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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 09:52
Cécile

Cécile McLORIN SALVANT :

“WomanChild”

(Mack Avenue / Universal Music)

Elle se nomme Cécile McLorin Salvant et subjugue par une voix rare, une de celles dont la découverte inespérée relève du miracle. Comment ne pas songer à Billie, Sassy, Ella, mais aussi à Abbey Lincoln que Cécile a bien évidemment écoutée tant le timbre en est suave et chaud. Cette voix si belle, nous faillîmes la manquer.

Cécile ne se destinait pas à une carrière de chanteuse, mais effectuait une prépa à Aix en Provence pour entrer à Sciences Po. Elle rêvait de devenir chanteuse lyrique, mais la musique n’était pour elle qu’un simple hobby. Née à Miami de mère française et de père haïtien, elle y a étudié le piano classique et chanté dans une chorale d’enfants. À Aix, elle rencontre le saxophoniste Jean-François Bonnel qui dirige la classe de jazz du Conservatoire Darius Milhaud. Il la convainc de chanter, de donner des concerts. En 2010, elle participe sans trop y croire au Concours Thelonious Monk dans la grande salle du Kennedy Center de Washington et, à la surprise générale, en remporte le 1er prix. Jacky Terrasson qui l’admire lui donne un sérieux coup de main en lui confiant deux titres de “Gouache”, et sa présence aux côtés du pianiste au Festival de Jazz de la Villette la place sur la sellette. Plusieurs dates avec Wynton Marsalis et le Lincoln Center Orchestra l’an dernier, une tournée prévue en décembre au sein du même orchestre, sacrent ce début de règne.

Mais d’abord ce disque attendu depuis longtemps, le premier réellement produit que la chanteuse enregistre après un opus mal distribué et passé inaperçu. Certains seront sans doute frappés par son classicisme. Cécile s’empare de quelques thèmes anciens qui parlent à son cœur, à sa mémoire, en exprime le blues de manière naturelle, les fait revivre par une diction et un phrasé impeccables. Elle est aussi la première à reprendre You Bring Out the Savage in Me depuis que Valaida Snow l’enregistra en 1935. “WomanChild” s’ouvre sur St. Louis Blues que chantait Bessie Smith. Une simple guitare (James Chirillo) accompagne une voix qui d’emblée enthousiasme. Une instrumentation réduite lui suffit. Une contrebasse assurée par Rodney Whitaker, une batterie confiée à un Herlin Riley impérial dans You Bring Out the Savage in Me, un piano élégant tenu par Aaron Diehl, musicien jouant aussi bien du jazz traditionnel que du bop, Cécile trouve là l’écrin idéal pour son chant. Avec Nobody et son piano honky tonk, nous nous voyons transportés dans un barrelhouse de la grande Amérique. Modernisé, le tonique John Henry dans lequel le dobro remplace la guitare relève du folk. Quant au blues Baby Have Pity on Me que l’on doit à Clarence Williams, il possède un aspect rural appréciable. Plus actuel, WomanChild révèle le talent de Diehl, pianiste vif et prompt à réagir avec lequel Cécile dialogue, étire ses notes, théâtralise son chant avec gourmandise, ce qu’elle fait aussi dans un décoiffant What a Little Moonlight Can Do croqué à pleines dents. Chanté en français avec beaucoup d’émotion, Le front caché sur tes genoux, un poème haïtien des années 30 dont elle a composé la musique remet bien sûr en mémoire Je te veux, morceau d’Erik Satie qu’elle interprète dans le disque de Terrasson. La chair de poule perdure longtemps après son écoute. "A star is born" assurément.

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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 09:05
Nuit tropicale

Il peut faire très chaud à Paris lorsque, cuivrée par le soleil, la musique rythme des mélodies, lui donne des effluves tropicales. Fêtant la parution de son nouveau disque par un concert au Châtelet, Chucho Valdés et sa formation knock-outèrent le mauvais temps pour quelques heures, leur maelström de vibrations colorées et joyeuses plongeant le baromètre dans l’affolement d’une ivresse éthylique.

 

LUNDI 6 mai

Dans un théâtre du Châtelet archi plein et à la tête de ses Afro-cuban Messengers, formation dont le nom évoque bien sûr les défunts Jazz Messengers d’Art Blakey – que, curieusement, personne n’a encore songé à remettre sur pied à des fins mercantiles – Chucho Valdés présentait le répertoire de “Border Free”, son nouvel opus. Sur sa pochette sépia, il apparaît en chef indien, coiffé d’une parure de plumes du plus bel effet. Chucho créa naguère Irakere, le plus international des orchestres cubains. Loin de rester cantonné dans un style, il aime ouvrir sa musique à d’autres influences.

Nuit tropicale

Afro-Comanche, un des morceaux du nouvel album, est ainsi dédié aux descendants des Comanches qui, déportés à Cuba au cours du XIXe, y fondèrent des familles. Introduit par un piano nerveux et orchestral, le tempo rapide met en valeur la section rythmique, un batteur solide (Rodney Barreto Illarza) et deux percussionnistes, Yaroldy Abreu Robles aux congas et Dreiser Durruthy Bombalé aux tambour batá, mais aussi à la clave. Bâtonnets cylindriques en bois très dur que l’on frappe l’un contre l’autre, ils produisent une phrase rythmique également baptisée clave, 5 notes divisée en deux mesures et jouée en 3/2 ou en 2/3 qui marquent le temps de la musique cubaine.

Nuit tropicale

Cette clave, Chucho n’hésite pas à en assouplir le rythme. Il recherche une plus grande liberté rythmique, mélange mesures paires et impaires dans des compositions aux couleurs féériques. Pour Afro-Comanche, il souhaitait des flûtistes, de vrais indiens comanches. Ne pouvant en disposer, il préféra l’enregistrer avec sa seule section rythmique. Après l’impressionnant solo d’une contrebasse chantante, celle de Gastón Joya titulaire de l’instrument, Chucho se lance dans une fugue de Bach inattendue. Il n’ignore pas l’influence de la musique classique européenne sur la musique cubaine, cite souvent Debussy et Ravel.

Nuit tropicale

Dans Tabú, un thème écrit par Margarita Lecuona, sœur d’Ernesto Lecuona (1895-1963), pianiste et compositeur de La Comparsa souvent reprise par Valdés, une petite section de cuivres comprenant Reinaldo Melián Alvarez à la trompette et deux invités, Irving Acao (saxophone ténor) et Roy Hargrove (bugle et trompette), occupent la scène. Irving impressionne au ténor. Utilisant une sourdine, Roy subjugue le public par l’élégance de son style, la pureté de ses notes. La pièce se termine sur une improvisation collective très applaudie. La sono laisse pourtant à désirer. Alors que le théâtre du Châtelet est réputé pour sa bonne acoustique, un son trop sourd sort des haut-parleurs.

Nuit tropicale

Autre grand moment, Bebo, pièce au thème limpide et tendre écrit pour son père récemment disparu. Par un long et éblouissant chorus, Chucho en hisse la musique au sommet. Composé à l’occasion du carnaval de Las Palmas, Santa Cruz accueille la chanteuse de flamenco Buika, dont la voix particulière, proche du cri et de la transe, a du mal à passer. Je préfère celles des musiciens de l’orchestre qui se répondent, alternance d’un soliste et d’un chœur au rythme de tambours hypnotiques. Son incursion vers la musique arabo-andalouse avec la présence sur scène d’un chanteur surprise ne fut pas non plus très convaincante.

Nuit tropicale

LE DISQUE :

“Border-Free” (Jazz Village / Harmonia Mundi)

Nuit tropicale

Enregistré à La Havane et à Malaga avec les musiciens présents au Châtelet et un seul invité, Branford Marsalis, il mêle toutes sortes de musiques, l’afro-cubaine se voyant ainsi autrement métissée. Certains genres musicaux sont mieux intégrés que d’autres, mais Chucho invente, expérimente. Il repense les rythmes de la clave, joue un merveilleux piano orchestral aux notes chaudes et ruisselantes. Trompette et saxophone ajoutent de la couleur, se livrent avec les tambours de l’orchestre à de passionnantes improvisations collectives, la rythmique tournant à plein régime, comme un guéridon visité par des esprits. Branford Marsalis étonne au saxophone ténor dans Tabú et Bebo, mais déconcerte dans Abdel, une pièce moins heureuse qu’il arabise au soprano. “Border-Free” est aussi un hommage à ses parents et à ses maîtres qui forgèrent sa musique. Il s’ouvre avec Congadanza, un hommage à María Cervantes, la fille d’Ignacio Cervantes (1847-1905), créateur de nombreuses danzas pour piano. Certaines d’entre-elles doivent beaucoup à Chopin. Caridad Amaro, prénom de la grand-mère de Chucho contient un passage célèbre du concerto de piano de Rachmaninov qu’elle aimait écouter. Pilar porte le nom de sa mère. Elle appréciait Bach, mais aussi Blue In Green. Le morceau y fait référence. Bebo, son père, son premier professeur, lui inspire un thème magnifique. Il mérite à lui seul d'acquérir cet l'album.

Photos concert © Pierre de Chocqueuse

 

DERNIÈRE MINUTE :

Nuit tropicale

Ne manquez pas les concerts que donneront les 31 mai et 3 juin prochains dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, 47 rue des Écoles, 75005 Paris (20h00), le sextette de Stéphane Guillaume dans une relecture de “Cityscape”, concerto pour saxophone ténor et orchestre symphonique écrit par Claus Ogerman pour Michael Brecker qui l’enregistra en 1982. “L'Attente” (“Waiting for an Answer”), une commande pour chœur et piano passée à Carine Bonnefoy avec Hervé Sellin au piano, mais aussi les Chichester Psalms et les Danses Symphoniques de West Side Story de Leonard Bernstein complèteront le programme. Les mêmes jours à 18h, Laurent Cugny, désormais responsable du Chœur et Orchestre Sorbonne Universités, donnera une conférence sur l’improvisation et l’écriture, sujets passionnants pour tous les mélomanes.

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13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 10:21
Au-delà du miroir...

Susanne ABBUEHL : “The Gift” (ECM / Universal)

Difficile de définir la musique intimiste de Susanne Abbuehl. La chanteuse suisse mène sa carrière avec discrétion et donne peu de concerts. “The Gift” est seulement le troisième album qu’elle enregistre pour ECM en douze ans. Publié en 2001, comprenant des compositions de Carla Bley (Closer, Ida Lupino) auxquelles elle ajoute ses propres paroles et des poèmes d’Edward Estlin Cummings qu’elle met en musique, “April” nous révéla la voix pure et aérienne d’une artiste inclassable. Paru cinq ans plus tard et partiellement consacré à des poèmes de James Joyce, “Compass” confirmait la singularité de sa démarche : mettre en musique des poèmes, les chanter pour saisir leur rythme intérieur, traduire leurs plus infimes nuances.

Au-delà du miroir...

Contrairement à “Compass”, la quasi totalité des musiques de “The Gift” sont ses propres créations. Elles servent de support à des poésies d’Emily Dickinson, Emily Brontë, Sara Teasdale et Wallace Stevens, auteurs plus familiers aux lecteurs de langue anglaise qu’aux français. On a lu bien sûr “Les Hauts de Hurlevent” (“Wuthering Heights”) d’Emily Brontë, son unique roman, mais qui connaît la poétesse Sara Teasdale (1884- 1933) ou Wallace Stevens (1879- 1955), l’un des précurseurs de la poésie moderne américaine?

Si ce dernier travailla comme conseiller juridique pour une compagnie d’assurances, les trois autres furent des solitaires. De constitution fragile, Sara Teasdale vécut longtemps chez elle protégée par sa famille et Emily Dickinson ne s’est jamais beaucoup éloignée de la propriété familiale d’Amherst (Massachussetts), une immense maison où elle vécut confinée, répugnant même à sortir de sa chambre. L’aspect confidentiel de leurs poèmes, la vibration des mots qui n’expliquent pas mais invitent chacun à rêver inspirent Susanne Abbuehl qui nous invite à pénétrer de l’autre côté du miroir, à parcourir des paysages sonores épurés au sein desquels le verbe devient images, tend la main à d’autres mondes. Constitués de vers très courts, les poèmes qu’elle reprend ont souvent des rimes imparfaites. Peu conventionnelle, leur ponctuation permet à Susanne de les explorer au mieux. La voix allonge certains mots, étire ou contracte les syllabes pour donner un balancement à la phrase.

Avec elle, trois musiciens dont le fidèle Wolfert Brederode, son pianiste depuis vingt ans. Il choisit judicieusement ses notes, les fait sonner et respirer. Wild Nights se revêt ainsi d’harmonies magnifiques. Dans Fall, Leaves Fall et This And My Heart qui conclut le disque, il joue également d’un harmonium indien, instrument que Susanne rapporta de Bombay. Découvert auprès du trompettiste Tomasz Stanko, le batteur finnois Olavi Louhivuori suggère les tempos, apporte des touches de couleur à une toile percussive aux mailles desserrées. Forbidden Fruit résonne ainsi de bruits sourds inquiétants. A Slash of Blue n’est que bruissements, frémissements féériques. This and My Heart, In My Room et Fall, Leaves Fall sont les seules plages dont il marque le tempo. Seconde voix mélodique, le bugle de Mathieu Michel – trompettiste suisse né à Fribourg en 1963 – commente et souligne la voix, chante les rares notes d’émouvantes improvisations modales. À mi-chemin entre la musique indienne et le jazz, l’approche musicale de l’album reste bien sûr minimaliste. Susanne Abbuehl étudia le chant classique au Conservatoire Royal de la Haye et fut une élève de Jeanne Lee avant de se plonger dans la musique du nord de l’Inde à Amsterdam, puis à Bombay. Sa voix très pure envoûte. Chantant avec son âme, elle l’insuffle dans des poésies qui font corps avec elle. Le pouvoir de la grâce.

Pour fêter la sortie de “The Gift”, Susanne Abbuehl et les musiciens qui ont participé à l’album donneront un concert exceptionnel au Sunside le 16 mai.

Photo de Susanne Abbuehl © Martin U.K. Lengemann         

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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 09:07
Plaisirs champêtres

Mai : le printemps traine les pieds, fait peu d’efforts pour montrer le bout de son nez sous les pluies, les nuages et le froid. Paris défile beaucoup. Sous des averses et les pieds dans l’eau, les mécontents arpentent les trottoirs. Prudents et malins, les vrais râleurs restent à l’écart. Prenez Bajoues Profondes : il ne lui viendrait pas à l’idée de grossir les rangs des manifestants, de reprendre les slogans éructés par des tribuns juchés sur des sonos montées sur des véhicules aux moteurs polluants et nauséabonds. Installé à la terrasse d’un café lorsque le temps le lui permet, il préfère voir passer les jolies filles, poser ses yeux sur leurs longues jambes amincies aux bains de moutarde qui se réservent pour d’autres défilés. Étrange ce besoin qu’éprouve l’homme de se fondre dans une foule, de faire corps avec elle pour défendre des idées qui sont rarement les siennes. Il déserte toute l’année les clubs de jazz pour rejoindre l’été des méga festivals, perdre son identité au sein de foules immenses qui ne partagent pas forcément ses goûts. Les exigences économiques conditionnent les programmes. L’amateur de jazz ne pouvant remplir seul stades et amphithéâtres, le festival de jazz s’ouvre à d’autres musiques, attire un autre public, aménage des soirées, soul, blues, africaines, réserve des espaces à la chanson française, au rap, au funk. On a beau apprécier le poisson, trouver du thon dans une boîte de sardines ne fait pas très plaisir. Échaudés, les Michu désertent ces grandes kermesses dont raffolent les Dugenoux attachés au plein métissage, à la « ressemblance évitée » érigée en dogme qui fait le bonheur d’Etienne Marcel, bruiteur arc-bouté sur ses propres inventions, et de Bernard dont la dernière œuvre relève du tremblement de terre ce qui ne nous change guère des tempêtes, de la grêle et des vents violents qui tombent sur nos têtes. Monsieur Michu ne sait trop ou donner de la sienne. Il espère l’arrivée du beau temps pour étendre son vieux corps sur les prés de Saint-Germain qui depuis treize ans en mai accueillent un festival à l’échelle humaine. Je n’en partage pas toujours les choix artistiques, mais il apporte chaque année un supplément d’âme et de vie à un quartier longtemps associé au jazz et à son histoire. Du 16 mai au 3 juin le jazz vous y donne rendez-vous. Tâchez d’entendre son appel.

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

Plaisirs champêtres

-Chucho Valdès et ses Afro-Cuban Messengers au Théâtre du Châtelet le 6 mai (20h00), la veille de la sortie d’un nouvel album intitulé “Border-Free”. Dans ce dernier, le pianiste fait tomber les barrières des genres, expérimente différents rythmes, de nouvelles variations harmoniques, et revient à l’improvisation collective. Sa pochette le représente en chef indien, référence aux Black Indians de la Nouvelle-Orléans, mais aussi à ces Comanches qui déportés à Cuba ont fondé des familles. Chucho leur a dédié un morceau. A la tête d’une formation qui peut sonner comme un grand orchestre, il élargit son métissage musical aux musiques d’Amérique du Nord et arabo-andalouse et invite le trompettiste Roy Hargrove et la chanteuse Buika à partager sa quête, cette passerelle entre les mondes que jette sa musique.

Plaisirs champêtres

galement le 6, mais à l’Olympia, Madeleine Peyroux présentera son nouveau disque “The Blue Room” largement consacré au répertoire de deux albums de Ray Charles : “Modern Sounds in Country and Western Music, Vol.1 & 2”. S’y ajoutent des morceaux de Léonard Cohen, Randy Newman, Warren Zevon. Produit par Larry Klein auquel on doit “My One and Only Thrill” enregistrement qui fit connaître Melody Gardot, il contient des plages avec des cordes arrangées par Vince Mendoza. Elles seront présentes à l’Olympia derrière la chanteuse et ses musiciens habituels.

Plaisirs champêtres

-Kat Edmonson au Duc des Lombards le 7. Un premier album autoproduit en 2009, la place sur la sellette. La chanteuse se produit alors régulièrement à l’Elephant Room, un club d’Austin. Elle assure les premières parties des concerts de Lyle Lovett avec des chansons originales souvent proches de la country music. On peut les écouter dans “Way Down Low” un second disque toujours financé par ses soins qui vient de paraître. Al Schmitt et Phil Ramone en ont assuré l’enregistrement. Il fait un tabac aux Etats-Unis, renferme des morceaux commerciaux, mais aussi quelques trésors capables de séduire l’amateur de jazz exigeant, sa voix juvénile ressemblant beaucoup à celle de Blossom Dearie. On jugera sa vraie valeur sur scène, l’endroit de vérité.

Plaisirs champêtres

-Aaron Goldberg au Sunside le 10 et le 11 avec Reuben Rogers (contrebasse) et Gregory Hutcherson (batterie), des musiciens avec lesquels il a l’habitude de jouer un jazz moderne inventif et exigeant. L’ancien pianiste de Joshua Redman est depuis longtemps une valeur sûre de l’instrument. Il s’est fait récemment remarqué dans “Bienestan”, un album enregistré en sextette avec Guillermo Klein et “Yes !”, enregistré en trio avec Omer Avital et Ali Jackson, est un de mes Chocs de l’année 2012. C’est toutefois un autre répertoire qu’il jouera avec Rogers et Hutcherson. Outre des compositions originales, Aaron aime relire les standards de la grande Amérique. Il possède une vaste culture, un jeu nerveux et mobile et apprécie le risque ce qui rend ses concerts passionnants.

Plaisirs champêtres

-Sébastien Texier au Sunside le 14. Avec lui les musiciens de “Toxic Parasites” dont la chronique a été très récemment publiée dans ce blog. Alain Vankenhove (trompette, bugle), Bruno Angelini (piano), Frédéric Chiffoleau (contrebasse) et Guillaume Dommartin (batterie) entourent le saxophoniste (alto et clarinettes) dans un répertoire constitué de compositions originales soigneusement arrangées. Ils se réservent de nombreux espace de liberté et approchent les thèmes de façon mélodique, ce qui rend leurs improvisations particulièrement attrayantes. Utilisant au mieux l’instrumentation dont il dispose, Sébastien Texier colore habilement sa musique rendue goûteuse et accessible.

Plaisirs champêtres

-Le même soir le grand Roy Haynes se produit au New Morning à la tête de son Fountain of Youth Band. Son grand âge le contraint à s’économiser un peu, mais il reste le gardien du tempo, possède toujours cette sonorité très mate de caisse claire qui est l’une des caractéristiques d’un jeu varié riche en sonorités contrastées. Les membres de son groupe travaillent avec lui depuis longtemps et le bop moderne qu’ils proposent reste d’une grande efficacité. Au saxophone alto, Jaleel Shaw que l’on a entendu récemment au Sunside souffle de longues phrases mélodiques et logiques. Dans l’ombre du batteur, Martin Bejerano le pianiste est une pointure à découvrir. Quant à David Wong, le bassiste, on trouve souvent son nom associé à l’excellent chanteur Sachal Vasandani.

Plaisirs champêtres

-Susanne Abbuehl au Sunside le 16 pour nous présenter son nouvel album ECM, “The Gift” sorti trois jours plus tôt. Un disque événement car la chanteuse suisse en fait peu, prend son temps pour les peaufiner, mettre des poèmes sur des musiques, et les chanter avec son âme pour en faire vibrer les mots, les napper de douceur. Contrairement à ses deux disques précédents, “April” et “Compass”, elle a préféré écrire toutes les musiques – à l’exception de Soon (Five Years Ago) – rendant ainsi plus personnelles encore ses interprétations, Susanne enveloppant de ses propres mélodies un choix de poèmes de Sara Teasdale, Emily Dickinson, Emily Brontë et Wallace Stevens (In My Room). Avec elle Wolfert Brederode son pianiste habituel, et deux nouvelles recrues appréciables : le trompettiste Matthieu Michel dont le bugle assure une seconde voix mélodique et le batteur finnois Olavi Louhivuori, découvert sur “Dark Eyes”, un album ECM de Tomasz Stanko.

Plaisirs champêtres

-La 13ème édition du Festival de Jazz de Saint-Germain-des-Prés se déroulera du 16 mai au 3 juin. Le batteur Stéphane Huchard ouvre le bal avec un concert le 16 au Café de la Danse. Publié récemment sur le label Jazz Village, “Panamerican” son dernier album apparaît comme le plus intéressant de sa discographie. Stéphane Huchard l’a enregistré à New York avec Chris Cheek (saxophones ténor et soprano), Jim Beard (claviers), Nir Felder (guitares) et notre argentin de Paris, Minino Garay aux percussions. Ils seront avec lui sur scène pour interpréter les compositions débordantes de groove qu’il renferme. Au Sunset, le tremplin Jeunes Talents départagera les 19 et 20 mai six formations dont celle de la chanteuse Lou Tavano dont je pense grand bien. Le 24, dans l’amphithéâtre Binet de l’Université Paris Descartes, le guitariste Biréli Lagrène invite Philippe Catherine et Boulou Ferré à rejoindre son trio. Le 29, l’Eglise de Saint-Germain-des-Prés accueille le trompettiste sarde Paolo Fresu et le guitariste de son Devil Quartet, Bebo Ferra. Le même soir, mais à partir de 22h30, le trio de Paul Lay se produit non loin de là au Madison Hôtel. Avec Clemens Van der Feen à la contrebasse et Dré Pallemaerts à la batterie, le pianiste jouera quelques morceaux d’un nouvel album très attendu. Une programmation que Donatienne Hantin et Frédéric Charbaut, co-fondateurs du festival ont souhaité éclectique. Grâce à eux, Saint-Germain-des-Prés vit une fois par an au rythme du jazz. Qu’ils soient ici remerciés.

Plaisirs champêtres

-Omar Sosa à l’Alhambra (20h00) le 23 et au Théâtre du Vésinet le 24 dans le cadre du Jazz Métis Festival. Compositeur, arrangeur et pianiste, le pianiste trempe depuis longtemps dans le jazz les racines africaines de sa musique afro-cubaine et parvient à créer une world music originale. Hommage au “Kind of Blue” de Miles Davis, “Eggūn” son dernier disque, une commande du Barcelona Jazz Festival, apparaît ainsi comme une œuvre personnelle, les emprunts au trompettiste se voyant dilués au sein d’un savant métissage de musiques. Le large choix de rythmes qu’offrent ses compositions colorées en fait un grand voyage musical. Un piano modal y déploie des mélodies féériques. Joo Kraus (trompette), Peter Apfelbaum (saxophones), Leandro Saint-Hill (saxophones et flûte), Childo Tomas (basse) et Marque Gilmore (batterie) portent avec lui transe et béatitude.

Plaisirs champêtres

-Tom Harrell au Duc des Lombards du 23 au 25 pour six concerts (deux par soirée). Ne manquez pas cette légende vivante de la trompette, qui naguère encore jouait avec les plus grands. Dizzy Gillespie, Horace Silver, Bill Evans, Gerry Mulligan ont bénéficié de sa sonorité moelleuse, de son phrasé toujours mélodique. Harrell travaille avec les mêmes musiciens depuis plusieurs années. Avec Wayne Escoffery au saxophone ténor, Danny Grissett au piano, Ugonna Okegwo (contrebasse) et Johnathan Blake (batterie), il peaufine les arrangements de ses propres compositions. Cinq albums de ce quintette ont vu le jour depuis 2007. Le dernier s’intitule “Number Five” et sur scène Tom en reprend de larges extraits.

Plaisirs champêtres

-Christian Escoudé présente son nouveau disque au Sunset les 24 et 25 mai. “Saint-Germain-des-Prés” rassemble des compositions du pianiste John Lewis qui nous sont bien sûr familières. Django, Afternoon in Paris, Concorde, Skating in Central Park, un thème composé pour le film de Robert Wise “Odds Against Tomorrow” appartiennent à l’histoire du jazz et ne seront jamais oubliés. Le guitariste reprend ces mélodies avec finesse, en cisèle les contours, les fait revivre avec une fine équipe de musiciens. Présents lors de son enregistrement, Lew Tabakin, Stéphane Belmondo, Thomas Bramerie et Billy Hart cèdent saxophone, trompette, contrebasse et batterie à David Sauzay, Yann Loustalot, Pierre Boussaguet et Bruno Ziarelli. Christian conserve toutefois la seconde guitare de l’album confiée à Jean-Baptiste Layla. On ne peut que s’en réjouir.

Plaisirs champêtres

-Installé à Paris depuis 2008 et auteur de trois albums aux harmonies luxuriantes qui témoignent de l’influence prépondérante de la musique classique européenne sur ses compositions, le pianiste Nicola Sergio et ses invités donneront deux concerts le 26 au Sunside (18h00 et 20h30) au profit de l’association Partage dans le Monde afin de financer une mission médicale et la rénovation d’une école au Népal. Sofie Sorman et Adrien Néel (chant), Yuriko Kimura (flûte), Christophe Panzani (saxophone), Yoni Zelnik (contrebasse) et Luc Isenmann (batterie) participeront à cette soirée de soutien humanitaire qui nécessite votre présence.

Plaisirs champêtres

-Dans le cadre des manifestations organisées à l’occasion du 90ème anniversaire de la naissance du saxophiste Dexter Gordon, l’Espace Daniel-Sorano de Vincennes lui rend hommage le même jour avec à 14h30 la projection du film “Autour de Minuit” suivie à 17h00 d’une table-ronde autour du film en présence de son réalisateur, le cinéaste Bertrand Tavernier, et de Maxine Gordon, l’épouse de Dexter. Enfin, à 18h30, le saxophoniste ténor Lew Tabackin épaulé par Vincent Bourgeyx au piano, Pierre Boussaguet à la contrebasse et Mourad Benhammou à la batterie, reprendra le répertoire d’un des plus célèbres albums que Dexter enregistra pour le label Blue Note : “Our Man in Paris”.

Plaisirs champêtres

-C’est un quartette interpelant qu’a mis sur pied le batteur californien Willie Jones III pour rendre hommage à Max Roach dont il partage la précision rythmique et à Clifford Brown, météorite de la trompette jazz trop tôt disparu. Avec lui au Sunside le 27 : Jim Rotondi, trompette reconnu qui fit ses armes auprès du grand Ray Charles, le pianiste Anthony Wonsey, musicien discret naguère associé à Nicholas Payton et à Wallace Roney, et la contrebasse solide de Chris Thomas. Après avoir joué avec Milt Jackson, Willie Jones III a été membre du groupe d’Arturo Sandoval et du quintette de Roy Hargrove. Pimenté de grooves latins, son drumming bien trempé dans le swing et le bop moderne ne manque pas de finesse.

Plaisirs champêtres

-Jazzman impénitent, René Urtreger s’offre Roland Garros le 29. Non le Central qui demande d’autres ressources que celles incontestables que possède le pianiste, un combattant et serviteur du jazz depuis son plus jeune âge, mais le Musée de la Fédération Française de Tennis dont la vaste salle accueille des concerts. Cette flamme qui le rend toujours jeune, René l’entretient avec des musiciens qui partagent sa passion pour un jazz qui n’oublie pas son histoire. Pour reprendre la musique d’ “Ascenseur pour l’Echafaud”, film de Louis Malle qui l’a rendu célèbre en 1957, René conserve sa section rythmique habituelle – Yves Torchinsky à la contrebasse et le fidèle Eric Dervieu à la batterie – mais fait appel à la trompette d’Eric Le Lann auteur d’un nouvel opus dont on dit grand bien, et le saxophone ténor d’Olivier Temime, récemment entendu en forme au Sunside auprès de Denise King et d’Olivier Hutman. Un ascenseur pour Roland Garros avec René, c’est approcher le paradis.

Plaisirs champêtres

-Un autre pianiste occupe le Sunside trois soirs de suite, les 30, 31 mai et 1er juin. Laurent de Wilde est en effet incapable de garder longtemps les mains dans ses poches. Il les pose sur des claviers, petits ou grands, en fait sortir des notes et pas n’importe lesquelles. Il aime les tremper dans le blues, leur confier des ballades, les faire sonner comme un balafon. L’afro-beat, l’électro, l’Afrique lui inspirent des musiques. Publié l’an dernier, “Over the Clouds”, déborde d’idées musicales et de bons médicaments contre la déprime. Jérôme Regard joue de la contrebasse et Laurent Robin de la batterie sur Fe Fe Naa Efe un morceau de Fela Kuti. Ce sont eux qui vont accompagner Laurent au Sunside. Ils connaissent son répertoire et sont prêts à nous surprendre. J’en profite pour vous signaler la réédition sur le label Gazebo (l’Autre Distribution) de deux albums de Laurent : “The Back Burner” (1995), et “Spoon-a-Rhythm” (1997), disque renfermant la première version enregistrée d’Edward K. Merci à Hélène Lifar qui me les a fait parvenir.

-Théâtre du Châtelet : www.chatelet-theatre.com

-Olympia : www.olympiahall.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-New Morning : www.newmorning.com

-Théâtre de l’Alhambra : www.alhambra-paris.com

-Théâtre du Vésinet : www.vesinet.org

-Espace Daniel-Sorano : www.espacesorano.com

-Festival de Jazz de Saint-Germain-des-Prés : www.festivaljazzsaintgermainparis.com

 

Crédits Photos : Chaises du Jardin du Luxembourg © André Kertész – Chucho Valdès, Roy Haynes © Philippe Etheldrède – Madeleine Peyroux © Rocky Schenck – Kat Edmonson © Sacks & Co. – Aaron Goldberg, René Urtreger, Laurent de Wilde © Pierre de Chocqueuse – Susanne Abbuehl © Pia Neuenschwander – Omar Sosa © Ron Jones – Tom Harrell © Angela Harrell – Christian Escoudé © Jean-Baptiste Millot – Nicola Sergio © Marcel van den Broek / Challenge Records – Sébastien Texier, Willie Jones III © X/DR.

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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 09:02
Sébastien TEXIER : “Toxic Parasites” (Cristal / Harmonia Mundi)

Enregistré en 2008, “Don’t Forget You Are an Animal”, son disque précédent, m’avait laissé de marbre. Sébastien Texier ne manque pourtant pas de personnalité. Chose devenue rare aujourd’hui, il possède même un son, une manière bien à lui de souffler d’articuler ses notes, et en l’intégrant à son Wared Quartet, le pianiste Edouard Bineau savait ce qu’il faisait. Le fils d’Henri Texier joue surtout du saxophone alto, un instrument qui ne se laisse pas si aisément dompter. Pas facile d’en tirer une sonorité originale, d’improviser sans lasser.

Élargissant la palette sonore de ses compositions, les rendant plus mélodiques, Sébastien y parvient. Pour ce faire, il lâche son trio pour un quintette avec piano. Confié à Bruno Angelini, l’instrument structure le discours musical, en renforce son assise rythmique et harmonique. Le pianiste étonne par la construction de ses voicings, ses improvisations nerveuses et brillantes qui laissent aux notes le temps de respirer. Il ne manque pas non plus d’audace dans Toxic parasites qui donne son nom à l’album et dans Le courage ne fait pas tout, une pièce étonnante. Un bref thème confié aux souffleurs ponctue son piano flirtant avec le free. Un soin particulier est ici porté aux arrangements, à la forme. Les improvisations très soignées viennent parfaire un travail d’écriture qui réserve de nombreux espaces de liberté aux solistes. Les musiciens parviennent tous à s’exprimer, à prendre des solos au sein de morceaux ouverts. On découvre ici un compositeur habile qui les habille avec des couleurs spécifiques, tire partie de diverses combinaisons de timbres, Sébastien Texier utilisant au mieux l’instrumentation dont il dispose. Sa clarinette ou son alto se mêlent ainsi au bugle ou à la trompette d’Alain Vankenhove pour exposer de nombreux thèmes à l’unisson, inventer ritournelle (Amie Nostalgie) et fanfare (Toxic Parasites), rendre hommage au blues des origines. Clarinette et trompette bouchée sont ainsi au programme d’un Mumble Blues hanté par Bubber Miley et le vétéran Clark Terry. Les morceaux, souvent des compositions à tiroirs, offrent de nombreux changements de tempo. Porté par une walking bass efficace, Are You Sure relève ainsi du bop jusqu’au chorus d’une trompette audacieuse qui marmonne et vient calmer le jeu. Dans Le jour d’après s’instaure une improvisation collective et dissonante. Le calme revient avec un long dialogue piano contrebasse, un thème mélancolique qui inspire les souffleurs. Car la réussite de ce disque tient aussi à ses mélodies, à celles magnifiques de Song for Paul Motian, sans doute la pièce la plus émouvante de l’album, et de L’insouciance, morceau élégant et lyrique fait pour les images d’un film rêveur.

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24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 09:22
Bandes-son aux noirs très contrastés

VENDREDI 12 avril

Invité à se produire en solo sur la péniche l’Improviste à l’occasion de la première édition du Festival International du Jazz au Cinéma, Stephan Oliva féru de 7ème Art, ne pouvait manquer l’occasion de faire entendre les nombreuses musiques de film que son piano, comme lui imbibé d’images, aime reprendre. Il y ajoute ses propres visions, laisse autant parler sa mémoire que son imagination. De courts passages illustratifs l’inspirent parfois autant que les thèmes principaux des films qu’il a vus plusieurs fois pour en relever les musiques. Les partitions posées sur le piano ne sont que des pense-bêtes, des repères, son travail relevant beaucoup de l’improvisation. Stephan coupe, modifie, effectue un remontage des séquences musicales qu’il reprend. De nouvelles images surgissent, complètent celles qui nous sont familières. Portée par les seules notes du piano, la scène de la douche dans “Psychose” s’allonge, repasse différente sur l’écran de nos yeux qui écoutent. L’oreille imagine et voit ce que Hitch s’est refusé à montrer. Un agencement de notes graves puissamment martelées nous restitue l’horreur de la scène.

Bandes-son aux noirs très contrastés

Confiées à son instrument qu’il fait sonner comme un orchestre, débarrassées des orchestrations qui permettent de trop les dater, les musiques inventées par Miklos Rozsa, David Raksin ou Bernard Herrmann se révèlent comme des créations nouvelles. Stephan a enregistré un disque entier des œuvres de ce dernier. Les plus obsédantes illustrent des films noirs, genre que Stephan affectionne et dont il a consacré un album.

Psychose”, Vertigo”, mais aussi “Taxi Driver” dont il nous offrit une version crépusculaire furent au programme de ce concert. Un accord d’une rare noirceur dont la pédale forte prolonge la résonnance introduit “Citizen Kane” et les dissonances de “La soif du mal” nous plongent au cœur même de la nuit.

Bandes-son aux noirs très contrastés

Le noir reste la couleur dominante de son piano, mais les sombres accords qu’il plaque portent une large nuance de tons, de gris, de pigments divers dont il mélange les notes pour nous faire entendre des ombres plus claires. Le noir tend vers le blanc, vers la lumière que son jeu crépusculaire fait d’autant mieux ressortir. Les tendres mélodies qu’il fait surgir sont les phares qui trouent l’obscurité et écartent la peur que provoque la profondeur abyssale de ses basses.

Vertigo” contient de délicieux passages romantiques. “Le Privé” aussi. Rythmées par un léger zéphyr, leurs notes respirent et frémissent. On fait de même, heureux de profiter de ces bouffées d’air tiède. Le noir et blanc se fait couleur dans “Les liens du Sang”, un polar de Jacques Maillot dont Stephan a composé la musique. Il la discipline autrement, l’éclaire avec les notes d’un thème admirable fixées sur la toile qu’il tend devant nos yeux.

Les bandes-son des films de Jean-Luc Godard occupèrent tout le second set. Stephan en a récemment visionné les œuvres pour les besoins de son prochain album. Produit par Philippe Ghielmetti, enregistré en mars dernier à La Buissonne, “Vaguement Godard” sortira en septembre. Parfois associées à de simples fragments de thèmes - ceux composés par Michel Legrand pour les douze tableaux qui séquencent “Vivre sa vie” - , les images du cinéaste se bousculent sous les doigts du pianiste. “Pierrot le fou” reste étroitement lié à la répétition de Ferdinand, véritable leitmotiv de cette partition d’Antoine Duhamel.

Bandes-son aux noirs très contrastés

Composé par Paul Misraki, “Alphaville” donne à Stephan l’occasion de « peindre au bitume » le froid béton des années 60. Au sein de dissonances et de clusters surgit une petite mélodie qui charme et pétille, fil conducteur orientant le très désorienté Eddie Constantine alias Lemmy Caution dans sa mission de sauvetage et de destruction.

Trois mesures d’As Tears Go By, un thème des Rolling Stones que chante a capella Marianne Faithfull dans “Made in USA”, inspirent Stephan qui improvisa aussi sur deux phrases très monkiennes d’“A Bout de Souffle” imaginées par Martial Solal.

« La guerre, c'est simple : c'est faire entrer un morceau de fer dans un morceau de chair », entend-on dans “For Ever Mozart” réalisé par Godard en 1996. “Les Carabiniers” et “Ombres et Lumières” traitent aussi de la guerre. Stephan mêle leurs musiques, fait jaillir la lumière du noir même de la nuit.

Bandes-son aux noirs très contrastés

Le Mépris” enfin, le plus beau score de Georges Delerue qui comprend l’inoubliable thème de Camille. Stephan le reprend dans “Jazz’n (e)motion”, un disque de 1997 qu’a produit Jean-Jacques Pussiau. Ses premières versions de “Touch of Evil” (“La Soif du mal”) et de “Vertigo” (“Sueurs froides”) y figurent.

La musique du “Mépris” est solaire, comme l’île de Capri où furent tournées de nombreuses scènes du film. Même abordées dans les graves, les mélodies virevoltent et décollent. Leurs notes possèdent des ailes. Avec les magnifiques images de Raoul Coutard, elles comblent les temps morts du film, compensent la minceur du scénario et lui donnent sa dimension onirique. Stephan Oliva joue Godard et la musique de son disque nous fait déjà rêver.

Bandes-son aux noirs très contrastés

Photos de Stephan Oliva © Pierre de Chocqueuse - Photos du tournage d'Alphaville © X/DR.

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 10:16

Gerald-Clayton-Life-Forum--cover.jpegPianiste attaché au blues, aux traditions du jazz dont il connaît aussi bien l’histoire que la grammaire et le vocabulaire, perméable aussi à d’autres influences, Gerald Clayton défriche de nouveaux espaces rythmiques grâce à des métriques impaires qui relèvent du funk et du hip-hop. Elles apportent un autre swing, un rebond dont profite son piano. Son jeu n’est pas aussi abstrait et tumultueux que celui d’un Vijay Iyer qui privilégie clusters et dissonances, mais son phrasé aux notes chantantes et aux harmonies élégantes épouse les nombreuses figures rythmiques qu’inventent Joe Sanders et Justin Brown, ses musiciens habituels. En phase avec la frappe puissante de Brown, un batteur très mobile, Sanders assure une contrebasse pneumatique et réactive, joue ses propres lignes mélodiques tout en asseyant parfaitement le tempo. Après deux albums novateurs enregistrés avec eux et aidé par Ben Wendel, le saxophoniste de Kneebody qui a produit ce nouveau disque, Clayton affine sa musique par des arrangements surprenants, ajoute d’autres couleurs à ses compositions mélodiques que son trio plonge toujours dans le groove. Utilisés avec modération, la trompette d’Ambrose Akinmusire et les saxophones de Logan Richardson et de Dayna Stephens apportent d’autres sonorités à sa musique. Les vocalises discrètes de Gretchen Parlato et de Sachal Vasandani l’habillent également. La première chantonne Deep Dry Ocean à l’unisson du piano, ce qui donne à la pièce un aspect onirique. Elle rejoint le second pour des vocalises ornementant Like Water, ballade rêveuse introduite à l’archet. Dans Future Reflection et Some Always, les deux voix mêlées aux timbres des souffleurs donnent une grande légèreté à la musique. Outre le titre A Life Forum qui ouvre l’album, morceau confié à la voix grave du poète Carl Hancock Rux, seuls deux morceaux possèdent de véritables paroles : Dusk Baby confié à la voix d’ange de Vasandani et When an Angel Sheds a Feather, un duo Parlato / Vasandani, exercice vocal en apesanteur qui masque une plage cachée très ancrée dans le bop. Le fils de John Clayton, contrebassiste émérite et co-leader des Clayton Brothers, réussit là un coup de maître, un disque aux tons chauds et suaves, une suite de séquences fluides qui bousculent nos habitudes jazzistiques et apportent au genre des perspectives nouvelles et passionnantes.

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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 09:01

Donald Brown, coverDonald Brown aime jouer avec les siens, réunir des amis musiciens avec lesquels il a joué et qu’il n’a pas oubliés. Après leur avoir dédié six des dix morceaux de “Fast Forward to the Past”, son disque précédent déjà vieux de cinq ans, il invite certains d’entre eux sur ce nouvel enregistrement, se tourne vers le passé du jazz, ses standards qui lui inspirent de nouveaux arrangements, une mise en couleur inédite de thèmes dont la plupart nous sont familiers. On connaît moins Daly Avenue que signe Geoff Keezer, l’un des trois pianistes compositeurs choisis par Brown pour incarner une génération, les deux autres étant McCoy Tyner et Thelonious Monk. D'emblée, “Born to Be Blue” se fait bleu avec Bye Ya, une pièce de ce dernier joyeusement portée par un piano aux dissonances subtiles, des métriques très souples, des rythmes ternaires pour le faire décoller. Monk jouait ce thème avec Coltrane et c’est son fils Ravi qui prend le relais, un bon demi-siècle plus tard. Avec lui, Kenneth Brown, le fils aîné de Donald, et le solide Robert Hurst présent dans le premier album que le pianiste enregistra sous son nom en 1987. Sa contrebasse introduit le morceau suivant, ce Daly Avenue que Ravi emballe au soprano, poussé par le drumming moderne et excitant de Marcus Gilmore, petit-fils du grand Roy Haynes. D’autres souffleurs et non des moindres se partagent les chorus de ce florilège de moments réjouissants, Donald retrouvant Kenny Garrett et Wallace Roney, ses complices des Jazz Messengers dont il fut un temps le directeur musical. Le premier brille à l’alto dans une version brûlante de Just One of Those Things. À la trompette, le second souffle de bien jolies notes dans You Must Believe in Spring et Cheek to Cheek dont il expose les thèmes. Cette réunion de famille, car c’en est une, comprend aussi la guitare de Mark Boling qui enseigne avec Brown à l’Université du Tennessee. Créateur de thèmes aux mélodies chantantes et orchestrateur émérite comme en témoigne The Innocent Young Lovers, le pianiste de Memphis, les doigts humides de blues, fait fête à toutes sortes de bleus, du cyan à l’électrique. On goûtera sans modération ses improvisations, ses commentaires toujours pertinents, véritables traits d’esprit qu’affinent l’expérience, la vaste culture que révèle sa musique. Seul bémol à mon enthousiasme, les nappes de synthé imitant des cordes n’apportent rien à Fly with the Wind, un faux pas que rachète sans mal le reste de l’album.

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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 09:13

Denise KING & Olivier Hutman : “Give Me the High Sign”

Cristal Records / Harmonia Mundi

Denise King & Olivier Hutman, CD coverSorte de rhythm’n’blues issu du gospel auprès duquel elle se ressource, la soul music apparaît dans les années 50 aux Etats-Unis. Profanes pour la plupart, les sujets abordés n’empêchent nullement l’interprète de révéler son âme à travers sa voix. Denise King y parvient royalement. Comme tant d’autres chanteuses, elle a été sanctifiée aux spirituals avant de faire ses armes dans les studios de Philadelphie sa ville natale. On y invente ces années-là le « Philly Sound », soul sophistiquée influencée par le jazz qui utilise cordes, cuivres et chœurs. Denise prête ainsi sa voix de velours à d’innombrables enregistrements, chante aussi bien le blues que les standards du jazz. On la découvre à la Villa, club regretté de la rue Jacob. Olivier Hutman l’accompagne. Entre eux le courant passe, le feeling est énorme. Le pianiste a trouvé une voix chaude et bleue pour chanter les mélodies qui l’habitent, une voix puissante et généreuse qui caresse et enveloppe. Il attendra dix ans pour enregistrer “No Tricks” qui mêle compositions personnelles et standards familiers. Olivier qui en a écrit les musiques récidive aujourd’hui avec “Give Me the High Sign”, un disque plus fort et plus soul. Ce n’est plus le marchand de sable de Waiting for the Sandman qui se manifeste. Maître de son art, Olivier le « Hitman » impose son écriture, ses arrangements et son piano. Forgeur de merveilles, il offre du sur mesure à sa chanteuse immense, des mélodies entêtantes dignes des meilleurs tubes des années 60 et quelques reprises bien senties dont Save the Children de Gil Scott-Heron et Daydream du tandem Duke Ellington / Billy Stayhorn, vrais moments de bonheur qu’ils nous font partager. Co-écrit par Olivier et Viana sa délicieuse épouse, I Lost My Way mérite de faire le tour de la planète. Rythmé par la contrebasse de Darryl Hall et le drumming de Steve Williams (Monty Alexander, Carmen McRae, Shirley Horn), un piano élégant en parfait la mélodie, égraine de longues phrases tranquilles et raffinées. Avec ou sans prothèses, les amateurs de funk se déhancheront en cadence sur Don’t Overact, What Did They Say Today, et Give Me the High Sign, des titres qu’emballent les souffleurs. Ce ne sont pas les Memphis Horns, mais Stéphane Belmondo et Olivier Temime se surpassent et font tout aussi bien. Les obbligatos de trompette de I Only Have Eyes for You, une chanson écrite en 1934 par Harry Warren et Al Dubin, sont d’une suavité indécente. Ceux du saxophone ténor dans Blame It On My Youth, également composé en 1934 mais par Oscar Levant et Edward Heyman, trempent dans un érotisme vintage. Omniprésent, le pianiste habille leurs thèmes d’harmonies exquises. The Things We Don’t Want en bénéficie, tout comme ce Blame It On My Youth déjà cité, un bouquet de couleurs digne des fleurs de nos champs. Imbibées de blues, les 88 touches de son clavier chantent le jazz et ses racines comme si Olivier était né dans un bayou de Louisiane ou au bord du fleuve Delaware plus à l'Est, comme Denise, une sœur et une complice. Parisien pour quelques jours, Bill Buffalo, mon oncle d'Amérique, peine toujours à croire que cette soul music cuivrée qui fait fondre le cœur ne vient pas de là-bas.

Pour fêter la sortie de “Give Me the High Sign”, Denise King, Olivier Hutman et leurs musiciens donneront deux concerts exceptionnels au Sunside les 17 et 18 avril.

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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 08:32

Jazz---Cinema.jpgAvril : le poisson se montre toujours espiègle, le froid persiste et change nos habitudes, la neige recouvre les pommiers de Coutances et les banlieues ne sont plus bleues. Monsieur Michu s’en désole. Son oncle Raoul dont la famille habite Clichy-sous-Bois depuis plusieurs générations vient de lui apprendre que l’ancien fief du Fermier Général Louis-Dominique-François Le Bas de Courmont, convie les rappeurs Rocé et Soweto Kinch à offrir la sérénade à ses habitants. Les grands-parents de l'oncle Raoul ont vu les prussiens détruire la ville encore village en 1870. Traumatisé par un récent concert des Pygmées de l’Île de Pâques au musée de l’Homme, Monsieur Michu craint que des musiques barbares saccagent ses oreilles ellingtoniennes et se tiendra prudemment à l’écart. Natif du taureau, il rumine de sombres pensées. Par bonheur Jean-Paul vient de lui faire savoir que le Duke Orchestra fête ses dix ans d’existence en avril et son moral remonte. Il vient de lui offrir la nouvelle édition de “Jazz de France”, le guide-annuaire édité par l’Irma : 3.000 musiciens ou collectifs, 160 labels, 170 agents et producteurs, 580 festivals, 800 clubs ou salles, 110 journalistes etc. y sont recensés. Une enquête inédite sur le public ou les publics du jazz avec un texte inédit du sociologue Olivier Roueff complète l’ouvrage. Monsieur Michu mémorise les adresses des chanteuses qu’il admire pour leur écrire. Pouvoir envoyer une lettre à la belle Virginie Teychené lui met du baume au cœur.

 

C’est en avril que l’homme inventa le phonographe. Entre deux rideaux de pluie, les anciens y fêtaient Cybèle. Déesse de la Terre, cette dernière est aussi l’inventeur des cymbales que l’on actionne par une pédale depuis qu’existe la batterie. Celles que fait chanter Gerald Cleaver dans “Wislawa”, le nouveau double CD du trompettiste Tomasz Stanko, me mettent en joie. Vous  trouverez la chronique détaillée de l'album dans le nouveau Jazz Magazine / Jazzman et si vous souhaitez l'acheter chez Joseph Gibert, sachez que le jazz s'est transporté au 32 boulevard Saint-Michel, naguère le rayon beaux-arts de l'enseigne. En avril, le jazz fait aussi son cinéma. Du 12 au 14, une soixantaine de films vont être projetés dans les salles du réseau MK2. Monsieur Michu ne manquera pas ceux que l’Ina présente au MK2 Grand-Palais, des films de Jean-Christophe Averty dont beaucoup n’ont plus jamais été montrés depuis leur diffusion. Des concerts de légende qui permettent de retrouver Ray Charles, Ella Fitzgerald, Sidney Bechet, Dizzy Gillespie, Stan Getz, le Modern Jazz Quartet, Art Blakey, Max Roach, Cannonball Adderley et d’autres jazzmen que nous aimons. Les clubs de la rue des Lombards et la péniche l’Improviste s’associent à cette manifestation dont les parrains sont Bertrand Tavernier, Quincy Jones et bizarrement Ibrahim Maalouf. Au Sunside le 11, Riccardo Del Fra jouera en quintette les musiques qu’il a composées pour les films de Lucas Belvaux. Sur l’Improviste le 12, Stephan Oliva improvisera sur Bernard Herrmann, les films noirs et les bandes-son de Jean-Luc Godard. Enfin, depuis le 19 mars et jusqu’au 18 août, le musée de la Cité de la Musique organise une exposition sur le thème Musique et Cinéma. Les images sont aussi la mémoire du jazz. Quant on l’aime, on va aussi au cinéma.

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

Pierrick-Pedron-c-PdC.jpeg 

-Avec Thomas Bramerie à la contrebasse et Franck Agulhon à la batterie, Pierrick Pedron joue Thelonious Monk au Sunset les 5 et 6 avril, mais aussi le 6 au studio Charles Trenet de Radio France (17h30), dans le cadre de l’émission Jazz sur le Vif de Xavier Prévost. “Omry” et “Cheerleaders” sont des disques qui ne me parlent pas. Je préfère le musicien à sa musique, le saxophoniste parkérien qui s’envole dans ses chorus et fait chanter ses notes. Pierrick joue Monk en trio, recrée son univers sans piano, sans fil et en toute liberté. Publié l’an dernier et primé par l’Académie du Jazz, l’album qu’il lui consacre, “Kubic’s Monk”, est une belle prise de risques.

 J.-Terrasson-c-PdC.jpeg

-À l’occasion des vingt ans de carrière de Jacky Terrasson, c’est un double plateau exceptionnel que nous propose le lundi 8 Sunset Hors les Murs au Trianon, 80 bld Rochechouart 75018 Paris (19h30). Outre la plupart des musiciens de “Gouache”, son dernier album – Cécile McLorin Salvant (chant), Stéphane Belmondo (bugle et trompette), Burniss Earl Travis II (contrebasse), Justin Faulkner (batterie), Minino Garay (percussions) – , Jacky invite le guitariste Biréli S.-Belmondo-c-PdC.jpegLagrène à le rejoindre sur scène. On retrouve Stéphane Belmondo à la tête de son propre groupe pour fêter la sortie de “Ever After”, album largement consacré à la musique de Donny Hathaway. Outre son quartette régulier comprenant Kirk Lightsey au piano, Thomas Bramerie à la contrebasse et Jonathan Blake à la batterie, il réunit plusieurs invités prestigieux. Parmi ces derniers, Jacky et la chanteuse Sandra Nkaké seront de la fête, Dré Pallemaerts remplaçant Blake à la batterie. Une grande soirée en perspective.

 

R.-Dever---P.-Christophe-c-PdC.jpeg-Après avoir consacré plusieurs disques au répertoire de Jaki Byard, son maître, le pianiste Pierre Christophe, Prix Django Reinhardt 2007 de l’Académie du Jazz, rendra hommage à un autre grand disparu du piano, Erroll Garner. Avec lui le 10 avril au Jazz Club Étoile de l’Hôtel Méridien (trois sets : 22h15, 23h30 et 1h00) un quartette quelque peu inhabituel. Raphaël Dever le bassiste de son trio héritant de Laurent Bataille à la batterie et de Julie Saury elle-même batteuse, aux percussions. Que Pierre s’attaque à l’œuvre pianistique de Garner n’est pas vraiment une surprise. Ce dernier est présent dans son jeu de piano qui réunit avec bonheur styles et époques, passe allègrement du bop au stride et met constamment en joie.

 

Anachronic-DH-2012.jpeg-Toujours au Jazz Club Étoile de l’Hôtel Méridien, ne manquez pas le 11 le premier concert parisien de l’Anachronic Jazz Band, orchestre conjointement dirigé par Philippe Baudoin (piano) et Marc Richard (saxophone alto et clarinette) qui en sont aussi les arrangeurs. Son existence fut brève, quatre ans d’existence (1976 -1980), le temps de publier deux opus dans lesquels ils reprennent des standards du bop pour les jouer tout feu tout swing dans le style des années 20 et 30. L’Anachronic Jazz Band s’est donc miraculeusement reformé et Patrick Artero (trompette), André Villéger (saxophones et clarinette), Daniel Huck (scat et saxophone alto) rempilent dans cette aventure qui fait déjà grand bruit, le groupe étant considéré comme l’un des temps forts du prochain Jazz à Vienne.

 

Stephan-Oliva-c-PdC.jpeg-Stephan Oliva en piano solo sur la péniche l’Improviste le 12. Cette dernière s’associe au Festival International du Jazz au Cinéma et à cette occasion s’amarre sur le canal de la Villette, côté quai de Loire. Après deux opus sur le compositeur Bernard Herrmann (un live et un studio), un disque remarquable consacré aux films noirs (un de mes 13 Chocs de 2011), Stephan vient d’enregistrer au studio La Buissonne un nouvel album autours des musiques des films de Jean-Luc Godard. Il les a relevé pour les remonter à sa manière, mettant parfois en perspective des thèmes secondaires, développant des passages illustratifs, allégeant leurs orchestrations pour ajourer leurs mélodies. Ces trois programmes, Stephan les entremêlera, passant d’un piano adamantin aux notes obsédantes à des tonalités plus chaudes, les ombres du noir et blanc rencontrant la couleur.

 

Al-Foster-c-PdC.jpeg-Al Foster au Sunside le 13 et le 14. L’ex batteur de Miles Davis, de McCoy Tyner et de Joe Henderson n’a rien perdu de sa technique, son drumming moins économe que naguère témoignant d’une vitalité intacte. Pour servir le hard bop qu’il apprécie, il aime les saxophonistes qui racontent des histoires, des ténors solides qui savent jouer le blues. Influencé par Gene Ammons et Sonny Stitt, Eric Alexander possède justement le son volumineux qui convient  aux projets du batteur. Depuis longtemps complices de sa batterie, la contrebasse pneumatique du fidèle Doug Weiss, et le piano attentif et discret d’Adam Birnbaum complètent un quartette attendu.

 

Affiche Kinematics-Une écoute attentive de “Kinematics” révèle que Stéphane Chausse (clarinettes et saxophones) et Bertrand Lajudie (claviers) ont eu bon goût de joindre leurs talents respectifs. Récemment publié (Assai Records, distribution Musea), réunissant un nombre stupéfiant de musiciens, leur premier opus, une grosse production studio très soignée, pleine de couleurs et d’idées, reste un coup de maître dans le genre world fusion. Difficile en effet de chercher à identifier ces musiques qui se mêlent, se chevauchent et qu’il faut écouter sans se poser trop de questions. Chausse et Lajudie sont parvenus à habiller des mélodies habiles et accrocheuses, des thèmes que l’on peut mémoriser facilement malgré la structure harmonique souvent complexe des improvisations qui en découlent. Avec eux au New Morning le 16, une équipe restreinte : Sylvain Gontard (bugle et trompette), Marc Bertaux (basse), Patrice Heral (batterie) et Ousman Danedjo (percussions, voix) et pas mal d‘électronique.   

 

O.-Htman---D.-King-c-PdC.jpeg-Toujours associée à Olivier Hutman dont le piano suinte le blues, Denise King, chanteuse à la voix de velours, donnera deux concerts au Sunside le 17 et le 18 pour fêter la sortie de “Give Me the High Sign” le deuxième disque qu’ils enregistrent ensemble. Avec eux les musiciens de l’album : Stéphane Belmondo (trompette et bugle), Olivier Temime (sax ténor), Darryl Hall à la contrebasse, indisponible le batteur Steve Williams se voyant remplacé par Antoine Paganotti. Vous attendrez quelques jours pour lire dans ce blog la chronique de ce disque qui rend heureux, un feu d’artifice de swing et de tendresse qui rivalise sans peine avec les meilleures productions soul des années 70. Avec Viana sa délicieuse épouse, Olivier a conçu des musiques aux arrangements sur mesure pour la voix chaude de Denise qui co-signe avec lui plusieurs titres, et non des moindres, que vous vous empresserez d‘écouter.

 Jaleel Shaw

-Saxophoniste (alto mais aussi ténor), Jaleel Shaw est membre du quartette de Roy Haynes et du Mingus Big Band. A New York il joue aussi avec le Colors of a Dream Band de Tom Harrell, et le EJ Strickland Quintet. Enregistré en quartette son troisième disque, “The Soundtrack of Things to Come”, vient de paraître sur le label Changu Records. Jaleel nous en jouera sûrement des extraits au Sunside le 19. Ne pouvant disposer de Lawrence Fields, son jeune et talentueux pianiste, il ne perdra pas au change avec Vincent Bourgeyx au piano (son album “HIP” à marquer d’une pierre blanche est l’un de mes 13 Chocs 2012), Darryl Hall à la contrebasse et Benjamin Henocq à la batterie assurant la rythmique.     

 

Laika-Fatien-c-PdC.jpeg-Laïka Fatien au Café de la Danse (5, passage Louis Philippe 75011 Paris) le 20 avec Airelle Besson (trompette), Eric Maria Couturier (violoncelle), Pierre-Alain Goualch (piano), Chris Thomas (contrebasse) et Anne Paceo (batterie). Dans “Come a Little Closer” publié l’an dernier, elle évoque son trouble amoureux, exprime ses sentiments avec les textes, les mélodies d’Abbey Lincoln, Carole King, Nina Simone, mais aussi les siens dans Divine, une de ses compositions, avec un seul piano pour souligner sa voix suave. Laïka chante aussi “Nebula”, un album arrangé par Meshell Ndegeocello dans lequel elle pose ses propres paroles sur des instrumentaux de Wayne Shorter, Joe Henderson, Tina Brooks et Jackie McLean. Elle préfère la justesse et la sincérité au maniérisme et aux effets de style, nous chuchote des mots intimes qui font battre le cœur.

 

Laurent-Mignard-c-PdC-copie-1.jpeg-Le Duke Orchestra fêtera ses dix ans d'existence trois jours durant à l’Européen (5, rue Biot 75017 Paris). Le dimanche 21 verra la reprise du programme Ellington French Touch très apprécié par les Michu. Le lundi 22 Duke Ellington ambassadeur des peuples sera à l’honneur dans un Multicolored Duke. Quant aux femmes souvent présentes dans l’œuvre d'Ellington, Duke Ladies leur sera consacré le mardi 23. Toujours dirigé par Laurent Mignard, l’orchestre semble avoir quelque peu renouvelé son personnel avec la présence dans ses rangs de Carl Schlosser (saxophone ténor, flûte), Olivier Defays (saxophone ténor) et de Claude Egea (trompette). Victoria Abril, Jorge Pardo et Jean-Jacques Milteau participeront au second concert et le comédien Pierre Richard au premier. Enfin, outre l’épatante Nicolle Rochelle qui fait tourner la tête de Michel Contat, les autres chanteuses de Duke Ladies, le troisième plateau, seront Sylvia Howard, Rebecca Cavanaugh et Aurore Voilqué.

 

Anthony-Strong-c-PdC.jpeg-Anthony Strong chante, compose, joue bien du piano et malgré son jeune âge (il est né en 1984) possède un sacré métier. Chic avec ça le bougre, comme les musiciens qui l’accompagnent sur scène, tous en cravate et costume deux pièces, la classe ! Après le Grand Rex et le Duc des Lombards il y a quelques mois, le New Morning l’accueille le 25 avec ses reprises de standards ancrées dans le groove et le swing et des compositions originales « vintage » qui sonnent comme des thèmes de vieilles comédies musicales, le chanteur rendant floue les frontières entre le jazz et la pop qui alimente aussi son répertoire. Pour son concert parisien, il sera entouré par Graeme Flowers (trompette), Jon Shenoy (saxophones) et la section rythmique qui officie sur la moitié de “Stepping Out”, son nouveau disque, le premier qui sort en France, Tom Farmer (contrebasse) et Seb De Krom (batterie).

Affiche-Int.-Jazz-Day-2013.jpg 

-Après Paris en 2012, Istanbul sera la nouvelle capitale du jazz le 30 avril. Le Thelonious Monk Institute of Jazz, l’Association Paris Jazz Club et l'UNESCO organisent sa partie française dans les clubs de jazz de la rue des Lombards qui feront le plein de groupes et de musique jusqu’à 2 heures du matin. Nous n’avons pas la liste définitive des musiciens qui participent à cette manifestation. Parmi ceux qui ont confirmés leur présence, citons Gregory Porter, Taylor Eigsti, Avishai Cohen, Omer Avital, China Moses et Riccardo Del Fra. Renseignements auprès de Paris Jazz Club www.parisjazzclub.net

 Affiche-Festival-du-Jazzau-Cinema.jpg

 

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Le Trianon : www.letrianon.fr

-Jazz Club Étoile : www.jazzclub-paris.com

-Péniche l’Improviste : www.improviste.fr

-New Morning : www.newmorning.com

-Le Café de la Danse : www.cafedeladanse.com

-l’Européen : www.leuropeen.info

-Festival du Jazz au Cinéma : www.mk2.com/evenement

-Musée de la Cité de la Musique : www.citedelamusique.fr

 


Crédits Photos : Pierrick Pedron, Jacky Terrasson, Stéphane Belmondo, Raphaël Dever & Pierre Christophe,  Stephan Oliva, Al Foster, Olivier Hutman & Denise King, Laïka Fatien, Laurent Mignard (Duke Orchestra), Anthony Strong © Pierre de Chocqueuse – Anachronic Jazz Band © Michel Bonnet – Jaleel Shaw © photo X/DR.

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