danse avant de marquer solidement la cadence par de grands claquements de cordes. Ecrit par Stéphane Kerecki (toutes les compositions sont de lui à l’exception du Prologue, de l’Interlude, de l’Epilogue qui sont des improvisations collectives, et d’une reprise de Jade Visions de Scott LaFaro), ce même Manarola permet de découvrir le langage introspectif et poétique de John Taylor, dont le piano, caisse de résonance percussive, devient progressivement un instrument raffiné auquel il confie ses savantes constructions harmoniques. Si les échanges rythmiques ne manquent pas, surtout dans Kung Fu ou Bad Drummer, les deux complices privilégient l’harmonie, la couleur, au sein du discours mélodique, notamment dans Gary dédié à Gary Peacock, Patience ou le très beau Luminescence, mêlent constamment leurs notes dans des danses féériques (La Source en partie joué à l’archet) et racontent ensemble des histoires intimistes, des magnifiques musiques qu’il fait bon écouter.

 

En concert le 22 juin au Duc des Lombards.

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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 00:00

Scandinavian-Touch-b.jpgLabel danois basé à Copenhague, Stunt Records se consacre au jazz scandinave depuis 25 ans tout en enregistrant des musiciens de passage (Stefano Bollani, Enrico Pieranunzi) et des jazzmen américains qui résident au nord de l’Europe. Du 17 au 19 mai, Stunt organise son premier festival parisien au Sunset et au Sunside, “The Scandinavian Touch”. Trois soirées au cours desquelles la musique brillera par son éclectisme. Integral qui assure depuis bientôt deux ans la distribution du label, privilégie la sortie des nouveautés sans toutefois oublier un back catalogue riche de 400 références dont certaines nous sont déjà parvenues. 

Scott-Hamilton-c-Stunt-Records.jpg

 

Le 17, les amateurs de jazz classique pourront applaudir le saxophoniste Scott Hamilton avec Jesper Thilo également au ténor et Jesper Lundgaard à la contrebasse. On découvrira la nouvelle formation de Marilyn Mazur le 19. Son dernier opus, double CD « fait de rythmes complexes, de nappes sonores, de belles mélodies » aurait pu être réduit en un seul. Mais Marilyn est une vraie percussionniste musicienne qui sait rendre vivants et Stuntmélodiques les très nombreux instruments qu’elle utilise. Sa Tangled Temptations, nouvelle version du célèbre Beggar’s Opera écrite pour une pièce de théâtre sans paroles, contient des séquences musicales étonnantes. Programmée le même soir, Hanne Boel possède une voix grave et attachante, mais est-elle une chanteuse de jazz ? On en doute à l’écoute de “The Shining of Things” son quinzième et dernier enregistrement dans lequel elle reprend avec bonheur Randy Newman, Joni Mitchell, Antonio Carlos Jobim, Janis Ian et donne une version moins convaincante de Lonely Woman d’Ornette Coleman.

 

ECM.jpgLa soirée du 18 se présente comme la plus alléchante. Le pianiste italien Stefano Bollani se produit en trio avec la section rythmique de son dernier opus ECM, Jesper Bodilsen à la contrebasse et Morten Lund à la batterie. Ils ont enregistré deux magnifiques disques pour Stunt Records : “Mi Ritorni in Mente” en 2003 et “Gleda” en 2004, ce dernier chroniqué l’an dernier par mes soins dans Jazz Magazine / Jazzman (Choc). Largement consacré à des standards du jazz, “Mi Ritorni in Mente”, tout aussi formidable, est enfin disponible. Les trois hommes accompagneront aussi Katrine Stunt-copie-1.jpgMadsen, chanteuse confirmée dont l’univers n’est pas très éloigné de celui de Joni Mitchell. Enregistré avec des cordes, “Simple Life“ son dernier disque n’est pas dénué de charme. Percussionniste expert en rythmes latins, Eliel Lazo complète le programme. Partiellement enregistré à Cuba et bénéficiant sur certaines plages du magnifique piano de Chucho Valdés, “El Conguero” est une bonne surprise. Une formation restreinte l’accompagnera à Paris au sein de laquelle on pourra découvrir Mikkel Nordsø, virtuose danois de la guitare. Membre du trio d’Harold Lopez Nussa, Felipe Cabrera tiendra la contrebasse.

Alexandre-Saada.jpg

 

-Le pianiste Alexandre Saada en solo et le trompettiste Ambrose Akinmusire en quintette – avec Sam Harris au piano, Walter Smith III au saxophone, Harish Ravaghan à la contrebasse et Justin Brown à la batterie – le 17 à la Maison des Cultures du Monde, 101 bd Raspail dans le cadre du Festival de Jazz à Saint-Germain-des-Prés. C’est à un A.-Akinmusire-c-Clay-Patrick-McBride.jpgvoyage au pays de l’harmonie que nous convie Alexandre Saada. Musicien sensible, il séduit les couleurs de son piano, l’élégance de ses longues phrases tranquilles qui traduisent le paisible univers intérieur dans lequel il nous invite à entrer. Doté d’une technique éblouissante, Ambrose Akinmusire a baigné dans le gospel dès son plus jeune âge. Sa grande sensibilité lui permet de faire passer les difficultés techniques et métriques que présente sa musique. Il faut écouter son feeling énorme lorsqu’il joue des ballades. Avec son groupe, Ambrose ne doute de rien et prend des risques. Nous serons ce soir-là son public. 

 

Gerald-Clayton-c-Ben-Wolf.jpg-Du 18 au 20 mai, le pianiste Gerald Clayton s’installe au Duc des Lombards avec Joseph Sanders son contrebassiste habituel, Clarence Penn remplaçant à la batterie Justin Brown indisponible. Doté d’une frappe singulière, ce dernier apporte au trio un tout autre drumming que celui de Penn. Attendons-nous à une musique un peu différente que celle trempée dans le hip hop et le groove que Clayton propose dans son nouvel album. Une démarche esthétique sensiblement plus jazz. Possédant une technique impressionnante, le pianiste possède également de solides racines. Loin de négliger les standards, il les reprend pour les plier à son piano moderne, les ouvrir à un nouvel espace harmonique. If I Were a Bell, Nobody Else but Me, All the Things You Are ne déparent pas “Bond”  son nouvel et remarquable opus enregistré à Paris qui sort le 9 mai. 

 

Naïve-Un duo de piano prometteur le 19 mai à 21h00 dans l’église de Saint-Germain-des-Prés. Rompus aux acrobaties musicales de haute voltige, Antoine Hervé et Jean-François Zygel ne sacrifient pas pour autant la musique. Leur grande technique reste toujours au service de la ligne mélodique. Oncle Antoine apporte le swing, les notes bleues. Maître de l’harmonie, Jean-François diversifie les couleurs de ses notes, introduit tensions et progressions d’accords qui étonnent. Les deux hommes s’amusent, développent leurs idées musicales foisonnantes dans de tendres ou tumultueuses improvisations. Entièrement improvisé, “Double Messieurs”, album sorti le 7 avril chez Naïve Classique, contient des plages enregistrées en public lors de concerts donnés à Vichy, Saint-Malo, Paris, Toulouse, Nanterre et Sceaux en 2009 et 2010.

 

W.-Blanding-c-Ph.-Etheldrede.jpg-Walter Blanding au Duc des Lombards les 23 et 24. Son quartette rassemble les musiciens de Wynton Marsalis : Dan Nimmer au piano, Carlos Henriquez à la contrebasse et Ali Jackson à la batterie. Normal, Blanding est le saxophoniste du trompettiste. “From the Plantation to the Penitentiary”, un disque Blue Note de Wynton enregistré en 2006 donne une bonne idée de son style, de sa capacité à faire chanter ses instruments, ténor ou soprano. Dans cette formation portée par une exceptionnelle section rythmique, le piano occupe une place centrale, Dan Nimmer, musicien économe et subtil, éclairant avec sensibilité et finesse le discours musical, un jazz aux improvisations colorées qui concilie tradition et modernité et n’oublie donc pas de swinguer.

 

Rene-Urtreger.jpg-Jazz à Roland Garros le 27 (et non le 25 commme je l'ai d'abord annoncé) avec le trio de René Urtreger - Philippe Urtreger à la contrebasse et Eric Dervieu à la batterie - complété par André Villeger, jeune et talentueux saxophoniste à l’aube d’une carrière prometteuse (je plaisante, bien sûr!). On ne présente plus le roi René, serviteur fidèle d’un jazz qui enchante et traverse le temps. Le bop, le swing, André pratique et connaît. Difficile de lui faire la leçon. Il souffle des notes tendres, lyriques, construit ses phrases à l’ancienne, autour des mélodies ce qui leur donne un fil d’Ariane et permet de mieux les goûter. La technique chez René reste au service de la musique. Son piano chante, possède la mémoire du blues et du bop. Bud Powell son idole, revit toujours dans ses doigts.

 

G.-Parlato-5-c-Jeaneen-Lund.jpg-Le 25, Gretchen Parlato est attendue au New Morning à l’occasion de la sortie de “The Lost and Found” son nouvel album. Avec elle, un excellent pianiste Taylor Eigsti, souvent au Fender Rhodes. Alan Hampton à la contrebasse (à l’occasion, il joue de la guitare et chante) et Kendrick Scott à la batterie complètent la section rythmique. Gretchen possède une voix suave, un peu traînante et des vocalises bien à elle. Les mots s’étalent, parfaitement articulés, modulés par le chant. Une section rythmique très souple se plie aux inflexions vocales d’une chanteuse singulière. Elle a écrit les paroles et les musiques de plusieurs morceaux de son nouveau disque dans lequel elle reprend Henya d’Ambrose Akinmusire, Juju de Wayne Shorter, et le mythique Holding Back the Years de Simply Red.

Jackie Terrasson

 

-Jacky Terrasson reste fidèle au festival de Saint-germain-des-Prés et y participe chaque année depuis sa création. L’auditorium de l’Institut Pasteur l’accueille le 28 pour un concert en quartette avec une formation en partie inédite. S’il joue souvent avec Leon Parker, Jacky n’a encore jamais bénéficié de la contrebasse de Stéphane Kerecki. Pour pimenter le tissu rythmique, Xavier Desandre Navarre complétera le groupe aux percussions. Les concerts de Jacky ne sont jamais anodins. En public, le pianiste donne toujours le meilleur de lui-même, se dépense dans un jeu très physique. Trempées dans un grand bain de blues, ses notes s’assemblent pour une grande fête du swing.

 

Craig-Taborn.jpg-Le pianiste Craig Taborn au Sunside le 29, en solo. On trouve son nom dans des albums de Roscoe Mitchell, Michael Formanek, Evan Parker, Scott Colley, Drew Gress, des musiciens souvent impliqués dans un jazz moderne expérimental. Le 6 juin prochain sort sur ECM son premier disque en solo, des improvisations approchées de manière « compositionnelle », la musique naissant de l’instrument. Craig a ainsi utilisé comme « pure source sonore » le Stenway D mis à sa disposition pendant l’enregistrement. Il attache beaucoup d’attention aux timbres, aux harmoniques, à la sonorité même du piano et décline une musique rêveuse, hypnotique, souvent répétitive qui ne manque pas de grandeur.

 

Stephan-Oliva.jpg-Ne manquez surtout pas le concert que donne Stéphan Oliva au Sunside le 31 dans le cadre de la soirée consacrée aux artistes du label Sans Bruit. Le pianiste s’est déjà produit en solo l’an dernier dans ce même club avec un programme entièrement consacré au compositeur Bernard Herrmann. Toujours en solo, il récidive dans un récital improvisé autour des films noirs, des thèmes de John Williams, Miklos Rosza, Henri Mancini, David Raskin et quelques autres dont il fait sonner les notes graves, leur donnant une profondeur abyssale pour suggérer l’angoisse. Dans “After Noir” que propose Sans Bruit en téléchargement, Stéphan improvise des portraits d’acteurs (Robert Ryan, Sterling Hayden, Robert Mitchum) et d’actrices (Gene Tierney, Lizabeth Scott, Gloria Grahame) réservant à ces dernières ses mélodies les plus lyriques.

 

Bruno Angelini & Mauro GarganoD’autres artistes dont les enregistrements sont téléchargeables sur www.sansbruit.fr animeront la soirée. Yes is a Pleasant Countryréunit la chanteuse Jeanne Added, Bruno Ruder au piano et Vincent Lê Quang aux saxophones. L’album porte le même nom que le groupe. Sur Sans Bruit également, Bruno Angelini (piano), Mauro Gargano (contrebasse) et Fabrice Moreau (batterie) proposent “So Now”, album aux harmonies attachantes et aux couleurs délicates réunissant des compositions personnelles et des thèmes de Bill Evans, Wayne Shorter et Carla Bley (Ida Lupino).

 

-Sunset - Sunside : www.sunset-sunside.com

-Festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés : www.festivaljazzsaintgermainparis.com

-Duc des Lombards : http://www.ducdeslombards.com

-New Morning : www.newmorning.com

 

PHOTOS : Scott Hamilton © Stunt Records - Marilyn Mazur © Nicola Fasano / Stunt - Stefano Bollani Trio © Robert Lewis / ECM - Katrine Madsen © Robin Skjoldborg / Stunt - Ambrose Akinmusire © Clay Patrick McBride / Blue Note - Gerald Clayton © Ben Wolf – Antoine Hervé & Jean François Zygel © Franck Juery / Naïve - Walter Blanding © Philippe Etheldrède - Gretchen Parlato © Jeaneen Lund - Craig Taborn © Rue Sakayama / ECM - Alexandre Saada, René Urtreger, Jacky Terrasson, Stéphan Oliva, Bruno Angelini & Mauro Gargano © Pierre de Chocqueuse.

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6 mai 2011 5 06 /05 /mai /2011 11:23

D.-King---O.-Hutman--cover.jpgIls se connaissent depuis une dizaine d’années. Olivier Hutman accompagnait Denise King à La Villa, club de la rue Jacob dont s'occupait Dany Michel. C’est conduit par ce dernier au Duc des Lombards en octobre 2009 que j’ai découvert la chanteuse dans un répertoire éclectique au sein duquel jazz, blues et soul faisaient bon ménage. Denise King n’est pas la première venue. Native de Philadelphie, elle s’y est imposée comme un talent incontournable du « Philly Sound » dont les représentants les plus illustres sont Billy Paul, Harold Melvin, Teddy Pendergrass, Patti LaBelle et les O’Jays. Sa voix puissante et chaude vous transporte dans un bain de miel fortement aromatisé. Cannelle et girofle anesthésient les émotions trop fortes que donne un chant trempé dans le gospel et la tradition du chant d’église. Outre un phrasé et une diction impeccables, Denise possède et transmet un feeling énorme. Les frissons vous saisissent et avec eux cette chair de poule que le froid ou l‘émotion provoquent. Aucune comparaison possible avec ces trop nombreuses voix blanches venues du Nord qui envahissent depuis quelques années le paysage jazzistique et laissent de marbre. Denise, il faut la voir sur la scène d’un club mettre le public dans sa poche bien chaude, le prendre par la main pour lui faire chanter des onomatopées, le faire plonger dans sa musique. Je l’ai revue au Duc en juin 2010, toujours avec Olivier, un des rares pianistes français chez qui le blues est parfaitement naturel. Ensemble, ils tournèrent tout l’été, rôdant les morceaux de cet album, leur premier. Les standards qu’il contient - I Got Rhythm, Besame Mucho, That Old Black Magic - vous sont probablement familiers. Nos deux complices proposent aussi des compositions originales aux couleurs et aux harmonies éclatantes. Je pense surtout à Naalaiya, morceau superbement arrangé qui renferme un admirable chorus de ténor d’Olivier Temine. Notre époque décadente produit rarement de vraies mélodies. Sur des textes de Denise ou de Viana, sa charmante épouse, Olivier Hutman y parvient. L’auteur de la magnifique “Suite Mangrove” a depuis longtemps compris que la musique n’est pas une histoire de vitesse, de virtuosité tapageuse et tape à l’œil. Olivier joue avec le cœur dans la tête. On y entend palpiter une musique de chair et de sang, non des suites d’accords abstraits et abscons produits par nos neurones. Elle possède une large palette de couleurs afro-américaines, comme si elle avait été composée là-bas, près du grand fleuve Mississippi. Olivier a le blues dans la peau. Ses notes swinguent, se trémoussent comme des danseuses virevoltant sur le parquet d’un vieux ballroom. September Song est à écouter toute l’année. Ballade rêveuse co-signée avec Denise, Remember est un must d’élégance pianistique et dans Two On the Plane les notes tendres et bleues du piano sont délicatement placées sur une mélodie délicieuse. Modeste, Olivier laisse souvent jouer son saxophoniste, plus convaincant que dans sa propre musique. Denise et lui peuvent sans crainte se reposer sur la contrebasse assurée et rassurante de Darryl Hall qui tient une place importante dans Nuages, l’instrument s’accordant idéalement avec la voix. Batteur au drumming précis et efficace très apprécié des vocalistes, Steve Williams complète une section rythmique on ne peut mieux choisie. Denise King et Olivier Hutman nous offrent un disque plein de joie, de mélodies heureuses qui réaffirment que le jazz est à la fois un art et un plaisir. Souhaitons leur de travailler longtemps ensemble.

 

Concerts au Duc des Lombards, les 6 et 7 juin.

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